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Full text of "Histoire générale et raisonnée de la diplomatic française"

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IN  MEMORY  OP 

Louis  Ha   Bosabarry 


FROM  A  GIFT 
TO  STANFORD  UNIVERSITY  BY 


Paul  H.   D«Tis 


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HISTOIRE  GENERALE 


ET  RAISONNÉE 


DE  LA  DIPLOMATIE  FRANÇAISE 


TOME  VII. 


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HISTOIRE  GENERALE 

ET  RAISONNÉE 

DE  LA  DIPLOMATIE  FRANÇAISE , 

ov 

DE   LA    POLITIQUE  DE  LA  FRANCE, 

Depuis  la  fondation  de  la  Monarchie  y  jusqu^à  la  fin 

du  règne  de  Louis  xvi; 

AVEC    BES    TABLES    CHRONOLOGIQUES 
SE    TOUS    liXS    T&AZTiS   C01fGX«US  PAR    LA  V&AXfCE. 

4 

PAR  M.  DE  FLASSAN. 

SECONDE  ÉDITION,  CORRIGÉE  ET  AUGMENT^IE. 

TOME  SEPTIÈME. 


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A  PARIS, 

Chez  TREUTTEL  et  WÛRTZ ,  Libraires ,  rue  de  Lille , 

ancien  hôtel  de  Lauragais  ,  n"  17  ; 
£t  à  STRASBOURG ,  même  maison  de  Commerce. 

DE  L'IMPHIMERIE  DE  CRAPEtET. 

1811. 


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HISTOIRE  GENERALE 

ET  RÀISONNÉE 

DE  LA  DIPLOMATIE  FRANÇAISE. 

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* 

/ 

SUITE  DE  LA  SEPTIÈME  PÉRIODE. 


M-ij. 


LIVRE  V. 

Euyôi  du  barqn  de  Breteuil  eji  Hollande;  ses  instmctioDs 
du  ministre  duc  de  Choiseul  ;  ses  instruclions  secrètes  du 
roi.  —  Traite  avec  Gènes  au  sujet  de  la  Corse  ;  considé- 
rations. •—  Jugement  rendu  à  l'égard  de'  Genève. — Guerre 
entre  la  Porte  et  la  Russie ,  à  l'instigation,  jde  la  France.  «^ 
— ^  Rixe  entre  les  ambassadeurs  de  France  et  de  Russie  à 
Londres.  —  De  l'état  des  consuls  ;  convention  à  leur  sujet 
avec  l'Espagne.  -^  Tra^ité  de  paix  avec  Tunis.  •^->  Disgrae« 
du  duc  de  Choiseul  ;  son  caractère  i^  jsa  Ç4^1i tique.  ^^  Inté- 
rim des  affaires  étrangères  confié  ^u  duc  de  la  Vrillière. 

—  Nomination  du  duc  d'AigiHllon\â  ce- ministère'.*  — 
Participation  de  la  France  à  la.  p:évolution  de  Suède,  -tr- 
Envoi  du  baron  de  Breteuil  à  Naples;  ses  instructions. 

—  Dé  la  conduite  de  '  la  France  dans  le  preiùièr  partage 
de  la  Pologne.  —  Obligation  imposée  laû  ministre;  de 
Hesse ,  de  payer  ses  dettes.  —  Jugement  arbitral  dç  la 
cour  de  Madrid,  entre  celles  de'Ver^îlIes  et  dé  Naples. 

—  Restitution  d'Avignon  ati  pape^  **- 'Abolition  des  J^é*- 
s  ni  tes.  «—  Mutations  dans  le  départeiiient  des  affaires 
étrangères:  — •  Exil  du  comte  de  'Broglie.  —  Mort ,  ca- 
ractère et  politique  de  Louis,  xv. 

*  •         ■ 

Xiouis  XV,  en  nommant,  au  mois  d'août  1767, 
le  baron  de  Breteuil  à  l'ambassade  de  Hollande, 
lui  e'crîvît  de  sa  main ,  les  deux  lettres  suivantes ,  **^*  *"  "**" 


1767. 

Envoi  du  bf 
roli    de    Br«- 


vir. 


lande  ;  •••  iaft 

trnctioaft. 


a  Vl^  PÉRIODE. 

qui.jointes  aux  doubles  instructKMis  remises  au- 
baron  de  Breteuil ,  présentent  la  rifi arche  com- 
plète du  cabinet  secret  de  Loui^  xv. 

«  M.  le  baron  de  Breteuil,  quoique  le  succès 
»  n'ait  pas  entièrement  répôndà-à^votre  travail 
»  et  à  votre  zèle  dans  vos  négociations  en  Suède, 
»  je  ne  veux  pas  pour  cela,  que  vous  doutiez  de 
ja^Xïia  satisfaction.  Le  choix  que  j'ai  fait  de  vous 
»  pour  remplacer  en  Hollande,  le  marquis  d'tta- 
»  vrincourt ,  doit  vous  en  être  un  sûr  garant  ;  je 
»  compte  que  vous  m'y  servirez  avec  la  même 
;>  attention  que  vous  avez  fait  jusqu'ici ,  et  qae 
^v  vous  observerez  aussi  fidèlemétit  le  secret  que 
.  »  je  vous  ai  prescrit  sur. la  coi*respQndance,par- 
»  ticulière  que  vous  avez  avec  ntoi.  Par  suite?  de 
»  la  cpnfianceque  j'ai  en  vos  lumières^  je  délire 
»  que. vous  travailliez ,  sans  perdre  de  temps,  à 
»  lin  mémoifé  détaillé  sur  la  Suède ,  et  sur  l'état 
«.oy  vous  l'ayçz  laissée ,  sur  les  événemens<[ui 
»  Y  sont  arrivés  ;  les  moyens  qu'il  y  aurait  de 
^»*JjèçpFé venir,  et  ceux  que  vou$  croyez  les  plus 
».  propres  à  remédier  atix  maux  qui  affligent  un 
>)  pays  allié  dé  la  France  depuis  si  Ic/ng-temps. 
»  Quand  vous  aurez  fini  ce  mémoire,  vous  le 
^  ferez  passer  au  comte  de  Brôglie ,  qui  me.  le 
»  fera  tenir. 

»  Compiègne ,  le  7  d'août  1767.  Signé  Lovis^]» 
Dans  la  secondé  lettre  écrite  de  Versailles, 
le  24  de  juillet  1 768 ,  Louis  xv  disait  : 


LIVRE  V.  3 

4 

«  Le  baron  de  Breteuîl  recevra  du  sieur  des 
ii  Rivaux,  à  la  Haye ,  tous  les  cfiifïres,  papiers  « 
»  ordres,  et  pièces  généralement  quelconques  \ 
»  que  le  matquis  d'Havrincourt  ou  ledit  sieur 
3>  des  Aivàtix  ont  eus  entre  leurs  mains ,  et  qui 
3)  ont  le  moindre  rapport  à  la  correspondance 
yt  secrète  que  feu  cet  ambassadeur  ou  le  chargé 
D  d'affaires,  dtit  entretenue  par  mes  ordres/avec 
9' moi  ,  pendant  leur  séjour  en  Suède  et  en 
»  Hollande.  Il  vérifiera  avec  ledit  sieur  des  Ri-^ 
»  vaux ,  l'inventaire  qu'il  a  eu  ordre  d'en  faire  , 
3»  dont  il  sera  dressé  deux  copies;  et  il  mettra 
3>  SON  vu  au  bas  de  celle  que  ledit  des  Rivaul 
»  doit  rapporter  ici  pour  sa  déchairge  ,  et  qu'il 
»  conservera  pour  me  la  faire  passer  à  son  arri- 
D  vée  à  Paris,  paf  le  comte  de  Broglie,  à  qui  il 
3)  la  remettra.  Le*  baron  de  Breteuil  lui  renou- 
ai vellera  en  in  oii  nom,  l'ordre  le  plus  précis  de 
31  ne  parler  à  qui  que  ce  soit,  qu'audit  comte  de 
D  Broglie  ,  du  secret  dont  il  a  connaissance,  et 
»  qu'il  m'avait  plu  de  lui  conûev.  Signé  Louis.  » 
Les  instructions  que  le  baron  de  Breteuil 
reçut  du  duc  de  Choiseul ,  ministre  des  affaires 
étrangèrjes,  après  le  préliminaire  ordinaire  sur 
la  confiance  du  roi,  et  les  qualités  du  nouvel 
amï^assâdeur ,  contenaient  ce  qui  suit  :  «  M.  de 
»  Breteuil  n'aura  d'abord  aucun  objet  déterminîé 
y>'de  négociation  à  suivre  ;  mais  en  paraissant  se 
»  renfermer  dans  le  rôle  d'un  observateur  pu- 


#  ^ 


&  VIP  PÉRIODE. 

j»  rement  passif,  il  s'occupera ,  avec  scxn  discer- 
»  nemeat  et  sa  pénétration  ordinaires  ,  à  éto-* 
»  dier  le  système  politique  des  Hollandais,  t%at 
D  sur  les  affaires  générales  de  l'Europe,  que  sur 
»  l'administration  intérieure  de  leùrrépublique, 
»  à  développer  les  intentions  et  les  vues  qui  di-^ 
î>  rigent  leurs  délibérations ,.  à  démêler  quelle 
»  est  l'influence  supérieure  qui  préside,  à  leur 
»  résolution ,  et  à  se  procurer  à  tous  ces  égards, 
»  les  connaissances. les  plus  exactes  et  les  pluj^ 

»  détaillées. 

»  - 

»  Le  système  politique,  quelles  Provinces- 
j>  Unies  paraissent  avoir  adopté  depuis  la  paix 
.  »  signée  en  1 748 ,  à  Aix-la-Chapelle  ,  et  la  con- . 
j>  dûite  qu'elles  ont  tenue  en  conséquence,  pen- 
n  dant  la  dernière  guerre ,  peuvent  faire  con<^ 
»  jecturer  que  leur,  vœu  le  plus  général ,  est 
»  d'éviter  à  l'avenir^  de  prendre  part  aux  discus- 
»  sions  qui  pourraient  troubler  le  repos  pubUp. 

»I1  est  certain," en  général,  qu'une  repu- 
»  blique  commerçante  qui  connaît  ses  véritables 
»  intérêts ,  doit  toujours  être  pacifique  par  prin- 
»  cipes  et  par  goût ,.  et  ne  prendre  les  armes  que 
»  lorsqu'on  attaque  sa  liberté  ou  son  commerce, 
»  qui  sont  les  deux  pivots  de  la  sûreté  de  son 
»  existence.  C'est  pour  ne  s'être  pas  gouvernés 
»  conformément  à  cet^e  maxime ,  depuis  la  paix 
»  de  Riswick ,  que  les  états-généraux  ont  perdu 
»  la  plus  grande  partie  de  la  considération  dont 


LIVRE   V-  8 

^  ils  jouissaient  en  Europef  et  aux  Deux-Indes , 
»  qU^ils  ont  contracté  des  dettes  énormes ,  qui 
:»  surchargent  leurs  finances  ;  qu'ils  ont  laissé 
»  porter  les  atteintes  les  plus  funestes  à  leur 
9  indépendance ,  par  le  rétablissement  du  sta- 
9  thoudérat ,  et  à  leur  navigation  ;  et  qu'ils  ont 

>  été  exposés  aux  insultes  et  aux  violences  que 
»  cette  république  a  éprouvées  de  la  part  des 
»  Anglais. 

»  Si  les  Hollandais ,  instruits  par  leur  triste 
»  expérience  ,  ont  enfin  renoncé  à  la  manie  or- 
»  gueilleusede  jouer  un  rôle  dans  les  querelles 
»  des  grandes  puissances  >  et  sont  sérieusement 
9  déterminés  à  conserver  leur  tranquillité  dans 
1»  les  guerres  qui  pourront  survenir ,  et  dont  la 
»  première  époque  n'est  peut-être  pas  fort  éloi- 
»  gnée  ,  les  ministres  de  la  république  feront 

>  vraisemblablement',  quelque  insinuation  au 
»  baron  de  Bréteilil ,  relative  h  leurs  désirs  ,  et 
»  ils  chercheront  à  démêler ,  dans  la  manière 
3^  dont  il  s'expliquera  ,  si  le  roi  serait  disposé  à 
3»  renouveler ,  dans  ce  cas  là  ,  avec  les  états- 
»  généraux ,  les  conventions  de  neutralité  qui 
»  eurent  lieu  entre  les  dent  puissances,  en  1 785 

set  en  1756. 

v  Si  l'on  tient  dans  cet  esprit  9  quelque  propos 
9>  au  baron  de  Breteuil,  il  se  «renfermera  dans 
3»  des  assurances  générales  de  l'atriitié  du  roi 
»  pour  les  Provinces-Unies ,  et  du  désir  sincère 


«  VIP  PÉRIODE. 

»  que  sa  majesté  conserve,  de  maintenir  avec  leur 
3»  gouvernement  9  la  plus  parfaite  intelligenee  , 
»  et  de  concourir  à  tout  ce  qui  pourra  âsaurer 
»  leur  tranquillité  ;  maïs  il  évitera  d'entrer  dans 
»  aucun  détail ,  et  de  répondre  formellement 
9)  aux  questions  qui  auraient  un  rapport  direct 
,  »  à  la  neutralité.  Cette  circonspection  à  observer 
i)  est  d'autant  plus  nécessaire,' qu'il  peut ,  dans 
»  le  cas  d'une  nouvelle  guerre ,  arriver  des  éve- 
il nemens  qui  rendraient  la  nçutralîté  des  Ilbl- 
3> .landais  préjudiciable  4ux  intérêts  de  la  cou- 
j»  ronne  du  roi.  Il  faut  donc  attendre  les^cir- 
»  constances  qui  décideront  du  pai:ti  qu'il  con- 
»  viendra  à  sa  majesté  de  preudre  vis-à-vis  de 
9  leur  république.  Le  baron  de  Bretéuil  recevra 
»  alors  lesinstructions  et  le^Oi^dres  dont  il  aura 
»  besoin  pour  diriger  son  langage  et^a  conduite. 
»  La  révolution  qui ,  en  rétablissant  le  sta- 
»  thoudérat,  a  Changé ,  en  1747  ,  la  forme  du 
»  gouvernement  dé  la  république  ,  et  les  suites 
»  qui  peuvent  en  i^éstilter  à  l'avenir ,  exigent  une 
v  attention  particulière  de  la  part  de  l'ambas- 
»  sadeur  du  roi.  Il  est  dans  le  fond  assez  indif- 
î>  férent  à  sa  majesté  que  la  dignité  d'un  sta- 
»  thouder  existe  ou  n'existe  pas  ,  parce  que  le 
»  système  politique  delà  Fran^ceest  absolument 
»  indépendanjt  de  la  forme  flu  gopvernement 
»  des  PrQvincés-Unies.  Elles  avaient  été  cons- 
if)  tao3fnent  attachées  à  Qenri.iy.  f^t  ^  XiOuis  xiu , 


LIVRE  V.  7 

«  SOUS  leurs  Irois  premiers  stathouders.  Ce  n'est 
»  qu'en  167a,  que  Guillaume  u  commença  à 
3»  les  livrer  à  TAngleterre  ;  et  depuis  cette  époque 
»  elles  ont  continué  d'entretenir  la  plus  étroite 
»  intelligence  avec  la  cour  de  Londres  ,  qui  en 
»  a  constamment  abusé  pour  se  procurer  une 
^influence  prédominante  dans  leurs  principes 
»  et  leurs  délibérations,  sur  tout  ce  qui  a  rapport 
j»  aux  affaires  générales  de  l'Europe.  On  tente- 

>  rait  en  vain  de  rompre  des  liens  si  anciens  et 
3>  si  forts  ;  mais  il  est  à  souhaiter  que  les  Hol|an- 
»  dais  ne  laissent  pas  trop  appesantir  sur  eux  le 
»  joug  que  l'Angleterre  leur  a  imposé  ^  et  qu'ils 
»  s'occupent  des  moyens  de  s'en  affranchir,  s'il 
2>  est  possible. 

»  C'est  à  réveiller  sur  un  objet  si  essentiel,  leur 
»  goût  naturel  pour  la  liberté ,  que  le  baron  de 
»  Breteuil  doit  s'appliquer  sans  affectation  ,  en 
y>  profitant  avec  prudence  des  occasions  qui  se 
»  présenteront ,  dé  traiter  cette  matière  vis-à-vis 
3)  des  membres  bien  intentionnés  de  la  répu- 
»  blique.  La  faction  anglaisé  et^  la  brigue  sta- 
:»  thoudériehne  sont  puissantes  en  Hollande  ; 
»  mais  depuis;  la  mort  du  dernier  stathouder , 
yi  le'  parti  républicain  balance  leur  crédit ,  et 
j>  les  vrais  patriotes  qui  composent  les  prin- 
»  cipales  magtstràtureis  des  villes,  et  celle  d'Am- 
j»sterdam  en  particulier,  paraissent  bien  dé- 

>  terminés  à  se  garantir  de  la  servitude  à  laquelle 


8  VIP   PÉmODE. 

»  on  voudrait  les  soumettre.  C'est  dans  cette  vue 
»  qu'ils  out  rëu8si  à  empêcher  leur  statbouder 
»  actuel  d  épouser  line sœur  du  roi  d'Angleterre  ; 
»  Texpérience  du  pas£ie  les  ayant;  éclairés  sut*  la. 
»  danger  auquel  de. p^^reilles  aUi^nc^s.  aysiient 
»  exposé  leur  liberté.; 

»  Le  jeune  prince  qui  est  aujour4'hui  g^nr 
ï>^verueur-général..des  Prpvinces-Unies ,  n'a  ni 
»  les  talens  ,  ni  les  vertus  de  sa  naissance  etd^ 
»  son  état ,  et  c'est  une  circonstance  heureusQ 
»  pour  les  Hollandais*  Si  le  premier  des  Guil- 
»  iaume;  n'avait pa^sçté  assassiné;  s'ils  n'avaiiônt 
D  pas  été  délivrés  du  second ,  par  une  mort  prêt 
»  maturée;  et  si.  le  troisième,  qui  réunissait  la 
»  couronne  de  la  Grande-Bretagne  au  statboudéf> 
»  rat  ^  avait  laissé  des  enfans  ,  le  gouvernement 
2>  républicain  ne  subsisterait  plus  dans  les  Pro- 
,  »  vinces -Unies  ;  et  elles  ne  pourraient  pas  se 
p  flatter  de  conserver  long-temps. leur  indépen- 
»  dance ,  si  elles  avaient  pour  statbouder  4in 
»  prince  éclairé  et  entreprenant ,  qui  trouverait 
»  dans  le  commandementqu'il  exerce  sur  toutes 
»  les  forces  de  terr^  et  de  mer  de  la  république, 
»  de  très  grandes  facilités  pour,  satisfaire  son 
»  ambition.  Le  baron  de.Breteuil  examinera  avec 
n  le.  plus  grand. soin  et  l'attentiop.  la  plus  s^uir 
»vie;,  quels, sont  les  prijicipaux.. chefs  et  les 
y»  membres.^  tant  du  parti  républicain  ,  que  de 
»,  1^  faction  stath0u.dénenne.  Cette  connaissance 


1  • 


LIVRE   V.  9 

»  est  nécessaire  au  roi  et  à  son  conseil  ,  pour 
»  1^  mettre  en  état  de  délibérer  sur  les  résolu- 
»  tions  qu'il  conviendra  à  sa  majesté  prendre 
2>yis*à«Yis  des  Hollandaifr,  lorsque  les  circons* 
1»  tances  l'exigeront.  ^ 

»  On  n^  répétera  point  ici  ce  que  l'ambassa-^ 
y  deur  du  roi  trouvera  dans  le  Ynémoire  ci-joint 
»  sous  le  n^  I  ^  relativement  au  commerce.  Il 
»  n'y  a  point  de  Hollandais  qui  ne  soit  bien  per- 
»  suadé  que  la  navigation  et  le  négoce  des  sujets 
»  de  la  république,  n'ont  point  d'ennemi  plus 
9  redoutable  et  plus  constant  que  TAngleterre. 

»  Il  y  a  un  autre  objet  sur  lequel  le  baron  de 
»  Breteu il  observera  aisément  que  les  états-gtf- 
3>  néraux  ne  sont  pas  sans  de  vives  inquiétudes; 
»  c'est  la  puissance  et  le  voisinage  dn  rôi  de 
»  Prusse,  qui,  par  le  duché  de  Clèves,  la  Gueldre 
»  et  rOst-Frise ,  environne  leur  territoire  dans 
B  des  points  très  importans.  Les  Provinces-Uni  es 
9  ne  se  font  point  illusion  sur  le  dauger  de  cette  * 
»  position  critique  ;  c'est  avec  la  plus  sensible 
^  répugnance  qu'elles  ont  cédé  en  particulier 
»  leur  droit  de  garnison  dans  Embdeni ,  et  il  ne 
i>  serait  pas  di£Bcile  de  réveiller  à  cet  égard  un 
1»  intérêt  très  réel  de  leur  part,  mais  qu'elles 
»  sont  forcées  de  dissimuler.  C'est  sur  quoi  l'am* 
»  bassadeur  du  roi  doit  se  borner  scrupuleuse- 
»  ment  à  démêler  la  disposition  des  esprits,  et 
>  à  écouter  ce  qu'on  pourrait  lui  dire  sur  ce 


X 


lo  VIP  PERIODE. 

»  sujet.  D'ailleuics ,  le  roi  de  Prusse  a  des  préten* 
»  tiens  ancienneset  très  considérables  àla  charge 
»  des  états-généraux.  Il  a  une  très  grande  atten- 
»  tion  à  leur  en  rappeler  de  temps  en  temps  le 
V  souvenir  ,  et  il  ne  perdrait  pas  vraisemblable- 
»  ment  les  occasions  qui  se  présenteraient ,  dç 
»  les  faire  Valoir  suivant  ses  intérêts  et  ses  vues- 
»  Le  mariage  de  la  princesse  sa  nièce ,  avec  le 
»  stathoudcr ,  pourrait  même  lui  procurer  dans 
»  la  suite ,  des  moyens  dont  il  profiterait  avec 
»  sa  dextérité  ordinaire  ,  pour  acquérir  plus  de 
»  crédit  et  d'influencé  qu'il  n'en  a  eu  jusqu'à 
»  présent  dans  l'administration  des  Provinces- 
j>  Unies.  Ces  considérations  réunies  doivent 
»  être  un  sujet  de  réflexion  très  sérieuse  pour 
»  les  Hollandais  qui  ont  à  cœur^  le  repos  et  la 
»  tranquillité  de  leur  patrie.  Le  baron  de  Bre-^ 
»  tei^il  a  déjà  été  informé  des  circonstances  qui 
»  ont  donné  lieu  de  croire  que  le  roi  de  Prusse 
»  désirait  de-  rétablir  la  ;  correspondance  inter- 
^  »  rompue  depuis  douze  ans^  entre  les  cours  de 
»  France  et  de  Berlin.  On  "y  joint  ici ,  sous  le 
D  n"^  2 ,  un  mémoire  qui  expose  les-  détails  de 
»  tout  ce  qui  s'est  passé  à  cet  égard  ^  et  ce  que 
»  l'ambassadeur  du  roi  devra  dire  sur  ce  sujet 
»  au  sieur  de  Thulemeyer  ,  ministre  de  sa  ma- 
»  jesté  prussienne  à  la*  Haye.  On  a  joint  ici  deux 
»  autres  mémoires,  sous  les  numéros  5  et  4,  qui. 
T»  ne  concernent  qiie  le  cérémonial  à  observer 


LIVRE  V.       ,•  Il 

»  par  le  baron  de  Breteuil ,  tant  à  Tëgard  du 
»  stathouder  et  du  gouvernement  des  Provinces- 
»  Unies ,  que  par  rapport  aux  ministres  étran- 
»  gers  qui  résident  en  Hollande. 

»  A  Compiègne , . .  •  d'août  1768.  Signé  Louis. 
»  Par  le  roi  ,  signé  le  duc  de  Choisedl.  » 

Le  baron  de  Breteuil  devait  entrer ,  avec  ces 
différens  ministres,  dans  les  liaisons  qui  sont  d'u- 
sage, lorsque  la  guerre  ne  les  interdit  pas  ;  mais 
il  devait  s'en  tenir  à  des  démonstrations  exté- 
rieures de  politesse ,  en  attendant  qu'il  pût  juger 
par  lui-même  du  degré  de  confiance  qu'il  croirait 
pouvoir  et  devoir  accorder  à  chacun  d'eux.  Il  y 
avait  pourtant  une  exception  à  faire  à  cette  règle 
générale ,  par  rapport  au  ministre  d'Espagne , 
avec  lequel  le  baron  de  Breteuil  devait ,  dès  le 
commencement  de  sa  résidence ,  entretenir  la 
plus  intime  correspondance.  Ceux  de  Vienne, 
des  Deux-Siciles ,  devaient  aussi  éprouver ,  de  la 
part  de  l'ambassadeur  du  roi ,  des  égards  par- 
ticuliers et  des  marques  de  confiance  proportion- 
nées à  l'union  qui  subsistait  entre  la  France  et 
les  cours  de  Vienne  et  de  Naples ,  etc.  etc.  ' 

Telles , étaient  les  instructions  du  ministre. 

• 

Le  comte  de  Broglie,  organe  secret  du  joi , 
écrivit,  de  son  côté,  au  baron  de  Breteuil  ,  la 
lettre  suivante:  .  " 

ce  Le  siettr  Dubois  -  Martin  m'a  envoyé  ici , 
»  M.  le  baron ,  la  copie  des  mémoires  dont  vous 


a 


la  VII*  PÉRIODE. 

»  lui  avez  donne  communication ,  et  qui  vous 
»  ont  été  remis  par  le  ministre  des  affaires  étran-»' 
»  gères i. pour  vous  servir  d'instruction  dans  le 
»  poste  où  vous  venez  de  vous  rendre. 

»  J'ai  remarqué  en  les  lisant ,  que  les  mé- 
»  moires  i  ,  3  et  4  >  qui  sont  annoncés  dans  le 
»  cours  de  Tinstruetion  ,  ne  s'y  trouvent  pas 
»  joints,  et  qu'il  n'y  a  seulement  que  le  n°  2  , 
»  relatif  à  l'espèce  de  négociation  que  vous  devez 
»  entamer  avec  M.  de  Thulemeyer.  Je  crois  que 
3»  les  numéros  3  et  4  9  qui ,  selon  ce  qui  est  indi- 
»  que ,  n'ont  de  rapport  qu'au  cérémonial  à  ob? 
»  server  avec  les  différens  ministres,  seraient 
»  assez  inutiles  à  mettre  sous  les  yeux  de  sa  ma- 
yy  jesté  ;  mais  il  n'en  est  pas  de  même  du  n^  i , 
»que  l'on  dit  contenir  le  système  politique 
»  adopté  par  le  roi  vis-à-vis  des  Provinces- Unies  ; 
»  je  vous  prierai  de  me  l'adresser. 

y>  Qjiant  à  ce  qui  regarde  le  renouvellement 
»  des  liaisons  avec  sa  majesté  prussienne,  au- 
»  quel  vous  avez  ordre  de  travailler,  vous  êtes 
»  trop  éclairé  pour  ne  pas  sentir  la  conséquence 
»  d'une  pareille  démarche ,  surtout  dans  une 
»  circonstance  aussi  critique  que  celle  où  se 
»  trouve  l'Europe  aujourd'hui.  Vous'vous  dou- 
»  tez  aussi  certainement ,  que  votre  Correspon- 
»  danee  avec  M.  de  Thulemeyer  excitera  l'atten- 
»  tion  du  ministre  de  Vienne  à  la  Haye ,  et  vous 
»  n'ignorez  pas  l'ioiportançe  dont  il  est  de  ne 


k 


/ 


LIVRE  Y.  i5 

»  faire  naître  aucun  soupçon  à  la  cour  de  Vienne.  , 
»  Il  serait  donc  inutile  que  je  cherchasse  à  vous 
»  rappeler  la  prudence  et  la  dextérité  dont  vous 
»  avez  besoin  pour  que  vos  liaisons  avec  le  mi- 
j»  nistre  du  roi  de  Prusse ,  ne  causent  aucun  om- 
»  brage  à  M.  de  Reischack.  Je  compte  que  vous 
»  ne  laisserez  ignorer  à  sa  majesté  aucun  détail 
»  de  vos  entrevues  9  et  que  vous  redoublerez  de 
»  soins  pour  tâcher  de  pénétrer  quelle  est  la 
»  véritable  façon  de  penser  du  roi  de  Prusse  sur 
»  tout  ce  qui  se  passera  en  Pologne.  Vous.savez 
»  combien  il  serait  avantageux  de  pouvoir  en 
»  être  instruit  avant  le  départ  du  ministre  qu'on 
»se  propose  d'envoyer  à  Berlin,  afin  d'être  en 
»  état  de  lui  donner  des  instructions  en  conse- 
il quence. 

j»  J'imagine ,  M.  le  baron  ,  que  depuis  votre 
»  arrivée  en  Hollande  ,  vous  y  aurez  déjà  en- 
»  tendu  parler  de  la  Copse^,  M.  le  général  Yorke 
»  cherche  certainement  à  grossir  les.  obstacles 
»  que  nos  .troupes  y  éprouvent ,  et  à  donner  à 
»  cette  entreprise  le  vernis  le  plus  désagréable. 
»  Cette  conduite  ordinaire  de  la  part  des  ambas- 
»  sadeurs  anglais ,  doit  peut  nous  affecter;  mais 
»  ce  qui  est  intéressant,!  c'est  de  savoir  s'il  insi^ 
»  nue  aux  états- généraux  que  sa  cour  prend 
»  assez  d'intérêt* au  sort  des  Corses,  pour  leur 
i>  destiner  des  secours;  et. si  elle  ne  rieur  en 
^  donne  pas  déjà  de  cachés,  en  attendant  qu'elle 


i6  VII'  PÉRIODE. 

»  politique  de  toutes  les  puissances  du  Itord.  Il 
»  doit  être  également  instruit  du  plus  ou  moins 
D  d'influence  que  nous  avons  conserva  dans  cha- 
»  cune  de  ces  cours ,  des  causes  qui  y  ont  pro- 
»  duit  et  produisent  peut-être  encore  la  déca- 
»  deqce  de  notre  clrédit ,  des  moyen»  qu'il  y  au- 
ji  rai t  de  le  relever ,' des  obstacles  qui  peuvent 
»  s'y  opposer ,  et  de  l'intérêt  que  nous  aurions 
»  d'y  parvenir,  •'. 

»  Sa  majesté  désire  qu'il  se  serve  de  ses  lu- 
»  mières  et  de  rexpérieaùe qu'il  a  acquise,  pour 
n  pouvoir  spéculer  de  la  Haye  sur  ces  différens 
»  objets,  et  elle  lui  prescrit  d'entretenir  pour 
>i  cet  effet ,  une  exacte  correspondance  avec  ses 
i>  ministresemployésdans  toutes  les  cours,  pour 
»  se  tenir  éclairé  sur  ce  qui  s'y  passe ,  et  parti- 
»  culièrement  en  Suède  et  en  Russie.  De  toutes 
»  ces  relations  réunies ,  Ife  baron  de  Breteuil  doit 
»  faire  un  ensemble  ;  et  sans  se  cohtenter  d'ex- 
yy  poser  tous  les  faits  dôïit  on  l'aura  informé, 
»  il  y  joindra  des  ràisonnemens  et  des  réflexions 
»  particulières  prôfpre^  à  faire  connaître  à  sa  ma- 
n  jesté  ie  jugement  qu'iHui  en  porte.  Elle  lui 
7)  permet  mêrne  d'y  ajouter  ce  qu'il  ctoifait  à 
»  propos  de  prescrire  à  ses  ministres  dans  les 
»  cours  dont  il  sera  question ,  pour  qu'après 
yi  l'avoir  examiné  ,  elle  puisse  donti'er  ses  or- 
^  dres  en  conséquence.  Sa*  majesté  lui  recom- 
j»  mande  une  singulière  attention  sur  tout  ce 


4 

* 


I 


LIVRÉ  V.  17 

B  qui  se  passera  en  Russie  et  surtout  en  Suède  t 
j>  son  intention  est  qu'il  lie  une  correspondance 
X  très  suivie  avec  le  comte  de  Modène  (t),  dès 
X  qu'il  sera  arrive  à  Stockholrb  ;  et  qu'il  lui  fasse 
3)  passer ,  par  la  voie  secrète ,  la  copie  des  lettres 
»  qu'il  écrira  à  ce  ministre ,  ou  qu'il  en  recevra , 
»  afin  de  continuer  à  être  instruite  de'  tout  ce 
yi  qui  se  passe  en  Suède,  avec  autant  d'exacti- 
>»  tude  qu'il  est  possible  de  l'être ,  dès  qu'elle  n*a 
»  pas  jugé ,  par  des  taisons  particulières ,  devoir 
»  honorer  le  successeur  du  baron  de  Breteuil,  de 
»  la  même  confiance  qu'elle  ayait  bien  voulu  lut 
»  accorder. 

»  La  position  où  cet  ambassadeur  va  être  en 
»  HoUaode  ^  le  met  fort  à  portée  d'avoir  con- 
3  naissance  de  ce  qui  se  passe  en  Angleterre  ;  et 
»  la  parenté  4  ainsi  que  l'atnitié  qui  le  lient  au 
»  comte  du  Cbâtelet ,  lui  en  fournissent  un  nou-^ 
»  veau  moyen.  Le  baron  de  Breteuil  a  pu  con- 
»  naître ,  par  les  ordres  qu'il  a  reçus  du  roi  à 
»  son  départ  pour  Londres ,  avec  quelle  atten- 
»  tion  et  quel  intérêt  ^  sa  majesté  s'oCclipe  de 


É     II  h 


(i)  Raimond ,  comte  dé  Modèné  ,  d*ane  famille  distin- 
guée du  Comtat  Yenaissin,  et  né  dans  l'ile  de  Naxos^  ayait  été 
imnistte  du  roi  à  Hambourg.  Au  retour  de  son  ambassade 
de  Snèdé  ,  il  fut  nonimé  gentilhomme  d*honneur  de  Mon^ 
siéur  y  frère  de  Lotiis  xvi ,  et  gOuyetneùr  du  Luxembourg» 
II  avait  de  TespHt  et  lin  caractère  élevé.  Il  est  mort  pendant 
la  réroltttioii* 

vn.  a 


i8  Vir  PÉRIODE. 

»  tout  ce  qui  a  rapport* à  l'ADgleterre.  Elle  ne 
»  veut  négliger  aucun  moyeji  d'en  être  instruite. 
»  C'était  principalement  pour  remplir  cet  objet 
»  qu'elle  avait  ordonné  au  sieur  des  Rivaux  de 
»  lui  envoyer  copie  de  sa  correspondace  avec 
»  le  sieur  Durand  ;  et  sans  le  retoîir  prochain  de 
»  son  chargé  d'affaires ,  il  aurait  reçu  l'ordre 
»  d'en  user  de  même  de  celle  qu'on  lui  aurait 
»  prescrit  d'avoir  avec  le  comte  du  Châtelet.  Le 
»  baron  de  Breteuil  prendra ,  dès  son  séjour  ici , 
»  les  moyens  de  former  avec  cet  ambassadeur 
»  la  correspondance  la  plus  intime;  et  il  aura 
»  attention  d'en  faire  passer.exactement  la  copie 
»  à  sa  majesté,  en  observant,  s'il  arrivait  des 
»  événemensdontil  lui  parût  intéressant  qu'elle 
»  fût  promptement  instruite,  d'en  faire  parve-* 
»  nir  le  if^apport  à  sa  majesté,  avec  le  plus  de 
»  célérité  possible. 

j)  Le  détail  des  objets  qui  peuvent  principa- 
»  lement  attirer  l'attention  du  roi  en  Angle- 
».  terre,  serait  ici  superflu.  Sa  majesté  a  donné 
»  trop  de  preuves  du  goût  qu'elle  a  pour  con- 
»  tribuer  au  bonheur,  non-seulement  des  peu- 
a>  pies  qui  ont  celui  d'être  ses  sujets,  mais  de 
3»  toute  l'Europe,  en  perpétuant  la  paix ,  autant 
»  que  cela  dépendra  d'elle ,  pour  qu'on  puisse 
»  douter  que  ce  ne  soit  principalement  à  la 
»  conserver  ,  que  toutes  ses  vues  tendent.  14^^ 
»  Anglais  ont  prouvé  que  les  leurs  étaient  diri- 


LIVRE  V.  ig 

»  gees  par  d^autrès  motifs  ;  et  on  peut  sans 
9  injustice,  les  accuser  de  n'être  pas  également 
»  attachés  à  la  tranquillité  générale  ,  et  de  n'ë- 
»  coûter  que  la  voix  d'une  ambition  immodé* 
»  rée.  Il  est  très  important  de  pénétrer  les  me- 
V  sures  que  cette  ambition  pourrait  leur  faire 
S)  prendre  ;  et  il  n^est  pas  sans  exemple  que  des 
»  ministres  résidans  dans  des  cours  voisines , 
»  aient  été  plus  à  portée  de  découvrir  de  pa- 
j>  reils  préparatifs,  que  ceux  mêmes  qui  sont  sur 
9  les  lieu^.  La  dextérité  du  baron  de  Breteuil 
»peut  lui  faire  espérer  de  saisir  une  circons- 
»  tance  aussi  heureuse  ,  surtout  dans  un  pays 
»  qui  a  tant  d'intérêt  à  connaître  les  projets  de 
»  ses  voisins ,  et  auquel  ses  voisins  mêmes  peu- 
»  vent  s'adresser  pour  lui  inspirer  des  disposi-* 
»  tions  analogues  aux  leurs.  Sa  mTijesté  se  re- 
»  pose-  entièrement  sur  le  zèle  avec  lequel  il 
»  s'occupera  de  l'exécution  de  ses  orâres  ;  et  les 
»  preuves  qu'elle  a  de  la  prudence  et  de  la  sa- 
»  gesse  de  sa  conduite,  tant  en  Russie  qu'en 
>»  Suède,  lui  sont  un  sûr  garant  qu'il  justifiera, 
»  partout  où  elle  jugera  à  propos  de  l'employer, 
»  le  degré  de  confiance  qu'elle  daigne  lui  ac- 
»  corder, 

»  Il  sera  joint  à  cette  instruction ,  un  ordre  du 
»  roi  pour  recevoit*,  du  sieur  des  Rivaux,  tous  les 
»  papiers ,  chiffres  et  autres  pièces ,  générale* 
»  ment  quelcônqu/es ,  que  le  marquis  d'Havrin- 


./^ 


ao  VIP  PÉRIODE. 

»  court,  ou  ce  chargé  d'affaires,  pônvaienf  avoir 
»  entre  leurs  mains,  et  qui  sont  relatifs  à  la 
»  correspondance  secrète  avec  sa  majesté.  Le 
))  baron  de  Breteuil  en  donnera  son  reçu  ai| 
y>  sieuf  des  Rivaux  ,  au  bas  de  Tinventaire  qui 
»  en  a  été  dressé ,  et  qu'il  vérifiera ,  et  il  les,. 
»  conservera  jusqu'à  ce  qu'il  reçoive  l'ordre  de 
»  les  rapporter  ou  de  les  faire  passer  à  sa  ma- 
»jeslé. 

»  Fait  à  Versailles ,  le  24  de  juillet  1768. 

Signé  Louis.  » 
Béflexioni  Plus  OU  réfléchit  sur  cette  correspondance 
"action!  "**' secrète  de  Louis  xv  avec  plusieurs  de  ses  mi- 
nistres ,  plus  oji  en  aperçoit  la  singularité* 
Qu'un  prince  porté  à  soupçonner  la  fidélité  ou 
le  talent  de  son  ministre  des  affaires  étrangères, 
veuille  essayer  de  pénétrer  ^  sans  être  vu ,  dan» 
l!intérieur  et  le  mystère  de  son  administration; 
cela  est  raisonnable.  C'est  ainsi  qu'on  voit  le . 
Grand-Seigneur  se  déguiser  quelquefois,  et  se 
glisser  incognito  dans  la  foule  ,  dans  les  bou-. 
tiques  et  les  cafés  ,  pour  observer  la  conte* 
nance  et  le  degré  de  satisfaction  du  peuple  ^ 
et  si  la  police  maintient  partout  l'ordre;  mais 
qu'un  souverain  qui  avait  dans  le  duc  de  Cho^- 
seul,  un  ministre  éclairé,  zélé  et.  considéré, 
suive  attentivement  ses  démarches  pendant  plu- 
sieurs années ,  lui  donne  sa  confiance ,  ^et  pour- 
tant expédie  quelquefois,  cpmme  çp  se  caçhantj^ 


r 


LIVRE  V.  âi 

des  ordres  contraires  à  ceux  de  son  ministre  ; 
que  ce  monarque  ,  livré  en  apparence  à  la 
mollesse  et  à  l'oisiveté,  ait  des  correspondances 
privées  très  compliquées  ;  qu'il  prépare  lui- 
même  ou  fasse  préparer  sous  ses  yeux ,  des  dé- 
pêches pénibles  à  composer ,  parce  qu'il  fallait 
chercher  des  tournures,  pour  concilier  ses  vues 
avec  celles  d'un  ministre  dont  il  craignait  l'eiti- 
pire;  que  ce  prince  s'occupe  sans  cesse  à  voiler 
cette  correspondance  ,  et  à  empêcher  que  son 
principal  ministre  ne  la  découvre,  soit  par  des 
confidences  particulières,  soit  par  des  indis- 
crétions du  monarque  lui«-mème  dans  les  déli- 
bérations de  son  conseil,  on  conviendra  que 
cette  double  pensée  et  cette  double  administra- 
tion sont  une  des  singularités  les  plus  piquantes 
de  la  politique,  surtout  de  la  part  d'un  mo- 
narque taxé ,  les  quinze  dernières  années  de 
sa  vie,  de  faiblesse  et  d'indifférence.  Cette  vi- 
gilance, ou,  si  l'on  veut,  cette  curiosité ,  sup- 
pose dans  Louis  xv  beaucoup  de  suite ,  de  dis- 
simulation ,  et  plus  de  caractère'  public  que  ne 
lui  en  accordaient  les  courtisans  qui  l'appro-^ 
chaient  le  plus. 
Les  Corses  étaient  presque  toujours  en  ré-     1768. 

-  1  »        1  1  •      ,  '      1      >^  •  Traité  avec 

volte  ouverte  contre  la  repubhqiie  de  Gènes,  Gènes  au  anjet 
leur  maîtresse  ;  et  celle-ci  n'avait  guère  sur  eux 
qu'une  souveraineté  nominale,  lorsqu'elle  con- 
clut à  Versailles,  le  27  de  juillet  1737  ,  un  traitée 


Va      *  VIÎ*.  PERIODE. 

^par.  lequel  ,çette, république  s'engageait  à  payer 
à  la  France  sept  cent  deux  mille  livres ,  et  le 
roi  à  enyoy.€;r  en  Corse,  six  bataillons,  pour  faire 
rentrer  cettjç  île  insubordonnée  sous  l'obéissance 
dq$  Génois- (i),  .... 

Il  fut  stipulé  par  uq  traité  qui  suivit  de  près 
celui;  (}ont;  on  viçut  .4^  parleç  ,  que  dans  le  çaç 
qu  l'envoi  de  six. ^taillons  ne  suffirait  point 
pour  renaplif  ^'objet  que  se  proposaient  lès  çou.- 
tractansr  Id  ^l^ppl^'îq^)^  fournirait  au  roi  deux 
millions  de  subsides  ;  et  que  la  France  enver- 
rait en  Corsie  1  seize  J^ataillaus,  pour  réduire 
les  rebelles,  et  remettre  Gènes  dans  le  pleiu 
exercice  de  sa  souveraineté* 
.  . On  envoya  pour  l'exécution  du  premier  traité 
six  bataillon^,  sous  les  ordres  du  comte  de  Bois^ 
sieux  ,  neveu  4u  maréchal  de  Villars,  Cet  offi- 
cier^ qui  rencontra  beauçoup.de  résistance  de  la 
part  des  Corses  ,  mourut  à  Bastia ,  au  mois  de 
février  1739.  Il  ept  pour  successeur  le  marquis, 
dçpui^  maréchal  dç  Maillebpis;  et  la  guerre, 
sansitre  tr^s  vive  ,  fut  pre^q^e  pqntinualle 
en(re.les  Français  et  Jiets  répubircai^^^rses,  qi|i 
tinrent  tête  partout  jusqu'à  l'arrivée  ,  e^  '75.1 , 
d^nsJ'ile  de  .Corse  ,  de  M.  de  Chauyelin,  mi- 
nistre, plénipqteutiaire  du  roi  à  Gènes,  lequel 


(i)  Histoire  des  Révolutions  de  Corse  ,  de  l'abbé  Ger- 
xninne. 


LIVRE  V.  a5 

vint  en  qualité  de  commaDdant  en'  chef  de  la 
Corse,  et  travailla  à  un  plan  de  conciliation 
entre  les  Génois  et  les  insulaires.  Une  assemblée 
s'ouvrit  le  ay  de  juillet  ij5i ,  à  Saint-Florent; 
et  au  mois  d'août  suivant,  il  fut  formé  à  Oletta 
une  consulte  générale ,  où  se  trouvèrent ,  pour 
la  France ,  MM.  de  Chauvelin  et  de  Cursay; 
celui-ci  était  coitimandant  en  second  de  Tile.     « 

Après  quelques  lenteurs  et  discussions ,  il 
avait  été  arrêté  un  réglemeht  ou  traité  entre 
Gènes  et  la  Corse,  lequel  fut  ratifié  par  la  Franee 
et  renvoyé  au  gouvernement  génois ,  qui ,  au 
bout  de  quatre  ans  de  délai ,  déclara  qu'il  ne 
l'accepterait  qu'à  condition  que  le  roi  retirerait 
ses  troupes  de  la  Corse ,  e^  donnerait  à  la  ré- 
publique, en  remplacement  de  ses  troupes ,  un 
subside  pour  y  entretenir  quinze  cents  hommes  k 
sa  solde.  Cette  affaire  traîna  encore  long-temps 
par  la.  dissension  qui  éclata  entre  les  chefs  des 
Corses  et  le  marquis  de  Cursay,  lequel  fut  desti- 
tué et  arrêté  par  ordre  du  roi.- 

Cependant  la  république  de  Gènes ,  voyant 
que  les  Corses ,  sous  les  ordres  de  Paoli ,  étaient 
en  révolte  ouverte ,  demanda  de  nouveau  à  la 
France  y  en  1764 ,  des  secours  pour  les  soumet- 
tre. La  cour  n'hésita  point  à  se  prêter  aux  dé- 
sirs des  Génois,  dans  la  crainte  que  l'Angle- 
terre n'usât  de  son  crédit  en  CcH*se ,  pour  s'y 
établir. 


la  VIP  PÉRIODE. 

• 

»  lui  avez  donne  communication ,  et  qui  vous 
»  ont  été'  remis  par  le  ministre  des  affaires  ëtran-^ 
»  gères ^, pour  vous  servir  d'instruction  dans  le 
»  poste  où  vous  venez  de  vous  rendre. 

»  J'ai  remarqué  en  les  lisant ,  que  les  më- 
»  moires  i ,  3  et  4  >  qui  sont  annoncés  dans  le 
j»  cours  de  Tinstruetion  ,  ne  s'y  trouvent  pas 
»  joints ,  et  qu'il  n'y  a  seulement  que  le  n°  2  , 
»  relatif  à  l'espèce  de  négociation  que  vous  devez 
»  entamer  avec  M.  de  Thulemeyer.  Je  crois  que 
»  les  numéros  3  et  4  »  qui ,  selon  ce  qui  est  indi-* 
»  que ,  n'ont  de  rapport  qu'au  cérémonial  à  ob? 
»  server  avec  les  différens  ministres,  seraient 
9>  assez  inutiles  à  mettre  sous  les  yeux  de  sa  ma* 
»  jesté  ;  mais  il  n'en  est  pas  de  même  du  n^  i  , 
»  que  Ton  dit  contenir  le  système  politique 
»  adopté  par  le  roi  vis^à-vis  des  Provinces- Unies  ; 
»  je  vous  prierai  de  me  l'adresser. 

»  Qpant  à  ce  qui  regarde  le  renouvellement 
»  des  liaisons  avec  sa  majesté  prussienne,  au- 
»  quel  vous  avez  ordre  de  travailler ,  vous  êtes 
»  trop  éclairé  pour  ne  pas  sentir  la  conséquence 
»  d'une  pareille  démarche ,  surtout  dans  une 
»  circonstance  aussi  critique  que  celle  où  se 
»  trouve  l'Europe  aujourd'hui.  Vous' vous  dou- 
»  tez  aussi  certainement ,  que  votre  correspon- 
»  danee  avec  M.  de  Thulemeyer  excitera  l'atten- 
»  tion  du  ministre  de  Vienne  à  la  Haye  ,  et  vous 
9  n'ignorez  pas  l'iniportançe  dont  il  est  de  ne 


i 


/ 


LIVRE  Y.  i5 

»  faire  naître  aucun  soupçon  à  la  cour  de  Vienne. 
»  Il  serait  donc  inutile  que  je  cherchasse  à  vous 
»  rappeler  la  prudence  et  la  dextérité  dont  vous 
»  avez  besoin  pour  que  vos  liaisons  avec  le  mi- 
*  nistre  du  roi  de  Prusse ,  ne  causent  aucun  om- 
»  brage  à  M.  de  Reischack.  Je  compte  que  vous 
»  ne  laisserez  ignorer  à  sa  majesté  aucun  détail 
»  de  vos  entrevues ,  et  que  vous  redoublerez  de 
»  soins  pour  tâcher  de  pénétrer  quelle  est  la 
»  véritable  façon  de  penser  du  roi  de  Prusse  sur 
»  tout  ce  qui  se  passera  en  Pologne.  Vous.savez 
»  combien  il  serait  avantageux  de  pouvoir  en 
»  être  instruit  avant  le  départ  du  ministre  qu'on 
»  se  propose  d'envoyer  à  Berlin ,  afin  d'être  en 
»  état  de  lui  donner  des  instructions  en  consé- 
»  quence. 

^J'imagine,  M.  le  baron ,  que  depuis  votre 
»  arrivée  en  Hollande  ,  vous  y  aurez  déjà  en- 
»  tendu  parler  de  la  Copse^  M.  le  général  Yorke 
»  chercbe  certainement  à  grossir  les.  obstacles 
»  que  nos  .troupes  y  éprouvent ,  et  à  donner  à 
»  cette  entreprise  le  vernis  le  plus  désagréable. 
»  Cette  conduite  ordinaire  dé  la  part  des  ambas* 
»  sadeurs  anglais ,  doit  pent  nous  affecter;  mais 
»  ce  qui  est  intéressant^  c  est  de  savoir  s'il  insi^ 
»  nue  aux.  états- généraux  que  sa  cour  prend 
»  assez  d'intérêt* au  sort  des  Corses,  pour  leur 
i>  destiner  des  secours;  et. si  elle  ne  :leur  en 
»  donne  ipas  déjà  de  cachés ,  en  attendant  qu'elle 


ti8  VIP   PÉRIODE. 

s'était  refroidi  que  pour  se  porter  avec  plus  de 
chaleur  sur  les  controverses  politiques.  Les  ci- 
toyens ,  au  milieu  de  leurs  ateliers  et  de  leurs 
manufactures ,  discutaient  sans  cesse  sur  leurs 
droits ,  non  pouf  les  concilier  avec  ceux  des  au- 
torités ,  mais  pour  les  étendre ,  et  contredire  les 
pouvoirs  légitimes.  Si  la  France  et  les  cantons 
de  Berne  et  de  Zurich  ne  fussent  intervenus  , 
Genève  eût  dès-lors  par  ses  sophismes  ébranlé 
les  cabinets,  ainsi  qu'elle  avait  autrefois  ren- 
versé tant  d^aûtels. 

Le  sénat  étant  insuffisant  pour  terininer  ses 
contestations  avec  les  citoyens ,  touchant  l'exer- 
cice des  droits  constitutionnels ,  avait  réclamé 
l'intervention  despuissances  garantes  de  la  cons- 
titution de  Genève  de  lySfij  :  ces  puissances 
étaient  la  France,  et  les  cantons  de  Berne  et  de 
Zurich. 

M.  Hennin,  qui  avait  été,  plusieurs  années, 
secrétaire  d'ambassade  en  Pologne ,  avait  été 
désigné  en  1761  ,  pour  être  secrétaire  du  con-' 
grès  d'Ausbourg ,  lequel  n'eut  pas  lieu.  Nomme 
en  1 764 ,  ministre  résident  près  le  roi  de  Polo- 
gne, iLavait  été  transféré  à. Genève  ,  ep  1765  , 
avec  la  qualité  de.  résident ,  parce  que  la  cour 
de  Versailles ,  voyant  les  troubles  prêts  à  déchi- 
rer cette  petite  rép>ublîque ,  avait  cru  devoir  y 
envoyer  un  personnage  habile ,  qui  par  sa  sa- 
gacité ^  un  excellent  esprit ,  et  la  connaissance 


LIVRE  V.  ag 

des  divers  gouvernQoiens,  résultat  de  nombreux 
voyages ,  trouvât  plus  facilement  des  moyens  de 
conciliation. 

Les  ministres  des.puissances  garantes  se  ren- 
dirent à  Genève ,  en.  1767  ;  celui  dç  France  était 
le  pbevalier  de  Beauté  ville,  ambassadeur  du  roi 
près  les  Cantons. 

La  cour  de  Versailles  embrassa  le  parti  du 
sénat ,  et  les  plénipotentiaires  médiateurs  rédi- 
gèrent, d'après  ses  vues,  un  projet  de  pacifica- 
tion ;  mais  les'citoyens  de  Genève  le  rejetèrent 
à  une  pluralité  de  mille  quatre-vingt-quinze  vois: 
contre  cinq  cent  quinze. 

La  cour  de  Versailles  irritée  défendit  toute 
communication  entre  la  France  et  la  république 
de  Genève.  Des  troupes  françaises  se  mirent 
même  en  marche  pour  cerner  son  territoire  (1). 
Cependant  les  divers  médiateurs  s'étant  retirés 
daiïs  la  ville  de  Soleure ,  en  déclarant  qu'ils  al- 
laient procéder  à  la  détermination  du  véritable 
sens  des  articles  contestés  du  règlement  de  1738; 
les  Genevois  remirent  à  M.  Hennin  un  placet , 
où  ils  priaient  M.  de  Choiseul  de  les  faire  ren- 


CO  ^  parait  que  c'est  à  l'occasion  de  ces  débats  entre  la 
France  et  Genève  ,  que  le  duc  de  Choiseul  forma  le  dessein 
de  fonder  une  ville  à  Vêrsoix  ,  se  proposant  d'y  établir  la 
liberté  de  conscience  ,  et  un  port.  Versoîx  devait  servir  à 
contenir  Genève. 


5o  VII'  PERIODE. 

trer  dans  les  bonnes  grâces  du  roi  ^  et  ils  enga- 
gèrent aussi  les  cantons  de  Berne  et  de  Zurich , 
à  interce'der  pour  eux.  Le  duc  de  Choiseul  pa- 
rut très  mécontent  que  le  résident  eût  reçu  une 
pièce  «  dont  le  défaut  essentiel  était  y  disait -il ,  de 
»  n  exprimer  rien;  et  où  les  citoyens  osaient  se 
»  prévaloir  dun  témoignage  aussi  faux  que  celui 
»  de  leur  conscience ,  pour  attester  leur  inno-^ 
39  cence;ce  qui  équivaut,  ajoutait  le  ministre , 
»  à  nous  taxer  d^ injustice,  » 

Les  deux  cantons  de  Berne  et  de  Zurich  qui 
s'étaient  intéressés  pour  Genève ,  reçurent  du 
duc  de  Choiseul,  une'  réponse  à  peu  près  sem- 
blable. Il  leur  témoigna  «  qu  un'  tel  écrit  ne  pou- 
»  vait  point  suspendre  la  juste  indignation  du 
»  roî  ;  que  c'était  plutôt  F  apologie  des  citoyens , 
»  que  Taveu  de  leur  faute;  et  quil  était  impossi-: 
j>  ble  à  sa  majesté  ^  de  déférer  à  leur  recomman-- 
»  dation.  » 

Les  citoyens  de  Genève  n'en  persistèrent 
pas  moins  à  réclamer  une  extension  de  droits, 
se  plaignant  que  Ton  voulait  même  restreindre 

ceuxque  leur  avaitaccordéslamédîatioudei  738. 
Sur  ces  entrefaites,  le  cabinet  britannique 
voyant  la  France  rassembler  autour  de  Genève 
des  forces  menaçantes,  témoigna  au  comte  de- 
Guerchi ,  ambassadeur  de  France  à  Londres , 
l'intérêt  qu'il  prenait  A  la  cause  de  cet  état;  et 
le  comte  de  Bochefort ,  ambassadeur  d'Angle- 


LIVRE  V.  Si 

terre  à  Paris ,  fut  même  charge  d'en  parler  à 
M.  de  Choiseul.  Celui-oi  écrivit  alors  au  sénat , 
le  3o  de  juillet  1767,  que  la  France  n'avait  ja- 
mais eu  l'intention  de  le  gêner  dans  l'accommo- 
dement qu'il  jugerait  à  propos  de  conclure. 

Après  de  longues  contestations ,  les  plénipo- 
tentiaires médiateurs  prononcèrent  un  juge- 
ment en  six  articles,  le  i5  d'octobre  1767 ,  au 
nom  des  puissances  garantes. 

L'art.  P'  déclarait ,  «  que  le  conseil  général 
»  ne  pourrait ,  sous  quelque  prétexte  que  ce  fût, 
»  se  dispenser  d'élire  annuellement  les  .quatre 
>^  syndics,  dans  le  nombre  des  membres  actuels 
»  et  éligibles  du  petit  conseil.  » 

L'art.  II  statuait  «  que  le  sénat  avait  le  oroit 
»  de  rejeter  les  représentations,  de  le»  approu- 
»  ver ,  ou  de  les  porter  aux  conseils ,  selon  qu'il 
»  le  jugerait  convenable,  etc.  » 

L'art.  V  supprimait  pour  toujours  les  vingt- 
quatre  commissaires  (1)* 

Les  garans  chargeaient  le  sénatde  faire  publier 
ee  prononcé,  et  de  l'annexer  au, règlement  de 
1738;  promettant,  au  nom  de  leurs  souverains , 
d'en  maiotenirl'exécution;  et  enjoignant  àfoz/i  et 
à  un  chacun ,  de  s^y  conformer  sous  peine ,  contre 
ceux  qui  s^jr  opposeraient ^  d'être  regardés  comme 


-(i)  La  bourgeoisie  de  Genève  s'était  distribuée  en  vingt- 
quatre  cantons  ,'  qui  avaient  chacun  un  commissaire. 


3a  VII*  PÉRIODE. 

perturbateurs  du  repos  public  ,  et  poursuwii 
comme  tels. 

Le  prononcé  ou  jugement  .des  médiateurs  fut 
lu  dans  le  grand  conseil  ;  mais  le  conseil  général 
paraissant  décidé  à  le  rejeter ,  le  sénat  jugea  à 
propos  de  négocier  avec  lui.  De  nouvelles  con- 
férences furent  ouvertes  en,tre  les  conseils  et  la 
bourgeoisie ,  et  il  en  résulta  un  arrangement 
qui  fut  accepté  par  tous  les  ordres  de  l'état ,  et 
sanctionné  en  conseil ,  dans  le  mois  de  mars  1 768. 
Mais  le  germe  des  dissensions  civiles  était  loin 
d'être  détruit  ;  car  il  était  non  moins  dans  le 
cœur. des  Genevois ,  que  dans  leur  constitution 
mal  balancée/ 
-^  ^l^\.        lAs  consuls  sont  en  France ,  ainsi  que  dans 

De  l  état  des  .  '  T.  ^ 

«onsuis ,    et  bcaucoup  dc  pays  d'Europe ,  les  agens  du  sou- 
ce  sujet  avec  veraiu ,  destinés  à  protéger  dans  l'étranger  les 

TEspagné.        .        ,    a  i  i  i 

intérêts  et  la  personne  de  ceux  de  ses  sujets  voues 
au  commerce. 

Les  consuls. ont  pris  leur  origine  dans  lês.ré« 
publiques  italiennes  du  moyen  âge.  Primitive- 
ment ils  n'étaient  que  les  fondés  de  pouvoirs  des 
négocians,  et  avaient  pour  émolunnènsi  certains 
droits  qu'ils  prélevaient  sur  les  navires  et  sur  les 
marchandises  de  leur  nation. 

Les  consulats  en  France  ,  jusqu'au  ministère 
de  Colbert ,  n'étaient  que  des  offices  transmis- 
sibles  de  particulier  à  particulier ,  moyennant 
finance. 


LIVRE  V.  55 

L^administ ration  politique  ou  le  cabinet  en- 
voient dans  plusieurs  pays, des  consuls-gënéraux, 
des  consuls  ,  des  vice-consuls,  des  chanceliers. 

Les  consuls-généraux  ont  dans  leur  dépen- 
dance les  consuls  et  vice-consuls  placés  dans 
chaque  arrondissement.  C'est  par  leur  entre- 
mise, que  les  consuls  correspondent  avec  Tarn- 
bassadeur  et  le  ministre  accrédité  près  du  gou- 
vernement dans  le  territoire  duquel  ils  se  trou- 
vent ;  et  l'ambassadeur  doit  appuyer  leurs  de- 
mandes et  leurs  réclamations  auprès  de  ce  gou- 
vernement ;  n'étant  point  dans  l'ordre  que  les 
consuls  correspondent  directement  avec  les  au- 
torités ministérielles ,  ni  avec  les  cabinets  étran- 
gers. Néanmoins,  il  est  des  cas  où  les  consuls , 
par  suite  de  l'absence  ou  de  l'éloignement  du 
ministre  de  leur  nation ,  sont  forcés  de  s'adres- 
ser au  cabinet  du  souverain . 

Le  plussouvent,  les  consuls-généraux  se  6xent 
dans  la  résidence  de  T^âmbassadeur ,  afin  que 
les  communications  soient  plus  promptes.  Il  est 
des  consuls-généraux  placés  près  d'une  nation; 
et  tels  sont  ceux  de  Madrid ,  de  Lisbonne ,  etc. 
Il  en  est  qui  sontîmproprement  consuls-géné- 
raux, ou  qui  ont  ce  titre,  moins  à  cause  de  l'é- 
tendue de  leur  juridiction  ,  qu'à  cause  de  la  ri- 
chesse et  de  la  population  de  la  factorerie  qu'ils 
surveillent  ;  et  tel  est  celui  de  Cadix,  etc. 

Les  consuls  français  correspondent  directe- 
vu.  3 


—    / 


^  VIP  PÉRIODE. 

mept  avec  le  ministre  des  affaires  étrangères  ou 
des^  reUtioij^s  extérieures ,  duquel  ils  reçoivent 
leijitsi  instructions  (i). 

I^  ^ouveraixjL  peut  déléguer  aux  agens  corn- 
saerciaux,,  tel^  pQuyoirs.  qu'il  juge  à  propos  sur^ 
^e&  sujets  y  dans  l'étranger ,  pourvu  que  ces  pou- 
vojLrs  ne  soienè  pas  en  conflit  avec  les  Iq;^  et  les 
prérogatives  du  souverain  du  pays ,  et  qu'ils  ne 
dépasseqt  pas  les  bornes  de  l'autorité  qu'il  con- 
serve SUT  ses  sujets  hors  de  son  territoire. 

Le£icoxisuls  ont  une  cumula tion  de  fonctions. 
Ils  peuvent  être  envisagés  :  i®.  comme  négocia- 
teu^Si;  cajT  en  certains  pays ,  notamment  en  Bar- 
barie,  la  qualité  de  chargé  d'affaires  qui  est  réu- 
nie à  ceUe  de  consul ,  les  autorise  à  négocier  /  à 
sjgue^  inéxne  des  traités,  et  dans  tous  Jes  autres 
pAys,  ils  doi;Kent  par  état  surveiller  l'exécution 
des  trai tés ^t  conventions  commerciales. 

fi^  Cpruoie  a4iniinistra,teurs  ;  puisqiLi'ils  admi- 
,    ni^çent  les  prises  et;  la  succession  de  lei^rs  con- 
citoyenSr  décédés. 

5°.  Comme  magistrats  de  police;  puisqu'ils 
sont  tenus  de  maintenir  1«  bon  ordre  parmi 
leurs  concitoyens,  et  peuvent  punir  qeii^  qui  le 
troubleraient. 


(i)  Les  consulats  avaient  été  attribués  au  ministère  de  la 
marine^  jusqu'à  Fépoque  de  la  révolutionfranoaise;  époque 
à  laquelle  ils  furent  avec  fondemoit  réuni».  aii,(l^rtemeiit 
politique* 


LIVRE  V.  ,         55 

4^.  GofBme  hotaif^à^  où  rédigeant  pour  leurs 
concitoyeû»,  fes  actes  civils  attribués  à  ces  offi- 
ciers ;  et  c'est  ce  qwoti  appelle  la  juridictioh 
'volontaire. 

5**.  Enfin  catttme  jugés  de  paix  y  tâchant  de 
•  concilier  leiltrscoficitôyelis ,  étprotionçant  même 
desjngieniéhs  eii  première  instante  ;  cé(|ui  coris^ 
titue  là  fwriêUctxon  coriterttieuse . 

Lorsq^ue  lesr  consuls  sont  e'tabl'fe  d!ans  des  ^îâiy» 
avec  lesquels  itexfette  des  traites  ou  convehtibns 
de  coitinàéï^e,  JVtendtre  de  liettrs  pouvoir^ .  se' 
règle  sur  celle  de  ces  trartés^  et  cûuVëntioiis. 

Lorsqu'il  njy  en  a  point,  ifs  agislsent  d*a|^rès 
le  principe  de  lia  réciprocité  oU  Tusàge  pratiqué 
dans  l'endVèit  où  ils*  se  troiiveUt. 

Le  cbî*'mii*itiTix  attribué  aur  con^fs  a  pour 
objet  priitcipâï,  les  dontesftillonS  enti'e'  Teurs 
concitoyens  pour  l'es  marchandises'  apportées 
sur  les  narvi^es  de  Ifent^  liaftion.  Ils  etttëndekit'  les 
parties ,  font?  rédigter  Un  prbçès-veAal ,  et  reri^ 
dent  uil^|ugém«tit  de  première*  instance.  Pttiir 
en  assurer  l*éffet ,  ite  peuvent*  ordbunér  provi- 
soirement le  séquestre  des  objets  en  litige ,  sur- 
tout s'il  y  a  appel ,  lequel  se  porte  à  des  tribu- 
naux nationaux  déterminés.  S'ils  prononcent 
sur  les  démêlés  de  leurs  concitoyens  a^^ec  les 
naturels  du  pays,,  ce  nef  peut  être  que  pai^  voi« 
d'»Tbilragass  lîecfudi  est»  méfnt»  susceptible:  d-étre 
rejeté,  s'il  n'est  précède^  tfiin  compcomis.  En 


36  :Vir  PÉRIODE. 

matière  criminelle,  le  consul  prononce  en  pre- 
mière instance^  et  fait  parvenir  le  coupable  avec 
la  procédure ,  aux  tribunaux  nationaux  chargés 
d'en  connaître. 

Le  gouvernement  français  a  défendu  à  ses 
'  sujets ,  sous  peine  d'une  fortp  amende  pécu- 
niaire I  de  se  soustraire  à  la  juridiction  con* 
sulaire ,  '  en  s'adressant  aux  autorités  du  pay^ 
pouçdes  contestations  entre  Français.  A  legard 
de  celles  qu'ils  auraient  avec  des  nationaux  , 
le  recours  aux  tribunaux  du  pays  est  autorisé^ 
et  le  consul  .est  tenu  çle  les  recommander  et  de 
faire  valoir  leurs  droits. 

La  légitimation  des  consuls  se  fait  par  une 
notification  de  leur.nomination,  et  ils  ont  besoin 
de  rEXEQUATUR  ,  OU  autorisatiou  du  spuveraia 
.  du.p^ys,  pour  exercer  leurs  fonctions.» 

Les  consuls  n'ont  point  les  privilèges  qui  dé«- 
corent  les  agens  politiques.  Ils  sont  en  général 
soumis  à  la  juridiction  civile  (i)  et  criminelle  de 
r^tat ,  mais  sont  exempts  de  l'impôt  personnel 
et  du  logement,  des  gens  de  guerre.  Ils  n'ont 


(i)  Eu  Espagne ,  les  consuls  sont  sous  la  dépendance  du 
tribunal  militaire  ,  présidé  par  le  capitaine-général  de  la 
«provincie ,  pour  les  discussions  avec  des  nationaux  et  même 
•avec  des  Français  ;  il  peut  infirmer  leurs  jugemens  ,  mais  il 
.ne  les  fait  point  exécuter  sans  en'  ayoir  instruit  préalable*- 
ment  le  gouTernement  du  consul. 


LIVRE  V.  37 

point  le  droit 'de  chapelle^  ni  celui  d'exercer 
leur  culte  d^une  manière  patente. 

Il  n'y  a  point  de  cérémonial  établi  pour  eux , 
et  ils  ne  vont  point  à  la  cour ,  à  moins  qu'ils 
n'aient  un  grade  militaire  qui  leur  en  donne  le 
droit. 

Il  convient  toutefois  d'observer  que ,  quoique 
les  consuls  ou  commissaires  des  relations  com- 
merciales ,  ne  soient  point ,  à  beaucoup  près  , 
sur  la  ligne  des  agens  politiques ,  un  gouverne- 
ment puissant  se  tiendrait  fortement  offensé  de 
l'insulte  publique  et  imméritée  qui  leur  serait 
faite ,  et  il  pourrait  en  poursuivre  la  répara- 
tion. Si  les  consuls  sont  moins  que  les  agens  po- 
litiques ,  étant  pourtant  commis  directement 
par  le  souverain  ,  ils  sont  dès-lors  beaucoup 
plus  élevés  que  les  simples  sujets. 

Les  droits  et  privilèges  des  consuls ,  résultant 
des  traités  et  capitulations ,  rentrent  essentiel- 
lement dans  le  droit  des  gens  conventionnel, 
et  sont  plus  .ou  moins  modifiés  par  les  mêmes 
traités ,  capitulations  et  conventions.  Ainsi  , 
dans  le  Levant  et  la  Barbarie  ,  d'après  plusieurs 
capitulations  ,  leurs  attributions  sont  très  nom- 
breuses. 

En  Espagne  et  en  Portugal,  elles  sont  moins 
considérables ,  quoique  les  consuls  y  jouissent 
de  plusieurs  prérogatives.  Dans  lé  nord ,  leurs 
attributions  sont  réduites  à  peu  de  chose,  et 


N. 


36  VIJ*  PÉEfODE. 

\fi^T  jii|ridi€|ti<9ci  est  à  peine  reconnue  dan$  les 
villes  anséatiqii^s^  en  Pf|}$$e,  en  Daneniarck, 
€9  Suè4f5  , ^lan  ftij«$ie. 

I{  est  (enfin  d|B^  fiays  danf^  lesquels  la  Erance 

La  fonction  de  consul  exige  des  notions  de 
4<*oi|:  deç  ge|»$^  d^  ^risprudence  civile  et  cpm- 
mewç'ml^9  i9Ϋisi  qu'un  esprit  sage  et  conciliant. 
Les  cqusuU  plurent  rendre  des  services  réels  à 
leur  gpuyernemisnt ,  en  observant  les  progrefr»- 
sion^  ,  la  ^ëeadence  ou  les  deplaeemens  dû. 
comineroe ,  «et  en  indiquant  Is^  ^direction  qu'il 
conyient  dé.  dùnner  aux  spéculations  natior- 
nales  dans  la  cpntr^ee  où  ils  résidente 

LWdonnaneede  la  marine  de  i€8i,  est  comme 
le  fondement  de  la  juridiction  consulaire.  Le 
gouvernement  a  fait  depuis ,  à  diverses  époques, 
des  régleip^ns  9  soit  généraux ,  soit  locaM^x,  par- 
ticulièrement peur  le  Levant ,  la  Barbarie ,  le 
Portugal,  et  TËspagne.  Il  a  aussi  conclu^  au 
sujet  des  attributions  consulaires ,  dB$  convenu 
tiôns  avec  plusieurs  états  ;  et  telle  est  pelle  du 
i3  de  mai  1769,  avec  la  cour  dé  Madrid,  rela^ 


(i)  Telle  était  l'^-ngl^terre ;  c^r  quoiqu'il  eût  été  convenu 
que  la  France  y  aurait  des  consuls ,  néanmoins  ,  faute  de 
conventions  spéciales  à  ce  sujet,  jamais  l'es  consuls  français 
qui  y  ont  été  envoyés  depuis  le  traité  de  ccimmerce  de  1 786 , 
^t  1^  p^  de  i8p3  ,  n'oflit  pu  y  obt^iir  Vexequatur, 


LIVRE  V.  Sg 

tivemeùt  aux  iûimtiuitës  et  fonolibos  des  con- 
suls. 

£ii  Toîci  les  principaux  articles  : 

<c  Les  consuls  (  art.  Il }  étant  sujets  des  princes 
9  qui  les  nomment  ^  jouiront  des  immunités 
»  personnelles ,  de  sorte  qu'ils  nfe  pourront  êli^e 
D  arrêtés  ,  ni  mis  en  prison  ,  excepté  pour  des 
))  criines  atroces ,  ni  en  cas  que  lesdits  consuls 
y>  fussent  négocians;  car  alors  cette  immunité 
»  personnelle  doit  s'entendre  de  ce  qui  Regarde 
»  les  dettes  ou  d'autres  causes  civiles  qtii  ne  soht 
»  pas  criminelles,  ou  quasi  criminelles,  pu  qui 
»  ne  proviennent  pas  du  commerce  qu'eut* 
»  mêmes  ou  leurs  dépendans  exercent;  mais  ils 
»  ne  doivent  pas  manquer  au^  attentions  dues 
»  aux  gouverneurs  et  aux  autres  personnes  qui 
9  représentent  le  roi  et  la  magistrature.  Ils  se- 
>  ront  exempts  de  la  charge  de  donner  Ae^  lô- 
9  gemens  dux  gens  de  guerre  ,  hormis  le  cas 
9  d'une  nécessité  absolue ,  et  lorsque  toutes  les 
9  maisons  de  la  ville  àerotit  occupées.  îls  ne  se- 
»  ront  pas  noti  ^lus  sujets  ahx  tributs  et  Services 
9  personnels ,  et  il  leur  sera  permis  de  porter 
»  tépée  et  le  bâton ,  potir  (ornement  extériétir  de 
»  leur  personne. 

)»  Il  leur  sera  periùls  de  mettre  au  dessus  de 
9 la  porte  de  leur  maison  un  cadre  ,  sur  lèqiiel 
»  sera  peint  un  vaisseau,  avec  rinscription  con- 
»  suide  France ,  ou  consul  d'Espagne  ;  bien  en- 


4o  VIP  PÉRIODE. 

j>  tendu  que  cette  enseigne  ne  pourra  jamais  être 
7>  interprétée  comme  un  droit  d^asile,  ni  capable 
»  de  soustraire  la  maison  ou  ses  habitans  auK 
»  perquisitions  des  magistrats  du  pays ,  mais 
»  seulement  comme  marque  indicative  delà  dje- 
y>  meure  du  consul,  pour  les  mariniers  et  autres 
y>  nationau:c. 

»  Il  n'est  pas-  permis  de  toucher  ou  saisir  les 
»  papiers  des  consuls,  sous  quelque  prétexte  que 
^>  ce  soit ,  à  moins  que  le  consul  ne  soit  négo- 
»  ciant  ;  car,  en  ce  cas,  pour  ce  qui  regarde  les 
»  affaires  de  son  commerce,  Ton  agira  avec  lui^ 
»  conformément  aux  traités  par  rapport  aux 
»;négocians  étrangers  passagers.  Et  quand  le 
^  magistrat  du  lieu  aura  besoin  de  prendre  dé—. 
»  çlaration  juridique  du  consul ,  on  la  fera  par 

4     9  '  * 

»  voie  du  tribunal  de  guerre ,  s'il  y  en  a  ;  ou  ^ 
»  s'il  n'y  en  a  point ,  par  la  magistrature  ordi- 
»  nairc  ,  qui  doit  envoyer  préalablement  un 
»  message  de  politesse  au  cdtisulf  pour  l'avertir 
2>  de  la  nécessité  où  il  se  trouve  d'aller  à  sa  mai- 
3>  son,  pour  rendre  quelques  déclarations  con- 
»  venables  ppur  la  police  et  l'administration  de 
»  la  justice;  mais  le  consul  ne  pourra  retarder 
»  l'exécution  de  telles  démarches ,  ni  s'excuser, 
»  et  en  manquer  le  jour  et  l'heure. 

»  Les  consuls  (art.  III)  peuvent  nommer  des 
»  vice-consuls  pour  différens  endroits  de  leur 
y  département;  mais  ceux-ci  doivent  aussi  avoir. 


LIVRE  V.  4i 

«l'approbation  du  souverain  du  territoire;  et 
»  1  ayant  obtenue,  et  présenté  ces  deux  patentes 
»  au  gouverneur ,  ou  au  magistrat  du  lieu  où 
»  ils  doivent  servir ,  ils  seront  reconnus  pour 
»  vice-consuls  :  il  leur  sera  également  permis 
»  de  porter  le  bâton  ou  l'épée.  Pour  les  emplois, 
3»  on  ne  peut  les  donner  aux  natifs  du  pays , 
»  conformément  aux  ordonnances  établies  sur 
9  ce  sujet. 

»  Les  consuls  et  vice-consuls  (  art.  IV)  pour- 
9  ront  aller  à  bord  des  vaisseaux  de  leur  nation , 
9  après  qu'ils  seront  admis ,  faire  des  questions 
9  aux  capitaines  et  à  l'équipage ,  vérifier  leurs 
»  listes ,  prendre  des  déclarations  sur  leur  na- 
9  vigation  ,  destination  et  événemens  qui  leur 
3>  sont  arrivés  ,  les  accompagner  à  la  douane  et 
9  chez  les  ministres  et  officiers  du  pays  pour 
>  leur  servir  d'agéns  et  d'interprètes  dans  leurs 
9  affaires.  Et  comme  il  est  décidé  que  le  ma- 
»  gistrat ,  les  gardes  ou  un  officier  de  la  douane 
y>  ne  peuvent  aller  à  bord  d'aucun  vaisseau  y 
y>  S2Lns  être  accompagnés  du  consul  ou  du  vice- 
y>  consul  ^  ceux-ci  doivent  être  particulièrement 
»  avertis  de  ne  pas  manquer  Theure ,  ni  l'endroit 
»  que  le  magistrat  et  les  juges  de  la  douane  in* 
y>  diqueront  lorsqu'ils  se  trouveront  dans  le  cas 
»  d'aller  à  bord ,  en  compagnie  du  consul  ou 
»  vice-consul ,  et  s'ils  manquent ,  l'on  ne  les 
»  attendra  pas* 


4î  VIP  période; 

»  Les  consuls  et  les  vice-consuls  (  art.  Y  )  ne 
»  se  mêleront  des  vaisseaux  de  leur  nation  que 
»  pour  accommoder  à  Famiable  les  mariniers  , 
j>  par  rapport  au  temps  de  leur  service ,  fret  et 
»  salaire.  Ils  ne  se  mêleront  pas  non  plus  d'une 
»  autre  manière  des  différends  qui  ^'élèvent 
y>  entre  leurs  compatriotes  passagers  ;  e'est*à* 
JD  dire,  lorsque  ceux-ci  veulent  s'accorder,  de 
v  sorte  que  chacun,  soit  capitaine,  soit  marinier 
»  ou  passager ,  conservera  le  droit  naturel  de  re- 
»  courir  à  la  justice  du  pays ,  en  cas  qu'il  se 
»  trouve  préjudicié  ou  opprimé  par  le  consul 
»  ou  vice-consul. 

y>  Ils  auront  le  droit  (art.  YI  )  de  réclamer  les 
»  mariniers^  et  de  dénoncer  au  magistrat  du 
yf  pays  ,  les  vagabonds  de  leur  nation  ^  afin  de 
}»  procéder  contre  eux ,  suivant  les  traités  et  les 
V  ordonnances  du  souverain  du  territoire. 

»  L'article  VII  laisse  aux  consuls  et  vîce-con* 
»  suis  le  droit  de  prendre  les  mesures  convena* 
»  blés  pour  sauver  les  vaisseaux  naufragés  de 
j»  leur  nation  ,  la  cargaison ,  etc. 

»  L'article  Yill  confère  également  le  droit 
»  aux  consuls  et  vice-consuls,  de  faire  liquider 
9  les  successions  et  héritages  de  ceux  de  leurs 
»  concitoyens  morts  en  territoire  étranger  ,: 
»  comme  aussi  de  vérifier  tous  les  fpnds,  effets 
»  et  biens  appartenans ,  'de  quelque  manière 
2)  que  ce  soit ,  à  leurs  souverains  respectifs,  etc.  » 


UIS. 


LIVRE  V.  43 

Cette  convention,  qui  fut  signée  par  le  mar- 
quis d'Ossun  et  par  le  marquis  Grimaldi ,  est 
devenue  importante  ,  parce  qu'elle  fixa  les 
droits  et  les  attributions  des  consuls,  non-seu- 
lement en  Espagne  y  mais  même  chez  les  autres 
princes  de  la  maison  de  Bourbon  en  Italie ,  qui 
crurent  devoir  l'adopter  pour  leurs  états. 

Les  vaisseaux  tunisiens,  isans  éfi'ard  à  la  réu-     <77o. 

-  .         ,     ,  ,  ^  Traité   <?• 

mon  faite  de  la  Corse  à  la  France ,  couraient  sur  paix  %vec Tô- 
les bâtimens  corses,  et  en  faisaient  les  équi* 
pages  esclaves.  La  cour  de  Versailles ,  voyant 
ses  plaintes  à  cet  égard  sans  succès ,  envoya  de- 
vant Tunis ,  une  escadre  aux  ordres  du  comte  de 
Brovas ,  composée  de  deux  vaisseaux  de  ligne , 
de  deux  frégates  et  de  plusieurs  galiotes  à  bom- 
bes ^  qui  se  réunirent  aux  galères  de  Malte ,  le 
3o  juillet  1770.  L'escadre  détruisit  cent  soixante 
maisons  de  la  ville  de  Biserte  ;  après  quoi  elle 
bombarda  Suze,  dont  trois  cents  maisons  forent 
abîmées.  Le  dey.de  Tunis  demanda  à  entrer  en 
négociation  ,  et-  le  1 5  d'août  1776 ,  des  prélimi-  ^ 
i^aires  de  paix  furent  signes  entnr  la  France  et 
la  régence  de  Tunis. 

Le  dey  devait  reconnaître  la  réunion  de  la 
Corse  à  la  France ,  rendre  les  Corses  esclaves , 
renouveler  le  privilège  de  la  pèche  accordé  à  la 
çompsigoie  d'Afrique,  et  payer  les  dommages 
qu'elle  ;av9it  ^Qufferts.  Après  l'exécution  de  ces 
préli<ninaires,  le  roi  consentit  à  accorder  la  paix 


M  VIP  PÉRIODE. 

I 

à  la  régence  de  Tunis  ;  et  le  traité  en  fut  signé 
le  i5  de  septembre  1770,  ^u  nom  de  S.  M.  T.  C. 
par  le  comte  de  Broves,  chef  d/escadre,  et  le 
sieur  Barthelemi  de  Saizize ,  consul  de  France  à 
Tunis. 

D?sgrace  dn      ^^  ^"^  ^®  Choiscul  avait  joui  depuis  son  en- 
duc  dr  choi  ij.^ç  a^  ministère,  d'un  crédit  constant  auprès 

«eul  ;  sa  poli-  ^  * 

tiqaé.  Je  Louis  XV*  Ce  prince  avait  dit  souvent  qu'il 

n'avait  jamais  travaillé  avec  personne  qui  eût 
le  trayail  plus  facile  et  plus  net;  de  plus,  il  était 
persuadé  que  ce  ministre  tenait  par  ses  négo- 
ciations ,  les  ennemis  de  la  France  hors  d'état 
de  troubler  la. paix,  unique  souhait  de  sou 
cœur.  M.  de  Choiseul  était  de  plus,  ouvertement 
soutenu  par  les  cours  de  Vienne ,  de  Madrid  et 
de.  Lisbonne ,  et  dans  l'intérieur  il  était  chéri 
du  militaire  et  des  parlemens  ;  en  sorte  qu'il 
offrait  un  pouvoir  qui  éclipsait  presque  celui  du 
souverain  ;  pouvoir  qui  fut  néanmoins  renversé 
par  une  complication  de  circonstances  intérieu- 
res et  extérieures. 

Les  Espagnols  mécontens  de  ce  que  les  An- 
glais avaient  fait  en  1766  (1),  un  établissement  y 


«  ^ 


(i)  Les  Espagnols  Toulaient  empêcher  les  Anglais  de  faire 
un  établissement  dans  les  petites  iles  situées  près  du  détroit 
de  Magellan  ,  d*où  ils  auraient  pu  facilement  se  porter  vers 
les  côtes  du  Pérora  et  du  Chili ,  et  y  faire  le  eoi&raeree  dt 
contrebande,  -  .«     • 


LIVRE  V.  45 

et  construit  un  fort  dans  les  iles  de  Falkland 
ou  Malouines ,  qu'ils  tenaient  rëcerament  des- 
Frabçais,  y  envoyèrent  au  mots  de  juin  1770, 
trois  frégates  dt  des  troupes,  qui,  après  avoir 
canonné  le  fort ,  s'en  rendirent  maîtres  ,  et  fi- 
rent  la  garnison   anglaise  prisonnière.  Cette 
nouvelle  causa. à  Londres  une  grande  fermenta- 
tion ,  et  sur  le  champ  l'armement  d'une  escadre 
fut  ordonné.  La  guerre  entre  la  Grande-Breta- 
gne et  l'Espagne ,  semblait  inévitable;  et  M.  de 
Choiseui  était  porté  à  l'approuver ,  parce  qu'il 
se  croyait  en  nàesure  de  la  faire  avec  succès  ;  il 
proposa  son  projet  au  conseil ,  et  il  fut  rejeté. 
Néanmoins  ,  on  dit  à  Louis  xv  que  ce  ministre 
voulait  la  guerre^  et  <)u'il  avait  conseillé  aux 
Espagnols ,  le  coup  hardi  qu'ils  s'étaient  per- 
mis ,  lui  insinuant  que  jamais  la  cour  d'Espagne 
n'aurait  eu  l'audace   d'attaquer  l'Angleterre  ,' 
sans  l'aveu  de  M.  de  Choiseui  qui  sç  vantait  de 
diriger  plus  sûrement  le  cabinet  de  Madrid 
que  celui  de  Versailles  ;  et  que  si  raccommode- 
ment n'avait  pas  encore  eu  lieu  ,  c'est  que 
M.  de  Choiseui  ne  le  voulait  pas  ;  cette  insinua* 
tion  maligne  paraît  avoir  contribué  beaucoup  à 
la  disgrâce  de  ce  ministre. 

Le  roi  manda  secrètement ,  le  21  de  décem-^ 
bre ,  l'abbé  de  la  Ville ,  premier  commis  de» 
affaires  étrangères,  autrefois  jésuite ,  et  ennemi 
secret  de  M.  Choiseui ,  qui  avait  eu  la  générosité 


46  VIP  PÉRIODE. 

de  le  laisser  en  place.  I/abbé  de  la  Ville,  avant 
de  se  rendre  dansTappartemènt  de  la  maîtresse 
du  roi ,  madame  du  Barri,  passa  chez  le  duc 
de  la  Vauguyon  ,  gouverneur  des  enfans  du 
dauphin ,  qui  le  dressa  sur  ce  qu'il  avait  k  dire, 
et  lui  fournit  même  un  manteau  dans  lequel* 
l'abbé  de  la  Ville  sortit  enveloppé  ,  afin  de 
n'être  point  reconnu. 

Embarrassé  du  rôle  délicat  qu'il  allait  jotier , 
et  étonné  de  se'  trouver  seul  avec  le  roi  et 
cette  femme ,  l'abbé  de  la  Ville  éprouva'  une 
défaillance;  et  le  roi,  pour  lui  faire  reprendre 
ses  sens,  lui  jôta^stir  le  visage  un  pot  d'eau.  Re* 
^  venu  à  lui ,  il  dit  au  roi  que  M.  de  Choiseul  fai- 
sait des  démarches  poui*  amener  la  guerre  ,•  et 
l-HÎ  assuré  l'existence  d'une  dépêché  écrite  à 
cette  fin.  En  se:  re^tirant ,  il  demanda  au  roi, 
par;  niaiserie,,  ou  par  crainte  de  M.  de Choisteiil , 
s'il  ne  devait  pas  rendve  compte  à  ce  ministre  de 
de  qui  se  passait ,  à-  son  sojet ,  et  le  roi  Itii  ré- 
pomdit  avec  humeur  :  «  No-nsans' doute.  »^ 

Dès-lors  Louis  xv ,  quoiqu'il  n*eut  entendu 
qcije  ladéclarationtd'un  ennemi  de  M.  Choiseul, 
se  décida  à  le  renvoyer  ;  et  il  ne  parait  pas  qu'il 
eût  aucune  explication  avec  lui ,  pour  connaî- 
tre la  vérité  des  faits.  Ce  prince  même,  qui 
était  fort  dissimulé  ,  continua  de  l'accueillir 
a^vec  soui  affabilité  ordinaire  jusqu'à  ce  qu'il  lui 
envoya,  le  a/^ décembre^  par  le  duc  de  la  Vril- 


LIVRE  V.  47 

lière^  secrétaire  d'état,  la  lettre  de  cachet  (i), 
qui  Texilait  dans  sa  terre  de  Chanteloup ,  près 
d'Amboise.  LeducdeChoiseul-PrasIin  partagea 
sa  disgrâce. 

A  ce  premier  motif  de  la  disgrâce  de  M.  de 
Ghoîseul ,  i(  faut  en  joindre  un  autre  qui  fut 
peut-être  plus  décisif  encore ,  parce  qu'il  par- 
tait du  cœur  ulcéré  du  monarque.  Louis  xv'avait 
pris  un  goût  très  vif  pour  une  fille  obscure ,  la 
demoiselle  Lange  ,  connue  depuis  sous  le  nom 
de  Madame  du  Barri.  M.  de  Choiseul  espérant 
que  ce  prince  se  dégoûterait  de  cette  femme, 
avait  toujours  dédaigné  de  s'abaisser  devant 


(i)  Le  roi  écrivit  à  M.  de  Choiseul  le  billet  suivant ,  dont 
on  peut  garantir  Fauthenticité ,  ainsi  que  de  la  lettre  du 
même  prince  à  M.  de  la  Vrillière. 

<  Pordonne  à  mon  cousin  le  duc  de  Choiseul,  de  remettre 
»  la  démission  de  sa  charge  de  secrétaire  d^état  et  de  suriA* 
»  tendant  des»  postes  ,  entre  les  mains  du  duc  de  la  Vrillière , 
B  et.  de-  M  retirer  à  dutateloup  jusqu'à  nouTei  ordre  de  ma 
»  part. 

»  Versailles  ,  le  24  <^^  décembre  1770,         «S^é^ Louis.  9 

1  lie  duc  dç  la  Vrillière  remettra  les  ordres  ci- joints  ft 
»  MM.  de  Choiseul ,  et  me  rapportera  leurs  démissions. 
>  Sans  madame  de  Choiseul ,  j'aurais  envoyé  son  mari  autre 
»  part ,  à  cause  que  sa  terre  se  trouve  dans  son  gouverne- 
»  ment  ;  mais  il  en-  usera  comme  s'il  n'y  était  pas.  Il  H*y 
»  verra  que  sa  fe  mille ,  et  ceux  à  qui  je  permettrai  ds^v 
»  aller.  Si§f/^é.  Louis.  » 


48        ^         VII»  PÉRIOi)E. 

elle,  et  la  favorite  se  plaignant  au  roi  avec  lar-» 
mes,  des  dédains  du  ministre  ,  tâchait  de  {ni 
faire  partager  son  injure.  Indépendamment  de 
cette  dangereuse  ennemie ,  le  duc  de  Choiseul^ 
avait  encore  contre  lui,  le  chancelier  Maupeou 
qui  l'accusait  de  fonaenter  la  résistance  des  par- 
lemens;  le  prince  de  Condé  qui  désirait  un  mi- 
nistre de  la  guerre  de  son  choix  ;  le  contrôleur 
général  Terrai ,  le  duc  de  la  Vauguyon  ,  gou- 
verneur du  dauphin  ;  la  comtesse  de  Marsan, 
gouvernante  des  eufans  de  France;  la  faction 
toujours  redoutable  des  jésuites ,  et  plusieurs 
courtisans  nourris  de  l'espoir  de  partager  là  dé- 
pouille d'un  ministre  tout-puissant. 

M.  de  Choiseul  vécut  dans  son  exil,  avec  cette 
dignité  de  caractère  qui  est  l'expression  d'uue 
ame  élevée  que  la  défaveur  ne  peut  abaisser. 

Ce  ministre  avait  une  élôcution  facile;  ses 
idées  étaient  abondantes  et  vives  ;  son  tact  fin  et 
subtil.  Doué  du  talent  d'émouvoir,  d'échauffer 
et  d'intéresser  ,  on  a  de  lui,  des  dépêches  qui 
sont  pleines  d'une  éloquence  naturelle  entraî- 
nante. Sa  dialectique  est  serrée ,  directe  ,  et  ba- 
sée en  général  sur  ces  deux  points ,  Tbonneur 
du  trône  et  la  prospérité  de  la  nation. 

M.  de  Choiseul  possédait  l'art  de  démêler  les 
caractères.  Il  eut  aussi  celui  de  gagner  lés  esprits, 
en  sorte  qu'il  eut  un  parti  autant  attaché  à  sa  per- 
sonne qu'à  son  pouvoir;  exception  honorable 


LIVRE  V.  49 

dont  sa  disgrâce  fournit  la  preuve.  Plein  de 
luî-méme  et  de  sa  force ,  il  avait  la  fierté  des 
grands  de  la  cour  de  Louis  xiv,  qu'il  rappe* 
lait  encore  par  réiégance  des  formes  et  ia  no- 
blesse de  la  représentation.  Ami  prononcé  , 
il  fut  ennemi  franc  ,  et  ne  craignait  pas  de 
rompre  en  visière  avec  le  dauphin,  père  de 
Louis  XVI,  à  qui  il  alla  jusqu'à  dire  :  4x  Je  puis 
»  avoir  un  jour  le  malheur  d'être  votre  sujet , 
9  mais  je  n'aurai  jamais  celui  d'être  votre  servi- 
»  teur  (i).  » 

Son  aversion  po^r  les  jésuites  l'avait  brouillé 
avec  ce  prince  ,  et  son  opposition  constante 
avec  lui ,  avait  donné  naissance  à  des  incul- 
pations trop  extraordinaires  et  trop  dénuées 
des  preuves  pour  pouvoir  être  rapportées.  La 
l)rouillerie  ne  suffit  pas  pour  faire  présuma 
le  crime  de  la  part  d'un  ministre  ^  dont  le  ca- 
ractère moral  fut  constamment  estimé.  . 

En  administration,  M.  de  Choiseul  aimait  le 
grand ,  le  beau  ;  mais  on .  a  préte^dii  que.  son 
imagination  lui  avait  fait  quelquefois  préférer 
le  brillant  au  solide ,  et  qu'il  négligea  de  doiînér 
son  attention  à  des  affaires  qui  dans  la  suite , 
devinrent  sérieuses.  On  cite  à  l'appui,  qiioi^ 
qu'avec  peu  de  fondement ,  la  combustion  de  la 
Pologne. 


t   ». . 


'•'"^ 


(i)  Mém.  de  Choiseul. 

vir. 


i        • 


5a  VIP  PÉRIODE. 

y 

autant  que  les  circonstances  le:  permettaient  ^ 
le$  confédérations  polonaises. 

Chargé  presqu'à  la  -fois  des  porte*feuilIes  de  la 
guerre ,  de  la  marine  et  des  affaires  étrangères, 
M.  de  Choiseul  (i)  dut  faire  quelques  fautes  ; 
mais  il  faudra  pourtant  avouer  que  par  les  res- 
sources de  son  génife ,  il  releva  la  considération 
de  la  France  ,  et  qu'il  ne  lui  manqua  peut-être 
pour  occuper  le  premier  rang  parmi  les  minis- 
tres de  son  siècle ,  que  d'avoir  paru  k  une  autre 
époque ,  que  celle  de  la  fin  nébuleuse  du  règne 
de  Louis  xv;  en  sorte  que  Mé  4le  Choiseul  , 
qui  eût  pu  être* un  ministre  célèbre,  n'a  été 
par  les  circonstances  (  qu'un  homme  d'état  dis- 
tingué. 
Î771.  Ifintérim  des  affaires  étrangères  fut  conféré 

.ff^rttrt'.  à  Phéhppeaux  ;  duc  de  la  Vrillière ,  lequel  était 
M.Teuvra-  secrétaire  d'état  de  la  maison  du  roi; 
lière.  La  sculc  Opération  un  peu  importante  qui 


-  -  •  » 

',  i\\  l>e  duc  de  Choiseul  mourut  à  Paris,  le  8  de  mai  1 785. 
^  '  -.  •  If.»..  ' 

Il  voulut  être  inhumé  dans  le  cimetière  de  la  ville  d*Am- 

■         •    •  *  •  ■     ■.  •  ,  .  .  • 

boise ,  et  démanda  expressément  que  Ton  plantât  un  cyprès 

mâle  siir  sa  tombe.  Sa  mort  excita  des  regrets.  SouVent  TopU 
nvon  publique  Fa vait  Reporté  au  ministère;  m^isLpuis  xiri , 
fortement  prévenu  contre  lui ,  s*y  refusa  constamment.  On 
•ft  publié  en  1790  ses  Mémoires,  qui  ne  sont  qu'une  insigni* 
fiaïltç,  collection  de  pièces  presque  toutes  étrangères  à  la 
pplHique  du  dehors.  Ce  n*est  pas  là  qu'il  faut  chercher  ce 
ministre  et  son  génie. 
\ 


LIVRE  V..  63 

mit  eu  lieu,  pendant  la  g^tipn  piothentanée  do 
M.  de  la  Vrillière  ,  et  à  laqi^^elle  il  n'a  eu  ipéme 
qu'une  part  très,  médiocre  ,  est  raccomipodç- 
méat  entre  l'Angleterre  et  TE^pagne ,  au  sujet 
de3  îles  M^lpu^nes  ou,  Falkland. 

La  COUP  dç  Madrid  9  après  la  disgrâce  du  duc 
de  Choiseni  j,  cpaignanX  de  n'être  pas  soute- 
nue par  celle  de  Versailles ,  crut  plus  sa^  de 
donner  satisfaction  à  TAngleteirre  ,  qui  exji- 
g^ait  que  .pjx>yisQireinent ,,  elle. fût  réintégrée 
4^ns  la  possession  du  port^  Elgmont  ;  à^quoi  U 
4K)ur  de  Madridiconsentit.par  .une.  note  re* 
saise,  le. 23  de  janvier  177.1.1  par  son  ambas* 
sadeur  :  à-  Lopd|*es  ,  le  pr\ncé  de  Masserano  \ 
laquelle  note  portait ,  <c.^ que  cette  restitution 
»  ne  pouvait  9  ni  ne  devait  affecter,  en  au- 
9  cune  manière  ,  la  question  du  droit  anté- 
»  rieur  à  la.  souveraineté  àe^  îles  Malouines  ou 
p*  Falkland.  »         -  .     « 

Mais,  malgré  là  remise  entière  de  ces  ileSy 
le  roi  d'Àh'gleterre  ne  voulait  point  désarmer  ; 
ayant  que  la  France  et  TEspagne  ne  lui  en 
eussent  donné  l'exemple  ,  ou  du  .'moins  ne  fus« 
sent  convenues  de  Tépoque  du  désarmement; 
et  la  France  et  l'Espagne  voulaient  ,  au^con* 
trâtre .  que  ee  fût  I^Angleterrequi  commençât  de 
désarner ,  ne  croyant  pas  qu'il  fût  prudent  de 
la  précéder. 
Dans  une  lettre  écrite  par  le  duc  de  la  Vril- 


I 

54  VIP   PÉRIODE. 

liere  ,  âû  cotttë  flè  Gùines  (ij ,  vers  le  BtfilièU 
ad  iiiWi' d'Wli;  dèiihimâtre  ^âppfeislit  la  prè- 
messe  dé  la  corir  de  Lôridrès  ^^an  «tijfet  àm 
îles  cdhtestéés  ,•  « *tfe  îéi  éi^oeuë/,  Si£às  former 
»  aucune  demandé  a  indemnité  y  fît  ^auttes  pM-^ 
i'ièkti6ni\  quelle^  qû'èUès^puiSèht  Sêrè.  % 

Èûïïn;  M.  Franéès ,  qui  avait  ëté  étito^é  pafc 
m;  de  Cboiseul  ,  en  qualité  de  miiiîdtfe  plëffi^ 
pbtén^iàire  à  Londres ,  pour  là  iiëgàdation  atl 
sujet  des  îles  de  Talklànd  ,  écritit'à  M.  de  la 
VrflHère ,  ènf  éâte  du*  il3  d'atril  1771  ,  tjd^  TAtii 
gtëtërrëavaîtfcofcisénli  que  ledëàariéfemfefatfedftt* 
inetiçât  à  s'effôctiièrV  inin^ëdiatenfétit  âprèsf  fo 
fè^U'é  dé  là  fidttè  ,  ^ûi  àUait  âitôif  Hei»  ;  et  (][«lè 
ibùtesles  stâilôns  nyrhimes'âè^àiëbthiisb  if»^ 

mëdlâtem6ùtâtiflëj)iédde|»OT*.''^'  . 

*_ i"'-   •       •   •    I    l'i  •      t»«»  .  I .  .  ..   .,     t.\  g^ 

(i)  La  nëgocîattôh  qài  s'dàvHt  M'a tf Jet  défi  liés  &ei  ¥Mst^ 
land ,  ayant  donné  lieu  à  des  bruits  alternatifs  >  de  ^aiï  i^^ 
de  guerre,  et  par  suite  a  nà  jeu  sut  tes  ^^\%  publics  en 
Angleterre  9  le.  sieur  Tort ,  secrétaire  du  comte /de  Guines  ^ 
aJbpsa  de  sa  pls^ce  et  3u  nom  de  ce  ministre ,  pour  joi^er  sur 
les  £onds  publics^  et  donner  pour  ^e  l'argent ,  communie»^ 
tion  à  des  banquiers  dé  Londres  ^  de  ce  qu'il  apprenait  pa^ 
lés  dépêches;  ce  qui  produisit  un  agiotage  hardi  et  u^è 
banqueroute  fràudiilétiàè  de  la  part  de  Tort  et  de  ceux  qui 
oônnivaient  ayec  hù.  Tort  a'enfùitde  Londres-,  en  avril  1771^ 
fX  ,se.  permit  d'û^teilter  au  comte  de  Gupes,  un  pycès  eo 
indemnité ,  prétendant  qu'il  avait  joué  en  son  nom  et  sur 
ses  ordres;  mais. ce  secrétaire,  après  de  longues  plaidoi» 
ries ,  fut  condamné. 


«     *  •  fl  « 


LIVRE  V.  55 

• 

C'est  diasi  que  s'apaisa  c^Ue  querelle  ;  et  Tin* 
tervention  de  la  Frat^c^  qui  ne  voulait  point  la 
guerre,  ne  contribua  pa$  peu  à  une  conciliation 
entre  l'Angleterre  et  l'Espagne  (i).  • 

Le  roi  jugeant  copyqn^ble  de  mettre  fin  à  Vin-     '77. 
térim  trop  prolongé  di^  ininistère  des  affaires  ùu  duc  a*Ai. 
étrangères,  y  nomma.i  au  mois  de  juin  1771 ,  nUièw. 
Emmanuel -Armand  de  Vignerod»  duc  d'Aiguil- 
lon. Ce  seigneur  était  né  en  1 720^  et  avait  couru 
la  carrière  militaire.  Il  n'ayait  point  encore  rem* 
pli  de  fonction  politiqi|e,  et  ce  débpt  parut 
un  peu  hardi. 

La  Suède  était  4^Mi^  loog^temps  l'objet  des      7V'  . 
démarches  en  tout  gepriE^  de  la  France,  de  la^«  *•  Franc» 
Kussie  et  de  l'Anglet^erre^,  qui  cherç^b^i^nt  àydeSuède. 
diriger  les  diètes  ou  ass^emblées»  nationales.  La 
France  y  domina  le  plus  souvent  par  ses  an-» 
ciennes  liaisons,  et  à  la.fgveur  die  ses.  subsides  ; 
mais  son  parti,  depuis  plusieurs  anpées,  avait 
le  dessous.  M.  de  Choiseul  isvait  conç^  le  pro-- 
jet  de  rendre  à  la  royauté  de  Suède  l'autorité 
qu'elle,. savait  perdue^ -çt  de  réduire  çell^  du 
sénat,  composé  en  g^aude  partie  de  membres 


ff  •'       -II-         •  -        .-.-r---' ■  '  '^ 


mmJ     f      '        ' 

(1)  Les  Anglais  n'évacuèrent  toutefois  le  fort  Egaient  que 

le  23  de  mai  1 774»  L'Angleterre  ne  consentît  ^ii:  pé  qu*îl 

parait ,  à  se  dessaisir  des  îles  dé  Valkland ,  sarti  îndëMnitë 

quelconque,  que  parce  qaè  des^  troubles  se  man^staieat 

déjà  dans  ses  colonies  d'Aiaériqi^e* 


56  .VIP  PÉRIODE, 

dévoues  à  la  Russie  et  à  l'Angleterre.  Pour  effec- 
tuer ce  dessein ,  le  comte  de  Modène  qui  avait 
été  envoyé  en  Suède,  au  mois  d'avril  1768,  à  la 
place  du  baron  de  Breteuil,  détermina  le  roi  de 
Suède ,  Adolphe  Frédéric  li ,  à  signifier  au  sénat , 
«  que  touché  des  taxes  pesantes  dont  ses  peuples 
»  étaient  surchargés,  son  intention  était  qu^ 
j)  les  états  fussent  convoqués  ;  et  que  si  lé  sénat 
»  se  refusait  à  cette  convocation ,  il  se  démet- 
»  trait  de  la  royauté,  et  défendrait  qu'il  fût  fait 
j>  iisage  de  son  nom  dans  les  résolutions  du 
D  sénat.  r> 

Lé  roi  exigeait  une  réponse  dans  ving-quatre 
heures  :  ne  la  recevant  pas,  il  envoya  le  prince 
'  royal  au  ôôllége  de  la  chancellerie,  retirer  Fes^' 
tampitle  dont  on  se  servait  poUr  suppléer  à  la 
signature  royale.  Le  pouvoir  exécutif  se  trouva 
dès-lors  suspendu;  et  le  sénat  sentant  qu'il  ne 
lui  était  plyis  possible  de  gouverner  l'état,  se 
détermina  à  convoquer  la  diète.  Les  sénateurs 
fur'ent  déposés  par  cette  même  diète,  et  leurs 
pt^édécesseurs  furent  rappelés.  Le  roi  de  Suéde 
obtint  plus  d'autorité,  et  la  courdë  Fraticè  plus 
d'influence..  Toutefois,  le  cabinet  de  Versailles 
échoua  dans  le  projet  de  faire  accorder  au  roi 
et  c^u  sénat,  le  droit,  pendant  l'absence  des  états 
et  de  la  diète,  de  faire  déclarer  la  guerre,  et  de 
former  des  alliances*  L'intention  de  la  France 
était  de  se  prévaloir  de  ce  droit,  pour  engager 


LIVRE  V.  57 

le  roi  à  faire  une  diversion  contre.  les  Russes , 
en  faveur  des  Turcs.  Ainsi,  le  fruit  que  retira 
la  cour  de  Versailles  de  ses  diverses  démarches 
et  des  sommes  versées  en  Suède,  fut  la  desti-* 
tution  d'un  sénat  favorable  à  la  Russie  et  à 
r Angleterre,  et  la  suspension  du  traité  de  com- 
merce du  5  de  février  1766,  entre  la  Suède 
et  V Angleterre ,  qui  accordait  aux  sujets  des 
deux  états^  le  traitement  des  nations  les  plus 
favorisées. 

La  mort  du  roi  de  Suède ,  Adolphe  Frédéric , 
arrivée  le  lâ  de  févi^ier  1771 ,  donna  lieu  à  des 
coups  plus  décisifs.  Le  prince  royal  de  Suède, 
depuis  Gustave  m,  qui  se  trouvait,  en  ce  mo- 
ment à  Paris,  songea  aussitôt  à  exécuter  le  pro- 
jet depuis  long-temps  médité,  de  changer  la 
constitution  de  son  royaume,  et  de  la  diriger 
vers  l'extension  du  pouvoir  royal.  Louis  xv 
lui  promit  les  arrérages  dus  à  la  Suède,  depuis 
1756,  et  qui  s'élevaient  à  400,000  écus.  Une 
partie  lui  fut  remise  à  l'instant,  et  on  lui  fit 
espérer  le  paiement  du  surplus  quand  il  serait 
rendu  chez  lui,  pourvu  qu'il  l'employât  à  re- 
couvrer les  anciennes  prérogatives  de  sa  cou- 
ronne. On  crut  devoir  tempérer  l'ardeur  du 
jeune  prince,  en  nommant  auprès  de  lui,  en 
qualité  d'ambassadeur ,  le  chevalier ,  depuis 
comte  de  Vergennes,  à  la  place  dû  comte  de 
Modéne,  qui  avait  quitté  la  Suède,  au  mois  de 


58  VIP  PÉRIODE. 

juillet  1770,  en  y  laissant  M.  Barthelemi,  en 
qualité  de  chargé  d'affaires. 

Le  chevalier  de  Yergennes  9  quoique  retiré 
depuis  trois  ans,  eh  Bourgogne ,  avait  donné  au 
roi ,  une  si  bonne  opinion  de  ses  talens  et  de  sa 
prudence  ,.quece  prince,  qui  le  consultdiyt  dans 
sa  retraite^  le  crut  très^propre  à  seconder: les 
plans  qu'on  concertait  en  faveur  de  la  Suéde. 
Comme  dans  ce  moment,  il  n'y  avait  point  en- 
core de  ministre  des  affaires  étrangères ,  et  que 
le  duc  de  la  Yrillière  avait  Vintérim  de  ce  tni- 
nistère,  il  laissa  M.  de  Yergennes.^  maîlre.^e 
rédiger  ses  instructions  à  sa  volonté  ;  i^ituatioa 
heureuse  que  celle  où  un  ambassadeur  éclairé 
n'est  point  gêné,  ni  dirigé  par  des  ordres  abso« 
lus,  souvent  mal  combinés.  M.  de  Yergennes 
arriva  en  Suède,  au  mois  de  juin  177 1. 

Charles  kii  avait  abusé  de  l'autorité  royale 
par  les  levées  extraordinaires  d'hommes  et  d'im^ 
pots  qu'il  avait  faites  pour  accomplir:  de^.  pro- 
jets supérieurs  à  sa  puissance.  Sa  mort,  sans 
héritier  direct ,  offrant,  une  occasion  de  re- 
couvrer le  droit  délire  le  roi^  les  sénateurs 
avaient  enlevé  à  la  couronne  plusieurs  prérc^ar 
tives,  et  le  monarque ,  en  plus  d'un  point,  leur 
fut  subok'dohné.  Le  gouvernement  de  Suède 
était  devenu  une  royauté  mêlée  d'aristocratie , 
ou  plutôt  il  était  devenu  aristocratique  sous  les 
emblèmes  de  la  royauté.  I^ais  il  arriva  bientôt 


LIVRE   V.  59 

ce  qu'on  toit  b^drnairettient  datiS  les  âristocra* 
lies  :  les  falôtîbtis  dÎTisèrent  le  sëciat ,  et  les  se* 
nàteurs  se  tàhgèi'ettt  sotiàf la  bartmère  de  diverses 
|]PtÉissi(ncès  éttâttgèreÈ.  La  Frâucè ,  la  Russie  et 
l' Angleterre  fotihèrëfit ,  ati  sèiil  de  Sfockltolin , 
des  factions  animées  et  stipendiées.  Le  parti  dé- 
Vdiië  à  lu  Ffaiice ,  et  qu'où  noibmait  iés  cha-- 
pèàUdt ,  était  comporté  de  l'élite  de  la  noblesse , 
let  iÉrait  eu  long-tëhips  la  prépondérance.  Lé 
psirtj  opposé ,  celui  des  bohhèts,  soutenu  par  la 
Russie  et  l'Angleterre,  l'emportait  dans  les  dé^ 
ltbét*àtioDS  des  états. 

L'ordre  ptiblic  et  la  félicité  des  Suédois  de- 
mandaient des  modiflcàtiohs  dans  la  constitua* 
ifon  de  la  Stiêdfe;  •Gustave  peignit  iui-méine ,  eh 
février  17^1 ,  âut  états  àSseiliblés,  lie  tableau 
des  discorde^  civiles.  «  Depuis  long- tetnps,  lèut* 
D  dit-il^  la  niitibn  est  en  proie  aiix  dissension^ 
^des  deii^t  partie,  qui  en  ont  fait,pout  aitisi 
»  dire  ,  deût  peuples  conspiraiit  l'un  contrfe 
«  l'autre.  Là  division  a  porté  la'  haine  dans  les 
»  cœurs  ;  la  haine  a  inspiré  la  vengeance  et  ei- 
2>  cité  la  persécution;  La  licence  a  été  enfin  por* 
»  tée  si  loin ,  que  c'est  une  opinion  reçue ,  que 
»  la  pluralité  des  suffrages  est  au-dessus  de  la 

Le  l*ôî  de  Suède  prépara  un  dôulévemènt  éh 
Scanie ,  et  fit  venir  des  troupies  dé  Fiiilande.  Le 
moment  d'éclater  àtriva,  et  ée  moment  était 


6o  •  Vil*  PÉRIODE. 

entouré  de  présages  qui  n'étaient  pas- tous  éga« 
lement  favorables;  «Demaio,.dit  le  comte  de 
30  Yergennes  au  roi ,  demain ,  il  faut  commen*- 
D  cer  la  révolution;  demain,  Sire,  ou  tout  est 
S)  perdu.  »  —  «c  A  demain,  lui  répond  Gus* 
tave  (i).  »  .      . 

Le  1 8  d'août ,  le  roi  se  rendit  à  pied  à  l'arse- 
nal, assista  à  la  parade  du  régiment  des  gardes 
qui  devait  monter  au. château.  Les'officiers  l'en- 
tourèrent;  il  marcha  avec  eux  san^  s'ouvrir  de 
son  dessein.  La  garde  qui  rnoot^it ,  e(  celle  qjin 
se  retirait ,  eurent  ordre  de  sester  ensemble. 
Aloi:s  le  roi  ^'adressant  à  tous  ceux, qui  étaient  ' 
présens,  dit.:  «  Je  ne  vefix  point  attenter  4  .U 
»  liberté ,  ni  aux  droits  des  citpyeiis  que  je  j,ufç 
Il  de  respecter,  et  pour  lesquels  mon  sang  est 
X  prêt  à  couler  ;  mais  sauvons,  l'/état  de  l'anari- 
»  chie  qui  le.  déchire.  »  Deux  cent$  officiers  prêr 
lent  serment.  A  l'instant ,  tout  se  m^t  en  mou- 
vement. Des  canpns  sont  plac^'ç  dq^ns  les  prin- 
cipales rues ,  et  dirigés  ménse  icqntre  le  lieu 


(i)  Il  est  toutefoU  des  personnes  qui  ont  joué  uu  rôle 
distingué  dans  la  diplomatie ,  qui  prétendei|f  que  M,  de  Ver- 
gennes  ne  prit  aucune  part  à  la  révolution  de  Suède ,  et  que 
la  veille  même  de  ce  grand  événement ,  il  écrivait  au  duc 
d'Aiguillon  «  qu'il  partait  pour  la  campagne ,  et  qu'il  croyait 
«  que  le  roi  Gustave  allait  faire  .un  coup  de;  tète.  »  Ce  fait 
pourrait  se  vérifier  dan^  les  dépêches  de  M.  ^e  Y ergeones* 


XIVRE  V.  6i 

d'asisemblëe  du  sënat ,  qui  délibérait.  Le  roi , 
maître  du  parc  d'artillerie  i  {ait  dpnner  des 
munitions  aux  soldats  ;  et  la  cavalerie  bour- 
geoist ,  jusque-là  dévouée  au  sénat ,  se  réunit 
la  première ,  au  roi.  Le  lendemain  ,  19  d'août , 
Gustave  se  rend  au  sénat ,  et  fait  adopter  une 
nouvelle  constitution  en  cinquante^ept  arti- 
cles ,  à  la  faveur  deiaquelle  il  devint  monarque 
plus  absolu. 

Cet  événement  fit  beaucoup  de  plaisir  à 
Louis  XV,  et  balança  dans  son  cœur  le  chagrin 
que  lui  causait  la  situation  de  la  Pologne  prête 
à  être  partagée.  Très  satisfait  de  la  conduite  du 
comte  de  Yergennes ,  il  le  nomma  conseiller 
d'état  d'épée ,  et  le  duc  d'Aiguilloii ,  ministre 
des  affaires  étrangères,  lui  écrivit  à  cette  occa- 
sion ,  le  10  de  septembre  :  «  Je  me  flatte ,  Mon- 
»  sieur ,  que  vous  êtes  bien  persuadé  de  la  sin- 
D.cérité  de  mes  complimens.  Personne  ne  sent 
»  mieux  que  moi,  l'importance  et  l'étendue  du 
»  service  que  vous  venez  de  rendre  au  rôi  ;  et 
2>  je  n'ai  pas  eu  besoin  de  les  faire  connaître  à 
9  sa  majesté ,  qui  s'est  expliquée  à  cette  occa- 
»  sion ,  sur  votre  sujet,  comme  vous  pouve'i  le 
»  désirer  ;  elle  déclara  elle-même  à  M.  le  chan-^* 
ï)  celier  la  grâce  qu'elle  vous  accordait ,  et  fit 
I»  l'éloge  de  vos  talens,  de  votre  zèle  et  de  votre 
•»  attachement ,  etc.  » .      • 

M.  de  Yergennes-  répondit  à  cette  lettre  de 


6a  VIP  PÉRIODE. 

félteitidtiOfl  avec  mo^PHi^  H4ignité*  U  .disait  enr 
tr'au(re3  çbo9e$.^  9^  ^^i^X  ^^  la  £>uèdie  :  «  U  .e« 

y  est  des  Man^  poUtiq^ues  çomm^  A»b  tnmTf^ 
»>  phy!SÎq^|S9  :  q^pap^  l^  l»aJ  eirt  parveni  à  w 
>>  plu3^randç  «ç^iaei  €ii  la  inpf  t  ije  ^i};  p^a^  ejîi 
9  fijlrç  le  réwM^t ,  le  ifimède  yie»* ,  ei?  quelque 
^  faiçon ,  se  plweir  d^  liiirméme.  C'est  p^  que 
»  nou»  aviws  ya  iç'h  hes  ^hus  it^ujours  croisr 
y>  sans,  la  licence  et  l'anarchie  étAÎf^t  i(  lieuf* 
^  coioJ^le  ;  -une  rf  yolution  devait  en  étr^  U  con- 
m  séquence  i^évUajble.  i^a  ^rtn^t^  ^^  roi  de 
»  Supde  y  a  fait  IbeatiACOup  ;  U  s'y  a^  e^uver^ 
I»  d'une  ]g}oire  ii»ii|ortelle..Se^anta^nistesron|: 
p  mie^iix  servi  qu'ils  ne  se  le  ;prapf>saien,t  ^  ,esi 
a>  révoltant  la  nation  ;  ils  lavftieni;  âiMbieipi  prér 
j»  parée  A  désirer  uo  cbaiiige^vei^^  qpe  le  prinqe 
j)  n'a  eu  jtpesoip  qu,e  d^  se  mofïijr^v  pour  Tef- 
»  fecctuer.  Si  Je  we  ^^feiids ,  M.,  le  duc  ,  de^s 
9>  élpges  ^ue  vans  yx^Uez  h'wxi  ^e  donnfsr ,  je 
i»  ii'en;^QS  pft$  4)901^  1a  Jipntçqyi  vous  les  ip«r 
^» pire»  etc. ^ 

AI,  4e  yexigQDi^es  s!ocp|ipa  jà  fîpof^li^er  par 
les  sagçs  jQonseiJ^  qu'il  fioiona  ^vt  roi  de  Çi^ède 
4a i^évolutiou  {i)  qjii  venait. d'avoir  lieu,  ^t  le 


(i)  Peu  après  cette  révolution ,  M.  de  Vergennes  écrivait 
au  duc  -d* AlguiHbii  ;  ministre  des  affaires  étrangères  ,  au 
sujet  de  Gustave  m ,  que  ce  prince  n*0(Hiit  que  ie  courage 
Au  moment^  atquejaaaiuin^^mblgùen  fivoir/ait  un  çh^ 


k/ 


LIVRE  V.  65 

nouTeau  pouyoir  dont  ce  prince  s^e'tait  si  juste- 
ment ressaisi ,  ne  sortit  plus  de  ses  mains. 

Cette  révolution  était  jugée  nécessaire  depuis 
long*temps  ;  elle  eût  même  été  exécutée  sous  le 
ministère  de  M.  de  €hoiseul,  si  le  roi  de  Suède 
alors  régnant  n  eût  pas  refroidi  par  la  faiblesse 


de  conjurés  plutôt  qu^  un  souverain,  Gastave  iji ,  snlyant  lai, 
concevait  rapidement  ;  mais  les  détails  d'une  grande  admi- 
nistration le  rebutaient.  Il  nç  savait  pas  assurer  par  la  pru- 
dence ,  les  succès  de  la  force.  Il  était  plus  propre  à  faire 
iiae  rérolutî^ii  qu*à  la  coBsomimer.  H  ne  tarda  même  pas 
à  s'aliéner  le  cœur  de  ses  sujets  ,  en  Tou3ant  introduire  le 
Ime  d*uue  grande  cour  chez  une  nation  condamnée ,  par  la 
rigueur  du  climat ,  à  une  pauvreté  perpétuelle.  U  déployait 
chez  à.e&  Spartiates,  le  faste  d'un  monarque  persan.  L'admi- 
radon ,  l^amour  qu'il  avait  d'abord  inspirés ,  s'affaiblirent 
beaucoup  y  ^and  on  ne  vit  plus  dans  lui  qu'un  goût  désor- 
donné pour  ta  dissipation  et  les  plaisirs.  T9éanmoins  ,  il  re- 
portait assez  souvent  ses  regards  sur  l'administration ,  «t 
plus  particulièrement  sur  l'augmentation  de  sa  marine  et 
la  réparation  de  %e%  forteresses  9  7  consacrant  en  entier  le 
subside  qu'il  recevait  du  roi....  L'opinion  de  Catberine  11 
semblerait  ,  en  plusieurs  points  9  s'accorder  avec  celle  de 
IM.  de  Yei^ennes.  Elle  disait  un  jour  y  en  parlant  de  Gus- 
tave «H  :  «  C'est  un  bomme  dissipé ,  fastueux ,  qu'on  ne 
>  peut  pas  rassasier  de  plaisirs  ;  un  esprit  léger ,  qui  n'a  rap- 
»  porté  que  des  ridicules  de  ses  voyages  ;  abandonné  à  la 
»  France,  jusqu'à  imiter  les  Françaisrdans  tous  leurs  travers, 
»  passant  les  nuits  à  veiller  pour  veiller  ,  et  vivant  très  mal 
»  avec  sa  femme ,  parce  qu'il  croit  que  c'est  encore  une 
»  chose  du  bon  ton.  » 


64  YIP  PÉRIODE. 

de  son  caractère  les  bonnes  intentions  de  la 

France. 

'77a.  Le  baron  de  Breteuil,  envoyé  en  1 772,  en  qua- 

da  baron  de  Uté  d'ambassadcur  extraordinaire  de  sa  majesté 

pies; ses  ins*  auprès  du  roi  dcs  Deux-Siciles ^  reçut  des  ins- 

uc  iOM.      tructions  qui  indiqueront  la  situation  respective 

des  deux  cours  à  cette  époque. 

a  he  baron  de  Breteuil ,  y  est-il  dit,  est  in s- 
»  truit  de  tous  les  liens  qui  unissent  le  roi ,  au 
»  roi  des  Deux-Siciles ,  son  neveu.  Toutes  les 
i>  puissances ,  qui  prece'demment  n'avaient  vu 
»  qu'avec  des  yeux  jaloux  les  couronnes  de 
»  France  et  d'Espagne  porte'es  par  des  princes 
»  de  la  même  maison ,  ont  bientôt  reconnu  l'il- 
»  lusion  de  l'ombrage  qu'elles  avaient  préma- 
»  ture'ment  conçu  à  cet  égard.  Les  événemens 
»  les  ont  détrompées ,  et  n'ont  pas  tardé  à  les 
»  convaincre  que  le  système  politique  des  deux 
»  monarques  n'avait  rien  qui  les  alarmât.  Elles 
»  ont  même  concouru  ensuite  à  assurer  le  trône 
*»  des  Deux-Siciles  et  un  établissement  en  Italie, 
»  à  deux  princes  de  la  maison  de  France. 

)>  Le  pacte  de  famille  conclu  entre  le  roi  et  le 
»  roi  catholique,  avait  paru  d'abord  :donner 
»  quelque  inquiétude  à  l'Angleterre;  mais  mieux 
»  instruite  ,  ou  désabusée  de  ses  fausses  préven- 
»  tions,  il  es^  à  présumer  qu'elle  n'a  reconnu 
»  dans  ce 'traité,  qu'une  alliance  naturelle,  dotit 
2>  les  stipulations  doivent  paraître  d'au  tant  moins 


LIVRE  V.  65 

»  dangereuses  dans  leurs  conséquences,  qu'elles 
21  u'ont  pour  objet ,  que  la  défense  des  do- 
»  maines  dont  les  deux  couronnes  sont  en  pos- 
v  session 

M  L'ambassadeur  du  roi ,  dans  la  première  au- 
B  dience  qu'il  aura  du  roi  des  Deux-Siciles ,  ne 
»  doit  pas  craindre  d'employer  des  termes  trop 
»  foris ,  pour  exprimer  à  ce  prince  les  senti* 
»  mens  de  la  tendre  amitié  que  sa  majesté  a 
»  pour  lui...,,. 

9  Ce  jeune  prince  a  déjà  donné  quelques 
»  preuves  de  son  application  au  gouvernement; 
9  mais  les  exercices  militaires  pour  lesquels  il 
9  montre  un  goût  décidé,  font  présumer  en  lui 
9  une  inclination  particulière  pour  cette  partie 
»  de  Tadministration.  Au  reste,  le  marquis  Ta- 
»  nucci  paraît  jusqu'à  présent ,  avoir  la  princi- 
»  pale  ,  et ,  pour  ainsi  dire ,  l'unique  influence 
9  dans  les  résolutions  du  roi  des  Deux-Siciles  ; 
9  et  c^est  sur  ses  relations  que  le  roi  d'Espagne 
9  donne  ses  décisions  sur  lès  affaires  importan- 
9  tes  de  ce  royaume.  Le  baron  de  Brétetiil  ne 
3»  sera  donc  pas  encore  dans*  le  cas  d'entrer  daûs 
9  beaucoup  de  détails  avec  sa  majesté  sicilienne, 
9  sur  les  affaires  générales  et  politiques  ;  c'est 
9  principale tnèht  avec  le  marquis  Tanucciv  qti^il 
9  aura  à  suivre  les  négociatiotis  qui'lùr  iéiront 
9  confiées ,  et  à  exécu termes  ordres  du  roi.  Mais 
71  la  première  application  '  de  l'anïbassiàdéur  de 


m  VII«  PÉRIO!DE. 

•  ■       <  • 

1»  3a  majesté,  doit  ^^re  de  pherclp^^v  tous  le^ 
9  moyens  ^pJ^\^ire  au  jeune  pripce,  4^  Lui  ren- 
»  dre  s^  personne  et  3^  société  ^gréabjte^i  et  de 
»  mériter  sa  confiance. 

»,  (^a  principale  influence  du  marqqif  Tapîjcci 
^  dans  I^s  affaires ,  a  sçuvçiit  excité  la  jfdpvisie 
p  des  autres  membr(33  qui  ont  p^rt  à  Tadmipis* 
^  t^ation  :  le  b^ro^  4?  Çreteuil  dpit  éviter  avec 
»  le  plus^  gr^nd  soifi  d'entrer  dans  aucjiine  des 
»  cabales  qui  peuvent  exister ,  ou  auxquelles 
i>peut  flopner  naissaifce  la  situatipn  actuelle 
»  de^  çj^oses  à  N^ples;  il  doit  observer  toqt 
tf  §tiv^eg  yp  ceil  éclairé,  m^is  se  tenir  à  cet  égard 
y.  jdj^jjs^ .  l,çs  borpe;^  d'upe  conduite  abs/c)li|ipent 
}^,et  çon3{:4i:pm^nt  P^^^^VCr  9^n  de  pouvoir  sur 
f  toijte.^.l^s  notions,  qu'il /f^cquierra ,  rendra  ua 
9  ç9^flpte./e;^^çt^:Çt  ^  T^bri  4Ç:Jpi|i.te,pyéve,ption 

„  i^M  ¥^^%^^^  T^?W9V<  aptrçfo/f  djîsjtip^  au 

^.:t?i?Çî'^H  ii  ^  qpU  ^^^,prpfe?pçpr  w.4wt  i^^^ 

Jf*  rWWj^e,f  sjt^  d«  Pise^  ^it  ^n  élévation  ^^  bop- 
M>?,^fiHriq^'il  .f>  W,f^Çi5ç,icopçilie^  VepfiiflP^e^  Ja 
Mfm^^fff^^  de.  s?,flafti^|é  ç^itjjiflliqpe,  tt^  dç  Tes- 

.^:Bfè^'^iS'^*^^^fl09?#^?Wi%;  \mW\l  ft.ppr^é  4f»ps 

:^  :f'^^Ai^M^4\9^^^^  Japrocç- 

:^i4w^iS9^^^ sa  cqçidui te i^ie  la  présenté  jusqu'à 
^^.jp^eqçflt.  4  la  FraîipÇr^^V^  co^pnjç  ijp  borome 
if  .P^Wv!fftX9î'^ï^l?P^»t  <fepos^  pour  ^^  wJt^'rêts 


LTVRE  V.  67 

»  Je  cette  coaromie  ;  et  nous  n'avons  été  que 
»  trop  fondés  à  conceiroir  de  lui  cette  dpîoion', 
»  principalement  dans  tes  affaires  rélatiTes  a«i 
»  commerce  ^et  à  la  navigation  des  sujets  du  roi. 
»  Il  a  surtout  manifesté  sa  mauvaise  vototitë 
n  dans  les  subterfuges  qu'il  a  employés  pour 
V  éluder  le  paiement  des  blés  qui  v  dans  le  temps 
>i  d'une  disette  pressante  ,  furent  fournis^  à  ta 
y*  ville  de  Naples  ,  par  quelques  négocians  de 
»  Marseille.  Un  jugement  en  jfiiveur  de  ces  né- 
»  gocians  vient  d'être  rendu  à  Madrid;  ils  ont 
v  obtenu  toute  la  justice  qu'ils  devaient  se  pro- 
»  mettre  de  la  bonté  de  leur  cause.  On*  doit 
»  croire  ^'un  jugement  aussi  équi ta^ 4^ë^i<ou- 
9  vera  point  dé  difficulté  dans  son  exéôiition; 
»  et  cette  opinion  parait  ^'autant  plus  i^dée, 
»  qu'il  n'est  pas  vraisemblable  que  le  nw  kl'Es- 
»  pagœ  souffre ,  qu'une  décision  appujieé  de 
3»  son  autorité  reste  vaine  et  illusoire: 

»  Au  reste,  le  baron  de  Breteuil  évîfet*rf/jù«- 
»  qu*à  tiouvel  ordre ,  d'entrer  avec  le  msTrc^uis 
»  Tanucci ,  dans  une  discussion  suivie  des  affaires 
»  relatives  au  commerce  des  sujets  du  roi.  Il  ife 
»  bornera,  §'il  lui  en  parle  le  preitiièr,  à  lui  r^ 
»  pondre  ^qu'il  a  appris  avec  la  plus  grande  sa- 
3»  tisfaction^  qu'il  n'en  existait  aucutïe  de  cette 
3».  nature  7  qui  fiit  capable  d'altérer  la  ^Éfrfeîte 
»  intt;Higence  qui  subsiste  entre  les  deiix*éours; 
»  et  qii'au  jeste  ,  les  sentimens  et  Jei  prêches 


\ 


M  VIP  PÉRIODE. 

»  réciproques  entr'eux ,  ne  tarderaient  pas  yt^ai* 
»  semblablement  à  établir  une  confiance  qui  les 
a»  mettrait  à  portée  de  travailler  mutuellement  ^ 
a»  et  de  concert ,  à  perfectionner  une  liaison  si 
»  naturelle^  et  une  correspondance  si  conve- 
»  nable  et  si  nécessaire. 

»  Le  grand  âge  du  marquis  Tanucci ,  avait 

»  donné  lieu  de  penser  qu'il  s'était  occupé,  pen- 

.»  dant  un  temps ,  du  projet  de  se  retirer  des  at- 

j>  laires  ell  dé  l'administration  ;  mais,  soit  par 

»  princj|>é  de  reconnaissance  pour  les  marques 

»  de  bonté  et  de  confiance  dont  son  maître  l'ho* 

1»  nôre ,  soit  pat*  nue  suite  de  son  attachement. 

»  à  sa  propre  considération  ,  il  parait  absolu-- 

»,  ment  abandonner  son  projet  de  «retraite.  Ce- 

»  pendant  il  est  assez  naturel  de  la  regarder 

»  conunene  pouvant  pas  être  fort  éloignée  ;  et 

»  le  baron  de  Breteuil  doit  avoir  l'œil  attentif 

»  sur  les  sujets  qui  lui  paraîtront  avoir  les  espé- 

.9  rances  les  plus  vraisemblables  de  succéder  au 

»  içarquis  Tanucci;  et  l'ambassadeur  du  roi  se 

»  mettra  en  état  de  donner  de  leur  talent,  de 

.»  leur  caractère,  de  leurs  principes  et  de  leurs 

»  inclinations^  les  connaissances  les  plus  propres 

»  à  fixer  sur  leur  compte ,  l'opinion  du  roi  et 

î»  celle  de  son  maître. 

»  Les  affaires  de  Parme^  sous  le  pontificat  du 
»  dfsrpierpap^,  donnèrent  lieu  à  l'occupation 
»  de  Bénéyent  et.de.  Ponte-Corvo ,  par  la  cour 


LIVRE  V,  69 

>  âe  Naples;  le  même  motif  détermiaa  le  roi  à 
»  S  emparer  d* Avignon  et  au  Çomtat  Venaissîo* 
9  Le  nonce  de  sa  sainteté  présenta  y  Tannée  der  • 
9  nière ,  plusieurs  mémoires  pour  demander  sa 
9  nom  de  sa  cour  ^  la  restitution  d^Arignon.  Ces 
9  mémoires  furent  commumqués  à  là  ormrd'fis- 
3>  pagne ,  afin  d'être  insfirait  sur  cet  objeC ,  des 
9  dispositions  de  sa  majesté  catholique ,  le  roi 
s  roulant  dans  cette  aCFaire  n'agir  que  dans  un 
»  parfait  concert  arec  le  roi ,  son  cousin*  La 
9  cour  de  Madrid ,  dont  le  projet  était  de  traiter 
9  amiablement  avec  la  .cour  de  Rome ,  afin  de 
n  l'engager  à  accepter  un  juste  dédommagement 
w  poi>r  la.cession  deBénéyent  et  de  P^nte-Corvo» 
»  s'est  montrée  peu  disposée  à  consentir  à  cette 
»  restitution  ;  elle  a  pensé  qu'il  falUit  iau  moins 
9  procéder  dans  cette  n^ociaiion ,  avec  une  len- 
9  teur  qui  fit  connaître  jàvk  pape  j  que  le  succès 
9  de  ses  désirs  dépendait. principalement  de  sou 
9  exactitude  k  effectuer  l'engagemMt  que  sa 
]i  sainteté  elle-même  avait  ipris,  par  rapport  à 
9  rafBahre  des  jésuites,  :  enfin ,  le  ministre  d'Es-^ 
9  pagne  fit  eonnaitre que  l'opinion  de  sa  majesté 
9  catholique  sur  cetïe  affaire ,  était  que!  l'îi^ttre 
9  faite  à  Tinfant  due  de  Parme  y  étant  restée 
9  sans  satisfaction  ^  il  était  bécessaire.de  traiter 
»  de  celle  qui  était  due  à  ce  prince,  avant,  ou  au 
9  înoins  en  même  temps  9  qu'on  négocierait  sur 
9  la  restitution  des  territoires  envahis  ppr  re« 


yo  VII«  PÉRIODE. 

y  préssflkesi.  D'après  iOeâ  «ixpasév  s'il  amva^it 

>  qu  on  fi<  au  barôn,de;Biîe*ea3qu<elqHe  ouver- 

i>'ttirey..KlaûYefis«Bt;2^  ci3«i^..i»0gk!ëf:4^^        «^ 

3»  borhôr  *i  répo«i>dre*qu'il  nia  niilte.itistractioa 

>  pbuicv^ler  son  lavage  à  cet  égard  ;  mais  qu^U 
»  ne^pettt'dénterrderJimtef^ion  feiwe  ç^.jQpngT 
»«]iiGi(^  où  fesrt  le  Tdi:d8s:diriger.;tQvttes  ç^s  dé- 
>» "marches. et  toutes  aefYue»  à^9  une  entière 
jfeonfifancé,  et  dans  »&' parfait  acGor4  ^YJIP  )^i^<*^ 
y^  ttiajeéliéo  catholique  et  sicilieqne.   ... 

^  >  Ije  Tbi:  a  garanti^dé  la.  manière  la  pAus  prér  ' 
»*ei$e",  e^tpar  des assuranoes  réitérées.,  liçmaée^ 
9  àé'g^  profère  matifr,  la  sûecesaioa  du  iroM  àe^ 

V  Uiëùt-'Sieilés  l  teWe  que  lé  roî  d'£sp£|giii<e  .l'i 
>^^tàbéié  èl  pubtiqueBiefitidëclaFée,  et90liftié<^ 
^  &tô%i  féi 'Europe  V^vànA  de  quitter  Vjti^iMHilK 
j>  se  rendre'  à  Madridu.La  cour  de.!Vt€^luiç.^'<est 
j>  ebargt^e  de  la  nvé^n»  garaiEitie«,  pâiriHfl  'ffl^lît^ 
j»  concUi,  en  i759;^ai[ebAbfniajéslécé)||ii§4îqiie« 
]»  etk.ro'i  deBDeux^icilea  n'a  quant'à^pi^awtx 
3!^  et n^'atirà  vr^isenulflâbleinent  dans  k  suites  Hcr 
3»  à  craind^èipour  l»ilranq«Hllitêet'Sil)r6ké<d^  Hest 
yi  pôssie&^i^>)^  ;  ihaisieîidca'énâneiiDiec^^^ 
»  n^ttÀienp  ce  jirinee  dans  Lëî  cas  d'avi^. besoin 
%  de  deë6iirs,vik  pourrait  ooAipler  s\it  ce^%  ,4^ 
i'  i^ol  et  eu  roi  catholique»,  qijiî  se  eoècerter aîeii<( 
i>  àtors  eflSKT'tes  lâoyens  les  plbsiefficacesS'dè.les^tvi 
»  foiirmrrindépen^atntnttent  de  l'amitié  tendre 
»  et  iiivicjlfable  qui  unira. toujours  ces  troi^  sour 


I 


LîvliÉ  V,  ^r 

^  V^ràins ,  lé  pacte  dé  famille ,  ébs^itôk  que  sa 
»  majesté  èicllfenne  f  àttià  àccéld,  toi  Msxitefa 
n  de  la  part  de  Sa  ttiajesté ,  tfjhiîe  rasâistâiïéë  né* 
»  cessaire  et  qui  aura  été  stipulées 

»  Oii  àVàit  ptésurtié  què'l'dli  éltéfldall  àNo- 
^  n  pies ,  là  rbàjôi^itë  dtiitoi  déS l>éttt-SidilèS ^  J^ur 
1)  prùùéder  k  ton  atoeésisldfa  àù  pàéîë  dé  faîMtH^, 
y>  Le  toi  de  Fï'aticé  et  te  rbi  Û'EupÈt^ë  aiâîëot 
5>  fait  etpédlei*  léâ  pleins  poùft^dirS  tiëcésBâirés 
9  pour  terminer  cette  accessiott  ;  mâisoft  ti« 
»  peut  attribué*  qu'ati  jè  ëbsél'vatiÔiiS  Wàeé  par 
ï>  le  màr^ui&Tèliiucci,  lâF  Stisp^il^ion  des  icoiifé^ 
>  renoms  qui  ^vaièftl  étééntafmées  Stir  cet  objet. 
»  Au  i*este,  sa  majéfetê-a^lëHèfâ-aranS  iiJtpafiéDce 
»  que  la  doU¥  âé  NàpléS  ^èûtè  rînté#êiq«i^f41c 
»peut  avoir  à  teméltre<5ètté  affaire  eu  acti- 


»  vile.      * 


3)  Les  prédéëésSéurà^U  b»  fdrfdë  Bfététtif,  dans 
i  rambasfeâdé  du  rôi  a  Naple^V  ont  étë  Stl^eéssi- 
»  vemërit  éhàrf-gës  dé  tmfeiillér  à  lar  rëdâictton 
»  d'un  trsritë  dé  cdriiifittefù^'  ^ntre  la  ^rànoe  et  le 
9  royaume'  dès  Deùx-Sîeiks.  Le  baron  de  Bre- 
»  tëuil  trouverai  dans  ïéS  -j^aptefs  de  là  àwretai^ 
»  rerié  de  Tâmb^a^safdev  «dus téft  détails  qui^piotr- 
^ront  l'instruire  de  ce  qUi- a  été  fait  su»  cet 
i)  objet.  Le  succès  de  cette  tfégcteialiow  ri'a  pas 
j)  répondu  à  notre  attéftte ,  et  les  choses  sont 
»  restées  îndëèiseà  k  fcét  égard  y  cependant  les 
j>  Français  ont  contipnué  de  jouir  dans  toios  les 


7a  VIP  PÉRIODE. 

*  »  portai  des  Dçux-Siciles  de  tous  Jes<avaiitages  de 
»  navigation  et  de  commerce  dont  ils  étaient  eu 
»  possession ,  et  qui  sont  accordés  aux  ipations 
»  les  plus  favorisées. 

3^ Si  cependant  le  baron  de  Bretéuil  se  trouvait 
»  dans  une  circoi^ance  qui  lui  parût  favorable 
».  pour  faire  revivre  cette  négociation  ,  sur  Tavîs 
»  qu'il  en  donnera  ,  les  pleins  pouvoirs  dont  il 

^  ]?  aura  besoin  pour  traiter  etxonclure  cette  af- 
»  faire ,  4ui  seront  adressés  sans  délai. 

:  »  S'il  arrivait ,  comme  il  est  possible ,  qu'oa 
»  suscitât  à  N^plctS)  s^u%  isuje(s  du  roi ,  quelques 

V  tracasseries  dans  Teierçiceet  la  sûreté  de  leur 
m  commerce ,  Tambassadeur  du  roi  leur  doit 
D  saui^  doute  accorder  la  protection  .de  sa  ma-* 
d^!}esté ,  et  l'appui  de.son  propre  çr^di)  j  ipai?  il 
»  doit ,  avant  d'en  faire  usage ,  avoir  une  attçn- 
^  tioiï  extrême  à  se  .procurer  tous  les  éclairçis-^ 
»  semqps  possibles ,  et  les  notions  les  plus  sûres 
^  pout  constater  le  ^xidement  dans,  ce  .qui  fait 

V  W.  aujet.de  leurs  .plaintes  ;.et  lorsqu'il  se  sera 
i»procuré  une  connaissance  bi^n,  précise  sur  ^ 
-»  l'exactitude  et  la  vérité,  des,  ^jitÇi  il  ne  doit 
-»  faire  i aucune  représentation  ei^  faveur  des  né- 
:».gocians  français,  que  sur  le  ton  de  l'amitié  et 
>» :de:l!a  modération ,  et  éviter  avec  le  plus  grand 
ce  soin  tout  ce  qui  pourrait  avoir  l'air  ou  l'appa- 
»  rence  d'aigreur,  ou  de  manque  de  confiance 
»  dans  les  principes  et  Téquité,  qui  doivent  faire 


LIVRE  V.  ^% 

9  la  .base  des  seutimens  et  des  déclsionsdedeux 
3>  eours  aussi  ëtroîtement  unies. 

»  Le  baron  de  Breteuîl  a  tu  dans  la  correspon- 
9  dance  qui  lui  a  été  communiqués  ,  les  diffé- 
»  rens  tableaux  qui  ont  été  donnés  par  son  pré- 
»  décesseur ,  sur  Tintérieur  du  palais ,  et  sur  la 
1»  situation  actuelle  de  la  cour  de  Naples.  On 
9  laisse  à  l'ambassadeur  du  roi ,  à  faire  par  lui* 
9  même ,  à  cet  égard  v  toutes  les  observations  que 
9  les  <K>onaiftances  qu'il  acqueri:a^  le  mettront 
9  k  portée  de  donner  :  il  ne  doit ,  dans  les  relar 
9  lions  qu'il  donnera  sur  ce  sujet ,  négliger  au- 
fi  Gun  des  détails  qtii  pourront  lui  paraître  sus* 
9  ceptibles  d'intéresser  la  ounosité  du  roi. 

9  La  reine  des  Deux-Siciles  n'a  encore  montre 
;^que  faibleroent^lé  goût  qu'elle  pourrait  être 
9  soupçonnée  d'ayoir ,  de  s'attribuer  une  part 
>  dans  l'administration  ;  maïs  son  penchant  à 
w  cet  égard ,  parait  jusqu'ici  avoir  été  balancé  par 
»  la  consistance  du  crédit,  et  par  l'influence  du 
».marqui&  Tanuccî ,  à  la  cour  d'Espagne  ,  d'où* 
n  émanent  souverainement  les  décisionst  sur  les 
M. affaires  les. plus  importantes.,  soit  politiques 
»  ou  intérieures  de  la  cour  de.NapIes.  Le  baron 
B  de  Breteuil  aura  l'attentiof^  la  plus  Sjiiivie  de 
9  faire  une  cour  assidue  à  cette  princesse  ,  et 
9  il  ne  perdra  aucune  occasion  de  lui  renouve- 
D  1er  les  assurances  de  sentimens  d'amitié  çtde 
»  tendresse  dont  le  roi  est  anitné  pour  elle  »  et 


74  VIP  PÉRIODE. 

i>  dont  les  nœuds  sont  de  pltfs  en  plus  resserres 
7i  par  le  double  lien  de  parenté,  et  par  cfux' 
i  d'amitié  et  de  confiance  qni  subsistent  entre 
>)  le  roi ,  ta  reine  de  NapleS  et  ëùn  auguste  famille» 

i>  Le  roi  a  toujours  honôr'é  la  religion  de  Malte 
»  d'une  protection  et  d'une  bienveillance  par- 
:d  ticulière;  niais  dhns  toutes  les  affaires  <Jue  cet 
>)  ordre  pourrait  avoir  à  démêler  avec  la  râàr 
3>  des  Deux-Sicites,  Tatubassadeur  de  sa  majesté 
»  doit  n'adcorder  Sbti  concmirs  et  gk  protection 
y>  qu^atitanf  q^i'iTy  aura ^téâutorisé parlesardnes 
»  (ju'il  recevra ,  ;d -après  les  boni'ptes  qp'il  atu*a: 
»  rendus  au  nâinistre  sécrëfairedf'élaity  ayant )le 
»  départenietit  des  siffaires  étraft^rsss*  >  « 

»Tl  va,  dépuis  quelque  (fempis,  une  lîégo- 
*  ciation  entartiée  entre  la  cour  éé  Morrte  et  celle 
i  de  Narples,  et  dont  l'objet  est  de  terminer  par 
5^  un  ari'ângeltienf  défiïmif ,  lès^  différends  qui 
ii  subsistent  enti^e  elles  y  eoncémaivt  Ies»affâirea 
5»  et  les  brensf  écolésiaétiques^  dans  iè  rc^yaudie  ' 
î>  des  Deux-Sieile^.  Oni  a^sure^  que  le  cardinal 
h  Orsini  est  chargé  de  traiter  cette  ttlatière^  et 
*qiir'il  la  éôftduîrâ  de  concert  avec  le  siëuir 
J'Gaerra ,  audi4eur  de  rote  esf^agryo!!  y  et  réaem«^ 
»  ment  rionthié  étèqite  rté  Majorqiie.  Le  baifoir 
3>  dc'Breteurt;veiIlerafattehtiveinJ€i>t'sur  cet  ol> 
»  jet,  €fe  rendra^  tin  côrtipte  eieact  de  tout  ce 
»  qu'il  pourra  dpprendre  qui  y  sera  reklif-  On 
i  prétend  qu'il!  S''agit  d'un  coliéordat  à  signet  à 


LIVRE  V.   .  75 

»  cet  ég^ré,  et  que  le  roi  d'Espagne  a  prrs  cette 
»  déterminatiMi  co^nltre  ravîg,âu'  du^q^vlb  Ta- 

»  On  joint  îei  iàcofpie  d'utse^leûte-èn  mn-^ 
'  qnw  de  Montéynard ,  ministre  de  la  guerre  « 
A  concernant  la  réâDlotion  qtiei0'T0i  a  priae^ 
»  d'établir  en  Coite  ^ne  ium^efsilë  et  quaitre 
»  eotlëges.  Lesbîiens  dont  joaMSâmitftles» jésuites 
y>  qui  ont  été  expttlses  de  cette  Ile,  adnt  Jyarti^ 
]»^calièrement  destiné»  à  la  dotation  de  ces  coN 
^  légeSf  et  les  jésuvffMtiorses  ^^otMsoot  retinét 
9  à  Gènes,  ont  envoyé  au  sieur  Motinèlli,  à.Na« 
»pl^'V  les  tîtré$'c{»i^oonslateiit  laar  piropriéts 
i)  dindes  bien^Vqui  sonr^lacés^ dans  les  états  de 
»  sa  ifidjeslé  sidftienM  v  et  qne  fcs  '  fofkdaiteurs 
ioMfâoni¥és,vttoM  âlciii'îésoites;  macs  à  l'ins^ 
»  tractioa  iqaî  lètfr  aTaiC'eîéootifiéeiiiCiBs  biens 
»'atssîgliés  BuiTilbs'^fodds  pubbds'idie  ttaples-,  ap* 
9  >parttennitdk  dtdbe  évidemmentailx  ebiléges  de 
i  Clerse*,  avec  les^  ventes  échues»  aji^adt*^  depiiie 
»  le  séquestre.  L^^oniassadeur  diiTKUr.s'ncùiipera 
&  'principalement  de  cette  affaiire..  On  joint  Ici  la 
)>  copié  des  actes  de  fondation  irvec  un  mémoire 
»<quien  récapituté  lés  objetsvèt  II  mandera  le 
»  ptntot  qu'il  teva  possible,  le  silecè^e  ses  dé- 
>'  marches^  et  à'qnoion  péavra  é'en  tenir  à  cet 

*  i  Parmi  les  miin^tnps  étrangers  esiplb^s;;  le 
A»  baron  de  Bijeteitiit  ehetcbera.^  drpréferçiae;^  à 


76  VIP  PÉRIODE. 

»  se  lier  arec  celui  <l'Espagne.  Il  le  troùTerà  san^ 
»  idoute,  dams  les^principes  les  plus  conformes  a 
»  Tunion  intime  et  invariable  qu>  doit  subsistei^^ 
»  entre  tous  les' princes  des  diffërejales  bouiches^ 
>>  de  la  maison  de  France.  L'ambassadeur  dii  roi 
».  doit  vivre  aussi  .dans  utie  parfaite  inteiligence 
»  avec  le  mmbtre^rla  courife yienne»^^  Quïni 
»  aux.ipinisires  dés-  autres  eour^,  le  .bar^ïi  de 
»  Brefeuil  entriétievidra  avec  eux-une  corre^on- 
»  dance  dé  politesse  et  d'attention .  Il  tâchera^  de 
»  bien  ccmnaitreleiir  caraotère^Jeurs  lalens.et 
»  leurs  affectiansi^  et:  réglera  siiff  œttç  oonna}^ 
»  sance  la  degté  de  confiance  qu'il  croir^^pOu^ 
»  voir  leur  aecdrder  san^  inconvénient  «el*  sans 
9  danger.  Il  n'éprouver?  sans  tdoûJe  aucune  dif- 
»  ficultë.suF Je  ^érémonisil;  HîOi'y.a  auoiin  ^ujiet 
»  du  !  rotules  Deux-^Siciles  i^  qilil  prétende  à  la 
»  préséàpc^  9Ùr  4'àmbassàdeùrrdli  roi ,  et,  lé  4)6- 
X»  ron  de  Breteuil  ne  la  doit  .céder  dattsiesimc» 
a  tions  publiques  ^  qu'au:  (notifie  du  pape:.el^  à 
»  l'ambassadeur  1  de  rèmpetear..  .  .: 

:,.  »  Le  prince  de  Sain  t^Nîeanâre^  majordome  du 
»  roi>des.Deixx*^Siciles,  élewràv  3^  l'arrivée  du  pré- 
»  décésseuEr  du'b^ron  de  Breteuil  v  une  diffîbuUé 
9  relativ^errt  à  la  première  visité  qu'il  pmten- 
»  dait  exiger  de  l'ambassadèttr  de  sa  majeaté  :  le 
»  roi  très  chrétien  lui^fit  ordonner  de  s'^ibstenir 
là'  de  voir  le  prince  de  Saint-Hii^ndre  cbei  lui , 
:»  jusqu'à  ce; qu'il  eàt.reûdik  ee  qu'il  devait  au 


LITHE  V.  77 

»  caractère  et  à  la  représentation  de  Fambas- 
ji  sadeur  de  8à  majesté.  Il  fut  même  remis  ici 
»  sur  cette  discnssion ,  un  mémoire  au  marquis 
»  de  Castromonte  ^  alors  ambassadeur  de  Na- 
ît pies ,  et  révénemeut  justifia  la  prétention  de 
»  l'ambaissadeur  du  roi ,  puisqu'enfin  le  prince 
9  de  Saint-Nicandre  se  soumit  à  lui.  faire  la  pre* 
»  miere  visite.  Cette  difficulté  se  trouva  ainsi 
»  terminéç^  et  il  n'est  pas  vraisemblable  qu'elle 
»  se  renouvelle  à  l'arrivée  du  bafon  de  Breteuil 
»  i  Naples,  etc.  « 

On  joignait  à  ce  mémoire ,  différentes  iabies 
de  chiffre ,  dont  la  première  intitulée  peut  la 
dépêche  y  était  uniquement  destinée  pour  la  cor- 
respondance ordinaire  et  régulière ,  que  Fam* 
bassadeur  du  roi  devait  entretenir  avec  le  rai-- 
nistré  des  affaires  étrangères» 

Ses  secondes  tables  intitulées  ife  réserve  y  ne 
devaient  servir  que  lorsque  l'ambassadeur  au-« 
rait  quelque  chose  de  très  important  et  de  très 
secret  à  mander ,  ou  lorsqu'il  aurait  lieu  de 
soupçonner  que  le  chiffre  ordinaire  a  été  inter- 
cepté,  et  qu'il  serait  imprudent  de  l'employer* 
Les  troisièmes  tables  devaient  servir  à  cfaif* 
frer  les  pièces  qui  seraient  communiquées*  à 
Faoïbassadeur  du  roi ,  et  qui  exigeraient  la  pré- 
caution du  chilfre,.... 

Le  roi  engageait  le  baron  de  Breteuil  à  entrée 
tenir  une  relation  directe  avec  le  marquis  d^ûs»- 


7«  YIV  PEJRTO.DE. 

sun,  aoB  ambassadeur  à  Madmd  ;  laquelle  pour^ 
tant  devait  être  renfermée daos  les  borne$,d*une 
circonspection  prudente  et  éclairée ,  avec  Tat- 
iention  de  chiffrer  exactamexit  toutes  les  pai^i  *** 
cularttëa.;  sovl  pour  les  faits,  soit  par  rapport 
aux  réflexions ,  qu'il  .était  à  propos  de  ne  pas 
exposer  au  danger  de  rinterception ,  etc. 

Cette  instructioh  j  datée,  de  Versailles ,  du 
1^  de  niai  177»,  était  contre  *  signée  par  lo 
ministre  duc  d'Aiguillon.  Quoiqu'un  peu  dé*^ 
layée,  elle  est  écrite  avec  sens  et  ptudenqe^  Elle 
indique  parfaitement  quelle  mesure  et  quels 
égards ,  la  Erance  mettait  dans  ses  relations  avec 
les  cours  de,  Camille. 

-  La  corpespondance  du  baron  ^de  Bretettil  , 
pendant  son  ambassade  de  Naples ,  fat  le  plus 
souvent  oiseuse.  Elle  roule^sur  la  révolte  de  Pa-« 
lecme  ,  sur  les  cèùehes  de  la  reine ,  sur  les 
diasses  et  W  :plaisiFs  |iu  roi  ,  et  les  nouvelles 
fournies  par  les  aptoes  amblassadeurs.  ;Déupi  ob-- 
jets  exeroècent  un  peu  plus  la  politique  de  ce 
ministre  :* ce  fut,  1^;  la  restitution  des  capi-- 
taux  appartenant  aux  jésilites'  d'Ajaccio^,  les« 
quels  avaient.élfi  placés  à.Maptes,  et  le  r«tn~ 
bouvseunent:  en.fut  fixé ,  au  mois  de  juin  1 773  ^  à 
84»4|5o livres;   ' 

2®.  Le  refus  du  paiement  des  blés  fournis  à 
1^  ville  de  Naples  par  les  négociaus  marseillais  ; 
affaire  doOLiLeonvient dédire  un; mot.     :      .  ^c 


LIVRE  V,  79 

£.6  marquis  Tamieci ,  ministre  principal  du 
roi  de  lïaples ,  ayaît  pris  de  rhumeur  daus  c^Ue 
a/£airé^  et.il  s'écba»ffait  toutes  lea  fois  qu'il  en 
paillait  au  barça  de  Breteuil,  Un  jour,  celuÎMsi 
le  voyant  s'e^npor tex  t  lui  dit  avec  modératioa: 
ce  M^nsieurle  marqua ^r^marquez^VQUs  que  vous 
A  a\^e;&  quc^treadngts  <3^ns,  qu^/en  ai  quarante^ 
»  cin^  ,  que  vous  me  pç^rlez  comme  un  homme 
»  de  vingt  y  et  quej^  vous  écoute  comme  si/en 
V  avmt  cent?  »  Ce  inot  »  ou  plutôt  cette  leçop  9 
câlina  le  marquis  Tanucçi. 

lie  gojçLveirneiQept  napolitain. refusant  tou- 
jours dc^  p^yer  le^  negociaqs  marseillais  de  leurs 
avances ,  sous  prétexte  que  les  blés  qu  ils  avaienjt 
envoyés  a  tapies  >  dans  la  fa^^ine  de  j  7.Ç4  9 
étaient  $i,rrivés  trop  tard,  a f^s^-à-dire 9  aprç$i  1^ 
ces^tion  de  la  fai»inp,  parce  que  le  gpuverne- 
ment  napolitain  çn.  avait  fait  venir  de  plusieurs 
epdrpMs  d'Afrique  ;  \p  comniferce.de  Mar^eillf 
ir^qlan^a  for<^ment  çoptre  ce  refus ,  et  ^  coup 
d^  France  venant  à  son  ^ppui ,  il  fut  convepii^ 
eiç^tr  elle^  e(  cetUe  de  Naples ,  que  le  roi  d'£{ipa«- 
gne  sçra;it.ari3itred&|a  cpntes1,ation.  Le  con^eJ^ 
de  ce  monarqvi^  ftva^t  (décide^,  en  177a ,  et  après 
de  longs  délais; ,  que  le  roi  de  J!faples  devaiJt 
payer  les  blés  achetés  pig:*  son  ordre  ,  et  acquit- 
ter les  intérêts  à  5  pour  100;  mais  ce.  jugemeol; 
i^  U\t  Pias  exécuté  tot^t  de  suite,  et  pour  y^pn- 
£^e  1  oli^ija^içnt  4#  cabinet  nappiitain ,  la  çQUf 


8o  VIP  PÉRIODE. 

de  Versailles  menaça  d'exercer,  le  droit  de  repré- 
sailles; cette  affaire  ne  se  termina  qu'alors. 
•  Il  y  avait  en  Pologne  et  en  Lithuanie ,  des  diS" 
Premier  par- ^/^^/j^    c'cst- à-dirc ,  dcs  Grccs  non  unis  et  des 

tage  de  la.  Po- 
logne, con.  protestans.  Les  nobles  d'entr'eux,  avaient  ob- 

Prance.        teuti  à  la  diète  de  Wilna ,  en  i563 ,  de  jouir  des 
mêmes  privilèges  que  le  reste  de  la  nation  po^ 
lonaise;  mais  depuis,  les  catholiques  devenus 
prépondérans ,  commencèrent  à  tourmentet*  les 
dissidens.  Dans  la  diète  de  1717,  la  liberté  du 
culte  fut  restreinte  pour  ceux-ci  ^  et  dans  ^elle 
de  1733  et  de  1766,  ils  furent  exclus  des  places 
de  nonces,  de  Tentrée  des  tribunaux,  et  géné- 
ralement de  toutes  les  places  publiques. 
*    Les  Grecsnon  unis  profitèrent  de  Tasciendant 
que  Catherine  11  avait  acquis  à  la  faveur  des 
armes  ,  dans  les  diètes  tenues  pour  l'élection  de 
Stanislas-Auguste  ,  pour  solliciter  le  redresse* 
ment  de  leurs  griefs  ;  et  les  protestans  de  leiir 
côté,  firent  intercéder  en  leur  faveur,  les  cours 
de  Berlin,  de  Londres,  de  Copenhague  et  d« 
Stockholm;  mais,  saps  égard  pour  ces  recom*^ 
mandatrons,  la  diète  de  1766  confirma  les  lois 
antérieures  rendues  contre  les  dissidens ,   eu 
apportant  seulement  quelques  légers  adoucisse- 
mens  aux  réglemens  de  1717  ,  concernant  la 
liberté  du  culte. 

Les  dissidens  peu  satisfaits  de  ces  faveurs  iln- 
signifiantes ,  et  poussés  par  la  Rusiie  |  se  réuni- 


LIVRE  V.  8i 

rent  en  1767  ;  et ,  de  concert  avec. plusieurs  Po- 
lonais mécontens,  ils  formèrent  une  confédë* 
ration  général^  ,  dont  le  prtpoe  de»  tladztwil  fat 
nommé  maréchal.  Une  diète  générée  de  la  Po- 
logne ayant  été  convoquée  en  octobre  de  la  * 
même  année  1 767  ,  on  y  agita  de  nouveau  l'af- 
faire des  dissidens.  Catherine  11.  y  fit  la  loi  ;  et 
le  roi  Stanislas-Auguste ,  qu'elle  menaçaouver- 
tement  de  sa  colère,  s'il  ne  cédait  aux  deman- 
des des  dissidens ,  accorda  tous  les  points  solli- 
cités ou  plutôt  exigés  par  l'ambassadeur  de 
Russie  ,  Repnin  ,  lequel  se  permit  dans  cette 
occasion  des  violences  honteuses  pour  sa  cour , 
qui  convertissait  sa  prétendue  protection  en  un 
despotisme  audacieux.  Les  membres  ôpposans 
de  la  diète,  les  plus  redoutés  par  leur  courage  et 
leur  crédit,  furent  enlevés,  les  autres  cédèrent; 
et  un  acte ,  ouvrage  de  la  force,  fut  consenti  le 
s4  de  février  1768 ,  par  la  diète  qui  accorda 
aux  dissidens  tout  ce  qu'ils  réclamaient. 

Cet  acte  fut  fortifié  le  même  jour ,  par  un 
traité  d'alliance  et  de  garantie  signé  à  Varsovie 
entre  la  Pplogne  et  la  Russie.  Mais  la  violence 
employée  par  eelle-ci  pour  arracher  des  con- 
cessions en  faveur  des  dissidens^  ayant  beau- 
coup irrité  les  catholiques  polonais  ennemis 
des  dissidens  et  de  la  Russie ,  ils  cherchèreut  à 
annuler  ces  concessions.  En  conséquence ,  la 
diète  de  1767  ,  ne  fut  pas  plutôt  terminée,  qu'il 

vn.  6  . 


82  VIP.  PERIODE. 

I 

se  forma  ,  TèrsJe  .mois  de  mars  1768 ,  une  con" 
fédératioaài  Baarr'^  dans  la  Podolie  ,  pour  la 
défense,  de  ..ia[*Srel:)gk>a  et  de  la  liberté  ,  contre 
les  privilèges -que  la  diète  venait  d'accorder  aux 
dissidens.    • 

'  Deux  gentilâfaoïnmes  polonais ,  Pulawski  et 
Krasinski  y  furent  les  premiers  moteurs  de  cette 
confédération  à  laquelle  se  joignirent  le  prince 
Radziwil ,  le  comte  Polocki  et  plusieurs  palatins 
distingués.  Xes  confédérés  prirent  les  armes 
contre  la  Russie  ;  dont  les  troupes  occupaient 
déjà  une  partie  de  la  Pologne  ;  mais  le  roi  Sta* 
nislas-Âuguste  ayant  joint  tes  troupes  de  la 
couronne  à  celles  de  la  Russie,  lejS  confédérés 
ne  purent  tenir  tète,  et  furent  battus. 

Le  duc  de  Choiseul  qui  avait  deviné  les  plans 
de  l'impératrice  de  Russie ,  écrivit  à  M.  de  Ver* 
genneS)  ministre  de  France  près  la  Porte,  d'éveil- 
ler les  Turcs ,  et  de  les  pousser  à  la  guçrre  contre 
la  Russie  (i),  en  leur  faisant  sentir  combien  lei^ 
eavahissemens  de  cette  puissancc^.en  Pologne , 
seraient  funestes  à  la  Porte.  AL  de  Verge&nes 
rencontra  de  grands  obstacles  de  la  part  du  dir 
van ,  depuis  long- temps  mécontent  de  ce  que 
la  cour  de  Versailles,  dans  le  traité  du  i^^  de  mai 
1766,  avec  la  cour  de  Vienne ,  ne  l'avait  point 

*•  '•     '  ■    ■■  '      '  -  •  ', 

(1)  Catherine  ii ,  dans  son  dépit ,  appelait  M.  de  Choi- 
seul £e  souffUwr  du  mustapha. 


LIVRE  V.  85 

exceptée  du  casus fœderis .  Cependant  le  grand- 
seigneur,  après  de  longues  sollicitations,  déclara 
la  guerre  à  la  Russie  ,  le  5o  d'octobre  1768. 

Mais ,  tandis  que  M.  de  Yergennes  mandait 
par  un  courrier  le  succès  de  sa  négociation ,  un 
autre  courrier,  parti  de  Versailles ,  qui  croisa  le 
sien ,  lui  portait  l'ordre  de  revenir.  M.  de  Choi- 
setil  ^  pour  se  justifier  de  cette  précipitation  ,  se 
rejeta  sur  la  déconsidération  que  venait  de  se 
donner  M.  de  Vergennes ,  en  épousant  publi- 
quement à  Constantinople ,  la  fille  d'un  méde- 
cin, quoique  le  roi  eût  approuvé  ce  mariage. 

M.  de  Vergennes  emporta  les  regrets  du  di- 
van et  du  commerce  français  au  Levant ,  qui  lui 
offrit  en  hommage,  une  épée  d*or.  Cet  ex-mi- 

• 

nistre  ,  en  arrivant  à  Versailles  ,  vit  le  duc  de 
Choiseul  à  qui  il  dit  sans  humeur ,  comme  sans 
importance  : 

«  La  guerre  a  été  déclarée  à  la  Russie,  et  telle 
»  était  la  volonté  du  roi ,  que  j'ai  exécutée  dans 
»  tousses  points;  mais  jfe  rapporte  les  trois  mil- 
»  lions  qu'on  m'avait  envoyés  pour  cela;  je  n'en 
»  ai  pas  eu  besoin:  » 

M.  de  Choiseul,  qui  avait  l'ame  élevée,  dut 
sentir  l'a  noble  simplicité  de  ce  peu  de  mots. 
Néanmoins,  M.  de  Vergennes  fut  traité  avec 
froideur,  et  il  se  retira  volontairement  dans  ses 
terres  en  Bourgogne ,  où  il  demeura  deux  ans, 
dans  une  retraite  qui  honore  autant  son  carac- 


\ 


86  VIP  PÉRIODE.       . 

en  particulier,  un  subside  régie  pour  toute  la 
dure'e  de  la  guerre.  On  convint  de  six  mille  du-^ 
cats  par  mois,  qui  étaient  adressés  au  .conseil 
général  polonais  résidant  à  Epéritz-,  et  M.  Du- 
mouriez,  ainsi  que  plusieurs  officiers  français, 
furent,  au  mois  de  juillet  1770,  envoyés  en  Po-»- 
logne.  Avant  eux,  MM.  de  Châtçaufort  et  de 
Bouflers  y  étaient  passés  secrètement.  Mais  les 
forces  des  confédérés  n'étaient  pas  suffisantes 
pourbalancerlesBusses.D'aprèsun  premierétat 
transmis  par  M.  Dumouriez  au  ministère  fran-p- 
çais  ,  les  troupes  polonaises  s'élevaient  à  seize 
mille  hommes,  et  suivant  un  autre  état  dresse^ 
presque  à  la  même  époque,  elles  étaient  présen- 
tées comme  n'allant  qu'à  huit  mille  hommes* 
La  disgrâce  de  M.  deChoiseul,  arrivée dansccs 
circonstances,  fut  un  événement  fâcheux  ppur 
la  cause  des  confédérés;  car  alors  M,  Dumou- 
riez ne  recevant  plus  ni  instructions,  ni  argent, 
ne  suivit  plus  que  sa  tête ,  quelquefois  trop  vive. 
Ayant^té  battu  le  ia  de  juillet  J771 ,  à  Lands- 
cron,  par  le  général  Suwarow,  il  se  brouilla  peu 
après  cet  événement,  avec  les  confédérés,  et  re- 
vint  en  France,  il  fut  remplacé  par  M.  de  Vio- 
ménil,  qui  ranima  le  courage  des  confédérés,  en 
débutant  par  la  surprise  du  château  de  Çraço- 
yie,-dans  lequel  ils  soutinrent  un  siège  glo- 
rieux; mais  ayant  été  obligés  d  évacuer,  cette 
place,  ainsi  que  la  plupart  de  celles  qu'ils  j^os- 


LIVRE  V.    ^  87 

sédaient ,  la  Pologne  resta  c)ès*Iors  à  la  merci  âe 
la  Russie  et  de  la  Prusse» 
*  C'jest  dans  ces  circonstances ,  que  le  comte  de 
Merci-Ârgen  teau ,  qui  était  ambassadeur  de  i*em- 
pereur,  en  France,'  Tint  annoncer  au  duc  d*Ai- 
guillon  ,  que  le  danger  que  les  troupes  autri- 
chiennes couraient  en  s'opposant  seules  aux  ar- 
mées russes  et  prussiennes ,  avait  déterminé  son  > 
souverain  à  laisser  consommer  un  démembre- 
ment qu'il  ne  pouvait  empêcher.  L'ambassa- 
deur ajoutait  qne  son  maître  en  reconnaissait 
l'injustice,  n>ais  qu'il  avait. cru  devoir  y  par- 
ticiper ,  pour  en  diminuer  les  effets ,  et  y  mettre 
de  justes  bornes.  L'ambassadeur  observait,  au 
surplus  y  que  la  partie  qui  reviendrait  à  l'Au- 
triche ,  était  si  disproportionnée  avec  les  acqui- 
sitions des'  deux  autres  puissances,  qu'elle  ne 
pouvait  voir  qu'avec  douleur,  un  événement 
qui  faisait  pencher  la  balance >  de  la  manière  la 
plus  sensible. 

Le  comte  de  Merci  chercha  à  excuser  le  si- 
lence qui  avait  été  gardé  par  sa  cour  dans  la  né- 
gociation pour  le  partage,  ;sur  le  silence  observé 
par  la  France  elle-même^  depuis  la  disgrâce  de 
M.  de  Choiseul.  H  reprocha  au  duc  d'Aiguillon, 
ses  liaisons  mystérieuses  avec  les  émissaires  prus- 
siens, et  surtout  la  déclaration  faite  k  M.  de 
Sandoz ,  que  la  cour  de  Versailles  vert-ait  avec 
indifférence  y  tout  ce  qui  se  passerait  en  Pologne^ 


88  VIT  PÉRIODE. 

M.  de  Merci  prétendit  même  que  Fe  roi  de  Prusse 
avaitfaitconnaîtreàYienne,renvieque  la  France 
avait  de  se  rapprocher  de  lui  ;  d'où  il  concluait 
que  sa  cour  ne  pouvant  compter  sur  le  concours 
de  la  France,  avait  dû  prendre  ses  précautions 
cpntre  un  orage  auquel  elle  n'était  point  en  état 
de  rpsister  seule. 

Si  la  conduite  du  cabinet  français  ,  dans 
cette  occasion  ,  fut  sans  vigueur  et  sans  habi* 
leté,  celle'des  cours  de  Pétersbourg  et  de  Berlin 
fut  si  ouvertement  injuste  et  machiavélique, 
qu'il  est  inutile  de  la  discuter. 

Ces  deux  puissances  avaient  conclu,  le  17  de 
février  1772,  une  convention  au  sujet  du  par-^. 
tage  de  la  Pologne  ;  convention  qui  fut  ap- 
prouvée par  l'Autriche,  le  4  de  mars  1772,  et 
suivie  d'une  autre  convention  conclue  à  Péters* 
bourg,  le  5  d'août  suivant,  entre  la  Russie,  l'Au- 
triche et  la  Prusse,  touchant  le  démembrement 
définitif  de  la  Pologne. 

Le  2  de  septembre ,  le  comte  de  Stackelberg, 
ministre  de  Russie  en  Pologne ,  donna  à  Varso-^ 
vie,  une  déclaration,  en  date  du  2  de  septembre 
1772,  au  nom  des  trois  puissances  *copar ta- 
géantes ,  laquelle  portait  «  que  }K>uir  ramener 
»  la  tranquillité  et  le  bon  ordre  en  Pologne,  et 
jo  y  établir,  sur  un  fondement  solide,  l'ancienne 
))  constitution  de  cet  état,  et  les  libertés  de- la 
»  nation;...  empêcher  la  ruine  et  la  décompo*» 


LIVRE  V.  8g 

»  si  lion  arbitraire  du  royaume ,  et  satisfaire  leurs 
V  justes  prétentions  sur  plusieurs  possessions  de 
D  la  république ,  elles  arrêtaient  et  détermi* 
»  naient  pour  leurs  droits  et  prétentions  légi* 
>  times  (que  chacune  d'elles  justifierait  en  temps 
»  et  lieu)  ,  de  prendre  un  équivalent  qui  y  Tut 
«proportionné,  et  de  se  mettre  en  possession 
»  effective  des  parties  de  la  Pologne  les  plus 
»  propres  à  établir  dorénavant  entr'elles,  une 
»  limite  plus  naturelle  et  plus  sûre;  leurs  ma- 
»jestés  Timpératrice  •  reine ,  l'impératrice  de 
•  Russie  et  le  roi  de  Prusse»  renonçant  à  tous 
»  les  droits ,  demandes ,  prétentions  et  répéti- 
»  tiens  de  dommages  et  intérêts  qu'elles  pou* 
levaient  avoir  à -former  sur  les  autres  posses-v 
»  siens  et  sujets  de  la  république,  etc.  » 

Les  déclarations  publiées  en  cette  occasion 
entre  les  puissances  copartageantes^  furent  pré- 
sentées au  roi  Stanislas-Auguste ,  en  septembre 
1772,  et  converties  en  traités,  qui  furent  ap- 
prouvés ,  le  18  de  septembre  1775,  par  une  com- 
mission de  sénateurs,  et  ratifiés  depuis  par  la 
diète. 

Ainsi  fut  .consommé  le  premier  partage  de  la      1773. 
Pologne,  projet  qui,  plus  de  cent  ans  aupara*  tîoM '^îlr^'îe 
vaut,  avait  déjà  occupé  la  Russie,  la  Prusse  et  ^J"i*'^^^'J^ 
rAulriche,  ainsi  qu'on  a  pu  s'en  convaincre  par  ^^k**** 
la  correspondance  de  M.  de  Pomponne  en  Suède. 
Cet  événement  caractérise  une  époque  ou  le 


go  VIP  PÉRIODE. 

goût  de  la  convenance  avait  déjà  alte'ré.  le  res-" 
pect  dû  aux  couronnes,  et  ne  faisait  plus  regar- 
der les  états  que  comme  des  agglomérations  for- 
tuites, et  n'existant  que  sous  le  bon  plaisir  de  la  • 
force. 

Lorsque  le  plan  de  partage  fut  avéré,  le  duc 
d'Aiguillon  proposa  à  Louis  xv  d'attaquer  les 
Pays-Bas ,  si  l'impératrice-reine  persistait  dans 
le  dessein  d'y  concourir;  mais  cette  proposition 
goûtée  du  roi,  fut  rejetée  par  la  majorité  du 
conseil ,  à  cause  du  mauvais  état  des  finances. 
Diverses  considérations  adoucirent  toutefois  le 
déplaisir  du  roi,  dans  cette  occasion;  ce  fut 
i"*.  Tanarchie  de  la  Pologne,  qui,  tôt  ou  tard,  en 
devait  amener  le  partage  (i).    • 

a**.  Parce  que  parmi  les  trois  puissances  cOpar- 
tageantes,  la  France,  dans  un  système  régulier, 
devait  toujours  trouver  au  moins  un  allié; 

3^.  Parce  que  l'accroissement  de  force  et  de 
territoire  ;  ayant  été  à  peu  près  égal  entre  les 
trois  puissances  copartageantes ,  devenait  res- 
pectivement nul  |)our  elles; 

4^.  Enfin ,  on  pensait  que  le  partage  de  la  Po- 
logne serait  un  principe  prochain  de  guerre  oa 
de  zizanie  entre  les  puissances  copartageantes. 


(i)  On  connaît  le  mot  du  nonce  Zalowski  :  «  Quoique  nous 
^soyons  bons  catholiques  y  nous  n avons  pas  le  s ^cn^" 

>  MiJSNT  DE  L^ORVRE.  » 


LIVRE  V.  91 

î  Quoiqu'on  ne  trouve  bien  peu  d*alliances  di- 

rectes entre  la  France  et  la  Pologne,  et  que  leurs 
armes  n'aient  jamais  été  combinées,  la  cour  d^ 
Versailles  envisageant  cet  état  sous  le  rapport 
de  son  interposition  entre  la  Porte  ^  la  Russie» 
l'Autriche  et  la  Prusse,  croyait  devoir  le  con- 
server dans  son  intégrité,  comme  une  barrière 
importante  contre  la  Russie  principalement. 
Ainsi  ses  liaisons  avecia  Pologne  avaient  pour 
but  essentiel,  l'ordre  dans  le  nord.  Mais  cette 
république  concourait  fort  peu  à  cet  ordre. 
Ses  divisions,  et  la  vénalité  des  diètes,  contri- 
buèrent à  sa  chute,  qu'aucune  puissance  ne  pou- 
vait arrêter.  Il  n'y  avait  pour  la  Pologne,  qu'une 
mesure  de  salut  :  c'était  de  lui  donner  une  cons- 
titation  plus  régulière,  et  de  détruire  ce  carac- 
tère amphibie  de  monarchie  et  de  république, 
principe  d'une  constante  anarchie;  mais  c'est 
ce  que  les  puissances  environnantes  se  gardèrent 
bien  de  faire. 

Le  baron  de  Wreck ,  ministre  de  Hesse-Casscl      177». 
près  la  cour  de  Versailles,  ayant  voulu  partir î^potée*" lu" 
sans  payer  ses  dettes,  le  ministre  des  affaires Sê^e 7  de" 
étrangères ,  M.  d'Aiguillon ,  lui  refusa  des  passe-  JJJ^*^  •*• 
ports,  et  ses  créanciers  furent  autorisés  à  saisir 
ses  meubles.  La  cour  de  Versailles,  pour  justi* 
fier  sa  conduite,  fit  passer  à  cette  occasion ,  au 
corps  diplomatique,  le  mémoire  suivant,  qu'on 
rapportera  comme  constituant  sur  cette  matière 


ga  VIP  PÉRIODE. 

la  jurisprudence  politique  de  la  France,   du 
moins  à  cette  époque  (i). 

«  L^imniunitë  des  ambassadeurs  et  autres  mî- 
»  nistres  publics,  est  fondée  sur  deux  principes: 
»  i**.  siir  la  dignité  du  caractère  représentatif 
»  auquel  ils  participent  plus  ou  moins;  2*".  sur 
»  la  convention  tacite  qui  résulte  de  ce  queti 
»  admettant  un  ministre  étranger,  on  reconnaît 
»  les  droits  que  Tusage,  ou  si  Tonveut^  le  droii 
»  des  gens  lui  accorde. 

»  Le  droit  de  représentation  les  autorise  à 
»  jouir  dans  une  mesure  déterminée,  des  préro- 
»  gatives  de  leurs  maîtres.  En  vertu  de  la  con^ 
»  vention  tacite ,  ou  ce  qui  est  la  même  chose  y 
»  en  vertu  du  droit  des  gens ,  ils  peuvent  exiger 
»  qu'on  ne  fasse  rien  qui  les  trouble  dans  leurs 
»  fonctions  publiques. 

t  L'exemption  de  la  juridiction  ordinaire  qu'on 
j>  appelle  proprement  immunité,  découle  natu- 
»  Tellement  de  ce  double  principe. 

»Mais  l'immunité  n'est  point  illimitée;  elle 
j>  ne  peut  s'étendre  qu'en  proportion  des  môtifa 
j)  qui  lui  servent  de  base. 

»  Il  résulte  de  là ,  i^.  qu'un  ministre  public  ne  . 
»  peut  en  jouir,  qu'autant  qufe  son  maître  en 
«jouirait  lui-même; 

(i)  Ce  mémoire  fut  rédigé  par  M.  Pfeffel ,  jurisconsulte 
des  affaires  étrangères. 


LIVRE  V.  95 

a^.  »  QuMl  ne  peut  en  jouir  dans  les  cas  où  la 
t>  convention  tacite  entre  les  deux  souverains , 
»  vient  à  cesser. 

»  Pour  éclaircir  ces  maximes  par  des  exemples 
D  analogues  à  l'objet  de  ces  observations  »  on  re- 
»  marquera  : 

i"".  »  Qu'il  est  constant  qu'un  ministre  perd 
»  son  immunité,  et  se  rend  sujet  à  la  juridiclioa 
»  locale,  lorsqu'il  se  livre  à  des  manœuvres  qui 
»  peuvent  être  regardées  comme  crimes  d'état, 
»  et  qui  troublent  lasécuri  té  publique.  L'exemple 
»  du  prince  de  Cellamare,  constate  ces  maximes 
»  à  cet  égard.  * 

2*.  »  L'immunité  ne  peut  avoir  d'autre  effet 
»  que  d'écarter  tout  ce  qui  pourrait  empécbet 
»  le  ministre  public  de  vaquer  à  ses  fonctions^r 

»  De  là ,  il  résulte  que  la  personne  seule  du  mh 
»  nistre jouit  de  Timmunitéy  et  que  ses  biens  pou- 
»  vaut  être  attaqués  sans  interrompre  ses  fonc- 
»  tions,  tous  ceux  qu'un  ministre  possède  dans 
n  le  pays  où  il  est  accrédité ,  sont  soumis  à  la 
»  puissance  territoriale;  et  c'est  par  une  suite 
»de  ce  principe,  qu'une  maison  ou  une  rente 
»  qu'un  ministre  étranger  posséderait  en  France  , 
'  »  seraient  sujettes  aux  mêmes  lois  que  les  autres 
»  héritages. 

5*.  »  La  convention  tacite  sur  laquelle  Tim- 
jD-munité  se  fonde,  cesse,  lorsque  le  ministre  se 
y  soumet  formellement  à  l'autorité  locale,  en 


94  VIP  PÉRIODE. 

»  contractant  par-devant  un  notaire,  c'est-à- 
»  dire,  en  invoquant  l'autorité  civile  .du  pays 
»  qu'il  habite. 

»Wiequefort  (i),  qui  de  tous  les  auteurs  est 
»le  plus  zélé  pour  la  défense  du  droit  des  mi- 
»  ilistres  publics,  el  qui  s'y  livrait  avecd'autaut 
»  plus  de  chaleur  ,  qu'il  défendait  sa-  propre 
1»  cause,  convient  de  ce  principe,  et  avoue: 

a  Que  les  ambassadeurs  peu  vent '^tre  forcés 
»  de  t*ernplir  les  contrats  qu'ils  ont  passés  par^ 
»  devant  notaire,  et  qu'on  peut  saisir  leurs  nieu* 
»  blés  pou^  prix  de  loyer  des  nfiaisons\i.dont  les 
»  baux  auraierft  été  passés  de  cette  manière,  j» 

4^.  »  L'immunité  étant  fondée  sur  une  con- 
3&  vention,  et  toute  convention  étant  réciproque, 
»  le  ministre  public  perd  son  privilège,  lors- 
9  qu'il  en  abuse  contre  les  intentions  constantes 
j>  des  deux  souverains. 

»  C'est  par  celte  raison  qu'un  ministre  public 
»  ne  peut  pas  se  prévaloir  de  son  privilège ,  pour 
»  se  dispenser  de  payer  les  dettes  qu  il  peut  avoir 
VI  contractées  dans  les  pays  où  il  réside: 
.  i^.  »  Parce  que  l'intention  de  son  maître  ne 
»  peut  point  être  qu'il  viole  la  première  loi  de 
»  la  justice  naturelle,  qui  est  antérieure  aux  pri- 
»  viléges  du  droit  des  gens; 

a"*^  »  Parce  qu'aucun  souverain  ne  veut,  ni 


(i)  WicqT;iefort,  1. 1 ,  page  426. 


LIVRE  V.  95 

»peut  vouloir  que  ces  prérogatives  tournent 
»  au  détriment  de  ses  sujets ,  et  que  le  caractère 
»  devienne  pour  eux ,  un  piège  et  un  sujet  de 
yt  ruine  ; 

3^.  »  On  pourrait  saisir  les  biens  mobiliers 
»  du  prince  même  que  le  ministre  représente , 
»  s'il  en  possédait  sous  notre  juridiction  :  de  quel 
7>  droit  les  biens  du  ministre  seraient-ils  donc 
»  exceptés  de  cette  règle? 

4^.  »  L'immunité  du  ministre  public  consiste 
y>  essentiellement  à  le  faire  considérer  comme 
»  s'il  continuait  à  résider  dans  les  états  de  son 
»  maître. 

»  Rien  n'empêche  donq  d'employer  vis-à-vis 
»  de  lui  les  moyens  de  droit  dont  on  userait  s'il 
»  se  trouvait  dans  le  lieu  de  son  domicile  ordi- 
»  naire. 

5^.,»  II  en  résulte  qu'on  peut  le  sommer  d'une 
9  manière  légale,  de  satisfaire  à  ses engagemens  y 
»  et  de  payer  ses  dettes. 

6"".  j>  Le  privilège  des  ambassadeurs  ne  re- 
j»  garde  que  les  biens  qu'ils  possèdent  comme 
9  ambassadeurs ,  et  sans  lesquels  ils  ne  pour* 
»  raient  exercer  les  fonctions  de  leur  emploi... 
»  La  cour  de  Hollande  a  adopté  cette  base  dans 
«l'ajournement  qu'elle  fit  signifier  en  1721,  à 
«l'envoyé  de  Holstein  (i)j  après  awoir  accordé 


{l)  Arrêt  de  la  cour  de  Hollande,  du  21  de  féTiier  1721. 


96  VIP  PÉRIODE. 

»  saisie  de  tous  ses  biens  et  effets  ^  autreà  que  ineu" 
»  blés  et  équipages ,  et  autres  choses  apparie— 
»  nantes  à  son  caractère  de  ministre. 

»  Ces  considérations  justifient  suffisamment 
»  la  règle  qui  est  reçue  dans  toutes  les  cours  ^ 
j»  qu'un  ministre  public  ne  doit  point  partir  d'un 
D.pays,  sans  avoir  satisfait  ses  créanciers. 

»  Lorsqu'un  ministre  manque  à  ce  devoir, 
»  quelle  est  la  conduite  à  tenir?  c'est  la  seule 
»  question  essentielle  que  la  matière  puisse  faire 
»  naître.  Elle  doit^e  décider  par  un  usage  con- 
»  forme  aux  différentes  maximes  qu'on  a  éta- 
»  blies  ci- dessus. 

»  On  ne  parlera  point  de  l'Angleterre ,  où  l'es- 
D  prit  de  la  législation  borné  à  la  lettre  de  la 
10  loi,  n'admet  point  de  convention  tacite,  ni 
»  de  présomption ,  et  où  le  danger  d'une  loi  po- 
3»  sitive  dans  une  matière  aussi  délicate,  a  jus- 
»  qu'ici  empêché  de  fixer  légalement  les  préro- 
x>  |;atives  des  ministres  publics. 

2>  Dans  toutes  les  autr^  cours,  la  jurispru^ 
2>  dence  parait  à  peu  près  égale;  les  procédés 
»  seuls  peuvent  différer. 

»  A  Vienne,  le  maréchal  de  l'empire  s'arrog& 
»  sur  tout  ce  qui  ne  tient  pas  à  la  personne  de  ' 
»  l'ambassadeur  et  à  ses  fonctions,  une  juridic- 
»  tion  proprement  dite,  dans  une  étendue  qu'on 
»  a  quelquefois  envisagée  difficile  à  concilier 
»  avec  les  maximes  généralement  reçu€;s.  Cette 


LIVRE  V.  97 

»  autorité  veille  d'une  manière  particulière  sur 
y>  le  paiement  des  dettes  eontracte'es  par  les  am- 
»  bassadeurs,  surtout  au  moment  de  leur  dé- 
»  part.  On  en  a  vu  l'exemple,  en  1764»  dans  la 
il  personne  de  l'ambassadeur  de  Russie ,  dont 
»  les  effets  furent  arrêtés  jusqu'à  ce  que  le  prince 
9  de  Lichstenstein  se  fût  rendu  sa  caution. 

»  En  Russie,  tin  ministre  public  est  assujéti  à 
3)  annoncer  son  départ  par  trois  publications. 
»  On  y  arrêta  les  enfans,  les  papiers  et  les  effets 
»  de  M.  de  Bausset ,  ambassadeur  de  France , 
3>  jusqu'à  ce  que  le  roi  eût  fait  son  affaire  des 
»  dettes  que  ce  ministre  avait  contractées. 

»  A  la  Haye ,  le  conseil  de  Hollande  s'arroge 
»  une  juridiction  proprement  dite  dans  les  états 
»  où  les  intérêts  des  sujets  se  trouvent  compro- 
3»  mis.  En  1668,  un  exploit  fut  signifié  à  un  am- 
»  bassadeurd'Espagneen  personne,  qui  en  porta 
»  des  plaintes  :  les  états  jugèrent  qu'elles  étaient 
»  fondées,  en  ce  qu'il  n'aurait  fallu  remettre  FeX" 
nploit  qu'aux  gens  de  l'ambassadeur  (i). 

»  A  Berlin ,  en  1723,  le  baron  de  Posse,  minis^ 

»  tre  de  Suède,  fut  arrêté  et  gardé  ,  parce-qu'il 

•  »  refusait  de  payer  un  sellier,  malgré  les  aVer- 

»  tissemens  réitérés  du  magistrat Ces 

»  exemples  constatent  même  l'extension  qu'on 
j>  a  quelquefois  donnée  au  droit  de  coaction. 


(i^Bynkershoeckj.p.  188. 
TH. 


98  VIP   PÉRIODE. 

»  On  a  soutenu  qu'il  suffisait  d'avertir  le  mi- 
»  pistre  de  payer  ses  dettes  pour  justifier,  en 
3)  cas  de  refus ,  les  voies  judiciaires ,  et  même  la 
»  saisie  des  effets^ 

))  Grotius  (r)  dit  que,  «  si  un  ambassadeur  a 
»  contracté  des  dettes,  et  qu'il  n'ait  point  d'im- 
»  meubles  dans  le  pays,  il  faut  lui  dire  honné- 
»  tement  de  payer  :  s'il  le  refusait,  on  s'àdres— 
»  serait  à, son  maître,  après  quoi,  on  en  vien- 
»  drait  aux  voies  que  l'on  prend  contre  les  dë- 
»  biteurs  qui  sont  d'une  autre  juridiction.  » 

,  »  Or ,  ces  voies  sont  les  procédures  légales  qui 
»  tombent  sur  les  biens  de  l'ambassadeur,  autres 
»  que  ceux  qui  sont  immédiatement  nécessaires 
»  à  l'exercice  de  ses  fonctions ,  ainsi  qu'on  l'a 
»  déjà  observé. 

»  L'opinion  la  plus  modérée  est  qu'il  con- 
»  vient,  dans  tous. les  cas,  de  s'abstenir,  autant 
»  qu'il  est  possible,  de  donner  atteinte  à  la  dé- 
»  cence  qui  doit  environner  le  caractère  public^ 
»  mais  le  souverain  est  autorisé  à  employer  l'es- 
»  pèçe  de  coactioa  qui  n'emporte  aucun  trou- 
D  ble.dans  ses  fonctions  et  qui  consiste  à  inter- 
»  dire  à  l'ambassadeur  la  sortie  du  pays ,  avant  • 
»  qu'il  ait  satisfait  à  ses  engagemens,  etc.  etc.  » 
,  Telle  fut  la||irisprudjence  adoptée  dans  cette 
occasion.  Néanmoins,  cette  jurisprudence  n'a 

< 

(  1  )  Grotius ,  de  Jure  pacis  et  belU,  lib.  II ,  c«  i8  ;  ^.  g» 


LIVRE  V.  99 

pas  été  suivie  constamment,  et  la  complaisance 
du  ministre  des  affaires  étrangères,  comme  la 
dignité  du  ministre  endetté,  peuvent  la  faire 
varier. 

Le  pape  Clément  xiii ,  s*étant  ou  vêtement     1775. 
brouillé  avec  la  maison  de  Bourbon,  à  l'occa- j'/J^l^^n**^ 
sien  des  jésuites,  dont  il  se  faisait  le  défenseur;  JJP^'J^'^H^ 
la  cour  de  Versailles  avait  envoyé  le  marquis  de  •■î*«^     ^ 
Rochechouart  avec  un  corps  de  troupes,  pour 
s'emparer  d'Avignon  et  du  Comtat  Venaissin  ; 
ce  qui  fut  exécuté  le  11  de  juin  1768. 

La  même  cour,  pour  colorer  cette  invalsion, 
fit  publier  un  écrit  anonime  (1),  dans,  lequel 
on  attaquait  les  droits  du  pape  sur  Avignon, 
d'après  les  motifs  suivans: 

I®.  La  vente  faite  au  saint-siége,  en  i548,  de 
la  ville  d'Avignon,  par  Jeanne  1'*,  reine  de  Tfa- 
ples  et  comtesse  de  PrbvSce,  était  frappée  dé 
nullité,  soit  d'après  l'état  de  minorité  de  cette 
princesse,  soit  d'après  la  défense  dé  rien  alîé* 
ner,  exprimée  dans  le  testament  du  rdi  ftdbert 
qui  l'instituait  héritière  de  la  Provence ,  dont 
Avignon  faisait  alors  partie  ;  la  loi  romaine  dé- 
clarant qu'il  ne  pouvait  y  avoir  de  p]^éscr^ptîotl 
àl'égarddeschosesdontraliénatiônêstpït>hibée; 


,  w  -  ...  - 

(1)  Recherches  historiques  concernant  les  droits  du  pape 
sur  la  ville  £  Avignon ,  1 7G8,  Cet  ouvrage  était  dÎD  M.  FfefftI , 
jnnscoosnUè  àt^  affaire»  étrâirgèlMi.  .  .      » 


ïoo  VIP  PÉRIODE. 

i^.  Que  la  possession  prétendue  sans  interrup- 
tion de  la  ville  d'Avignon,  avait  été  attaquée  en 
différens  temps,  par  desactesdes  rois  de  France, 
par  des  rétractations ,  et  même  par  des  écrits 
révocatoires  de  la  reine  Jeanne; 

3^.  Qu'il  y  avait  lésion  daps  la  vente,  attendu 
que  Jeanne  avait  aliépé  Avignon,  pour  la  somme 
de  80,000  florins  d'or,  évaluée  au  cours  présent 
il  67^2,000  livres. 

Le  pape  répondit  dans  un  écrit  public  (i); 

i*".  Que  Jeanne  était  majeure,  ou  dans  sa  vingt- 
cipquième  année  ^  au  moment  de  la  vente  ; 

a"*.  Que  le  testament  du  roi  René,  avait  été 
cassé  avant  la  vente  d'Avignon  ; 

5®.  Que  beaucoup  d'actes  des  rois  de  France , 
avaient  reconnu  la  légitimité  des  droits  du  saint- 
siége  sur  la  ville  d'Avignon  ,  et  que  des  droits 
avaient  été  confirnK#par  le  traité  de  Pise; 

4**-  Q^®  si  l'on  discutait  avec  la  même  sévé- 
rité, les  droits  des  souverains  de  l'Europe,  la 
plupart; d'en tr'eux  seraient  dépouillés  de  leurs 
états. 

.  Au  «reste,  il  est  à  observer  que  le  mémoire 
ne  portait  que  sur  Avignon ,  et  non  sur  leComtat 
Venaissin;  pays  plus  étendu,  et  même  soumis  à 
un  régime  différent;  la  propriété  de  ce  dernier 
ayant  été  acquise  aux  papes,  en  vertu  du  fa-"* 


ifti« 


(1)  RApoii»  aust  fyçh^r^i  Mitori^ues^  176^. 


LIVRE  V.  loi 

meux  traité  de  Paris  de  1 229 ,  qui  valut  tout  le 
Languedoc  à  la  France,  et  dont  celle-ci  se  gar» 
dait  bien  de  contester  la  légitimité. 

Le  pape  Clément  xiii  étant  mort,  le  a  de  fé- 
vrier 1769,  en  brouillerie  ouverte  avec  les  di- 
verses branches  de  la  maison  de  Bourbon,  à 
cause  de  ses  démêlés  avec  Parme,  et  par  le  refus 
de  la  suppression  des  jésuites;  la  cour  de  France 
s'attacha  à  lui  donner  un  successeur  favorable 
à  ses  vues.  Le  cardinal  de  Bernis  qui  était  venu 
à  Rome^  pour  le  conclave,  ayant  rencontré 
dans  le  cardinal  Ganganelli ,  cordelier,  un  pei^ 
sonnage  qui,  par  jalousie  d'état,  était  contraire 
aux  jésuites,  parvint  à  le  faire  élire  pape  ;  et  ea 
récompense  de  ce  service^  il  fut  nommé  ministre 
de  France  à  Rome ,.  à  la  place  du  marquis  d'Au- 
be terre.. 

Le  cardinal  de  Bernis  négocia  d'abord  la  sus- 
pension  du  bref  de  Clément  xiii  contre  le  duc 
de  Parme ,  et  après  des  démarches  aussi  nom» 
breuses  que  pressantes  ,  il  détermina  enfin  le 
nouveau  pape  à  publier  ,  le  si  de  juillet  1775  ,. 
le  bref  de  suppression  des  jésuites  (i). 


(1)  L^opinîon  Tulgaîréest  que  Clément  xtr  était  ennemi 
mortel  des  jésuites.  Cette  opinion ,  suivant  quelques  Romains 
du  premier  rang  ,  serait  moins  fondée  qu'on  ne  pense.  Gan-^ 
ganeUi ,  cordeUer  9  pouvait ,  par  rivalité  monastique ,  ne  pas. 
aimer  les  jésuites-^  mais  GanganeUiy.pape,  retenu  par  la  eraintr 


\ 


I09  VIP  PÉRIODE. 

Le  cardinal  de  Bernis  obéit  en  cela  aux  ordres 
d.  ,,  ^ur;  car  per«,„oeU.o..n.  a  .-éUi.  p» 
ennemi  des  jésuites, 

Cette^.  condescendance  du  pape  réconcilia 
Rome  avec  la  cour  de  Versailles ,  qui,  au  mois 
d'avril  1774,  lui  restitua  la  ville  d'Avignon  et  le 
Coqntat  Veuaissin.  La  France  n'avait  pas  le  des- 
sein de.  garder  ces  deux  pays;  mais  on  trouva 
mauvais  que  le  cardinal^  en  annonçant  la  res- 
titution immédiate,  eût  anticipé  sur  les  ordres 
du  roi»  Il  fut  désavoué,  quoiqu'avec  beaucoup 
de  ménagement.  Il  parait  que  la  France  avait  des 
desseins  secrets  sur  ces  deux  pays,  et  l'on  sut 
n^aiivais  gré  au  cardinal  de  Bernis  d'avoir  pris 

d*indisposer  la  grande  majorité  du  sacré  collc^ge  ,  et  sentant 
les  maux  que  la  chute  des  jésuites  pouvait  attirer  sur  l*ég1ise, 
Iiésitait.  N'étant  point  encore;  sorti  du  conclave  où  il  avait 
ëté  étti  y  il4lit  au  cardinal  Albani  «  qu'il  espérait  amuser  les 
-•  puissances  ennemies  (d^s  jésuites,  » 

L'anecdote  suivante  est  encore  plus  caractérisée  : 
Clément  ziv ,  la  nuit  du  jour  qu'il  eut  signé  la  bulle  d» 
suppression  des  jésuites  ,  éprouvant  beaucoup  d*agitation, 
£t  venir  un  certain  père  Bontempi ,  cordelier ,  et  son  con~ 
fident,  auquel  il  téuHHgna  le  regret  qu'il  aVaît,  d'avoir 
ligné  la  bulle  de  suppression,  laquelle  venait  d'être  envoyée 
au  chargé  d'affaires  d'Espagne  »  le  chevalier  Monino  ,  de- 
pui<  comté  de  Florîda-BIanca. 

Bontempi  dit  au  pape,  qu'il  y  avait  moyen  de  retirer  la 
BulFe  des  mains  de  Monino  ,  en  la  lui  demandant ,  sons  pré* 
texte  d'y  ajouter  quelque  chose  ;  ce  que  Ganganelli  approuva. 
Bontempi  se  rendit  donc  le  lendemain  ches  Monino  ^  qu'il 


LIVRE  T.  103 

sur  lui  cTen  annoncer  la  restitution  immédiate. 

La  bulle  de  suppression  portait  comme  motif 
principal  :  oc  Que  les  jésuites  avaient  été  un  sujet 
»  de  trouble  et  de  discussion  dans  Tëglise  »  ;  et  elle 
se  prévalait  de  l'expulsion  antérieure  de  la  com- 
pagnie, des  royaumes  de  France,  d^Espagne,  de 
Portugal  et  des  Deux-Siciles.  Ainsi  finit,  malgré 
la  conservation  de  quelques  branches  lointai- 
nes, et  séparées  d'un  tronc  abattu,  un  ordre 
qui,  sans  armes,  était  plus  imposant  que  ne 
le  fut  jamais  aucune  corporation. 

La  puissance  des  jésuites  était  fondée  sur  Tas- 
eendant  des  idées  religieuses,  sur  la  direction 
des  consciences ,  sur  les  souvenirs  de  l'éducation 

trouva  causant  avec  le  cardinal  Zelada ,  et  lai  dit  que  le  pape 
voulant  mettre  dans  la  bulle  de  suppression,  des  expression» 
plus  fortes  contre  les  jésuites ,  il  la  lui  demandait  ^  et  ne 
tarderait  pas  à  la  lui  rapporter  aussitôt  qu'elle  serait  corri* 
gée.  Le  cardinal  Zelada,  qui  était  ennemi  déclaré  de  la  société,, 
fit  signe  de  la  main  au  chevalier  Mo'nino.  Celui-ci ,  qui  ne 
comprenait  pas  bien  le  sens  du  geste ,  dit  au  père  Boh- 
tempi  qu'il  avait  à  parler  un  instant  avec  le  cardinal  Ze- 
lada ,  qui  observa  à  Monino  ,  que  s'il  remettait  la  bulle  , 
le  pape,  qui  vraisemblablement  avait  des  regrets,  ladéchi-- 
rerait.  Alors  Monino ,  retournant  vers  Bonlempi ,  lui  dit 
qu'il  se  contentait  de  la  bulle  telle  qu'elle  était  ;  et  que  d'ail- 
,  leurs  il  ne  se  souciait  pas  qu'on  y  mît  des  expressions  trop 
dures  contre  la  société ,  dont  il  ne  voulait  pas-  se  constL? 
tuer  le  persécuteur.  Qontempi  insista  vainement ,  et  revint 
vers  Je  pape  ,  qui  parut  très  fâché  qu'il  fût  revenu  sans  la 
buOe* 


io4  Vir  PÉRIODE; 

et  sur  les  services  qu'ils  rendaient  à  ceux  qui 
suivaient  leur  bannière ^. par  estime,  iiiterét  ou 
prosëlitisme. 

Ce  seraif  un  ouvrs^e  curieux  que  de  déter- 
miner d'une  manière  exacte,  et  non  en  style 
de  pamphlet ,  quels  ëtaieut  les  instrumens,  les 
vues ,  les  appuis  de  cette  politique  jésuitique 
si  décriée  par  les  uns,  si  admirée  par  d'autres; 
et  quelle  part  elle  prit  aux  décisions  des  cabi- 
nets d'Europe  j  depuis  le  seizième  siècle  jusqu'à 
la  chute  de  la  société. 

Cette  politique  ^vait  pour  bases  principales 
l'obsejvation  des  choses  et  des  personnes,  une 
profonde  dissimulation  ^  une  grande  finesse  9 
l'emploi  des  hommes  suivant  leurs  talens,  et 
une  direction  constante  vers  le  but  projeté; 
mais  cette   politique  avait  encore  des  subdi- 
visions. Elle  n'était  pas  la  même  à  Rome  qu'à 
Pékin,  à  Vienne  qu'à  Versailles,  à  Madrid  qu'au 
Paraguai.  Elle  variait  à  l'égard  des  grands,  du 
haut  clergé,  de  la  classe  mitoyenne  et  du  peuple  ; 
et  c*est  pour  cela ,  que  cette  société  s'attacha  des 
personnages  et  des  individus  de  tous  les  rangs  : 
attachèmentdevenuchez  ses  partisans,  un  point 
d'honneur  et  une  sorte  de  fanatisme,  qui  survé- 
curent long-temps  à  son  abolition. 
Mutation»       L'abbé  de  la  Ville ,  premier  commis  des  affai- 
fcmêmdtraflres  étrangères,  parvenu  à  un  âge  avancé,  avait 
^tn  ^'"°'^té  nommé  par  le  pape  ,  le  6  de  janvier  1774^ 


LIVRE  V.        •  io5 

à  l'evéché  in  partibus  de  Trichonium^  et  eu 
mé/ne  temps  il  avait  été  nommé  par  le  roi  ^ 
directeur  des  affaires  étrangères  y  poste  qui  le 
plaçait  immédiatement  après  le  ministre.  Cette 
place,  de  création  nouvelle,  était  à  peu  (>rès  sans 
fonctions.  L'abbé  de  la  Ville  ne  Toccupa  que  peu 
de  mois,  et  mourut  le  i5  d'avril  de  cette  année. 

Cet  agent  diplomatique  a  joui  d'une  certaine 
réputation.  Il  écrivait  avec  grâce  ;  mais  ses  dé- 
pêches reposent  plus  souvent  sur  des  raisonne- 
mens  vagues,  et  des  considérations  politiques, 
que  sur  les  principes  du  droit  des  gens,  qu'il 
ne  possédait  que  superficiellement. 

M.  Gérard  de  Rayneval ,  rappelé  de  Dantzick 
où  il  était  résident ,  avait  remplacé  l'abbé  de  la 
Ville,  dans  le  poste  de  premier  commis  des  af- 
faires e'trangères(i);  et  sonfrère  aîné,  M.  Gérard, 
remplissait  déjà  l'autre  place  de  ce  genre.  Ainsi 
la  direction  du  travail  intérieur,  qui  par  l'en- 

(i)  Le  roi  changea  depuis ,  le  titre  des  premiers  commis  des, 
€0aires  étrangères  en  ceini  de  secrétaire  du  conseil  d'état, 
et  leur  donna  le  rang  de  ministre  plénipotentiaire  ;  mais 
comme  ce  titre  n*a  point  prévalu,  ni  remplacé  Tancienne  déno- 
mination ,  on  a  cru  devoir  conserver  celle  usitée  ;  car  avant 
tout,  il  faut  se  faire  comprendre.  D'ailleurs,  le  titre  de  secré» 
taire  du  conseil  d'état  y  n'était  pas  bon  ;  car  il  supposerait 
que  les  premiers  commis  des  affaires  étrangères  ,  assistaient 
au  conseil  d'état  ^  et  en  rédigeaient  les  délibérations  ;  ce  qiii 
n'était  pas.  , 


ïo6  '    Vir  PÉRIODE. 

semble  d'idées  qu'il  exige,  e6t  plus  difficile  peut» 
êli^e  que  celui  d'aucune  niission  particulière, 
se  trouvait  confiée  à  deux  personnes  versées 
dans  le  droit  des  gens  général,  et  particulière- 
ment dans  le  droit  public  de  rAllemagne. 
Exàducomte  ^^  ministre  des  affaires  étrangères,  duc  d'Ai- 
fi«Brogiie.  guillon,  avâit  été  instruit  par  madame  du  Barri 
de  la  correspondance  secrète  de  Louis  xv.  Cette 
femme  avait  pris  dans  le  cabinet  du  roi,  une 
lettre  relative  à  cette  correspondance  qu'elle 
avait  communiquée  incontinent  au  duc  d'Ai- 
guillon; supercberie  dont  le  roi  s'était  aperçu, 
et  qui  eût  peut-être  entraîné  la  disgrâce  de  ce 
ministre,  sans  la  mort  du  monarque,  qui  sui~ 
vit  de  près  l'indiscrétion  de  la  favorite. 

iPparaît  que  le  duc , d'Aiguillon  avait  déjà  eu 
notion  de  cette  correspondance  par  le  baron  de 
Bon ,  ministre  dn  roi  à  Bruxelles,  et  par  la  saisie 
des  lettres  entre  le  comte  de  Broglie  et  le  sieur 
Dumouriez,  qui  était  alors  à  Hambourg.  Ce  der^ 
nier  fut  même  mis  à  la  Bastille ,  ainsi  que  les 
sieurs  Favier  ,  Ségur  et  Drouet,  ancien  secré- 
taire du  comte  de  Broglie,  tous  agens  confiden- 
tiels de  la  diplomatie  de  Louis  xv,  qui  consentit 
à  cette  mesure ,  pour  la  conservation  de  son 
secret  ;  mais  non-seulement  il  tranquillisa  ces 
personnes  sur  l'avenir ,  il  les  dédommagea  par 
des  bienfaits,  de  leur  disgrâce  apparente. 
Le  comte  de  Broglie  se  compromit  lui  même 


LIVRE  V.  107 

en  septembre  1775,  avec  le  duc  d*AiguiIIon,  à 
Foccasion  d'une  mission  qu'il  désirait  avoir  près 
de  la  cour  de  Turin,  lors  du  mariage  de  la  fille 
du  roi  de  Sardaîgne  avec  le  comte  d'Artois. 
N'ayant  pu  l'obtenir,  il  avait  écrit  au  duc  d'Ai- 
guillon une  lettre  insultante  :  celui-ci  la  lut  en 
plein  conseil;  et  les  ministres  épousant  son  in- 
jure, demandèrent  au  roi  la  punition  du  comte 
de  Broglie,  qui  fut  exilé  àRuffec  (1);  et  ce  qu'il 
y  a  de  singulier ,  il  ne  4aissa  pas  de  suivreencore 
de  son  exil,  la  correspondance  secrète,  jusqu'à 
la  mort  du  roi. 

Louis  XV  mourut  de  la  petite  vérole ,  le  lO  de 
mai  1774,  âgé  de  soixante-cinq  ans. 

Ce  monarque  ,  qui  a  été  présenté  diverse-  1774. 
ment,  avait  d'excellentes  choses,  et  plus  depoiiUqoe  d» 
bon  que  de  mauvais.  Il  était  père  affectueux, 
parent  sensible,  et  dans  son  service  intérieur^ 
plein  de  douceur,  et  d'une  aimable  familiarité. 
Toutefois,  il  avait  le  caractère  essentiellement 
français,  c'est-à-dire,  plein  de  contrastes,  effets 
d'une  imagination  mobile  et  trop  indépendante 
de  la  réflexion.  Ainsi,  il  avait  dans  les  petites 


^  <■ 


(i)  Le  comte  de  Broglie  resta  en  exil  jusqu'en  1775.  C'est 
à  roccasion  de  sa  disgrâce ,  que  le  duc  de  Choiseul ,  qui  était 
lui-même  en  exil',  dit  que  le  comte  de  Broglie  avait  pris  le 
roman  par  la' queue  ;  faisant  allusion  à  la  prétention  que  le 
coiaXe  de  Broglie  avait  depuis  long- temps ,  de  devenir  mî>- 
oistre  des  affaires  étrangères. 


io8  Vir  PÉRIODE. 

choses  de  l'exactitude ,  et  des  vices  de  plan ,  dans 
les  grandes.  Peu  actif,  il  aimait  qu'on  travail- 
lât; se  connaissait  en  hommes,  et  fit  plusieurs 
mauvais  choix;  discernait  les  meilleurs  avis, 
et  souvent  par  complaisance  suivait  le  pire. 
Il  avait  de  la  mémoire  et  peu  dé  souvenirs  ;  de 
la  patience  et  de  la  colère  ;  de  l'habifude  et 
de  l'inconstance  ;  de  l'avidité  pour  les  plaisirs , 
et  du  penchant  à  l'ennui  ;  des  émotions  de  sen- 
sibilité ,  et  peu  après ,  uAe  apathie  générale  et 
absolue.  Il  eut  encore  des  favoris  et  des  mai- 
tresses  qu'il  aimait  sans  estime ,  et  des  mi« 
nistres  qu'il  estimait  sans  amitié. 

Ge  prince  était  discret;  l'on  pourrait  même  dire 
dissimulé;  et  il  fut  tel  dès  son  enfance.  Sa  dissi- 
mulation consistait  à  parler  et  à  agir  autrement 
qu'il  ne  pensail  ;  et  plus  il  avait  envie  de  quelque 
chose,  plusilaffectaitdelarepôusser.  Ainsi,  quoi- 
que intérieurement  porté  à  la  paix,  particuliè- 
rement dans  la  guerre  de  1 74ot  H  combattait  quel- 
quefois sèchement,  et  en  plein- conseil ,  ceux  qui 
lui  parlaient  de  paix  :  quoiqu'il  n'aimât  pas  plu* 
sieurs  cours,  il  faisait  amitié  à  leurs  ambassadeurs 
et  à  leurs  souverains  ;  de  même  qu'avec  peu  de 
religion,  il  feignait  de  l'attachement  à  laconstitu* 
tion  Unigenitus  ,et  de  la  haine  pour  les  appelans» 

Louis  XV  avait  des  notions  d'astronomie,  de 
physique,  de  chimie  ,  de  botanique,  et  était 
très  versé  dans  la  géographie  :  dans  les  arts,  il 


I 

\ 


.      LIVRE   V.  loj 

avait  du  goût  pour  le  dessin ,  et  l'intelligeiice 
des  détails  de  rarchitecture  ;  en  sorte  que  ses 
connaissances  étaient  en  général  ,  plus  éten- 
dues ,  que  ne  le  sont  celles  des  souverains  dont 
on  néglige  trop  souvent  rinstrucUon  ,  parce 
qu'on  craint  de  les  fatiguer  ou  de  les  contrarier. 

L'administration  ,  dans  toutes  ses  parties  , 
lui  était  familière  9  et  il  raisonnait  fort  bien  sur 
toutes  les  affaires  qui  lui  étaient  présentées; 
différent  en  cela ,  de'Lpuis  xiv,  qui  n'aimait  pas 
àraisoriner,  ni  à  approfondir  les  délibérafions 
en  tête  à  tête  ,  et  renvoyait  tout  au  conseil. 
Doué  d'une  mémoire  et  d'une  présence  d'es- 
prit rares ,  ainsi  que  d'un  jugement  sûr,  il  dé- 
cidait à  merveille,  quand  ,  par  la  fidélité  de  ses 
conseillers,  il  trouvait  occasion  de  suivre  son 
heureux  instinct  ou  la  pente  de  ses  idées. 

Quoique  peu  porté  aux  dépenses  d'orgueil,  il 
en  fit  beaucoup  par  un  faux  amour^propre ,  et 
parce  qu'on  lui  fit  entrevoir  qu'il  serait  moins 
grand  que  son  aïeul  ,  s'il  n'était  aussi  pro- 
digue. 

Louis  XV  n'était  pas*  séduit  par  la  puissance. 
Subordonnant  son  pouvoir  à  ses  droits ,  il  disait 
fréquemment  (i)  :  «  J'aurais  cru  cela;  mais  on 

(i)  Mémoires  manuscrits  du  maréchal  de  Croy.  Biblioth. 
de  l'institut. 
€e  «eigfneur  atait  ioiiyent  approcM  Lovis  xr  ;  et  le  ton 


iio  VIP  PÉRIODE, 

»  me  dit  le  contraipe....  Je  me  suis  trompé.,.. 
»  Cela  ne  dépend  pas  de  moi...  Je  nen  ai  pas  le 
»  droit...  y>  Il  avait  l'habitude  de  parler  de  pré- 
férence, de  choses  lugubres;  ce  qui  tenait  à  un 
fonds  de  mélancolie ,  dont  il  chercha  à  sortir  par 
le  commerce  des  femmes ,  qui  le  subjuguèrent 
et  contribuèrent  au  dérangement  des  finances. 
Le  dernier  choix  qu'il  fit  en  ce  genre  ,  jeta 
des  ombres  sur  un  tableau  qui  eût  pu  être 
beau. 

Ce  monarque  montra  dans  la  campagne  sur 
le  Rhin  et  dans  celle  de  Flandre,  beaucoup  de 
sang  froid  et  de  bravoure;  et  la  justesse  de  son 
coup-d'œil  eût  pu  en  faire  un  général  habile ,  s'il 
eût  eu  plus  d'opinion  de  lui-même  ;  mais  outre 
qu'il  n'avait  pojint  cette  action  que  donne  la  va- 
nité, il  n'aimait  pas  la  guerre.  Témoin  dans  sa 
jeunesse,  des  maux  produits  par,  la  passion  de 
son  aïeul  pour  les  conquêtes ,  il  s'était  voué  à  la 
paix,  non  moins  par  système  que  par  carac- 
tère ;  et  il  fut  pourtant  entraîné  dans  plusieurs 
guerres. 

La  politique  personnelle  de  Louis  xv  a  percé 
dans  sa  correspondance  secrète,  dont  le  but  pri- 
mitif avait  été  l'élévation  du  prince  de  Conti  au 
trône  de  Pologne  ;  et  le  but  secondaire  avait 


de  candeur  et  de  droiture  qui  xègat  dans  ses  écrits,  doit 
leur  mériter  confiance. 


LIVRE  V.  III 

été  de  former  dans  la  Pologne  un  point  d^appui 
contre  la  Russie  ;  vue  qui  était  conforme  aux 
vrais  intérêts  de  la  France  et  à  l'ancien  système 
du  cabinet. 

Ce  monarque  se  servait  encore  de  cette  corres- 
pondance pour  son  instruction  particulière,  et 
afin  de  mieux  juger  de  Texactitude  des  rapports 
du  ministre  des  affaires  étrangères.  Quand  il 
pai;^issait  mieux  instruit  que  son  conseil  t  on 
supposait  qu'il  tenait  ses  notions  des  étrangers, 
et  surtout  des  Polonais,  qu'il  admettait  volon- 
tiers à  lentretenir.  La  longue  durée  du  secret 
atteste  que  les  ministres  admis  dans  la  confia 
dence-,  quoiqu'avec  des  instructions  quelque- 
fois opposées  à  celles  du  ministre  des  affaires 
étrangères ,  savaient  concilier  des  divergences 
qui  eussent  pu  faire  tout  découvrir,  et  elle 
atteste  aussi  dans  le  monarque  ,  quelque  esprit 
de  combinaison*  Au  reste,  il  ne  résulta  de  la 
diplomatie  secrète,  aucune  opération  majeure. 
On  pourrait  même  avancer  que  les  événemens 
forcèrent  d'abandonner  le  système  du  Nord  qui 
en  était  la  base,  au  moment  où  il  aurait  pu  être 
consolidé,  en  élevant  sur  la  Pologne,  un  prince 
qui,  en  y  portant  l'hérédité,  eût  donné  à  la 
nation  l'énergie  dont  elle  est  susceptible.  On 
n'abandonna  pourtant  point  le  principe,  mais 
on  renonça  à  son  application  ;  du  reste,  la  cor- 
respondance de  Louis  xv  annonce  un  prince 


'lia  \lh  PERIODE. 

doux,  moral,  ami  de  la  paix,  et  respectant  les 
droits  des  peuples. 

Dans  la  guerre  de  1740,  Louis  xv  se  laissa  en- 
traîner au  projet  de  dépouiller  Marie-Thérèse  de 
son  patrimoine;  mais  il  répara  cette  injustice, 
par  la  modération  qu'il  mit  dans  les  conditions 
de  la  paix  d'Aix-la-Chapelle.  Le  système  du  ca- 
binet varia  beaucoup  sous  son  règne.  Depuis  la 
régence  jusqu'au  ministère  du  duc  d'AiguilIan  , 
presque  toutes  les  combinaisons  politiques  fu* 
rent  tour  à  tour  admises  ou  rejetées.  Allié  avec 
l'Angleterre  depuis  1717,  Louis  xv  se  brouilla 
avec  elle  en  1743;  et  la  cour  de  Londres  rede- 
vint dès-lors  une  ènn'emie  constante.  La  France 
coalisée  à  cette  même  époque,  avec  la  Prusse 
et  le  corps  germanique ,  contre  l'impératrice 
Marie-Thérèse,  fit,  en  1766,  alliî^nce  avec  l'Au- 
triche ,  contre  Frédéric  11  ;  et  cette  alliance , 
cimentée  par  le  pacte  de  famille  avec  l'Espagne, 
fut,  depuis  la  paix  de  1763 ,  le  système  fixe  du 
cabinet  français. 

SurlafindurègnedeLouîsxv,arriya  le  partage 
si  fameux  de  la  Pologne  ;  événement  désastreux 
dans  ses  conséquences  politiques  et  morales,  et 
qui  a  fait  oublier  d'autres  cvénemens  honorables 
au  règne  de  ce  prince;  tels  que  les  bienfaits  du 
ministère  du  cardinal  de  Fleuri,  et  l'acquisition 
de  la  Lorraine  et  de  la  Corse,  ainsi  que  le  grand 
développement  du  commerce  maritime. 


LIVRE  V,  ii3 

Du  reste ,  le  système  de  cabinet  de  Louis  xv 
fat  purement  conservatoire,  et  nullement  porte 
vers  les  extensions.  Il  paraissait  se  borner  à  la 
considération  que  donne  une  sage  influence 
dans  les  affaires  de  TEurope.  Quant  à  la  vie  pri* 
vëe  de  ce  monarque,  elle  n'est  point  du  ressort 
de  la  diplomatie;  et  on  l'abandonne  à  ceux 
qui  ne  font  consister  l'histoire ,  que  dans  des 
anecdotes  et  des  petits  détails  d'intrigues  de 
cour,  ou  qui  se  plaisant  à  fermer  les  yenx  siir 
beaucoup  d'actes  de  douceur,  de  bienveillance, 
et  d  amour  de  l'état ,  pour  reposer  leur  vue 
sur  quelques  écarts  de  la  vie  privée  des  princes; 
ressource  des  esprits  médiocres  ,  qui  ,  par  le 
talent  facile  de  la  satire,  et  la  dégradation  de 
leur  sujet,cherchent  à  intéresser  le  lecteur  igno- 
rant j  ou  malicieux. 


•  *    » 


vu. 


8 


ii4  VII'  PERIODE. 


LIVRE  VI. 

Avéliemetit  de  Louis  xvi  au  tr6ife.  — -  Entrée  de  tt.  Matt«- 
repas  au  ministère.  *^  Retraite  dû  dacd^AigiiiMoti  ;  sa 
politique.  *-  Nomination  du  comte  de  Yerg^ennés  au  mi— 
iHStère  des  affaires  étrangères.  *—  Rappel  du  prince  d« 
.  Rohan,  de  Tambassade  de  Vienne  ;  le  baron  de  Breteuil 
lui  succède.  — -  Participation  de  la  France  à  IVlection  de 
Pie  VI.  —  Rappel  du  comte  de  Guines,  de  l'ambassade 
d'Angleterre.— Alliance  générale  avec  les  Cantons  Suisses. 
-^  Voyage  de  Joseph  ii  en  France.  —  Métaioire  de  Af.  dm 
H^ergennes  à  ce  suj/et.  ^—  Ambassade  dé  Tempeteiir  de 
Hatoc  au  roi.  -^  Contestation  entre  TAngtolei^re  e^  ses 
colo^ief  d'Amérique  ;  de  la  part  de  la  Francse  à  Tindépen* 
dance  américaine.  -—  Traité  d'amitié  et  ie  commerce  entre 
la  France  et  les  Etats-Unis.  —  Traité  d'alliance  éventuelle 
entre  les  mêmes.  —  Considérations  sur  les  deux  traité» 
précédens.  —  Notification  faite  à  la  cour  àe  Londres  ,  dti 
traité  d'amitié  et  de  commerce  avec  les  Etats-Unis.  — 
Exposé  des  motifs  de  la  conduite  de  la  France  envera 
l'Angleterre.  —  Mémoire  de  la  cour  de  Londres,  en  ré- 
ponse à  celui  de  la  France.  —  Observations  de  la  cour  de 
Versailles  sur  le  mémoire  anglais.  —  Convention  entre  la 
France  et  l'Espagne.  »-  Ordonnance  concemant*la  navi- 
gation des  neutres. 

X774»  Louis  xvi  parvint  au  trône  à  vingt  ans.  II  avait 
de  Louii  xTiété  marié  le  17  d'avril  1770,  avec  Marie-Antoi- 
autrâue.      ^g^^^  d'Autrichc,  fille  de  l'empereur  François  i 


LIVRE  VL  ii5 

W  de  rînapératrîce  Marîe-Thërèsë^  La  cour  de 
Versailles  avait  eu  en  yue,  par  ce  mariage,  de 
consolider  Talliance  des  deux  états. 

Louis  XTi  chercha,  de  bonne  foi,  un  ministre  satr^  ^ 
qui  pûf  éclairer  sa  jeunesse.  M.  de  Machault,  J^*^*^ 
précédemment  garde  des  sceaux,  fut  sur  le"^ 
point  d'être  choisi.  Mais  oh  redoutait  à  la  cour 
Sa  probité  austère;  et  le  roi,  diaprés  les  conseils 
de  madame  Adélaïde,  sa  tante,  se  décida  pour 
te  comte  Phely peaux  de  Maurepas,  à  qui  Ton 
adressa,  en  changeant  seuleitient  TenTeloppe, 
la  lettre  qu'un  courrier  allait  porter  à  M.  de 
Machault. 

Ce  ministre,  alors  âgé  de  soixante  et  treize 
ans,  coTidui^aît  eu  tjù5^  le  nfiinistère  de  la  ma- 
rine, qu'il  garda  jusqu^en  1749;  époque  à  la- 
quelle il  fut  exilé  sur  le  soupçon  d'avoir  fait  des 
Ters  satiriques  contre  la  marquise  de  Pompa- 
dour.  Le  couite  de  Maurepas  disait  à  l'occasion 
de  sa  di^acé  t  «  Le  premier  jour  y  foi  été  pi^ 
»  que;  le  second^fai  été  consôté.  »  Ce  mot  était 
moins  celui  d'un  philosophe"  détrompé  de  la 
cour,  que  d'un  plaisant  bravant  la  fortune  au 
sein  d'Anne  retraite  opulente;  car  rien  n'était 
moins  philosophe  que  M.  de  Maurepas.  L'in- 
différence ^et  la  frivolité  étaient  la  base  de  son 
caractèfe.  Son  principal  mérite  fut  d'avoir  l'es- 
prit facile,  conciliant,  et  un  grand  usage  de 
la  cour  et  de*  sies  menées  ;  ce  que  les  gens  sù« 


\ 


ne  Vll«  PÉRIODE. 

«    .        * 

perficîels  prenaient  pour  ki  science  du  gpuvec-*. 
neneient. 
1774.  Le  duc  d'Aiguillon  ,  convaincu  qu'il  n!e'taît 


Retraite  da 


duc  d'Aiguîi.  point  agréable  a  la  nouvelle  cour,  quitta  volon- 

Un  f  M  poli-  ,  .    ,.      ,  .  . 

tiqut.  taireraent  le  ministère,  sans  avoir  presque  tra- 

vaillé avec  Louis  xvi ,  qui  avait  ipaaifesté  des 
préventions  contre  lui.  L'intimité,  des  faisons 
de  ce  seigneur  ayec  madanifs  du  Barri,  son  pro- 
cès antécédent  avec  le  parlement  de  Bretagne  » 
ainsi  que  ses  rapports  avec  le  chancelier  M^u- 
peou,  avaient  nui  beaucoup  à  sa  réputation^ 
et  préparé  des  impressions  fâcheuses.  Le  duc 
d'Aiguillon  sentant  cette  défaveur,  et  combiea 
la  réputation, de  son  prédécesseur  lui  était  dan- 
gereuse, avait  tâché  de -réparer  par  une  appli- 
cation excessive,  ce  qui  pouvait  lui  manquer 
en  connaissances  positives*  Son  caractère  était 
plus  calme ,  plus  niesuré,  plus  réfléchi  peut-être 
que  celui  de  M.  de  Chpiseul,  mais  il  £^vait  moins, 
d'entraînement  ^  et  n'était  point  capable  d'em-. 
brasser  un  aussi  vaste  horizon.  ^ 

M.  d'Aiguillon  ne  put  s'éloigner  ouvertement 
du  plan  politique  de;  son  prédécesseur;  plan 
qui  était  d'ailleurs  personnel  à  Louis  xv;:mais 
on  sent  que ,  par  yme  impulsion  de  haine  ou 
de  rivalité  contre  le  duc  de  Choiseul,  il  ne  dut 
pas  seconder  avec  ardeur  les  systèmes  fondés  par 
celui-ci  ;  et  il  partît,  en  effet,  que  M,  d'Aiguillon 
dirigea  ses  affections  et  ses  vues  du  côté  de  la 


LIVUE  VL  117 

€Our  de  Berlin.  Les  liaisons  suivies  qu'il  entre- 
tint même  avec  des  émissaires  prussiens ,  cho- 
quèrent tellement  l'Autriche,  que,  pendant  le 
cours  de  son  ministère,  elle  suspendit  ses  rap- 
ports confidentiels  avec  la  France.  L'Espagne  elle- 
même  fut  négligée;  et  Ion  doit  attribuer  à  la 
froideur  qu'on  témoigna  alors  aux  cours  de 
Vienne  et  de  Madrid ,  la  déconsidération  et  la 
baisse  d'influence  éprouvées  par  la  France  sur  la 
fin  du  règne  de  LBuis  xv. 

Comme  le  sort  des  ministres  est  de  partager 
le  blâme  ou  l'honneur  des  événemens  arrivés 
sous  leur  administration ,  on  a  reproché  à 
M.  d'Aiguillon  de  n'avoir  pas  empêché  la  pre- 
wère  division  de  la  Pologne,  quoiqu'il  ne  soit 
pas  de'montré  qu'elle  n'eût  pas  eu  lieu ,  quand 
bien  même  M.  de  Choiseul  fût  resté  en  place; 
mais  il  est  pourtant  vrai  que  le  concert  entré  les 
puissances  copartageantes,  n'éclata  qu'en  1771. 

A  cet  événement  fâcheux,  pour  la  politique 
générale  de  l'Europe  et  la  politique  particulière 
de  la  France,  les  partisans  de  M.  d'Aiguillon 
ont  opposé  lé  succès  dé  la  révolution  de  Suède j 
à  laquelle  il  ne  contribua  que  très  indirecte- 
ment :  elle  fut  bien  plutôt  l'ouvrage  du  jeune 
Gustave,  dont  l'arae  ardente?  pouvait  seule  con- 
cevoir et  exécuter  un  aussi  périlleux  dessein.  Il 
convienttoutefoisd'observ^r  queM.  d'Aiguillon,' 
indépendamment  des  circonstances  intérieures 


ii8  VIP  PÉRIODE. 

• 

qui  avaient  empêché  son  prédécesseur  de  faire 
des  choses  signalées ,  ne  put ,  par  la  brièveté  de 
son  ministère,  préparer  pour  lui-même,  quelque 
opération  digne  de  l'illustrer  (î). 
1774.  M.  Gravier  de  Vergennes  fut  nommé  au  mi- 

Ifomination  .  ^ 

de  M.  de  Ver.  nistère  dcs  affaires  étrangères  à  la  place  de 
SSèrl*"""  M.  d'Aiguillon.  Comme  il  se  trouvait  alors  en 
Suède ,  où  il  exerçait  les  fonctions  d'ambassa- 
deur extraordinaire,  M.  Bertin,  ministre  d'état , 
eut  le  portefeuille  par  intérim.  Il  a  été  déjà  feit 
mention  des  succès  de  M.  de  Vergennes,  au 
congrès  d'Hanovre,  dans  son  ambassade  de  Consi- 
tantinople  et  dans  celle  de  Suède.  Il  prit  posses- 
sion de  son  département,  au  mois  de  juillet  1 774. 
L'époque  où  un  ministre  entre  en  place  ou  ea 
sort,  est  impirtante  à  fixer,  afin  de  déterminer 
avec  précision  les  opérations  qui  lui  appartien- 
nent. 
1774-  Le  prince  Louis  de  Bohan ,  coadjuteur  de 

prince^Lonu  S t rasbourg, ctdepuis Cardinal,  avaitété noiçmé , 
Jde  do  viwi.  ?^  mois  de  juin  1771 ,  ambassadeur  de  France 
■*•  à. Vienne.  Il  s'occupa,  d'après  ses  instructions , 

à  pénétrer  lès  sacrets  du  cabinet  autrichien.  Il 
y  parvint  de  plusieurs  manières  que  je  rappor- 
terai ici,  moins  comme  modèle  à  iii^iter)  que 


(1)  M.  d'Aiguillon,  peu  après  sa  retraite',  'fut 'exilé  a 
Aiguillon,  par  l'effet  de*  la  baine  de  la  reine  j 'qui- ét^îc 
tOHteportée  pour  1«  duc  de  €hoiseul« 


LIVRE  VL  ng 

eonamie  hiU  hîs#riquefl.  D'abord  il  eut,  %ii^i 
qu'il  rapprend  lai-méine  (i  ),  un  sujet  de  la  ebati- 
œllerîe  d'état  qui  lui  donna  communication  des 
^ièoee  secrètes  relatives  aux  liaisons  pftrticu- 
Uèfeg  et  très  iatimes  de  l'empereur  avec  le  rei 
de  Prusse,  et  aux  motifs  qui  avaient  amené  les 
entreyaes  de  STeiss  et  de  Neustadt;  mais  soit 
crainte  excessive  qui  montra  à  cet  employé 
infidèle  tout  le  danger  de  sa  position  ;  soit 
remords  ;  9oit  tout  autre  motif,  il  se  noya  dans 
le  Danube  4  après  avoir  laisse  sur  son  bureau , 
«n  papier  où  il  avait  écrit  de  sa  main  :  «  TétaU 
s  indigne  de  vi^re*  » 

I^e  prince  Louis  de  Rohan  obtint  ensuite  d'un 
particulier,  toutes  les  anecdotes  de  la  vie  privée 
de  leurs  majestés  impériales  et  celles  de  l'inté-- 
rieur  de  leur  cour;  mais  l'individu  fut  arrêté^ 
et  chassé  de  Vienne. 

C^  seigneur  eut  de  nouveau  dans  la  chan«- 
eellerie,  tin  homme  à  ses  gages,  qui  lui  faisait 
parvenir  tous  les  resccits,  et  les  ordres  envoyés 
en  Croatie,  et  à  l'armée  impériale  qui  bordai): 
les  frontières  de  l'ËscIavonie,  du  Bannatde  Te- 
meswar  et  de  laTranttdvanie.  Ces  lettres,  et  les 
rescrits,  ainsi  que  quelques  lettres  interceptées 
de  la  correspondai»ce  de  ^empereur  avec  le  mar 


(1)  Politic^^ue  4^  tous  Ie«  oabi«ets  de  rjSurope ,  1. 1, 


/ 


J20  VU'  PERIODE. 

réchal  de  Lascy /faisaient  prlsumer  de  la  part 
de  la  cour  de  Vienne  ,  une  crise  jprochaine. 

Le  prince  Louis  vit  bientôt  que  le  ministère 
autrichien  avait  connaissance  non-seulement 
de  sa  correspondance  ordinaire ,  mais  même 
des  de'tails  importans  et  secrets  que  portaient 
ses  courriers;  il  en  acquit  la  certitude  par.  Tin* 
terception  de  quelques  lettres  de  la  correspon- 
dance particulière  entre  le*  prince  de  Kaunitz 
et  le  comte  de  Mercy,  alors  ambassadeur  d'Au- 
triche en  France.  Le  prince  Louis  apprit  par-là 
que  t;elûi-ci  avait  à  sa  dévotion,   un  vieux 
argus  qui  lui  donnait  avis  fidèle  de  l'arrivée 
des  courriers,  de  la  sensation' que  les  dépêches 
appointées  par  eux,  avaient  faite  dans  les  bu- 
reaux et  dans  l'ititérieur  du   ministre  ;  et  de 
plus,  un  atni  zélé  qui ,  par  son  rang,  sa  nais^ 
sance  et  ses  liaisons  à  la  cour,  était  à  portée  de 
donner  des  renseignemens  vrais  et  intéressans 
sur  les  opérations  de  notre  ministère.  Louis  xv 
fut  frappé  de  cette  dernière  découverte ,  et  les 
ministres  eurent  ordre  de  lui  donner  séparé- 
ment leur  avis  par  écrit;  au  sujet  de  la  p^ersonne 
sur  laquelle  ils  portaient^urs  soupçons^ 

Le  prince  Louis  ayant  envoyé,  en  même  temps, 
quelques  lettres  interceptées  de  la  correspoa- 
tj^nce  du  prince  de  Kaunilz  avec  le  prince  de 
Lobkowitzr,  à  Pétersbourg;  M,  de  Mercy  qui 
fut  informé  de  ce  que  l'ambassadeur  mandait 


LIVRE  VI.  lar 

au  roi ,  donna  avis  au  prince  de  Kaunitz ,  que  le 
prince  Louis  avait  sûrement  pénétré  dans  le  ca- 
binet, puisqu'il  envoyait  à  sa  cour  des  pièces 
qui  en  étaient  extraites  ;  ce'  qui  engagea  le  prince 
de  Kaunitz  à  faire  changer  les  clefs  de  son  secré- 
taire, et  cette  nouvelle  source  de  découvertes 
fut  encore  tarie. 
.  Le  prince  Louis  prétend  que  la  cour  de  Vienne 
était  parvenue  non-seulement  à  faire  déchiffres 
toutes  les  lettres  de  sa  correspondance  avec  sa 
cour ,  et  avec  Constantinople  ,  Pétersbourg  , 
Stockholm,  etc.;  mais  à  avoir  le  déchiffrement 
de  toutes  les  relations  existantes  entre  le  duc 
d'Aiguillon  et  les  ministres  du  roi ,  dans  toutes 
les  bours  du  Nord,  ^t  au  Levant  Pour  en  donner 
la  preuve ,  cet  ambassadeur  envoyait  copie  des 
lettres  du  ministre  des  affaires  étrangères  aux 
ministres  du  roi  à  Berlin ,  à  Munich,  à  Dresde^ 
à  Stockholm ,  à  Pétersbourg ,  à  Constantinople, 
ainsi  que  la  copie  des  réponses  qui  y  étaient 
fûtes. 

Le  prince  Louis  avertit  que  les  entrepôts  de 
cette  interception  étaient  k  Liège ,  à  Bruxelles, 
à  Francfort  et  à  Ratisbonne  ;  que  la  forme  et  la 
construction  des  chiffres  de  isoo,  usités  dans  la 
correspondance  ministérielle,  ne  tenaient  que 
peu  de  temps,  contre  T habileté  des  déchiffreurs 
autrichiens  ;  et  il  insista  avec  raison  sur  la  né- 
cessité du  changement  de  cbiffres. 


132  VIP    PÉRIODE. 

IieprÎQoe  Louis  de  Rohan  se  trouTait  à  Vienne 
au  moment  du  premier  partage  de  la  Pologne  ; 
et  sa^rësenee ,  dans  une  aussi  difficile  conjonc- 
ture^ fut  d'une  faible  utilité,  il  parait  même 
qu'il  ignora  complètement  le  projet  de  par» 
tage.  Dans  le  cours  de  son  ambassade ,  il  prouTâ. 
que  l'esprit,  les  grâces  et  l'intrigoe,  ne  suf- 
fisent  pas  pour  faire  un  diplomate.  Le  manque 
d'aplomb,  la  légèreté  et  l'inobservation  des  con- 
venances ,  nuisirent  à  ses  succès  dans  une  coar 
grave  et  moraliste.  Ce  ministre  fut  rappelé  eu 
juin  1774. 
1774.  Le  baron  de  Breteuil  ayant  été  nommé  pour 

ba/o°'^dL BÎÎe. ï^  remplacer,  eut ,  le  19  de  février  1775 ,  ses 
••uUa Vienne.  pj,çjjjj^j.gg  audicnces  de  l'eippereur  et  de  l'im- 

pératrice-r^ine.  Les  discours  qu'il  adressa  à  Tua 
et  à  l'autre  ,  sont  d'un  genre  très  noble. 

«  Sire ,  dit-il  à  l'empereur ,  Thonneur  que  j'ai 
»  de  remettre  à  votre  majesté  les  lettres  du  roi , 
»  m'impose ,  pour  premier  devoir,  de  vous  par-^ 
j»  1er  de  tous  ses  sentimens  pour  votre  majesté. 
»  Rien  n'intéresse  plus  le  cœur_du  roi ,  que  de 
»  vous  convaincre,  Sire,  de  sa  constante  amitié^ 
7»  et  du  prix  qu'il  attache  à  tous  les  liens  sacrés 
9  qui  l'unissent  à  votre  majesté.  Le  roi  désire 
y>  et  se  flatte  qu'ils  sont  tous  également  îndis^r 
»  solubles.  Je  serai  trop  heureux ,  Sire ,  si  mes 
»  soins  respectueux  et  mon  zèle  attentif  pour 
»  tout  ce  qui  pourra  maintenir  et  fortifier  ia 


LIVRE  VI.  •  ia5 

s  eoDfiance  et  l'iàtimité  des  deux  maisons ,  vous 
9  sont  une  nouvelle  preuve  de  la  résolution  où 
»  est  le  roi  de  n'en  laisser  échapper  aucune  oc- 
«casion.  Quanta  moi,  Sire,  le  comble  de  ma 
»  satisfaction,  est  d'avoir  l'honneur  d'être  chargé 
»  de  suivre  des  intérêts  aussi  précieux ,  et  éta- 
»  iiis  sur  des  bases  aussi  solides.  J'ai  travaillé 
»  dans  cet  espoir  depuis  longues  années.  Je 
>  n'aurai  plus  rien  à  désirej,  si  j'en  recueille  le 
»  flatteur  avantage  de  mériter  l'estime  et  les 
»  bontés  de  sa  majesté.  J'en  serai  sûr,  si  elle  les 
»•  accorde  au  désir  de  lui  plaire,  ainsi  qu'an 
V  profond  respect  et  i  Tadmiration  la  plus  vraie 
»  pour  toutes  les  grandes  qualités  que  votre  ma- 
9  jesté  montre  à  TEurope.  » 

L'ambassadeur  adressa  à  l'impératrice-reine 
le  discours  suivant  : 

*  «c  Madame ,  le  roi ,  en-  me  faisant  Thonneur 
»  de  me  charger  des  plus  grands  intérêts  auprès 
]>  de  votre  majesté ,  m'a  particulièrement  re- 
)»  commandé  de  vous  renouveler  lA  protesta- 
9  tions  les  plus  sincères  sur  son  attachement 
9  à  votre  alliance  ,  et  de  'ne  négliger  aucun 
»  moyen  de  vous  ooqvaincre  de  sa  fidèle  amitié. 
0  Sa  mSijesté  jouit,  Madame ,  de  la  manière  Im 
»  plus  sensible  pour  son  cœur  et  pour  son  es- 
»  prit,  du  rare  avantage  de  trouver  dans  Tunion 
9  des  principes  les  plus  solides  de  sa  monarchie 
ji  et  des  plus  tendres  sentimens  4^  son  ame ,  U 


1^4  VIP  PÉRIODE. 

»  source  du  repos  qu'elle  veut  procurer. à  se» 
jù  peuples,  et  celle  de  son  bonheur  persoanel. 
»  Je  serai,  Madame,  le  plus  heureux  de  tous  les 
»  hommes,  si,  pendant  le  cours  de  mon  minis- 
»  tère,  je  puis  contribuer  par  mes  soins, ^et  par 
»  la  bonne  foi  de  mes  démarches ,  à  resserrer' 
a>  de  plus  en  plus,  les  liens  de  l'intérêt  commun 
»  et  si  vrai  des  deux  monarchies.  Je  trouverai, 
»  Madame ,  dans  ce  devoir  journalier ,  l'emploi 
s  de  tous  mes  principes  ,  de  tous  les  vœux  de 
D  mon  ambition,  et  l'expression  de  mon  admi- 
9  ration  respectueuse  pour  deux  augustes  prin- 
»  cesses  (i)  que  j'ai  eu  l'avantage  d'admirer  de- 
»  près,  que  votre  majesté  a  douées  de  toutes  ses 
»  vertus,  qui  répandent  comme  elle,  le  bonheur 
>  sur  des  peuples  entiers ,  et  qui  ont  daigné 
»  m'honorer  d'une  protection  particulière.  »   ^ 

Le  baron  de  Breteuil  rendait  compte ,  ainsi* 
qu'il  suit ,  au  ministre  des  affaires  étrangères , 
de  ses  premières  audiences  (2). 

a  Ces  autiences^  disait-il^  ont  été  fort  longues. 
»  Des  questious  d'intérêt  et  d'amitié  sur  le  roi  et 
^)  sur  la  reine  ^  en  ont  fai};  la  principale  .durée , 
»  surtout  de  la  part  de  l'impératrice.  La  conver^ 
»  sation  de  l'empereur  a  été  plus  variée  dans  ses 


(1)  Les  reines  de  France  et  de  Naples. 

(2)  Lettre  du  baron  de  Breteuil  au  comte  de  Vergenne», 
^^o  aS  de  féTrier  1 775., 


LIVRE  VI.  I2i5 

»  objets.  Je  n'ai  à  vous  en  extraire  qu'un  seul 
»  mot.  Nous  causions  de  Farantage  de  Tactivile', 
i>et  en  général,  du  besoin  des  désirs  qui  la 
»  nourrissent.  L'empereur  me  dit  quHl  lui  pa^ 
7>  raissait  impossible  de  n  avoir  pas  toigours  de 
»  ces  derniers,  une  provision  suffisante ,  pour  sou^ 
»  tenir  t activité  ,  parce  quil  croyait  que  tout 
s>  homme  devait  toujours  vouloir  et  penser  a  aug- 
»  H£i<T£BS05  AVOiAtJe  ne  me  suis  pas  applique', 
»  Monsieur ,  à  router  cette  proposition  ;  j*au-- 
»  rais  craint  qu'elle  qe  m'eût  mené  plus  loin 
»  que  je  ne  voulais  ;  je  me  suis  contenté  de  ju« 
»  ger  la  source. 

»  Quant  à  l'impératrice  ;  après  m'avoir  tenu 
9  plusieurs  discours  entortillés  qui  avaient  tous 
»  pour  objet ,  ses  engagemens  et  arrangemens 
»  sur  la  Pologne  ;  mes  réponses  ou  mon  silence 
9  ne  lui  donnant  pas  tout  le.  jeu  qu'elle  me  pa- 
»  raissait  désirer,  elle  me  dit  avec  l'exclamation 
»  de  la  douleur  :  «  Je  sais,  M.  l'ant^assadeur ,  • 
»  que  j'ai  mis  une  grande  tache  à  mon  règne 
»  psir.tout  ce.  qui  vient  de  se  faire  en  Pologne , 
D  mais  je  vous  assure  qu'on  me  le  pardonnerait, 
»  si  on  savait  à*  quel  point  j'y  ai  répugné;  et 
»  combien  de  circonstances  se  sont  réunies  pour 
»  forcer  mes  principes  ,  ainsi  que  mes  résolu-, 
»  tiops,  contre  toutes  les  vues  immodérées  de 
)»  l'injuste  ambition  russe  et  prussienne.  Après 
j)  bien  des  réflexions ,  m'a  ajouté  Timpératriee^ 


ii6  VIP   PERIODE. 

y>  ne  trouvant  auenn  moyen  de  m'op[M>8er  sçule 
n  au  plan  de  ces  deux  puissances ,  j'avais  cru 
»  qu'en  formant  pour  ma  part  des  demandes  et 
»  des  prétentions  exorbitantes ,  on  me  refuse- 
»  rait,  et  que  la  nëgo(^iation  se  romprait;  mais 
»  ma  surprise  et  ma  douleur  furent  emtréoies , 
A  eii  recevant  en  réponse  de  ces  demandes,  l'en-^ 
j»  tier  consentement  du  roi  de  Prusse  et  de  la 
»  czarine.  Jamais  je  n'ai  été  sr  affligée;  et  je  ddift 
j»  à  M.  de  liaunitz,  la  même  justice  sur  sa  peine 
9  extrême  dans  ces  momens  :  il  a  loujours  été 
9  opposé  de  toutes  ses  forces  à  oe  cruel  arran^ 
>»  gement.  Je  dois  même  vous  avouer  que  la  con. 

V  duite  de  M.  de  Kaunitz ,  dans  toute  eette  af- 
»  faire ,  et  depuis  qu'elle  est  terminée ,  m'a  reiidu 
»  ce  ministre  bien  plus  cher  et  bieti  plus  eeti-« 
it  maUe  ;  car ,  après  y  avoir  résiàté  autant  qu'il 
»  a  dépendu  de  lui ,  et  sentant  t<Kit  ce  que  cela 
XL  jette  de  fâcheux  sur  son  ministère  ,  il  n'a  rien 
»  laissé  voir  de  sa  peine ,  et  s'est  laissé  charger 
xr  par  l'opinion  publique  de  tout  ce  qu'il  avait 
»  le  plus  désapprouvé  et  combattu.  Enûtt ,  tfu- 
».  jourd'faui ,  il  emploie  touteiB  les  ressources  de 
i>  son  génie  pour  terminer  cette  malheureuse 
»' entreprise  ,  dune  manière  qui   y  mette  au 

V  moins  des  bornes.  )^ 

a  J'ai  écouté,  dit  le  baron  de  Breteuil  ;,  tout  ce 
»  détail  des  peines  sensibles  de  l'impératrice  et 
».de  celles  de  son  ministre^  dans^le  silence*  le 


LIVftE  VL  127 

»  plus  parfait ,  et  ne  l'ai  rompu  que  par  quel* 
»  ques  mots  parasites  que  lar  politesse  ou  le  res* 
ji>  pect  ont  exiges. 

»  L'ifaipëratrice  m'a  encore  ajouté  qu'elle  n'a* 
^'^sàt  pas  m«rae  la  consolation  de  prévoir  quand 
I».  rarrangemént  sur  la  Pologne  serait  final  ;  que 

V  le  roi  de  Prusse  éludait  d'y  mettre  la  dernière 
nè  tBAin  9  et  paraissait  vouloir  tirer  en  longueur ', 
D  afin  sans  doute  de  donner  par  de  nouvelles 
»  dûcussions^  un  accroissement  à  son  lot  ^  etc.  » 

Le  baron  de  Breteuil  terminait  sa  dépêche  par 
ie  rapport  de  son  premier  entretien  avec  le 
prtuce  de  Raunitz.  a  Ce  ministre^  dit-il ,  après 
9  les  politesses  d'usage  en  pareil  ea9 ,  et  m'avoir 
9  dit  tout  ce  que  soti  sentiment  lui  inspire  d^ 
9  vrai  sur  notre  alliaiMe ,  m'a  paru  presse  de  me 
»  parler;  et  malgré  la  longue  habitude  de  son 
»  JMitktë  j  m'a  laissé  voir  le  désir  et  l'embarras 
9  de  n)d  parler  silr  les  affaires  de  la  Pologne.  Il 
»  s'eilt  étendu  sur  les  peines  inséparables  d'um 
»-  long  ministère ,  sur  l'impossibililé  dé  prévoir 

V  et  d'obvier  à  dt  certaines  circonstances ,  quel^ 
»  que  fàebeuses  qu'elles  soient ,  et  sur  les  évéqe^ 
»  mens  que  la  sagesse  et  toute  la  foi^ce  humaine 
K.ae  aaiiraienl  empêcher  d'entraîner  plus  loin 
^  qé'dam  ne  veut  :  enfit^^  sans  jamaisn^é  nomiAev 
»  là  Pologne  9  ni  k  part  que  sa  eour  a  dans  ce 
^  dénueipbrement  f  le  minis^e  aati^ohien  m'a 
»  ooaduit  et  pr^neiké^  par  cinquante  phrases  et . 


ia8  VIP  PÉRIODE. 

».  petits  chemins  détournés,  dans  toutes  les  ave- 
}».nues  de  sa  douleur  sur  le  concert  des  trois 
»  puissances  pour  le  partage  de  la  Pologne.  Je 
»  me  suis  laissé  faire  et  dire  tout  cequ'il  a  you- 
»  lu,  sans  de  mon  côté,  proférer  un  seul  mot 
x>  qui  eût  l'air  de  T^ntèndre.  Je  garderai  ce  maia- 
»  tien  y  et  certainement  rien  ne  me  sortira  de 
3»  la  résolution  de  voir  venir  sur  tous  lespoiats. 
»  J'ai  rhonneur ,  etc.  » 

L'impératrice  Marie-Thérèse^  était  une  prin- 
cesse juste ,  sage ,  sensible ,  et  beaucoup  plus  en- 
irs^tnée  par  l'ambition  de  ses  voisins  quç  par  la 
sienne  propre.  Le  partage  de  la  Pologne  l'af- 
fectait réellement,  et  elle  s'expliqua :sou vent  de 
}fL  même  manière  qu'elle  Kavait  fait  vis-à-vis 
du  :  baron  de  Breteuil.  Quand  la  vertu  piarle, 
elle  mérite  d^étre  crue. 

.  :  Quoique  souveraine  réelle  deft  états 'hérédi- 
taires, puisqu'ils  lui  venaient  de  son  cbef ,  celte 
princesse,  était  souvent  contrkriée  par  sou  fils  Jo- 
seph II,  et  n'était  pas  toujours  maltresse  de  ses  ré- 
solutions. Le  comte  de  Barck,  ministre  dé  Suède 
auprès  d'elle,  lui  faisant^compKnient  sur  Theu- 
reux  accouchement  de  l'archiduchesse  de  Mi- 
lan, l'impératrice  lui  répondit  avec  émotion  : 
«  J^ai  sept  petits  enfans  et  sept  petites' -  filles  ; 
1$  Marie^Thérèsè  est  heureuse ^inais  J impératrice 
1^  ne  Vestpas.  J'ai  des  chagrina' cuisans ,  M.  de 
»  Barck  |  et» vous  né  pouvez  les  ignorer.  Us  sont 


LIVRE  VL  lag 

»  d  une  nature  bien.sensible ,  et  portent  sur  une 
»  matière  bien  délicate.  »  Elle  faisait  allusion 
à  ses  brouilleries  assez  fréquentes  avec  l'empe- 
reur, qui ,  quoiqu'en  Ja  respectant  comme  sa 
mère ,  repoussait  souvent  ses  opinions. 

Le  comte  de  Guines  fut  rappelé  de  Tambas-      ,77s. 
sade  d'Angleterre  ,  en  février  1776,  pour  plu- ^^  *,7J^}.^! 
sieurs  causes,  et  principalement  pour  avoir  dit  ?••  1*  ^'""^ 
sans  autorisation  au  ministère  anglais,  et  ensuite  si«*'«- 
au  prince  de  Masserano,  ambassadeur  d'Espagne 
à  Londres,  que  dans  la  contestation  alors  exis- 
tante entre  l'Espagne  et  le  Portugal ,  la  France 
n  assisterait  pas  F  Espagne ,  si  r Angleterre  n^as-^ 
sistaitpas  le  Portugal 

Le  prince  de  Masserano  manda  ce  propos  à 
l'ambassadeur  d'Espagne  à  Paris ,  le  comte  d'A- 
randa;  et  celui-ci  en  porta  plainte  directement 
au  roi,  comme  d'un  discours  tendant  à  alté- 
rer l'union  des  couronnes  de  France  et  d'Es- 
pagne.   .       . 

M.  de  Guines  ayant  été  rappelé  d'après  ce 
motif,  sollicita  le  roi ,  à  son  arrivée^  de  lui  per- 
metb'e  de  constater  en  sa  présence ,  et  vis-à- 
vis  de  MM.  de  Yergennes  et  de  Maurepas ,  que 
sa  conduite  avait  été  exempte  de  reproches.  Mais 
le  premier  de  ces  ministres  s'en  défendit,  obser- 
vant au  roi  que  soumettre  à  la  discussion  de  M.  de 
Guines,  les  motifs  de  la  détermination  de  sa  ma« 
jesté ,  c'était  non-seulement  compromettre  le 

V"-  .    *  9 


i3o  VIP  PÉRIODE, 

caractère  ministériel,  mais  attenter  à  Taûtorilé 
suprême  du  roi  ;  qu'une  ambassade  n'était  pas 
une  propriété ,  mais  un  poste  de  confiance  d'où 
le  roi  rappelait  à  son  gré,  sans  être  obligé  de 
rendre  aucun  compte  de.  ses  décisions* 

Le  roi,  en  adoptant  ces  principes,  ,et  en  re- 
fusant à  M.  de  Guines  sa  demande ,  voulut  bien 
le  dédommager  de  la  perte  de  son  emploi  par 
•     tes  honneurs  du  Louvre  et  le  titre  de  duc. 
,777.  Les  traités  qui  liaient  les  Cantons  suisses  a  la 

1  J~%élt  Fj^aace,  n'étaient  pas  de  même  nature.  Le  roi  était 
raie  avec  le  ^^^  j^  Quelques-uns  d'cntr'cux ,  et  surtout  des 

Corps    uclvé-  ^  * 

tique.  ,  caotons  catholiquejs  ;  mais  il  n'avait  avec  la  plu- 
part des  cantons  protest  ans  que  des  liaisons  d'ami- 
tié. Plusieurs  des  traités  d'alliance  avec  les  ca- 
tholiques ,  étant  devenus  caducs ,  la  cour  de 
Versailles  songea  à  les  renouveler  et  à  les  éten- 
dre à  tous  les  Cantons*  Deux  années  «'écoulèrent 
en  négociations  difficiles  çt  confidentielles  »  dont 
le  siège  véritable  était  à  Versailles,  quoiqu'elles 
fussent  *en  apparence  en  Suisse.  Le  canton  de 
Berne  surtout  opposait,  de  grandes. difficultés 
contre  l'alliance.  Enfin,  quan(f  la  négociation 
eut  été  fixée,  les  articles  du  traité  d'alliance, 
après  avJoir  été  communiqués  aux  diètes  par- 
tielles de  Lucerne  et  d'Arau,  furent  agréés  par 
la  diète  générale,  de  Soleure ,  et  l'alliance  géné- 
rale y  fut  signée  le  28  de  mai  1777. 

L'objet  principal  de  ce  traité  était  le  renou- 


LIVRE  VI.  iSi 

vellement  de  l'alliance  •entre  la  France  et  le 
Corps  helvétique.  On  réglait  par  les  articles  XI, 
XÏI ,  XIV  et  XV,  cpmment  les  sujets  respects 
se  pourvoiraient  près  des  tribunaux ,  dans  la 
poursuite  de  leurs  intérêts  respectifs;  comment 
les  jugemens  seraient  exécutés  ;  et  quelle  con- 
duite on  tiendrait  à  l'égard  des  banqueroutiers 
des  deux  nations  qui  passeraient  dans  les  terres 
de  l'une  ou  de  l'autri^,  ainsi  qu'à  l'égard  des  as- 
sassins, lesquels  devaient  être  remis  à  la  réqui- 
sition du  souverain  du  coupable. 

Les  arrangemens  subsistans  (art.  XIX)  en- 
tre le  roi  et  les  états  catholiques  sur  le  droit 
d  aubaine ,  et  de  traite  foraine  ,  ainsi  que  le 
traité  de  1772  ,  avec  les  cantons  proteslans , 
continueraient  à  s'exécuter ,  jusqu'à  ce  qu'on 
convînt  d'un  traité  ,  lequel  serait  censé  faire 
partie  de  la  présente  alliance.       • 

Ce  traité  qui  était  fondé  sur  une  exacte  réci- 
procité ,  fut  signé ,  au  nom  du  roi ,  par  le  sieur 
Gravier  de  Vergennes  (i)  ^  président  de  la  cham- 
bre des  comptes  de  Dijon ,  et  son  ambassadeur 
en  Suisse,  et  pour  les  Cantons,  par  leurs  divers  * 
représentans. 

L'empereur  Joseph  11  arriva  à  Paris,  le  î8      1777. 
d'avril  1777»  sous  le  nom  de  comte  Falkenstein,  Joscph^K  en 

France» 


"    I» 


(i)  H  était  frère  du  comte  de  Vergennes,  ministre  dç« 
affaires  étrangères.  . 


iSd  VIV  PÉRIODE. 

et  descendit  chez  le  comte  de  Merci-Argeateau , 
son  ambassadeur.  Le  lendemain,  il  alla  voir  la 
Ffîne ,  sa  soeur ,  qui  le  présenta  au  roi  ^et  à  la 
.   famille  royale.  Joseph  ii  ne  paraissait  occupé 
que  des  objets  de  curiosité ,  ou  des  genres  d'ins- 
tructions qu'offre  la  capitale  y  mais  on  lui  prêta 
avec  quelque  fondement,  des  motifs  d'nn  or- 
dre supérieur ,  tels  que  ceux  de  son  mariage  avec 
madame  Elisabeth ,  sœur  du  roi ,  on  de  faire 
consentir  la  cour  de  Versailles  à  un  partage  de 
^         la  Turquie  ;  et  dans  ce  cas ,  l'empereur  lui  aurait 
cédé  les  Pays-Bas.  Quelle  que  fût  la  réalité  de 
^  ce  dernier  projet,  comme  les  voyages  des  prin- 
ces ont  toujours  excité  l'attention  de  la  politi- 
.  que  ,  M.  de  Vei^ennes  balançant  l'ambition 
déjà  connue  de  l'-empereur,  avec  l'inexpérience 
de  Louis  xvf ,  avait  cru  de  son  devoir  de  prémunir 
par  le  mémoire  suivant,  du  i!>  d'avril ,  le  jeune 
monarque ,  contre  les  propositions  captieuses 
de  Joseph  ii. 
Mémoire  de     «  Si  Ic  voyagc  dc  l'empercur  cu  France,  a  un 
gennes aa  roi.  »  but  poUtique  ,   disait  M.  de  Vergennes,  ce 
»  prince  ne  peut  se  proposer  que  deux  objets  : 
»  l'un  d'engager  votre  majesté  à  resserrer  les 
»  liens  de  l'alliance  qui  subsiste  entr'elle  et  la 
»  maison  d'Autriche  ;  et  l'autre,  de  la  disposer  à 
»  consentir  gratuitement  ^  ou  moyennant  cer- 
»  tainséquivalens,auxyuesd'agrandissementque 
»  l'empereur  peut  former  aux  dépens  des  Turcs. 


/ 


LIVRE   VI.  i55 

3»  Ce  sont  là  deux  hypothèses  qu'on  peut  en- 
9  visager  «  et  sur  lesquelles  il  est  de  la  fidélité 
»  des  ministres,  de  votre  majesté  y  d'éclairer  sa 
V  religion. 

»  Par  rapport  à  la  première  hypothèse  ;  celle 
»  de  resserrer  les  nœuds  qui  unissent  voire  msH 
)>  je&té  à  la  maison  d'Autriche ,  on  ne  peut  se 
»  dispenser  de  représenter  à  vptre  majesté,  que 
p  cette  alliance  bonne  en  elle-même^  en  ce 
»  qu'elle  peut  être  considérée  comme  une  plus 
»  grande  sûreté  du  maintien  de  la  tranquillité 
)>  générale  ,  ne  rapporte  à  la  France  d'autre 
»  avantage  que  celui  que  lui  donnerait  un  bon 
2)  traité  de  paix  bien  consolidé ,  et  exécuté  de 
»  bonne  foi.  Il  ne  s'agit  en  effet,  que  de  jeter 
D  un  coup-d'œil  sur  la  situation  topographique 
9  des  principales  puissances  de  l'Europe  pour 
j>  reconnoitre ,  qu'il  n'en  est  aucune  autre  qui 
s  ait  possibilité  ou  intérêt,  de  faire  la  guerre  à 
9  votre  majesté^ sur  le  continent. 

9  L'Angleterre  ennemie  de  cette  nfM>narchie , 
D  est  insuffisante  par  elle-même  pour  celle  en* 

y^  treprise. 

»  Les  états  généraux  son)  au  dessous  de  la 
»  possibilité  d'en  concevoir  le  dessein  ;  leur 
«  nullité  est  connue. 

»  Le  roi  de  Prusse  pourrait  davantage  ;  mais 
»  en  défiance  contre  la  maison  d'Autriche,  qu'il 
n  ne  peut  regarder  quç  comme  un  ennemi  forcé* 


i34  Vir  PÉRIODE. 

p  ment  réconcilié,  il  ne  s'embarquera  pas,  sans 
31  être  provoqué  ,  à  envahir  les  possessions  de 
j>  votre  majesté ,  qu'il  ne  pourrait  conserver 
»  qu'avec  risque  de  découvrir  les  siennes  pro- 
»  près*  D'ailleurs ,  il  ne  pourrait  nuire  à  votre 
»  majesté  ,  sans  enfreindre  le  territoire  autri- 
»  chien  ;  car  ce  serait  une  vision  de  supposer 
»  qu'il  pourrait  attaquer  la  France  sur  le  Haut- 
31  Rhin. 

»  On  ne  fait  pas  mention  ici  de  l'Espagne  et 
»  de  la  Sardàigne.Ce  n'est  pas  de  ce  côté,  que  la 
ï>  France  doit  redouter  une  guerre  offensive. 

»  On  ne  peut'donc  établir  l'utilité  active  de 
»  notre  alliance  avec  Vienne ,  que  sur  la  suppo- 
»  sition  d'une  attaque  possible  du  roi  de  Prusse 
%  contre  la  France  dans  les  Pays-Bas  ;  mai^s  l'in- 
»  jure  serait  commune  à  la  maison  d'Autriche  ; 
»  et  c'est  dans  ce  cas  seulement,  qu'elle  est  tenue 
»  de  nous  restituer  les  secours  que  nous  som- 
»  mes  engagés  à  lui  donner ,  même  contre  les 
»  Turcs,  et  que  nous  avons  prodigués  dans  la 
»  dernière  guerre. 

i>  Si  votre  majesté  examine  la  situation  des 
^différens  étatsde  l'Autriche^  elle  verra,  au  pre- 
* mier  coup-d'œil,  le  peu  de  proportion  des 
n  engagemens  respectifs ,  et  que  les  avantages  en 
»  sont  aus$i  réels  pour  cette  maison ,  qu'ils  sont 
.  »  précaires  et  onéreux  pour  votre  majesté  ,'puis- 
.».qu  elle  p^ut  être  entraînée  dans  une  ou  plu- 


LIVRE  VI.  i35 

»  sieurs  guerres  pour  la  défense  de  son  allié , 
»  sans  que  celui-ci  soit  peut-être  jamais  dans 
»  le  cas  de  la  payer  de  retour, 

»  Je  n'examinerai  pas  ,  Sire ,  si  cette  maison 
»  a  toujours  rempli  avec  fidélité,  les  devoirs  de 
»  son  alliance  avec  votre  majesté;  si  elle  n'a  pas 
»  plutôt  cherché  à  en  abuser ,  pour  affaiblir  la 
»  considération  due  à  la  couronne  et  lopinion 
»  de  la  protection  que  votre  majesté,  à  i'exem- 
»  pie  de  ses  augustes  ancêtres ,  est  disposée  à 
«accorder  aux  princes  d'Allemagne  ,  pour  les 
»  maintenir  dans  la  possession  de  leurs  justes 
»  droits. 

»  Il  ne  pent  être  question,  de  récrimîner-can- 
»  tre  un  système  que  votre  majesté  a  trouvé  éta- 
»  bli ,  et  que  sa  sagesse  lui  a  fait  approuver* 
»  L'esprit  de  conquête  n'animant  point  la  con- 
»  duile  âe  votre  majesté ,  l'alliance  de  Vienne 
»  peut  paraître  utile,  en  ce  que  faisant  une  su- 
»  reté  de  plus  à  la  conservation  de  la  paix  sur 
»  le  continent ,  elle  lui  donne  plus  de  itioyens 
»  de  veiller  et  de  se  mettre  en  mesure  contre 
)»  l'Angleterre,  l'ennemi  naturel  et  le  fflus  invé^ 
»  téré  de  sa  gloire  et  de  la  prospérité  de  soft 
»  royaume.  .•../.. 

»  Mais  si  cette  alliance  est  intéressante  à^on-* 
»  server,  elle  veut  être  maintenue  ave©  ksPen. 
»  d'égalité,  pour  qu'un  des  alliés  ne  se  croîe^pas 
»  en  droit  de  tout  exiger  de  l'autre,  sartS- être 


i56  Vir  ï>ÉRIODE. 

»  tenu  à  lui  rien  rendre  :  c'est  ce  qui  arriverait 
]>  iipmanquablement ,  Sire,  si  votre  majesté, 
»  prêtant  l'oreille  à  des  insinuations  spécieuses, 
3»  se  portait  à  donner  plus  d'extension  au  traité 
ji  de  T756;-  ou ,  (ce  que  la  cour  de  Vienne  a  paru 
3»  désirer  singulièrement  )  si  votre  majesté  pre- 
»  nait  Tengagemcint  d'employer  toutes  ses  forces 
»  au  soutien  de  l'alliance. 

»  Je  dois  avoir  l'honneur  de  faire  remarquer 
»  à  votre  majesté ,  qu'elle  n'est  plus  en  liberté 
»  de  stipuler  cette  dernière  clause ,  parce  que 
n  LB  PACTE  DE  FAMILLE  en  renferme  l'obligation , 
»  et  que  deux  engagemens  de  cette  nature  ne 
i>  peuvent  compatir  ensemble. 

»  Il  est  à  considérer  en  second  lieci  9  que  soit 
»  que  la  cour  de  Vienne  vous  propose  une  aug- 
»  mentation  de  secours ,  ou  l'emploi  de  toutes 
3»  vos  forces  ;  ce  ne  peut  être  que  dans  la  vue  de 
9  se  préparer  plus  de  moyens  pour  écraser  un 
^  jour,  le  roi  de  Prusse,  et  avec  lui ,  le  parti  pro- 
»  testant  en  Allemagne.  On  objectera  que  ces 
9  engagemens  étant  purement  défensifs ,  ils  ne 
y>  peuvent  servir  l'ambition  de  la  maison  irnpé^ 
»  riale  ;  mais  il  est  si  facile  de  faire  venir  la 
9  guerre  sans  être  matériellement  l'agresseur , 
»  que  votre  majesté  s'y  .  trouverait  entraînée 
9  contre  ses  intérêts ,  toutes  les  fois  qu'il  con- 
9  viendrait  à  la  politique  autrichienne  de  le 
9*  faire. 


LIVRE  VI.  i57 

»  Le  roi  de  Prusse ,  considéré  par  rapporta  la 
9  morale  j  peut  ne  pas  paraître  fcMrt  intéressant 
»  à  ménager  ;  mais  vu  dans  l'ordre  politique ,  il 
»  importe  à  la  France ,  peut-être  plus  qu'à  toute 
»  autre  puissance ,  de  le  conserver  tel  qu'il  est. 
»  Placé  sur  le  flanc  des  états  autrichiens ,  c'est 
9  ia  frayeur  qu'en  a  la  cour  de  Vienne ,  qui  Ta 
.»  rapprochée  de  la  France  :  cette  même  frayeur 
»  la  retient  encore  dans  nds  liens ,  et  l'y  retien- 
X  dra  aussi  long- temps  que  son  motif  subsistera. 
)»  Détruisons  la  puissance  du  roi  de  Prusse;  alors, 
»  plus  de  digue  contre  l'ambition  autrichienne. 
»  L'Allemagne  obligée  à  plier  sous  ses  lois ,  lui 
»  ouvrira  un  accès  facile  vers  nos  frontières  ; 
>  et  que  pourrions -nous  lui  opposer ,  lorsque 
3»  nous  aurions  sacrifié  nos  moyens  et  uos  forces 
]»  pour  l'élever  à  un  excès  de  pi^issance ,  que 
»  nous  ne  serons  plus  en  état  de  contrebalaa- 
»  cer?  Quoique  la  maison  d'Autriche  soit  plus 
»  redoutable  pour  la  France  que  le  roi  de  Prusse, 
»  jeen'en  conclurai  pas  qu'il  ne  faut  pas  veiller 
»  sur  l'ambition  de  celui^i.  Toute  acquisition  qui 
^  lui  donnerait  plus  de  puissance  sur  le  Rhin  ^ 
»  doit  intéresser  ia  prévoyance  de  la  JFrance  ; 
>i  mais  en  le  limitant  de  ce  côté-là ,  iKfaut  em* 
»  pêcher ,  autant  qu'il  est  possible ,  qu'il  ne  soit 
T»  point  entamé  sur  TOder  et  sur  l'Elbe.  L'inté* 
s>  grité  de  la  puissance  actuelle  du  roi  de  Prusse, 
»  contribue  encore  à  la  sûreté  des  établisse- 


ï58  VIP  PERIODE. 

3>  mens  des  princes  de  la  maison  de  Bourbon  en 
»  Italie. 

»  Pour  ce  qui  est  de  la  seconde  hypothèse  , 
)î  savoir  ,  le  consentement  de  votre  majesté , 
».  soit  gratuitement ,  soit  au  moyen  de  certains 
y>  équis^alens ,  à  V agrandissement  de  la  maison 
»  d Autriche  aux  dépens  des  Turcs  ;  j'ose  repré- 
»  senter  à  votre  majesté  qu'il  n'est  point  d'équî-> 
»  valent  qui  puisse  compenser  le  préjudice  que 
»  causerait  à  vôtre  majesté  tout  accroissement 
j»  de  puissance  de  cette  maison  ,  quand  bien* 
»  même  elle  céderait  à  votre 'majesté  tous  les 
»  Pays-Bas,  et  acquerrait  des  domaines  dans 
»  une  moindre^proportion  ;  la  perte  n'en  serait 
»  pas  moins  réelle,  sans  lui  parler  de  celle,  de 
»  l'opinion ,  qui  serait  de  toutes  la  plus  regret- 
»  table.  Votre  majesté  ne  pourrait  posséder  les 
»  Pays-Bas  ,  sans  réveiller  la»  jalousie  des  Pro- 
»  vinces- Unies  ,  et  sans  les  jeter  entièrement 
»  dans  les  bras  de  l'Angleterre  et  de  telle  autre 
»  puissance I  qui  jalouserait  celle  de  votre  Hia- 
»  jesté.  Le  roi  de  Prusse  lui-même,  qui  dans 
»  l'état  actuel  des  choses,  peut  être  considéré 
»  comme  un  allié  naturel  de  la  France ,  qu'elle 
»  retrouverait  immanquablement,  si  le  système 
»  politique  venait  à  changer;  le  roi  de  Prusse  n>e 
3  pourrait  plus  être  envisagé  sous  ce  point  de 
»  vue  :  voisin  par  son  duché  de  Clèves  de  l'ac- 
»  quisition  que  votre  majesté  aurait  faite ,  la 


A 


LIVRE  VI.  iSg 

»  défiance  se  substituerait  infailliblement  à  la 
9  confiance  qui  semble  devoif  unir  les  deux 
]>  monarchies. 

»  Si  le  xaalheur  des  circonstance»  forçait  ja- 

»  mais  votre  majesté  à  entendre  à  un  partage  , 

»  ses  vues  devraient  être  plus  naturellement  sur 

»  le  Haut -Rhin.  Les  iuconvéniens  politiques 

»  seraient.infiniment  moindres,  et  les  avantages 

»  plus  réels;  mais  quand  on  réfléchit  aux  injus- 

»  tices  criantes  qu'il  faudrait  commettre  ,  une 

»  ame  honnête  ne  peut  s'arrêter  sur  ce  projet  : 

»  celle  de  votre  majesté  n'est  pas  disposée  à  un 

ri  sentiment  si  révoltant.  Si  la  justice  était  exi- 

»  lée.de  la  terre  ,  elle  prendrait  son  asile  dans  le 

»  cœur  de  votre  majesté. 

»  Les  Pays-Bas,  dans  les  mains  de  la  maison 
»  d'Autriche,  ne  sont  point  un  objet  d'inquié- 
»  tude  et  de  jalousie  pour  votre  majesté.  Ils 
»  sont  plutôt  une  sûreté  de  la  conduite  de 
»  cette  maison  envers  votre  majesté  ,  et  un 
»  moyen  de  la  contenir  ou  de  la  réprimer  sui-^ 
»  vant  le  besoin. 

»  La  France,  constituée  comme  elle  l'est,  doit 
»  craindre  lés  agrandissemens  bien  plus  que  les 
»  ambitionner.  Plus  d'étendue  serait  un  poids 
»  placé  aux  extrémités  qui  affaiblirait  le  centre  : 
»  elle  a  en  elle-même,  tout  ce  qui  constitue  la 
»  puissance  réelle  :  un  sol  fertile ,  dés  denrées 
»  précieuses  dont  les  autres  nations  ne  peu- 


ï4o  VIP  PÉRIODE. 

»  vent  se  passer ,  des  sujets  zélés  et  soumis  ^ 
»  passionnés  potlr  leur  maître  et  pour  leur  pa- 
}»  trie.  La  gloire  des  rois  conquérans  est  le  fléau 
»  de  l'humanité  ;  celle  des  rois  bienfaisans  en 
»  est  la  bénédiction.  C'est  celle-ci,  Sire,  qui 
»  doit  être  le'  partage  d'un  roi  de  France ,  par- 
j)  ticulièrement  celui  de  votre  majesté  y  qui  ne 
»  respire  que  pour  le  bonbeur  du  genre  humain. 
»  La  France ,  placée  au  centre  de  l'Europe ,  a 
JET  droit  d'influer  sur  toutes  les  grandes  affaires. 
D  Son  roi ,  semblable  à  un  juge  suprême,  peut 
9  considérer  son  trône  comme  un  tribunal  ins* 
»  titué  par  la  Providence ,  pour  faire  respecter 

>  les  droits  et  les  propriétés  des  souverains.  Si 
y>  en  même  temps  que  votre  majesté  s'occupe 
3>  avec  assiduité  à  rétablir  l'ordre  intérieur  de 

>  ses  affaires  domestiques ,  elle  dirige  sa  poli- 
7^  tique  à  établir  l'opinion' ,  que  ni  la  soif  d'en- 
»  vahir ,  ni  la  moindre  vue  d'ambition  n'effleu- 
9  rentson  ame,  et  qu'elle  ne  veut  que  l'ordre  et 
»  la  justice  ;  son  exemple  fera  plus  que  ses  ar- 
»  mes.  La  justice  et  la  paix  régneront  partout , 
»  et  l'Europe  entière  applaudira  avec  reconnais- 
3»  sance  à  ce  bienfait  qu'elle  reconnaîtra  tenir 
»  delà  sagesse-,  de  la  vertu  et  de  la  magnanimité 
»  de  votre  majesté.  » 

Joseph  II  quitta  Paris  le  5i  de  mai ,  et  îi  ne 
parait  pas  que  son  voyage  ait  produit  aucun 
événement  politique  saillant  ,  soit  qu'il  n'ait 


LIVRE  YI.  i4i 

rien  proposé ,  £oit  que  le  roi  prévenu  par  le  iné« 
moire  précédent ,  se  tint  en  garde  contre  toutes 
les  ouvertures  qui  purent  lui  être  faites  direc- 
tement par  l'empereur  ou  par  l'intermédiaire 
de  la  reine  ,  sa  sœur. 

L'empereur  de  Maroc ,  instruit  que  l'équipage  'tt^- 
d'un  vaisseau  français  brisé  par  une  tempête ,  d«re»prrr«ir 
était  tombe  entre  les  m^ms  de  ses  sujets  qui 
pensent  que  les  naufragés  appartiennent  à  ceux 
qui  peuvent  les  arrêter,  les  fit  racheter ,  habil- 
ler et  nourrir.  De  plus,  il  chargea  spécialement 
un  arabassadeur  de  les  ramener  en  France.'  Ce 
ministre ,  appelé  Sidy-Tahar-Fenis ,  ayant  été  ad- 
mis à  saluer  le  roi ,  lui  dit  : 

«  Sire ,  chargé  des  ordres  suprêmes  de  l'em- 
»  pereur  mon  maître ,  j'ai  l'honneur  de  présen- 
»  ter  en  son  nom ,  à  votre  majesté  impériale , 
»  les  voeux  les  plus  ardens  pour  la  prospérité  de 
»  votre  empire ,  les  complimens  de  félicitation 
j>  les  plus  sincères  sur  votre  avènement  au  trône 
»  de  vos  ancêtres  ,  et  l'assurance  formelle  du 
D  désir  que  mon  maître  aura  toujours  de  main- 
ïi  tenir  avec  fidélité  le  traité  conclu  sous  le  règne 
)>  de  l'auguste  empereur  de-  France ,  Louis  xv , 
»  de  glorieuse  mémoire. 

I»  L'amitié  qui  réunit ,  depuis  cette  heureuse 
»  époque ,  les  empires  de  Maroc  et  de  France , 
^  lui  fait  regarder  les  Français  comme  ses  pro- 
»  près  sujets:  le  capitaine  Dupuy  ejt  les  gens  <}e 


i4a  VIP   PÉRIODE. 

»  son  équipage,  l'oqt  éprouvé.  L'an pereur,  mon 
»  maître,  a  brisé  leurs  fers.  Après  les  avoir  fait 
j»  racheter  chez  les  peuples  qui  habitent  le  Sahra , 
»  il  m'a  ordonné  de  les  ramener  à  votre  majesté 
»  impériale.  Le  commandant  de  la  marine  à 
»  IVbirseille ,  les  a  reçus  par  son  ordre ,  et  je  n'ai 
»  retenu  avec  moi,  que  leur  capitaine,  pour  le 
»  conduire  aux  pieds  de  votre  majesté  impé- 
»  riale.  Je  ne  pouvais  être  chargé  d'une  cona- 
»  mission  plus  agréable  ,  auprès  d'un  jeune 
»  monarque  appelé ,  à  juste  titre ,  le  père  de  ses 
3>  sujets  :  ce  moment  est  le  plus  beau  de  ma 
»  vie ,  elc.  »  ^ 

1778.  Louis  XVI  voulant  établir  des  règles  fixes  dans 

Règlenieiit  19  11*       *i*»*  i« 

concernant    1  excrcicc  dc  la  juridictiou  cousulaire ,  notam- 
des  coMiSr  ïn^nt  au  Levant  et  en  Barbarie ,  rendit ,  à  ce 
^nt.**  ^*'  sujet  4  au  mois  de  juin  177&,  un  édit  en  forme 
de  règlement.  En  voici  les  dispositions  princi- 
pales : 

L'art.  V^  attribue  aux  consuls  la  connaissance 
en  première  instance ,  des  contestations  de  quel- 
que nature  qu'elles  soient ,  qui  s'élèveront  entre 
les  sujets  du  roi ,  négocians ,  n^ivigateurs  et  au- 
tres, dans  l'étendue  de  leurs  consulats.  Chaque 
consul,  dans  son  district,  pourvoira  au  main- 
tien d'une  bonite  et  exacte  police  entre  les  sujets 
du  roi,  de  quelque  qualité  et  condition  qu'ils 
puissent  être,  soit  à  terre,  soit  dans  les  ports, 
mouillages  et  rades  où  les  navires  Hu  commerce 


LIVRE  .VI.  ,43 

foDt  leur   chargement  et  déchargement ,  etc. 

L'art.  II  défead ,  sous  peine  de  quinze  cents  ii v. 
d  amende,  à  tout  Français  voyageant  dans  l'étran- 
ger pour  affaires  de  commerce ,  de  porter  plainte 
devant  les  tribuuaux.étrangers ,  contre  d'autres 
Français* 

Les  consuls  (flirt.  VI)  doivent  se  faire  assister 
pour  rendre  toutes  sortes  de  sei|tences  défini- 
tives en  matière  civile ,  de  deux  Français  choisis 
parmi  les  plus  notables  qui  se  trouveront  dans 
leur  consulat;  et  voix  délibérative  est  attribuée 
à  ces  notables. 

Celui  des  officiers  du  consulat  (art.  VIII)  at- 
taché à  la  chancellerie ,  remplira  les  fonctions 
de  greffier,  tant  en  matière  civile  qu'en  matière 
criminelle,  et  il  fera  çn  même  temps,  les  fonc- 
tions de  notaire,  etc. 

A  Constantinople,  (art.  LXXV).la  justice  sçra 
rendue,  en  matière  civile,  par  trois  notables  de 
la  nation  française ,  nommés  par  l'ambassadeur 
de  France  ,  et  par  la  personne  faisant  fonction 
de  chancelier. 

Lorsqu'il  s'agira  (art.  LXXVI)  d'un  procès 
instruit  sur  une  accusation  qui  emportera  peine 
afflictive  ou  infamante;  l'accusé,  si  le  consul  a 
pu  s'en  assurer ,  sera  embarqué  avec  la  procé-r 
dure,  et  avec  les  preuves  de  conviction,  dans 
le  premier  navire  français  retournant  dans  son 
pays,  pour  être  jugé  par  les  officier^  de  l'ami- 


i44  VIP  périodh;. 

rautédu  premier  port  où  le  vaisseau  sera  chargé, 
sauf  l'appel  au  parlement  où  cette  amirauté  res- 
sortira ^  etc. 
,  Dans  tous  les  cas  (  art.  LXXX)  qui  intéresse-» 

ront  la  politique ,  ou  la  sûreté  du  commerce  des 
Français  dans  les  pays  étrangers ,  les  consuls 
pourront  faire  arrêter  et  renvoyer  en  France  , 
par  le  premier  navire  de  la  nation ,  tout  Fran- 
çais qui,  par  sa  mauvaise  conduite  et  par  ses  in- 
trigues ,  pourrait  être  nuisible  au  bien  général. 
.  Dans  ce  cas  pourtant,  les  consuls  rendront  uq 
compte  exact  et  circonstancié  au  secrétaire 
d'état ,  ayant  le  département  de  la  marine,  des 
motifs  qui  les  auront  déterminés. 

Les  vice-consuls  ou  autres  officiers  (article 
LXXXIV)  établis  sous  quelque  titre  que  ce  soit 
dans  les  différens  consulats  ou  échelles ,  pour 
suppléer ,  remplacer  ou  représenter  les  consuls , 
doivent  à  leur  défaut,  remplir  toutes  les  fonctions 
m>entionnées  dans  ce  règlement ,  et  dans  tout  ce 
qui  n'y  est  pas  spécifié ,  Ton  devait  suivre  l'or- 
donnance de  16821 ,  etc. 
1778.  Les  colonies  anglo-américaines  eurent,  peu 

«troriîîjî^  après  la  paix  de  1765,  une  contestation  mémo- 
tem^etsesco.  1,3^^1^  avcc  la  mèfe-patrie  ;  contestation  qui  étant 
le  principe  de  <la  guerre  qui  éclata  ,  en  1778 , 
entre  la  France  et  l'Angleterre,  mérite  d'être 
rappelée  avec  quelque  détail. 
Les  colonie»  anglo  -  américaines  reconnais* 


LIVTRE  VL  i46 

saient  le  roi  d'Angleterre  pour  leur  souverain  ; 
xnais  elles  n'ayaient  jamais  été  soumises  à  l'au- 
torité  et  à  la  législation  du  parlement.  Elles 
avaient  leurs  assemblées  particulières ,  et  une 
administration  propre ,  comme  Tlrlande.  Après 
la  paix  de  1763,  le  parlement  crut  juste  de  les 
imposer,  parle  n^otif  que  la  guerre  de  1756, 
ayant  été  entreprise  pour  leur  défense,  il  était 
convenable  qu'elles  supportassent  leur  quote- 
part  des  taxes  destinées  à  éteindre  la  dette  publi- 
que qui  en  avait  été  la  suite.  En  conséquence , 
le  parlement  rendit,  au  mois  de  mars  1765,  un 
bill  qui  établissait  l'impôt  du  timbre  dans  les 
colonies  anglo-américaines. 

Cet  acte  excita  le  plus  vif  mécontentement 
dans  les  colonies,  qui  contestèrent  au  parlement 
le  droit  de  les  taxer,  d'après  le  principe,  qu'au- 
cun Anglais  ne  pouvait  être  imposé  que  par  ses 
représentans  ;  qu'elles  n'étaient  pas  représen« 
tées  dans  le  parlement ,  et  que  la  métropole  de- 
vait se  contenter  des  bénéfices  du  monopole  dç 
son  commerce  ,  comme  un  équivalent  des  con- 
tributions. 

Le  parlement,  en  1766  ,  révoqua  l'impôt  du 
timbre  ;  mais  en  même  temps,  il  rendit  un  acte 
portant  :  <€  Que  les  colonies  étaient  de  droit  su- 
y>  bordodnéies  et  dépendantes  de  la  couronne  et 
9  da  parlement  de  la  Grande-Bk^etagne ,  en  iqui 
»  résidaieixt  l'àuitorité  et  la  puissance  de  faire 

TH.  "  10 


/ 


i34  Vir  PÉBIODE. 

9  ment  réconcilié,  il  ne  s'embarquera  pas,  sans 
»  être  provoqué  ,  à  envahir  les  possessioins  de 
»  votre  majesté ,  qu'il  ne  pourrait  conserver 
»  qu'avec  risque  de  découvrir  les  siennes  pro- 
»  près.  D'ailleurs ,  il  ne  pourrait  nuire  à  votre 
»  majesté  ,  sans  enfreindre  le  territoire  autri- 
»  chien  ;  car  ce  serait  une  vision  de  supposer 
»  qu'il  pourrait  attaquer  la  France  sur  le  Haut- 
31  Rhin. 

3»  On  ne  fait  pas  mention  ici  de  l'Espagne  et 
»  de  la  Sardaigne.Ce  n'est  pas  de  ce  côté,  que  la 
ï>  France  doit  redouter  une  guerre  offensive. 

»  On  ne  peut'donc  établir  l'utilité  active  de 
»  notre  alliance  avec  Vienne ,  que  sur  la  suppo- 
»  sition  <l'tine  attaque  possible  du  roi  de  Prusse 
*  contre  la  France  dans  les  Pays-Bas  ;  mai^s  l'in- 
»  jure  serait  commune  à  la  maison  d'Autriche  ; 
»  et  c'est  dans  ce  cas  seulement,  qu'elle  est  tenue 
»  de  notas  restituer  les  secours  que  nous  som- 
»  mes  engagés  à  lui  donner ,  même  contre  les 
»  Turcs,  et  que  nous  avons  prodigués  dans  la 
»4icrnière  guerre. 

I)  Si  votre  majesté  examine  la  situation  des 
^différens  étatsde  l'Autriche^  elle  verra,  au  pre- 
*mier  coup-d'œil,  le  peu  de  proportion  des 
n  engagemens  respectifs,  et  que  les  avantages  en 
»  sont  iiusSi  réels  pour  cette  maison  ,  qu'ils  sont 
»  précaires  et  onéreux  pour  votre  majesté  ,puis- 
D.qu  elle  |>eul  être  entraînée  dans  une  ou  pli^- 


LIVRE  VL  i35 

i>  sieurs  guerres  pour  la  défense  de  son  allié , 
»  sans  que  celui-ci  soit  peut-être  jamais  dans 
9  le  cas  de  la  payer  de  retour. 

»  Je  n'examinerai  pas,  Sire,  si  cette  maison 
»  a  toujours  rempli  avec  fidélité,  les  devoirs  de 
>  son  alliance  avec  votre  majesté;  si  elle  n'a  pas 
»  plutôt  cherché  à  en  abuser,  pour  affaiblir  la 
»  considération  due  à  la  couronne  et  lopinion 
»de  la  protection  que  votre  majesté,  à  i'exem- 
»  pie  de  ses  augustes  ancêtres ,  est  disposée  à 
»  accorder  aux  princes  d'Allemagne  ,  pour  les 
»  maintenir  dans  la  possession  de  leurs  justes 
»  droits. 

»  Il  ne  petit  être  question, de  récrimînercan- 
»  tre  un  système  que  votre  majesté  a  trouvé  éta- 
»  bli ,  et  que  sa  sagesse  lui  a  fait  approuver* 
«L'esprit  de  conquête  n'animant  point  la  con*^ 
»duile  de  votre  majesté,  l'alliance  de  Vienne 
»  peut  paraître  utile ,  en  ce  que  faisant  une  sû- 
»  reté  de  plus  à  la  conservation  de  la  paix  sur 
»  le  continent,  elle  lui  donne  plus  de  moyens 
»  de  veiller  et  de  se  mettre  en  mesure  contre 
)»  l'Angleterre,  l'ennemi  naturel  et  le  j^lus  invé^ 
»  téré  de  sa  gloire  et  de  la  prospérité  dé-  son 
»  royaume.  »    *^       ;. 

»  Mais  si  cette  alliance  est  intéressante  à^con*^ 
«server,  elle  veut  être  maintenue  ave©  âssea. 
»  d'égalité,  pour  qu'un  des  alliés  ne  se  croies  jras 
»  en  droit  de  tout  exiger  de  l'autre ,  sain^  être 


i56  Vir  J>ÉRIODE. 

»  ténu  à  lui  rien  rendre  :  c'est  ce  qui  arriverait 
]>  iipmanquablement ,  Sire,  si  votre  majesté, 
»  prêtant  Toreille  à  des  insinuations  spécieuses, 
3»  se  portait  à  donner  plus  d'extension  au  traité 
j»  de  T756;-  on ,  (ce  que  la  cour  de  Vienne  a  paru 
»  désirer  singulièrement  )  si  votre  majesté  pre- 
»  nait  l'engagemcint  d'employer  toutes  ses  forces 
»  au  soutien  de  l'alliance.  ' 

»  Je  dois  avoir  l'honneur  de  faire  remarquer 
»  à  votre  majesté ,  qu'elle  n'est  plus  en  liberté 
»  de  stipuler  cette  dernière  clause ,  parce  que 
n  LB  PACTE  0E  FAMILLE  cu  renferme  l'obligation , 
»  et  que  deux  engagemens  de  cette  nature  ne 
i>  peuvent  compatir  ensemble. 

»  Il  est  à  considérer  en  secon4  lieu ,  que  soit 
»  que  la  cour  de  Vienne  vous  propose  une  aug- 
»  mentation  de  secours ,  ou  l'emploi  de  toutes 
3»  vos  forces  ;  ce  ne  peut  être  que  dans  la  vue  de 
31  se  préparer  plus  de  moyens  pour  écraser  un 
9  jour,  le  roi  de  Prusse,  et  avec  lui ,  le  parti  pro- 
»  testant  en  Allemagne.  On  objectera  que  ces 
»  engagemens  étant  purement  défensifs ,  ils  ne 
a>  peuvent  servir  l'ambition  de  la  maison  impé- 
»  riale  ;  mais  il  est  si  facile  de  faire  venir  la 
»  guerre  sans  être  matériellement  l'agresseur , 
»  que  votre  majesté  s'y  .  trouverait  entraînée 
9  contre  ses  intérêts ,  toutes  les  fois  qu'il  con- 
9  viendrait  à  la  politique  autrichienne  de  le 
9*  faire. 


LIVRE  VI.  i57 

»  Le  roi  de  Prusse ,  oonsidérépar  rapport  à  la 
n  morale  y  peut  ne  pas  paraître  fort  intéressant 
»  à  ménager  ;  mais  vu  dans  l'ordre  politique  y  il 
D  importe  à  la  France ,  peut-être  plus  qu'à  toute 
j»  autre  puissance ,  de  le  conserver  tel  qu'il  est. 
»  Placé  sur  le  flanc  des  états  autrichiens ,  c'est 
»  la  frayeur  qu'en  a  la  cour  de  Vienne ,  qui  l'a 
•i>  rapprochée  de  la  France  :  cette  même  frayeur 
»  la  retient  encore  dans  nos  liens ,  et  l'y  retien- 
j>  dra  aussi  long- temps  que  son  motif  subsistera, 
)»  Détruisons  la  puissance  du  roi  de  Prusse;  alors, 
i>  plus  de  digue  contre  l'ambition  autrichienne. 
»  L'Allemagne  obligée  à  plier  sous  ses  lois ,  lui 
»  ouvrira  un  accès  facile  vers  nos  frontières  ; 
9  et  que  pourrions-nous  lui  opposer ,  lorsque 
:»  nous  aurions  sacrifié  nos  moyens  et  nos  forces 
»  pour  1  élever  à  un  excès  de  pi^issance  j  que 
»  nous  ne  serons  plus  en  état  de  contrebalan- 
»  cer?  Quoique  la  maison  d'Autriche  soit  plus 
»  redoutable  pour  la  France  que  le  roi  de  Prusse, 
»  jeCn'en  conclurai  pas  qu'il  ne  faut  pas  veiller 
»  sur  l'ambition  de  celui-ci. Touteacquisitionqui 
:»  lui  donnerait  plus  de  puissance  sur  le  Rhin^ 
9  doit  intéresser  la  prévoyance  de  la  ^France; 
>i  mais  en  le  limitant  de  ce  côté-là ,  iUfaut  em* 
D  pêcher ,  autant  qu'il  est  possible ,  qu'il  ne  soit 
»  point  entamé  sur  l'Oder  et  sur  l'Elbe.  L'inté- 
9  grité  de  la  puissance  actuelle  du  roi  de  Prusse, 
%  contribue  encore  à  la  sûreté  des  établisse- 


ï58  VII-  PERIODE. 

»  mens  des  princes  de  la  maison  de  Bourbon  en 
»  Italie. 

»  Pour  ce  qui  est  de  la  seconde  hypothèse  , 
>î  savoir  ,  le  consentement  de  votre  majesté  , 
>t  soit  gratuitement ,  soit  au  moyen  de  certains 
y>  équis^alens,  à  V agrandissement  de  la  maison 
»  d Autriche  aux  dépens  des  Turcs  ;  j'ose  repré- 
»  senter  à  votre  majesté  qu'il  n'est  point  d'équi-i* 
»  valent  qui  puisse  compenser  le  préjudice  que 
y)  causerait  à  vôti^è  majesté  tout  accroissement 
»  de  puissance  de  cette  maison  ,  quand  bien' 
»  même  elle  céderait  à  votre  ^majesté  tous  les 
», Pays-Bas,  et  acquerrait  des  domaines  dans 
»  une  moindre^proportion  ;  la  perte  n'en  serait 
»  pas  moins  réelle ,  sans  lui  parler  de  celle  de 
3»  l'opinion,  qui  serait  de  toutes  la  plus  regret- 
»  table.  Votre  majesté  ne  pourrait  posséder  les 
îj  Pays-Bas  ,  sans  réveiller  la»  jalousie  des  Pro- 
»  vinces -Unies  ,  et  sans  les  jeter  entièrement 
»  dans  les  bras  de  l'Angleterre  et  de  telle  autre 
»  puissance,  qui  jalouserait  celle  de  votre  toa- 
>i»  jesté.  Le  roi  de  Prusse  lui-même,  qui  dans 
»  l'état  actuel  des  choses,  peut  être  considéré 
»  comme  un  allié  naturel  de  la  France ,  qu'elle 
»  retrouverait  immanquablement,  si  le  système 
»  politique  venait  à  changer  ;  le  roi  de  Prusse  ne 
»  pourrait  plus  être  envisagé  sous  ce  point  de 
»  vue  :  voisin  par  son  duché  de  Clèves  de  l'ac- 
»  quisition  que  votre  majesté  aurait  faite ,   la 


LIVRE  VI.  i59 

»  défiance  se  substituerait  infailliblement  à  la 
9  confiance  qui  semble  devoif  unir  les  deux 
JB  monarchies. 

ji  Si  le  jnalheur  des  circonstances  forçait  ja« 
»  mais  votre  majesté  à  entendre  à  un  partage , 
»  ses  vues  devraient  être  plus  naturellement  sur 
»  le  Haut*  Rhin.  Les  iuconvéniens  politiques 
D  seraient.infiniment  moindres,  et  les  avantages 
»  plus  réels;  mais  quand  on  réfléchit  aux  injus- 
y>  tices  criantes  qu'il  faudrait  commettre  ,  une 
»  ame  honnête  ne  peut  s'arrêter  5ur  ce  projet  : 
»  celle  de  votre  majesté  n'est  pas  disposée  à  un 
»  sentiment  si  révoltant.  Si  la  justice  était  exi- 
»  lée.de  la  terre  ,  elle  prendrait  son  asile  dans  le 
»  cœur  de  votre  majesté. 

y*  Les  Pays-Bas,  dans  les  mains  de  la  maison 
»  d'Autriche,  ne  sont  point  un  objet  d'inquié* 
»  tude  et  de  jalousie  pour  votre  majesté.  Ils 
»  sont  plutôt  une  sûreté  de  la  conduite  de 
p  cette  maison  envers  votre  majesté  ,  et  un 
»  moyen  de  la  contenir  ou  de  la  réprimer  sui-^ 
»  vaut  le  besoin. 

»  La  France,  constituée  comme  elle  l'est,  doit 
»  craindre  lés  agrandissemens  bien  plus  que  les 
»  ambitionner.  Plus  d'étendue  serait  un  poids 
*  placé  aux  extrémités  qui  affaiblirait  le  centre  : 
»  elle  a  en  elle-même,  tout  ce  qui  constitue  la 
»  puissance  réelle  :  t^n  sol  fertile,  dés  denrées 
»  précieuses   dont  les  autres  nations  ne  peu^ 


ï4o  VIP  PÉRIODE. 

»  vent  se  passer ,  des  sujets  zélés  et  soumis  , 
»  passionnés  potlr  leur  maître  et  pour  leur  pa- 
}»  trie.  La  gloire  des  rois  conquérans  est  le  fléau 
1»  de  Thumanité  ;  celle  des  rois  bieofaisans  en 
»  est  la  bénédiction.  C'est  celle-ci ,  Sire ,  qui 
»  doit  être  le*  partage  d'un  roi  de  France ,  par- 
»  ticulièrement  celui  de  votre  majesté ,  qui  ne 
»  respire  que  pour  le  bonheur  du  genre  humain. 
»  La  France ,  placée  au  centre  de  l'Europe  ,  a 
»  droit  d'influer  sur  toutes  les  grandes  affaires. 
»  Son  roi ,  semblable  à  un  juge  suprême  j  peut 
9  considérer  son  troue  comme  un  tribunal  ins<* 
»  titué  par  la  Providence ,  pour  foire  respecter 

>  les  droits  et  les  propriétés  des  souverains.  Si 
»  en  même  temps  que  votre  majesté  s'occupe 
D  avec  assiduité  à  rétablir  l'ordre  intérieur  de 

>  ses  affaires  domestiques ,  elle  dirige  sa  poli- 
7f  tique  à  établir  ropiniori ,  que  ni  la  soif  d'en- 
9  vahir ,  ni  la  moindre  vue  d'ambition  n'effieu- 
»  rent^on  ame,  et  qu'elle  ne  veut  que  l'ordre  et 
3»  la  justice;  son  exemple  fera  plus  que  ses  ar- 
»  mes.  La  justice  et  la  paix  régneront  partout , 
»  et  l'Europe  entière  applaudira  avec  reconnais* 
»  sance  à  ce  bienfait  qu'elle  reconnaîtra  tenir 
»  delà  sagesse,  delà  vertu  et  de  la  magnanimité 
»  de  votre  majesté.  » 

Joseph  II  quitta  Paris  le  5i  de  mai ,  et  il  ne 
parait  pas  que  son  voyage  ait  produit  aucun 
événement  politique  saillîint  ,  soit  qu'il  n'ait 


/ 

I 


LIVRE  VI.  i4i 

rien  proposé ,  £oit  que  le  roi  prëveAu  par  le  mé* 
moire  précédent ,  se  tint  en  garde  contre  toutes 
les  ouvertures  qui  purent  lui  être  faites  direc- 
tement par  l'empereur  ou  par  l'intermédiaire 
de  la  reine  ,  sa  sœur. 

L'empereur  de  Maroc ,  instruit  que  l'équipage     /^-   . 
d'un  vaisseau  français  brisé  par  une  tempête ,  aere»prre«tf 
était  tombé  entre  les  mqins  de  ses  sujets  qui          "^^ 
pensent  que  les  naufragés  appartiennent  i  ceux 
qui  peuvent  les  arrêter,  les  fit  racheter ,  babil*- 
1er  et  nourrir.  De  plus,  il  chargea  spécialement 
un  anabassadeur  de  les  ramener  en  France/  Ce 
ministre ,  appelé  Sidy-Tahar-Fenis,  ayant  été  ad« 
mis  à  saluer  le  roi ,  lui  dit  : 

a  Sire ,  chargé  des  ordres  suprêmes  de  l'em-* 
»  pereur  mon  maître ,  j'ai  l'honneur  de  présen- 
»  ter  en  son  nom  ^  à  votre  majesté  impériale , 
»  les  vœux  les  plus  ardens  pour  la  prospérité  de 
»  votre  empire ,  les  complimens  de  fëlicitation 
»  les  plus  sincères  sur  votre  avènement  au  trône 
»  de  vos  ancêtres  y  et  l'assurance  formelle  du 
o  désir  que  mon  maître  aura  toujours  de  main- 
»  tenir  avec  fidéUté  le  traité  conclu  sous  le  règne 
)i  de  l'auguste  empereur  de*  France ,  Louis  xv , 
D  de  glorieuse  mémoire. 

»  L'amitié  qui  réunit ,  depuis  cette  heureuse 
»  époque  9  les  empires  de  Maroc  et  de  France , 
j>  lui  fait  regarder  les  Français  comme  ses  pro- 
»  près  sujets:  le  capitaine  Dupuy  et  les  gens  de 


f 


x54  VIP   PÉRIODE. 

»  bonne  intelligence  entre  les  deux  nations ,  et 
»  le  de'sir  qu'il  a ,  qu'on  prévienne  de  part  et 
»  d'autre,  tout  ce  qui  pourrait  l'interrompre. 

»Sli  majesté  dédaigne  toute  autre  gloire  que 
3)  celle  qui  est  due  aux  bienfaiteurs  de  l'huma- 
»  uité,  et  elle  se  livre  d'autant  plus  confidem- 
»  ment  à  ce  sentiment  magnanime^  que  sa  puis- 
3>  sance  est  assez  connue  pour  qu'on  ne  puisse 
»  pas  en  suspecter  le  motif. 

»  C'est  d'après  cette  conviction  que  le  roi  me 
3)  cbarge  de  déclarer  à  V.  E. ,  que  fidèle  à  Tobser- 
»  vation  des  traités  que  sa  majesté  s'attend  qui 
»  ne  ^seront  pas  moins  exactement  observés  de 
»  la  part  de  T Angleterre ,  elle  ne^ permettra  rien 
if>  qui  pourrait  y  déroger;  et  que  sensible  aux 
»  plaintes  que  vous  avez  eu  commission  de  me 
i»  porter  contre  les  trois  corsaires  (américains), 
»  la  Représailles  le  Lexington  et  le  Dolphin  ,  les- 
»  quels,  après  avoir  eu  injonction  de  sortir  des 
»  ports  de  France  pour  n'y  plus  revenir,  y  sont 
»  cependant  rentrés  malgré  cette  défense;  sa 
»  majesté ,  bien  éloignée  d'approuver  cette  na- 
»  vette  que  les  traités  réprouvent,  en  est  au 
»  contraire  très  mécontente ,  et  ne  peut  mieux 
»  en  témoigner  son  mécontentement  qu'en  or- 
»  donnant  ,  comme  elle  le  fait,  de  séquestrer 
)>  lesdits  corsaires  dans  les  ports  où  ils  peuvent 
»  être  de  relâche,  pour  y  être  retenus  jusqu'à 
».ce  qu'on  puisse  avoir  des  sûretés  suffisantes 


LIVRE   VI.  i55 

»  qu'ils  retourneront  en  droiture  dans  leur  pa- 
D  trie ,  sans  infester  de  nouveau  les  mers  d'Eu- 
»  rope. 

»  Quant  aux  prises  que  ces  corsaires  ou  d'au- 
»tres,  peuvent  avoir  amenées,   ou  pourront 
»  amener  par  la  suite  dans  nos  ports ,  \es  ordres 
»  sont  renouvelés  non-seulement  pour  qu'on 
»  n'en  permette  pas  la  vente  ;  mais  encore  pour 
3>  qu'on  les  fasse  partir  aussitôt  que  le  vent  et 
»  les  circonstances  du  temps,  pourront  le  per- 
»  mettre ,   sans  se  prêter  à  aucune  des  excep- 
»  tions  que  la  cupidité  des  vendeurs  et  des  ache-; 
»  teurs  est  ingénieuse  à  former  ,  et  il  est  enjoint 
»  aux  officiers  préposés  à  cet  effet,  d'y  teikir 
»  sévèrement  la  main  ,  sauf  à  en  répondre  ert 
»leur  propre  et  privé  nom.  Il  leur  est  pareil- 
»  lement  recommandé  de  veiller  soigneusement 
»  à  ce  (|ue  les  facilités  de  commerce  dont  les 
»  Américains  jouissent  dans  les  ports  de  France, 
»  n'excèdent  pas  celles  d'un  commerce  permis. 
»  Si  quelque  sujet  anglais  se   croit  fonde  à 
»  intenter  une  action  personnelle  contre  quel- 
»  qu'un  des  susdits  corsaires ,  la  voie  des  tribu- 
»  naux  leur  est  ouverte  ici  comme  en  Angle- 
»  terre.  La  loi  décide  les  affaires  contentieuses  ^ 
»  et  jamais  V  autorité, 

»  Pour  ce  qui  est  du  Dolphin^  que  V.  E.  pré- 
»  tend  être  un  bâtiment  français  armé  en  France 
»  avec  l'équipage  de  la  même  nation ,  et  n'ayant 


l56  VIP    PÉRIODE. 

• 

a)  qu'un  seul  officier  américain ,  l'examen  le  pluaf 
»  impartial  en  seta  fait ,  et  si  la  chose  est  effec- 
»  tivement  telle  qu'elle  vous  a  été  représentée  ^ 
9  il  en  sera  fait  justice. 

»  Les  ordres  ont  été  adressés,  à  Cherbourg , 
»  pour  y  prendre  connaissance,  de  l'espèce  de 
»  l'armement  qui  y  est  entré  de  relâche ,  que 
»  V.  E.  dit  avoir  été  fait  à  Brehat ^  et  que  l'on 
j>  a  mandé  venir  du  Maryland.  La  vérificaiion 
p  pourra  être  d'autant  plus  difficile  à  faire  v  que 
qa  V.  E.  n'ignore  pas  que  le  commandant  deacç 
»  bateau  a  été  attiré  par  supercherie,  à  bordd^un 
»  bâtiment  anglais ,  et  que  s'étant  jeté  à  l'eau 
»  pour  réparer  son  erreur ,  il  a  été  repris  par 
3>  un  acte  de  violence  qui  a  contenu  la  chaloupe 
7>  du  port  qui  l'avait  conduit.  Cette  entreprise 
D  étant  un  attjentat  contraire  au  respect  dû  au 
»  territoire  de  France  et  à  sa  neutralité ,  je  ne 
»  puis  me  dispenser  de  réclamer  ledit  capitaine 
»  américain  ,  et  je  prie  V.  E.  dç  vouloir  bien  en 
»  faire  l'office  le  plus  prompt  à  sa  cour.        \ 

»  L'empressement  du  roi  à  faire  justice  sur 
»  les  griefs  dont  la  légitimité  est  prouvée,  lui 
»  est  une  assurante  que  votre  cour  apportera 
»  de  son  côté,  la  même  attention  à  faire  cesser 
^  «  et  réparer  ceux  dont  nous  n'ayons  que  trop 
3  souvent  à  nous  plaindre,  et  donnera  des  or- 
»  dres  plus  précis  pour  faire  cesser  les  vexa- 
)>  tions  auxquelles  lé  commerce  de  ses  sujets  est 


y 


LIVRE  VI.  i57 

li  sans  cesse  expose'.  Sa  majesté  n'entend  point 
»  les  protéger  dans  un  commerce  contraire  à 
>»  l'esprit  et  à  la  lettre  des  traités,  mais  elle  ne 
]>  peut  consentir  qu'à  la  faveur  de  frivoles  dis- 
S)  tinctions,  on  arrête  et  on  confisque  les  na- 
»  vires ,  les  cargaisons  et  les  équipages ,  sous 
2)  prétexte  qu'ils  ont  à  bord  des.denrées  et  mar- 
yt  cfaandises  qui  peuvent  être  du  cru  des  colonies 
»  de  TAmérique  septentrionale.  Uiie  pareille 
if  jurisprudence  ne  pourrait  se  concilier  ni  avec 
2)  la  justice ,  ni  avec  les  assurances  amicales  que 
»  V.  E.  est  chargée  de  renouveler.  Soyons  justes 
»  respectivement ,  et  nous  serons  unis.  » 

On  voit  qu'à  travers  les  assurances  d'amitié 
et  de  justice ,  il  règne  un  ton  aigre.  L'affectation 
dé  répéter  qu'on  ne  cède  point  à  la  crainte ,  est 
l'aononce  trop  certaine  qu'on  aura  bientôt 
recours  à  la  force;  et  c'est  ce  qui  arriva. 

Le  docteur  Benjamin  Franklin  eut  en  1776,     ^77^- 

^  ,  '  '     '    Traité  d'tm?. 

une  commission   du  congres  pour  venir  en  tié  et  de  com- 
France  en  qualité  d'agent  des  Etats-Unis.  Frank- usEtauUaiw 
lin ,  né  à  Boston  en  n  706 ,  avait  exercé  la  pro« 
fession  d'imprimeur.  Entraîné  par  son  génie , 
il  se  distijigua  bientôt  comme  physicien,  éco- 
nomiste ,  administrateur^  Il  s'était  jeté  dans  la 
révolution  d'Amérique  à  l'âge  de  71  ans,  et 
fut  élu  en  1776,  président  de  la  convention 
américaine. 
Quoique  sa  politique  s'éloignât  de  l'astuce  des 


i58  VIP  PÉRIODE. 

cabinets  d'Europe,  il  sut  se  plier  à  la  nouveauté 
des  circonstances ,  et  réussit  dans  sa  négocia- 
tion, non  par  de  Tentortillage ,  mais  par  des 
discours  laconiques  et  sensés,  clairs  et  éner- 
giques. C'était  un  superbe  vieillard,  d'une  tenue 
simple  et  d'une  grande  affabilité,  plein  de  cou- 
rage et  de  confiance  dans  ses  concitoyens  et 
dans  Pavenir. 

Ce  ministre  débarqua  à  Nantes  le  17  de  dé- 
cembre 1 776.  Il  avait  été  précédé  par  Silas  Déane, 
de  la  province  de  Connecticut  ;  mais  ce  dernier, 
quoique  revêtu  de  pouvoirs  pour  traiter  avec 
les  puissances  d'Europe,  avait  eu  peu  de  succès 
à  la  cour  de  Versailles.  Franklin  fut  mieux  ac- 
cueilli. M.  de  Vergennes  ne  tarda  pas  même  à 
donner  à  l'un  et  à  Tautre  l'espoir  qu'ils  seraient 
^bientôt  reconnus  pour  ministres  ^plénipoten- 
tiaires des  Etats  -  Unis  ;  mais  On  exigea  d'eux 
qu'ils  fissent  venir  une  expédition  authentique 
de  I'acte  D'iBTwÊPENDAiSfCE  qu'on  ne  connaissait 
'pas  encore  léfgalement.  L'ambassadeur  d'An? 
gleterre,  lord  Stormont ,  qui  eh  fut  instrurit, 
s'en  plaignit  avec  hauteur  à  Mi  de  Vergennes, 
en  disant  «  qu'il  ne  pensait  pas  qu'on  se  permît 
»  de  lui  faire  un  pareil  affront.  »  M.  de  Vergen- 
nes lui  répondit  avec  un  flegme  astucieux  :  «  Il 
»  est  vrai  qu'il  en  est  fort  question.  Si  cela  avait 
»  lieu ,  la  France  et  l'Angleterre  en  seraient  fort 
V  étonnées.  »  '  , 


f 


LIVRE  Vr.  iSgi 

La  communicatiou  de  l'acte  d'indépendance 
des  Etats-Unis,  et  plus  encore  la  nouvelle  de 
la  défaite  et  de  la  prise  du  corps  du  général 
fiurgoyne,  fixèrent  les  irrésolutions  de  la  cour 
de  Versailles.  M.  Gérard ,  l'un  des  premiers 
commis  des  affaires  étrangères ,  se  rendit  près 
des  plénipotentiaires  américains  le  16  de  dé^ 
cembre  1777,  ^'  ï^*  informa  par  ordre  du  roi, 
c  qu'après  une  longue  et  mûre  déJibération  sur 
y>  leurs  affaires  et  leurs  propositions,  sa  majesté 
»  s'était  déterminée  à  reconnaître  leur  indépen- 
»  dance,  et  à  faire  avec  eux  un  traité  de  com- 
»  merce,  et  un  second  traité  pour  une  alliance 
»  défensive  éventuelle.  » 

Le  premier  traité  ♦  celui  d'amitié  et  de  com- 
merce ,  fut  signé  à  Paris  le  6  de*février  au  nom 
du  roi  par  le  sieur  Conrad-Alexandre  Gérard, 
syndic  royal  de  la  ville  dé  Strasbourg  et  secré- 
taire du  conseil  d'état  (i),  et  pour  les  Etats-Unis 
par  MM.  Benjamin  Franklin ,  Silas  Déane  et  Ar* 
thur-Lée. 

Ce  traité ,  qui  était  une  reconnaissance  for- 
melle de  l'indépendance  de  l'Amérique ,  établis- 
sait (  article  1") ,  qu'il  y  aurait  paix  et  amitié 
entre  la  France  et  les  Etats-Unis  ;  que  les  habi« 
lans  des  Etats-Unis  (  art.  III  )  seraient  traita» 


\ 


(i)  Titre  nouveau  donné  momentanément  aux  deux  chefs 
4a  département  des  affaires  étrangères. 


i6o  VIP  PÉRIODE. 

pour  les  droits  et  impots  comme  la  nation  la 
plus  favorisée;  que  lè  roi  (  art.  VIII)  protége- 
rait,  autant  qu'il  dépendrait  de  lui^  les  yais- 
sëaux  des  Etats-Unis  contre  les  barbaresques  ; 
que  les  droits  d'aubaine  et  de  détraction  (art.  XI) 
seraient  abolis  entre  les  deux  états,  que  les  mar- 
chandises des  sujets  des  Etats-Unis  (  art.  XIV) 
trouvées  sur  navires  ennemis,  seront  confisca-^ 
blés;  mais  seulement  deux  mois  après  la  décla- 
ration de  guerre.    . 

Il  était  pareillement  permis  (  art.  XXIII  )  à 
tous  et  chacun  des  sujets  du  roi  très  chrétien  et 
aux  citoyens,  peuples  et  habitans  des  susdits 
Etats-Unis ,  de  naviguer  avec  leurs  bàtimens  en 
toute  liberté  et  sûreté,  sans  qu'il  pût  être  fait 
d'exception  à  cfet  égard ,  à  raison  des  proprié- 
taires des  marchandises  chargées  sur  lesdits  bà- 
timens, venant  de  quelque  port  que  ce  fût,  et  . 
destinés  pour  quelque  place  d'une  puissance 
actuellement  ennemie,  ou  qui  pourrait  Tétre 
d^s  la  suite,  de  ^a  majesté  très  chrétienne  ou 
des  Etats-Unis. 

Il  était  permis  aux  sujets  ou  habitans  susmen- 
tionnés, de  naviguer  avec  leurs  vaisseaux  et  mar- 
chandises, et  de  fréquenter  avec  la  même  liberté 
et  sûreté  les  places,  ports  et  havres  des  puis- 
sances ennemies  des  deux  parties  contractantes 
oii  d'une  d'entr'elles,  sans  opposition  ni  trou- 
ble, et  de  faire  le  commerce  non-seulement  di- 


LIVRE  VI.  .  i6i 

rectement  des  ports  de  Tenneinî  à  un  autre 

port  ennemi 

,  II  était  stipulé  par  le  traité ,  que  les  bâtimens 
libres  assureraient  également  la  liberté  des  mar- 
chandises; et  qu'on  jugerait  libres  toutes  les 
choses  qui  se  trouveraient  à  bord  des  navires 
appartenans  aux  sujet^s  d'une  des  deux  parties 
contractantes,  quand  même  le  chargement  ou 
partie  d'icelui,  appartiendrait  aux  ennemis  de 
Tune  des  deux;  bien  entendu  néanmoins  que 
la  contrebande  serait  toujours  exceptée, 

Il  était  encore  convenu  que  cette  même  li- 
berté s'étendrait  aux  personnes  qui  pourraient  se 
trouver  à  bord  du  bâtiment  libre ,  quand  même 
elles  seraient  ennemies  de  l'une  des  deux  par- 
ties contractantes;  et  elles  ne  pourraient  être 
enlevées  desdits  navires,  à  moins  qu'elles  ne 
fussent  militaires  et  actuellement  au  service. 

L'art.  XXIV  reconnaissait  comme  seuls  objets 
de  contrebande,  les  armes,  canons,  bombes  avec 
leurs  fusées,  et  autres  choses  y  relatwes,  boulets, 
poudre  à  tirer,  mèches, piques,  épées,  lances, 
dards,  hallebardes,  mortiers,  pétards,  grenades, 
salpêtre,  fusils,  balles,  boucliers,  casques,  cui- 
rasses, cottes  de  mailles  et  autres  armes  de  ceitté 
espèce,  propres  à  armer  les  soldats,  porte-mous- 
quetons, baudriers,  chevaux  avec  leurs  équi- 
p,age$,  et  tous  aûtrçs  instrumens  de  guerre  quel- 
conques. 

VII.  11 


i€4  VIP  PÉRIODE.  ' 

j)  Etats-Unis*  de  TAmërique  auraient  été  recon- 
»  nues  de  la  Grande-Bretagne ,  etc.  » 

Ce  second  traité  ,  qui  n'était  qu'éventuel  , 
n'empêchait  point  les  colonies  de  traiter  avec 
l'Angleterre,  même  sans  le  concours  de  la  France: 
il  resta  secret ,  et  n'acquit  de  réalité  que  par  la 
guerre  qui  éclata  peu  après ,  entre  la  France  et 
la  Grande-Bretagne. 

Après  la  conclusion  de  ces  deux  traités  ,  le 
docteur  Franklin  resta  en  France  pour  y  rési- 
der en  qualité  de  ministre  des  Etals-Unis.  Pré- 
senté à  Louis  XVI ,  ce  monarque  lui  dit  :  «  As- 
»  surèz  de  mon  amitié  les  Etats  -  Unis  d'Amé^ 
»  Tique  ;  je  suis  très  satisfait  en  particulier  de 
»  la  conduite  que  vpiis  avez  tenue  dans  mon 

s 

»  royaume,  » 

M.  Silas  Déane  s'embarqua  sur  la  flotte  du 
cpmte  ^l'Estaing  pour  r^Journer  en  Amérique  ; 
et  M.  Gérard  ,   premier  commis  des  affaires 
étrangères,  partit  sur  la  même  flotte,  en  qua- 
lité de  ministre  plénipotentiaire  de  France  près 
les  Etats-Unis.  Ayant  demandé  son  rappel  en 
1779  ,  il  fut  remplacé  par  le  chevalier  de  la 
Luzerne.  M.  Gérard  avait  un  talent  distingué  , 
ainsi  que  l'attestent  la  présente  négociation  ,  et 
les  travaux  qu'il  a  laissés  dans  le  département 
des  affaires  étrangères. 
1778.        ,  Les  deux  traités  que  nous  venons  d'exposer, 
»i4>i»°'siir'!eft  spnt  susceptil;>l.es  d'observayons  diverjçes.  D  un 


LIVRE  VI.  i63 

côte  •  une  politioue  hardie  semblait  inviter  la  acm  tMt^ 
France  à  profiter  de  la  position  critique  de  l'An- *^'^* 
gletçrre ,  et  à  lui  enlever  une  des  bases  de  sa 
puissanoev' C'était  une  occasion  offerte  à  la  ven- 
geance pour  les  sacrifices  et  les  humiliations  de 
la  paix 'de  1765.  Le  commerce  français  et  celui 
de  l'Europe  ^entière  se  flattaient  de  s'enrichir  de 
tout  cè  qu'allait  perdre  celui  de  la  Grande-Bfe- 
t^gste.  L'-equilibre  maritime  y  gagnait  encore. 
La  cour  de  Versailles  augurait  enfin  qu'à  peu 
de  frais  ,  et  par  quelques  courtes  démonstra- 
tions, plutôt  que  par  une  guerre  opiniâtre  et 
longue ,  on  obtiendrait  des  réparations  de  l' An-- 
gleferre  et  des  avantages- signalés.  D'un,  autre 
côté,  la  coiir  de  Versailles  devait -elle  se  hâter 
de  prêter  appui  et  protection  aux  insurgens 
américains?  Leur  indépendance  détroit  et  de 
fait  9  était-elle  assez  avérée  pour  qu'ils  méritas- 
sent les  secours  publics  d'un  gouvernement  ab- 
solu j  qui  avait  lui-même  des.  colonies,  et  dont 
le  principal  allié  était  possesseur  de  la  moitié 
du  Nouveau  •>  Monde  ?  Dans  cette  crise  embar- 
rassante ,  n'y  avait* il  pas  un  parti  mixte  moins 
susceptible  de  critique ,  qui  était  de  faire  la 
guerre  à  l'Angleterre  pour  des  griefs  indépen- 
dans  de  la  cause  des  Américains;  tels  que  les 
provocations  de  sa  marine ,  et  la  visite  faite  des 
bâtimens  français  à  la  vue  des  côtes  ?  Les  Amé^ 
ricâins  eussent  profité  d'une  diversion  ,  dont 


i66  VIP  PÉRIODE. 

.  lesveffetfi  eusseqt  été  çeFtains?  et  les  formes  irré- 
prochables  ;  tandis  que  la  cour  de  Versailles ,  en 
se  hâtant  de  conclure  avec  eux  des  traités  di- 
rects., et  de  les  admettre  ainsr  de;Son  propre 
mouvenjeqt,  dans  le  collège  des  ^puissances, 
encourait  le  reproche  de  favoriser-  uo  peuple 
dont  rëtat  politique  était  très  équivoque,  et  les 
principes  insurrectionnels  dangereux  à  plus 
d'Dn  égard  ;  ainsi  quelle  en  a  fait  la  trop- fatale 
expériejrice,  '  ': 

;  Néannioins ,  le  cabini^t  de  Loais  xvi  peut  être 
excusé  sous  quelques  ^rapports.  Il  parîaît^  abord 
qu'ij  ne  se  décida  ii  Ia..guei»r6  y  que  loi^qu'il  ftit 
convaincu  que  Ucouç  de^Londres  ne  cherchait 
à  se  rapprocher  de,  ses  <;olonies  que  pour  enva-^ 
hir  celles  de.la  ï^^^pqe.  De  plus,  la  coUif  dé 
Versailles  fti t  en tr^i^ée  par  l'opinion  de  presque 
toute  l'Europe ,  appelant  son  intervention  di- 
recte et  une  protection. ouverte  en  faveur  des 
Ânglo-Âméricains,  lesquels,  par  leurs  efforts 
héroïques ,  et  des  vertus  magnanimes ,  s'étaient 
acquis  des  partisans  depjiis  le.  trône  jusque ^ans 
lès  derniers  rangs;  en  sorte  qu'ils  avaient  pour, 
avixiliaire  U  moitié  de  la  France  y  avant  que 
Louis  XVI  se  fut  prononcé  ouvertement  pour 
eux. 

Koiificiiîon     ^*  ^^"^  ^^  Versailles  ne  pouvant  cacher  long-, 
faîte  à  la  cour  tcmps  Ics  eugagemcns  politiques  qu'elle  venait 

.  deLondres  du    -  i        -r-i  wt     •         /» 

de  contracter  avec  les  Etats-Unis ,  nt  remettre 


/ 


LIVKE   VI.  167 

à  la  cour  de  Londres^  le  i5  de  mars  1778,  pat  *»î«* d'««î*î* 
le  marquis  de  Noailles,  ambassadeur  en  Angle*  Ubû. 
terre,  la  notification  suivante  : 

ce  Les  Etals-Unis  de  rAmér  ique  septentrionale , 
»  qui  sont  en  pleine  possession  de  Findépen^ 
»  dance  prononcée  par  leur  cvcte  du  4  dejmUet 
»  1776 ,  ayant  fait  proposer  au  roi  de  consolider 
»  par  une  convention  formelle  ,  les  liaisons  qui 
y>  ont  commencé  entre  les  deux  nations ,  lès  plë- 
»  uipotentiaires  respectifs  ont  signé  un  traité 
»  d'amitié  et  de  commerce ,  destiné  à  servir  de 
»  base  à  la  bonne  correspondance  mutuelle. 

»  Sa  majesté  étant  résolue  de  cultiver  la  bonne 
»  intelligence  entre  la  France  et  la  Grande-Bre- 
»  tagne  par  tous  les  moyens  compatibles  avec  sa 
»  dignité  et  avec  le  bien  de  ses  sujets,  croit  de- 
»  voir  faire  part  de  cette  démarche  a  la  cour  de 
»  Londres,  et  lui  déclarer  en  même  temps  que 
y>  les  parties  contractantes  ont  eu  Tattention  de 
9  ne  stipuler  aucun  avantage  exclusif  en  faveur 
»  de  la  nation  française ,  et  que  les  Etats-^Unis 
»  ont  conservé  la  liberté  de  traiter  avec  toutes 
»  les  nations  quelconques ,  sur  le  même  pied 
»  d  égalité  et  de  réciprocité. 

»  En  faisant  cette  communication  à  la  cour 
»  de  Londres,  le  roi  est  dans  la  ferme  persua- 
»  sien  qu'elle  y  trouvera  de  nouvelles  preuves 
>»  des  dispositions  constantes  et  sincères  de  sa 
»  majesté  pour  la  paix;  que  sa  majesté  britan- 


s 


168  VIP  PERIODE. 

D  niqne  anknëe  des  mêmes  senlimens ,  évitera 
»  ëgalecp^nt  tout  ce  qui  pourrait  altérer  la  bonne 
»  harmonie,  et  qu'elle  prendra  particulièrement 
»  desmesuresefficacespourempécherquelecom- 
j»,  .^etcedesessujetsayeclesElats-UnisderAméri- 
»  que  septentrionale  ne  sqH  trouble,  et  pour  faire 
»  obserwr  à  cet  égard  les^  usages  reçus  entre  les 
;)  natjOtÇS  commerçantes,  et  les  règles  qui  peu- 
»  vent  être  censçes.  subsistantes  entre  les  cou- 
D^ronnes  de  France  et  de  la  Grande-îBrelagne. 

»  Dans  cette  juste  confiance,  Tambassadeur 
»  soussigné  pourrait  croire  superflu ,  de  préve- 
»  nir  le  ministère  britannique  que  le  roi  son 
». maître,  étant  déterminé  à  protéger  clficace- 
^  »  ment  la  liberté  légitime  du  commerce  de  ses 
?)  sujets,  et  de  soutenir  l'honneur  de  son  pavil- 
»  lou ,  sa  majesté  a  pris  en  conséquence  des  me- 
»  sures  éventuelles,  de  concert  avec  les  Etats- 
»  Unis  de  l'Amérique  septentrionale.  » 

Cette  pièce  fut  comme  le  signal  de  la  guerre 

entre  la  France  et  l'Angleterre,  et  la  torche  qui 

lie  tarda  pas  à  embraser  les  deux  mondes. 

1779.  La  France ,  après  avoir  gardé  un  long  silence , 

motih^de  la  jugca  à  propQS  de  le  rompre  par  Vexposé  des 

France^*       *  TTlOtifs  de  SU  COTldlUte. 

Le  roi  se  plaignait  que  depuis  son  avènement 
à  la  couronne ,  la  cour  de  Londres  fidèle  à  son 
ancien  système  ,  avait  continué  ses  actes  de 
violence  contre  le  commerce  et  la  navigation 


^     N 


LIVRE  VI.  169 

àe  ses  sujets.  <(  L'état  d^  guerre ,  disait-il ,  où 
»  les  Etats-Unis  de  l'Amérique  septentrionale  se 
»  trouvaient  nécessairement  à  l'égard  de  l'An- 
»gleterrG,  les  força  de  se  frayer  un  chemin 
»  pour  arriver  jusqu'aux  autres  puissances  de 
»  l'Europe,  et  ouvrir  un  commerce  avec  elles, 
»  et  le  roi  aurait  trahi  les  intérêts  les  pUis  es- 
»  sentiels  de  son  royaume,  s'il  eût  refusé  de  les 
»  admettre  dans  ses  ports ,  et  de  les  faire  parti* 
»  ciper  aux  avantages  dont  jouissaient  tout^  les 
»  autres  nations. 

»  Que  cependant  le  rbi  avait  hien  voulu  met- 
»  tre  les  entraves  qui  pouvaient  dépendre  de  lui 
jf>  à  l'exportation  des  armes  et  des  munitions  de 
]i  guerre,  et  qu'il  avait  donné  même  l'assurance 
»  la  plus  positive,  que  non«seulement  il  ne  proté- 
»  gérait  point  ce  commerce,  mais  qu'il  laisserait 
»  à  l'Angleterre. une  entière  liberté  de  réprimer 
»  selon  les  règles  prescrites  par  les  traités  ,  et 
»  selon  les  lois  et  usages  de  la  mer ,  tous  ceuit 
i»de  ses  sujets  qui  seraient  trouvés  en  contra- 
»  vention  à  ses  défenses  ». 

La  cour  de  Londres  prétendait  rendre  \e  roi 
responsable  de  toutea  les  transgressions  faites 
par  tous  les  bàtimens  de  commerce  français  , 
«  tandis ,  observe.le  mémoire ,  que  le  roi  d'An- 
»  gleterre  ne  pouvait  pas  lui-même,  malgré  un 
»  acte  formel  du  parlement ,  empêcher  ses  pro- 
3»  près  négocians  de  fournir  des  marchandises 


170      ^  VIP  PÉRIODE. 

»  et  même  des  munitions  de  guerre  aux  colonies. 

»  La  cour  de  Londres  ayant  couvert  la  mer 
»  d'armateurs  munis  de  lettres  de  marque  vrai- 
»  ment  offensantes ,  vicié  sans  mëna«;eraent  la 
»  foi  des  traités  ,  troublé ,  sous  les  prétextes  les 
»  plus  frivoles  et  les  plus  absurdes,  le  commerce 
»  et  la  navigation  des  sujets  du  roi,  et  insulté 
»  en  plus  d'une  occasion  ,  le  pavillon  de  sa  raa- 
»  jesté  ,  le  roi  déféra  à  la  cour  de  Londres  tous 
»  ses  griefs  ;«  mais  celle-ci  affecta  de  garder  un 
»  silence  offensant  sur  la  plupart  des  offices 
»  de  l'ambassadeur  du  roi.  Dès-lors,  il  devint 
D  d'un  devoir  rigoureux  pour  sa  majesté  de 
»  faire  des  dispositions  capables  de  prévenir  les 
»  mauvais  desseins  de  son  ennemi ,  et  des  dé-^ 
>>  prédations  et  des  insultes  pareilles  à  celles  de 
»  1755. 

»  Dans  cet  état  de  choses ,  le  roi ,  qui ,  malgré 
»  des  intérêts  pressans ,  s'était  refusé  Jusque-là 
»  aux  ouvertures  des  États-Unis  de  F  Amérique 
»  septentrionale,  sentit  qu'il  n'y  avait  plus  un 
»  moment  à  perdre  pour  former  des  liaisons 
»  avec  eux. 

»  Le  roi  notifia  ces  liaisons  à  la  coiir  de  Lon- 
»  dres  qui  rappela  son  ambassadeur,  et  dénonça 
»  à  son  parlement  la  démarche  de  sa  majesté , 
»  comme  un  acte  d'hostilité  et  une  agression  for- 
»  melle  et  préméditée. 

»  La  France  se  mit  en  devoir  de  repousser  la 


-  > 


LIVRE   VI.  171 

n  force  parla  force,  et  elle  envoya  en  Amérique ,' 
^  une  escadre  sous  le  commandement  du  comte 
^  d'£staing. 

»  L'Espagne  ayant  offert  sa  médiation ,  sa  ina« 
»jesté  très  chrélîenne  reçut  cette  ouverture 
9  avec  satisfaction,  et  suspendit  le  départ  de  la 
> flotte  de  Brest,  exigeant  que  les  États-Unis 
9  qu'elle  ne  voulait  pas  abandonner,  fussent  corn* 
»  pris  dans  la  réconciliation  générale  é 

3  La  cour  de  Londres  répondit  qu*il  ne  pou- 
»  vait  être  question  de  paix  et  de  réconcilia- 
9  tion ,  qu'après  que  la  France  aurait  retiré  sa 
»  déclaration  du  i5de  mars^le  l'année  dernière. 

»  Cependant  l'espoir  d'une  conciliation  flat- 
y  tait  encore  le  cœur  du  roi,  lorsque  les  esca- 
le dres  commandées  par  les  amiraux  Rappel  et 
j»  Biron ,  sortirent  des  ports  d'Angleterre  ;  et  en 
9  même  temps  ,  la  frégate  la  BeUe  Poule ,  fut 
»  attaquée  par  une  frégate  anglaise ,  à  la  vue 
»  même  des  côtes  de  France. 

9  Depuis  cette  époqiie,  les  hostilités  ont  con- 
»  tinué  entre  les  deux  couronnes ,  sans  déclara* 
>  tion  de  guerre ,  soit  de  la  part  de  TAngleterre 
»qui  manquait  de  moyens  de  la  justifier,  soit 
x.de  la  part  de  la  France,  parce  qu'elle  ne  ces- 
»  sait  de  se  flatter  que  le  ministère  britannique 
»  rentrerait  enfin  en  lut-méme. 

»  Cependant  sa  majesté  catholique  proposa  un 
»  nouveau  plan  selon  lequel  les  puissances  bel- 


« 


» 


17»  VII-  PÉRIODE; 

»  ligërantes  feraient  une  trêve  à  longues  années.* 
»  Ce  plan  fut  agre'é  par  sa  majesté  très  chré-r 
»  tienne ,  à  condition  que  les  États-Unis  y  se-  ' 
«raient  compris,  et  qujls  seraient  traités  pen- 
)»  dant  la  trêve  ,  comrtxe  indépendans  de  fait  ; 
y>  mais  la  cour  de  Londres  rejeta  ces  conditions 
))  de  la  manière  la  plus  formelle  ,  et  ne  montra 
»  de,  dispositions  à  la  paix, \ qu'autant  que  Je 
3D  roi  abandonnerait  les  Américains,  à  eux  mé- 
»  mes,  etc.  »  Tel  est  le  précis  fidèle  des  moyens 
de  défense  allégués  par  la  Fraqc^  (i). 
Ï779.  Aux  matifs  Justificatifs  de  la  cour  de  Versailles, 

jnstifiwtif *de  celle  de  Londres  répondit  par  un  mémoii*e  dér» 

•  Lon^e"!  ^*  veloppé  daus  lequel  elle  lui  reprochait  d'avoir 

méconnu  la  foi  des  traités  i^t  lejs  droits  des  sou^ 

verains ,  pour  essayer  de  profiter  des  circons- 

,  tances  qui  paraissaient  favorables  à  ses  desseins 

ambitieux  ,  de  n'avoir  point  rougi  d'avilir  sa 
dignité  par  les  liaisons  qu'elle  formfait  avec  des 
sujets  rebelles  ;  et  qu'après ,  à  voir  éppisé  toutes 
les  ressources  de  la  perfidie  et  de  la  dissimula-* 
tion ,  elle  avait  osé  avouer,  à  la  face  de  l'Enrope 
indignée  de  sa  conduite ,  le  traité  solemhel  que 
les  migiistre^  du  roi  très  chrétien  avaient  sî|;né 
avec  les  agens  ténébreux  des  colonies  anglaises  ^ 
après  des  liaisons  multipliées  qui  eussent  justi- 
fié déjà  de  la  part  du  roi  d'Angleterre ,  une  dé-** 


i«^>MaMta 


(  I  )  Mercure  histor*  et  polit,  de  1 7  794 1.  II. 


LIVRE   VI.  175 

daration  de  guerre ,  s'il  eût  été  moins  avare  du 
sang  de  ses  sujets. 

La  cour  de  Londres  accuse  celle  de  France 
d'avoir  protégé  une  compagnie  de  commerce  qui 
faisait  passer  en  Amérique  ,  non- seulement  les 
marchandises  utiles  ou  nécessaires,  mais  encore 
le  salpêtre,  la  poudre  à  canon ^  les  munitions 
de  guerre  ,  les  armes ,  l'artillerie.  Le  mémoire 
cite  en  particulier,  neuf  gros  vaisseaux  équipés 
et  frétés  par  le  sieur  Beaumarchais  et  ses  asso- 
ciés, au  mois  de  janvier  1777  ,  indépendam- 
ment de  plusieurs  vaisseaux  de  guerre  comman- 
dés par  des  officiers  connus  ,  et  destinés  pour 
l'usage  des  Américains  rebelles. 

La  cour  de  Londres  se  plaint  que  de  nom- 
breux corsaires  français ,  avec  defS  lettres  de 
marque  du  congres,  se  jetaient  sur  les  bâtimens 
de  com^merce  anglais,  et  vendaient  même  leurs 
prises  dans  les  ports  de  France;-  que  la  cour  de 
Versailles  avait  admis  même  en  France ,  des 
agens  des  rebelles  américains. 

jlux  expressions  du  manifeste  de  la  France 
portant  :  «  que  les  procédés  de  la  cour  de  Lon- 
»  dres  avaient  forcé  lés  anciennes  colonies  de  re- 
»  couri^  à  la  voie  des  armes  ,  pour  maintenir 
»  leurs  droits ,  leurs  privilèges  et  leur  liberté ,  »  le 
cabinet  de  Saint-James  répondait  que  la  France 
ne  pouvait  se  prévaloir  de  nnjuslice  prétendue 
qu'elle  reprochait,  saps  introduire  dans  la  juris- 


iji  VIP   PÉRIODE. 

prudence  de  TEurope ,  des  maximes  aussi  nou- 
velles qu'elles  seraient  fausses  et  dangereuses  ; 
sans  supposer  que  les  disputes  qui  s'élèvent  au 
sein  d*mi  état  indépendant  et  souverain,  sont 
soumises  à  la  juridiction  d'un  prince  étranger  ; 
et  que  ce  prince  peut  évoquer  à  son  tribunal 
ses  alliés  et  leurs  sujets  révoltés,  pour  justifier 
la  conduite  du  peuple  qui  s'est  affranchi  des  de- 
voirs de  l'obéissance  légitime. 

La  cour  de  Londres  disait  enfin,  que  <c.  pour 
31  attaquer  la  France ,  elle  n'avait  pas  été  tenue 
y>  de  donner  une  déclaration  de  guerre  formelle  ; 
»  que  la  déclaration  de  M.  de  Koailles,  du  1 3  de 
»  mars  de  l'année  précédente,  était  elle-même 
31  le  signal  de  l'infraction  publique  de  la  paix  ; 
»  que  les  hérauts,  les  proclamations,  les  mani- 
»  festes  ne  sont  jamais  nécessaires,  et  que  te  dé- 
1»  part  de  l'ambassadeur  britannique  de  Paris  , 
»  et  le  message  au  parlement  avaient  suffisam-» 
n  ment  fait  connaître  le  besoin  et  le  dessein  dç 
»  repousser  une  injuste  agression. 

La  cour  de  Versailles  publia  des  observations 
observations  g^p  jg  mémoire  iustificatif  de  la  cour  de  Lon- 

de  la  France  .  «^ 

•nr  le  mémoi-  (Jres ,  daus  lesquelles  elle  avait  pour  but  princi- 

re   justificatif        ,  _*  _  i,,.-, 

de  u  cour  de  paiement  de  repondre  au  reproche  d  avoir  avili 
sa  dignité  en  formant  des  liaisons  secrètes  avec 

des  sujets  rebelles  (i). 

» 

(ly Mercure  histoK  etpoiif, ,  1 780 , 1. 1. 


LIVRE  VL  175 

a  II  est  cerlBia)  dit  le  mémoire,  que  le  sieur 
»  Dëane  était  chargé  de  deux  commissions ,  Tunë 
»  d'établir  d^  relations  de  commerce  entre  les 
»  sujets  du  roi  et  les  Américains  ;  Tautre  de  pro* 
»  poser  au  rot ,  non -seulement  un  traité  de  com- 
»  ipçrce  j  mais  aussi  une  alliance  conçue  dans 
»  les  termes  les  plus  étendus. 

»  Le  roi  pouvait  assurément,  sans  avilir  sa  di- 
»  gnité  ,  sans  violer  les  traités  ,  sans  léser  les 
»  droits  des  souverains,  entendre  les  ouvertures 
u  de  l'agent  américain.  Sa  majesté  les  entendit 
»  eu  effet  ;  mais  elle  fit  connaître  au  sieur  Déane, 
»  que  son  intention  n'était  pas  de  former  des 
»  liaisons  politiques  avec  les  colonies  ;  elle  refusa 
»  non-seulement  de  recevoir  les  projets  du  traité 
»  que  cet  Américain,  lui  avait  présentés ,  mais 
j»  aussi  de  reconnaître  la  qualité  de  commissaire 
»  que  le  congrès  lui:  avait  donnée ,  et  elle  se 
»  borna  à  accorder  au  sieur  Déane,  comme  par- 
D  ticulier ,  le  même  asile  et  la  même  protection 
»  dont  jouissent  tous  les  étrangers  qui  habitent 
»  le  royaume.  »  Le  niinistère  anglais  ayant  ré- 
clamé M.  Déane  comme  un  sujet  rebelle ,  le  roi 
s'y  refusa  < 

La  cour  de  Versailles  s'attache  à  prouver 
qu  elle  a  pu  secourir  les  Américains ,  par  Texem- 
ple  de  la  reine  Elisabeth  à  l'égard  des  Pays-Bas 
re'voltés  contre  TËspague.  Elle  observe  que  Vin- 
térêt  de  tétat  a  pu  la  déterminer  à  se  lier  avec 


176     '  VIP  PÉRIODE. 

les  Américains,  afin  de  faire  cesser  une  prcpo- 
tence ,  dont  TAngleterre  abusait  dans  les  quatre 
parties  du  monde  au  détriment  d#la  France. 

Le  roi  pense  donc  que,  i®.  «  le  droit  des  gens, 
»  la  politique  et  ^exemple  même  de  l'Angleterre 
9  l'autorisaient  à  regarder  les  Américains  comme 
x>  indépendans  de  fait ,  dès  l'époque  du  4  de  juil- 
»  let  1776,  et  qu'il  l'a  pu,  à  plus  forte  raison  , 
»  à  l'époque  du  6  de  février  1778  ; 

2^.  »  Qu'en  les  regardant  comme  tels,  et  en 
»  formant  des  liaisons  avec  eux,  sous  cette  qua- 
»  lification ,  il  n'a  violé  ni  les  traités,  ni  le  droit 
»  des  souverains; 

3"*.  »  Qu'en  traitant  avec  eux,  il  ne  s'est  point 
»  rendu  coupable  de  perfidie  ; 

4®.  »  Que  le  traité  d'amitié  et  de  commerce 
»  conclu  avec  le  congrès  n'est  pas  une  offense 
»  pour  l'Angleterre  ;  et  que  par  conséquent , 
»  l'acte  du  1 3  de  mars  1778,  par  lequel  il  a  été 
j>  dénoncé  ,  n'est  point  une  déclaration  de 
»  guerre.  » 

C'est  au  lecteur  impartial  et  sincère  à  juger 
de  la  solidité  des  plaintes ,  comme  de  celle  de  la 
justification  des  deux  puissances. 

Dans  ses  projets  contre  l'Angleterre ,  la  cour 
Concerç entre  jg  Francc  désirait  l'union  de  ses  forces  mari- 

la  France    et  ,  ' 

TEspagne.  timcs  à  cellcs  de  l'Espagne  :  celle-ci  fit  quelques 
difficultés  et  se  montra  même  très  récalcitrante, 
soit  parce  qu'on  xie  lui  avait  témoigné  qu'une 


LIVRE  VL  J77 

tardive  ccmfiance ,  soit  parce  que  Charles  m  , 
d'un  itaitrrel  paôîfiqife  ',  et  déjà  avance  en  âge  ^ 
ne  voulait  pas  troubler  là  fin  de  sa  vie  par  une 
guerre  redoutable  (i).  '      *  ' 

Louis  XVI  ;*  pour  le  décider ,  lui  écrivit  diffé- 
rentes lettres  ^  celle  du  8  de  janvier  1778 ,  était 
ainsi  conçue  (2)  :  ^       •     * 

«  J^Ànsieur  mon  frère  et  oncle /le  désir  sin- 
»  cère  que  j'ai  de  maintenir  la  véritable  harmo- 
»  nie  ,  la  cou(?ordaucê  e(  Funité  de  système,  qui 
»  doivent  toujourseil  imposer  à  rtos  etin'émis, 

*  m'engage  à  exposer îàVôttè'hiajesté ,  Tffâ  façon 
»  de  penser  sur  la  situa tioù  présenté  des  affaires. 
»  L'Angleterre,  notre  etanemi  tfotniïiùh'et  invé- 
»  téré ,  est  engagée  depuis  trois  ans,  dans'uiie 

•  guerl'e  avec-  ses  colonies  d*Amériquè/  îfotis 
i>  sommes  convenus  dé  në'pas  nous  en  mélef  ; 
»  et  regardant  les  deiix  pakies'  sous  le  nàtti  (Tàh- 
»  glais,'  nous  avons- rendu  1è  commerce  de  nos 
»  états  libre  à  celle  qiiî  y  trouvait  le  mieux  son 


!»• 


(i)  Au  moment  'où  lordlStormont  quittait  là  f'rânce ,  le 
T<H  d'E^^e  éci4vk  à  la  gfânde-dachésse  de  TbÀ:arie, 
«  qu'il  ^tait  bien  ^ésolu^à  n'enteer  ^  ni  pour  1er  raàà^nVy^ni 
»  pour  revenir  9  dans  la  q^ei^lle  ^  la  France  aM|rrk9gile^ 
»  terre ,  ajoutant  <|u'il  Youkif  .fin^  ^^  ^ie  dani  1^  Vfipof^  ,^  e^ 
»  qu'il  en  sentait  trop  le  prix  pour  vouloir ,'  à  squ  âge.  se 
»  sacrifier  à  rintérêt  ou  à  Topimon  d'autrui.  » 

(is)  Elle  fut  minutée  par.  le  comte  de  Yergennes  y  et  lè  roi 

copia. 

vil.  12 


N 


178  VIP  PERIODE. 

»  compte.  De  cette  manière ,  i'Ame>iqpe/Vesl 
j»  pourvue  d'armes  et  dé  munitions  deni  elle 
»  manquait.  Je  ne  parle  pas  des  secours  é^^urgtm 
»  et  autres  que  nous  leur  aidons  donnés,  le  tout 
D  étant  passé  sur  le  compte  du  commeroe.  VAu- 
»  gleterre  a  pris  de  ^hmne^r  de  ces  seawrs ,  et 
»  ne  nous  a  pa^  laissé  ignorer  qu^effe  s^en  venge^ 
»  ra(t  tôt  ou  tard.  T^\e  a  n^iéroe  4éjà  saisi  plu* 
»  rieurs  de  nosbâtimensde  commerce  dont  nous 
j»  sollicitons  en  vain  la  restitutiout  Nous  n'avons 
»  'g^  perdu  diç  temps  de  fiotrei  côte  ;  nous  avons 
1»  fortifia  nos  colonies  le^.plus  ei^posëes  et  mis 
»  99r  un  pied  respecta^ç  nos.  mannes;  ee  qui  a 
»  contri^hué  à  augmenter  1^  mfiuv^is^  bjimeur 
9  de  r^ngleterre. 

9  Ç'éts^it  là  où  en  ét^i^nt  les,  affaires  au  œ^is 
1k  de  pQvembre  dernier.  I^  destruction  de  Tar- 
»  piee  de  Burgoynç^  e\  Vf^lAX  très  resserré  où  est 
9  ççll^  dç  Jlowçi^  Qnt  oh^ng^  tQtalemcpt  leur 
)»  fac^.  li'Aipérique  est  triomphante  9  et  TAn- 
i>  gleterre  abattue  ;  mais  pourtant  avec  une 
»  grandç fQTÇçi  en  marine  qui  estepcoyreejdUèjre, 
»  ^\  jiyec  Te^pér^pce  de  s  allier  utileoiei^t  aveo 
I»  seA  coiooies.t  l/fmpossibilité  étant  dérnontrée 
9  de  4es^sub}uguer  par  la  force.  Tous  les  partis 
h  en  conviennent;  lord  North  lui-même  ^  an- 
»  noûcé  en  plein  pàrleme{it ,  tin  plan  Aç  p9çifi- 
»  cs|t.ion  pour  la  première  session ,  et  ils  y  t|*a- 
»  vaillent  fortement  de  tous  les  côtés.  Aifisi  »  il 


LIVRE  VL  179 

»  nous  est  égal  que  ce  Tninistre-Hci  soit  en  place, 
»ou  tout  autre*  Par  dea  imotifs  différent  «  ils 
«s'unissent  contre  nou§  ,  et  ^'oublient  pas  nos 
»  mauvais  qfl^ce?.  Ils  tQin^iÇrQi^t;  ayçjo  apt^qt  <le 
»  forces  sur  nous ,  que.  si  la  guerre  n^avait  pas 
»  existé.  Cel^  posé ,  et  Içs  griefs  que  qous  ayons 
/contre  VAngletprrç  étant  notoires ,  aprè^  avojr 
»  pris  Tavis  de  mon  conseil  j  .et  notamment  de 
»  M.  d'Ossun ,  j'ai  pensé  qu'il  était  jusle  et  né- 
»  cessaire ,  ,^y^t  avisé  aux  propositions  que 
»font  les  insurgeu:^ ,  dç  coiuraencec  à  traiter 
»  avec  eux ,  pour  empêcher  leur  réunion  à  la 
»  métropole.  . 

»  J'expqs^eq^a.  façon  de  penser  i^  vo^re  m^jestç» 
•  J'ai  ordo)ç]^i;^, qu'on  lui  communiquât  lin  mé- 
»moir^.  où,  cç,^  rsiiççns  sont  plysj  dets^illées.  Je 
désire  fcipn  yivepnej^t  qu'elles  aient  son  appn9-^ 
batigu  j  çpm^a^ss^nt  h  poid#  de  sa  droiturç. 
»  Votre  majesté  ne  doute  pas  de  la  \iye  et  sii}- 
*cère  amitié ^^yoc  laquelle  je  suis,  moosiei^r 

Loujs  x^i.pÇ^Wt  encore  au  roj  d'E?p?SO^  ». 
en  da^e  ^u  19  ?.?  f^^^  »  ^^  lettre  suivantç  \      _  , 

«  Mctn^i^eyr  rnon  frère  et  pucle,  l'étroitç  ^«li\ 
9  tié  y  Y^x^Q^  îpUme  et  là  confiance  réciproque 
»  qui  règpept  si  heureusement  entre  nof  ipjti- . 
»  sons,  ift'epgagent  à  l^i  faire  part. mqï-meipe 
»  de  la  résolution  que  j'ai  pri^e.  Votre  oi^jeçté 


9 


l8b  Vir  PERIODE. 

»  n'ignore  pas  les  raisons  prépondérantes  qai 
»  m'oiit  èngajgé  affaire  un  traité  d'amitié  et  de 
»  commerce  avec  lès  Etats-Unis  de  l'Aihériqtiè, 
»  étant  dans  l'ihtîme  persuasion  de  l'avantage 
»  qiii'tiôus  en  if-eviendrait ,  en  affaiblissant  PAn- 
^  glêffcrre  d'une  partie  considérable  dé  ses  for- 
)/ces';  et  sachant  d'ailleurs  qu'elle  travailtaît  à 
»'-^se  irâccommodèp  avec  ses  colonies.  Ce  que 
»"j^à  Vais  prévu,  vient  d'arriver  :  F  Angleterre  a 
»  itih  au  jour  ses  projets  pour  se  réconcilier  av^ec 
»  rÂftiérique  ;  la  nation  y  applaudit  ;  et  il  ne 
»  raâiitjue  que  le  consentement  de  la  dernière 
^)  pour  la  réunion  qui',  sous  quelque  formie  que 
»  ce  soit,  ne  peut  que  nous  être  nuisible.  J'es- 
»  père  que  les'  mesures  'qùè^"aî  prisés,'  tra  ver - 
»  feront  les  mesures  de  rAngle terré  ;. mais  isi 
v^d'iine  part, 'là  coalition  avec  lès  Etats-Unis 
»  est  utile,  il  ne  fést ^as  Àibinâ  dé'  àôatenir  la 
»  dignité  et  rbonhèiir  de  la  courbhne;*'c'esl  ce 
»-qtii  m'a  engagé  a  faii'è  fàîré  à  Loùdre^*^  la  décla- 
D  ration  que  mon  ambassadeur  a  birdre  de  com« 
»  muniquet*  à*  votre  majesté.  Elle  ne^peut  qu^ 
»  sOixtetifir  le  courage  de  rAmérïqiie  ,'  'et  répri- 
»  mer  raudacé'àé  rÀrigreterré'ijuî  hç  cache  pas 
»  ses  vues  hostiles  et  prbchainfei.  'Ces  raisons 
»tiiàjeûres\  et ^ le^  'secrets  qui  ' commencent  à 
9  ^^é&iCCppery  m'ofnt/fait  penser  qu'il' n'y  avait' 
»  pas' à  différer  dé  se  montrer  avec  la  dignité  et 
31  la  force  qui  convient.  J'aurais   bien  désiré 


LIVRE  VI.  i8i 

»  d'avoir  l'avis  de  votre  majesté ,  qtiî  m'est  bien 
>> précieux  dans  mes  déterminations^  mais  les 
3»  circonstances  ne  m'ont  pas  permis  de  l'atten- 
»  dre.  J'ai  fait  informer  dé* tout,  le  comte  d'A- 
»  randa  et  le  chevalier  d'Escarano  ,  et  j'ai  ôr- 
»  donne  au  comte  de  Montmorin  de  commiini- 
»  quer  à  votre  majesté  ,  plus  en  détail ,  les  rai^ 
>  sons  qui  m'ont  déterminé ,  et  les  mesures  qtie 
»  j'ai  prises  en  conséquence^  je  désire  qu'elfes 
»  aient  son  approbation ,  qui  leur  ajoutera  un 
»  nouveau  poids.  Votre  majesté  connaît  la  vive 
»  et  sincère  amitié  avec  laquelle  je  suis,  .mon- 
»  sieur  mon  frère  et  oncle ,  • 

»  De  votre  majesté ,  bon  frère  et  neveu. 

»  Signé  LotJis.  » 
Le  roi  d'Espagne  répondit  par  la  lettre  sui- 

* 

vante  : 

«  Monsieur  mon  frère  et  neveu ,  votre  ma- 
»  jêsté  a  la  complaisance  de  me  confier  par  sa 
»  lettré  du  lo  de  ce  mois,  les  motifs  qui  l'ont 
»  engagée  à  ordonner  que  son  ambassadeulr  à 
»  Londres ,  fît  au  plutôt  une  déclaration  sôlem- 
»  nelle  sur  le  traité  conclu  avec  les  députés  des 
»  colonies.  Je  suis  bien  seîisible  à  cette  notivelle 
))  marqué  d'amitié  dont  votre  majesté  m*ho- 
»  note.  S'agissant  d'une  déclaration  prise  non- 
»  seulement  par  votre  majesté  ,  comme  conve- 
w  nable  à  la  dignité  de  sa  couronne ,  après  un 
y>  mûr  exatnen ,  mais  aussi  exécutée  vraiscmbla^ 


*      •   ;■ 


iSà  VIP  PERIODE. 

»  blement  avant  Ut  réception  de  sa  lettre^  je  crois 
»  devoir  rn  abstenir  â! énoncer  une  opinion.  Je  ne 
»  doute  nullement  que  la  prévoyance  de  votre 
»  ipajesté  n'ait  pris  toutes  les  mesures  nëces- 
»  sairçs  dans  des  circonstances'si  critiques,  d'au- 
»  tant  plus  que  la  moindre  omission  pourrait 
»  produire  les  conséquences  les  plus  funestes. 
»  Leis  instructions  données  au  chevalier  d'Esca- 
i>,.rano  ,  étaient  absolument  nécessaires;  elle» 
»  m,'ont  paru  très  sages.  Je  remet'cie  donc  bien 
>>  sincèrement  votre  majesté  de  cette  attention, 
1»  et  surtout  pour  là  pleine  liberté  d'agir  dans 
»  laquelle  elle  me  laisse  ,  et  que  je  suis  à  même 
»  d'accepter,  vu  la  situation  où  je  me  trouve. 
»  Au  reste ,  je  prendrai  toujours  le  plus  vif  in- 
7>  térét  à  la  gloire  et  à  la  prospérité  de  votre  ma- 
3>  jesté ,  et  serai  toujours  le  plus  empressé  à  lui 
»  témoigner  la  parfaite  et  sincère  amitié ,  etc. 
f  .  »  Signé  Charles. 

»  Au  Pardo ,  22  de, .mars  1778.  » 

On  voit  par  la  froideur  de  la  réponse  du  roi 
d'Espagne,  qu'il  n'était  encpre  quUement  déter- 
miné  à  s'engager  ^^x^s  la  guerre  avec  l'Angle- 
terre ,  et  il  laisse  même  percer  un  "knécouten- 
tement  secret ,  de  ce  que  la  notification  du  i3 
de  mars  1778 ,  à  la  cour  de  Londres,  avait  été 
arrêtée  et  signifiée  avant  qu'il  eii  eût  eu  avis. 

La  cour  de  Madrid  ^  maîtresse  de  la  jmoitié  du 
continent  de  l'Amérique ,  semblait  redouter  que 


LIVRÉ  VL  i85 

ê 

Tappui  donne  aux  colonies  anglaisée,  n^  servit 
de  motif  et  d'excuse  à  celui  qu'on  pourrait  doti- 
lier  tin  jour ,  pour  pousser  à  la  révolte  ses  pro- 
prés colonies.  Lst  cour  de  Madrid  s*étatit  portée 
pour  'médiatrice  y  à  la  soUicîtation  du  teabînet  de 
Saint-ïaines  \  celui-ci  fil  dès  propositions  si  io- 
jurieusés  à  la  Frantïe,  que  TEspagne  refusa  de 
les  lui  transmettre;  et  cédant  alors  elle-même 
z^s  griefs  personnel,  elle  fit  avec  la  cour  de 
Yersailles,  utie  convention  en  date  du  121  d^avril 
17799  par  laquelle  elle  consentait  à  un  concert 
contre  l'Angleterre. 

Le  â6  de  juin  suivant ,  le  marquis  d'Almodo- 
var, amba^adeur  d'Espagne  à  Londres,  re- 
mit àu  tninistèré  britantrique ,  un  manifeste  qui 
fut  suivi  immédiatement  d'une  déclaratibn  de 
guerre  contre  l'Angleterre. 

La  cour  de  Versailles  voulatlt ,  pendant  la      177S. 
guerre  qui  venait  de  s'allumer,  s'assurer  l'ainilié  conc^^ru 
des  neutres  ,  songea  à  leur  .donner  toute  fîkîi-^*2S^°^** 
litè  pour  leur  commerce,  ^  elle  fit  \  le  iBide 
juillet  1778,  un  règlement  renfermant  drffë* 
rentes  ^sposi lions '^i  dbnt  lapbs  importante , 
celle  contenue  en  ràrtlBle  premier  /  est  aînsî 
cnonfcéé:  '     ^'"'^  "        .  " 

a 

«  Sa  majesté  fait  défense  k  tous  arhi^tetii^.d'iair- 
»  rêter  et  cbndûîi^é  danii  lés^o'rts  du  Vèyàirrhe , 
»  les  navires  des  puissances  neutre!^  ;  ijdifhd 
2>  même  ils  sortiraient  ^dts  jprârtè' t^tinemfe  ou 


i84  VIP  PE^^Ï'ODE.    , 

»  qu'ils  y  seraient  destinés,  à  rexception,toute- 
»  fois  de  ceux  qni  porteraient  des  secours  à  des 
»  places  bloquées  ,  investies  ou  assiégées.  A 
»  l'égard  des  navires  d^s  états  neutres  ({ui  se- 
»  raient  chargés  de  marchandises  de  contre- 
»  bande  destinées  à  l'eijneipi,  ils  pourront  être 
^.arrêtés,  et  lesdites  marchandises  seront  con- 
»  fîsquéies  ;  mais  les  i^âtimens  et  le  surplus  de 
ji  la  cargaison  seront  relâchés  ,  k  mpius.  que 
»  lesdites  marchandises  de  contrebande  ne  comT- 
y>  posent;  les  trois  qufirt^  de  la  valeur  du  charge- 
yy  ment  y  auquel  cas  ,  les  navires  et  la  cargaison 
^ seront ;confisqués,en entier;  se  réservant,  au 
})«surplus«,.sa  majesté,  dç  révoquer  la  liberté 
:»jpQrtée.au  p;:^sent  article,'  si  les  puissances 
7>  qnueraies  n'accordent  pas  le  réciproque  dans 
»  le  délai  de  six  mois ,  à  compter  du  jour  de  la 
>)  publication  du  présent  règlement.  .. 
;  .  ».  Les  maîtres  4çb^tiTnens  neutres  (art.  II) 
»  seront  tenuç  dejijftifiçr  sur  jner  de,  Ij^ur  pro- 
».priélë  neutcei,  par  k^açse-ports  ,:  çonuiaisse- 
»;menp.,,f^cti^reç,e^^!j[,lrfip,^ièçes  du  bord,,  l'une 
»  desquelles  au^gcnoins,  constatera  Jà  Rropriétë 
«.jaetttEp"",^  .on  eii.Qgç|.j.ejttdra,  u|iç  (çpQppi^tion 
3)  précise  ;  et  quanit  aux  chartes-partie^  ^.  autres 

3j.  jçsté  ,^'f;Ues.  SQiegf'  regaj:<içM:  çpjpmçj  r\uUeft 
V  çt  dç  'nu.l  .effet.,  s  .  . ,  p^, . .  ^     ,   ?  V  .      '  ,  V 
i  .».tpîM;Y;%fS|eai^  iSSkliïi)  ^Fh*  ^^  quelque 


\ 


LIVRE  VI.  i85 

»  nation  qu'ils  soient ,  neutres ,  allies ,  desquels 
»  il  sera  constate  qja'il  y  a  eu  des  papiers  jetés 
»  à  la  mer  ou  autrement  supprimés  ou^dis- 
»  traits ,  seront  déclarés  de  bonne  prise  avec 
»  leurs .  cargaisons ,  sur  la  preuve  des  papiers 
3>  jetés  à  la  mer  ;  et  sans  qu'il  soit  besoin  d'exa- 
»  miner  quels  étaient  ces  papiers,  pourquoi  ils 
3>  ont  été  jetés  ,  et  s'il  en  est  resté  suf6sam- 
D  ment  à  bord  pour  justifier  que  le  navire  et 
»  son  chargement  appartiennent  à  des  amis  ou 
»  alliés. 

Art.  IX.  »  Seront  de  bonne  prise  tous  bâti- 
3>  mens  étrangers ,  sur  lesquels  il  y  aura  un  su- 
»  brecargue  marchand,  commis  ou  officier  ma- 
»  jor  d'un  pays  ennemi  de  sa  majesté  j  ou  dont 
j>  Téquipage  sera  composé  au-delà  du  tiers  des 
»  matelots  sujets  des  états  ennemis  de  sa  ma- 
»  jesté  ,  ou  qui  n  auront  pas  à  bord  le  rôle  d  e- 
»  quipage  arrêté  par  les  officiers  publics  des 
y>  lieux  neutres  d'où  les  bâtimens  seront  par- 
2)  tis.  »  . 

Les  autres  dispositions  sont  relatives  aux 
passe-ports  des  puissances  neutres  ou  alliées,  aux 
bâtimens  d'origine  ennemie,  au  mode  d'^P  cons* 
tater  la  propriété,  etc. 

Les  neutres  furent  mécontens  de  la  partie  de 
l'article  Important  «  qu'un  vaisseau  chargé  aux 
»  trois  quarts  de  contrebande  pour  l'ennemi, 
»  serait  saisi  en  totalité  y>  ;  et  ils  ne  furent  pas 


r 
( 


i86  VIP  PERIODE. 

moins  mëcontens  de  la  partie  de  l'ai^h  iXy  qui 
prononçait  ëgalénfient  a  la  'saisie  dû  bàthïient 
»  dans  lequel  on  tt'ouverait  Un  tomitiib  ou  un 
p  officier  ennemi.  » 


é  m 


LIVRE  VII.  187 


LIVRE  VU. 

Médiation  de  la  France  entre  rAutriche  et  la  Pmsse.  «* 
Traités  conclus  à  Tescben  sous  la  garantie  de  la  France. 
— -  Considératfons  sur  là  t>aîz  de  Tetehen.  -—  Adhésion  de 
la  France  k  k  neatr^ité  armée  dti  nord.  —  Contestation 
entre  les  lyiistres^de  France  et  de  Bohême  i  Ratîsbonne. 
-—  N^ociations  du  duc  de  la  Vauguyon  en  Hollande.  •— 
— Mort  de  M.  de  Manrepas  ;  sa  politise.  -^  Garantie  de 
la  constitution  de  Genèye  par  la  France ,  la  Sârdaigne  et 
^rne.  —  Médiation  des  âeux  cours  impériales  entre  la 
France  et  l'Angleterre.  -*•  Négociation  de  paix  entre  la 
FVance  et  l'Angleterre.  -~  Préliminàlnes  de  paix  entre  ces 
deux  états.— Considérations  sur  ce  traité.  —  Traité  dé» 
finitif.  —  Paix  entre  TEspagne  et  l'Angleterre.  —»  Paix 
entre  l'Angleterre  et  les  Proirinces-Unies  ^  par  les  Jmm» 
ofiBoes  de  la  France. 

LàÉï^tCT^VTi  de  Bavière  ,  dernier  mile  de  sa      S779- 

,  ^  ^  Paix  tntre 

branche >  élant  mort  le  00  de  décembre  17 77, r Autriche  et 
lempereur  Joseph  11 ,  d'accord  avec  l'impëra- u  ^^atfoa 
trice-reîne  sa  mère,  forma  des  prétentions  sur        '"*** 
une  grande  par'tie  de  sa  succession ,  et  envahit 
provisoirement  plusieurs  districts  de  la  Bavière. 
L  électeur  palatin ,  héritier  naturel  de  l'électeur 
de  Bavière ,  s'était  porté  à  traiter  avec  la  cour 
de  Vienne  ;  mais  le  duc  des  Deux-Ponts,  appelé 
à  recueillir  un  ^our-  la  succession  de  Télecteur 


a89  VIP  periqdï:. 

palatin ,  protesta  contre  les  démarches  envahis- 
;santes  de  l'empereur ,  et  la  cour  électorale  de 
Dresde  que  cet  e'vénemenJt  intéressait  pour  des 
droits  allodiaux,  se  joignit  au  duc  des  Deux- 
Ponts.  Le  roi  de  Prusse,  Frédéric  ii ,  jaloux  de 
maintenir  l'équilibre  dans  l'Empire,  et  plus  en- 
core de  satisfaire  son  animosité  contre  l'Autri- 
che,  s'empressa  non -feulement  4^  l'attaquer 
dans  des  mémoires  publics  (i^,  mais  il  arma  en 
faveur  des  maisons  palatine  et  de  Saxp. 

L'empereur,  menacé  parla  Prusse,  réclama 
de  la  cour  de  Versailles,  le  secours  de  vingt- 
quatre  mille  hommes ,  stipulé  par  l'alliance  dé- 
fensive de  1756. 

La  conduite  que  la  France  avait  à  tenir  dans 
cette  occasion ,  était  très  délidate  t  eHe  prévoyait 
déjà  la  guerre  avec  l'Angleterre ,  et  une  diver- 
sion continentale  pouvait  être  pour  elle  une 
charge  très  onéreuse. 

Le  a  de  février  1778,  le  comte  de  Vergenpes 
lut  au  conseil  du  roi  le  mémoire  suivant  ,jequèL 
est  un  modèle  de  circonspection  et  de  ces  sages, 
•balancemeris,  qu'il  faut  savoir  établir  lorsqu'il 
se  prépare  des  crises  dans  lesquelles  on  a   à 
craindre  d'être  entraîne'. 


;-l 


(i)  Voyez  dàins  le  itonie  II  du  Recueil  des  Dédùetiojîs  de 
M.  H«rtzberg ,  la-  coirrespondance  au^si  longue  que.  Ktî'- 
gieuse ,  qui  eut  lieu  entre  FAutridie  et  la  Prusse,  au  ^ojer 
de  la  succession  de  Bavière. 


LIVRE  VIL  ^  189 

«ï  Afin  de  ne  pas  se  jeter ,  disait  le  me'moire(i) , 
»  dans  des  discussions  vagues  et  incertaines ,  on 
»  supposera  ici  que  les  résolutions  du  roi  sont  : 

i^  »  D^ éviter  avec  le  soin  le  plus  extrême  y  tout 
»  ce  qui  pourrait  rengager  dans  une  guerre  conti" 
»  nentalcy  et  détourner  son  aFiention  de  l'objet 
»  principal  qui  l'occupe,  la!  guerre  avec  l'An- 
»  gleterré  ;     " 

ù^\  »  De  ne  point  chercher  à  dépouiller  la 
»  maison  d'Autriche ,  des  accroissemens  qu'elle 
»  s'est  procurés  par  son  arrangement  avec  l'élec- 
»  teûr  palatin  ; 

5^.  ».  Dé  cômpasser  tellement  son  langage  ^ 
ï>  qu'ubè  amitié  sincère ,  mais  ferme  et  éclairée, 
»  paraisse  lé  dicter  ;  et  que  la  France  ne  se  montre 
y>  pas  dans  une  disctission  de  cette  nature ,  de 
^  manière  à  mériter  ce  reproche  :  ou  de  parta- 
«^r  des  vues  d'ambition ,  ou  de  n'être  qu'un 
»  instrument  passif  deftelle  d'autî'ui  ; 
'  '4^.  2>  De  ménager  la  confiance  du  roi  de  Prusse, 
%  et  de  chercher  tous  les  moyens  possibles  d'em- 
»  |>écher  qu'il  ne  forme  la  coalition  du  parti  pro« 
»  tfest%n!t ,  auquel  l'Angleterre  donnerait  bientôt 
»  une  consistance  dangereuse. 

9  D'après  cette  supposition ,  on  pense  que  1  on 
»  pourrait  dire,  i^.  à  la  cour  de  Vienne,  que  \e% 


(1)  Mémoire  à»  M»  de  Vergennes  aa  rx»!.  Aux^  Arckwe$ 
impérùUesm 


ïgo  VIP  PÉRIODE^ 

«démarches  réitérées  et  toujours  pl\^s  pres-^ 
»  santés  du  roi  de  Prusse ,  justifient  et  augnc»eri«> 
»  tent  les  appréhensions  que  ie  roi  ^  cru  devoir 
»  confier  à  son  allié }  que  Tentréç  làe^  ^roiy)es 

»  autrichiennes  en  Bavière,  a  redoublée  chaleur 
»  qui  s'était  fait  sentir  dans  tes  premières  dér 
»  marches  de  ce  prince  ;  quç  Hoy.§  n^  nous  dîs- 
»  simulons  pas  qu'il  y  a  peut  être  de  Taffectation 
»  dau^  les  dispositions  qu'il  nou[j;  contre ,  et 
»  qu'il  emploie  tout  son  9rt  pour  ^fCaiblir  la  CQn- 
»  fiauce  de  l'alliance  ,  et  nous  eflijr^îqer  insen- 
j»  siblement  dans  ses  mesures,  eu  naêlaut  uu 
A  langage  modéré  à  unç  perspective  alarmante  ; 
ornais  que  bien  résolu  d'évitier  cet  écueiL  le 
»  roi  animé  des  mêmes  dispositiqns  p^çijliqu^e^ 
»  que  leurs  majestés  impériales  lui  on.t  ^\  çons- 
»  tammçnt  fait  témoigner,  ne  peut 9e  dispenser 
»  d'exciter  toute  leur"  atteution  sur  ççt  objet^  et 
»  dé  les  inviter  a  conc^ter  avec  |iii  1  lç3  Vf^e-r 
»  sureç  Içs  plus  proprçsis  a  maintenir  ^^  tràn(|uil* 
»  lité  de  rAlletnagne  ;  que  $2i,  majesté  le  4f^^if^  9 
y>  d'atitant  plus  que  les  grands  ^rmeinçus  df\  )'A^* 
ii  jçleterre,  les  dispositions  dp;  lauatl(W,^J.^^^ 
«gouvernement,  et  les  effqrts  que  çe.tf;^  P\Û^* 
»  s^nce  fait  pour  se  procurer  4çs  alliés  sur  le 
«continent,  fixent  néce^sair^ement  tOÙte  Tat- 
»  tention  de  sa  majesté  ;  qu'elle  est  instruite  par- 
a>  ticulièremént  que  le  ministère  anglais  recHer* 
»/Che.le  roi  de  Prusse^. et  qtie  ces  tiens  venant 


r 


LIVRE  VIL  191. 

».  9  se  fprnier  à  Tappui  de  la  coalition  que  ce 
ji  prince  chercherait  sans  doute  à  opérer  avec 
n  1%  ligp^  prateslaate ,  la  tranquillité  publique 
»  ej^  ocrait  vérH^If^ement  troublée  ;  que  le  roi 
X  âdèU  ?ux  premiers  devQ\rs  de  ralUance ,  croit 
»  ^;Yo;r  Pr^^^^^^^r  amicalement  etcgn^dentiel- 
»  l^llieQi  ge  tableau  à  fi^on  allié,  sur  les  lumières 
»  dHq^çl  il  se  reppse  du  i;oip  d'en  appijjer  et 
»  d'eii  prévenir  Iç^  çpn^queiices  ; 

»  Que  sa  majesté  est  prête  &  entrer  k  cet  égard. 
j)  dans  Ip  conQert  qup  l'identité  des  vues  des 
»  deui^  cours  pour  la  paix  r  exige  ;  qu'elle  remet 
yiH  H  opnsid^Uon  de  l^urs  i^i^estés  impé"* 
V  riales,  s'il  pe  serait  p^s  À  piH>pos  de  tranquil- 
9  \isfir  )a  cQur  dç  3^rUfi  ;  qij^'en  attendant  elle 
fi  ^'appUquera  à  çopabip^f  tellemept  ses  réponses 
9  jèu  mîiiistèire  prussien ,  que  la  cour  de  Berlia 
s  m  pùiss(3^pa#  fonder  T^spoir  de  nous  séparer 
p  4k  V4]lia^P^  9  ^t  à  ne  pas  j^ter  cette  cour  daiu 
?  dfi»  p^rM3  d^trémes  i;  que  le  roi  désire  vive- 
y^-  m^^^  que  h  pot^r  d»  Vienne  )e  me(te  en  état 
»  de  remplir  plqs^  effic^cexpent  ce  double  but  ; 

nQw  qi^ant  au  fond  de  l'affaire,  la  cour  de 
il!  %Flin  fçpd^  sop  ipterventioq  sur  une  doublf^ 
^  Va^e-  {"9  pr^l^t^rci  semble  porter  surMf  dér^^^ 
^  g«flW»  49s  4roifi^lçi  ifHW<m  ^Autriche  q,  fi^ 


iga  VIP  PERIODE. 

»  lions  de  F  Empire ,  qu* elle  prétend  avoir  été  ifiO' 
»  lée^  dans  cette  occasion  ; 

yy  Que,  quoique  son  ministère  ne  sesoit  pas  ex- 
»  pliqué  clairement  sur  le  premier  point,  on  a 
»  des  notions  selon  lesquelles  le  roi  de  Prusse  op-- 
»  poserait  prétention  à  prétention,  particulier 
»rement  en  se  prévalant  d'une  descendance 
»  qu'on  prétend  lui  être  commune  avec  la  mai- 
»  son  d'Autriche  ,  relativement  à  l'investiture 
»  de  1426; 

»  Que,  quant  au  second  point,  le  roi  de  Prusse 
3»  a  prévenu  formellement  le  ministère  dû-  roi, 
»  qu'il  réclamerait  les  garans  de  la  paix  de  West- 
»  phalie,  nommément  pour  l'intégrité  du  Haut- 
»  Palatinat ,  et  contré  la  réunion  des  fiefs  de 
i)  Bohême  :  que  cette  démarche  sera  très  em- 
»  barrassahte  pour  la  France;  que  le  roi  ne  peut 
»  d'un  côté  ,  abandonner  cette  garantie  inhé- 
»  rente  à  sa  couronne,  et  qui  forme  d'ailleurs 
»  là  base  de  son  alliance  avec  la  cour  de  Vienne , 
»  comme  elle  a  formé  celle  du- concert  des  deux 
»  cours  pendant  la  dernière  guerre  ;         ^  -  ^ 

»  Que,  d'un  autre  côlé,  sa  majesté  voudlcait 
»  s'interdire  toute  connaissance  d'une^  affaire  à 
»  laquelle  cette  réquisition  ta  forcerait  peut^re 
»  de  prendre  part;  qu'elle  fera,  à  la  véritéVob- 
»  server  au  roi  de  Prusse,  que"  les  parties  infré- 
»  ressées  étant  d'accord  ,  il  est  difficile  qu  un 
»  tiers  intervienne  ;  mais  que  ies  droits  quel- 


LIVRE  VIL  193 

»  conques  de  la  maison  de  Saxe ,  à  laquelle  ce 
3>  prince  a  promis  son  appui  sans  doule,.  dans 
j»  le  dessein  de  s'altacher  cette  cour ,  en  cas  de 
»  rupture,  lui  fournissent  un  prétexte  dont  sa 
»  politique  s'inquiétera  d'ailleurs  peu  ,  si  ses 
D  calculs  le  portent  à  profiter  de  la  conjoncture 
»  pour  remplir  ses  vues  quelconques  ; 
*  »  Que  le  résultat  de  ces  différentes  combinai- 
ji  sons  parait  à  peu  près  le  même  au  roi ,  relati- 
»  vement  aux  mesures  qu'il  importe  de  prendre 
))  pour  affermir  la  paix  de  TÂlIemagne ,  dans  un 
}»  moment  où  des  nuages  fâcheux  s'élèvent ,  tant 
D  du  côté  des  Turcs  et  des  Busses,  que  du  côté 
»  de  la  France  et  de  TAngleterre  ;  ^ue  le  roi  a 
9  appris  avec  plaisir,  la  résolution  de  leurs  ma- 
»  jestés  impériales,  d'employer  tous  leurs  bons 
»  offices  auprès  du  divan  ;  et  qu'il  attend  avec 
»  confiance  de  leur  amour  pour  la  paix,  des  me- 
»  sures  analogues ,    relativement  à  l'objet  des 
»  réflexions  que  sÀ  majesté  confie  à  leur  amitié. 
à,*".  »  On  répondait  à  la  cour  de  Berlin ,  en 
»  donnant  à  son  ministre  lecfure  de  la  convenu 
»  tion  du  3  de  janvier  (i),  en  lui  déclarant  que 
»  nous  ignorons  encore  Tétendue  et  les  fonde- 
I       »  mens  des  acquisitions  que  la  maison  d'Au- 


(1}  Cette  convention .  avait  eu  lieu  entre  T  Au  triche  et 
l'électeur  palatin  ,  au  sujet  de  la  succession  aux  états  de 
Bayière.  (Marlens  ,  tri,  p.  633.) 

yil.  ^5 


194  VIP  PÉRIODE. 

»  triche  fait  par  cet  acte  ;  qu'elle  avait  annoncé 
3»  qu'elle  les  ferait  connaître  ;  mais  que  les  par- 
»  ties  intéressées  étant  d'accord  ,  il  paraîtrait 
»  difficile  qu'un  tiers,  soumit  ces  droits  à  son 
»  propre  examen  ;  oue  le  roi  constamment  dis- 
»  posé  à  remplir  les  engagemens  de  la  garantie 
»  des  traités  de  Westphalie  ,  ne  voyait  point 
»  comment  on  pourrait  dans  cette  conjoncture, 
»  constater  la  légitimité  de  son  exercice;  que  sa 
»  majesté  doit  croire  que  la  maison  d'Autriche 
»  n'a  prétendu  exercer  que  des  droits  acquis ,  et 
»  que  ses  intentions  sont  pacifiques  ;  ainsi  que 
»  leui^s  majestés  impériales  n'ont  cessé  de  l'en 
»  assurer  :  ^ue  le  roi  pense  en  conséquence , 
»  faire  un  office  agréable  aux  deux  cours ,  en 
»  cherchant  à  dissiper  tout  ombrage  réciproque  ; 
»  que  sa  majesté  va  insister  plus  particulière- 
»  ment  sur  les  explications  confidentielles  qu'elle 
»  a  demandées  à  Vienne  ^  d'après  les  premières 
»  ouvertures  de  sa  majesté  prussienne,  et  qu'elle 
»  n'épargnera  rien  de  ce  qa^est  en  son  pouvoir 
»  pour  maintenir  la  tranquillité  de  l'Allemagne, 
»  ainsi  que  la  bonne  intelligence  entre  les  cours 
»  de  Vienne  et  de  Berlin ,  etc. 

»  On  terminera  cet  écrit,  en  observant  que  le 
j»  but  de  sa  majesté  serait  de  procurer  au  roi  de 
}»  Prusse  ,  une  compensation  des  accroissemens 
»  que  la  maison  d'Autriche  vient  de  s'appro- 
»  prier.  L'intérêt  esseqtiel  de  la  France  sera  sa- 


V 


LIVRE  VIL  195 

»  tisfait ,  lorsque  les  deux  grandes  puissances 
»  de  l'Allemagne  conserveront  un  tel  ëquiiibrey 
»  que  la  puissance  du  roi  décide  toujours  la  ba- 
»  ianoe;  mais  il  est  important  de  ne  pas  se  hâter 
»  de  découvrir  cette  vue  y  à  Texécution  de  la- 
»  quelle  il  faut  amener  insensiblement  la  cour 
»  de  Vienne.  On  peut  déjà  présumer ,  d'après  les 
»  ouvertures  faites  par  le  roi  de  Prusse ,  que  la 
»  réunion  éventuelle  des  margraviats  de  Fran- 
»  conie  à  la  monarchie  prussienne,  ou  l'échange 
»  de  ces  margraviats  contre  le  Mecklembourg , 
»  satisferait  ce  prince ,  et  l'engagerait  à  se  dé- 
»  sister  de  toute  opposition  à  l'arrangement  re- 
»  latif 'à  la  succession  de  la  Bavière,  etc.  j> 
Il  parait  que  ce  fut,  à  la  suite  des  délibéra-     ,^7?^- 

f,  '  •  1  i<  Négocialiont 

tions.  auxquelles  ce  mémoire  donna  lieu,  qucatee  u  cour 
le  roi  fit  déclarer  au  tninistre  autrichien ,  par  ^^  ^**°'**' 
*iine  dépêche  écrite  le  10  mars  1778,  au  baron 
de  Breteuil ,  ambassadeur  à  Vienne  ,  «  quelles 
»  circonstances  ne  permettaient  pas  à  sa  mar 
»  jesté  9  d'embrasser  un  autre  parti  que  celui  de 
»  la  neutralité  ,  dans  la  guerre  qui  pourrait 
»  éclater  en  Allemagne  ;  sa  majesté  s'étant  côn- 
»  vaincue  par  l'examen  le  plus  attentif  et  le 
1»  plus  terupuleux  des  engagemens  de  l'alliance, 
>  ainsi  que  des  circonstances  actuelles; 

i*".  »  Que  les  possessions  garanties  par  l'ai- 
»  liaoce  n'étant  point  contestées ,  et  aucun  des 
»  cas  prévus  n'existant^  elle  ne  pouvait  point 


./ 


196  VIP  PÉRIODE. 

^  reconnaître  le  casus  fœderis  dans  la  cdnjonc- 
»  lure  présente  ; 

3^.  »  Que  cette  réflexion  devenait  une  vérî- 
V  table  démonstration,  lorsque  l'on  considérait 
»  que  la  guerre  aurait  pour  objet,  d^s  acquisi- 
»  tions  dont  les  titres  étaient  parfaitement  igno* 
9»  rés  lors  de  la  conclusion  de  Talliance ,  et  que 
9»  leur  garantie  implicite  serait  contraire  à  toute 
»  justice  et  à  toute  raison  ; 

3°.  »  Qvie  le  but  explicite  et  essentiel  de  l'al- 

1»  liance  étant  de  maintenir  la  puissance  res* 

3>  pective  dans  l'état  où  elle  se  trouvait  lors  de 

D  sa  conclusion,  le  roi  ne  l'avait  jamais  regardée 

»  comme  un  moyen  de  s'agrandir  ;  qu'en  tout 

D  ^as ,  elle  ne  peut  astreindre ,  ni  directement , 

M  ni  indirectement,  l'un  des  deux  alliés,  à  coq- 

»  courir  à  l'agrandissement  de  l'autre.  Tout  ce 

»  qu'on  peut  attendre  réciproquement  en  pareil' 

i>  cas ,  des  sentimens  que  l'alliance  peut  pro- 

»  du  ire  ,  et  que  d'autres  relations  chéries  peu-* 

jo  vent  fortifier  ,  est  de  voir  sans  inquiétude  et 

»  sans  jalousie  Tagrandissem^nt  unilatéral  d'un 

n  des  alliés^ 

4^.  »  Que  la  part  que  la  France  prendrait  à 
»  la  guerre  qui  éclaterait  dans  l'état  actuel  des 
»  choses,  blesserait  également  sa  dignité  et  ses 
»  cngagemens ,  en  donnant  atteinte  aux  traités 
»  de  Westphalie,  dont  on  ne  peut  méconnaître 
)i>  les  stipulations,  et  au  traité  même  de  l'ai* 


LIVRE  VIL  197 

»  liante,  dont  cette  paix  forme  la  base  fonda- 
»  mentale.  • 

»  S'il  résulte  ,  d'un  côté ,  de  ces  considé- 
»  rations ,  que  la  guerre  dont  il  s'agit ,  n'au- 
)>  rait  aucun  rapport  avec  les  termes ,  les  prin- 
»  cipes  et  le  but  de  Talliance  ;  et  que  des  senti- 
))  mens  personnels  d'amitié  ne  sont  pas  des 
»  motifs  sufBsans  pour  disposer  du  sang  et  des 
»  trésors  des  peuples  ;  il  est  manifeste ,  d'un 
B  autre  côté  ,  que  la  situation  précaire  où  se 
»  trouvent  les  '  affaires  de  la  France  avec  TAn- 
»  gleterre  ,  demande  toute  l'attention  du  roi  ; 
»  et  que  dans  cette  position  aussi  critique  que 
»  compliquée ,  sa  majesté  ne  peut  point  par- 
»  tager  ses  forces ,  dont  les  intérêts  les  plus 
»  essentiels  de  son  royaume  ,  sa  dignité  et  sa 
»  sûreté,  exigent  la  totalité. 

D  Je  vous  ai  déjà,  Monsieur  ,  indiqué  plu* 
i>  sieurs  fois  ces  réflexions  comme  des  proba« 
»  bilités  ;  niais  aujourd'hui  elles  ont  pris  le  ca- 
»  raclère  d'une  détermination  positive.  Je  vous 
^)  charge  d'en  prévenir  leurs*  majestés  impé** 
»  riales  ,  avec  toutes  les  nuances  et  les  adou- 
»  ciss'emens  que  les  vrais  sentimens  du  roi  pour 
»  leurs  personnes  et  pour  l'alliance  elle-même, 
»  telle  qu'elle  existe  et  «qu'elle  doit  exister  , 
>}  pourront  vous  fournir ,  etc.  » 

Le  baron  de  Breteuil  raconte  ainsi  à  M.  de 
Vergennes,  dans  sa(  lettre  dy  ^4  ^^  mars  1778 , 


ig8  Vtr  PÉRIODE.  * 

l'effet  de  la  communication  quHl  donna  au 
prince  de  Kaunit^  de  celte  déclaration  verbale 
du  roi. 

«  X'ai  dit  à  M.  de  Kàunitz  que  j'avais  ordre 
».de  lui  lire  une  dépêche  qui  renfermait  les  dé- 
»  terminations  auxquelles  le  roi  s'était  fixé  irré- 
»  vocablem^Qt  après  les  plus  mûres  réflexions  de 
»  sa  majesté  et  de  son  conseil.  M.  le  prince  de 
9  Kaunilz  plaça  alors  devant  lui ,  une  feuille  de 
n  papier  et  son  crayon.  Je  commençai  la  lecture 
«  de  votre  dépêche.  Le  ministre*  m'a  écouté  en 
»  grand  silence  jusqu'à  la  fin  de  la  phrasie  qui 
»  déclare  que  le  roi  rie  veut  embrasser  que  le 
»  parti  de  la  neutralité ,  dans  la  guerre  qui  pour- 
»  rait  éclater  en  uillemagne.  M.  le  prince  de 
»  Kaunitz  m'a  prié  de  lui  relire  ce  passage  inté- 
»  ressant.  Je  l'ai  repris  à  la  phrase  ,  il  nous  reste 
»  à  désirer  que  la  cour  de  Vienne  ait  éoquté  la 
»  voix  de  Vamitié  et  de,  la  justice^  et  j'ai  conti- 
»  nué  jusqu'à  la  fin  des  termes  qui  renferment 
»  la  déclaration  de  la  neutralité;  M.  le  prince 
»  de  Kaunitz  ,  après  cette  seconde  lecture ,  m*a 
»  prié  de  lui  permettre  d'écrire  cette  déclara- 
»  tion  dans  les  termes  qui  l'expriment.  Je  la  lui 
»  ai  dictée  mot  à  mot. 

r>  Quand  le  ministre  autrichien  a  eu  fini  d'é- 

.  »  crire ,  j'ai  repris  ma  lectute  au  mot ,  elle  est 

1»  convaincue  par  F  examen  le  plus  attentifs  etc. 

»  Lorsque  j'ai  eu  prononcé  que  le  roi  ne  peut 


LIVRE  VII.  199 

»  reconnaître  le  cmsusfœderis  dans  la  conjonc- 
)>ture  présente  ,  M.  de  Kaunitz,  en  prenant 
»  son  crayon  avec  ccrfère ,  a  barré  ce  qu'il  ve- 
»  nait  d'écrire  ,  et  m'a  dit  :  Ce  que  je  viens 
»  d'écrire  e»i  inutile  ;  je  ne  puis  entendre  plus 
»  Ibng-temps  cette  lectûne  ,  ni  rendre-  compte 
»  à  l'impératrice  de  ce  qu'elle  renferme ,  ni  de 
»  ce  que  je  viens  d'écrire.  Je  n'en  ferai  sûre- 
»  ment  aucun  usage,  à  moins  que  vous  ne  me 
»  donniez  cette  déclaration  par  écrit. 

»  J*ai  répondu  que  je  n'avais  point  d'ordre 
»  de  la  ddkmer  par  écrit.  —  En  ce  cas ,  l'impé- 
»  ratrice  l'igiiorera,  a  continué  M.  de  Kaunitz 
»  avec  fureur.  —  Ce  n'est  pas  à  moi ,  hii  ai-je 
»  dit  ^  à  vous  prescrire  l'usage  que  vous  devez 
i0  faire  de  ce  que  J'ai  l'honneur  de  vous  dire  au 
»  nom  du  roi,  pour  l'impératrice  ;  mais  comme 
»  je  ne  connais  que  vous  à  qui  je  doive  tenir  le 
»  langage  qui  m'est  ordonné  ,  vous  trouverez 
»  bon  que  je.continue  ma  lecture.  Ce  raisonne* 
»  nient  a  fait  reprendre  tranquillité  à  M.  de  Rau- 
3>nitZy  et  il  a  consenti  à  m'écou ter  jusqu'au 
»  bout.  Quand  ma  lecture  a  été  achevée,  le  mi-  ' 
3>  nistre  m'a  dit  avec  beaucoup  de  fl«gme  :  -—  Il 
«faut  voir  ,  avant  de  parler  sur  tout  cela,  ce 
»  qu'aura  procfuit  sur  votre  ministère,  mon 
»  dernier  courrier  à  M.  de  Mercy  (i).  Tout  ce 

(1}  Le  comte  de  Mercj-Argenteau  était  amlSHssatlettr  de 
rimpératriccTreine  ,  près  du  roL 


HOQ  VIÏ«  PÉRIODE. 

»  que  je  désire  seuleroçnt,  c'e94que  la  même  de- 
»  claration  que  vous  venez  de  me  faire,  n'ait  pa9 
»  été  prononcée  à  Tarabassadeur  de  leurs  m a- 
»  jestës  impériales ,  avant  qu'il  ait  reçu  les  diffé- 
»  reos  papiers  que  je  lui  ai  adressés,  pour  faire 
»  preuve  de  noire  confiance  dans  Tamitié  du 
»  roi.  Je  craindrais  ,  a  ajouté  le  ministre,  que 
»  si  cette  déclaration  a- été  faite  à  M.  de  Mercy 
\       »  avant  l'arrivée  de  ces  papiers  >  il  ne  crût  su- 
»  perflu  de  les  remAtre. — J'ai  dit  que  l'ambas- 
x>  sadeur,  instruit  que  j'en  avais  eu.communica- 
»  tion  entière  ,  ne  pourrait  sûrement  pas  pren- 
»  dre  sur  lui  de  ne  pas  la  faire  au  ministère  du 
»  roi.  M.  de  Kaunitz,  après  un  instant  de  si* 
»  lence  ,  m'a  dit  :  «  Il  est  inutile  de  faire  des 
'»  traités ,  si  l'explication  de  leurs  engagemeng 
»  devient  arbitraire.  J'ai  été  (le  son  avis  ;  mais 
w  en  lui  articulant  sèchement  que  cette  réflexioa 
5)  sans  doute  n'était  pas  faite  pour  nous.  Enfin  , 
»  a  dit  M.  de  Kàunitz,  il  est  inutile  de  parler 
»  sur  tout  ceci  avant  le  retour  de  mon  cour- 
»  rier.  Je  crois,  au  reste,  a*t-il  ajouté,  qu'il 
»  vous  conviendra  autant  qu'à  moi,  q}ie  nous 
»  ayons  l'^ir ^  en  attendant,  d'être  ensen^ble 
»  comme  à  notre  ordinaire.  J'ai  répondu  que 
»  j'espérais  que  nous  en  aurions-* aussi  le  jeu  de 
D  très-bonne  foi ,  parce  que  cette  circonstance 
»  particulière  ne  pouvait  rien  changer  au  fonds 
n  des  senfimens  ni  des  principes  de  nos  maîtres. 


LIVRE  VIL  20I 

yfVai  quitte  le  cabinet  du  ministre  après  cette 
»  expression  de  ma  part ,  et  j'ai  passé  dans  son 
»  salon  pour  dîner  avec  lui ,  etc.  » 

Cet  exposé  annonce  que  la  cour  de  Vienne 
avait  fortement  compté  faire  comprendre  dans 
le  casus  fœderis  y  la  guerre  qu'elle  allait  avoir 
avec  la  Prusse. 

L'impératrice-reine  bouda  l'ambassadeur,  et 
elle  ne  lui  dit  pas  un  mot  dans  le  premier  cAcle 
ou  appartement  qui  eut  lieu  à  la  cour.  L'empe- 
reur affecta ^  au  contraire,  d'adresser  la  parole 
à  Tambâssadeur  avec  bienveillance;  peut-être 
parce  que  sentant  l'embarras  où  la  neutralité 
de  la  France  pourrait  le  jeter,  il  croyait  devoir 
la  ménager  j  sinon  pour  la  guerre  ,  du  moins 
Goiiime  moyen  d'arriver  à  une  paix  avantageuse* 

L'ambassadeur  comte  de  Mercy,  fit,  au  nom 
de  sa  cour,  dans  les  premiers  jours  du  mois 
de  juin,  des  instances  très  viyes  auprès  de  la. 
cour  ëe  Versailles. 

L'objet  de  ces  instatices  était ,  i^.  d'engager  le 
roi  à  s*expliquer  sur  le  casus  fœderis;  et  si  sa 
majesté  très  chrétienne  en  reconnaîtrait  l'exis- 
tence dans  le  cas  où,  par  une  suite  des  circons- 
tances présentes^  le  roi  de  Prusse  attaquerait 
la  maison  d'Autriche; 

2^.  De  savoir  les  égards  que  sa  majesté  aurait 
pour  l'empereur ,  réclamant  lui-même  la  ga- 
rantie de  la  paix  de  Westphalie  ; 


J 


2oa  VIP  PÉRIODE. 

5^.  Enfin ,  d'engager  sa  majestéà  tenir  au  roi 
de  Prusse  un  langage  assez  imposant  pour  le 
rendre  plus  enclin  à  une  conciliation. 

Le  conitè  de  Vergennes  répondit  sur  le  pre- 
mier point  :  <t  Que  lé  roi  ne  voulfiit  point  eii- 
9  trer  dans  la  discussion ,  si  la  guerre  qui  pou- 
»  vait  s'allumer  entre  Vienne  et  Berlin  ,«  auto- 
»  risait  la  réclamation  du  secours  stipulé  par 
y)  l'alliance  de  1756 ,  parce  que  cette  discussion 
»  jetterait  nécessairement  dans  celle  de  la  légi- 
y)  timité  des  droits  que  la  maison  d'Autriche 
j>  avait  entrepris  de  faire  valoir  sur  la  succès* 
y}  sion  de  Bavière  ;  matière  sur  laquelle  le  roi 
»  s'était  interdit ,  et  avait  interdit  à  ses  minis- 
»  très  d'avoir  aucune  opinion  explicite;  mais 
»  que  sa  majesté  trouvait  dans  sa  propre  posi- 
»  tion  9  dans  la  guerre  prête  à  éclater  entre  elle 
»  et  l'Angleterre  ,  les  motifs  les  plus  équitables 
»  et  les  plus  décisifs ,  pour  ne  point^consentir  à 
»  partager  lés  efforts  et  les  moyens  qu'elle  de- 
»  vait  uniquement  réserver  contre  l'ennemi  de 
»  sa  couronne;  qu^  d'ailleurs  le  but  des  alliances 
»  défensives  étant  la  conservation  des  propriétés 
»  acquises,  ce  serait  en  changer  la  nature  ,  et 
»  leur  donner  un  caractère  offensif  que  de  se- 
»  cond'er  toutes  les  acquisitions  qu'un  des  alliés 
»  trouverait  de  sa  convenance  de  faire  ; 

»  Qu'enfin ,  pour  ce  qui  concernait  la  récla- 
»  mation  faite  par  la  cour  de  Vienne  de  la  garan- 


LIVRE  VII.  ao5 

9  tie  de  la  paix  de  Vestphaiie^  faite  par  la  cour  de 
»  Vien  ne,  elfe  ayai  t  été  précédemment  faite  par  le 
»  roi  de  Prusse ,  par  Félecteur  de  Saxe  et  par  le 
N  duc  de  Deux-Ponts  ;  mais  qtte  le  roi  avait  cru 
»  devoir  d'autant  moins  y  répondre,  qu'il  est 
))  dans  lés  principes  de  la  constitution  germa* 
2>  nique  ,  que  c'est  aux  états  de  TEmpire  assem* 
»  blés  à  prononcer  si  la  paix  publique  est  violée, 
»  quel  en  est  Tinfracteur ,  et  à  invoquer  l'assis- 
»  tance  des  garans  pour  le  rétablissement  de 
p  Tordre  et  de  la  paix  ;  que  si  chaque  m^pibre 
2>  de  FEmpire  pouvait  k  son  gré  réclamer  la  ga- 
»  rantie,  il  n'arriverait  pas  la  plus  légère  dis<> 
»  cussion  dans  laquelle  les  garans  ne  fussent 
»  appelés  ;  ce  qtti  intervertirait  Tordre  si  sage- 
»  ment  établi  par  les  lois ,  etc.  » 

Enfin ,  le  ministre  des  affaires  étrangères  ob- 
servait «  Que  Tinsinuatîon  menaçante  faite  d'à- 
»  près  le  désir  de  l'Autriche  à  la  cour  de  Berlin , 
»  aurait  le  double  inconvénient  d'assurer  à  Tem* 
V  pereur ,  ^s  riches  occupations  efci  Bavière,  et 
»  de  brouiller  la  cour  de  Versailles  avec  le  roi 
»  de  Prusse  ^  lequel  méritait  en  ce  moment  les 
»  plus  grands  égards  ^  à  cause  de  s^  liaisons  in- 
9  limes  avec  la  Russie,  et  qu'il  serait  a  craindre 
»  qu'en  Tirritant  on  ne  le  portât  à  une  alliance 
j»  avec  l'Angleterre  ;  alliance  dans  laquelle  il 
))  entraînerait  peut-être  la  Russie  ;  qu'enfin  il 
»  n'était  ni  de  la  dignité ,  ni  de  la  volonté  du 


•  I  •  .  ! 


ao4  VIP  PÉRIODE. 

»  roi ,  de  prendre  vis^à-yis  de  la  Prusse  un  ton- 
»  menaçant  qu'il  ne  pouri^ait  soutenir  «  » 
1778'  Toutefois  le  roi  ayant  appris  de  l'imperatrice- 

ayec  la  cour  reiue  qu  elle  avait  fait  a  Braunaw,  par  le  baron 
de  Thugut,  de  nouvelles  propositions  au  roi  de 
Prusse,  qui,  quoique  modérées ,  avaient  été  re- 
jetées par  ce  prince ,  fit  écrire  au  chevalier  de 
Gaussen ,  son  chargé  d'aiffaires  à  Berlin ,  la  let- 
tre suivante ,  en  date  du  20  d'août  1778. 

«  L'impératrice^reine,  Monsieur,  a  fait  part 
»  au  i^oi ,  de  ses  démarches  auprès  du  roi  de 
»  Prusse ,  pour  tenter  de  renouer  la  négociation 
»  qui  a  été  si  malheureusement  iiiterrompue.  Sa 
x>  majesté  a  accueilli  avec  d'autant  plus  de  satis- 
»  faction  ce  témoignage  de  la  confiance  de  son 
»  allié  ,  que  ses  désii:;s  et  ses  vœux  pour  une 
»  conciliation  n'ayant  point  changé  avec  les  cir- 
»  constances,  elle  a  cru  voir  I0  gage  de  leur  ac- 
p  complissement  dans  l'attention  que  sa  majesté 
y>  impériale  a  eue  de  fonder  les  propositions  dont 
»  le  baron  de  Thugut  a  du  être  porteur ,  sur 
»  celles  que  lie  roi  de  Prusse  lui  avait  faites  lui- 
»  même  dans  le  coeurs  de  la  première  négofeia- 
»  tion.  L'accueil  que  ce  prince  leur  a  fait  d'abord, 
»  la  nature  même  des  éclaircisseraens  qu'il  avait 
»  demandés,  tout  semblait  fortifier  l'espérance 
»  d'une  prochaine  pacification  ;  mais  elle  ne 
»  pourrait  plus  paraître  que  fort  incertaine., 
j)  d'après  la  production  du  nouveau  plan  que 


LIVRE  VIL  ao5 

»  sa  majesté  prussienne  a  fait  communiquer  à 
»la  cour  de  Vienne,  si  rimperatrice -reine ^ 
»  moins  sensible  à  l'agrandissement  du  pouvoir 
»  de  sa  maison  qu'à  la  satisfaction  de  contribuer 
9  au  rétablissement  de  la  paix ,  ne  s'était  déter- 
»  minée  à  faire  une  ouverture ,  laquelle  se  con- 
»  cilié  entièrement  avec  les  vues  de  modéra- 
))  tion ,  de  désintéressement  et  de  justice,  que  le 
»  roi  de  Prusse  a  déclaré  vouloir  suivre  dans  la 
»  présente  discussion ,.  et  qui  semblent  ne  de- 
»  voir  plus  laisser  lieu  à  aucune  difficulté. 

»  Sa  majesté  impériale  offre  cfc  renoncer  dès^ 

»  à-présent  y  et  pour  toujours  y  aux  prétentions 

*  »  quelle  s* est  cme  autorisée  à  former  sur  •une 

^partie  de:  la  succession  de  Bavière ,  et  aux  droits 

»  qu'elle  pQurrait  tirer  de  la  reconnaissance  que 

V  l'électeur  palatin  en  a  faite  par  la  convention 

»  du  5  de  janvier  dernier,  et  enfin,  de  remettre  la 

»  maison  palatine  en  possession  et  en  jouissance 

»  de  tout  ce  qu'elle  a  occupé  et  possédé  à  diffé- 

»  rens  titres  dans  le  duché  de  Bavière.  Sa  majesté 

»  impériale  demande  en  échange,  que  le  roi  de 

»  Prusse  veuille  bien  renoncer  au  projet   de 

y>  réunir  à  la  primogéniture  de  sa  couronne  les 

»  deux  margraviats  de  Franconie ,  aussi  long- 

ï>  temps  qu'il  y  aura  dans  sa  maison  royale,  des 

»  princes. pour  former  une  seconde  géniture. 

»  Cette  compensation ,  qui  tient  au  système 
»  d'e'quilibre  que  Içs  deux  coyrs paraissent  avoir 


»*•- 


y 


ao6  VIP  PÉKIODE. 

»  établi  entr'ellef^,  semble  devoir  d'autant  moins 
»  blesser  les  intérêts  de  celle  de  Berlin  y  que  le 
9  roi  de  Pruaçe  n'a  pas  témoigné  dans  le  cours 
j>  de  la  négociation ,  attacher  un  bien  grand  prix 
»  à  cette  réunion  ;  que  ce  n'est  pas  même  lui  qui 
x»  en  a  produit^Tidée  ,  et,  enfin ,  que  la  masse 
y>  des  possessions ,  etfpar  conséquent  des  forces 
»  de  la  maison  de  Brandebourg ,  ne  serait  ppint 
)>  altérée.  Ces  considérations  étant  purement 
»  intérieures  et  domestiques,'  le  roi  ne  doit 
)>  point  s'y  arrêter  ;  mais  il  en  est  d'autres  qui 
»  tiennent  à  l'ordre  public ,  et  sur  lesquelles  sa 
3>  majesté  serait  autorisée ,  même  obligée ,  par 
9  une  suite  de  la  bonne  co^spondance  qui 
»  règne  entre  sa  couronne  et  celle  de  Prusse ,  à 
D  user  de  la  franchise  que  sa  majesté  prussienne 
»  lui  a  montrée  dans  d'autres  occasions ,  pour 
3»  lui  communiquer,  sans  détours,  sa  façon  de 
»  penser  sur  l'occurrence  présente. 

»  Le  roi  n'a  flatté  dans  aucun  temps,  la  cour 
»  de  Vienne  sur  les  suites  de  son  entreprise  en 
^  Bavièi^e.  Sa  majesté  ne  s'est  pas  permis  de  ju- 
»  ger  ses  droits  :  elle,  ne  les  connaissait  pas  suf- 
»  fisamment  ;  mais  fidèle  aux  devoirs  dèl'ami- 
»  tié  et  de  l'alliance ,  elle  a  porté  ses  soins  les 
B  plus  assidus  à  mettre  son  allié  en  garde  contre 
»  le  danger  d*une  occasion  qui  pouvait  lui  pa- 
»  raitre  trop  séduisante ,  et  à  le  rappeler  aux 
^  sentimens  de  modération  et  de  désintéresse- 


LIVRE  VII.  ao7 

A  ment  qui  seuls  convieonent  aux  grandes  puis- 
9  sances. 

»  Le  roi  est  bien  éloigne  de  rapporter  à  ses 
»  insinuations  et  à  ses  conseils,  le  parti  que 
»  rimpératrice«reine  a  pris  de  renoncer  à  tous  ' 
>  ses  droits  surfine  partie  delà  Bavière*  Tout  . 
»  l'honneur  en  est  du  à  cette  auguste  princesse 
A  qui  n'a  consulté  dans  cette  occasion  que  sa 
»  profonde  sagesse  *et  son  amour  pour  Thunia- 
»  nité.  Par  un  désistement  aussi  généreux ,  sa 
»  majesté  impériale  fait  cesser  la  cause  et  les 
»  motifs  de  la  guerre  :  elle  calme  les  inquiétudes; 
j»  elle  dissipe  les  défiances  de  rAllemagne ,  qui 
V  ne  peut  plus  voir  ses  privilèges ,  ses  libertés 
B  et  ses  droits  violés  ou  menacés^  I «'opinion  qui 
»  aurait  pu  s'établir  à  son*  préjudice  ,  doit  né* 
»  cessairement  changer.  Toufrcequi  aurait  pu 
»  lui  être  contraire  lui  devient  favorable  ,  et  il 
•  pourrait  arriver  qu'elle  serait  fondée  à  ré- 
»  clamer  ses  alliés  et  même  les  garans  de  la  paix 
»  de  Westphalie ,  qu'on  avait  cru  pouvoir  iu- 
»  voquer  contre  elle  ;  car  si  la  guerre  continue , 
»  après  l'offre  d'un  sacrifice  aussi  magnanime  , 
»  ni  les  intérêts  de  la  Bavière ,  ni  ceux  de  la  mai- 
»  son  palatine  et  de  la  maison  de  Saxe,  ni*méme 
»la  sûreté  de  r£mpire,  ne  pourront  plus  en 
B  être  le  motif.  Sa  continuation  n'aura  donc 
D  plus  qu'une  cause  personnelle  à  la  maison  de 
•/Prusse;  et  la  guerre  qui,  dans  le  principe, 


ao8  VIP  PÉRIODE- 

»  était  annoncée  pour  une  guerre  de  juslîce,  ne 
»  sera^plos  qu'une  guerre  de  rivalité  dont  le» 
3>  suites  seraîent/incalculables,  etc.  » 

Le  roi,  pour  ébranler  Frédéric  ii,  proposait 
ensuite  des  moyens  conciliatoires  et  propres  à 
satisfaire  les  parties  intéressées^  Cette  lettre  fut 
communiquée  au  chancelier  d'état ,  prince  de 
Kaunitz,  qui  en  parut  satisfait  à  certains  égards, 
trouvant  qu'elle  renfermait  tie  bonnes  choses  ; 
mais  que  pourtant  la  France  avait  trop  fait  dire 
à  ta  cour  de  Vienne ,  en  déclarant  en  son  nom 
quelle  offrait  de  renoncer  aujourd'hui ^t pour 
toujours^  à  tous* ses  droits  et  prétentions  sur  la 
Bavière. 

Le  comte  de  Finkenstin  répondit  à  la  dé- 
pêche que  lui  aVait  remise  le  chevalier  de  Gau$- 
sea,  par  une  lettre,  dans  laquelle ,  après  un 
préambule  de  politesse  ^  il  disait  :  «  Sa  majesté 
»  prussienne  a  lieu  déjuger  que  la  participation 
»  que  la  cour  de  Vienne  ^  donnée  à  la  cour  de 
>i  France ,  de  la  négociation  reuouée  en  dernier 
D  heu  ,  n'a  pas  été'aussi  exacte ,  aussi  fidèle  que 
»  l'a  été  celle  que  le  baron  de  Goltz  a  été  chargé 
»  de  lui  en  faire  ;  et  elle  se  flatte  que  la  coin* 
2}  munication  de  toutes  les  pièces  relatives  à 
»  cette  négociation,  lui  aura  fait  voir  qu'il  n'a 
^  pas  tenu  à  sa  majesté,  qu'elle  n'eût  un  succès 
»  plus  heureux  que  ne  l'avait  eu  celle  de  Berlin. 

D  L'empressement 'du  roi  à  se  prêter  aux  dé- 


LIVRE  VII.  .309 

9  sirs  de  l'impératrice-reine ,  en  renoaaut  cette 
»  négociatron ,  eu  fournit  la  preuve  la  moins 
»  équivoque ,  et  le  plan  même  que  sa  majesté 
»  a  fait  tenir  à  cette  princesse,  ne  laisse  aucun 
»  doute  sur  la  pureté  de  ses  intentions.  Sa  ma- 
))je$té  y  offrait  à  la  cour  de  Vienne,  un  dis- 
»  trict  considérable  et  très  fertile  de  la  Bavière , 
»  qui  aurait  pu  faire  sa  convenance  par  sa  con- 
»  tigiïité  avec  les  états  héréditaires.  Quoique  sa 
»  majesté  ne  fut  plus  tenue  aux  offres  faites  et 
»  rejetëes  avant  le  commencement  des  hostili- 
»  tés,  celles-ci  les  égalaient  en  quelque  manière , 
D  puisqu'il  n'y  était  plus  fait  mention  des  équi* 
»  valens  en  pays  demandés  alors  ;  mais  simple* 
»  ment  d'une  somme  en  argent,  pour  faciliter 
»  la  satisfaction  due  à  la  cour  de  Saxe.  Ce  plan 
»  a  été  rejeté  ;  il  aurait  été  à  désirer  que  les 
»  propositions  qu'on  y  a  substituées ,  eussent 
»  été  admissibles. 

»  Mais  la  première  de  ces  propositions  était 
«  d'une  nature  à  né  pouvoir  pas  être  acceptée. 
»  Le  roi  a  constamment  déclaré  ,  pendant  le 
j»  cours  de  la  négociation  de  Berlin ,  qu'il  n'ad- 
»  mettrait  jamais  la  parité  que  la  cour  de  Vienne 
»  Voulait  établir  entre  les  droits  incontestables 
»  de  sa  majesté  sur  le  margraviat  de  Franço- 
is nie,  et  les  {u*étentions  destituées  de  tout  fon- 
»  dément  de  la  maison  d'Autriche  sur  la  succès- 
it  sioa  de  Bavière.  Les  pays  d'Anspach  et  de  Ba- 

vn.  i4 


aïo,  VII*  PÉRIODE. 

V  reuth  n'appartieanent  qu'à  la  seule  maison 
»  de  Brandebourg,  et  il  a*appartient  qu^à  elle^ 
»  de  prendre  connaissance  de  Tordre  de  suc- 
»  cession  qui  y  est  établi.  Dès  que  le  chef  de 
ïf  cette  maison  est  d'accord  avec  tous  le$  princes 
9  qui  la  composent ,  sur  la  réunion  de  ces  pro- 
»  vinces  à  la  primogéniture  ,  personne  n'est 
»  en  drmjt~de  s'y  opposer  ;  et  la  simple  form'à- 
j  lité  de  la  confirmation,  impériale  ne  saurait 
Il  avoir  force  qu'en  faveur  des  parties  intéres*  ' 
9  $àM ,  qui  sont  les  seuls  princes  de  cette  mai- 
y>  son.  Il  est  inconcevable  comment  la  cour  de 
»  Vienne  peut  vouloir  compenser  des  droits 
m  aussi  incontestables  ayeo  des  prétentions  dont 
»la  nullité  a  été  prouvée,  et  contre  lesquelles 
ji  l'héritier  présomptif  de  la  maison  palatine  a 
M  solemneHement  protesté. 

»  Le  roi  a  donné  des  preuves  éclatantes  de 
»  son  désintéressement  dans  tout  le  cours  de 
)à  celte  affaire  ;  mais  ce  serait  trog  prétendre 
9  que  de  vouloir  qu'il  se  dépouillât  du  patri-* 
i»  moine  de  ses  ancêtres  ^  pour  engager  la  cour 
9  de  Vienne  à  restituer  des  possessions  qui  a'ap- 
»  partiennent  de  dr<»t  qu'à  la  maison  palatine. 
]kI)  parait,  d'ailleurs,  que  cette  cour  n'a  ja* 
9  mata  eu  un  dessein  sérieux  de  faire  cette  res* 

V  titution  ,  puisqu'elle  s'est  ménagé  ,  par  la 
17  clause  ajoutée  à  cette  proposition ,  une  porte 
«^  ouverte  pour  faire  retirre  &es  prétendus  droits 


LIVRE  VII.  211 

n  sur  la  Bavière ,  en  réaervant  aux  parties  in« 
>^  téressëes  le  recours  aux  voies  ordinaires  de 
»  la  justice,  pour  faire  valoir  leurs.pretentions. 
»  Il  n'y  a  qu'à  connaître  la  politique  delà  cour 
»  de  Vienne^  son  influence  dans  les  tribunaux 
»  de  l'End  pire ,  et  la  facilité  qu'elle  a  de  s*y  pro- 
»  curer  la  pluralité  des  voix ,  pour  prévoir  ce 
»  qui  en  serait  résulté.  Cette  seule  observation , 
»  à  laquelle  le  sieur  Thugut  n'a  rien  eu  à  repli- 
»  quer ,  suffit  pour  faire  voir  que  les  vues  de 
»  sa  cour ,  en  proposant  une  parité  injuste  par 
»  elle-même  ,  n'ont  pas  été  aussi  désinléressées 
»  qu'elle  voudrait  le  faire  croire. 

»  La  seconde  proposition  que  ce  ministre  a 
»  faite  au  nom  de  l'impéralrice-reine ,  n'était 
D  pas  plus  acceptable  que  la  première.  En  sup* 
»  posant  que  le  roi  fût  tenu  aux  offres  que 
»  l'amour  de  la  paix  lui  avait  fait  faire  dans  la 
»  négociation  de  Berlin  ,  et  que  cette  même 
»  considération  eût  pu  l'engager  après  la  guerre 
»  commencée  I  à  donner  les  mains  à  un  préoi- 
»  put  de  revenus ,  qui  supposait  même  alors 
»  quelques  équivalens ,  on  aurait  au  moins  du 
»  s'attendre  que  la  cour  de  Vienne  se  contente*- 
»  rait  d'un  district  d^té)*miné  de  la  valeur  du 
»  million  de. florins  de  revenu  qu'elle  deman* 
»  dait*  Mai»  l'étendue  qui  a  été  donQée  k  cette 
»  proposition ,  en  y  ajoutant  la  partie  la  plus 
»  riche  et  la  plus  considérable  de  la  Bavière  , 


2ïa  VIP  Pè^lODE. 

»  ea  y  comprenant  une  partie  du  Danube ,  et 

»  tout  le  cours  de  l'Inn  et  de  la  Salza^  et  en 

»  voulant  par-là  s'approprier  les  salines  de  Ri- 

»  chenhall ,  dont  la  Bavière  ne  saurait  se  pas- 

»ser,  et  qui  font  la  branche  la  plus  impor- 

«  tante  de  ses  revenus  ;  le  projet  d'évaluer  tous 

»  ces  districts ,  d'après  les  principes  de  la  mau— 

i>  vaise   administration  qui  a  été  établie  .ju«- 

»  qu'ici  dans  ce  pays ,  et  de  s'ouvrir  par- là 

»  une  nouvelle  source  de  revenus  au  préjudice 

»  de  la  maison  palatine  ,  le  renvoi  de  cette 

dévaluation,  et  de  la  fixation  des  équivalens 

»  qui  devraient  être  donnés  en  échange,  à  une 

»  commission  éloignée  qui  ne  devait  avoir  lieu 

»  qu'après  la  paix  ;  le  refus  d'y  faire  intervenir 

D  le  roi,  dont  la  concurrence  seule  pouvait  ga^ 

»  rantir  le  duc  de  Deux  -  Ponts ,  contre  les  ar- 

a>'tifices  de  la  maison  d'Autriche,  et  contre  la 

»  faiblesse  de  '  l'électeur  palatin  ,  qui  n'a  déjà 

»  que  trop  sacrifié  les  intérêts  de  sa  maison  ; 

»  toutes  les  circonstances  dont  une  seule  au-^ 

»  rait  suffi  pour  faire  rejeter  cette  proposi- 

^  tion ,  ne  pouvaient  par  leur  réunion  qu&faire^ 

^  échouer  la  négociation. 

>>  Comment  le  roi  aArait-il  pu  abandonner 
»  ainsi  ses  alliés  à  la  discrétion  de  la  cour  de 
is  Vienne?  Le  duc  de  Deux-Ponts ,  qui  aurait  été 
»  encore  plus  lésé  par  cet  arrangement  qu'il  ne 
»  l'a  été  par  la  convention  du  3  de  janvier  , 


LIVRE  VII.  ai5 

»  ti'aurait-il  pas  été  en  droit  de  dire  que  Tin- 
i>  tervention  du  roi  lui  a  été  plus  nuisible  qu'a- 
»  Tantageuse  7 

»  Là  cour  de  Saxe ,  dont  les  prétentions  sont 
»  fondées  sur  la  teneur  et  presse  de  la  paix  de 
»  Westphalie  ,  et  qui  devait  êt]%  renvoyée  à  un 
i»  arrangement  éloigné  avec  la  maison  palatinf , 
3)  hors  d'état  elle-même  de  la  satisfaire,  n'aurait- 
j>  elle  pas  été  dans  le  cas  de  se  plaindre  elle-même 
»  de  cette  injustice  ;  et  la  gloire  et  la  dignité 
9  du  roi  n^auraient-elles  pas  été  compromises 
p  par  un  accord  qui ,  loin  de  remplir  le.  but  que 
3>  sa  majesté  s'était  proposé ,  n'aurait  servi  qu'à 
»  autoriser  l'oppression  de  ceux  qui  ont  réclamé 
»  son  appui  ? 

7»  Cet  exposé  fidèle  des  motifs  qui  ont  mis  sa 
»  majesté  dans  la  nécessité  de  rompre  cette  se- 
»  conde  négociation ,  suffira  pour  prouver  que 
»  ce  ne  sont  pas  des  vues  personnelles  à  la  mai- 
»  son  de  Prusse,  qui  y  ont  donné  lieu  ;  que  cette 
»  rupture  ne  change  en  aucune  manière  l'état 
»  de  la  guerre  que  sa  majesté  se  voit  forcée  de 
»  continuer ,  que  la  cause  en  est  constamment 
»  la  même  ;  que  c'est  toujours  le  démembre* 
»  ment  de  la  Bavière  qui  en  fait  l'objet ,  et  que 
n  le  cas  de  réclamer  la  garantie  de  la  paix  de 
»  Westphalie  y  existe  aujourd'hui  comme  par 
»  le  passé» 
•  D  Le  roi  a' trop  de  confiance  dans  l'amitié  et 


2i4  VIP  PÉRIODE. 

»  les  sentimens  d'ëqaîlë  de  sa  majesté  trèsicbré- 
»  tienne ,  pour  ne  pas  être  persuadé  cju'elle 
3»  rendra  justice  à  sa  modération  et  à  la  sa-* 
»  tisfaction  qu'elle  aurait  ressentie ,  si  une  né* 
»  gociatiôn  moins  insidieuse  Tavait  mis  en  état 
»  de  procurer  la  paix  à  rAUemagne  et  à  ses 
»  états  ,  etc.  » 

L'ambassadeur  de  France  à  Vienne ,  baron  de 
Breteuil,  ayant  eu  ordre  de  oommuniqu«ricette 
réponse  de  la  cour  de  Berlin  au  prince  de  Rau- 
nilz ',  rend  compte  dans  sa  dépêche  du  3o  de 
septembre  ,  au  comte  de  Vergennes  ,  de  la 
conversation  épineuse  qu'il  eut  à  cette  occa- 
sion.   • 

«  J'ai  lu  y  dit  l'ambassadeur,  cette  réponse  de 
»  sa  majesté  prussienne  au  chancelier  d'état. 
D  Quand  cette  lecture  a  été  finie,  nous^ons 
7>  tous  deux  gardé  le  silence ,  et  comme  j'ai  vu 
3>  qu'il  ne  voulait  pas  le  rompre,  j'ai  dit  :  La 
yi  réponse  prussienne  répète  à  peu  près  les  dis- 
»  cours  tenus  à.  M.  de  Thugut,  avec  la  diffé- 
»  rence  qu'on  ne  cherche  plus  à  désavouer  la 
»  proposition  qui  a  été  faite  j  de  laisser  à  l'im- 
3>  pératrice  un  million  de  fiprins  de  revenu 
»  dans  la  Bavière. 

»  M.  de  Kaunitz  a  encore  gardé  le  silence. 
»  Après  cette  réflexion  de  ma  part,  et  pour 
»  cette  fois,  je  me  suis  décidé  à  attendre  qu'il 
9>  voulût  le  rompre.  Après  quelques  instans , 


LIVRE  yil.  aiS 

))  le  ministre  a  enfin  ouvert  la  bouche  pour 
dffîe  demander  :  Si  ma  cour  ne  me  chargeait 
»  pas  d^  Ini  faire  connaître  ce  qu'elle  pensait 
3»  de  la  réponse  prussienne.  —  Je  lui  ai  dit  que 
»  je  renais  de  lui  exposer  la  principale  réflexion. 
j>  — •  Je  suis  4tonné  ,   a-t-il  repris,  que  vous 
3»  n*ayez  pas  à  me  communiquer  le  jugement 
»  plus  essentiel  qu'elle  en  porte,  et  ce  qu'elle 
»  se  propose  de  faire  en  conséquence.  —  J'ai 
»  répliqué  :  Le  roi  et  son  conibit  Toient  avee 
D  peine  que  le  roi  de  Prusse  se  refuse  absolu - 
»  ment  à  la  proposition  noble  que  l'impéra  - 
»trice  fait  de  renoncer  à  ses  droits  et  préten^ 
»  tions  en  Bavière ,  pourvu  que  ^a  majesté  prus- 
)» sienne  veuille,  de  son  côté,  renoncer  a  la 
»  réunion  des  margraviats  à  sa  couronne.-**- J'ai 
»  ajoute  que  M.  le  chevalier  de  Gaussen  vous 
))  mandait  qu'il  avait  lieu  ^e  croire  que  rien 
I»  n'amènerait  le  roi  de  Prusse  à  un  arrange- 
»  ment  dans  le  territoire  bavarois  à  la  conve* 
i>  nance  de  l'Autriche.  —  M:  le  prince  de  Rau- 
»  nîtz  a  repris  vivement  :  Il  n'y  a  plus  d'arran- 
»  gement  de  ce  genre  qui  puisse  convenir  à  Tim- 
»  pératrice.  Sa  majesté  impériale  est  décidée  à 
t>s'en  tenir  k  la  grande  proposition  qu'elle  a 
»  faite  de  rendre  tout  ce  qu'elle  possède  en  . 
»  Bavière  contré  l'enga^ment  du  roi  de  Prusse 
»  de  laisser  les  margraviats  dans  L'ordre  naturel 
»  et  établi  par  la  maison*  de  Brandebourg. '— 


2i6  VIP  PÉRIODE. 

< 

»  J'ai  répondu  que  la  proposition  de  tout  rendre 
3  à  Félecteur  palatin  était  trop  honorable  pour 
»  qu'on  pût  chercher  à  dissuader  l'impératrice 
7>  de  cette  démarche  distinguée;  mais  qu'il  fallait 
»  voir  s'il  y  avait  un  moyen  de  lui  faire  sortir 
j>  son  effet  vis-à-vis  du  roi  de  Prusse ,  et  que  dans 
»  le  cas  où  il  serait  impossible  d'amener  sa  ma- 
»  jesté  prussienne  à  remplir  la  condition  sine 
x>  qud  non ,  il  serait  à  désirer  de  trouver  d'au- 
»  très  voies  po#r  arriver  au  grand  œuvre  de  la 
yi  paix. 

i>  M.  le  prince  de  Kaunitz  m'a  avancé  alors 
»  qu'il  n'y  avait  qu*un  chemin  à  prendre  pour 
»  y  forcer  le  roi  de  Prusse  :  c'était  que,  le  roi 
»  voulût  bien  soutenir  et  fortifier  le  langage  de 
»  la  lettre  à  M.  de  Gaussen. 

T»  Nous  avons  causé  et  discuté  long-temps  sur 
»  cette  idée ,  avec  1^  différence  de  nos  opinions 
)>  à  cet  égard.  Le  ministre  autrichien  a  employé 
»  tout  son  grand  art  et  son  talent^  pour  me 
»  persuader  qu'il  fallait  que  le  roi  prit  un  ton 
»  capable  de  faire  peur  au  roi  de  Prusse;  et  moi 
»  je  me  suis  tenu  à  vouloir  lui  déipontrer  le 
»  danger,  ou  au  moins  l'inutilité  de  nous  com» 
»  promettre  avec  le  roi  de  Prusse.  J'ai  épuisé 
»  toutes  les  raisons  qui  nous  défendent  de  sortir 
»  avec  sa  majesté  prussienne ,  du  ton  permis  au 
y»  conciliateur. 

i>  J'ai  appuyé  mes  principes-sur  tous  les  motifs 


LIVRE  VIL  ai7 

%  du  plus  tendre  intérêt  pour  leurs  majestés  im« 
9  périales.  Il  m'a  ëtë  impossible  de  faire  convenir 
»  M.  le  prince  de  Kauoitz  qu'il  y  eût  un  autre 
)»  langage  à  tenir  au  roi  de  Prusse  que  celui  de  la 
i>  menace.  Enfin ,  Monsieur^  quand  j'ai  vu  l'inuti- 
9.  lité  de  mes  efforts  les  mieux  fondés  pour  faire 
3>  partagerauchaucelier,lesystèmedelaconduite 
»  mesurée  que  nous  devons  observer*  dans  les 
»  rapports  qui  s'établissent  entre  le  roi  de  Prusse 
o  et  nous^  je  lui  ai  déclaré  nettement ,  que  rien 
»  ne  pouvait  nous  déterminer  à  nous  compro- 
:»  mettre  avec  sa  majesté  prussienne ,  par  un  ton 
»  qui  aurait  droit  de  la  blesser,  et  qui  serait 
X  d'autant  plus  déplacé  de  notre  part,  que  nous 
»  sommes  encore  plus  hors  d'état  que  de  vo- 
»  lonté,  de  nous  livrer  à  d'autres  mesures,  qu'à 
»  celles  que  notre  guerre  avec  l'Angleterre  exige 
9  que  nous  portions  au  plus  haut  degré  de  suite 
3>  et  de  vigueur.  Je  n'ai  pas  besoin  de  vous  dire, 
»  Monsieur,  que  ce  prononcé  tranchant  n'est 
9  pas  resté  sans  quelques  répliques  humoriques 
»  teintes  de  toutes  les  couleurs  de  V affliction  la 
"Si plus  composée.  Je  connais  tant  cette  marche 
»  aujourd'hui,  que,  sans  y  faire  attention  ,  j\ii 
»  porté  le  discours  sur  ce  que  paraît  présenter , 
»  et  sur  le^  sens  que  nous  donnons  au  passage 
»  de  la  réponse  prussienne  sur  le  million  de  pré- 
^  ciput,  et  j'ai  établi  que  puisque  le  roi  de  Prusse 
»  reconnaît  l'offre  qu'il  en  a  faite ,  il  serait  à  dé- 


r 


% 


2i8  VIP  PÉRIODE. 

i)  sîrer  de  trouver  dans  cet  areu  une  nouyelU 
»  base  de  négociation.  J^ai  dit  que  sotis  ce  point 
»  de  vue,  il  nous  paraissait  qu'en  rassemhlant 
»  la  dernière  proposition  de  M.  Thugut  [sur  le 
»  territoire  bavarois  à  la  convenance   autri^- 
»  chienne ,  rejetëe  par  le  roi  de  Prusse,  et  l'ob- 
»  jet  de  la  proposition  prussienne  qui  a  paru 
y>  insuffisante  à  la  cour  intpëriale ,  il  pourrait 
»  y  avoir  moyen  dé  tirer  de  ces  deux  proposi- 
»  tions,  une  troisième  idée  qui  prit  la  foroieeC 
»  la- mesure  convenables  aux  deux  puissances. 
»  M.  le  prince  de  Kaunitz  a  rejeta  fort  loin  cette 
»  ouverture,  et  est  revenu  â  sa  superbe  pro* 
yt  position  de  rendre  toute  la  Bavière^  comme  à 
y>  l'unique  moyen  digne  de  l'impératrice  ,  el  a 
»  prétendu  que  toute  autre  négociation  qui 
»  aurait  un  autre  objet,  ne  serJait  que  la  source 
»  intarissable  de  nouv*elIes  difficultés,  ainsi  que 
7)  de  procédés  choquans  et  d'interprétations  en* 
3»  core  plus  révoltantesde  la  part  du  roi  de  Prusse 
}>  à  la  charge  de  la  maison  d'Autriche.  Je  me  suis 
)>  peu  arréré  à  ces  grands  mots ,  et  j'ai  continué 
»  mes  raisonnemens  dans  le  sens  d'une  tfoisèème 
»  proposition  naissante  des  deux  rejetées  égale^ 
y>  ment  par  les  deux  puissances  belligérantes, 
»}'ai  appelé  au  génie  du  prince  de  K^nitz  poivr 
))  cette  composition  eûnciliatoire ,  en  lui  Qrti- 
»  culant ,  qu'il  serait  de  sa  sagesse  de  restrem- 
»  dre  suffisamment  la  manière  d'établir  le  pré- 


LIVRE  VII.  319 

>  cipat  d'un  million  de  revenu.  A  ce  discours , 
»  le  ministre  a  prétendu  avec  un  peu  d'humeur, 
9  que  toujours  nous  rentrions  dans  les  idées  du 
]»  roi  de  Prusse ,  et  qu'ainsi  que  lui ,  nous  n'é- 
3  tions  occupes  qu'à  diminuer  les  justes  avan-  * 
»  tages  de  la  maison  d'Autriche.  J'ai  attaqué  for- 
3!»  tement  cette  réflexion ,  et  j'ai  dit  qu'elle  se- 
X  rait  peut-être  même  déplacée,  s'il  deraitnous 
»  revenir  le  moindre  petit  profit  dans  toute 
»  cette  affaire  ;  mais  tjue  les  vues  seules  de  la 
3  justice  et  de  l'amitié  qui  nous  conduisaient , 
»  étaient  trop  claires  pour  nous  attirer  ce  re- 
»  proche ,  que  nous  ne  connaissions  avec  nos 
»  amis  que  le  langage  de  la  vérité  ;  et  que  si , 
»  dans  cette  occa.^ion ,  elle  avait  des  cotés  désa- 
»  gréables,  il  ne  dépendait  pas  de  nous  de  les 
»  écarter  du  fond  de  la  question.  Ce  discours 
»  a  remis  la  tranquillité  dan^  notre  entretien. 
»  M.  de  Kaunitz  m'a  dit  qu'il  était  incapable 
3  de  trouver  une  proportion  du  genre  de  celle 
n  que  je  lui  indiquais,  qu'il  me  priait  de  la  lui 
9  fournir.  Vous  jugerez  ,  Monsieur  ,  combien 
»  j'ai  mordu  à  cet  bameçon.  Alors  M.  le  prince 
3  de  Kaunitz  m'a  dit  que  c  était  à  vous  à  lui 
»  tracer  une  proposition  convenable ,  puisque 
»  vous  croyiez  d'une  part ,  impossible  de  faire 
^3>  adopter  au  roi  de  Prusse  la  restitution  entière 
»  de  la  Bavière  avec  la  clause  des  margraviats  ; 
»  et  de  l'autre ,  que  vous  pensiez  qu'il  fallait 


aao  VIP  PÉRIODE. 

• 

»  en  revenir  à  un  arrangement  territorial  aux 
»  dépens  de  la  Bavière,  en  faveur  de  la  inaîsoa 
»  d'Autriche,  - 

»  Je  ne  me  suis  pas  plus  laissé  prendre  à  cette 
»  proposition  qu'à  celle  qui  m'avait  été  person- 
»  nelle.  J'ai  fait  sentir.au  chancelier  d'état  con^- 
»  bien  il  était  injuste  de  prétendre  que  le  roi  ^ 
»  qui  s'est  renfermé  jusqu'ici  dans  un  si  grand 
»  silence  sur  la  succession  bavaroise ,  vînt  pro- 
»  noncer  sur  les  convenances  autrichiennes,  et 
»  leur  indiquer  leur  place  ainsi  que  leur  étèn- 
»  due.  M.  le  prince  de  Kaunitz  a  insisté  sur  cette 
3»  démarche  de  notre  part,  par  tous  les  raisonne- 
»  mens  de  la  plus  mauvaise  foi.  Je  les  ai  tous 
»  repoussés  bien  franchement.  Enfin ,  le  minis- 
x^  tre  m*a  dit  que  cette  affaire  ne  finirait  que 
y)  par  les  événemens  de  la  guerre,  si  nous  ne 
jr  voulions  pas  prgndre  la  direction  dés  moyens 
»  d'une  manière  plus  décidée  dans  tous  les  gen- 
»  res.  J'ai  dit  que  le  roi  ne  connaissait  -  e|:  ne 
»  connaîtrait  qu'une  façon  de  s'en  mêler;  eb 
»  répondant  par  tous  les  moyens  et  les  senti- 
9  mens  les  plus  tendres  à  la  confiance  de  l'im- 
»  pératrice  ;  et  que  cette  façon  serait  de  se  tenir, 
3»  toujours   avec  la  plus  grande  impartialité , 
y>  placé  entre  l'impératrice  et  le  roi  de  Prusse 
*  pour  leur  communiquer  leur  vues  respectives, 
»  leur  en  dire  avec  vérité  son  avis ,  et  chercher 
»à  y  joindre  les  idées  les  plus  conciKan les. 


LIVRE  VIÏ.  aax 

>  Malgré  faut  d'applications  précises  et  raison* 
»  nables,  M.  le  prince  de  Kaunitz  a  suivi  son 
»  désir  d'apprendre  du  roi  quelle  serait  la  pro- 
»  position  qu'il  pourrait  faire  pour  asseoir  le 
9  million  de  préciput  en  Bavière ,  etc.  » 

La  diplomatie  mise  ainsi  en  action  dans  la 
dialogue  de  deux  personnages  habiles  s'atta- 
quant  et  se  repoussant  tour  à  tour ,  pour  faire 
prévaloir  des  intérêts  contraires ,  ou  tâcher  de 
les  accorder  malgré  la  haine  et  la  rivalité,  offre 
une  controverse  de  cabinet  très  impdhante  ,  et 
la  lutte  la  plus  noble  de  la  sagacité ,  des  talens 
et  de  la  prudence.  Dans  ces  sortes  de  débats , 
rhistorien  doit  donner  entièrement  les  dépê- 
ches. L'analyse  les  altère ,  ou  les  réduit  en  ta- 
bleaux mesquins  dans  lesquels  on  ne  peut  se 
former  une  idée  de  la  grandeur  et  de  la  force  des 
personnages ,  ni  de  leur  véritable />o^e. 

Cependant  la  guerre  s'étant  engagée  entre  la 
Prusse  et  rAutriche ,  Frédéric  iii  était  entré  en 
Bohême  par  le  comté  de  Glatz,  le  5  de  juillet, 
et  avait  fixé  son  camp  en  face  de  celui  de  l'empe- 
reur Joseph;  mais  les  deùr souverains  restèrent 
en  présence,  sans  oser  s'attaquer,  et  le  roi  de 
Prusse  effectua  sa  retraite  de  la  Bohême ,  le  4  Aa 
septembre  suivant,  parce  que  la  disette,  la 
maladie  et  la  désertion  se  mettaient  dans  son 
armée. 

Les  mêlées  circonstances  forcèrent  le  prince 


■*' 


sua  VIP  PÉRIODE. 

Henri  de  Prusse  d 'évacuer  la  Bohén^e  ;  et  le 
niarëchat  Laudon  surprit  le  i8  de  juin  1779»  les 
Prussiens  auprès  des  Habels-  chewert.  Le  prince 
de  Hesse-Philipstadt  fut  fait  prisonnier  avec 
2200  soldats  et  officiers.  Ce  fut  là  k  principal 
évétiement  de  cette  guerre  de  oampemenay  où 
l'on  développa  de  part  et  d'autre ,  de  grandes 
forces  et  de  grands  talens.  Tandis  que  Frédéric  iir 
ne  voulait  pas  compromettre  une  gloire  an- 
cienne ,  Joseph  II  craignait  de  débuter  par  queU 
qu'une  d^  ces  fautes  ou  de  ces  revers,  qui  dé- 
cident souvent  de  la  réputation  militaire  d'un 
prince.  Il  est  à  remarquer  que  Frédéric  m  rani- 
mant sa  vieillesse,  se  porta  presque  toujours  à 
l'offensive ,  tandis  que  son  jeune  rival  conseillé 
par  Laudon ,  l'épiait  froidement  et  sans  bou- 
ger ,  pour  le  surprendre  dans  quelque  fausse 
démarche. 

L'on  sent  que  la  circonstance  de  la  guerre  dé- 
clarée servit  de  motif  à  la  cour  de  Vienne  pour 
insister  plus  vivement  sur  le  casus  fœdeHs ;  la 
cour  de  Versailles  s'y  refusant,  le  prince  de 
Kaunitz  dit^  dans  une  occasion,  à  l'ambassa-. 
deur  de  France^  baron  de  Breteuil  :  «  Vous  nous 
»  llibandonnefe  dans  une  occasion  bien  intéres- 
»  santé.  Le  temps  en  amènera  peut-être  où  ce 
1»  souvenir  nous  sera  sensible.  » 

Le  baron  de  Breteuil  fit  valoir  le  poids  énorme 
du  iéte-à-téie  de  la  France  avec  l'Angleterre^  et 


LIVRE  yil.  22Z 

4out  ce  que  celte  grande  querelle  exigeait  de  8a 
part  ;  ajoutant  que  la  cour  de  Versailles  aurait 
pu  déjà  réclamer  pour  elle-ménie  l'effet  du  traité 
de  1756;  et  qu'ainsi  il  était  sage  à  l'Autriche  de 
ne  pas  solliciter  d*un  côté  ce  qu'elle  ne  pouvait^ 
ni  ne  voulait  exécuter  de  l'autre.  Le  prince  de 
Kaunitz  répondit  «  que  dans  une  guerre  mari- 
>  time,  la  France  n'avait  pas  plus  de  droit  de 
»  réclamer  l'alliance ,  que  là  maison  d'Autriche 
»  n'avait  de  moyens  de  la  secourir.  »  Le  baron 
de  Breteuil  observa  que  le  traité  silencieux  à 
cet  égard,  laissait  à  sa  cour  le  droit  le  plus  entier 
de  former  des  demandes  que  le  roi  avait  négU* 
gées  par  raison  de  pure  générosité. 

Le  prince  de  Kaunltz  finit- en  disant  :  «  Il 
9  vaut  mieux  vous  en  tenir  à  nous  parler  de  ^^ 

»vos  impossibilités  de  nous  secourir,  que  de 
»  vouloir  mettre  en  ligne  de  compte  ce  droit  de 
»  noua  réclamer  dans  une  guerre  maritime.  » 

La  contestation  entre  l'Autriche  et  la  Prusse     1778. 
paraissait  devoir  êe  terminer  par  des  etiusions  ^  i«  coor  de 
(b  aang  plus  sérieuses  que  dans  la  précédente  ^[j^^*^^*''^ 
campagne  9  lorsque  Catherine  11 ,  ponssée  par 
lacQur  de  Berlin,  fit  faire  des  représentations 
écrite 9  à  la  oour  de  Vienne,  dans  laquelle,  après 
uu  préambule  poli ,  et  enveloppé  d^xpressions 

^l'estime  y  elle  disait  : 

ce  L'AUemagne ,  par  sa  position  comme  par  sa 
»  p^iss^RM^  eft  lai  centre  d^  toutes  les  aûaires 


324  Vlir  PÉRIODE. 

»  et  de  tous  les  intérêts  de  l'Europe,  L'intégrité 
»  de  sa  forme  de  gouvernement  ou  les  alte'ra- 
»  tions  qui  y  seraient  faites ,  la  tranquillité  dont 
»  elle  jouit  ou  la  guerre  qui  la  déchire ,  inté- 
»  ressent  au  plus  haut  degré ,  tous  les  autres 
»  états ,  surtout  ceux  qui ,  comme  l'empire  de 
»  la  Russie,  joignent  aux  intérêts  et  aux  con- 
»  nexionsnaturellesdetat àétat,et àdesliaisons 
»  d'amitié  avec  la  plupart  des  princes  de  TEm- 
»  pire,  des  considérations  d'une  alliance  étroite 
»  avec  )a  puissance  qui  s'est  armée  pour s'oppo- 
>»  ser  à  des  voies  de  fait  de  la  part  de  la  cour  impé* 
»  riale  et  royale.  Il  n'est  donc  pas  au  poiivoir  de 
30  l'impératrice ,  de  rester  dans  les  termes  de  Tex- 
»  tréme  ménageiïkiént  qu'elle  a  eu  d'abord/ et  de 
»  se  refuser  à  tout  examen  des  droits  à  la  succès- 
»  sion  de  fiavière.  Sa  majesté  se  voit  obligée^  au 
»  contraire ,  d'y  entrer  malgré  elle ,  et  puis- 
»  qu'elle  est  forcée  de  dire  son  sentiment^  elle 
y>  le  fait  avec  la  franchise  propre  à  son  carac- 
3>^tère.  Sans  discuter  les  droits  du  corps  germa- 
»  nique^  et  ne  prenant  d'autre  règle  que  l'équité 
3>  naturelle  et  les  principes  de  toutes  les  socié-^ 
»  tés,  tout  ce  qui  s'offre  à  sa  majesté  impériale 
»  dans  l'importante  question  qui  agite  tout  l'Em- 
»  pire,  c'est  que  de  la  part  de  la  cour  de  Vienne, 
p  d'anciennes    prétentions    négligées    pendant 
»  plusieurs  siècles,  et  oubliées  dans  le  traité  de 
»  Westphalie,  sont  aujourd'hui  miâe^'eu  ayant 


LIVRE  VII.  m5 

:à  contre  ce  même  traité ,  qui  fait  la  base  et  le 
»  boulevard  de  la  consUtuliou  du  corps  germa- 
»  nique  ;  c'est  que  la  manière  dont  elles  ont  été 
D  exercées ,  est  plus  oppos|f e  encore  à  cette  paix 
»  sacrée  «  la  plus  solemnellequi  ait  jamais  existé 
»  dans  le  monde  chrétien  ;  c'est  enfin  ^  que  la 
»  guerre  qui  va  soutenir  ses  premières  démar- 
»  ches,  met  en  un  danger  éminent  la  constitu* 
s  tion  de  l'Empire,  et  que  de  son  renversement 
»  ^'ensuivraient  une^ecousse  violente  pour  tous 
]>  les  états  qui  l'ayojsinent ,  un  dérangeaient 
»  d'ordre  et  d'équilibre  pour  toute  l'Europe»  et 
^de  là  un  danger  possible  pour  l'empire  de 
A  Russie,  fût-ce  dans, «les  temps  les  plus  éloi- 
»  gnés  ^  qu'il  est  de  I4  sfigesse  d',un  bon  souve- 
»  rain  dç  pr^vqir,,  et  sur  lequel  la  cour  impériale 
»  de  Russie  ne  peut  qu'adopter  les  propres  prin« 
»  cipes  et  les  maximes  de  la  cour  impériale  et 
»  royale,  enpareiL  c^s.  Sa  majçsjté  impériale  n'a 
»  pu  peser  d^s  considérations  aussi  graves ,  sans 
»  se  permettre  de  faire, un  nouvel  effort  auprès 
»  de  leurs*  pajestés  impériale;S  et  royales,  en  les 
j»  invitant  .par  tous  les  principes  d'équité  etj  les 
»  sez4i;pens , d.'bumanit^M|ui  ^ur  sont  si.natu- 
»  rel^  àjff(ire  cesser  les  ti:oubles  prescris  de  i'Em*' 
»  pire  gerni^que,  en^qqnvenant  défini tiviement 
»  ay^ç  ^a^^ço^jesté  le. roi  de  Prusse  et  les  autres 
X  parties  iiitére^ées,  d'un  arrangement  légal  et 
»  à  tamiablef  de  toute  la  succession  de  Bavière . 
vii.  i5 


aa6  Vil*  PÉRIODE. 

»  cohfofinément  aux  lois  et  aux  constiïuêions. 
»  C'est  âinst  que  sa  majesté  impériale  ose  en- 
»  cow  exprimer  ses  voeux  pour  le  maintien  de 
t  là  p)âix.  Elle  se  flatta  que  sa  déiparohe  He  sera 
»  f eçïie  qtie  comme  une  nouvelle  preuve  de  la 
»  confiance  Sans  bornes ,  qu'elle  met  en  la  mo' 
ik  de'ratioh  et  rbumanité  de  la  coût  impériale 
»  et  royale ,  et  dans  les  àentimens  personnels 
j»  pour  elle,  de  sa  majesté  l'impératrice-reine; 
»  M  elle  souhaite  d'autant  plus  qu'elle  produise 
»  yti  hetrreux  effet^  qu'il  en  coûte  infiniment  h 
^  3oti  amitié  pour  lieur^  majestés  impériales  et 
»  Mjrale^,  d*être  obligée  de  déctarer  qu'elle  ne 
9  Mumit  voir  indifféremment  la  guerre  allumée 
^'tfy  AllèUfagne ,  tant  'pôui"  son  objet ,  ^qne  pour 
i^WA  ioiÈX)Onslances  et  ses  'effets  possibles,  et 
9  j^u'eile  devra  prendre  eh  une  jus(te  et  sérieuse 
tt  cMidid^f  ation ,  béqui  convient  aux  intérêts  de 
0  Wn  EwçAtCj  àfceux  des  princes  isies  amis,  qui 
^^nt  iréelàmë  Bon  âppiii ,  et  surtout  à  ses  obii- 
»  g(|iVk>ci$  «nvets  èon  allié.  » 

hk  oo^t  de  France,  à  qui  cette  décïalratioh 
«Ait^oovÉWiiniquëe ,  la  jtigesint  au  moins  cômmi- 
-Mitoirè  j^tfr  la  ^baleilt  dtilstyle  qui  y  ^régnait  ; 
-tt  ^fiMVitant  de  plus  j  que  tàf  x^ài^  qti^éflte 
^ndrait  li  la  gtitérfé  céÉrtre  là  Pydssb^  ne  fe- 
«snltque  décider  la  Russie  à  ^conrir  oell'e'^i ,  et 
>*  È»  l%ù€r  avec  l'Aftêleterré ,  d'où  U  réstdtemit 
^«u  tMbMs^âMni;  ^gétiécài^  engagea  fiwpéra- 


LIVKE  VÎI.  Îa7 

trice*i>etiie  j  par  ki  consfd^i'fttîon  de  Tembarras 
qui  en» résulterait  potif  let'd^iïY  cours  alliées;  à 
agréer  les  ooyértui^es  de  4a<  Huëdie ,  qui  t>ourtant 
anocmçaît  flToir  eor  vue  y  un  arrangetttent  légal 
et  amiable- de  toute  la  succession  de  Bavière. 

£d  eonsjëquence  de  cette  iovilatîon ,  et  d'après-    '779« 
$a  propre  cdnvîction ,  1  inapératrîce^reine  écrivit  u  rmet  c» 
à  Catherifie  ii ,  qu'elle  lui  demafndaît,  soit  sA  mé-  «t  ^ 
diaijoii;:sait  «es  bons  offices.  Mais  Timpératrice- 
reine- qui  sentait  qii€  la  médiation  de  la  cour 
de  Pétérsbôtrrg ,  pou  rMtt  bien  n'être  pas  tont- 
â-fart  dégagée  de  partflititë,  éeriirit  à  Louis  xvt 
pour  lut  demavider  de  edbéotoriir  également  à  la 
paix  paT'Sâ  MécKationt  I^  roi,  qui  avait  l'inté- 
rêt 1^  plu&idîrèct  à  ce  qtre  la* Russie  ne  décidât 
point  ia  céntestation  par  son  itifluenceV  accepta 
la  Moed^Jtioft,  et  éprività'cetie  occasion  ;  $  rim« 
pératrice-reine  la  lettre  suivan^te ,  f  n  date  du  lo 
de  décembre  :177a.  :  **     ' 

«  Madame  ma  sœur  et  belle-mère  «  la  conn- 
9  municatîon  que  votre  tbâjeslé  th'a  dontiëe  de 
»  la  réponse  qvi^ella  s'e$t  déterminée  k,  faire  à  là 
3)  représentatif  d«  sa  ntMijesté  impériale  dé  ftus- 
»  sie ,  et  à  TMC^tation  ijii'éMe  a  faite  dé  sa  mé- 
»dia<Bibn>  adroftà  tne^^plas  sincères 'aî^plaû- 
»  disseitiéè^^'yMrt  maje^tappelle  par  ce'prô- 
»  cédé  si  noble  et  si  décent ,  ceux  dont  j^ai  lieu 
»  de  croiM'ique' cette  princesse  n'est  pas  sans 
»  regKt  nie  a'4&re  écartée  trop  facilement.  Sen« 


32(J  VlirPÉRIODË. 

9  '  slble  À .  ta  confiance  que  «votre  majesté  me  té^ 
]>  moigne ,  et  que  je  .me  Irouvé  à  même,  de  mé^ 
p  xiter^  daus  mon  tendra  intérêt  pour  aa  pros- 
P  péri  lé  et  pour  sa  gloire,  je  ^îais  airec  em- 
»  prea^ement  l'occasion  qu'elle  me  présente  de 
^>  ' sîçco^der  seS;  généreuses  intenlions  pour  accé-- 
j»  lérerlapaîxdesesétataetcellederAlIemagne-.. 
o/. .  .    ^  f.ç  içaande  au  bfiron  de  Breteuîl  de  se  cou- 

»  cecter  avec  le  prijnce.de  Raunitz,  suc  la  pro- 
»  ppsition  à  produira ^^lU*  laquelle. vatcema^ 
A  JeS|té,se  décidera,  '^t  sur  la  forme  la  plus  con- 
^.yejpable  à  donner  à  toute  la  négQcîi^tioa ;  et 
»Je  Tau^torise  à  communiquer  letoïkl^en  moa 
»;nf^fif  ,.et  sans,  attendre  d^  nouveauxoidres.de 
}»;^a  part,  soit  ^  la.  cour  de  Pétersboiiig,  sok 
«directement  à.ççl^j^  de  Berlin  ,.soît>à  toutes  les 
3>  deux,  ainsi  que  votre  majesté  le  jugera  à 
?  propos. 

»  Je  suis  trop  persuadé,  au  F^te,  de  ce  que 
»  les  souverains  se  doivent  à  eux-mêmes  ,  pour 
»  n'avoir  pas  dai^  la  plus  haute  considération 
»  1^  dignité  de  votre  n^^jesté,  et  pourne  pas  la 
n  spjgner  comme  la  ipienne  propre**  . 

9  Je  la  prie  de  sereppser  sur, «a  teaidresse 
»  filiale  pour  s?,  personne  .et  aurje^^  sentimens 
»  dei^estime  et  de  l'^apût^^  la  plus  parlaûte ,  avec 
»  laqueUe  je  suis.,,  ^  .î.   : 

.  »  Pc  votre  majesté^f  .^n  frère* et.  beaurfila. 

,      t  »  Signé  Jj^VJS.  n  . 


LIVRE  VII.  939 

Le  roi  en  même  tempS'  envoyai!  à  Fifaiperâ- 
trice  deux  plan»  pacifiques ,  qu'il  hii  làisslait  la 
faculté  de  modifier.  '* 

La  cour  de  Versailles  fit  ^avbir  incontinent  à 
ceMfe  de  Pétersbourg  et  de  Berlin ,  qu^ellè  était 
très  disposée  k  concourir  ^  la  médiation  ;  te  qui 
ajant  été  accepté ,  le  roi  nomma  pour  son  mi- 
nistre plénipotentiaire  aii  congrès  de  paix,  le 
baron  de  Breteuil;  et  l'impératrice  de  Russie 
nomma  de  son  côté  le  prince  Repnin  qui  était 
son  n^inistre  plénipotentiaire  près  le  roi  de 
Prusse. 

^  La  cour  de  Versailles  se  hâta  d'exercer  sa  ttoé- 
diation  entre  l'impératrice-reine  et  le  roi  de 
Prusse,  en  leur  faisant  passer  un  plan  de  paci- 
fication, dont  les  bases  étaient: 

i®.  Que  la  cour  de  Vienne  garderait  la  partie 
de  la  Bavière ,  située  entre  ^e  Danube ,  Flnn  et 
laSalza,  faisant  partie  de  la  généralité  de  Burg- 
hausen  ,  savoir ,  les  bailliages  de  Wilshut ,  de 
Braunaw ,  de  Fribourg  ,  de  Mattigkoven  ,  de 
Ried  et  de  Scharding  ; 

3^.  Que  la  nouvelle  convention  avec  l'électeur 
palatin ,  serait  conclue  et  signée  le  même  jour 
que  le  traité  de  paix) 

5®.  Que  le  roÎMie  Prusse  serait  maitrb  de  réu- 
nir les*deux  margraviats  à  la  primogéniture  de 
sa  maison; 
•    4®.  Qu'il  serait  fait  entre  lui  et  l'électeur  pa- 


33o  V1I«  RÉRlOtDE. 

.-  ... 

latin  i  une  QonyentiQQ.sur  la  succession  de  Ju* 

lierset  de  fieijg.  « 

Ce  plan  fut  commuDiquë  à  l^oor  de  Vienne , 
qui  raccepta  le  it  de  janvier  1779»  Xe  roi  dé 
Prusse,  ayant  de  répondre  définitivoment^  ^u-^ 
lut  consulter  la  cour  de  Petersbourgt  son  alliée  9 
à  laquelle  il  affectait  de -témoigner  une  grande 
confiance  ;  et  dans  les  premiers  jpuijS  de  ievrier  « 
il  donnsi  y ultimati/m  ^^iysini  y  lequel  e^timpor* 
tant,  puisqu'il  servit  de  hase- à  la  paii;»  ^vqu*il 
est  une  réponse  dir^ct^.  au  plan  de  pacifiçatioa 
proposé  par  la  France.  Il  portait  : 

*i  Le  roi  très  chrétien  ayant  fait  rédiger  et 

j»  conomjuniquer  au  roi  ^  par  le  Canal  de  ses  mi^ 

}Ê  nistres,  le  baron  de  Breteuil  à  .Vienne  «  et  hi 

yt  marquis  de  Pons  ^.Qerlin,  un  plan  de  jj^aci- 

»  ficatioi^  entre  le  Toi  et  sa  majesté  Timpératrice- 

»  reine  ,   et  celui  d'un  arrangement  avec  la 

»  maison  palatine,  le  roi  a  reçu  ce  plan  «Tec 

»  raUention  et  l^défé)^nce  due  à  cette  marque 

.9  d*amitié  et  aux  grands  seutimens  de  sa  majesté 

»  très  chrétienne.  Sa  majesté  ne  pouvant  re-* 

»  garder  lesdits  plans- :CQm.me. des. fie/A'moAcfTs, 

3>  parce  qu'ils  ne  lui  furent  pas  présentés,  c6m  me 

D  tels,  elle  ne  pouvait  pas  aussi  y, répondit  dié* 

st  iinitivement^  ^yant  que.  dé#etr^  ooncé'r'tée 

.».U' dessus  avec  If^s  parties  principisileAieo-t  io«. 

»  téressées,  et  avec  sa  majesté  Timpératriee  de 

»  Russie 9  qui,  à  sa  qualité  d'alliée >  joiitt  égale* 


LIVRE  VII.  !i5i 

9  ment  eelle  de  puissance  inédiatrice«.Cep«p- 
»  dant,  pour  accélérer  d'autant  plu3  la  négo- 
j*  ciation  -,  elle  a  fait  faire  par  son  miiMStère  une 
3»  réponse  verbale  au  n}arqi\îs  de  Poost  d'aprè$, 
»  les  idées  qui  lui  paraissaient  les  plus  con- 
»  formes  aux  intérêts  des  parties  principales  % 
%  et  qu'elle  savait  leur  tenir  le  plus  à  çQ^vx  % 
»  comme  sa  majesté  Timpératrice-reine  vient 
D  de  déclarer  ses  intentions  précises,  sur  Tou- 
»  vrage  général  de  la  pacification  »  p^r  une 
»  note  que  M.  le  baron  de  Breteuil  a  adressée 
»  au  prince  Repnin ,  et  que  celui-oi  vient  de 
9  communiquer  au  ministère  du  roi,  sa  majesté 
»  ne  veut  pas  différer  plus  long-temps  k  ^*eK|)li* 
»  quer  sans  réserve,  sur  le  fond,  et  sur  Tess^ntiel 
9  des  conditions  de  la  pai]^  et  de  l'accooimode- 
»  ment  à  faire,  sans  s'arrêter  à  plusieurs  termes 
»'et  allegatioqa  de  cette  note  qu'on  ne  veut  pas 
j»  relever. 

»  Sa  majesté  consent  que  la  convention  par- 
,»  ticuUère  de  V.à^^commodement  sur  la  succès- 
D  sion  de  Bavière  à  conclure  entre  sa  majesté 
»  rimpératricerreine,  l'électeur  palatin  et  M.  le 
»  duc  de. Deux-Ponts^  V^^  J  prendra  part  eu 
»  qualité  de  partie  principale  contractaute,  de 
9  même  que  la  convention  à  conclure  entre  la 
9  maison  palatine  et;! M.,  l'électeur  de  Saxe  sur 
»  la  succession  de  Bavière ,' soient  ai:ine)i^éip3  à  son 
»  traité  de  pai:s(  et  censée3  çn  faire  partie  ,  et 


/ 


aSa  VIP  PÉRIODE. 

y>  soient  garanties  par  les  puissances  médiatrices^ 
»  ainsi  que  le  traité  de  paix'  même. 

»  Les  conditions,  sous  lesquelles  le  roi  a  of- 
»  fert  à  sa  majesté  l'impéràtrice-reine,  la  cession 
»  d'uiie  partie  du  district  de  Burghausen  ;  au 
»  mois  de  juillet  dfe  l'année  dernière,  ainsi  que 
»  par  sa  réponse  verbale,  ne  lui  ont  pas  paruoné- 
»  reuses. Sa  majesté  n'a  pas  cru  porter  aussi  aucun 
»  préjudice  à  sa  majesté  l*împératrice- reine,  en 
»  lui  offratit  au  lieu  de  ladite  partie  du  district 
»  de  Burghausen  sans  condition,  un  district  du 
»  Haut-Palatinat.  Cependant  comme  sa  majesté 
y)  impériale  et  royale  insiste  sur  la  partie  sus- 
»  mentionnée  du  district  de  Burghausen,  avec 
»  leslimifes  et  sous  les  conditions  qui  sont  énon- 
»  cées  dans  les  art.  IV,  V  et  VI  du  projet  d'ar- 
7)  rangement  avec  la  maison  palatine,  propose 
»  par  la  cour  de  France,  le  roi,  pour  lever  toute 
»  difficulté,  ne  prétend  pas  s'opposer  à  la  ces- 
j>  sion  de  ce  district,  et  n^insis|e  pas  au|Ssi  sur 
»  un  paiement  de  la  quote-part  des  dettes  de  la 
»  Bavière,  et  pour  concourir  autant  que  pbssi- 
»ble,  aux  désirs  dé  sa  majesté  l'impératrice- 
»  reine-,  sa  majesté  disposera  M.  le  duc  dé  Deux- 
»  Ponts  à  consentir  à  oette  cession'  sôus  la  con- 
j)  dition  énoncée  dans  le  plan  dé  pacification , 
»  que.  sa  majesté  l'impératrice-reine  renoncera 
»  à  toute  prétention  qtièîcdnque  sur  leè  états  et 
»  la  succession  de  Bavière,  et  que  cette  succès* 


LIVRE   VIL  a55 

»  sioii  soit  assurée  à  tonte  la  maison  palatine, 
»  et  nommément  à  la  ligne  deDenx-Poots,  d'une 
»  manière  qui  la  mette  à  l'abri  de  toute  contesta» 
9  tion.  On  attend  aussi  de  Tçquité  de  sa  majesté 
»  Timpératrice-reine ,  qu'eu  ^gard  à  Tempre^ 
»  sèment  de  M.  le  duc  de  Deux-Ponts  d'entrer 
9  dans  ses  vues ,  elle  voudra  écouter  favorable* 
»  ment  les  représentations  justes  et  raisonnables 
»  que  ce  prince  pourrait  lui  faire.  • 

»  Sa  majesté  l'impératrice^reine  et  le  roi  pour- 
>»  raient  se  joindre  à  l'électeur  palatin  et  au  duc 
»  de  Deux-Ponts ,  pour  requérir  Fempereur  et 
9  l'Empire  de  conférer  à  toute  la  maison  pala* 
9  tine  les  fiefs  de  l'Empire  situés  en  Bavière  et 
»  en  Sou^be ,  tels  qu'ils  ont  été  possédés  par  le 
9  défunt  électeur  de  Bavière. 

)»  Le  roi  n'insiste'  pas  sur  ce  que  sa  majesté 
))  Fimpératrice-reine  contribue  pour  la  somme 
3)  d'un  million  d'écus ,  à  la  satisfaction  des  pré* 
»  tentions'  allodiales  de  M.  Félecteur  de  Saxe  ; 
D  mais  sa  majesté  s'attend  que  la  cour  impériale 
»  et  les  cours  médiatrices^  lui  indiqueront  d'au- 
»  très  moyens  de  satisfaire  son  altesse  électorale 
»'dè  Saxe^  d'une  manière  juste  et  raisonnable 
'))  sur  ses  prétentions  à  la  succession  allodiale 
9  de  Bavière  ;  sa  majesté  ne  pouvant  pasaban- 
2»  donner  ce  prince ,  son  ami  et  alUé ,  dans  la 
»  poursuite  de  ses  droits.  

»  Il  conviendrait  que  la  seigneurie  de  Mindel- 


I 

I 

I  ■  ■  ' 

I  .  ! 

I 


254  VIP  PÉRIODE. 

j»  heim  fût  cédée  direct^içent  à  M.  réleçteur  de 
»  Saxe ,  pour  faire  partie  ^e  sa^  satisfaçtio.Q  >  ^^ 
a^  que  sa  o^ajesté  Timpératric^-reine  ^la  ^lai* 
»  son  palatine  reDoncdnt  ^a^^^  faveur  s^ux  pré* 
j^  tentions  qu'elles  pourr^içot -former  sur  qette 
»  seigneurie*  .  /  . 

»  Le  roi  n'a  aucunement  proposé  à  sa  majesté 
»  Fi mpératrice «reine , de reqoQcer apx droitsde 
D  féodalité,  de  rachat  et  de  réyersibilit^é  de  la 
»  Lusaoe ,  dans  la  vue  d'effectuer  l'échange  des 
»  pays  d'Ânspach  et  de  Bareuth  contre  les  deux 
9  LuSaces  :  sa  majesté  a  abandonné  cette  idée 
»  dès  qu'elle  a  rencontré  des  difficultés,  et  elle 
»  a  donné  trop  de  preuves  de  sou  désintéresse- 
»  ment  dans  toute  l'affaire  de  la  Bavière,  pour 
»  qu'un  pareil  soupçon  pui$se  avoir  i|ieu.  Cepen- 
»  dant ,  pour  l'écarter  tout^à^fait ,  elle  consent 
»  qu'il  ne  soit  plus  question  de  ces  renoncia- 
»  tions.  Mais  comme  sa  majesté  rimpératrice- 
D  reine  a  déjà  offert  dans  les  plans  de  la  cpurde 
m  Versailles  de  renoncer  en  faveur  de  la  cour 
»  palatine  à  ses  droits  de  féodalité  sur  leooimté 
»  de  Schonbourg ,  le  roi  espère  que  sa  ^aje^^é 
>i  impériale  et  royale  ne  fera  pas  difficulté  de 
»  faire  cette  renonciation  dii^eotement  vis^arviB 
«de  l'électeur  de  Saxe,  et. même  de  l'étei^re 
»  i  ses  auixes  féodalités ein  Saw,  hors  derl^fiU- 
»  sace ,  d'autant  plus  que  c^  drpits  ne  ^ontd'fii}- 
»  cun  rapport ,  et  quejsa:m9Jf$$t^  ^a  a  déj^  sou* 


LIVRE  VIL  a35 

>  vent  offert  Ja  ceaftîoa  dao»  Léa  Dëgociationaprë* 
»cedenle$.  •     .     -' 

»  Pour  procurer  une  espèce  de  satkfaçtioii  à 
»  la  maison. de  MeoUe0ibtairg%  pour  tes  pré«r 
y  tentions  fiii?  une .  partie  du  léodgraTÎat  de 
»  Leuetepl)erg:«  on  propose  que  sa  majesté  ren»> 
»  pereur  voudrai  bien  lui  oottfërer  le  pfiTiWge 
È  de  non  afpeiltviào. 

»  Le  roi  per$i/ite  k  ne  rien  exiger  de  son  cèle, 
3»  sinon  que  »  ppur  foire  cesser  lea  doutes  qu'on 
»  a  ëlerës  sur  le  droit  que  sa  inajeslë  aurait  de 
9  réunir  à  la  primogéniture  dé  sa  maison ,  les 
»  deux  principautés  de  Bareulh  et  d'Anapaoh;, 
»  au  cas  d'extinction  de  la  ligne  qui  possède 
»  actuellement  ces  deux  principautés»  sa  majesté 
iê  rirapératrice-reine  s'engage  pour  elle  et  ses 
}»  successeurs,  de  même  que  sa  majesté  Tempe» 
»  reur^  en  qualité  de  chef  de  llËmpire,  à  ne  ja?- 
2>  mais  mettre  aucune  opposition  i  ce  que  Les- 
»  dits  pays  d'Anspach  et  de  Bareutb  puissent 
»  être  incorporés  à  la  primogéniture  de  la  maîr 
9Son.de  Brandebourg.  L'on  pourra  aussi 'eone- 
.9  venir  ultérieurement  sur  la  renonciation  réc»- 
i>  proque  des  droits,  et  féodalités  qiie  la  oouf- 
sronoe  de  Bohême  a  dans  les  principautés  de 
sBareuth  et  d'Anspach  ,  et  de  ceux  que.  la 
y>  raaison  de  Brandebourg  a  en  Autriche.       .   . 

:oLe  roi  jie  fera  pas  difficulté  ,.  àiosi  qu'il 
9  l'a  déjii  déclap ,  de  renouveler  même  avee 


û36  Vir  PÊRrODE. 

9  M.  l'ëlecteur. paktin ,  la  isonvetitiôn  faite* len 
j>  1741 9  au  sujet  de  la  succession  dea  duchés  de 
s  Juliers  et, de  Berg,  sous  les  méH^Â  conditions 
»  qu'elle  a  été  conclue  >  dès  <^e  èef  prince  fera 
*»les  démanges*  nécessaires  |>oUff*' remplir  ces 
-»iconditions.  Maifi^- cette  conTen:tion  ,  qur  ne 
»  pourra  pas  faire  un  objet  au  présent  traita  ^ 
»  entre  le  roi  et  sa  majesté  l'îtô^përatrice-réiiie , 
j>  exigera  une  transaction  particulière  entre  sa 
3  maj^té  et  la  maison  palatine,  sans  Tintérven- 
»  tion  de  la  cour  de  France,        '   * 

»  Sa  majesté  l'empereur  voudra  bien  accéder, 
»  en  sa  qualité  d*empereur,  au  traité  de  paix  et 
'3»  aux  conventions  qui  en  font  partie,  par  un 
»  acte  séparé  de  ratification  ;  et  pour  y  donner 
»  encore  plus  de  force,  il  est  nécessaire  que 
00  l'Empire  y  accède  aussi,  et  qu^il  en  soit  requis 
9  par  toutes  les  parties  intéressées. 

»  Le  roi  suppose  qu'il  n'est  question  pour  le 
9  présent,  que  de  convenir  des  points  qui  com- 
»  poseront  le  fonds  des  traités  à  conclure,  et 
»  qife,  dans  la  suite  de  la  négociation,  on  ré* 
»  digéra  et  étendra  la  forme  et  les  termes  dé  tous 
^  ces  traités,  d'une  manière  qui  ne  puisse  porter 
'n  aucun  préjudice  aux  droits ,  au:;:  intérêts  et 
3»  aux  principes  dé  toutes  les  parties  intéressées 
»  et  contractantes  de  part  et  d*autre. 
.  »  Le  roi  ne  saurait  se  dispenser  de  déclarer  à 
»  ton,  tour  que  sa  majesté  propose  ces  explica- 


.  Livre  vil  ^57 

•  tioQS  comme  son  ultimatum,  auquel  die.  ne 
»  saurait  admettre  aucun  changement  feaMu^ 
»  tief  ;  qu  elle  se  flatte  qu'en  apportani  tant  do  • 
»  facilités  au  rétablissement  de  la  paix^  cet  ou* 
M  vrage  salutaire  4se. rencontrera  plus'de  diffi« 
jt  QuUés;. mais qviesiv contré ïoute  attente,  ces 
B  moy^s  de.  odo^îliation  ne  devaient  pas  être 
»  ft($QeptéSf  et  <^*au  contraire /on -voulût  con- 
?  tînuer  à  niettre  en  .parallèle  lasucdsskion  d'Ans* 
»  pach  et  de  .Bareuth.avec  celle  de  Bavière  i  et 
9  à  éteyer  des  jOO^tes4tations  sur  les  droits  de  la 
D  maison' dé^Brandeboui^ ,  sa  majesté  ne  pourra 
9  jamais  admettre  une  paritéicntre  deux  objets 
]i.tout.àrlaiidftffiérens^  qu'elle  «ne  cessera  alors 
ndejspufte^m.ses.  droits:  et  «es.  principes  pair 
D  tous  les  moyetis^^ossibles;;:  et. V  qu'elle  attend 
Y  de  la  jùsiliee'elide  l'amitié  deses co-états ,  ainsi 
t  que^de.céUe'. des-  hauts  gartms  de-  la  paix  de 
»  .\ttestphalie  et  des  puissances  médiatrices ,  qu'^iU 
9^jui  en. feropt  sentir  lest  effets  dans  une  guevr^ 
»quésa  majesté  Soutient  sanaleÀmoindres  vues 
»  d'ua  intérêt  particulier,   cMt  faisant  desob 
•  côté  les  sacrifices  les  plus,  essentiels^  et  à 4a- 
i»  quelle  ellea  tftché  de  mettre £a  par  les  preu<^ 
V  Ves  les^  {Ui\s<>éitidente8  de  désintéressement,  et 
9.ée  mçdâaticMi ,  elc»  «  ;     .  . 

' .  Jja  cour  de  Tieoiiie  accéprta  cet^^tt/iâo^âBiaunt',^ 
quoiqu'il  fût  BÎpkis  favora)>le  que  ie  plan  ofifevt 
par  la  Fraifecè*  l^ès  deux  puissances. ^elligéran-: 


»38  VII?  PÇRIOIJE. 

tes,  tlAûé  coars  médiatrices  étant  d^^eordl sur 
letimd,  îL.ne  an  plus  qae8tiojn')(|De  dé  Cdnv«- 
•air  du  jour  et  dulieu  où  l'ous^ass^niblerait  pour 
arrêter  les  articles  des  trattéi  idé&nitifs  à  intër* 
vatfciir,  t^.  entre  i'impératrioc»*re;i né  »et  le  x*oide 
ftmi^se;  a^.  entre  JfrmpératricMrçîii&^tr^iMtetip 
palatin  ;  3^,  eptre  les  élt otéurs  palati-n  e  t  de  9axé. 
-  La  rilic  de  Xescheil  «  dans  la  îSilësîe  autri^ 
çhiernie^  luiehoisie  pour  le  licnk^do  congrès, 
tl  cette  ville  et  sou  tenritdireiftlrent'dëclarés 
neutres.  Le  baïron  de  BMteuily  qai'remplissaic 
lesionctions  dé  pdënipotentchiMhgnëdiateurpaur 
le  roi  de  France  y  amira  à  Tescben  ie  i  ode  maris  : 
leNprince&epnînv  piqnipateoliàiré^ëdiateur 
pof  r.  k  tlussîer  sy  rendiè'ds  même  fonr^^f^t  les 
toÂfërences:  a  ottvrire ut  ie  yïïpijàe  tnaors  «  -.    -  <     ' 
:  li^h^os^e  Ton  fut d'acDQordkufchsfood, dise  rân« 
gbïAtm  plusieurs  idiffîcultéaksscfai  sârieusés^^nl 
htéé^ieva.  dépêches  :ai»TflBitfis<  àw  barooi  ^^/Afe* 
leuil  doBtteronfc  la^iiarraïiônitJLaiprediièréfjésC 
ime  réponse:  deiee  ministmy  tito-jflatei.di^ 
dca^rili,  à  iiune  deli&e  xie  1  eiecteif  r  ipatatibji  n'b 
>  ,kc 'Monseigneur i..«.  je  nt  ^uib  pas  ^rdus^âtre 
^iqm  l'artâqle .contenti  danà  la tràèire  àw -, tS 
>t)  (jd'airril  ).^  :sàr  :la  ^aramtieyde  rfos^pùçtès  àefo^ 
»  mille  y  wl  2i\t  offert  la  saJdslaptâoii.;dib'paut^ir 
^sfBempiir  vos  'in  Moitions  y  iaadi  t  cet  égard  /  q^e 
jK-stir  lasignaium  de  M.  le'dvccds  Qeui-I\»ls^ 
-»ico«une  partie  ioontraolaiilew  Qli'îl  nae  soit  pw*» 


LIVRE  VU.  i59 

9  mis^  Monseigneur  ,  de  vous  rappeler  que  le 
»  désir  d'entrer  dans  vos  vues  et  dans  vos  prin* 
»  cipes ,  eontré  cette  signature  de  M.  le  duc  de 
)>  Deux -Ponts,  eh  qualité  de  partie  contrac* 
V  tante  ,  a  engâ^gë  les  médiateurs  à  chercher 
»  un  moyen  qui  pAt  à  la  fois  vous  complaire,  et 
D  donner ,  sans  préjudice  désintérêts  de  votre 
9  maison,  là  possibilité  à  M.  le  duc  de  Dëuz« 
»  Ponts  de  se  cotilbrmer  à  vos  volontés. 

»']fous  avfot»;  pour  remplir  ce  double  ob» 
»  jet,  îmagitié ,  M.  le  prince  Repnin  et  moi ,  de 
]»  proposer  à  M-,  le  duc  de  Deux-Ponts  de  se  CGfn- 
n  tenter  de  la  g^i^ntie  des  pactes  de  famille ,  de 
»  faire' connaîtrlî'  son-  avis  à  la  cour  de  Tienne , 
^  qui ,  ainsi  que  votre  altesse  sérénissime  élec- 
B  tôrale ,  désirai't  que  M.  le  duc  de  Detix-Ponts 
i»lie  pHt  point  dans  la  convention  la  quaKté 
»  û€(g^ûrfie  principale  contraxdtmte.  Hbns  avions 
Indéterminé  M.  le  ;dac  de  Detix-^nts  &  faire 
»  agréet  au  roi  de  Prusse  mi'il  ne  parût  dans 
»  Ui  'cotiventibh  que  comme  partie  accédante, 
)»'St)1ïS  étions  tciiis  d'acGord  ^ur  ces  deux  objets. 
)>'%:  le  duc  de  Dèut- Ponts  s'applaudissait 
»  d^âvoit  isuivi  le  parti  le  plus  capable  de  vouk 
î>  prouver  son  re^ecfc  et  sa  soumission.  M.  16^ 
^^nreeltepnin  e^l  mof ,  nousiiioôsr^jouissiÔM 
x^^'avoir  trouvée ^evet-  ce  poinfc  dé  difficulté, 
*  par  tmc  idée  qqi  n'avait  rien  ^e^  de  satisfais 
iï^t  pour  tuutes  les  parties  intéressées  à. iti^ 


fl4o  VIP  PÉRIODE. 

«paix;  nous  avions  communiqué  le  même  sen^ 
j>  timentà  nos  cours,  et  nous  nous  croyions 
»  tous  au.  mcNiient  de  passer  à  la  rédaction  des 
j>  traités  et  conventions  ;  et  c!est  dans  cet  état 
»  de  choses ,  Monseigneu^r  ^  que  votre  lettre  du 
»  i3  de  ce  mois  m'a  été  remise  le, 1 8. 

1»  Je  n'ai  pas  besoin  de  £aire,à  Y.  A«  S.  £• , 
»  le  tableau  de  ma  perplexité  et  de  mes  alarnies 
»  en  tout  genre ,  après  avoir  pris  lecture  de  sa 
j>  lettre.  Je  ne  veux  vous  parler  que  de  la  prompte 
»  résolution  que  çion  zèl^  à  vous  servir  m'a 
9  fait  prendre,  de  réunir  tous  mes  soins  et  rai* 
j».SQnnemens ,  pour  obvier  aux  inconyéniensde 
P  la  démarche,  que  la  confiance  de  Y.  A.  S.  E. 
3>  me  prescrivait.  Je  n'ai  jias  différé  un  moment 
^1  à  me  wpdre  chez  M.  le  prince  Repiiin,.  et  à 
»  y  faire  appeler  M.  le  baron  deRiedesel,  pour 
»  leur  cominuniquer  .le,  changement  suMtdes 
»  mesures  .c[ue  nous  avio^ns  eu  tant  de.pepe  à 
» -faire  adopter,  pour  plaire. à  Y.  A»  S.  £.. 

»  J'ai  lu.  à*  ces  deux,  qiei^ieursr  la  letti;e  ,par 
»  laq\ielle  vous  revenez  ^M(jpsf^igpfiUTj  k  dfffijifç^v 
»  votre cqnsentemeni  à  Ia.i^i|guatifre  de  M*  l6;du,c 
nde  Dedx-Ponts^  commç  partie  contractante, 
H  en  vous  refusant  à  la  garaptie  .de  vos  ,pa|[^te& 
j»  de  famille.  J'épargnerai  ^l.  V,  A,^.S.  jE.  le  r^cit 
p  de  ce  qu'a  produit. ce  changement  répété  fpr 
n  le  médi^t^ur  r^uss&et  sur  le. plénipotentiaire 
». prussien.  Elle  doit  sentir  .combien  il  m'était 


LIVRE  VII.  a4i 

»  pénible  d'entendre  c«s  deux  messieurs,  en  ap- 
»  peler  à  mon  devoir  de  médiateur  ^  pour  par- 
»  tager  avec  eux,  ce  qui  avait  droit  de  les  sur- 
»  prendre  dans  mon  exposé,  de  voir  déranger 
)}  tout  ce  que  nous  avions  fait  jusque-là  pour  la 
M  paix,  et  de  les  voir  penser  qu'il  ne  leur  res- 
»  tait  plus  que  laressouifce  de  recourir  aux  re- 
»  mèdes  les  plus  violens  pour  y  •pai'veiMr:*  Il 
»  m'était  aussi  cruel  de.  voir  que'  V,  A.  S.  £. , 
»  après  avoir  fait  des  efforts  généreux-  pour  y 
scfontribuer,  serait  pqturtaut  seule  la  cause  de 
»  la  durée  de  la  guerre  ,  puisque  les  deux  pnis- 
»  sances  belligérantes  $e  trouvaient  d'aocord'sur 
»  les  articles  lesplusessentiels.  J'avoue  à  V.ÀjSlE. 
p  que  quoique  j'eusse,  prévu  une  partie  du  mou* 
»  vement  que  produiraient  ses  nouvelles  inten- 
»  tions  ,  je  m'étais  flatté  qu'il  ne  serait  pas  tout* 
)>  à-fait  aussi  chand.  Après  avoir  fait  de  mon 
»  mieux,  pour  en  arrêter  les  premières  résolu- 
»  tions ,  j'ai  instruit  M.  le  comte  de  Séefeld  , 
»  et  MM.  de  Gol^hagen  et  Gunlher ,  de  tout 
»  ce  qui  s'é tait. passé  à  l'annonce  de  ma  nou- 
»  velle.  J'ai  envisagé  la  suite  funeste  de  cet  in- 
»  cident ,  et  la  douleur  certaine  que  V.  A.  S.  E. 
»  ressentirait  d'en  être  la  cause. 

»  M.  le  comte  de  Séefeld  et  MM.  vos  conseil- 
p  1ers,  en  étal  d'apprécier  comme  moi,  la  dis- 
»  position  des  esprits  ,  m'ont  pressé  d'obte{iir 
»  du  ministre  de  Prusse  et  du  médiateur  de 

vu.  16 


24«  VIP  PERIODE. 

»  Russie,  de  ne  point  expédier  de  courrier  à 
»  Breslau  (où  se  trouvait  le  roi  de  Prusse)  jus- 
»  qu'au  19  matin.  Pour  m'assurer  de  ce  retard 
p  dans  leurs  rapports ,  j'ai  indiqué  une  confé- 
»  rence ,  pour  le  ic>,  à  neuf  heures  du  matin. 

»M.  le  comte  de  Séefeld  vous  dira,  Mon- 
»  seigneur,  qu'elle  a  duré  près  de  deux  heures, 
j» Il  vous  rendra  compte  du  feu  des  esprits, 
»  quand  j'ai  remis  vos  intentions  sur  le  tapis. 
»  Il  vous  dira  les  extrémités  auxquelles  nous 
«  avons  vu  exposé  le  travail  du  congrès ,  et  les 
A.âoins  des  puissances  médiatrices.  Je  ne  veux 
D  pas  multiplier,  les  traits  trop  affligeans  de  ce 
»  tableau  ,  pour  l'ame  sensible  et  généreuse  de 
»  V.  A.  S.  E.  Je  ne  me  suis  réservé  que  de  vous 
-»  décrire  ce  que  la  modestie  de  M.  le  comte  de 
.j>  Séefeld  et  de  MM.  Golthagen  et  Gunther  ne 
»  vous  dirait  pas  assez  ;  ce  sont  les  efforts  de  leur 
»  zèle ,  la  force  et  le  courage  de  leurs  raisonne- 
».  mens,  pour  amener. la  volonté  du  ministre 
y>  de  Prusse.et  du  médiateur  (^Russie ,  à  condes- 
»  cendre  au  nouveau  changement  que  V.  A.  S.»E. 
»  désirait.  J'ose  lui  assurer  qu'il  est  impossible 
»  de  résister  d'une  manière  plus  forte,  pour  en- 
»  lever  le  consentement  de  tout  le  monde,  que 
»  ne  l'ont  fait  les  représentans  de  V.  A.  S.  E.  Ils 
»  ont  porté  le  courage  jpsqu'au  terme  qui  n'en 
»  présentait  plus  que  les  effets  les  plus  dange- 
»  reux ,  que  la  sagesse  de  votre  altesse  avait 


LIVRE  VII.  â43 

»  prévu ,  et  que  sa  grandeur  d'ame  leur  avait 
»  prescrit  d  éviter.  C'est  alors  que  ces  messieurs 
»  ont  annoncé  aux  médiateurs,  que  votre  altesse 
»  sérénissime  électorale  voulait  encore  faire  le 
»  sacrifice  de  son  opinion  sur  ^inutilité  de  re- 
»  quérir  la  garantie  de  ses  pactes  de  famille ,  et 
»  contribuer  par  la  démarche  la  plus  positive 
»  à  cet  égard,  à  maintenir  un  arrangement  que 
«toutes   les  parties  intéressées  à  la  paix,  re- 
»  gardaient  comme  absolument  nécessaire.  Je 
»  vous  rendrais  trop   mal ,    Monseigneur  ,   le 
»  calme  et  la  joie  que  cette  déclaration  posi- 
»sitive. des.  plénipotentiaires  de  \.  A.  S.  Ë.  a 
»  répandus /dans  notre  conféren<2e.  Elle  a  été 
»  adotise  ,  ainsi  que  la  condition  relative  à  la 
»  signature  de  M.  le  duc  de  "Deux-Ponts,  avec 
»  une  satisfaction  générale.  Nous  n'avons  plus 
»  pensé  qu  à  faire  nos  remercimens  à  M.  le  comte 
y  de  Séefeld ,  et  qu'à  passer ,  sans  différer ,  aux 
»  moyens  de  ne  pouvoir  plus  revenir  de  part  ni 
»  d'autre,  sur  ce  dernier  prononcé.  Nous  avons  en 
9  conséquence,  arrêté  la  rédaction  de  l'art.  VIII, 
»  tel  que  vous  le  trouverez  ci-joint.  Les  puis* 
»  sauces  médiatrices  se  flattent  que  vous  en  ap- 
»  prouverez  la  teneur ,  et  que  V.  A.  S.  E.  verra 
»  dans  son  contenu,  l'iutérét  qui  les  anime  pour 
y>  son  repos,  ainsi  que  pour  celui  de  sa  sérénis- 
»  sime  maison. 
»  L'acte  séparé  dont  j'envoie  la  copie  ci-jointe 


244  VIP  PERIODE. 

»  à  V.  A,  S.  E.j  est  l'acceptation  nécessaire  de  sa 
»  part  et  de  celle  de  M.  le  duc  de  Deux-Ponts , 
y>  de  la  garantie  des  puissances  médiatrices  et 
»  belligérantes ,  requise  par  V.  A.  S.  E.  et  par 
»  M.  le  duc  de  Deujt-Ponts. 

^  Là  formée  des  actesd'accessionde  M.  le  duc  de 
^  Deux-Ponts  a  été  aussi  arrêtée  et  convenue  una* 
»  nimement,  telle  que  le  projet  doit  en  avoir  été 
»  communiqué  par  la  cour  de  Vienne  à  Y.  A.  S.  E. 

ï>  Pour  ne  rien  laisser  en  arrière  ,  Monseî- 
y>  gneur  ,  nous  avons  aussi  arrêté  d'un  commua 
»  accord,  l'acte  d'accession  séparé  de  M.  ledua 
»  dé  Deux -Ponts  ,  pour  la  convention  entre 
»  V.  A,  S.  E.  et  M,  l'électeur  de  Saxe ^  etc.  » 

On  ue  peut  dissimuler  que* cette  dépêche  ne 
soit  très  belle  ,  soit  -  par  l'habileté  des  expé- 
diens  ,  et  l'adressé  avec  laquelle  le  baron  de 
Breteuil  annonce  à  l'électeur,  la  douloureuse 
sensation  de  son  changement  d'opinion  ;  soit 
par  la  résolution  contraire  exigée  des  ministres 
4e  l'électeur,  et  par  la  célérité  avec  laquelle  les 
médiateurs  se  hâtèrent  de  tout  terminer ,  pour 
prévenir  de  nouvelles  variations  de  la  part  de 
ce  prince;  variations  qui  eussent  pu,  en  amenant 
la  rupture  du  congrès,  renouveler  immédiate-* 
ment  la  guerre.  En. ce  point,  M.  de  Breteuil 
se  montra  médiateur  impartial  ;  car  il  remplit 
son  devoir  contre  le  vœu  formel  de  l'Autriche, 
qui  n6  voulait  pas  également  de  garantie  des 


LIVRE  VII.  ûHS 

pactesde  la  famille  palatine^  afin  de  pouvoir  faire 
faire  par  l'électeur  des  dispositions  qui  lui  se- 
raient favorables  ;  ce  à  quoi  la  cour  de  Berlin 
ne  voulait  point  se  prêter.  La  conduite  des  mé- 
diateurs ,  judicieuse ,  pleine  de  prévoyance,  el 
animée  d'une  noble  fermeté,  leur  mérita  Tes-- 
tinie  et  la  reconnaissance  d^  l'Europe. 

Le  baron  de  Breteuil  eut  encore  besoin  de 
toute  sa  dextérité  pour  calmer  l'humeur  de 
la  cour  de  YieHine,  aigrie  des  expressions  que 
la  cour  de  Berlin  insérait  dans  ses  réponses* 
11  écrivait  dans  ces  termes ,  le  16  d'avril  1779* 
au  marquis  de  Pons  ,  bien  digne  de  seconder 
son  esprit  conciliateur  (1)  : 

«  Je  dois  commencer  par  vous  dire^,  Mon- 
»  sieur,  que  l'impératrice  a  cru  pouvoirse  dis- 
»  penser  de  répondre  par  écrit,  aux  dernières 
»  remarques  du  roi  de  Prusse ,  parce  qu'il  ne 
»  paraît  plus  y  avoir  de  difficultés  assez  essen- 
»  lielles  pour  exiger  de  continuer  les  écritures  j 
»  et  aussi ,  parce  que  M.  le  prince  de  Kaunitz 


(  I  )  Le  marquis  de  Pons  ,  homme  recommandablc  par  ses 
qualités  morales ,  un  jugement  sain  ,  et  de  la  prudence 
jftinie  à  la  droiture  de  cœur  et  d'esprit.  De  la  cour  de  Ber- 
lin^ il  passa  en  qualité  d'ambassadeur  à  Stockholm.  En 
1790,  il  fut  nommé  à  l'ambassade  d'Espagne;  mais  les 
troubles  de  la  révolution  rempéchèrent  de.  se  rendre  à  son 
posle. 


V 


a46  VIP  PÉRIODE. 

yt  me  met,  par  la  lettre. qu'il  m'écrit,  en  ëfat 
»  desupplëer  à  tine  nouvelle  note  autrichienne. 
ï>  Le  grand  article  à  re'gler  étant  la  sûreté  de  la 
j>  maison  palatine ,  et  par  conséquent  la  garan-^ 
D  tie  des  pactes  de  famille  de  cette  maison ,  M.  le 
»  comte  de  Cobenzl  a  reçu  ordre  de  me  dire 
»  que  la  cour  de  Vienne  consent  à  garantir  les 
»  pactes  de  famille  dans -la  forme  proposée,  au 
«moyen  de  ce  que  M^  le  duc  de  Deox-Porits  ne 
»  signera  la  convention  qu'en  qualité  de  partie 
»  accédante.  On  a  envoyé  à  Munich  pour  avoir 
»  de  nouveau ,  le  désir  de  l'électeur  sur  cette 
3»  garantie ,  et  on  attend,  sous  peu  de  jours ,  sa 
»  réponse  positive  et  consentante, 

»  M.  le  comte  de  Cobënzl  a  eu  aussi  ordre 
»  de  m'assurer  que  l'impératrice  avait  reçu  avec 
ï)  grand  intérêt ,  la  note  du  ministre  de  M.  le 
»  duc  de  Deux-Ponts,  et  que  sa  majesté  impé- 
»  riale  promet  de  s'intéresser  sincèrement  et 
»  cliaudement,  à  faire  obtenir  à  M.  le  duc  de 
»  Deux-Ponts,  les  avantages  qu'il  souhaite  de 
»  Télecleur  palatin  ;.bien  entendu  que  cet  objet 
»  particulier  ne  sera  pas  regardé  comme  néces- 
»  saire  à  la  paix ,  mais  une  suite  de  l'intérêt  , 
»  qu'inspire  M.  le  duc  de  Deux-Ponts.. •.  • 

»  Après  vous  avoir  dit,  Mpnsieur,  les  nou-  » 
3»  velles  facilités  auxquelles  l'impératrice  se  prête 
»  avec  empressement  pour  la  paix  ,  et  avec  un 
>»  désir  très  sincère,  de  se  réconcilier  avec  le 


LIVRE  Vil.  a47 

»  rot  de  Prusse ,  je  dois  maintenant  vous  dire  ce 
»  que  sa  majesté  impériale  attend  en  retour  du 
»  roi  de  Prusse ,  et  ce  que  je  vous  prie  de  faire 
»  connaître  à  sa  majesté  prussienne  avec  la 
»  même  franchise ,  ainsi  qu'avec  la  même  con- 
»  fiance  que  je  vous  l'écris. 

»  La  cour  de  Vienne  a  été  véritablement  afr 
»  fligée  des  nouvelles  remarques  de  sa  majesté 
»  prussienne  sur  les  dernières  réponses  autri- 
»  chiennes  aux  observations  de  la  cour  de  Ber- 
))Iin.  Ces  remarques  ont  paru  désobligeantes 
»  par  le  tour  qui  y  règne;  elles  ont  produit  des 
»  réflexions  et  des  mouvemens  sensibles  qui  ont 
i>  porté  à  croire ,  et  surtout  autorisé  quelques 
»  personnes  k  y  trouver  la  preuve  qu'elles  étaient 
»  rédigées  telles  qu'elles  sont,  dans  le  dessein 
»  d'offenser  l'empereur.  Vous  jugerez  ,  Mon- 
»  sieur ,  de  l'effet  que  produit  une  pareille  opi- 
»  nîon  sut»  un  prince  plein  de  feu  et  d'honneur, 
«qui  aurait  peut-être  aussi  plus  de  penchant 
3)  pour  continuer  la  guerre ,'  que  de  satisfaction 
»  à  se  conformer  aux  volontés  pacifiques  de  Ëa 
»  mère.  Je  dois  donc  vous  dire  ,  Monsieur,  que 
))  toutes  ces  difficultés  de  mois,  et  de.tour- 
»  iiures  de  phrases  ainsi  interprétées ,  olItexCTté 
»  une  humeur  violente  ,  et  donné  des  prétextes 
»  pour  établir  que  le  roi  de  ï^russe  ne  voulait 
»  pas  finir  la  négociation  ;  et  Voulait  peut-être 
»  même  la  rompre.  Je  ne  vouy  cacherai  fis  qu'il 


a5o  VIP  PERIODE. 

j»  sieur ,  par  le  vœu  et  le  sentiment  du  roi  pour 
»  la  garantie  des  puissances  belligérantes ,  de  me 
»  réunir  à  l'opinion  de  sa  majesté  prussienne 
»  à  cet  égard  ;  mais  voyant  l'opposition  invin- 
»  cible  de  la  cour  de  Vienne  sur  cette  garantie  , 
»  mon  désir  de  voir  la  paix  se  rétablir,  me  porte 
»  à  me  détacher  des  sentimens  que  j'ai  eu  ordrç 
»  d'avoir  en  faveur  de  ladite  garantie. 

»  Il  y  aura  dans  la  journée  une  petite  confé- 
»  rence  entre  M.  le  prince,  M.  le  baron  de  Rie- 
»  dësel,  M.  le  comte  de  Cobenzl  et  moi,  sur 
»  diffé/*entes  autres  petites  difficulte's  de  mots 
»  ou  de  tournures  de  nulle  importance,  mais 
»  sur  lesquelles  il  faut  pourtant  être  d'accord 
»  pour  ne  plus  être  accroché  par  rien.  Si , 
»  comme  je  m'en  flatte  ,  le  roi  de  Prusse  ,  qui 
»  est  aujourd'hui  absolument  lé  maître  de  la 
»  paix  ,  veut  bien  ,  en  n'écoutant  que  sa  gràç- 
»  deur ,  abandonner  sans  restriction  les  petites 
»  formes  ou  expressions  sans  conséquence ,  et 
»  donner  à  l'impératrice ,  par  cette  facilité  , 
»  tous  les  moyens  dont  elle  a  besoin  ,  pour  se 
»  mettre  au-dessus  de  tous  les  obstacles  parti- 
j>  culiers  ,  que  l'excès  de  délicatesse  de  l'em- 
»  pereur  lui  fait  éprouver  sur  le  fond  et  sur  la 
»  forme  de  la  paix  ;  les  puissances  médiatrices 
I)  et  leurs  représentans  ne  sauraient  trop  de- 
»  mander  à  sa  majesté  prussienne,  d'entrer  avec 
»  son  amour  pour  l'humanité  ,  dans  toutes  ces 


LIVRE  VIL  aSi 

»  considérations.  On  ne  peut  aussi  s'empeeher 
»  de  sentir  que  si  Téclat  et  le  comble  de  la 
»  gloire  permettent  à  sa  majesté  prussienne, 
»  tous  les  sacrifices  qui  peuvent  accélérer  la 
3>  paix  ;  il  u'e5t  pas  étonnant  que  Terapereur , 
»  dont  la  carrière  commence,  soit  aussi  difficile 
»  que  délicat  sur  les  plus  petites  formes  et  sur 
»  les  moindres  expressions. 

»Je  vous  demande,  Monsieur,  d'obtenir  du 
»  roi  d%  Prusse,  de  faire  connaître  sa  volonté 
»  sur  le  contenu  de  ma  lettre ,  avec  la  célérité 
3»  accoutumée  de  sa  majesté  prussienne ,  et  avec 
3>  la  simplicité  qui  lui  est  également  propre. 
»  J'alteiMs  cette  réponse  avec  grande  confiance 
»  pour  la  fin  de  notre  œuvfe.  Vos  soinsy  auront 
»  une  bonne  part,  et  je  serai  charmé  d'en  joindre 
»  la  reconnaissance  à  tous  les  sentimens  avec 
3»  lesquels  j'ai  l'honneur^  etc.  » 

Enfin  ,  après  différens  délais  occasionnés  , 
soit  par  le  refus  de  l'électeur  palatin  ,  de  con- 
sentir à  la  garantie  des  pactes  de  famille ,  soit  à 
cause  de  la  quotité  de  l'indemnité  pécuniaire  à 
accorder  à  l'électeur  de  Saxe  ,  soit  parce  que 
lescours  de  Vienne  et  de  Berlin  avaient  des  pro- 
cédés quelquefois  peu  concilians,  les  divers  trai- 
tés et  conventions  furent  signés  à  Teschen  , 
le  10  de  mai  1779. 

s 

Le  préambule  du  traité  de  paix  entre  Tira-     X77g. 
pératrice-reine  et  le  roi  de  Prusse ,  portait:         cios^*' à*  tw^ 


a5a  VIP  PÉRIODE, 

chen,  sous  la  «  Que  Ic  fcu  de  la  guerre  s'étant  malheureu- 
ImceT  *  ^*  sèment  allumé  à  l'occasion  des  différends  sur- 
n  venus  sur  la  succession  de  Bavière  entre  sa 
»  majesté.  Marie-Thérèse ,.  impératrice  douai- 
y>  rière  des  Romains..  ^..  et  ^a  majesté  Frédéric  , 
»  roi  de  Prusse..,.,  leursdites  majestés  ne  s^en 
»  étaient  pas  moins  occupées  deipuis  lors ,  des 
»  moyens  d'en  arrêter  les  progrès  ,  et  de  ré- 
»  tablir  entr'elles^  le  plutôt  qu'il  serait  possible , 
»  l'amitié  et  la  bonne  intelligence  qu^  venait 
»  d'altérer  ce  fâcheux  événement.  Que  par  suite 
»  de  leurs  intentions  et  de  leurs  sentimens  réci- 
)>  proques ,  leursdites  inajestés  avaient  établi  et 
»  repris  à  cette  fin  entr'elles ,  plusieifrs  négo- 
»  ciations  pacifiques;  mais  que  comme  le  succès 
y)  n'en  a  point  été  favorable ,  et  qu'elle^  ont 
^  j'Ugé,  moyennant  cela  ,  ne  pas  pouvoir  conti- 
»  nuer  à  travailler  ^iTect^mGnt  au  rétablisse- 
j>  ment  de  la  paix  ,  persistant*  néanmoins  à  la 
»  désirer  sincèrement  de  part  et  d'autre>  elles 
.»  S/étaient  déterminées  à  réclamer,  pour  cet 
»  effet ,  la  médiation  dç  leurs  alliés  respectifs^, 
^>  persuadées  qu'elles  pouvaient  mettre  la  con- 
»  fiance  la  plus  entière  dans  les  sentimens  d'é- 
»  quité  qu'ils  leur  avaient  témoignés  dans  tout 
»  le  cours  de  cette  occurrence, 

»  Elles  les  ont  donc  requis  en  conséquence , 
»  et  sa  majesté  très  chrétienne,  ainsi  que  sa  ma- 


LIVRE  VIL  a53 

9  jestë  impériale  de  toutes  les  Russîes  (i) ,  ayant 
))  bien  voulu  s'en  charger  ,  il  a  résulté  enfin  de 
»  la  louable  réunion  des  soins  de  leursdites  ma- 
j>  jestés,  Theureuse  récqnciliationentreleshautes 
»  parties  belligérantes ,  etc.  »  ^ 

ParTart.  III ,  l'on  se  rendait  dé  pari  et  d'autre^ 
seize  jours  après  la  signature  dit-présent -traité 
de  paix  ,  les  places ,  villes  et  lieux  qu'une  puia- 
sance  avait  occupés  sur  Faut^e,  et  ils  seraient 
restitués  par  rapport  aux  fortifications,  k  l'ar* 
tillerie  et  aux  munitions  dans  l'état  où  ils  étaient 
au  moment  de  l'occupation. 

Par  l'article  VII ,  la  convention  signée  le 
même  jour  entre  l'irapératrice-reine  et  l'élec- 
teur palatin  «  était  censée  faire  partie  du  pré-' 
sent  traité. 

Par  l'article  VIII. ,  les  pactes  de  famille  de 
la  maison  palatine,  et  nommément. ceux  de  la 
ligne  de  Birkenfeld  i  étaient  garantis. 

Par  l'article  XI ,  la  convention  entre  l'élec- 
teur de  Saxe  substitué  aux  droits  de  sa  mère 
et  l'électeur  palatiu,  était  pareillement  annexée 


(\)  L'alteraatWe  entre  les  cou»  de  Frajice  et  de  RuiMe» 
aimi  qu'entre  leurs  plénipptenliaires  respectifs ,  fut  obser- 
vée dans  tous  les  instrumens  originaux  de  cette  pacifica- 
tion qui  furent  à  cet  effet  produits  et  échangés  en  double 
par  les  parties  contractantes  et  intéressées  ,  tàût  entr'elles, 
que  YÎt'à-Tis  des  cours  médiatrices. 


a54  VII*  PÉRibDE. 

au  présent  traité  et  garantie  par  l'irapératrice- 
reine  et  le  roi  de  Prusse. 

Pair  l'article  X,  Timpératrice-reine  s'engageait 
à  ne  mettre  aucune^  opposition  à  ce  que  les 
principautés  d'Anspaoh  et  de  Bareuth  pussent 
être  réunies  à  la  primogéniture  de  l'électorat 
de  Brandebourg  ,  et  (Ju'elle  pût  en  disposer  à 
son  gré  ,  etc.  etc. 

Ce  traité   fut   signé  par  le  comte  Philippe 
de'^Cobenzl  pour  l'impératricie  ;  par  le  baron 
dé  Ri'edesel  pour  la  Prusse  ;  et  au  nom  des 
puissances  médiatrices  et  garantes»  parle  ba-  ' 
ron  de  Breteuil  et  le  prince  RVpnin. 

Joseph  II ,  en-sa  qualité  de  co-régent  et  d'hé- 
ritier des  états  de  Timpéra triée  sa  mère,  donna 
le  1 3  de  mai,  son  accession  au  traité ,  par  un 
acte  spécial ,  laquelle  accession  fut  acceptée  le 
même  jour. 

Par  la  convention  entre  l'impératrice-reine  et 
l'électeur  palatin  ,  la  première  cédait  (art.  Il) 
à  l'électeur ,  la  seigneurie  de  Mindelheim  ,  et  les 
droits  de  la  couronne  de  Bohême  sur  les  seigneu- 
ries de  Glaucha,  de  Waldenbourg  et  de  Lich- 
tenstein  avec  dépendances  appartenantes  aux 
comtes  de  Schaumbourg. 

L'électeur  cédait  en  échange  (art.  IV)  à  l'im- 
pératrice-reine ,  les  bailliages  de  Wildshut ,  de 
Braunaw  avec  la  ville  de  ce  nom,  de  Mattigko- 
ven ,  de  Ried  ,  de  Schai:'ding,  et  en  général  toute 


LIVRE  VIL  a55 

la  partie  ^  la  Bavière  située  entre  le  Danube  ^ 
riiin  et  la  Saltza ,  faisant  partie  de  la  généralité 
ou  régence  de  Bourghausen ,  etc. 

Le  duc  de  Deux-Ponts  donna  son  accession 
à  cette  convention. 

Enfin ,  par  une  dernière  convention  entre 
l'électeur  palaton  et  l'électeur  de  Saxe  ,  le  pre- 
mier accordait  au  second  (art.  II)  pour  satis- 
faire à  ses  prétentions  allpdiales,  la  somme  de 
six  millions  de  florins. 

Par  l'article  III ,  l'électeur  palatin  transpor- 
tait à  l'électeur  de  Saxe  tous  les  droits  que  la 
couronne  de  'Bohême  avait  sur  les  seigneuries 
de  Glaucha,  de  Walsenbourg  et  de  Lichsten- 
tein ,  etc. 

Les  ministres  des  puissances  médiatrices,  le 
baron  de  Breteuil  et  le  prince  Repnin  ,  garan- 
tirent par  un  acte  particulier  ,  le  traité,  de  paix 
entre  l'impératrice-reine  et  le  roi  de  Prusse , 
avec  les  conventions  spéciales  ,  ainsi  que  les 
articles  séparés,  et  les  actes  d'accession  et  d'ac* 
ceptation  qui  y  étaient  annexés ,  et  toutes  les 
clauses ,  conditions  et  stipulations  qui  y  étaient 
contenues. 

On  aura  pu  remarquer ,  comme  expression 
sÎRgulière  ,  le  mot  à' échange  de  l'article  IV  du 
traité  entre  l'impératrice  et  l'électeur  palatin  ; 
car  il  semble. exclure  tqut  droit  de  la  part  de 
rAuifiche,  et  ne  présenter  sqb  acquisitioDa^  <we 


a56  Vir  PÉRIODE. 

comme  reffet  de  la  réciprocité  ou  de  la  bien- 
veillance de  la  part  de  l'électeur. 

Considéra-      p^j.  \q  traité  de  Teschen ,  la  France  avait  prê- 
tions  sur   la  * 

paix  de  Tes- venu  unc  gucrre  qui,  à  la  longue,  l'aurait  peut- 
être  obligée  de  diviser  ses  efforts ,  et  de  repor- 
ter sur  le  continent ,  une  partie  de  ceux'qtt'elle 
dirigeait  sur  mer  ,  contre  l'Angleterre.  Le  sys- 
tème pacifique  que  la  cour  de  Versailles  voulait 
conserver  avec  l'Autriche  et  la  Prusse.,  eût  pu 
être  renversé ,  et  l'indépendance  de  l'Amé- 
rique ,  qui  était  sa  pensée  dominante ,  eût 
avorté. 

Malgré  le  zèle  pur  des  cabinets  médiateurs , 
la  paix  ne  satisfit  pas  tontes  les  parties  ,  et 
particulièrement  l'empereur,  dont  les  préten-' 
tiotis  avaient  été  si  Ifort  réduites.  La  nrtaisoa 
palatine. ,  quoique  protégée  par  la  Prusse  et  la 
Russie',  perdait  plusieurs  belles  portions'  de 
son  héritage  ;  la  Prusse  elle-même  ,  en  obte- 
nant les  vrais  honneurs  politiques,  puisqu'on 
prit  pour  base  des  négociations  son  ultimatum  y 
était  encore  Inécontente  des  acquisitions  que 
l'Autriche  avait  obtenues  par  la  paix,  parce 
qu'elle  affectait  de  ne  lui  reconnaître  aucun 
droit  sur  la  succession  de  Bavière. 

L'on  parut  blâmer  la  cour  deVersailles  d'aVoir 
souffert  que  celle  de  Pétersbourg  fût  devenue 
garante  de  la  paix;  qualité  cju'ellé  pouvait  con- 
vp'tir  en  une  intervention  habituelle  daÀs  les 


'        \ 


LIVRE  VIL  257 

affaires  de  Tf^mpire.  Cette  critique  avait  pour 
base  cette  fausse  roanière  de  raisonner ,  qui 
s'attache  à  juger  les  faits,  en  mettant  à  l'écart 
toutes  les  circonstances  du  moment.  Ceux  qui 
blâmaient  la  cour  de  Versailles  ,  ignoraient 
qu'il  ne  dépendit  point  d'elle,  d'admettre  ou 
de  rejeter  la  co-médiatlon  de  Catherine  11,  qiii, 
à  l'instigation  de  la  cour  de  Berlin ,  sou  alliée, 
invita  celle  de  Vienne  à  la  paix ,  avec  des  formes 
sèches  et  presque  menaçantes  ;  et  prit  pJace 
dans  la  médiation  pour  balancer  Tiniluence  de 
laFrance^et  le.  penchant  qu'on  lui  supposait  en 
faveur  de  la  cour  de  Vienne.  Si  la  France  eût 
repoussé  Ij^.co-médiatipp  de  la  Russie ,  oelie-ci 
eût  pu  prendre  parti  en  faveur  de  la  Prusse  ; 
et  alors  la  France  eût  été. entraînée  à  exécuter 
le  traité  dp  lySG,  à  l'égard  de  rAutriche;  évéi|e* 
ment  que  la  guerre  avec  l'Angleterre  devait 
engager,  à  prévenir  par  beaucoup  de  caqdes- 
cendattcé,,ei:)yçrs  la  cour  de  Pélersbourg.    . 

Tout^ois,  1^  traité^. conclus  à  Teschen.,  ne 
rendaient  psfaja  cour  de. félersbourg. garante  de 
la  paix  de,  "jyeâtph^lie  ;  maisi  seulement  des  ar- 
ticles de  cettç  .paix  ,  confirrpes  pa^*  les  présens> 
traités^         .      '  ...:..' 

La  paix  de.,Tesche}x  fut  difficile  à  amener^ 
parce  qu'outre  les  nombreuses  prétentions  à 
concilier,  il  y  avait  des  impressions  haineuses  (1) 

(1)  L'impératrice  Marie-Thérèse ,  quoique  très  dévote, 

vji.  •  17 


y 


iftS  VIP  PÉRIODE. 

à  élouffet-  entre  le^  cours  de  Vienne  et  de  Ber- 
îiri ,  et  surtout  entre  Joseph  ir  et  Frédéric  il  » 
monarques  rivaux  et  très  susceptibles.  Le  pre- 
mier aspirait  à  acquérir  de  la  renommée,  iet  le  se- 
cond craignait  qu'on  n'outrageât  celle  qu'il  avait 
àfcqùise.  11  fallait  accorder  l'empereur  et  l'élec- 
teur palatin,  celui-ci  et  l'électeur  de  Saxe.  Il 
n^'é^t  pas  facile  de  faire  entendre  la  voix  de  la 
raison  au  milieu  du  fracas  des  armes,  ou  quand 
les  beliigérans  n'en  suspendent  l'action  ,  que 
pour  menacer  d'agir,  si  on  ne  leur  rend  pas 
justice,  c'est-à-dire  ,  si  on  né  satisfait  pas  leui: 
nttibition  ;  et  telle  était  la  position  des  puissances 
inédiattices  entré  l'Autriche  et  la  Prusse. 

Lié  baron  de  Breteuil,'  au  milieu  dé  la  chaleur 
en  congrès,  se  comporta  avec  non  moins  de 
zèle  et  d'esprit  que  de  prudence.  Ôh  pourrait 
même  dire  qu'il  y  a  peu  de  congrès^  où  la 
Finance,  grâces  aux  talens  de  ce  ministre ,  ait 
conservé  autant  de  prépondérance  e^  obtenu 
àutafit  de  succès ,  soit  auprès  des  cotirS  belli- 
^rantes,  soit  auprès  déà  autres  cours  intéres- 
sées,  soit  enfin  auprès  de  là  puissance  co-mé- 
diatriée  ;  ce  qui  atteste  que  les  congrès,  quand 
ils  sont  dirigés  par  des  gens  habiles  et  considé- 
pés  ,  sont  une  excellente  voie  pour  arriver  à  un© 
' • 

s'irritait  en  parlant  du  roi  de  Prusse ,  et  ne  le  désignait 
«ouvent  \tie  par  ces  mots  :  Ce  méchant  homm^^ 


LIVRE  VÏI.  259 

conciliation  d'autant  pins  stable  qne  les  intérêts 
y  out  ëtë  plus  sérieusement  débattus,  et  qu'on 
n  y  a  pas  disposé  ad>itrairement  des  propriétés 
du  faible. 

L'empereur  Joseph  n ,  outre  de  riches  pré-* 
sens ,  fit  offrir  au  baron  de  Breteuil ,  un  di- 
plôme  de  iphinge  de  l'empire,  qu'il  refusa  en 
disant ,  qu'il  était  dans  le  principe  ,•«  qtse  lors- 
>  quon  avait  t honneur  d^étre  né  le  sujet  éPun 
»  grand  roi  ^  et  de  le  sentir  dans  des  emplois  de 
-»  première  confiance ,  on  ne  pouvait  jamais  dé^ 
»  sirer ,  ni  accepter  que  les  honneurs  et  les  digni^ 
»  tés  de  son  pays.  » 

Le  baron  de  Breteuil  reçut  des  marques  pré- 
cieuses de  l'estime  du  roi  de  Prusse  et  de  Télea- 
teur  de  Saxe  (i). 

(i)  L'électeur  de  Saxe  fit  travailler  exprès  ,  pour  le 
baron  de  Breteuil  >  une  table  ronde  ^  ou  guéridon  de  la  hau- 
teur de  deux  pieds  et  demi ,  sur  deux  de  diamètre,  plaquée 
en  argent  et  en  vermeil ,  au  dessus  et  autour  de  laquelle 
furent  incrustées  cent  vingt-huit  espèces  de  pierres  fines  > 
de  marbres  et  de  bois  pétrifiés  qui  se  trouvaient  dans  les 
états  de  Télecteur.  Sur  la  surface  de  cette  table  sont  quatre 
médaillons  peints  et  ornés  d'inscriptions  latines  en  Phonneur 
di\  baron  de  Breteuil.,  comme  <  médicOeur  et  padficaiettr  à 
•  Tetckem,  »  Ce  morceau  ,  chef-^d'œuvre  de  Fart  et  monu- 
ment historique ,  unique  dans  son  genre ,  a  été  légué  par 
le  baron  de  Breteuil  à  son  neveu ,  M.  Charles  de  Breteuil , 
qu'il  chérissait  comme  un  fils ,  parce  qu'il  trouvait  dans  lui 
le  germe  des  talens  politiques'  qui  avaient  fait  sa  gloire. 


a6o  VIT  PERIODE. 

L'étiquette  joua  son  rôle  au  congrès  de  Tes— 
chen  comme  dans  toutes  les  assemblées  de  ce 
genre;  mais  ce  fut  sans  trouble  et  sans  aigreur. 
Le  baron  de  Breteuil  se  conduisit  envers  le 
prince  Repnin  ,  comme  une  personne  supé- 
rieure aux  petites  distinctions  ,  et  au  lieu  de 
se  les  réserver,  il  les  offrit  comme  par  bien- 
veillance et  courtoisie  ;  manière  la  plus  noble  et 
la  plus  adroite  de  se  les  conserver.  Ainsi ,  quoi- 
<ju'arrivé  à  Teschen  avant  le  prince  Repnin  , 
M.  de  Breteuil  lui  réserva  la  plus  belle  maison 
de  la  ville  ;  et  le  prince  ayant  désiré  que  sa 
souveraine  fût  qualifiée  dans  les  actes ,  dV/n- 
pératrice  de  toutes  les  Russies ,  au  lieu  de  la 
Russie ,  le  baron  de  Breteuil  s'y  prêta  avec  grâce, 
comme  à  une  chose  sans  conséquence. 

Le  roi  de  Prusse  fit  demander,  par  son  mi- 
nistre au  congrès ,  le  baron  de  Riedesel ,  l'al- 
ternative entre  lui  et  le  roi  de  France,  dans 
l'acte  d'accession  et  de  garantie.  La  demande 
faite  par  lé  baron  de  Riedesel ,  et  exposée  dans 
une  dépêche  du  baron  de  Breteuil  ,  avait  été 
accordée  dans  un  premier  travail  ;  mais  ayant 
été  discutée  au  conseil  du  roi ,  il  fut  décidé  qu'on 
attendrait ,  pour  accorder  l'alternative  à  laopur 
de  Berlin  ,  une  occasion  plus  importante  ;  et 
cette  faveur  fut  refusée. 

Le  baron  de  Breteuil  étant  revenu  à  Vienne , 
immédiatement  après  .les  traités  dont  on  vient 


LIVRE  VII.  26c 

de  parler  ,  fut  reçu  avec  une  distinction  par- 
ticulière par  l'impératrice  Marie  -  Thérèse  et 
l'empereur  Joseph  11.  La  première  était  sin- 
cèrement satisfaite  de  la  paix;  mais  le  second 
éprouvait  une  gêne  intérieure  et  une  sorte  de 
regret  de  n'avoir  pas  tiré  de  sa  position  et  de 
ses  droits,  tout  ce  qu'il  en  attendait.  1\  eut  avec 
le  baron  de  Breteuil  un  entretien  piquant ,  et 
soutenu  avec  beaucoup  d'adresse  par  ce  mi- 
nistre ,  qui  savait  que  l'empereur  avait  désiré 
de  la  part  de  la  France ,  des  démonstrations  ar- 
mées plutôt  que  des  recommandations  ami- 
cales. 
Le  baron  de  Breteuil  privait  au  comte  de      X779' 

«7  1         r*    3  *  T  '  Entretiens  d<è 

vergennes  ,  le  ao  de  mai  1779  :  a  L  empereur  Joseph  «.Tec 

»  m'a  reçu  plus  froidement  que  l'impératrice.  ^^^^JJ^!"  ^ 

»  Il  paraissait  plus  peiné  que  satisfait,  en  me 

»  faisant  ses  remercimens  pour  le  roi ,  et  en 

D  me  disant  quelques  paroles  de  bonté  pour 

9  moi  ,  plus  bégayées  que  prononcées.  Après 

»  lui  avoir  répondu  à  cet  égard  comme  je  le  de- 

»  vais,  j'ai  dit  :  J'espère  que  votre  majesté  voit 

»  avec  plaisir  que  la  paix  qu'elle  vient  de  faire 

»doit  être  de  longue  durée.  L'empereur  a  ré- 

to  pondu  oui.  —  J'ai  ajouté  :  Il  est  bien  simple 

y>  que  votre  majesté  ait  un  peu  de  peine  à  céder 

>  au  repos  public,  une  occasion  de  continuer 

x>  à  montrer  avec  éclat  ses  grands  talens  mili- 

t  taires  ;  m^ais  elle  peut  être  contente  de  la  ré- 


362  Vil-  PÉRIODE. 

9  putation  que  lui  laisse  sa  première  campagne , 
»  et  je  pui3  dire  que  ses  ennemis  lui  rendent 
3»  grande  justice.  Ce  petit  compliment  a  dissipé 
»  le  sombre  de  l'abord  impérial.  L'empereur, 
9  en  le  recevant  avec  cette  modestie  qui  ne  laisse 
»  rien  perdre  à  lorgueil ,  m'a  conté  toute  sa  cam- 
D  pagne.  Ces  détails  l'ont  conduit  à  m'étaler 
>  l'état ,  la  volonté ,  et  le  nombre  prodigieux  de 
y>  son  armée ,  si  la  campagne  avait  eu  lieu  cette 
»  année.  L'empereur  m'a  répété  ce  qu'il  m'avait 
»  annoncé  au  mois  de  janvier ,  qu'il  aurait  ea 
ji  SSOfOoo  hommes  sous  la  tente  :  Avec  de  pa- 
y>  reilles  forces  ,  dit -il,  et  mon  âge  ,  on  ne 
»  pçut  s  empêcher  dg  voir  avec  quelquie  regret , 
»  la  paix  ;  mais  il  faut  bien  savoir  se  conformer 
^)  aux  volontés  de  l'impératrice  et  aux  circons^ 
»  tances. 

»  L'empereur  a  porté  son  discours  sur  ses 
»  prétentions  sur  la  Bavière.  Je  me  suis  permis 
»  les  réflexions  que  ce  sujet  entraînait  par  rap^ 
»  port  à  nous.  J'ai  été  aussi,  franc  que  fort  sur 
»  cet  objet,  quand  l'empereur  m'a  fait  entendre 
9  clairement  qu'il  aurait  cru  que  le  roi  l'aurait 
»  aidé  dans  s^s  vues  ;  et  la  fm  de  ce  discours , 
»  trop  long  à  vous  rendre ,  a  été  que  l'empereur 
»  m'a  dit  :  Je  ne  dis  pas ,  au  reste ,  que  si  j'avais 
»  été  à  la  place  du  roi,  j'aurais  donné  sur  la 
»  champ  les  vingt-quatre  mille  hommes  que  le 
»  traité  stipule  i  j'aurais  vraisemblablement  fait 


LIVRi;  vu.  365 

^  comme  le  roi,  j'aurai^  écoute  mes  iqtéF^te* 
n  J'ai  repris  viyenieal;  :  Je  ue  saurais  tie%\  de« 
V  mander  de  plus  à  TOtre  majesi^ ,  que  ceMe 
j»  réflexion  de  sa  jastice^  —  iQlais  je  crQÎ^  ayssi , 
•  a  ajouté  l'empereur,  qpe  le  roi  d^ii^Jiia  place 
y  se  serait  coaduit  comn)e  j'ai  fjiit  pour  l'€x«5r« 
»  cice  de  mes  droits  sqr  la  Bavière,  -r-  Je  n'ai 
»  pas  été  ai)^si  pressé ,  Monsieur ,  d'acqMie^cer 
i>  à  cette  réflexion ,  sans  toutefpi^  U.  QOX|it>allFe« 
»  •*—  L'empereur  a  contiaiié  :  To^tf^  i^  prudence 
»  humaine  n'avertit  point  qu'op  peut  trouver 
tt  tout  contre  soi ,  dans  une  eptrepri$^  juste  à 
9  laquelle  on  prend  soin  de  joindre  le  con^en- 
p  tement  le  plus  formel  et  le  plus  volontoire  du 
»  seul  homme  en  droit  d'y  mettre  apposition  , 
»  ou  d  y  donner  un  consentement  légal.  --?*>  La 
»  convention  du  3  de  janvier  (entre  l'Autriche 
j»  et  l'électeur  palatin) ,  est  venue  se  pU<?er  à  la 
»  suite  de  ce  discours.  Je  n'ai  p^s  été  plus  com- 
»  plaisant  qu'il  le  fallait  sur  les  conséquences 
»  que  l'empereur  a  prétendu  tirer  en  sa  faveur, 
p  de  cette  convention.  » 

L'empereur  étant  revenu  sur  les  effort^  qu'il 
avait  faits  dans  la  dernière  campagne ,  efforts 
d'après  lesquels  sou  armée  de  cent  quarante 
mille  hommes  avait  été  portée  ^  en  moins  de 
six  mois ,  à  trois  cent  quatre-vingt  mille  hom- 
mes ,  le  baron  de  Breteuil ,  en  vantani  cet  effort, 
et  en  en  remarquant  le  poids,  ramena  Tempe- 


<264  Vif  PÉRIODE. 

reur  aux  calculs  que  cette  prodigieuse  ressource 
de  sa  puissance  et  de  ractivité  de  soji  gënièdevaiC 
produire  dans  tous  les  cabinets.  . 

«Je  lui  ai  répété',  écrivait  encore  le  baron 
»  de  Bréteuil  ,  la  nécessité  de  calnAerles*  in- 
»  quiétudes  qui  devaient  s'éiisuivre','  en  faisant 
»  preuve  d'une  grande  modératfou.  L'empereur 
»  m'a  fait  voir  qu'il  sentait  cette  dernière  vé- 
»  rite,  et  m'a  dit  :  Mais  comment  puis*je  faire 
»  preuve,  pendant  la  paÎTc^  dé  cette  modération  ? 
»  — ^  J'ai  répondu  que  l'attention  générale  étant 
»  fixée  aujourd'hui  sur  sa  personne,  il  lui  serait 
»  aisé  de  savoir  dire  et  faire  tout  ce  qu'il  juge- 
»  rait  convenable  aux  effets  successifs  qu'il  vou- 
»  dr^it  produire  dans  l'opinion  publique  ;  que 
»  les- affaires  d'Allemagne  seules  lui  en  fourni- 
»  raient  assez  d'occasions  ;  qu'il  connaissait 
yi  mieux  que  moi ,  lé  travail  de  ses  ennemis  dans 
»  FEmpire.  L'erqpereûr -m'a  répondu  qu'il  ne 
»  pouvait  dire  qu'à  moi,,  combieail  méprisait 
»  les  espèces  d'affaires  que  lui  donnait  sa  qua- 
>j  lité  d'empereur  ;  que  je  devais  savoir  combien 
»  peu  il  était  attaché  et  occupé  de  cette  dégoû- 
»  tante  besogne  ;  que  je  devais  le  connaître  assez 
»  pour  ne  pas  douter  qu'il  voyait  de  l'œil  de  la 
»  raison ,  les  tracasseries  toujours  Renaissantes 
3»  entre  les  différentes  religions  de  PEmpire; 
»  que  cependant  ,  ces  animosités  produisant 
»  sans  cesse  des  dispales  qui  revenaient  à  san 


LIVRE  VIL  365 

3  tribunal ,  il  éprouvait  le  malheur  que  lors- 
»  qu'il  prononçait  en  faveur  des  capucins ,  dont 
»  il  ne  se  souciait  en  aucune  manière ,  mais  qui 
9  loi  paraissaient  avoir  raison,  les  protestans. 
»  criaient*  que  Tempereur  ne  songeait  qu'à  les* 
»  écraser  ;  qu'au  contraire  ,  quand  il  trouvait 
V  ]es  réclamations  des  protestans  fotidées  contre 
»  les  entreprises  des  catholiques ,  alors  les  prè- 
»  très  et  les  moines  criaient  partout  ,  que  le 
»  chef  de  l'Empire  abandonnait  la  religion  ,  et 
»  serait  volontiers  prêt  à  en  changer.  J'ai  dit  à 
»  l'empereur  que  ce  malheur  de  l'injustice  pu- 
»  blique,  était  souvent  un  malheur  de  la  toute- 
D  puissance;  mais  qu'elle  aVait  aussi  ses  dédoih* 
7>  magemens  dans  les  applaudissemens  tkniver- 
»  sels  que  lui  assurait  l'éclat  de  son  impartialité 
D  dans  tous  ses  prononcés. 

»  Au  milieifde  tout  cet  entretien ,  je  ne  sais, 
i>  Monsieur,  comment,  ou  du  moins  il  serait 
»  trop  long  de  vous  expliquer  comment  je  me 
»  suis  trouvé  forcé  de  dire  à  l'empereur  qu'il 
}>  nous  avait  su  bien  mauvais  gré ,  et  peut-être 
»  à  moi  en  particulier ,  de  tout  ce  qui  n'avait  pas 
»  répondu  à  ses  projets,  depuis  un  an.  Alors.,  ce 
X»  prince ,  en  me  prenant  le  bras  avec  bonté , 
»  m'a  dit  :  Il  en  est  de  nos  liens  comme  de  ceux: 
>y  d'un  bon  ménage;  on  se  boude  pourtant  par- 
»  fois ,  et  on  va  jusqu'à  se  quereller  dans  ces 
..»  sortes  de  momens.  Le  plus  vif  voudrait  même 


•    ^ 


a66  VIP  PÉRIODE. 

>  quelquefois  battre  son  meilleur  aini  ;  mais» 
»*Ies  esprits  rassis ,  les  choses  passées  et  mieux 
y>  vues ,  on  se  rapproche ,  et  on  doit  s'en  aimer 
»  davantage,  —  Je  n'ai  répondu  à  cette  compa^ 
2>  raison  assez  douce ,  mais  noa  sans  reproche^ 
y>  que  par  ces  grands  pots  insignifians ,  mais 
,  »  cependant  satisfaisans  dans  le  cours  ordinaire 
9  des  conversations.  Je  crois ,  l^onsieur ,  que 
»  Tempereur  en  a  été  content.  La  manière  toute 
3>  pleine  de  bo'tité  dont  il  a  continué  et  fini  Tau- 
»  dience  dont  il  m'a  honoré  ,  doit  me  faire 
»  croire  que  ma  façon  de  lui  parler ,  lui  a  été 
3>  agréable ,  etc.  i> 

Des  conversations  de  ce  genre  dotanent  une 
idée  plus  parfaite  du  caractère  et  des  principes 
que  les  jugemens  vagues  et  noa  motivés  qu'on 
se  plaît  k  porter  sur  les  princes.  Cette  lettre 
offre  )  dans  l'entretien  dont  elle^end  compte , 
la  manière  dont  un  aipbasaadeur  peut  traiter 
les  objets  les  plus  délicats  avec  un  souverain 
difficile  et  blessé  ;  et  parvenir,  sans  le  flatter  ni 
le  heurter,  à  obtenir  encore  ses  bonnes  grâces. 
1780.  Quoique  le  temps  ait  presqu'entièrement  ef- 

laFrance  à  la  lace  Ics  rcsolutions  qui  furent  prises ,  en  1700 , 
ut*  duNord.  potir  le  mamtien  de  la  neutralité  maritime ,  et  la 
liberté  de  la  navigation ,  par  la  Russie,  la  Suède 
et  le  Danemarck  ;  néanmoins,  cet  événement  a 
acquis  une  telle  célébrité  9  qu'il  convient  d'en 
parler  avec  quelque  détail ,  aujourd'hui  que  le 


\ 


LIVRE  Vil.  .  «67 

mystère  qui  long-temps  le  couvrît ,  est  presque 
totalement  dissipe  par  les  divulgations  du  comte 
de  Goertz ,  alors  ministre  de  Prusse  à  Pëters* 
bourg  (i)  ;  mais  je  rappellerai  en  même  temps, 
la  part  indirecte  qu'y  eut  la  cour  de  Versailles  ; 
point  sur  lequel  ce  ministre  a  gardé  un  silence 
trop  absolu. 

€c  La  cour  de  Londres  ayant,  dit  M.  de  Goertz, 
>  après  la  paix  de  176a  »  renonce  à  toutes  liai- 
)»  sons  avec  les.puissances  du  continent,  se  trou* 
»  vait  sans  aucun  allié ,  au  moment  où  la  guerre 
x>  qu'elle  avait  à  soutenir  a  la  £ois ,  contre  ses 
9  colonies  et  contre  la  France  et  l'Espagne ,  allait 
9  éclater.  Le  danger  d'une  pareille  position  fit 
0  bientôt  sentir  à  l'Angleterre  ,  la  nécessité  de 
j>  renoncer  à  un  système  qui  la  laissait  absolu- 
M  ment  isolée^  et  abandonnée  à  ses  propires  for- 
»  ces.  Elle  jeta  donc  les  yeux  sur  les  cours  de 
y  Vienne  et  de  Pétersbourg,  comme  sur  celles 
»  dont  l'alliance  pouvait  lui  être  la  plus  utile  ; 
3>  mais  pour  parvenir  à  conclure  cette  alliance , 
;»  il  fallait  avant  tout ,  rompre  celles  qui  exis«- 
»  taient  entre  rAutriche  et  la  France ,  et  entre 
D  la  Russie  et  la  Prusse  ;  et  ce  fut  sur  les  soins 
y>  et  les  talens  politiques  du  chevalier  Harris  ^ 
:»  depuis  lord  Malmesburi,  que  l'Angleterre  s'en 
»  reposa  pour  ce  dernier  objet. 

■   '  I  I  I  >  -         I  ■    I  I      I      II  ■       I  III  I  .  <i     » M— 1.»,  ■  I        I     » 

(r)  Héxn.  du  comte  de  Goertz. 


a68  Vif  PERIODE. 

5)  A  peine  arrivé  à  Petersbourg ,  et  probable-^ 
»  ment  dès  ses  premiers  entretiens  avec  le  comte 
»  de  Patiin,  le  chevalier  Harris  dut  s'apercevoir 
»  aisément  combien  les  principes  et  les  senti- 
»  mens  personnels  de  ce  premier  ministre-, 
%■  étaient  opposés  aux  vues  de  l'Angleterre.  Le 
»  comte  de  Panin  tenait  à  Talliance  de  la  Russie 
»  avec  la  Prjisse  ; . . . .  mais  quoiqu'il  conservât 
»  toujours  le  titre  de  premier  ministre^,  et  parût 
»  être  à  la  tête  de  toutes  leà  affaires ,  le  comte 
»  de  Panin  n'y  avait  plus  à  beaucoup  près  la 
»  mêrtie  influence  qu'autrefois  :  la  faveur,  la 
»  confiance  entière ,  dont  Timpératrice  lui  avait 
»  donné  tant  de  preuves,  étaient  sen^blement 
»  diminuées  ;  c'était ,  si  l'on  peut  se  servir  de 
5>  cette  comparaison ,  un  ajstre  qui  penchait  yi- 
yx  siblement  vers  son  déclin  ;  mais  il  était  encore 
y>  sur  l'horizon ,  et  ceux  même  qui  désiraient  le 
»  plus  de  l'en  voir  disparaître ,  croyaient  avoir 
»  encore  besoin  de  sa  lumrère.  Ce  dernier  cal- 
»  cul  fut  peut-être  le  seul  qui  échappa  au  che- 
y>  valier  Harris  :  il  ne  se  trompa  pas  dans  leis 
2>  autres,  et  sa  sagacité  lui  fit  bientôt  découvrir 
»  les  bases  sur  lesquelles  il  pouvait  fonder  ses 
»  espérances.... 

))  Peu  satisfait  du  succès  de  ses  premières  con- 
»  férences  ministérielles  avec  le  comte  de  Panin  , 
»  le  chevalier  Harris  (du  moins  cela  passa  alors 
s>  pour  constant  )  se  ménagea  et  obtint  dans  l'été 


LIVRE   VII.  aC9 

»  de  1779,  deux  audiences  secrètes  de  Tirapéra- 

»  trice,  l'une  à  Pelerhoff,  Tautre  à  la  maison 

»  de  campagne  et  dans  le  jardin  d'une  princesse 

n  Narischkin.  On  crut  savoir  positivement  que 

»  dans  cette  dernière  entrevue ,  Catherine  11 , 

»  après  avoir  témoigné  au  ministre  britannique^ 

»  cpmbien  elle  était  disposée  à  former  une  al- 

»  liance  avec  l'Angleterre,  avait  fini  par  lenga- 

»  ger  à  écrire  à  sa  cour,  que,  si'cette  puissance 

»  ne  se  refusait  point,  comme  elle  avait  fait  jus* 

»  qu'à  présent ,  à  étendre  le  casus  fœderis  avec 

j9  la  Russie  contre  la  Porte  et  sur  les  affaires 

»  d'Orient,  alors  l'impératrice  consentait  qu'il 

»  fût  autorisé  à  lui  faire  la  proposition  formelle 

»  de  l'alliance,  en  y  joignant  V offre  dune  /wé- 

»  diation  armée  de  lapajrtdela  Russie  ^  pour  la 

-o  guerre  actuelle  de  V^ingleterre  avec  ses  co- 

»  lonies ,  la  France  et  t Espagne  ^^  que  Timpéra^ 

»  trice  ne  balancerait  pas  d'accepter.  Une  on- 

»  verture  aussi  directe  ,  une  déclaration  aussi 

«positive,  étaient  trop  favorables  aux  vues  de 

»  la  cour  de  Londres  ,  pour  que  le  chevalier 

»  Harris  ne  s'empressât  pas  de  l'en  instruire , 

»et  peu  de  temps  après,  il  reçut  (du  moins 

»  a-t-on  les  plus  fortes  raisons  de  n'en  pas  dou- 

»  ter)  Tordre  et  lei  pleins-pouvoirs  nécessaires 

»  pour  entamer  cette  négociation. 

»  Les  pleins-pouvoirs  reçus,  l'in^pératrice  et 
»  le  prince  Potemkin  prévenus,  l'importance  et 


!àfo  VIP  PÉRIODE. 

»  la  nature  d'une  telle  négociation  ne  permel- 
»  taient  pas  d'en  dérober  la  connaissance  au  mi- 
»  nistère.  II  fallut  donc  en  parler  au  comte  de 
»  Pànin;  et  ce  fut  alors  que  M.  Harris  put  s'aper- 
»  cevoir ,  malgré  la  confiance  que  lui  avaient 
>»  inspirée  les  dispositions  de  l'impératrice  et 
»  celles  du  prince  Potemkin ,  que  tant  que  le 
9  comte  de  Panin  resterait  en  place,  Thabitude 
»  qu'on  avait  de  ne  pouvoir  se  passer  de  lui ,  le 
»  souvenir  mênie  des  services  qu'il  avait  rendus, 
3)  lui  laisseraient  toujours  assez  d'influence  dans 
»  le  conseil  eï  sur  les  affaires ,  pour  déjouer  les 
»  mesures  et  les  entreprises  du  plus  adroit  né- 
»  gociateur....  En  effet ,  la  réponse  de  la  cour 
»  de  Pétersbourg,  rédigée  par  ce  ministre ,  fut 
»  vague  et  dilatoire.  Néanmoins ,  un  incident 
»  inattendu  et  du  nombre  de  ceux  qui  n'arri- 
»  vent  que  trop  souvent  dans  les  guerres  mari- 
»  times,  releva  pour  un  moment,  les  espéran- 
»  ces  du  chevalier  Harris;  ce  fut  l'arrestation 
»  par  les  Espagnols,  dans  la  Méditerranée  de 
7>  deux  bâtimens  russes,  la  Concordia  et  le  Saint- 
9  Nicolas.... 

»  La  première  démarche  de  l'impératrice  , 
»  fut  de  faire  remettre  à  ^f.  de  Normandes  (alors 
i>  chargé  des  affaires  de  la  cour  d'Espagne  à 
»  celle  de  Pétersbourg)  deux  notes  ministérielles 
»  que  Ton  peut  regarder  comme  les  premiers 
j»  ^ctes  relatifs  à  la  neutralité  armée  ;  notes  qui 


LIVRE  VIL  371 

y  contenaient  une  demande  en  réparation  pour 
j>  l'arrestation  illégale  des  deux  bâtimens.  Mais 
j»  le  chevalier  Harris  ne  bornait  pas  là  ses  vues  ; 
»  et  joignant  ses  instances  à  celles  du  prince 
»  Potemkin ,  tous  deux,  de  concert ,  décidèrent 
»  Tirapératrice  à  envoyer  (à  Tinsu  du  ministre), 
»  Tordre  à  l'amirauté  de  Cronstadt ,  d'y  armer, 
»  avec  la  plus  grande  célérité,  mais  le  plus' se- 
»  crètement  qu'il  serait  possible ,  une  flotte  de 
i>  quinze  vaisseaux  de  ligne  et  de  six  frégates , 
»  qui  pût  être  en  état  de  mettre  en  mer,  au  pre- 
»  mier  moment  de  l'ouverture  de  la  navigation. 
9  Le  ministre  anglais  parvint  même  à  obtenir 
»  de  Catherine  11  la  promesse  positive ,    que 
»  dans  le  cas  où  la  cour  d'Espagne  ne  répondrait 
V  pas  de  la  jnanière  la  plus  précise  et  la  plus 
»  satisfaisante  aux  deux  offices  ministériels  que 
»  Ton  venait  de  lui  faire  transmettre  ;  alors 
»  rimpératrice  prendrait  les  moyens  de  forcer 
«  l'Espagne  à  Ift  accorder  la  satisfaction  qu'elle 
»  avait  demandée;  et  que  l'escadre  dont  on  pré- 
»  parait  ^'armement ,  mettrait  pour  cet  effet  à 
»  la  voile ,  dès  le  commencement  du  printemps. 
»  Quelques  précautions  qu'on  eût  prisesypour 
»  que  cette  résolution  restât  dans  le  profond 
»  secret ,  et  surtout  pdur  en  dérober  U  connais- 
A  sauce  au  comt^  de  Paain ,  les  medures  qu'exi- 
»  geaiti'équipemetiltîe  l'escadre  à  Cronstadt,  ne 
*  porsnt  être  long-temps  ignorées  ;  et  ce  ministre 


27^1  VIP  PERiaDE. 

»  pénétra  bientôt  le  but  de  ces  préparatifs  hos- 

»  tiles ,  et  qui  en  était  le  principal  moteur. 

»  Le  comte  de  Panin  avait  trop  d'expérience, 
»  et  connaissait  trop  bien  et  sa  position  Qt  le  ca- 
»  ractère  de  l'impératrice,  pour  ne  pas  sentir 
»  qu'il  ne  pouvait  heurter  directement  l'opinion 
»  et  la  volonté  de  sa  souveraine  :  il  prit  le  parti 
»  de  partager  son  ressentiment  contre  l'Espa- 
))  gne ,  et  rédigea  un  plan  qu'il  lui  présenta 
»  comme  un  système  auquel  elle  aurait  la  gloire 
»  de  donner  l'existence ,  et  qui  fondé  sur  les 
»  principes  du  droit  des  gens,  et  ayant  pour  but 
»  l'intérêt  général  des  puissances,  les  rallierait 
»  toutes  à  la  Russie,  au  commerce  de  laquelle 
»  il  procurerait  de  grands  avantages,  en  même 
»  temps  qu'il  donnait  à  Timpératrice  les  moyens 
»  de  tirer  de  l'Espagne  une  satisfaction  écla- 
»  tante.  Catherine  ii  agréa  ce  plan  (i) ,  qui  de- 
— — — ^   Il    <  ^   — — .— i  .  Il     I ■■  Il  ,1   I   I  II  i^-^>— — 

(i)  L'impératrice  Marie-Thérèse  s'eftasiant  sur  le  rare 
bonheur  de  Catherine  ,  tint  au  baron  de.  Breteailjuji.  dis- 
cours qui  confirme  ce  que  rapporte  le  baron  de  Goerta^.  «  U 
»  n*y  a  pas  ,  lui  dit-elle  à  Toccasion  de  la  neutralisé,  ar- 
9  mée;  il  n'y  a  pas  jusqu'à  ses  vues  les  plus  mal  corn- 
»  binées ,  qui  ne  tournent  à  son  profit  et  à  sa  gloire  ;  car 
»  vous  savez»  sans  doiite  que  la  déclaration  qu'elle  vient 
>  de  faire  pour  sa  neutralité  maritime ,  avait  d'abord  été 
»  arrrétée  dans  des  termes  et  dans  des  vues  absolument 
»  favorables  à  T Angleterre.  Cet  ouvjiage  avaiè  été  fait  par 
»  la  seule  infli^ence  de  M.  le  prince  Potcmkin ,  et  à  l'insu 


\ 


LtVRE  VII.  273 

%  vait  être  tenu  secret,  et  le  comte  de  Panin  en* 
»  voya  aussitôt  aux  cours  de  Londres,  de  Yev^ 
3>  sailles  et  de  Madrid ,  une  déclaration  de  la  Rus- 
»  sie ,  laquelle  fut  en  même  temps  commun!- 
y>  quëe  aux  cours  de  Stockholm  et  de  Copenha- 
D  gue ,  avec  invitation  d'en  faire  une  semblable 
]»  aux  puissances  belligérantes.  » 

La  déclaration  de  la  Russie  qui  confondit 
toute  la  politique  du  chevalier  Harris,  établis* 
sait  comme  principes  inviolables  et  droits  de  la 
neutralité  : 

i^.  «  Que  les  vaisseaux  neutres  pussent  navi- 
»  guer  librement  de  port  en  port,  et  sur  les  côtes 
»  des  nations  en  guerre  î 

â^.  n  Que  les  effets  appârtenans  aux  sujets 
B  desdites  puissances  en  guerre,  fussent  libres 
^  sur  les  vaisseaux  neutres ,  à  l'exce^ption  des 
»  marchandises  de  contrebande  ; 

3®.  »  Que  l'impératrice  se  tenait,  quant  a  la 
]B  fixaftion  dé  cfelles-ciV^' Ce  qui  était  énohôé'dàns 
t  les  art.  X  et  Xl  de  son  traité  de  comrfiercé  avec 
»  la  GranderBretajgae  fi),  en  étendant  cçsobli- 
»  gâtions  à  toutes  les  pfiis&ances  enJg^eTr§^  ^. 

•  de  Mi  le  èomted^  Paida;  ««t  cette  dédara^n  ,  ikuspirée 
«.par  l'Angleterre^  était i aU ^  momeat^e  (yavaitre,  lorsque 
»  M.  de  Baaitt ,  qui  enr  &:  été  instimit  i,  a  troayé  moyen  de 
9  la  Élire  eniiôreinent  diâiiger  et  de  la  tourner  absolume&t 
»  en  Yotre- iSarrcur.  * ..  .  ' 
(i)  L'article  XI  du  traité  de  1766,  désigné; lear  t^ula 

y  II.  .18 


^74  VIP  PERIODE. 

4**.  »  Que  pour  déterminer  ce' qui  caractérise 
»  un  port  bloqué,  on  n'acct>rde  cette  dénomi- 
»  nation  qu'à  celui  où  il  y  a ,  par  la  disposition 
»  de  la  puissance  qui  l'attaque  avec  des  vais- 
»  seauic  arrêtés  et  suffisamment  proches,  ua 
»  danger  évident  d'entrer  ; 

5^.  »  Que  ces  principes  serviront  de  règl« 
»  dans  l6s  procédul^es  et  les  jugemens  sur  la  lé«- 
»  galité  des  prises ,  etc.  (i)  » 

La  cûùr  de  Versailles  fut  très  satisfaite  de 
cette  déclaration  de  la  Russie ,  par  rapport  à  la 
désignation  ^es  objets  de  contrebande,  et  à  la 
liberté  de  la  navigation  ;  quoique  l'article  qui 
garantissait  la  propriété  des  neutres  sur  vais- 
seaux ennemis ,-  ne  fût  pas  dans  ses  principes , 
elle  s'empressa  de  répondre  par  une  note  du 

a&  d'avrH ,  portant  : 

•         "  ) 

— "^^  I  ■'■■  I  I  11  I  III   ■    mil»  ■■!  ,»»i— ^— 1^ 

ùf^e^y a^^t » cofiun^;é^iLt de cotatrebande ^^ %  l^itonons , 
»  mortiers ,  armes  à  feu  >  pistolets  ,  bomibes  $  grenades , 
»  boulets  ,  balles  ,  fusils  ,  pierres  à  feu ,  mèches  ^  poudre  , 
»  salpêtre,  soufre ,  cuirasses,  piquas ,  épées  ,  ceinturons  » 
•  podiés  à  càrtoucbe  ,  selles  et  brides  ,  au-delà  de  te  qui 
»  est  nécessaire  pour  fai  provision  du  vaisseau  ,  etc.  » 

.  (i)v  XI  «ib  toutefois  4  obsc^rver  que  le  régleoleot  de  la 
Russie ,  au  auje^  dès  neutves , étendait  seolamént  kpvo^ger 
_son  pavillon  contre  toute  Tiébitûm  et  CQnftre.Ies.abttsdu 
.  droit  de  visite  ,  mais  n'établissait  nullement  Virmnumtâ  du 
.pavillon^  ou  le  droit  que  les  vaisseaux  escortés  ne.  seraient 
.  pas  visités. 


LIVRE  VII.  275 

«  Que  la  guerre,  dans  laquelle  le  roi  se  trou- 
1  vaît  engage' ,  n'ayant  d'autre  objet  que  l'atta- 
»  chement  de  sa  majesté  au  principe  de  la  li* 
i  berté  des  mers ,  elle  n*a  pu  voir  qu*avec  iine 

>  vraie  satisfaction  ,  rimpërâtrice  de    Russie 

>  adopter  ce  même  principe,  et  se  montrer  ré- 
»  solue  à  le  soutenir  ;  ce  que  sa  majesté  impé*- 

>  riale  réclamait  de  la  part  des  puissances  bel- 
»  ligérantes ,  n'étant  autre  chose  que  les  règles 
»  prescrites  à  la  marine  française  (i),  et  dont 
9  Texécution  était  maintenue  avec  une  exacti- 
M  tude  connue  et  applaudie  de  toute  l'Europe. 

»  Que  s'il  était  besoin  de  nouveaux  ordres , 
9  pour  que  les  vaisseaux  ^ppartenàns  aux  sujets 
»  de  sa  mafèsté  impériale ,  n'eussent  aucun  lieu 
»  de  craindre  âf'être  inquiétés  dans  leur  naviga- 
9  tion  par  les  sujets  dd  roi ,  sa  majesté  s'em^ 
»  presserait  dé  lés  donner,  etc.  1» 

La  cour  de  Versailles  adhéra  d'autant  plus 
volontiers  aux  principes  de  la  neutralité  armée, 
qu'ils  avaient  été  provoqués  indirectement  par 
ceux  consignés  dans  Son  règlement  pour  les 
neutres  publié  en  1778  ;  et  l'on  pourrait  même 
ajouter  que  sous  ce  rapport ,  elle  ne  fut  pas 
étrangère  «à  la  neutralité  armée  du  Nord.  Du 
reste,  cette  institution,  comme  toute  autre  de  ce 
genre ,  sera  toujours  agréable  aux  puissances , 


HNai 


(i)  Le  règlement  touchant  les  neutres^  de  1778. 


ifje  VII;  PERIODE. 

qui,  par  rinfëriorité  de  lepr  marine,  ne  peu- 
vent pas  toujours  protéger  efficacement  leur 
cotninerce,  et  en  particulier,  l'arrivage  des  den- 
rées coloniales ,  et  celui  des  munitions  navales 
pour  la  réparation  de  leurs  flottes. 
X780.  ije  ôël*émonial  est  lin  point  sérieux  en  diplo- 
entre  les  mi- msttic ,  quoiqu  il  ue  rcpose  quelqueiois  que  suF 

nistres    de        1  .  •     *       •    1*       •  •        ^  •     •• 

Finance  et  de  de  grUvcs  neits y  mais  qui  deviennent  importans 
u^6Me!^^*'^^  raison  des  acteurs  et  dû  lieu  de  là  scèhe. 

"  Le  comte  de  Trautmansdorff ,  ministre  élec- 
toral de  Bohême ,  déclara ,  au  mois  de  juin  1 780, 
quelques  jours  avant  sa  légitimation  ,  au  mar- 
quis dé  Bômbelles ,  ministre  du  roi  à  Ratis* 
bonne  (1),  qù  il  ne  "pourrait  enlrçr  en  com- 
merce avec  lui,  s'il  n'en! recevait ,lôrs  de  sa  lé- 
gitim'àtion,  la  visite  sbiemnellé  que  prescrit  le 
conclusum  de  l'année  1736^  M.  de  Bômbelles 
assura  à  M.  dé  Trautmansdorff,  qu'il  se  prête- 
rait à  toutes  ses  exigences  ,  et  qu'il  désirait 
trop  de  vivre  eh  bonne  intelligence  avec  un  mi- 
nistre delà  cour  impériale ,  pour  qu'une  pré- 
tention d'étiquette,  quelque  ridicule  qu'elle  fût, 
le  privât  de  cet  avantage. 

Le  jour  de  sa  légitimation ,  M.  de  Traûtmans- 
dorff  la  fit  notifier ,  suivant  l'usage ,  à  M.  de 

j  ■      i        (  ■     •  '  .    .      .      '  ;  .*       .  M       '  .   \'  ' 

•'''  '  '  1  ,        '  '■'"■■•     ■    '        ■   '  -■.■"       .    '  '    ■        .     ■      I      ,  '■■    ,     |i  I  .     I  ■    t    ^ 

.'       •  '  '  '  •     1     <  •  '  ^    .  y  1     .     .         I      ■  ■    «  »  «     '.-  ..'   . 

(1)  Le  marquU  de  Bon^belles;  ^fait ,  en  77  7  si, ,  GODseUler 
d'ambassade  à  Naplos ,  sotis  Tambassadeurde  France,  leba- 
ron  de  Breteuil. 


HVRE  VII.  J77 

Bombelles,  par  le  secrétaire  de  la  légation  de 
£ohéme  ;  et  le  sieur  Duucan ,  secrétaire  du  nii* 
iiistre  de  Suède ,  faisant  fonctions  de  secrétaire 
de  la  légation  de  France  «  alla  porter  à  M»,  de 
Trautmansdorff ,  de  la  part  de  M.  de  Bombeltes^ 
le  compliment  d'usage.  M.  de  Trautmansdprff 
lui  dit  qu'il  était  surpris  que  M.  de  Bombelles 
ne  lui  eût  pas  fait  demander  l'heure ,  comme  il 
Tavait  promis.  Le  sieur  Duncan  lui  répondit 
qu'il  n'avait  nul  ordre  à  ce  sujet,  et  qu'il  était 
chargé  de  s'acquitter  de  sa  mission  envers  M.  de 
Trautmansdorff,  ainsi  qu'il  en  avait  agi  envers 
plusieurs  autres  ministres  électoraux  qui  s'é-« 
taient  légitimés  récemment. 

Le  même  soir ,  M.  de  Trautmansdorff  en  voja^ 
/M.  Jùngen,  secrétaire  de  Bohême,  pour  an-, 
noncer  en  son  nom  ,  à  M.  de  Bombelles ,  que  si 
c'était  volontairement  qu'il  eût  omis  de  de- 
mander  l'heure,  il  eût  à  réparer  cette  fautç;  sans 
quoi,  le  ministre  de  Bohême  n'accepterait  point 
la  visite  du  ministre  de  France,  et  ne  pourrait 
avoir  de  con*ierce  avec  lui. 

M.  de  Bombelles  répondit  «  que  ce  n'était 
»  point  un  oubli  ;  que  jamais  les  minisires  de 
»  France  n'avaient  demandé  rheure  ;  que  les 
y  ministres  comitiaux,  même  à  la  légitimation 
»  des  ministres  de  France,  avaient  senti  qu'ils 
9  ne  pouvaient  insister  sur  cette  prétention  ^ 
^  puisqu'elle  n'est  pas  mentionnée  dans  le  coa*> 


•^•■ 


\ 


/ 


278  VIP  PÉRIODE. 

»  clu^an  si  chejr  aux  membres  de  la  diète  et  si 
»  inconnu  du  reste  de  l'Europe  ;  mais  que  cette 
»  formalité  serait  encore  remplie  sans  diffi- 
»  culte ,  vu  que  la  cour  de  France  attachait 
»  aussi  peu  dé  valeur  au:ç  prétentions  comi- 
»  tiales,  qu'on  paraissait  ailleurs  en  être  vive- 
»  ment  occupé.  » 

Le  lendemain ,  M.  de  Bombelles  renvoya  le 
sieur  Duncan  y  pour  demander  en  forme  à  JVI.  de 
Trautmansdorff  f  quand  il  pourrait  lui  faire  sa 
visite ,  en  faisant  dire  que ,  vu  l'état  de  madame 
de  Bombelles  qui  était  sur  le  point  d'accoucher, 
il  désirait  que  cette  visite  ne  fût  ni  pour  le  jour, 
ni  pour  le  lendemain.  M.  de  Trautmansdorff 
répondit  au  secrétaire  de  légation  que  cette  ex- 
cuse était  valable;  que  cependant  il  resterait  ce 
jour-là  et  le  lendemain ,  chez  lui ,  pour,  rece- 
voir ,  si  cela  se  pouvait ,  la  visita  de  M.  de  Bom- 
belles ,  auquel  il  faisait  déclarer  encore  une* 
fois,  q^e,  s'il  affectait  de  choisir  un  moment 
où  il  ne  serait  pas  chez  lui ,  cette  visite  ne  pour- 
rait pas  être  regardée  comme  unt^isite  de  cé- 
rémonie. 

M.  de  Bombelles,  pour  opposer  l'honnêteté 
la  plus  extrême  à  une  exigence*  aus^i  forte, 
se  rendit  >  malgré  Tétat  de  souffrance  de  ma- 
dame  de  Bombelles,  chez  M.  de  Trautmans- 
dorff ,  qui  le- reçut  avec  toute  la  poactq^Ut^  du 
conclus  um.  - 


LIVRE  yil.  879 

Le  surlendemain ,  M.  de.  Bomb^Ues  fit  de- 
mander  à  M.  Gréiu  ,  mniUtre  def  comtes  de 
WétéraYÎey  nouyellemeot  légitimé  à. la  diète  , 
rheure  à  laquelle  il  pourrait  lui  faite  sa  yi^ite-; 
et  sur  la  réponse  qu  il  lui  fit,  il  se  rendit  dan$ 
laprès-midi  à  raudiencede  ce  ministre ^  auquel 
il  donna  de  V excellence  comme  à  M^  de  Xraut«* 
mansdorff» 

Dans  le  fait ,  oa  peut  néglige  quelques  cir-» 
constances  du  cérémonial^  /nais  si  Ton  rencon** 
tre  un  ministre  qui  l'exige  dans  sa  rigueur  ^  ,p% 
ne  peut  refuî^er  de  s'y  aoumettr^  i  et  tel  qwi 
feint  de  le  dédaigner  quand  il  est  obligé  de  le 
remplir  j  est  très  pointilleux ,  qu^nd  il  s  agit  de 
le  faire  exécuter  vi3-irvis  lui-piémCr 

La  FrajPkCe^  concflrrçnrjement  avec  T  Angleterre,      ,78,. 
avait  favorisé ,.  dap  s  le  dix -septième -^çle,  ^  ïôitode* 
1  émancipation  de  la  Hollaudf ,  que  YE/^^gl^  f^i^J"  ^ 
poursoiv^^, depuis  cinquant;e  ans»  çomini*..uil 
esclave  fugitiÇ  Cette  république,,  h  ^  fifi^fJsiN. 
guerre  de.  trente  ans ,  avait  fait  unepfiîx^ép^fét 
avec.  l'Espagne ,  parce  |qu>Uexraigq^i^>q«fi.ili 
France  ne  s'emparât  dçjjOpsleaPaysr;?»^. et ji^ 
devînt,  pour  elle  une  ^nniemi^  plus  c^iigeitiMaK 
que  la  cour  de  Madrid* 

La  maison  d'Autrich^e.  |çt  ^  jcour  de  I^ocjijres 
avaient  donné  aux  Hppaïadaîs  unç  impuljsi/pn 

•  •  • 

hostile ,  dans  presque  tout  le  cours  ^4irègi^#.dfe 
Louis  xiv;,et  depuis  Qu^lauqae  m,  roVd^'An- 


.•tll  I 


a8a  VIi«  PÉRIODE. 

gle  terre  et  stathoudér  des  Provînces-Ûftjes,  le  ca- 
binet dé  Saint- James  dotnmait  dans  la  tldllànde^ 
•  Èe*stîithiôiidérat  héte'dî'taîre,  aboli  à  la  mort 
de  ce  prince,  etlrétablî  dâbrfla  guerre  de  1745, 
(comniè  nri'riioyen  \le/sâlut ,  avait  rattaché  plus 
intimement  la  Hollande  à  la  Gtandè-Bretagne, 
De  lï/s*ëtkient*f<Wmés  dans  cette  république 
deux  partis  ouvertement  rivaux.  Le  premier 
îétait'cëliii  du  stàthouder,  et  de  ses  partisans  , 
lës'^oblëi  et  jSliïâteôrà  des  principaux  magis- 
^ratsl'Le^sècond  pai^tî  était  compose  (déïa  bour- 
'géôisië  fet  dil  corps' 'des  liëgoeians.  L^e  peuple, 
sans  forni'^r  ûh  pa^iï,' 'était  en  généi'al  dévoué 
austath^Ai^der;     -  ''    -'''''  *  ^ 

Le  stathoudél*âf 'hèfîédîtàîre  visait  à  se  con- 
"*-'  Tiertii'  ëh'fhôhârc&îfe.  Son  di*oit  de  nomination 
auxètial'aës'efatix'cdmmandemens  militaires,  le 
pof^t^'a  la  gueWè'i  pài^ce  qu*ellë  âruginëntait 
beaucoup  ^on  influencé.'  11*  avait  vôiflti  fifiré  des 
cbâMgéiiiêns  dai!rs*radniirfistrâtion  civifé  «ft'dans 
le^ Wà^istï'attirés ,  et  n'avait  pas  reùssfpàrtout, 
DatisJèertiaihs  endroit^',  lèS*bourgéaîs  <t  le  peu- 
ple' iivàient  été  oj^bàfes'  laù  sfathoùdé^';  dans 
tfàftltrëJ' iteux  ,  là' "résistance  etait'Veiiué'des 
bourgeois  seuls.  Pour  pairvenir  à'feÔii' pfan  de 
dominatiôrt  ,'  le  steîtbbli'der  s'occupaîtliànà  ée^se 
à  acqwélnir  dès' J)SMiàaii8f  "dans  1  aristocratie  et  la 
déraéièratié.  •  -•-^-  '^*  "^""^  "-'  '  •  -   .:  ""  ''    -'•'- 

l,es  tlifes  de  la  éoUr  4ë'Vèr$aiUes,  abus  lesTègnea 


LIVRE   Vil.  a8l 

de  Louis  xv  et  de  Louis  xvi,  avaient  été  de  ra* 
mener  la  Hollande  à  son  premier  état  de  liberté 
et  de  bonheur,  et  dé  détruire  Fidée  que  la 
France  aspirait  h  régiier  sur  ses  marais ,  et  de 
favoriser,  au  contraire,  le  commerce  hoUan* 
dais ,  afin  de  le  faire  rivaliser  avec  le  "cominerce 
britannique;  mais,  en  s'attachant  à *gagner  la 
masse  de  la  nation  et  la  dalsse  cpmmerçiante,  Ik 
cour  n  avait  peut-être  pas  assez  évité  de  se  cons- 
tituer ennemie'  du  stathouder.  Elle  cherchait  à 
le  heurter ,  à  l'effacer  ;  il  était  toujours  recôm- 
miaindé  k  r^mbassadèurdu  roi  de  faire  unç  dé- 
pense ,  et  d'étalei*  ùné  magnificence  qui  le  rendU 
presque  l'égal*  du  ^ôtâthôuder  ,  afin  d'éblouir  Iç 
peuple.  Il  devaît  î*ép'ahdre  de  l'argent  av.ec  gêné- 
rosîté,  en  faveutde^  partisans  de  la  Fraiicè,  afin 
de  les  bppdséi*  â  ceûk  du  stathotider  qui ,  à  son 
tôù'r,  s'étayait'  de' l'appui  de  FAnglétérre.  Le^ 
amià  delà  France' d'evaient  tQuiours  crier  à  la 
lilléMë.  ATésard  dii  stathouder,  on  ne  reeom* 
.•aBaa.-  à-  rrmtà«.ae„r  ^e  de.  égara,  de  i.< 
férencè  éxtéHèrtré ,  et  ceux  rfu'on  doit  au  pre- 
mier  magistrat.  \.     \ 

Il  devait  observer  èï  écoutei»  tout  ce  qui  se 
passèiràit  et  se  dirait  entre  les  différenis 'partie 
dé  la  république ,  et  combiner  leurs  penchant* 
et  lés  (ïiî^positiôns  qui  les  agitaient,  ou  les  çal- 
inaient^^  pour  se  livrer  etisuite  a^vec  pleine  conr 
jlkàissâîice  dé  cause  ^  aux  déjqiarches  propres'  à 


a8a  VII'  PÉRIODE. 

faire  refleurir  la  liberté  et  miner  le  stathou- 

è  * 

dérat. 

Lestathouder,  de  son  côté,  voyant  Tin  timitë 
de  la  France  avec  la  fa^ction  qui  lui  était  con- 
traire, nK>ntrait  pour  rAngleterre,  une  partia- 
lité proportionnée  à  l'appui  qu'il  en  recevait , 
d'autant  plus  quç  l'ambassadeur  de  cette  puis* 
sance  croisait,  en  sa  faveur,  les  démarches  de 
l'ambassadeur  de  France. 
X780.  Le  duc  de  la  V^uguyon  avait  été  nommé,  en 

du  duc  de  la  1776,  à  l'ambassade  de  Hollande.  Le  mérite  et 
HoUand^  *"  l^s  talcns  de  ce  seigneur,  avaient  porté  le  minis- 
tre des  affaires  étrangères  à  ne  point  lui  donner 
d'instructions  précises,  et  à  lui  laisser  la  faculté 
de  former  et  de  suivre,  k  l'égard  des  Provinces- 
Unies,  le  système  le  plus  convenable.  Le  duc 
de  la  Yauguyon  trouva  la  rçpu^ljque  sous  l'in- 
fluence du  stathouder,  qui  était  dirigé  par  le  duc 
Louis  de  Brunswick;  et  l'un,  et  J'autjre  étaient 
très  portes  pour  la  cour  de  Londres.  La  Frafjite 
n'avait  point  alors  dans  les  Provinces-lXnlei^.di^ 
partisans  connus,  ou  au  moins  ».  ils  étaie^nX^ans 
connexion  enlrVux.  ..      ,  . 

Le  duc  de  la  Vauguyon  se  pénétra  d'aboipd, 
vu  la  guerre  prête  à  éclater  entrç  la  Fiia^iÇ^  et 
l'Angleterre,  de  Timpottance  d'assurei*;^!^ .j^supp* 
faite  neutralité  de  la  républiqiie;  mais  une,.Q^u- 
tralite  qiue  la  république  sût  fajrç.  respeç^jçi^.^  Il 
étendit  plus  loin  ses  vues^  et  calcula  qjiii^.la 


LIVRE  VIL  afô 

France  qui ,  par  les  effets  dd^  parAjge  de  la 
Pologne  et  d'autres  circonstance^ ,  avait  peirduj 
presqu'entièrement  son  influence  sur  le  çpa*^ 
tinent ,  n'ayait  d'autre  moyen  de  rétablir  l'e'- 
quilibre  en  sa  faveur,  qu'en  atténuant  la  pré- 
pondérance de  l'Angleterre,  et  en  s'attachant 
les  Provinces-Unies  par  des  liens  fondés  sur, 
l'intérêt  commun  hien  étendu.  Ce  fut  le  plan 
que  se  forma  le  duc  de  la  Vauguyon,  dès  les  pfe-: 
miers  jours^de  son  ambasjsade;  plan  qu'il  suivit, 
avçc  activité,  et  parvint  à  réaliser.  Ce  ministre 
essaya  d'abord  d'engager  le  statbovjd.^r  à  y  coo- 
pérer,  mais.s'apercevan,t  bientôt  que  ses  efforts 
seraient  inutiles,  et; sentant  U  nécessité  de  fçr*; 
mer  un  parti  patriotique  et  fra^çais^  il  lui  p^rut 
que  c'était  à  Amsterdam  ,  qu'il  çonyeiiait:  4'eD 
poser  les,  basf^s,  à  cause  de  l'açtipp  di^  çftte: 
grande  ville  sur  les  étajts  d^»  Çolli^nd^.  >  f|t  .der 
cetix*ci  si^a  république  epjti^ren 

Le  duc  de  la  Vauguyon,  dj^pupapt  4fl»8  k. 
peiisonne  du  second  pensit^n^aii^ç;  v^p  B^rJ^j^V^ 
toptjes  les  qualités  inprales  k  dcfsi.reir^dai:^  le,  çb<^f> 
de  ce  parti,  il  s'ei^press^  de  se.H^ravçi;;  lilj^  et, 
de  lui  inspijççr  de  la  confifinçe,  par  la  fraj)fîhi$e; 
avec  laquelle  il  lui.  développa  .1^9  vtie£î  Içs^plus 
confiormes  à  l'intérêt  de  la.  France. et  d^  l^^répur 
blique.  1}  se  forma  bientôt  ei?tr'eux  une  liaison, 
intime,  dont  l'effet^fut  d'a;ttirer  successivement. 
à  eu:?,  uu^  SF^^i  ^9^\^Ke.  de.  pwtisans  dans  la. 


a84  VIP    PERIODE. 

régence  aÂmstércla'in ,  dans  celle  des  autres 
villes  de  Hollande ,  et  ensuite  dans  leis  provinces 
de  rUnion.  Ce  parti  se  trouvant  formé  au  mo-^ 
ment  où  la  guerre  éclata  entre  l'en  ùùùts  de  Ver- 
sailles et  de  Londres;  le  dàc  dé  là  Vauguyoa 
•  jréclama,  au  nbm  du  roi,  avec  fermeté  et  mo- 
dération,  la  neutralité  de  la  république  que  la 
Grande-Êretagné  s'efforçait  d'ébranler*  Celle-ci 
avait  conclu  avec  les  Provinces -Unies,  lé  i*"" 
de  décembre  1674,'  un  traité'  dé  commerce  et 
de  navigation ,  par  lequel  elle  rebônnàissait  aài 
Hollandais,  fe droit  de  tiranspbrtër  par  mer,  en 
temps  de  giièîre,  tout  ce  qtf ils  voudraient,  à 
l'exception  delà  poudré  et  dès  annèsi' 
'Le  ministère  anglais,  occtipé  à 'entraver  lé 
développement  de  la  mariqe  française,  engagea 
les  états-généraux  à  comprendre  parmi  les  ob- 
jets prohibés  du  de  contrebande,  les  bois  de 
construction  et  les  Tnunitioris^navafll^dQnt  les 
Hollandais  a|)portaieht  une  grande  quantité 
dans  les  pdrt^  de  France.  Le  consentement 
,  dotiné  par  les  états-généraux  à  cette  demande ^ 
parut  à  la  côurdé  Vérsaines,  uiie  atteinte  portée 
à  l'exacte  neutralité;  Elle  chargea  lé'^iuc  de  lai 
yauguyon  de  faire  dies  réclam atioiiisîV  et  d'îii- 
sist^r  auprès' des  éfàls-généraûx  poiùr  qu*ils:  doii- 
nassent  des  escortes  k  leurs'  bâtimens  de  conî- 
merce,  et,  en  particulier,  à  ceui  qui 'portaient 
des  munitions  navales  en  Fraude,  ^n  qu'elles 


tîVRE  Vit.  .  a8!> 

ne  dêviiissent  pas  la  proie  des  Anglais.  La  ville 
(t'Âinsterdain  fut  d'abord  la  seule  à  adopter  les 
demandes  de  Tambassadeur^et  lesetats-généraux 
répondirent  qu'ils  ne  pouvaient  rien  changer  à 
Tacquiescement  donne'  aux  propositions  de  l'An- 
gleterre. 

Le  duc  dé  la  Vauguyon  leur  passa  alors ,  le  i6 
de  janvier  1779,  une  note  dans  laquelle  il  di- 
sait :  «  que  le  roi  se  plaisait  à  croire  que  leurs 
»  hautes-puissances  conserveraient  à  leur  indé- 
»  pendance  et  à  leur  commerce,  toute  l'étendue 
»  que  leur  assurent  les  lois  de  l'équité  publique, 
»  et  les  stipulations  des  traités  ;  et  qu'ainsi  elles 
»  donneraient  leurs  ordres  aui  capitaines  de 
»  vaisseaux  de  guerre  de  la  république ,  de  pro- 
»  téger ,  conformément  au  droit  des  gens  et  aux 
))  conventions  les  plus  expresses ,  tout  bâtiment 
}•  marchand  appartenant  aux  sujets  de  leurs 
»  hautes- puissances;  mais  que  sa  majesté  avait 
»  appris,  avec  le  plus  grand, étonnement,  que 
»  leurs  hautes-puissances  avaient  pris  une  réso- 
»  lution  dont  .l'effet  mettrait  au4ibre  exercice 
»  des  droits  réclamés  par  leurs  sujets ,  des  res^ 
»  trictions  qui  ne  pouvaient  devenir  avanta- 
»  geuses  qu^aux  ennemis  de  S.  M..,  elle  ne  pou- 
»  vait  l'envisager  que  conrme  qn  acte  de  partia* 
»  lité  manifeste,  qui  la  forcerait  d'annuler,  non 
»  seulement  la  liberté  conditionnellement  pro^ 
»  mise  aux  sujets  de  leurs  hautes-puissances  par 


i86  VIP  PÉRIODE. 

»  le  règlement  concernaat  le  commerce  des  na« 
»  tîons  neutres,  mais  encore  les  faveurs  essen- 
*  tielles  et  gratuites  dont  ils.  jouissaient  dans  ses 
»  états ^  et  qui  n'ét^ent  fondées  sur  aucune  con- 
3>  vention...  Vos  hautes-puissances,  continuait 
»  le  duc  de  la  Vauguyon ,  m'ont  adressé  une 
y  réjponse  que  je  n'ai  jpu  faire  parvenir  au  roi , 
»  parce  que  sa  majesté  m'avait  défendu  de  la  re- 
9  cevoir ,  si  elle  n'exprimait  point,  de  la  manière 
»  la  plus  nette ,  les  caractères  de  ta  plus  absolue 
)•  neutralité;  et  que ,  loin  de  les  développer  claî- 
»  rement,  elle  ne  renferniait  que  dei)  assurances 
»  générales,  et  annonçait  même  le  désir  de  per- 
»  sévérer  dans  les  mesures  qui  restreignaient  en 
9  faveur  des  ennemis  dé  la  France ,  les  droits 
il  si  justement  acquis  aux  sujets  de  vos  hautes- 
»  puissances  .  •..•• , 

»  Mais  je  dois  leur  déclarer  que ,  si  elles  per« 
»  sistent  à  refuser  aux  négbcians,  toute  lâ^ro- 
»  tnction  qu'ils  sollicitent,  et  continuent  à  mo- 
»  difiér  éri  fàveiir  dé  ses  ennemis ,  l'exercice  de 
»  leurs  droits,  sa  majesté  est  décidée  à  faire 
»  publiëi^  incessamment  un  réglenîent  nouveau, 
»  relativement  au  commerce  et  à  la  navigation 
»  des  sujets  de  là  république;  règlement  dont 
»  j'ai  l'hônidéur  de  rémettre  copie  à  vos  hautes- 
»  puissances,  etc.  » 

Daiis  une  note  que  le  duc  de  la  Vauguyon 
transmit,  peu  de  jours  après,  aux  états-géné- 


LIVRE  Vit  ««7 

raiix ,  il  disait  «  que  le  règlement  qni  soumet- 
i>  tait  à  des  droits  nouveaux  le  commerce  hol* 
»  landais ,  serait  exécuté  immédiatement  après 
i>  le  8  de  février...  si  d'ici  là ,  sa  majesté  n'était 
9  informée  anthentiquement ,  et  de  la  manière 
»  la  plus  précise  9  que  tous  les  bâtimens  chargés 
»  de  provisions  navales  de  toute  espèce ,  et  no- 
»  tamment  de  bois  de  construction ,  seraient 
1»  admis  à  profiter  dorénavant  des  convois  qui 
»  seraient  accordés  au  commerce  ;  et  que  leurs 
j>  hautes-puissances  seraient  déterminées  à  ne 
»  mettre  aucune  restriction  à  la  parfaite  neu- 
»  tralité,  qu'elles  se. proposaient  de  garder  pen* 
ji  dant  la  durée  des  troubles  survenus  entre  la 
»  France  et  l'Angleterre ,  ete,  » 

D'après  ces  notes ,  les  éttots  de  Hollande  avaient 
arrêté  que  la  résolution  suÈpèfisivè  qu'ils  avaient 
prise,  leig  de  novembre  dei*nier, serait  révoquée; 
et  lés  états-généraux  avaient  eat-inémeà  adopté 
sttr^-te^ûhamp  cet  arrêté.  Maià  lorsqu^il  fut  ques- 
tion^Vn  donne]^connaissancê  à  l'ambassadeur  de 
France,on  ne  put  convenir  d'une  rédaction  claire, 
en  sorte  que  li  fésolutton  fut  révoquée  de  droit 
et  non  de  fait  ;  et  le  règlement  du  roi  portant 
augmentation  de  droit  de  quinze  pour  cent ,  en 
sus  des  droits  ordinaires^  sur  la  plupart  dès  objets 
du  cru  de  la  Hollande  ou  de  l'industrie  de  ses 
habrtans ,  à  l'exception  des  bois  de  construction 
et  munitions  navales ,  futcensé  être  en  vigueur. 


%m  vir  PÊMODË. 

Toutefois  les  villes  d'Amsterdam  et  de  Hat^ 
lem  devaient  continuer  de  jouir  des  exemptions 
et  faveurs  dont  elles  avaient  joui  jusqu'à  présent 
sur  les  objets  de  leur  cru,  pêche,  fabrique. et 
commerce  )  à  la  charge  néanmoins  de  constater^ 
par  un  certificat  du  comniiissairç  de  la  ixiarine  à 
Amsterdam  ^  que  ces  objets  provenaient  réelle-^ 
ment  de  leur  cru  i  .pèche,  fabrique  et  comfnerce. 

Le  duc  de  la  Vauguyon  avait  sollicité  du  mi- 
nistère du  roi  y  l'arrêt  du  couseil  du  i4  de  jan- 
vier 1779,  portant  révocation  des  privilèges  ac- 
cordés aux  neutres,  par  Tarticle  I  du  règlement 
du  a6  de  juillet  1778,  lequel  faisait  défense  à 
tous  les  ^tmatçqrs.«  d arrêter . et  oe  conduire 
»  dans  les  ports  de  France^,  lesn^s^ires  despuis-^ 
^  sances  neutres  y  quand  même  ils  sortiraient  des 
»  ports  ennemis,,  ou  feraient  rou^e  pour  y  entrer^ 
\  à  moins,  qiiils  ne  fussent  bloquas.  )i  A  compter 
du  2j6  de  janvier  prochain.,  le  règlement  de  1744 
devait  être  seul  suivi  dans  tout  ce  qiii  coac^r« 
nait  les  difficultés  élevées  sur  la  navigation  4^^ 
Provinces-Upiçs. . 

Le  duc.de  la  Vauguyon  avait  également  pro- 
posé au  conseil,  de  maintenir  les  privilèges  du 
commerce  d' ^  msterdam  dans  les  por  Is  de  France, 
et  de  suspendre  ceux  des  autres  villes  des  Pro- 
vinces-Unies jusqu'à  ce  qu'elles  eussent  adopté 
le  même  sentiment.  Les  consuls  du  roi  à  Ams- 

terdam  et  à  Rotterdam,  furent  chargés  par i'am- 

» 


LIVRE  VII.^  289 

bassadear,  de  délivrer  des  passe-ports,  con- 
formément; ii  ce  système,  aux  vaisseaux  et  ex« 
péditions  des  différentes  villes;  et  c'était  sur  un 
ordre  envoyé  directement  par  lui ,  que  les  passe- 
ports  étaient  sur-le-champ  restreints  ou  éten- 
dus. Ce  moyen  employé  avec  sagesse  et  fermeté, 
détennina  bientôt  la  majorité  des  villes  de  la 
prQvince  de  Hollande,  en  faveur  de  la  France, 
et  successivement  celle  des  autres  provinces. 
M.delaVauguyon  s'attacha  à  maintenir  ces  dis* 
positions  par  les  relations  les  plus  actives  avec 
les  principaux  personnages  des  états,  et  forma 
ainsi  au  9^in  de  la  république,  un  parti  pré* 
pondérant  entièrement  dévoué  au  système  de 
Tintérêt  réciproque  et  bien  entendu  de  la  France 
et  dfes  Provinces-Unies.  Ce  fut  à  l'aide  de  ce 
parti ,  qu'il  enleva  insensiblement  au  stathou- 
der,  les  prérogatives  qu'il  avait  usurpées,   le 
réduisit  à  celles  que  la  constitution  lui  attri- 
buait, parvint  à  faire  prendre  les  résolutions 
qui  assuraient  des  escortes  aux  convois  mar- 
chands hollandais,  prépara  l'union  des  Améri- 
cains avec  les  Provinces«Unies,  et  décida  enfin 
la  république  à  adopter  le  système  de  neutralité 
armée  proposé  par  la  Russie. 

Il  est  à  remarquer,  à  la  gloire  du  duc  de  là 
Vauguyon ,  qu'il  cr-éa  ce  parti  par  les  seuls  res- 
sorts de  la  persuasion  et  de  la  confiance,  et  qu'il 
ne  donna  pas  la  plus  légère  somme  d'argent  pour 
VII.  19 


ago  VIP  PÉRIODE. 

gagner  ou  corrompre ,  quoiqu'il  eût  toute  lati- 
tude pour  1  usage  de  pareils  moyens  ;  mais  les 
ministres  élevés  dédaignent  d'autant  plus  l'em- 
ploi de  la  corruption ,  qu'ili^  y  sont  eux-mêmes 
plus  inaccessibles. 

Après  de  longs  combats  entre  les  nëgocians 
et  la  cour  de  la  Haye ,  ou  entre  le  parti  patriote 
et  le  parti  stathoudérien ,  les  etats^généraux  se 
déterminèrent,  dans  les  premiers  jours  d'avril, 
à  prendre  une  résolution  portant  ordre  d'armer 
trente-deu:9[  vaisseaux  de  guerre  de  différentes 
grandeqrs,  pour  convoyer  et  protéger ,  sans 
distinction  de  cargaison  et  de  destination,  les 
navires  chargés  de  munitions  navales  non  in- 
terdites par  le  traité  de  1674^  et  ne  pouvant,  par 
conséquent ,  être  envisagées  comme  man^ian- 
dises  de  copti^cbande. 

Cepend^ut  la  cour  de  Londres  qui  cherchait  à 
faire  modifier  l'art*  XI  du  traité  de  1674,  entre  la 
Grande-Bretagne  et  les  ProViéce*- Ua^es ,  et  à 
porter  même  les  Hollandais  à  y  renoncer,  en  y 
donnant  une  exteosioin  nouvelle ,  fit  présenter 
9^«x  ét^<S'gçn^i;9WX  j  le  9  d'avril  1779^  par  sou 
ministre  k  là  Haye  ^  le  chevalier  Yorke ,  un  mé- 
moire dans  lequel,  pour  j,UsiiÊeF  la  saisie  des 
munitiojQi^  of^valçs  d^estinées  pour  les  ports  de 
France ,  il  disait  :  «  Quil  n'était  pas  d'objet  plus 
»  importçaip  et  plus  mdispensabie  que  celui  de 
yi  priver  son  ennemi,  des  matériawe  qui  le  met- 


LIVRE  VIL  agi 

»  traient  à  même  de  redoubler  ses  efforts  pen- 
»  dont  la  guerre;  et  qu'on  ne  pouvait  concilier 
»  une  protection  ouverte  pour  ces  matériaux, 
»  avôc  les  alliances  si  souvent. avouées  entre  le^ 
»  deu3^  nations,  v 

On  sent  combien  la  position  des  états^énéraux 
étaitgénée.  Placés  entre  deux  grandes  puissances 
qui  les  menaçaient ,  soit  de  mettre  des  entraves 
à  leur  commerce ,  soit  de  saisir  une  partie  de 
leurs  navires  ,  ce  gouvernement  dut    rester 
dans  ces  hésitations  qui  accompagnent  un  dou- 
ble danger;  et  ce  fut  par  suite  de  ces  hésitations 
qui  ^  d'ailleurs,  étaient  entretenues  par  le  choc 
du  parti  stathoudérien et  du  parti  patriote,  que 
les  états  -  généraux  ne  mirent  pas  une  grande 
ardeur  à  faire  exécuter  la  résolution  qui  ordon- 
nait le  convoiement  des  vaisseaux  chargés  de 
munitions  navales.  D'ailleurs  l'exécution  de  cette 
mesure  était  confiée  au  stathouder  tout  porté 
pour  l'Angleterre. 

€omme  la  France  voulait  s'assurer  de  Teffet 
de  cette  résolution ,  elle  ne  se  hâta  point  de  lever 
les  prohibitions  et  augmentations  de  droits  pro- 
noncées contre  le  commerce  hollandais  ;  et  le 
duc  de  la  Vauguyon  se  borna  à  passer ,  le  2  de 
juillet  1 7799  une  note  au  conseiller  pensionnaire 
des  états  de  Hollande ,  par  laquelle  il  déclarait 
«  que  le  roi  suspendait  jusqu'au  premier  août,  , 
ô  en  faveur  de  la  province  de  Hollande  exclusif 


aga  VIP  PÉRIODE. 

»  vement,  les  effets  des  arrêts  du  conseil  des  i4 
»  de  janvier,  27  d'avril  et  5  de  juin  i  et  qu'efn 
»  conséquence,  les  habitansde  cette  province, 
»  pourraient  jouir  des  iqêmes  exemptions  et 
>>  avantages   accordés  exclusivement  jusqu'ici 

»  à  ceux  d'Amsterdam  et  de  Harlem et  qu'aus- 

»  sitôt  que  les  convois  illimités  auraient  été  ex- 
D  pédiés ,  sa  majesté  se  proposait  de  faire  reqiet- 
»  t re  aux  habitans  de  cette  pro vi  nce ,  les  sommes 
»  perçues  sur  eux  par  ses  préposés  ,  etc.  » 

Cependant  la  cour  de  Londres,  qui  se  voyait 
menacée  d'une  descente ,  de  la  part  des  flottes 
combinées  de  France  et  d'Espagne,  réclama,  par 
une  note  du  22  de  juillet,  auprès  des  états-gé- 
néraux, les  secours  stipulés  parles  traités  de 
1678  et  autres,  dont  \e  cas  us /œderi  s  éinit  for- 
mellement expliqué  dans  l'article  séparé  du 
traité  de  1716.  Cette  demande  ne  pouvait 
qu'augmenter  la  perplexitédes  Provinces-Unies, 
qui  n'aspiraient  qu'à  vivre  en  paix  avec  les  puis* 
sances  belligérantes  ,  afin  d'e  s'enrichir  comme 
courtières  du  commerce  universel.  Elles  gardè- 
rent donc  le  silence ,  et  donnèrent  même  asile 
dans  le  Texel  au  commodore  américain,  Paul 
Jones ,  qui  y  avait  conduit  deux  prises  faites  sur 
la  marine  royale  d'Angleterre.  C'est  albrs  que  la 
(iour  de  Londres ,  déjà  très  mécontente  des  Prô- 
vincés-Unies ,  à  cause  de  leur  adhésion  à  la  neu- 
tralité armée,  fit  attaquer,  le  3i  de  décembre 


LIVRE  VIL  293 

î  779,  un  convoi  hollandais  qui ,  sousune  escorte 
de  vaisseaux  de  ligne,  faisait  coûte  pour  les 
ports  de  France  et  d'Espagne.  Neuf  bâtimens 
charge'sde  munitions  navales,  furent  arrêtés  et 
déclares  de  bonne  prise. 

Aux  plaintes  des  états-généraux ,  la  cour  de 
Londres  répondit  :  «  que  si,  dans  le  délai  de 
»  trois  semaines,  les  Provinces-Unies  ne  dôn- 
yy  naient  pas  satisfaction  au  sujet  des  secours  que 
»  la  Grande-Bretagne  réclamait,  cette  conduite 
»  serait  regardée  comme  un  abandon  fait  par 
»  les  Provinces-Unies  de  Valliauce britannique;. 
»  qu'en  conséquence ,  l'Angleterre  ne  les  envi- 
»  sagerait  plus*  que  sur  le  pied  des  puissances 
»  neutres  non  privilégiées^et  s'en  tiendrait  à  leur 
»  égard  aux  principesstricts  du  droit  des  gens. 

Les  états  -  généraux  ay^nt  fait  une  réponse 
dilatoire  à  la  cour  de  Londres <^  celle-ci  pu- 
blia, le  17  d'avril  1780,  une  proclamation, 
portant  suspension  de  toutes  stipulations  par- 
ticulières propres  à  favoriser,  en  f^mps  de 
guerre,  le  commerce  hollandais;  ordonnant 
de  plus  ,.  qu'après  l'expiration  de  certains,  dé-^ 
lais  déterminés^  «les  armateurs  anglais  pour-* 
»  raient  arrêter  tous  les  navires  hollandais  allant 
»  d'un  port  de  France  ou  d'Espagne  à  un  autre,. 
2)  ainsi  que  tous  ceux  qui  seraient  soupçonnés 
»  chargés  de  marchandises  appartenantes  à  ces 
»deux  puiss^noes.  »  £n*  conséquence  de  cet 


/ 


294  VIP  PÉRIODE. 

ordre,  beaucoup  de  navires  hollandais  furent 
amenësdanslesportsd'Angleterreetsouventcon- 
damnës  par  les  amirautés  de  ce  pays,  d'après  ce 
principe  singulier  :  «  que  les  ports  français  étant 
»  par  leur  position  ,  naturellement  bloqués  par 
it  ceux  d! Angleterre  ^  il  rC était  pa^ permis  de  na- 
»  viguer  auprès  deux.  »  '' 

L'Angleterre  avait  en  vue  par  ces  rigueurs, 
de  forcer  les  Provinces-Unies  à  se  déclarer  pour 
elle,  tandis  que  la  France  se  bornait  à  les  retenir 
dans  une  neutralité  armée.  La  province  de  Hol- 
lande ayant  embrassé  ce  dernier  parti ,  dès-lors 
l'a  cour  de  Versailles  révoqua,  par  un  arrêt  du 
22  d'avril  ijSo,  les  arrêts  des  i4  de  janvier, 
^7  d'avril  et  i8  de  septembre  1779  j  et  tous  ceux 
dirigés  contre  l'introduction  des  marchandises 
hollandaises  dans  lès  ports  de  France  ;  et  elle  fît 
restituer  le  montant  des  droits  perçus  dans  ses 
douanes. 

Quand  la  cour  de  Londres  iie  vit  plus  d'espoir 
de  faire  exécuter  les  articles  de  son  alliance  avec 
feà  PMvinces-TJnies ,  elle  les  traita  sans  mena- 
gément,  et  fit  même  publier,  le  qo  de  décembre 
1780,  contre  cet  élât,  un  manifeste  <lédt  le  prin- 
cipal grief  était  la  signature  d'un  traité  au  mois 
de  septembre  3778,  entre  les  Provinces  et  les 
Américains.  tJn  article  dé  ce  traité  qui  pourtant 
n'était  qu'en  projet,  portait  :  «  qu'il  y  aurait 
»  une  paix  ferme,  inaltérable  et  Universelle,  et 


LIVRE  VIL  agS 

3»  une  amitié  sioc^e  entre  leurs  hautes  puis* 
»  sances  et  les  Etats-Unis  de  TAmérique  septeu- 
9  trionale.  j» 

Ce  traite',  long-temps îgaoré  du  cabinet  bri- 
tannique j  avait  été  trouré  dans  les  malles  de 
Henri  Laurens,  ancien  président  du  congrès, 
et  nbnraié  depuis  ambassadeur  à  la  Haye.  Cet 
Américain  ayant  été  pris  dans  la  traversée ,  et  ' 
conduit  à  J^ndres,  ses  papiers  firent  connaître 
cette  pièce  qui  parut  au  cabinet  de  St.-James , 
une  vialatio(0  des  traités  existans  entre  lui  et 
les  Provinces-Unies, 

Celles-ci  opposaient  à  ce  reproche  que  le  traité 
n'était  que  provisionnel,  ou  plutôt  un  simple 
projet  de  traité,  signé  sans  autorisation  par  Me  ' 
peitsionnaire  van  Berkel,  et  qu'il  n'avait  jamais 
été  approuvé.  La  cour  de  Londres  demanda 
alors  qu'on  punit  les  auteurs  de  ce  projet,  ce 
qui fiit  refusé;  et  comme  elle  nechèrohait  qu'un 
prétexte  pour  déclarer  la  guerre,  elle' ne  tarda 
pas  à  expédiier  l'ordre  .d'arrêter  tous  les  navires 
des  Provinces-Unies,  et  d'attaquer  même  leurs 
colonies.  Les  îles  de  Saint- Eustacbe>  de  Saint- 
Martin  et  de^^aba  furent  prises,  sans  coup 
férir,  par  l'amiral  Rodney.  La  France  parvint 
à  protéger  les  possessions  hollandaises  dans 
rinde  :  et  l'ambassadeur  des  Provinces-Unies 
près  la  cour  de  Versailles,  lui  fit  des  remercî- 
mens  de  ce  qu'elle  avait  secouru  le  cap  de  Bonne- 


%g6  Vir  PÉRIODE. 

Espérance ,  et  ordonné  à  ses  vaisseaux  de  guerre 
de  prendre  sous  leur  sauve^garde,  la  naviga- 
tion hollandaise: 
1781.  Le  comte  de  Maurepas  mourut  à  Versailles , 

Mort   da_  ^a-i 

comtedeMau-Ie  i4  OC  novemore  i7oc,:agé  de  quatre-vingt- 
lîtr^ue/*^^  un  ans,  et  dans  l'exercioe  des  fonctions  de  prin- 
cipal, miiiislre,  quoiqa  il  n'eut  que  letitrt  de 
ministre  d'état.  Il  avait.cqnsfervé ,  maigre  son 
grand  âge ,  un  esprit  facile  et  une  mémoif  e  fraî- 
che ^  mais  on  lui  reprochait  de  porter  dans  les 
affaires  trop  de  légèreté ,  et  de  répandre  sou- 
vent par  des  plaisanteries  à  des  observations  sé- 
rieuses (1). 

On  a  accusé  encore  M.  de  Maurepas  de  n'avoir 
paft  eu  de  système  fixe,  d'aimer  à  suivre  les  évé- 
nemens  plutôt  qu'à  les. amener,  et  de  paraître 
craindre  de  sonder  un  avenir  voisin  de  son  tom- 
beavi;  méthode  qui  détruisait  la  prévoyance,  et 
l'empêchait  de  lier  les  rapports  présens  «t  fu- 
turs, seule'  base  des  opérations  solides.  Néan- 
moins, il  est  à  observer  que  ce  ministre  eut  le 
bon;ésprit  de  se  concerter  en  tout  avec  le  comte 

9 
— H^t"^— '—    <    >    Li  >     I  T I  ■  I  I  <  I  1 1 1  I  I  >  1 1  ■  ■  I  I  I  I  II  11  I  I  ■  I  r  II  ■  !■  1  n  ■!  I  I  ^1    1 1   I  ■  _  ■        

'  (i)  Lorsque  le  bruit  se  tépaiidit  que  là  France  avait  fait 
un  traité  d'amitié  et  d'alliance  QTeutuélle .  ayeç  les  £tat»* 
Unis  ,  Tambassadeur  d'Angleterre  ,  lord  Stormont ,  vint 
tout  éqbauffé  s'en  plaindre  à  M.  de  Maurepas ,  en  lui  ajou* 
.  tant  :  «  Que  cette  nouvelle  avait  été  dite  dans  les  carrosses 
»  du  roi.  —  Et  moi ,  dit  M.  de  Maurepas  ,  je  vous  assure 
M  que  le  contraire  a  été  dit  dan3  les  carrosses  dé  la  reine.  » 


\ 


Garantie  de 
constîtutioa 


LIVRE  VIL  297 

de  Vergeftnes ,  et  qu'ils  opérèrent  ensemble  dans 
un  accord  parfait.  Le  résultat  de  cette  harmonie 
fat  pour  la  cour  de  Versailles ,  une  considération 
dont  le  déclin  ne  se  manifesta  que  quelques  an- 
nées  après  la  mort  de  M.  de  Maurepas,  et  pour 
des  causes  appartenantes  au  régime  intérieur, 
sur  lequel  il  n'influa  pas  toujours  d'une  manière 
assez  ferme,  souffrant  par  complaisance,  beau-* 
coup  de  choses  qu'il  eût  pu  empêcher. 

Le  zèle  de  Louis  xv,  en  lySS  et  1759»  pour     i^sa. 
calmer  les  dissensions  de  Genève,  n'avait  pas  eu  |^ 
un  succès  complet.  L'esprit  de  faction  et  d'in-j^^*^^°*^^P^^ 
novation  n'avait  été  que  comprimé  ;  et  transmis  s^^^^'g»*  «« 
des  pères  aux  enfans ,  il  éclata  de  nouveau  avec 
fureur,  * 

En  1779,  beaucoup  de  citoyens  de  Genève, 
sans  avoir  fait  pressentir  les  garans  de  la  consti- 
tutioz]^de  1738,  résolurent  de  la  renverser;  et 
ils  rédigèrent  un  nouveau  code  de  lois  politi^- 
ques,  lequel  pourtant  n'avait  pu  obtenir  la 
sanction  d'un  nombre  suffisant  d'individus , 
et  notamment  celle  des  deux  cents,  qu'on  pou-> 
vait  regarder  comme  l'élite  des  citoyens  de  Ge- 
nève. Une  irritation  intestine  fut  le  résultat  de 
e,ette  opposition  des  esprits. 

Le  5  de  février  1781 ,  une  rixe  étant  survenue 
entre  deux  habitans  de  Genève,  le  parti  démo- 
cratique  ou  de  l'égalité ,  se  porta  en  armes  contre 
le  parti  aristocratique ,  ou  attaché  au  gouver- 


298  VIP  PÉRIODE. 

nement  exi3tant ,  et  plusieurs  personnes  furent 
blessées.  A, la  faveur  de  ce  désordre,  les  démo- 
crates s'emparèrent  des  principaux  postes ,  et 
bientôt  ils  furent  maîtres  de  la  république. 

Une  négociation  s'entama  entre  les  insurgés 
et  les  partisans  du  gouvernement  légitime.  Les 
premiers  exigeaient  des  concessions;  les  seconds 
réclamaient  la  médiation  des  puissances  garantes 
de  la  constitution.  Des  scènes  tumultueuses  et 
sanglantes  se  renouvellent  :  les  insurgés  pénè- 
trent dans  lé  sénat  ;  les  syndics ,  arrachés  de  leurs 
sièges,  sont  emprisonnés;  et  au  gouvernement 
constitutionnel  succèdent  des  comités  de  sûreté 
et  des  clubs  d'agitateurs.  / 

La  rour  de  Versailles,  sollicitée  par  les  syndics 
de  Genève  d'exercer  sa  garantie ,  et  de  maintenir 
une  constitution  qui  lui  devait  son  origine,  né- 
gocia un  concert  d'opérations  avec  la  cour  de 
Turin  et  le  canton  de  Berne,  comme  également 
intéressés  à  la  tranquillité  de  Genève, 

Les  troupes  françaises,  sardes  et  bernoises 
cernèrent  cette  ville ,  et  menacèrent  les  insurgés 
d'une  punition  exemplaire.  Mais  ceux-ci,  au  lieu 
de  fléchir ,  se  bàkèreiit  de  faire  réparer  les  forti- 
fications de  la  ville;  et  quatre  mille  citoyens  se 
portèrent  sur  les  remparts  dans  l'intention  de 
résister  aux  assiégeans. 

Le  27  de  juin  1782 ,  le  marquis  de  Jaucourt, 
général  des  troupes  françaises,  fit  sommef  les 


LIVRE  VIL  399 

insurges  d'ouvrir  les  portes  :  ils  s'y  refusèrent, 
et  ce  ne  fut  qu'après  des  menaces  reitérées,  et 
avoir  vii  les  échelles  plantées  au  pied  de  leurs 
murs  pour  un  assaut  général,  que  les  révoltés 
se  soumirent  (1).  Les  chefs  des  factieux  qui^e 
sauvèrent  dans  un  château,  furent  pris  et  con- 
damnés à  l'exil ,  et  le  conseil  des  deux  cents  fut 
rétabli.  Après  que  la  tranquillité  eut  été  rame- 
née, les  trois  généraux  des  troupes  françaises, 
sardes  et  bernoises  signèrent,  le  la  de  novembre 
1782,  au  nom  de  leurs  souverains,  un  acte  de 
neutralité  et  de  garantie  concernant  Genève.  Cet 
acte  réglait  de  quelle  manière  la  neutralité  de- 
tait  être  exercée  par  les  garans ,  soit  eu  temps 
de  paix ,  soit  en  tjsmps  de  guerre. 

La  neutralité  de  Genève  était  déclarée  perpé- 
tuelle et  irrévocable  dans  le  cas  dé  guerre  entre 
deux  ou  trois  des  puissances  garantes,  eta 

Quelques-uns  prétendirent  que  les  trois  états 
confédérés, avaient,  par  leur  intervention  armée^ 
violé  le  principe  de  l'indépendance,  lequel  doit 
être  maintenu  à  Tégard  des  plus  petits  états,  non 
moins  que  des  plus  grands.  D'autres  pensèrent, 
avec  raison ,  que  l'anarchie  qui  avait  éclaté  à  Ge^ 


(i)  A  la  menace  qui  fut  faite  par  un  parlementaire  fran- 
çais ,  que  la  ville  serait  incendiée  ,  le  commandant  de  Ge- 
nève «  Womerat ,  répondit  en  envoyant  au  marquis  de 
Jaucourl  un  paquet  d^ allumettes* 


3oo  VIP  PÉRIODE. 

nève,  ainsi  que  l'opposition  à  là  conslilulion 
de  1738 ,  garantie  par  la  France,  justifiait  Tin- 
tervention  des  trois  puissances. 
_J7?»;.  Le  baron  de  Breteuil.  à  son  retour  de  Tes- 

Mediiition      ^  '  \ 

Jes   deux     cnen,  où  il  avait  obtenu  un  si  eîorieux  succès, 

cours      jmpé-  ,     .         .        .  , 

riai^-s  entre  la  parlait  aittsi  au  comte  de  Vergcnnes,  de  Tentre- 

France    et 

rAngiet«rrc.  ticu  qu'il  cut  avcc  le  prince  de  Kaunilz  (i). 

«  La  première  fois  que  j'ai  vu  M.  le  prince  de 
»  Kaunitz,  était  le  jour  même  démon  retour  ici. 
»  Ce  ministre  m'a  fait  lire  une  copie  de  la  lettre 
»  que  l'impératrice  a  écrite  au  roi  pour  remer- 
»  cier  sa  majesté  de  lui  avoir  procuré  la  paix.  Je 
»  n'ai  pas  été  peu  surpris  de  trouver  dans  cette 
^  »  lettre,  l'offre  que  l'impératrice  fait  au  roi; 
»  d'employer  ses  so\n^  pour  rétablir  la  paix  entre 
_  »  nous  et  T Angleterre,  M.  le  prince  de  Kaunitz 

»  s'est  pressé  de  me  dire  :  «  Tout  ce  qui  intéresse 
5)  le  roi,  occupe  si  sincèrement  le  cœur  de  l'im- 
»  pératrice,  qu'il  est  simple  que  cette  idée  se  soit 
»  trouvée  au  bout  de  sa  plume ,  dans  le  moment 
»où  l'impératrice  avait  tant  d'obligations  au 
»  roi.  » 

'  »  J'ai  répondu  que  certainement  le  roi  serait 
»  très  sensible  à  l'amitié  de  l'impératrice*  Le 
»  cha(Yicelier  d'état  s'est  arrêté  long-temps  sur  la 
»  remarque  qu'il  fallait  que  bette  négociation 

«  (1)  Lettre  du  baron  de  Breteuil  à  M.  de  Vergennes ,  du 
26  de  mai  1779. 


LIVRE  VIL  5oi 

lùtùt  une  base  ;  mais  il  m'a  assi^  que  sa  longue 

;»  expérience  ne  la  lui  laissait  pas'  apercevoir 

»  d'une  manière  qui  pût  contenter  son  amour- 

»  propre,  et  ses  vœux  constans  pour  les  avantages 

»  de  la  France.  L'art  du  chancelier  d'état  a  con«- 

9  duit  et  replié  soigneusement  son  discours  sur 

»  cet  objet,  et  en  ramenant  toujours  les  résultats 

»  sur  le  |;)onheur  du  repos,  sur  les  sacrifices  qu'il 

»  faut  savoir  faire  pour  l'obtenir,  et  sur  ce  que 

j>  la  guerre  de  mer  avait  des  hasards  encore  plus 

»  multipliés  et  plus  fâcheux  que  la  guerre  de 

«terre.  Vous  jugerez,  Monsieur,  par  tous  ces 

»  raisonnemens ,  que  le  désir  de  nous  rendre 

»  service  pour  service ,  tient  fortement  aujour- 

»  d'hui  aux  combinaisons  autrichiennes;  et  vous 

»en  tirerez,  je  crois,  comme  moi,  la  consé- 

»  quence  que  notre  allié ,  en  cherchant  le  rôle 

s  de  médiateur ,  y  met  moins  de  vanité ,  et  moins 

i>  d'envie  surtout  d'acquittef  la  reconnaissance 

«qu'il  nous  doit,  que  de  fonder  celle  qu'il  vou- 

»drait  inspirer  à  l'Angleterre,  afin  d'avoir  un 

»  moyen  simple  de  se  remettre  vis-à-vis  des  An- 

»  glais ,  dans  une  mesure  à  valoir  pour  l'occa- 

»sion;  et  qui,  tout  à  la  fois,  pût  nous  imposer 

»  des  inquiétudes  capables  d'arrêter  celles  que  la 

»  politique  autrichienne  trouve  sûrement  dans 

»  nos  rapports  actuels  avec  le  roi  de  Prusse.  Il 

»  ne  faut  pas  nous  flatter  de  détruire  ces  alarmes 

»  par  une  conduite  franche;  et  il  faut  nous  at-. 


Soa  VIT  PERIODE. 

»  tendre  à  nou^voir  harceler  fréqnerament  par 
»  des  doutes  pI1|s  injurieux  qu'amicals  :  mais  je 
»  crois.  Monsieur,  que  vous  penserez  qu'en  les 
»  détruisant  avec  l'arme  de  la  bonne  foi,  l'intérêt 
»  du  roi  demande  que,  sans  s'arrêter  aux  alarmes 
»  feintes  ou  vraies  de  notre  allié,  nous  ne  met- 
9  tions  point  de  refroidissement  dans  nos  rap- 
»  ports  très  innocens,  quoique  de  confiance,  avec 
»  le  roi  de  Prusse  et  la  Russie,  etc.  » 

Les  offres  de  la  médiation  de  la  cour  de  Vienne, 
sans  avoir  été  rejetées,  n'avaient  pas  eu  de  suite; 
lorsqu'au  mois  de  janvier  1781 ,  la  cour  de  Lon- 
dres donna  communication  à  Tempereur  Jo- 
seph II ,  d'une  note  verbale  que  l'impératrice 
Catherine  11  lui  avait  fait  passer ,  et  dans  laquelle 
il  lui  offrait  sa  médiation  pour  la  paix  avec  la 
France.  L'empereur,  en  témoignant  sa  sensi- 
bilité de  celte  communication,  manifesta  le  désir 
de  concourir  lui-même  à  la  paix,  comme  média«^ 
teur  ;  et  à  l'instant  la  cour  de  Vienne  fit  part  de 
cette  intention  aux  cours  de  Versailles  et  de 
Madrid.  Louis  xvi  y  répondit,  le  37  de  janvier, 
par,  l'écrit  suivant,  qui  est  lourd  et  entortillé. 
Cet  écrit  fut  lu  au  prince.de  Kaunitz,  à  qui 
l'ambassadeur  en  remit  copie. 

«  Le  roi  a  reçu ,  avec  la  plus  vive  sensibilité  ,  la 
y>  communication  amicale  que  sa  majesté  impé- 
»  riale  à  bien  voulu  lui  faire  de  la  démarche  ré- 
y>  cente  de  la  cour  d'Angleterre,  pour  inviter 


LIVRE   VIL  3o3 

D  sadî  te  majesté  impériale  à  entrer  dans  la  média- 
3)  tion  proposée  par  la  cour  impériale  de  Russie. 
y>  Le  roi  n'a  perdu  de  vue ,  ni  l'offre  des  bous 
»  offices  que  feu  l'impératrice -reine  lui  fit  peu 
»  après  la  conclusion  de  la  paix  de  Teschen  ^ 
y>  pour  mettre  fin  aux  calamités  de  la  guerre  sur 
))  mer,  ni  la  manière  sèche  dont  l'Angleterre 
y)  réconduisit,  en  déclarant  qu4l  n'y  avait  pas 
))  encore  lieu  à  une  négociation  :  et  sa  majesté  » 
»  convaincue  que  l'empereur  conserve  encore 
»  les  sentimens  qu'il  partageait  alors  avec  l'im- 
J>  pératrice-reine,  son  auguste  mère,  aurait  pré- 
))  venu  la  démarche  que  l'Angleterre  vient  de 
3>  faire  ;  si,  d'une  part,  sa  connexité  connue  avec 
D  le  roi  catholique,  son  oncle,  lui  eût  permis  une 
»  démarche  qui  ne  fût  pas  unilatérale  ;  et  si,  de 
»  l'autre,  l'office  de  la  cour  impériale  de  Russie 
))  avait  été  rendu  aussi  explicite  à  Versailles,  qu'il 
y>  parait  l'avoir  été  à  Londres.  Mais  le  chargé 
»  d'affaires  de  cette  puissance  s'étant  borné  à  une 
y>  insinuation  purement  verbale  auprès  du  mi- 
»  nistère  du  roi ,  laquelle,  en  exprimant  Tinté- 
))  rét  d'humanité  que  l'impératrice,  sa  souve- 
»  raine,  attachait  à  faire  cesser  l'effusion  du 
))  sang  innocent,  ne  faisait  entrevoir  que  le  désir 
»  $i  naturel  à  toutes  les  âmes  généreuses,  de 
)> contribuer  à  un  aussi  grand  bien,  le  roi,  en 
»  appréciant,  comme  il  le  devait,  ce  nouveau 
y>  trait  de  la  magnanimité  de  l'impératrice  de 


5o4  VII-  PÉRIODE. 

^  Russie ,  s'est  cru  cependant  d'autant  moins 
»  permis  d'exprimer  un  vœu  ^prononcé  sur  la 
)>  suite,  qu'il  serait  disposé  à  donner  à  l'exUibi- 
y>  tion  amicale  de  cette  souveraine,  qu'il  ne  peut 
y>  entrer  dans  les  principes  et  dans  la  conduite 
^>  du  roi ,  d'anticiper  en  aucune  manière  sur  les 
»  résolutions  qu'il  ne  peut  former  que  de  con- 
»  cert  avec  le  roi ,  son  oncle,  encore  moins, 
»  d'agir  séparément  de  ses  alliés,  et  qu'il  est 
y>  connu  d'ailleurs  que  l'Angleterre  a  entamé  et 
y>  suit  encore  par  le  canal  d^un  émissaire  rési- 
)>  dant  à  Madrid ,  une  négociation  ouverte  avec 
y>  la  cour  d'Espagne. 

»  Dans  cet  état  de  choses,  le  roi  n'a  pu  que 
3)  généraliser  la  réponse  verbale  qu'il  a  ordonné 
y>  qui  fût  rendue  au  chargé  des  affaires  de  Russie; 
y>  et  les  circonstances  n'ayant  point  changé ,  sa 
»  majesté  ne  pourrait  rien  articuler  de  plus  pré- 
y>  cis,  quand  bien  même  la  réponse  de  la  cour 
»  de  Londres  à  la  cour  impériale  de  Russie  offri- 
y>  rait  les  bases  d'une  négociation  ;  mais  loin  de 
y>  pouvoir  la  regarder  comme  ayant  une  ten- 
*  y>  dance  quelconque  à  la  paix,  elle  servirait  plu- 
))  tôt  de  provocation  à  la  guerre,  si  elle  n'avait 
»  déjà  éclaté. 

y>  Sa  majesté  ne  demande  pas  mieux  que  de 
»  poser  les  armes,  toutes  les  fois  qu'elle  pourra 
y>  le  faire  avec  dignité  et  avec  honneur.  Ces  con- 
y>  ditions  ne  seraient  pas  remplies,  si  on  adôp- 


LIVRE  VII.  3o5 

»  tait, pour  base,  les  préliminaires  que  lé  miois- 
>  tère  anglais  établit  dans  sa  réponse  à  l'offre  de 
»  la  cour  impériale  de  Russie  ;  l'empereur  en  a 
]^  saisi  touti^  l'indécence.. «•..  L'Angleterre  ne 
})  cherche  qu'un .  prétexte  pour  porter  l'Amé- 
j>  rique  à  la  défection  ;  elle  ne.  manquerait  pas 
7>  de  profiter  des  moindres  facilites  auxquelles 
7>  la  France  se  montrerait  disposée  pour  opérer 
»  cette  révolution,  «t  loin  qu'elle  devint  un 
)>  acheminement  à  la  paix,  elle  y  deviendrait  au 
7>  contraire  l'obstacle  le  plus  invincible.  Le  réta* 
y>  blissement  de  la  paix  acquerrait  un  nouveau 
}>  prix  aux  yeux  de  sa  majesté ,  s'il  pouvait  êtr« 
:»  le  fruit  des  soiqs  combinés  de  l'empereur  et 
)>de  l'impératrice^  Russie;, mais  sa  majesté 
:»  n'étant  point  seule  impliquée  dans  la  guerre, 
}>  elle  ne  p^ut  s^expliquer  que  de  concert  avec  ' 
2^  ses  alliés,  et  elle  ne  différera  pas  à  se  mettre 
0)  en  mesure  à  cet  égard,  i^ . 

Ainsi,  la  cour  de  Yecsailles.  d'ailleurs  mécon- 

.  .    .     .  .'  •   .    .  .    . 

tente  dç  la  base  principale  offerte  par  la  cour  de 
Londres,  qui  était  l'abandon  par  la.  France. de. 
la  cause  de  l'Amérique,  feignait  d' alléguer  la 
nécessité  de  connaître  le  vœu  de  l'Espagne,  avant 
d'accepter  la  médiation.»  tandis  que  la  cour  de 
Londres  ayaijt  accepté  avec  un. vif  empresse- 
ment la  médiation  de  l'empereur,  demandait 
même  qu'il  s'ouvrît  à  Vienne  un  congrès; 
cherchant ,  par  cette  condescendance  flatteuse , 
Tii.  ao 


5o6  VII*If»Ê*tdt)É. 

à  gàgtttei*  r«ln{)êi*èui*- JiW-le  soûV^fettir  des  ^û- 
cièbiiei  àffet:tf!6ln^  qai  kVkiéht  tmi  l'Àlimic^e 
et  Ik  Ot^àûifé^Btêtàgtitf.  '  ' 

€ath%Htié  \i,  bai-èëetl»  ftAfè  àé  Media tfiM  ^ 
agWilîttjùè  YitânfYè  (%t  -l^ Hi^  du  <cOfigt#fi  ;  mais 
te  foi  d'EsjJbgfte  VoWkrtI  *(b  'éotio^rtëif'  A>ri?i5  le 
t6i  'de  ïV&ttcé ,  et  ^r^iivét  bV^  TE^fe^'^H^e  qut 
eiityâVàit  !ti  d^*hiitt*iteè  ï)l^lmitoàî^^^ 

l#  pi'inèe  (ïé  Ki^uttt^^  dit  à  râû!ibd^sadt*t^  ^ê 
fi^hCè  à  VFéttYié  •  (k  SaA^  kteute  Vôtis  tié  VOtlieft 
5)  la  paix,  fïi  à  Vèfrtiâînea;  hi  à  Mudi^id  ;  |>*tts«- 
5>  îjti'att:  îiieti  d'unfei*l]pfôiiife,'qtii(?ètrtttVètt«?e  à  ieft 

3)  qtie  voiir^'dit^,  hé'^ètod  qu'à  là  diffëi^ef  et 
»  pùàt-ëtt%  à  f  è*lpiêfcfe(e^.  »ïl  ajouta  ^^u -à  «atlffeit 
5)  ët'ù ,  tfàpVèi  te' làY^^âgè  ^^êcttiètti;  de  ïâ  té^ 

5)'îjti'ëltes  *e  ^;^afettt  èh^p^^^à  de  prôdVtef  teiilt 
»  envie  sincère  de  pafrvèttf*  à  !à  pàii  pàt  te  v^ié 
*^  î*â  ittMàtitl^nVÎétt  liôtnàiaM  ite*  ptéllîpo- 
)i  tttili'aîi-és ,  et  ed^déii^uatit  Aè  lien  *k  06ri- 
>igrè^,  etc.  »  >    •  ^    >  c  -  i 

Là  tîdùtlle  V-ei^âiltesv^ttï*  éie 'd$8fcU^i^  aH*- 
ptès  de  *â  COTir  ^te  Victofite,  lui  fit  «èôttïîimi**. 
^u»  cbtnmfe  ëclàîltîissëttlfe^rtt  et  ^*  kîèw^Uft^ ,  te 
mé^dire  suiviatit ,  où  I^ïi  raj^^^iSfëbun'  0M6z 
àdrôîteitîènt ,  là  ki'tuatibti  -dfe  te  F^aftcé  feUUs 
HenTi  n,  k  1  egàrd  desÎPrbvirtWîJÙtîî^ ,  ^t  ^^ette 
de  Loute  XVI  à  l'égard  des  Américains ,  quoiqu'il 


k 


Livre  viî.  807 

n^^ût  pas  une  parité  rigoureuse^  Câr  iâ  Hol^ 
landé  fàTsâtit  lo  gueri'e  depiiis  tnenltHsix  ans  ^ 
avait  une  iûdëpendatice  defmtt  bien  mteukcon*^ 
*tolid^eque  nt  l'était  celle  deft  Etats-Unis,  pour** 
éuivie  depuis  citit)  ans  seulement. 

<c  La  base  et  l'objet  direct  du  traité  signé  le  6 
)^  de  févriet"  i  "778,  disait  le  mémoire,  est  là  recon- 
D  naissance  et  la  garantie  des  Etats-Unis;  et  il  y 
»est  stipulé  en  outre ,  que  si  la  guert^  éelMd 
j>  entre  la  France  et  la  Grande-Bretagne  ^  pin- 
7)  dant  la  durée  de  la  guerre  actuelle  e^tre  les 
»  Etats-Unis  et  TAngleterre ,  sa  majesté  et  les 
3)  Etats-Unis  feront  cause  commune;  qu'aucuti* 
3)  des  deux  parties  ne  pourrft  conclure  ni  kté^t, 
»  ni  paix ,  sans  le  consentement  préalable  et  for^^ 
3)  mel  de  Tïiutre  partie;  et  qu'elles  tte  mettront 
D-bas  les  armes,  que  lorsque  rindépendatiCe  de» 
3)  Etats-tTnîs  aura  été  formellement  ou  f scife^ 
3)  menV  a^ssuf ée ,  par  le  traité  ou  les  tttUtés  qut 
j>  termineront  la  guerre. 

»  Il  récite  de-là ,  que  le  roi  ne  peut  feii^e  ni 
Ji  trêve  ,  '  ni  paix  avetî  là  Grande* Bretagne,  ^ 
i)  moins  q\ie  cette  puissance  ne  reconnaisse  Vïtk^ 
»  dépendance  de  FAittérique  ;  et  qu'en  se  con-*^ 
»duisatit  autrement  ^  le  roi  commettrait  une 
»  îofitVélité  qni  tournerait  à  son  déshonneur ,  isf 
•»  nuirait  éssenti«Ueiaeû<  ft  ses  intérêts. 

»  Mais'le  roi  et  les  Américains  désirant  égal#- 
))ment  la  paix;  et  l'Angleterre  montrant  une 


3o8  VIP  PÉRIODE. 

»  répugnance  invincible ,  du  moins  dans  l'état 
»  actuel  des  choses^  pour  faire ,  surtout  vis-à- 
»  vis  de  la  France ,  Tàveu  direct  et  explicite  de 
y>  Tindépendance  et  de  la  souveraineté  des  Etats-. 
3>  Unis  ;  il  s'agit  de  trouver  un  terme  moyen 
y>  qui  puisse  convenir  également  ^  toutes  les 
»  parties.  Pour  découvrir  ce  terme,  il  convient 
»  de  prendre  en  considération  l'observa tioa 
»  suivante  : 

»  La  cour  de  Londres  sent  l«îrapuissance  où 
y>  (^lle  est  de  reconquérir  sesanciennes  colonies; 
»  et  Ton  ne  saurait  douter  de  son  désir  de  s'ar- 
>>  ranger  avec  elles ,  même  en  avouant  leur  indë- 
»pendancè9  pourvu  qu'elle  puisse  le  faire  en 
aménageant  son  honneur  et  sa  dignité.  Elle 
^.croirait  sans  doute  l'un  et  l'autre  affectés,  en 
>xreconnaissant  directement,  et  par  unjtraité 
^.fornpiel,  l'indépendance;  et  surtout  en  la  recon- 
y^  naissant  vis-à-vis  de  la  France,  dont  elle  est 
»  l'ouvrage, 

i»  ^Cette  observation  conduit  à  penser  ^  pu  que 
)}  l'Angleterre  pourra  consentir  à  t;raiter  avec 
»  l^s  Américai/is  seuls  sur  l'objet  de  l'indépen- 
»  dance ,  ou  que  cette  puissance  Jeu^  apcp^flera 
»  au  moins  une  trêve,  qui  en  (ç^ippri^çrait  la 
y>  Teconnaissance  indirecte  ;  reste  à  voir  ce  qui 
»  pourrait  convenir  aux  Américains  ou  à  la 
»^rance.  ,    <       . 

y>  Les  Américains  ont  la  quasi  ^possession  de 


•  LIVRE  TH.   '  509 

»  la  souveraineté  ;  et  il  leur  importe  de  l'assurer 
]»sous  quelque  forme  que  ce  puisse  être.  La 
j>  France  n'a  point  d'autre  objet ,  relativement  à 
y>  rAmërique ,  et  il  doit  être  assez  indifférent  de 
y>  quelle  manière  il  sera  rempli  :  la  seule  chose 
y>  qui  lui  importe ,  c'est  que  les  Etats-Unis  ne 
y>  s'isolent  point,  et  ne  concluent,  qu'autant  que 
)>  la  France  ferait ,  en  même  temps  ,  sa  ipaix 
»  avec  la  Grande-Bfietagne. 

y>  D'après  «ces  données,  il  parait,  i^  que  la 
»  France  peut  sans  inconvénient ,  consentir  que 
y>  les  Américains  traitent  directement  et  seuls 
y>  avec  l'Angleterre ,  sous  la  condition  expresse 
»  néanmoins,  que  le  traité  avec  le  roi  mar-i 
»  citerait  sur  la  même  ligne,  et  que  l'un  des  deux 
^  traités  serait  non  avenu,  tant  que  l'autre  ne 
^  sérail  point  parvenu  également  à  sa  perfec- 
»  tion  ;  â*".  qu'au  défaut  de  traité  définitif  y  le 
y>  congrès  pourrait  se  contenter  d'one  tr^vb  à 
»  longues  années ,  tandis  que  la  France  ferait 
»  une  paix  définitive. 

7>  Ce  dernier  expédient,  en  même  temps  qu'il 
»  serait  le  plus  agréable  à  l'Angleterre,  et  par 
»  conséquent  le  plus  propre  à  acheminer  la  paix, 
»  semble  devoir  remplir  également  le  double 
»  but  des  Américaiiis,  savoir,  la  tranquillité  et 
y>  la  libeitté.  L'exemple  de  la  Hollande  (sous  — 
3)  Henri  iv)  est  le  meilleur  argument  que  l'on 
3»  puisse  letur  présenter  pour  les  en  convaincre. 


3Y2  VIIVPÎERÏODE. 

ëtatit'vénu  communiquer  à  M.  de  K.acinitz  une 
dépêche  de  lord  Stormont ,  secre'taire  d'état  pour 
Ie$  affaires  étrangères,  Jaquelle  côntiçnait  des 
moyens'âe  paix  d'une' exécution  impossible  ;  le 
prince  de  Raunitz  ne  put  s'empêcher  ^e  dire  à 
M.  Keith  :  «  Qu'ilie  priait  de  ne  pas  oublier  de 
»  mander  à  lord  Stormont ,  que  s'il  pouvait  lui 
y>  trouver  un  hotâtne  capaUe  de  faire  sortir  la, 
»  paix  dés' moyens  dont  il  prétendait  la  tirer , 
i>  erit  mini  tndgnus  jâpolh *  » 

Ceperidânt  M.  'Cumberiand  qui  négociait  se- 
crètement à  Madrid ,  ayant  été  rappelé  par  la 
cour  dé  Londres,  le  prince  de  Kâunitz ,  *  et  le 
prrhce  DémetriùsGallitzîn,  ambassadeur  de  Rus- 
sie à  Vienne ,  écrivirent  alors  en  ccHnmun ,  le  3 1 
de  mai  1781 ,  la  lettre  bu  cifCuMre  suivante', 
aux  ministres  de  l'empereur  et  à  ôëux  de  l'inr- 
péiratrice  de  Russie  auprès  des  cctats  de  Ver- 
sailles ,  de  Madrid  et  de  Londres  :  ^ 
'  «Monsieur  ,  rèxisiencë-  d'une  négociation 
>»  directe  qui  se  trouvait  établie  à  Madrid^  entre 
»  le  roi  catholique  et  le  roi  de  la  Grande-Breta*- 
»'gne  \  et  le  défaut  d'une  base  de  n^ociation 
»  d'un  succès  assez  vraisemblable-,  po^ir  qu'elle 
i»  pût  être  entamée isarîs  compromettre  la  dignité 
»<ies  médiateurs,  h  ont  perîftis,'J4ïsquà  pré- 
»  sent,  aux  deux  cotirs -impériales  auxquelles 
D  lesdiversesputssancesbelligérantes  ont  déféré 
^0  la  médiation ,  aucune  démarche' à  cet  égard. 


LIVRE  VII.  5i5 

s»  Mais  le  premier  de  ce&^eux  obstacles  étant 
»  dctueliement  levé  par  le  rappel  du  sieur  Cum» 
2)  berland ,  les  deux  cours  impériales  croient  ne 
«plus  devoir  différer  de  s'employer  à  faire  oes- 
y>  ser  également ,  s'il  [se  peut  ,*  la  seconde  de  ces 
9  deux  difficultés  ;  les  circonstances  respectives 
7>  entre  les  puissances  qui  se  trouvent  en  guerre^ 
^  paraissant  s'opposer  à  toute  proposition  di«* 
^  recte  tendante  à  cette  fin. 

»  Par  cette  considération ,  elles  se  sont  occu* 
2>  pées  avec  le  plus  grand  soin ,  de  la  recherche 
»  d'un  plan  sur  lequel  on  pût  établir  une  négo- 
»  ciation  avec  les  ménagemens  qui  sont  dus , 
3>  tant  à  la  dignité  qu'à  la  juste  délicatesse  de 
p  toutes  les  parties  intéressées. 

}y  II  leur  a  paru  devoir  être  fondé  sur  le  prin- 
p  cipe  adopté  par  les  trois  puissances  belligé- 
»  rantes  :  Que  dans  tout  ce  que  les  parties  res' 
n  pectives  pourront  se  proposer  ^  aucune  d^ elles 
»  ne  proposera  jamais  à  f autre ,  que  ce  quelle 
»  croirait  pou\H>ir  accorder  si  elle  était  à  sa 
1»  place. 

»  Sur  le  principe  également  incontestable , 
»  que  les  médiateurs  ne  peuvent  se  permettre 
»  que  des  propositions  conformes  à  Timpartia- 
»  lité  la  plus  exacte,  et  finalement  sur  la  cir- 
»  constance  que  dans  Tétat  d'intégrité  des  forces 
»  et  des  moyens  où  se  trouvent  encore  naturel- 
»lement  les  parties  belligérantes  ^  les  unes  à 


\_ 


\ 


5"i4"  VII«^PKlHODE. 

i  regardées  autres  /il  ne  peut  et  m  dbit  Irar  ^ 
»  être  fait  ^aucune  de  oes  propositions  qui  ne 
»  sont  admissibles  que  dans  le  cas  contraire. 
-  »  Ce  sont  oes  considérations  qui  ont  fourni 
»  aux  cours  impériales  Fidée  des  article  paiu** 

•  Il  V 

»  MiiTAiREs  ei-rjotHT&  ,  et  elles  a em pressai) t^ 
»  moyennant  oela ,  d  en  faire  la  communicalioii 
9  aux  parties  belligérantes  qui  leur  ont  coofié 
3»  la  médiation.  Elles  désirent  beaucoup  que  ce 
1»  premier  effet  de  la  rectitude  de  leur  intention 
)»  puisse  être  accueilli  par  toutes  les  parties  in- 
K  léressées ,  avec  l'esprit  de  conciliation  qui  en 
»  a  fait  naître  la  pensée  ;.  et  en-  ce  cas  ,  elles 
»'  croient  que ,  pour  faire  cesser,  le  plutôt  possi^;- 
D  ble ,  l'effusion  du  sang  humain  ,  il  serait  très 
-»  désirable  qu'aussi  promptement  que  faire  se 
7>  pourra  «  elles  fissent  parvenir  À  leurs  ministres 
3>  respectif^ ,  les  instructions  qu'elles  jugeront 
»  leur  être  nécessaires  pour  l'ouverture  effective 
»  des  conférences  du  congrès  établi  à'  Vienne , 
»  de  commun  accord  etitre  elles  et  les  puissani- 
»  ces  médiatrices.    . 

^  y»  Les  deux  cours  impériales  n  épargneront  ni 
x)  soins^  tH  peines,  dans  le  pénible  ouvrage!  de  ta 
^  médiation  dont  elles  ont  bien  voulu  ^e  cbai!- 
1»  gev  ;  et  toutes  les  parties  belligérantes  {^uv^nt 
»  compter  que  comme  elles  ne  s'y  sont  doter* 
3»  minées  par  aucun  intérêt  particulier  -^  elles 
'V  en  rempliront .  le  devoir  avec  rimpartiaUté 


»  la  plus  parfaite ,  et  ]e  déair  de  leur  être 

>  utiles  ,  etc.  » 

Les  articles  offerts  par  la  Russie  et  l'Autriche,     t^sr. 
pour  servir  de  base  à  la  négociation  de  la  paix  Jll'^Jîr** 
générale ,  étaient  les  suivans  :  fS^îîè'.^ 

Art,  !"•  a  H  sera. traité  à  Vienne,  par  les  soins p»;«"°«* 

>  réunis  des  deux  cours  impériales  ,  de  tous 
9  les  objets  du  jrétablissement  de  la  paix  que 
9  les  parties  belligérantes ,  qui  leur  en  ont  con- 
»  fié  la  médiation  »  jugeront  à  propos  d'y  pro- 
»  poser. 

9  £i  il  y  sera  traité,  en  même  temps,  entre  la 
»  Grande-Bretagne  et  les  colonies  américaines , 

>  du  rétablissement  de  la  paix  en  Amérique  „ 
9  mais  sans  Tintervention  d'aucune  des  autres 
)»  parties  belligérantes ,  ni  même  celle  des  deux 
»  cours  impériales,  à  moins  que  leur  médiation 
»  n'ait  été  formellement  demandée  et  accordée 
9  sur  cet  objet* 

Art.  II.  »  Cette  paix  particulière  ne  pourra 
9  cependant  être  signée  que  conjointement ,  et 
9  en  même  temps  ,  avec  celle  des  puissances 

>  dont  les  intérêts  auront  été  traités  par  les 
I  ÇQUrf  médi^^tvices*  Les  deux  paix, moyennant 
«  cela  >  quoiqu'elles  ne  pourront  être  traitée» 
«séparément,  ne  dey^nt  point. pouvoir  être 
^coK^^lues  l'une  sans  l'autre,  on  wra  soin  d'in- 
9  forper  constamment  le^»  médiateurs  de  la  mar-t 
»  cjbie  et  de  l'état  de  e^elle  qui  regarde  la  Grande- 


.$ï6  vir  PÉRîëbE. 

»  Bretagne  et  les  colonies ,  afin  que  la  nieaîàtioit' 
»  soit  à  même  de  pouvoir  se  réglet  pour  la  mar-^ 
'  '  .  »  che  dfe  celle  qui  lui  est  confiée ,  d'après  l'état 
»  de  là  négociation  relative  aux  colonies  ;  et  TuneL 
9  et  l'autre  des  deux  pacifications  qui  y  auront 
»  été  conclues  en  même  temps ,  quoique  sepk- 
»  réiiient ,  devront  être  sôlëmnëllement  garau-^ 
»  ties  par  les  cours  médiatrices,  fet  par  touteautre 
»  puissance  neutre  dont  les  parties  belligéran- 
»  tes  pourtoilt  juger  à  propos  de  réclamer  la 
j>  garantie. 

Art.  III.  »  Pour  rendre  les  négociations  de 
3ï  la  paix  indépendantes  des  événemens  toujours 
»  incertains  de  la  guerre  qui  pourraient  en  ar- 
3^  rêter,  où  au  moins  en  retarder  les  pt^ogrês,  if 
j)  y  aura  un  armistice  général  entre   les  deux 
»  parties  ,  pendant  le   terme   d'une  année  ,  à 
»  compter  du. ...  du  mois  de. ..... .  de  la  pré- 

»  sente  année ,  ou  à  compter  du  mois  de. . . .  i . .  • 

»  de  rannée*r782.        * 

»  S'il  arrivait  que  la  paii  générale  ne  fût  point 
»  rétablie  dans  le  cours  du  premier  terme,  et 
»  pendant  la  durée  de  l'un  ou  de  l'autre  de  ces 
»  termes  ,  toutes  choses  devront  rester  dans 
»  l'état  où  elles  se  trouveront  avoir  été  au  jour 
»  de  la  signature  des  prés^ns  préliminaires, 
"  Art.  IV.  »'Ce 'plan  de  négociation  adopté  par 
s>' toutes  les  parties  ;  les  puissances  belligérfintes 
»  requeri*bnt  lés.  médiateurs  d'ouvrir  les  confé- 


LIVRE  VII.  3i7 

»  renées  da  congrès,  et  y  donneront  sans  délai , 
»  à  leurs  plénipotentiaires  respectifs ,  les  pleins 
»  pouvoirs  et  lç.$  instructions  qu'elles  jugeront 
»  leur  être  nécessaires  pour  le  succès  de  la  né- 
vgociation,  etc.  » 

La  cour  de  Versailles,  dans  une  réponse  très   OpuaMaet 
enveloppée ,  refusa  d'accepter  les  propositions  mîUc«  et  d« 

r*.  1  *  ^'    M.    '  ^j«.  Londres    tur 

iâites  par  les  cours  médiatrices ,  se  fondant  sur  ««,  prâimi* 
ce  qu'elles  n'étaient  pas  conformes  à  sa  dignité. 

Cette  cour  observait  néanmoins,  que  quoi- 
que ce  ne  fussent  pas  des  articles  préliminaires , 
ainsi  que,  par  la  nature  des  choses ,  ils  n'avaient 
pu  letre ;  ils  ne  s^en  trouvaient  pas  moins  être 
un  moyen  propre  à  faire  réussir,  d'un  rabmeiit 
à  l'autre  ,  non-seulement  un  arrangenrient  pré- 
liminaire ,  mais  peut-être  même  à  ramener  la 
paix. 

La  cour  de  Londres  fit  parvenir,  le  i5  de 
juin,  sa  réponse,  portant  :  ce  Que  le  roi  de, la 
^Grande-Bretagne  avait  constamment  déclare 
»  qu'il  ne  pouvait  jamais  admettre  en  manière 
»  quelconque  »  ni  sous  quelque  forme  que  ce 
»  put  être,  l'entremise  d'aucuqe  puissance  étran-i 
»  gère  entre  lui  et  ^es  sujets  rebelles  ;  résolution 
»  fondée  sur  ce  que  le  roi  devait  à  sa  propre 
»  dignité ,  sur  les  intérêts  essentiels  de  son  peu- 
V  pie  et  sur  le  droit  incontestable  de  tout  sou- 
»  verain,  de  terpainer  à  sa  convenance,  ce  qui 
«  est  privatiyernent  de  son  ressort^ 


3i8  VIP  PÉRIODE. 

3)  Que  par  suite  de  ce  principe,  le  roi  ne  pou- 
»  vait  consentir  à  Tadmission  au  congrès,  d^une 
»  personne  quelconque  de  la  part  de  ses  sujets 
9  rebelles  ;  cette  admission  étant  absolument 
9  incompatible  avec  la  qualité  de  sujets; 

»  Que,  par  suite  du  même  principe^  sa  majesté 
»  ne  pouvait  janiais  prendi^è  aucun  engagement, 
7)  ni  adopter  aucun  plan  qui  lîmïtât  ou  suspen- 
>>  dît  l'exercice  du  droit  incontestable  qti*a  tout 
»  souverain  d'employer  les  moyens  en  son  pou- 
i  voir,  pour  mettre  fin  à  Une  rébellion  allumée 
jf>  dan%  ses  états  ,  soit  par  le  progrès  de  ses  ar- 
»  mes,  soit  par  des  voies  conciliatoires  ouvertes 
»  dans  le  pays  rtaême.  Enfin ,  le  roi  de  la  Grandé- 
i>.Bfetagne  restreignait  Texercicê  de  la  médîa- 
»  tibn  des  cours  impériales^  à  là  pàit  entre  les 
»  puissances  belligérantes,  et  n'entendait  p^^ 
»  qu'elle  s'étendît  à  la  paix  pâttîcûlière  aveb  les 
»  Américains  révoltés.  »  *♦ 

Les  médiateurs  firent  passer  ikh  nouvel  office 
à  ïa  cour  de  Versailles ,  poûi"  riôdgager  &  la 
paix;  et  cette  cour  leur  fit,  le  28  de  janvier, 
la  réponse  qui  suit  : 

a  Le  roi  n'a  point  varié ,  et  ne  variera  point 
j)  dans  le  désir  de  seconder  des  vties  aussi  sstlti- 
»  taires;  et  les  deux  hauts  médiateurs  peuvent 
9  être  assurés  qu'il  ne  dépendra  jamais  de  «a 
^  itiajesté ,  pour  ce  qui  la  concerne ,  qu'ils  ne 
»  soient  bientôt  en  mesure  de  donner  un  libre 


LIVRE  VIT.  5i9 

»  coiir^  à  leur  zèle  bienfaisant  \  tnais  la  cour  d« 
s  «Londres  ôle  au  roi  tout  moyen  et  tout  espoir 
9  à  cet  égard  ^  par  aa>  résolution  immuable  dt 
»  regarder  les  Américains^  comme  ses  si^s:  un« 
»  pareille  résolution  rend  inutile  toute  teaitatîve 
»  que  Ton  pourrait  faire  pour  la  paix  ;  elle  dëT 
»  truit  de  fond  <ea  comble  le  plan  des  média- 
»  leurs,  puisqu'elle  préjuge  de  la  manière  la  plu^ 
»  péremptoire ,  la  question  qui  fait  le  sujet  ^^ 
»  la  querelle  ;  et  dont  la  décision  directe  ou  ôv- 
»  directe  devait  être  la  base  préliminaire  de  la 
»  futUYiè  pacification.  .     • 

»  Dans  cet  ét^it  des  choses ,  le  roi  pense  que 
)»  les  Conférences  proposées  par  les  deux  cours 
»  médiatridîs ,  seraient  dans  ce  moment-ci  sai^  ^ 

»  objet';  et  que  Tasseikibkfe  des  pléiiipotentiaices 
^  reispeotifs ,  ne  serait  qu'un  yain  simulacre  qui 
3»  tre  diminuerait ,  ni  n'abr^raît  les  horreurs 
"^  de  k  guerre  ,  et  qui  pourrait  oonuprometir^ 
»  la  dignité  de  leurs'  majestés  impériales*. v...  <S^ 
»  majesté  croit  devoir  encore  obaeïVer  qu'^U^  a 
»  des  alliés;  avec  ies<|uel8elle^adesengagemeas 
»  inviolable  ;  qu'elle  les  trahirais  <m  abandon:^ 
^Mnt  la  cause  américaine  ;  et  qû  eUë  abandon- 
^  tae^àît  cette  cause ,  si  elle  se  portai  à  négocier 
ir^tûÉlpsift  Séparée  >  indépendamment  des  ËtWs^ 
ii'l^^i^.  lié^  htfataimédiateurs  ont  senti  Timpot- 
^  sibHité  de  ^d^tte  démarche ,  ^puisqu'ils  ont  eui^ 
'>  mém^  senti  l'impossibilité  de  fairb  cb^cnî^Qf 


5ao  VIP  PERIODE- 

l>  d'un  pas  égal ,  la  négociation  du  roi  et  celle 

31  des  Etats-Unis.  Mais  en  admettant  même  que 

9»  le  roi  pût  faire  abstraction  des  affaires  de 

i»  r Amérique  ,  qu'il  se  contentât  de  transiger 

»  sur  ^es  intérêts  personnels  ;  et  qu'il  laissât 

y>  aux  Américains,  le  soin  de  s'accommoder  avec 

»'leur  ancienne  métropole,  que  résulterait- il 

»  de  cette  conduite  ?  il  en  résulterai^  évidem- 

»  ment  que  la  paix  serait  illusoire,  qu'elle  serait 

i>  un  être  de  raison.  En  effet,  si  (ce  qui  paraît 

»  de  la  pluf(  grande  évidence  )  les  Américains 

^persistaient  dans  leur  r^fus.dè  rentrer  sous 

»  l'obéissance  de  la  couronne  britannique  9  la 

ao  guerre  continuerait  entre  l'Angleterre  et  ses 

3»  anciennes  colonies;  et  le  roi  serait  obligé  alors, 

^êomme  il  l'est  à  présent ,  de  les  assister.  Le 

3»  roi  d'Espagne  serait  de  son  côté,  dans  le  cas 

«j^'d'assister  sa. majesté;  de  sorte  que  la  Fra^nce 

»  et  l'Espagne  sferetrouverfiient,^  après  la  sigqa- 

»  ture  de  leur  traité  particulier  !,  dans  le  ifaéote 

5»  état  où  elles  se  trouvent  a<itueUement.  .Ces 

'^'considérations  semblent  au   roi  de  la   plqs 

»  grande  force»;  et  sa  majesté  rend  trop  de  jus? 

»  tice  aux  lumières  et  à  la  pénétration  des  deux 

i>  hauts  njédîàteurs,  pour  n'être  pas  persi^adée 

"»  d'avance  qu'ils  les  envisageront  sous  le  même 

•^  point  de  vue,  et  qu'ils. dauneront  une  entière 

ya  approbation  à  la  conduite  réservée  qu'elles  la 

»  forcent  de  tenir.  ..    ' 


LIVRE  VIL  5^1 

»  Le  roi  souhaite  avec  ardeur  de  se  trouver 
»  dans  le  cas  d'en  changer ,  et  e'est  par  une  suite 
»  de  ce  sentiment  qu'il  invite  lés  hauts  mëdia*- 
»  teurâ  d'employer  toute  leur  influence  à  la  cour 
»^  de  Londres ,  pour^l'engager  à  manifester  des 
»  dispositions  propres  à  persuader  qu'elle  est 
»  enfin  résolue  de  donner  de  bonne  foi ,  la 
»  main  à  une  paiic  prompte  et  équitable.  Le  roi 
»  croit  devoir  prévenir  les  hauts  médiateurs  ^ 
»  que  son  ambassadeur  à  Vienne  est  dès  à  pré- 
»  sent  autorisé  à  écouter  toutes  les  ouvertures 
»  et  tous  les  expédient  tendans  à  ce  but ,  soit 
»  qu'ils  viennent  de  la  cour  de  Londres  ,  Ou 
»  qu'ils  soient  proposés  par  leurs  majestés  im- 
»  périales  ;  il  est  même  autorisé  à  lier  la  négo- 
j»  dation ,  si  on  lui  présente  des  bases  pour  là 
»  conduire  sûrement  à  une  heureuse  conclu-^ 
:»  sion ,  sous  les  auspices  de  leurs  majestés  im- 
D  périales  ». 

On  ne  pouvait  refuser  la  médiation  des  deur 
cours  impériales  avec  plus  de  grâce  et  d'appa- 
rence de  candeur  ;  mais  dans  la  réalité ,  la  cour 
de  Versailles  ne  voulait  point  faire  la  paix  par 
leur  entremise ,  moins  par  rapport  aux  intérêts 
dçs  Aniéricains  qui  n'étaient  là  que  le  motif  os-' 
tensible,  que  parce  qu'elle  croyait  sa  dignité  bles- 
sée, en  terminant  sous  des  auspices  étrangers  une 
guerre  commencée  avec  taut  d'éclat ,  et  qu'elle 
se  croyait  capable  de  conduire  par  ses  propres 

VII.  ai 


5m  Vil-  PÉRIODE. 

moyens  k  d'heureux  résultais.  Il  faut  ajouter 
^ue  Joseph  ii  et  Catherine  ii  n'étaient  peut-être 
pas  non  plus  très  sincères  dans  Toffre  de  leurs 
bons  offices ,  parce  que  concertant  oes-lors  se- 
crètement une  attaque  contre  TempiiTe  ottoman, 
ils  avaient  lieu  de  se  flatter  que  l'épuisement  où 
se  trouveraient  les  puissances  belligérantes ,  ne 
leur  permettrait  pas  de  contrçdire  leurs  projets 
de  partage.  La  prolongation  de  la  guerre  ma- 
ritime leur  présentait  l'effet  d'une  diversion  fa- 
vorable ,  en  neutralisant  l'action  des  deux  puis- 
sances les  plus  intéressées  au  maintien  dé  l'in- 
tégrité de  l'empire  turc, 
i7»*-  Cependam  la  cour  de  Londres  présumant 

de  paix  «ntre  quc  la  paix  qu  elle  pourrait  obtenir  par  la  me- 
ce  et  ringie-diation  des  cours  impériales  ,  et  la  tenue  d'un 
^"^'  congrès  à  Vienne ,  éprouverait  dé  grandes  len- 

teurs ,  essaya  de  traiter  directement  avec  celle 
de  Versailles.  Le  comte  de  Vergennes  en  fit  part 
part  ainsi  qu'il  suit ,  au  comte  de  Montmo- 
rih  f  ambassadeur  du  roi  en  Espagne ,  dans  sa 
dépêche  du  ^6  de  mars  1782.     , 

a  Vous  vous  rappellerez,  Monsieur,  que  je 
»  Vous  prévins  9  il  y  a  quelques  mois ,  de  la  visite 
•j»  que  j'avais  reçue  d'un  sieur  Eyriées,  et  des 
»  ouvertures  qu'il  avait  voulu  m'engager  à  faire 
»  pour  la  paix  ;  enfin  de  tout  ce  qui  s'était  passé 
r  entre  nous.  Cet  Anglais  qui  m'avait  annoncé 
»  son  prochain  retour,  n'a  plus  reparu  ;  mais  à 


LIVRE  VU.     •  3^3 

»  sa  place  vient  d*arriver  un  M.  Forth ,  jadis 
»  employé  paf  les  lords  îforth  et  Mansfield ,  au- 
»  près  du  feu  comte  de  Maurepas. 

»  l'ai  vu  avant-hier  cet  émissaire;  il  est  resté 
B  plus  d'une  heure  et  demie  avec  moi;  mais  le 
»  temps  n'a  pas  été  rempli  d'une  manière  bien 
D  intéressante.  J'élague  toutes  les  inutilités  dont 
2)  sa  conversation  a  été  remplie  :  je  dfs  sa  con- 
»  versation,  car  pendant  ce  long  espace  de  temps, 
»  il  a  presque  toujours  parlé ,  j'ai  pu  à  peine 
»  dire  quelques  mots. 

»  Pour  résumer ,  la  mission  de  M,  Forth  est  de 
»  savoir  si  nous  sommes  en  volonté  et  en  dispo- 
»  sition  de  traiter  de  la  paix.  D'abord ,  il  m'a  of- 
»  fert  le  renouvellement  du  traité  de  Paris;  mais 
»  sentant  l'ineptie  de  cette  offre  qu'il  attribuait 
»  au  lord  Stormont ,  il  est  venu  à  me  proposer 
»  YtUi  possidetis.  VL  m'a  ajouté  que  l'on  sentait 
»  eh  Angleterre  qu'il  nous  fallait  un  pied  à  terre 
»  dans  l'Inde,  et  que  nous  ne  serions  point  dis- 
»  posés  à  admettre  de  nouveau  un  commissaire 
»  àDunkerque;  qu'il  y  avait  moyen  de  s'enten- 
»  dre  sur  tout  cela. 

»  J'ai  laissé  pérorer  M.  Forth  aussi  longuement 
»  qu'il  lui  à  plu,  sans  lui  marquer  ni  curiosité, 
»ni  intérêt,  ni  empressement;  et  lorsqu'il  a 
»  bien  voulu  me  céder  la  parole ,  je  lui  ai  dit  que 
0  j'avais  entendu  ce  qu'il  était  chargé  de  me 
»  proposer  ;  qu'il  ne  ^'attendait  pas  sans  doute 


524  ♦VIP  PERIODE. 

»  que  je  lui  répondrais  immëdiatement;  que  je 
»  rendrais  compte  de  sa  conversation  au  roi,  et 
»  que  je  prendrais  ks  ordres  de  sa  majesté  pour 
»  m'expliquer  sur  pç  qui  en  faisait  la  substance  ; 
»  que  cependant  je  ne*  craignais  point  de  lui 
j)  dire  que  le  rçi  dë$irait  la  paix;  qu'il  verrait 
»  avec  plaisir  naître  roccasion  de  la  rétablir; 
j>  mais  que  comme  sa  majesté  était  résolue  de 
»  tenir  fidèlement  ce  qu'elle  pourrait  promettre 
»  au. roi  d'Angleterre  ,  elle  voulait  aussi  com^- 
»  mencer  à  remplir  avec  la  même  fidélité ,  ses 
y>  engagemens  avec  ses  alliés.  Que  pour  cet  effet , 
»  je  devais  lui  demander  avant  tout  ^  si  le  roi 
»  d'Angleterre  était  dans  llntention  de.  traiter 
»  avec  le  roi  çonjointemenl;  avec  ses  alliés.  Ici 
»  M.  Forth  a  p^ru  embarrassé ,  il  a  glissé  sur 
»  l'Espagne  ;  et  par  rapport  à  l'Amérique ,  il 
»  s'est  expliqué  que  traiter  arec  elle,  ce  serait 
»  reconnaître  et  avouer  son  indépendance.  Je 
»  lui  ai  observé  que,  quel  que  dut  être  le  sort  ul- 
p  térieur  de  l'Amérique  »  U  faudrait  cependant 
9  que  ^Angleterre  traitât  atéc  de&  députés  auto- 
D  risés  par  le  congrès;  et  que  soit  que  la  négo- 
»  ciation  s'établît  ^n  Euitope  ou  en  Amérique  , 
»  l'indépendance  9  suivant  son  système,  serait 
«également  reconnue.  C'est  vous  ,  m'a  dit 
»  ^M.  Fgrth  ^  qui  voulez  procurer  l'indépendance 
]»  aux  ^m^ricains,  ils  ne  la  demandent  point. 
»  Sans  dpute ,  lui  ai-je  reparti ,  car  ils  Comprise. 


LIVRE  VIL  5^5 

»  M.  Fo9ih  m'a  demande  ensaite  comment  nous 
»  entendioDsque  la  négociation  pât  s'établir  sans  ^ 
iï  avouer  de  la  part  de  TAngleterre,  Findépen** 
}>  dance  de  rÂmérîque.  Je  l'ai  renvoyé  sur  cet 
»  objet  à  notre  réponse  aux  premières  onver- 
»  tares  faites  par  les  cours  de  Vienne  et  de  Pé- 
»  tersboùrg ,  touchant  l'établissement  d'un  con- 
»  grés.lSîotre  conversation  étant  à  peu  près  finie, 
»  j'ai  dit  a  M.  Forth ,  que  si  lord  North  avait  des 
»  ouvertures  qu'il  draittdrait  de  nous  fàiredireo* 
Btement^  il  pouvait  s'adreHer  aux  médiateurs 
»  par  le  canal  desquels  nous  les  recevrions  avec 
»  plaisir*  J'ôi  cru  devoir  jeter  ce  propos  pjir  pré- 
»  caution ,  afin  que,  si  la  médiation  peut  être 
y^déeUnée;  ce  qui  serait  très  heureux  \f  on  ne 
y^  puisse  nous  reprocher- qu'eUe  ait  été  éconduite 
n  par  Tèotrk  fiât. 

»  J'ai  congédié  enfin  M,  Forth,  en  l'ajoumanl 
»  à  lundi  soir  i8,  pour  lui  faire  part  de  la  ré- 
t  ponse  que  le  roi  m^'aura  autorisé  à  lui  faire.  Je 
%  joins  ici  copie  du  projet  que  je  dois  soumettre 
»  a  l'approbation  d»  roi.  Je  crois  cette  féponse 
»  innocente,  telle  qu'il  convient  à  la  drdons- 
»  tance  ;  elle  n'acGéj[)te  ni  ne  refusp  rien  ;  elle 
»  n'est  affirmative  que  sur  l'inteniio»  où  est  le 
»  roi  de  n'entendre  à  rien  qu'avec  l? aveu  et  la 
•  participation  de  ses  alliés- 

».  Quoique  rien  n  autorise  à  tirer  un  augure 
»  heureux  de  la  misislon  de  M.  Forth,  cepea- 


5a6  VIP  PÉRIODE. 

3»  dant.,  connaissant  sa  position  et  tes  oiï*cons- 
»  tances ,  j'ai  lieu  de  crpjre  qu'il  n«  s'en  serait 
»  pas  chargé ,  s'il  n'avait  pas  une  sorte  de  con- 
»  viction  que  le  ministère  anglais  inclioe  à  la 
»  paix.  Cet  émissaire ,  sous  des  dehors  étourdis , 
»  a  infiniment  d'esprit,  et  beaucoup  de  finesse, 
y  II  est  possible ,  et  même  très  apparent,. qu  il 
7^  ne  m'a  pas  tout  dit.  S'il  est  plus  explicite  dans 
»  notre  entrevue  de  lundi,  vous  ne  tarderez  pas, 
j»  Monsieur ,  à  en  être  instruit ,  etc.  » 

he  comte  de  Ye^ennes  remit  le  18  de  inars, 
la  réponse  suivante  à  M.  Forth.  a  J'ai.r^ndu 
2>  compte  au  roi  de  ia  conversation  que  vous 
»  avez  «ue.ayec  moi.  Sa  niajesté  y  a  remarqué 
»  avec  plaisir,  que  le  roi  d'Angleterre  est^péfeétré 
3^  de  la  convenance '4on|.  il  serait  ^poiurtoii tes 
»  les  parties  belligérantes,  de  mettre ^SMOk>t.ux  ca- 
)»  lamités  de  la  guerre.  Le  roi  partage  .ce.  senti- 
»  ment  avec,  sa  majesté  britannique,' et  sera 
»  toujours  disposé  à  concourir  et  à. en  assurer 
»  l'effet V  lorsqu'il  le  pourra  avec  dignité  et  su- 
»  reté.  Sa  majesté,  en  se  réconciliant  avec  l'An- 
»  gletejre,  étant  très  décidée  à  lui  tenir  fidèle- 
»  ment  ce  qu'elle  pourra  lui  promettre,  veut 
4  établir  la  confiance  que  le  roi  d'Angleterre 
V  doit  prendre  dans  ses  assurances ,  en'  cbm- 
»  mençant  par  tenir  invtolablement  à  ses  alliés 
)i  ce  qu'elle  leur  a  promis»  Le  roi  est  engagé 
»  envers  eux,  à  ne  point  entendre  à  la  paix 


LIVRE  VII;  3a7 

V  sans  leur-  aveu,  et  à  nen  point  traiter  sans 
j»  leur  participation V 

1^  Le  premier  article  à  éclairGir ,  eat  donc  de 
»  savoir  si  sa  majesté  britannique  est  disposée  k 
»  traiter  conjointement  aTec  les  alliés  du  roi. 
T»  Sa  majesté ,  en  faisant  cette  question ,  n'en- 
»  tend  préjuger  aucune-  de  celles  qui  devront 
»  faire  la  niatière  de  la:n^bciation.  Ce  point 
»  éclairci  d'une  manière  Mtisfaisante ,  sans  bles« 
»  ser  néanmoins  la  dignité  dé  qui  quie  te  soit, 
»  le  roi  sera  très  disposé  à  entendre ,  de  concert 
i»avec  ses  alliés,  telles  ouvertures  qqe  I»  cour 
])  de  Londres  jugera  devoir  lui  faire ,  soit  pafi^ 
»  le  canal  de  puissances  médiatrices,  ou  par  telle 
31  autre  quilui  conviendra.  Sa  majesté  se  portera 
;»  avec  sincérité ,  en  ce  qui  peut  dépendre  de's^s 
»  soins ,  au  rétablissement  d'une  paix  sûre  et 
s  équitable.  » 

La  nouvelle  des  démarches  faites  paria  cdur 
de  Londres^  blessa  vivement  le  prince  de  Kau- 
ni|z,  qui  n'avait  pas  enoore^renoiicé  au  rôle  de 
médiateur^  Il  Uâma  hautement  la  précipitation 
pacifique  du  cabinet  de  St.^-James ,  en  disant  : 
«  Ce  n'est  pas  le  moyen  d'avoir  la  paix ,  que 
»  d'en  montrer  a  a  si  grand  désir.  »     '  :     *  • 

11  convieiatt  d'observer  icique  (^eministreimpé* 
rial  à  Londres^  lé  comte  de  Belgiojoso ,  mandait 
au  prince  de  KaunitZj  que  M;  Fox  lui  avait  as- 
suré que  c^était  les  premières  ouvertures  paci^ 


328  VIP  PÉHIODE. 

fiques faites  parla  courte  YersaiUes  t  m^  avaient 
décide  l'Angleterre  à  faire  passer  en  France  plu- 
sieurs émissaires^  et  que  c'était  du  ministère 
français  qu'était  venue  la  proposition  de  mettre 
dans  les  conditions  prëlinitnaires  Vutipossidetis. 

On.  ^  vu.  que  le  cscunte  de  Vergehnes  rejetait 
au  cçdiraire  y  sur  rAngteteire ,  l'àvaDcb  des 
premières  propositions^  Ce  ministre^  par  suite 
de  la  confiance  établM|.  entre  les  cours  dé  Ver* 
saiUes  et  de  Madrid  ^  fit  connaître  an.  corn  te  de 
Ho&lmorin ,  ambassadeur  du  roi  en  Espagne  , 
par  sa  dépêche  du  ifi  d'avril  1782 ,  la  suite  de 
la  négociation  secrète  avec  l'Angleterre. 

iK.Le  toi  y  Monsieur ,  ne  voulant  rien  laisser  à 
«  désirer  au  roi  son  oncle  •  de  sa  confiance  la 
>  pluls  intime  ^  comno^e  dp  sa  fidélité  scrupuleuse 
9  h  remplir  ses  engagensiens,  m'ordonne^de  vous 
»  dépêcher  ce  courrier,  pour  vous  informer  d'une 
n  démarche  qui  a  été  faite  hier,  auprès  de  moi , 
y^-  qui  semble  aniitoncer .que  le  nouvi^^u  niinistère 
j^.  angUis: n'est  pas  .moins  porté  ài  la>paix  .que;  le 
«ipacécédent  a  témoigné  rétrei,Io^s4u'iL  s'est  vu 
9  sur  le  bord  du. précipitiez  dans  lequel  il  a  fini 
:».;par  tomber.  .    t      .  - 

2>  Le  lord  Sbélblii^e ,  qui  a  tonjotnes  été  ami 
1^ personzièl  de  M.  Franklin  j  et  qài  siest ^montré 
».sélé  dai^s  le  parti  de  l'opposition  pobria cause 
»'  aittfiricàine ,  a  enVoj^  ici  un  M.  Qswaid ,  son 
»axqiy  porteur  d'une  lettre  de  créance  pour 


LIVRE  VIL  Zig 

V  M«  Franklin  ,  et  de  propositions  très  satîsfai* 
usantes  pour  tine  paix  avee  l'Amérique.  C'est 
»le  f5,  que  Teutrevue  a  eu  lieu.  M.  Franklin 
»  ayant  rejeté  toute  ouverture  qui  tendrait  à  se* 
»  parer  la  causé  de  TAtuérique  de  celle  de  la 
»  France,  a  fait  sentir  au  député  anglais  que  la 
»  paix  ne  pouvait  se  traiter  sansnoire  iuterven- 
»  tion ,  et  il  Ta  amené  à  désirer  de  itoe  voir  ^t  de 
9  m'entretenir» 

»  J'ai  vu  hier  M.  Oswald ,  qui  a  été  introduit 
t  chez  moi  par  M.  Franklin.  Il  m'a  dît  que  chargé 
»  par  le  ministère  anglais  d'acheminer  une  paix , 
9  avec  TAmécique,  il  sentait  qu*elle  ne  pouvait 
»  avoir  lieu  qu'autant  qu  elle  serait  générale  « 
]»  et  quoiqu'il  n'eût  pas  l'ordre  précis  de  s'abou* 
»  cher  avec  moi  y  il  croyait  cependant  entrer 
s  dans  les  intentions  de  ses  oommettans»  en 
»  cherchant  à  reconnaître  et  àa^assureè  de  nos 
9  dispositions  pour  y  concourir^ 

i>  Ma  réponse  a  été  convenaAile.  Je  Tai  assuré 
%  que  le  roi  serait  toujours  poit^té  àia  paix,  lors«* 
t  qu'il  pourrait  yes^ndre  «veo  honneur  el  avec 
»  sûreté.     ,..•.'.,..  ..  ♦: 

»  M.'  )Oswald  m'a  protestë^de  la  sincérité  des 
9  vœux  du  inifusEtère  anglais^  ètnomméobentidi» 
1  l^rdSfaelburDe,:  ppur  pooeursr  jce  grand  bien 
»  à  l'humanité.  Il;  ne;m''a  pasdiséimnlé  que  les 
»  nouveaux  mîniitrés  sentaient  iâi  pesanteur  du 
»  poids  dont rilff  s'étaient  cbàrgëé,  et  que  bien 


5ÎO  VIP  PÉRIODE. 

)>  convaincus  de  la  nécessité  de  céder  sur  les  àf- 
»  faires  d'Amérique ,  ils  étaient  disposés  à  don- 
>»ner  la  satisfaction  là  plus  complète  snr  cet 
»  objet. 

1»  Comme  M.  Oswald  insistait  beauconp  sur 
V  cet  at*ticle,  et  semblait  le  regarder  comme  le 
3>  seul  intéressant' pour  le  rétablissement  de  la 
al  paix ,  je  lui  ai  observé  que  i? Amérique  n'était 
»  pas  le  seul  allié  du  roi  ;  que  sa  majesté  en  avait 
»  un  dans  le  roi  d'Espagne ,  don  t  elle  ne  se  sépa- 
»  rerait  dans  aucan  cas ,  et  qu'elle  ne  pouvait  ni 
»  ne  voulait  entendre  à  aucune  négociation  de 
»  paix,  que  de  l'^yeu  et  duiconsehtement  desa 
»  majesté  Catholique.  Je  luirai:  :ajouté  qu'encore 
»  que  nous  n'eussions  aucmï  engagement  avec 
)>  lesPrdvinces^Unies  des  Pays-Bas,  leroldemàn* 
»  deraît  cependant  qu'elles  fussent*  admises  à' la 
9  négociation  de  là  paix;  sat^m^jesté  estimant 
7)  qu'on  ne  pouvait  terminersolîdement  la  guerre,: 
1»  qu'en  éteignafiit  tous  les  foyers  qui  pourraient 
»  la  rallumer.  Ce  langage  n'a  {>oint  paru  effrayer 
»  M«  Oswald;  il  lui  asiéme^lponé  la  plus  entière 
1^  approbation.  Il  aurait  bien  voulu  par  suite 
I»  m'engager  àhi.'ouVrir  sur  les  moyens  de  faci- 
»  liter  la  négociatîon.  Il>iie  m'a  pas  été  difficile 
]>  de  lui  faire  coin  prendre  quenotisn^étions  pas 
)ft  èn.mesuTe;deliBire'dé&.pnopositions,  et  que 
i>  c'était  du  ministère 'anglais;  que:  nous  devions 
tf  les  attendre.  Ce-'député  étant  sans  mission  sur 


LIVRE  m.  3St 

S  te  sujet ,  il  s'est  jeté  dans  des  généralités  pour 
»  me  faire  sentir  la  convenance  de  la  mode- 
»  ration ,  et  de  ne  rien  exiger  qui  humilierait 
»  l'Angleterre  ;  persuadé ,  disait-il ,  (|ue  ce  serait 
»  la  jeter  dans  le  désespoir ,  et  la  réduire  aux 
»  partis  les  plus  extrêmes.  Je  l'ai  fort  assuré 
9  que  rintérét  du  roi  n'était  point  d'bumi- 
i>  lier  l'Angleterre,  mais  plutèt  d'eflEàcer  toutes 
»  les  anciennes  humiliations  ,  parce  que  sa 
9  majesté  est  convaincue  que  la  paix  ne  peut 
B  être  solide  tant  qu^il  en  existera  d'aucune 
»  part. 

3>  Si  M.  Oswaid  n'éta;it  chargé  d'aucime  pro* 
»  position  pour  nous,  il  en  avait  pour  lesAmé* 
j>ricains9  ^^  îl  m'en^  fait  une.  fort  étrange.  Il 
»  m'a  annoncé  que  l'ordre  avait  été  envoyé  aux 
V  généraux  anglais  sur  le  continent  de  l'Ame* 
»  rique,  de  se  renfermer  dans  les  posies  qu'ils 
»  occupent,  et  de  s'abstenir  dè'.oommettrè  au- 
9  cane  hostilité*  lim'ar  proposé  en  qiselque  ma-* 
y  nière ,  d'engager  les  Américains  à  se  renfermer 
9  dans  les  mémes'mesunes  vis-à*vis  des  Anglais. 
»  Cette  vue  était  ^i  ah&mrde^  que-  je.  n'ai  pas  eu 
«beëoiii'd'ùn  effort  d'imâginaèion  pour  le  désà* 
ybuser^u'jélle  put  être  admjse.  ie  Itii  ai  ditea 
»  présence  de  M.  Franklin,  qui  ne.  m'a  point 
»  désavoué,  qu«  l'armistice  comme  .ia( paix, de- 
«vaitiêtre  général,  etque  celùi^rlà  iie  pourrait 
»  avoir  lieu  qu'aiitant  que  les  fbndeméns  solides 


53a  VIP  PERIODE. 

I»  d'une  piÎK  fiei^aieot  poséa  par  des  préliminaires 
3>  gëiMH*alémeiit  consentis. 

V Telle  est.  Monsieur,  la  substance  de  ma 
3»  confërende  avec  H.  Oswald;  il. a  paru  satisfait 
)i  du  ton  de  franchise  et  d'honnêteté  que  j'y  ai 
3»  employé.  D'abord  il  a  pensé  à  dépécher  un 
N^ courrier  au  lord  Shelburnei  pour  lui  rendre 
»  compte  de  cet  entretien.  Jtl  ,est  revenu  ensuite 
y  à  croire ,  quMl  valait  mieux,  qu'il  se  rendit  en 
yi  personne  en  Angleterre  »  et  il  s'y  est  déter-r 
9  miné,  espérant^ m'a- t^-il  dit ,  qu'il  ne  tarderait 
»  pas  à  revenir. 

»  Je  lui  aî'ëipédiéun  passe-port,  et  pour  lui 
»iFeiidr6  son  voyage  nibins  pénible ,  je  lui  ai 
»  procuré  la;  facilité  de  passer  par  Calais. 

»Je  neidoilS' jKis  oublier' de  vous  marquer, 
»  Monsieur,  qu'eo  discèurantsu!^  les  différentes 
ji  manière»  d'entamer  lai.negooiatîon,  j'ai  rapr 
»  pelé ,  et  j'ai  insièté  sur  l'idée.^de  la  gmédiaMoo  } 
»*mais  il  m  a  paru  quelle.  vœU  .de  l'Ajiiglelefre 
»  n'est  pas  de  traiter  par^'oe^^anal  ^  etc.  »  : 
. .  Jf  .O&vrald  étant  revenu  d'JkngWtevre.ayeo  dea 
instructions-  plus  précîseà.^  -  se)  :  présenta  ;  dxezi 
M.  de  Yergennes,  qui  .rend. compte  ain^  4u 
comte  de  Montmoiin,  par  sa  dépêche  dn  /lA.de 
mai ,  des  nouvelles  ooniËérences.  ^ ,  <  ^ 

-.:  «  M.  Oswald  ,  de  retetur  d'Angleterre  ^  s'est 
»  rendu  chez  mol,  le 6  de  mai,  au  matin,  conduit 
»  par  M. Franklin.  Envoyé  paf'lord  Shelburne, 


LIVRE  VII.  555 

9  il  n'avait  point  de  commission  pour  moi  ^ 

a  parce  que  ce  secrétaire  d'état  n'ayant  dans  son 

»  département  que  F  Amérique  et  l'Irlande ,  c'est 

»  M.«Fo:k  qui  est  chargé  uniquement  des  affaires 

»  de  r£ur#pe  ;  mais  il  m^annonça  préliminaire- 

2>  ment ,  i^»  que  le  roi  d'Angleterre  était  disposé 

^ à  traiter  la  paix  générale;  a*,  qu'il  préférait 

i>  que  la  négociation  s'établit  à  Paris  ;  3*.  que  • 

n  Tindépendance  de  l'Amérique  ne  serait  plus 

y>ntï  obstacle  au  rétablissement  de  la  paix;  et 

»  4®.  enfin ,  que  je  ne  tarderais  pas  à  voir  arriver 

»  un  émissaire  envoyé  par  M.  Fox  (i) ,  qui  me 

»  confirmerait  tout  ce  qu'il  venait  de  m'exposer. 

7)  M.  Oswald  étant  sans  mission  à  mon  égard,  je 

9  le  remerciai  de  sa  communication,  et  nous  en 

»  restâmes  là. 

»  Le  8  au  soir,  je  reçus  un  billet  de  M.  Fran-    ArrîTée  da 
liklin  9  qui  me  marquait  que  Mi  Grenville^  «a* France. 
A  frère  du  lord  Temple,  était  arrivé,  qu'il  était 
»  envoyé  par  M.  Fox,  et  qu'il  l'avait  chargé  de 
»  me  témoigner  son  empressement  de  me  voir. 

»Je  répondis  honnêtement,  et  je  donnai 
»  beure  pour  le  lendemain,  à  dix  heures  et  demie 
»du  matin. 


(i)  Lord  North  ayant  quitte  le  ministère  en  nmrs  1782, 
ht  remplacé  par  lord  Shelburne  ,  et  M.  Fox  eut  le  porte- 
feuille des  affaires  étrangères.  Ce  fut  celui-ci  qui  désigna 
M.  Thomas  Grenville  pour  aller  négocier  à  Paris . 


l 


354  VIP  PÉRIODE. 

»  M.  Grenville  a  débuté  par  me  remettre  cleux 
»  lettres  :  l'une  de  M.  Fox,  et  l'autre  du  duc  de 
»  Richmond.  Il  m'a  parlé  ensuite  du  vœu  du  roi 
9  d'Angleterre  pour  une  prompte  réconciliation, 
»et  du  désir  de  sa  majesté  britannique,  pcfur 
»  que  la  négociation  s'établit  de  préférence  à 
»  Paris.,..  J'ai  exprimé  le  vœu  du  roi  pour  le 
D  rétablissement  d'une  paix  sure  et  durable ,  qui 
9  concilierait  la  justice  et  la  dignité  des  puis- 
7>  sances  belligérantes.  J'ai  ajouté  que  sa  majesté 
»  n'attachait  aucun  prix  à  ceque  la  négociation 
j»  s'établit  sous  ses  yeux;  que  tout  autre  endroit 
^  qui  conviendrait  au  roi  d'Angleterre ,  lui  serait 
»  égal ,  et  qu'elle  ,verrait  avec  plaisir  la  négocia- 
is tion  cheminer  par  la  voie  des  médiateurs. 
»M.  Grenville,  sans  s'expliquer  sur  ce  qui  les 
»  concerne,  a  reparti  que  Paris  était  le  lieu  le 
j>  plus  convenable  à  tous  égards ,  pour  traiter. 

»  Ce  premier  point  déterminé ,  j'ai  dit  que  ne 
3>  pouvant  pas  être  question  d'une  paix  partielle, 
»  il  était  impbrtàùt  de  savoir  si  l'intention  du 
y*  ministère  anglais,  était  de  faire  une  paix  gêné* 
vraie.  M.  Grenville  m'a  répondu  afiirmative- 
»  ment  que  oui ,  et  que  c'était  pour  cela  même 
»  que  les  ministres  anglais  désiraient  savoir  si 
»  l'on  pourrait  convenir  de  propositions  géné- 
»  raies ,  d'après  lesquelles  on  pourrait  espérer 
»  d'établir  une  négociation  avec  probabilité  de 
9  succès. 


LIVRE  VII.  555 

»  J'ai  observé  à  M.  Gren ville,  que  le  roi  ayant 
»des  allies  sans  lesquels  il  ne  peut,  ni  ne  veut 
»  traiter  ^  sa  majesté  ne  se  permettrait  ni  ouver- 
Ature,  ni  proposition,  parce  qu'elle  ne  con- 
3)  naissait  que  leur  vœu  pour  la  paix ,  et  non  les 
»  conditions  auxquelles  ils  pourraient  être  dis- 
»  posés  à  la  faire.  J'ai  insisté  sur  ce  que  l'Angle- 
»  terre  étant  seule  ^  et  n'ayant  à.prendre  conseil 
»qùe  de  sa  volonté  et  de  son  intérêt,  elle  était 
»  libre  dans  sa 'conduite  comme  dans  son  lan- 
»  gage,  et  qu'elle  pouvait  sans  inconvénient  ex« 
»  primer  ses  intentions  et  ses  vues. 

»  J'ai  demandé  en  conséquence .  à  M.Gren- 
»  ville,  s'il  était  autorisé  à.  s'aboucher  avec  M.  le 
»  comte  d'Aranda,  et  avec  l'ambassadeur  de  Hol- 
»  lande.  Sa  réponse  ayant  été ,  que  sa  mission 
»  m'était  directe ,  je  lui  ai  déclaré  qu'il  fallait 
»  qu'il  se  fit  autoriser  par  sa  cour,  à  entrer  en 
»  conférence  avec  ces  ministres.  Je  lui  ai  fait 
»  entendre  qu'il  devait  avoir  d'autant  moins  de 
»  regret  à  la  perte  de  temps  que  cela  occasion- 
»  nerait,que  moi-même  j'étais  dans  le  cas  d'écrire 
»  eii  Espagne  pour  faire  part  de  son  arrivée ,  du 
»  sujet  de  sa  mission,  et  savoir  les  intentions  du 
»roi  catholique,  sans  la  participation  duquel 
»  le  roi  ne  fera  pas  le  moindre  pas. 

>)  Soit  que  M.  Grenviile  ne  m'eût  pas  biei;i 
j»  compris ,  soit  que  quelqu'autre  motif  agit  sur 
»  lui  y  cette  déclaration  a  paru  lui  faire  peine* 


4 


336  VIP  PÉRIODE, 

»  Un  silence  de  tristesse  y  à  succède;  je  lui  en 
9  ai  demandé  la  cause.  Il  ne  m'a  pas  dissimulé 
]>que  ce  que  je  venais  de  lui  dire,  lui  fermait 
y>  la  bouche ,  parce  qu'il  en  inférait  que  je  n'étais 
»  pas  disposé  à  rien  entendre.  Je  lui  ai  répondu 
»  que  dans  ma  place ,  on  avait  sous^ent  la  bouche 
»  close  ;  mais  que  les  oreilles  étaient  toujours  au* 
»  smrtes  ;  ainsi  que  rien  ne  l'empêchait  de  me 
»  faire  telles  ouvertures  qu'il  lui  plairait,  et  que 
»  s'il  y  en  avait  qui  intéressassent  nos  alliés ,  je 
%  serais  Xrès  exact  à  leur  en  rendre  compte, 

»  Cette  explication  ayant  remis  M.  Grenville , 
3»  il  a  dit  que  l'indépendance  de  rAmérique  étant 
9  lobjet  direct  de  la  guerre  actuelle,  il  doit  être 
»  essentiellement  celui  de  la  négociation  ^  et  que 
s»  l'Angleterre  étant  déterminée  à  donner  toute 
»  satisfaction  à  cet  égard ,  il  n'y  avait  plus  lieu 
»  à  des  contestations ,  et  par  conséquent  à  la 
»  continuation  de  la  guerre. 

»  Je  n'ai  pais  laissé  passer,  comme  voiïs  pou- 
»vez  juger,  Monsieur,  cette  étrange  assertion  : 
»  la  déduction  des  faits  m'a  fourni  des  moyens 
»  victorieux,  pour  démontrer  que  l'indépen- 
1^  dance  de  l'Amérique  n'était  qu'une  cause  très 
ib  indirecte  de  la  guerre,  qu'elle  ne  l'aurait  même 
D  pas  provoquée ,  si  les  ministres  alors  en  place, 
»  n'avaient  pas  vu  avec  les  yeux  de  l'orgueil ,  la 
»  déclaration  qui  leur  fut  faite  de  notre  recon- 
»  naissance. 


LIVRE   VU.  357 

p  Je  lui  ai  observé  qu'en  admettant  même  son 
}> principe,  la  conse'quence  nécessaire  ne  serait 
»  pns  que  la  négociation  de  la  paix  devait  se  bor- 
»  ner  à  ce  seul  objet. 
»  Je  lui  ai  cité  le  traité  de  Paris,  et  les  sacrifices 
.  »  immenses  qu'il  nou»  a  coûté  dans  toutes  les 
»  parties  du  monde ,  quoique  la  contestation  ne 
)>  roulât  dans  le  principe  que  sur  quelques  ter-^ 
»  reins  sur  les  bords  de  l'Obio.  Vous  ne  pouvez  9 
»  ai-je  dit  à  M.  Grenville,  rejeter  cet  exemple  ; 
»  il  est  l'ouvrage  de  lord  Cbatam ,  votre  oncle. 
^    »  Il  serait  fastidieux,  Monsieur,  devons  rendre 
9  tout  ce  qui  ^'est  passé  dans  une  discussion  qui 
»  a  été  beaucoup  plus  longue  qu'intéressante , 
»  et  à  laquelle  je  ne  me  suis  même  prêté  que 
»  pour  n'avoir  pa^  l'air  d'éconduire  la  négocia-* 
»  tion  et  le,  négociateur.  Comme  il  fallait  finir , 
»j'ai  résumé  que  le  roi  ne  pouvait  entrer  en- 
I»  matière ,  que  de  concert  et  avec  l'aveu  de  ses 
ralliés;  que  sa  majesté  ne  traiterait  sérieuse-* 
9 ment  de  ses  intérêts,  qu'autant  que  ceux  de 
«ces  mêmes  alliés  pourraient  être  satisfaits,  et 
»  enfin  que  j'allais  écrire  à  JVJadrid  et  à  la  Haye , 
i)pour  engager  ces  puissances  à  autoriser  lenrs 
»  ambassadeurs  à  entrer  en  pourparlers  avec  lui. 
»M.  Çrenvillci  m'a  demandé  un  passe-port 
»  pour  expédier  un  courrier  à  sa  cour.  Je  fui  ai 
»  fait  remarquer  que  cette  expédition  était  au 
»  moins  prématurée,  puisque  n'ayant  pu  que 
vu.  *    aa 


S38,  VIV  PÉRIODE. 

]»  lui  exprio^ier^  mes  sentimens  personnels,  il 
»  n'était  pas  en  état  de  rien  articuler  sur  ceux 
»  du  roi.  Je  Tai  remis  au  lendemain,  et  lui  ai 
»  assigné  la^iùême  heure,  à  dessein  de  le  faire 
»  rencontrer  avec  ]N^.  le  comte  d'Aranda,  et  de 
«pouvoir  m'expliquer  ©n  présence  de  cet  am* 
»  bassadeur.  Cette  précaution  m'a  paru  néces- 
»  saire  pour  obvier  aux  équivoques  et  aux  dé- 
»  fia^nces  qui  peuvent  en  résulter. 

)> Notre  seconde  entrevue,  Monsieur,  a  eu 

»  lieu  hier.  M.  le  comte  d'Aranda  y  était  présent. 

»  J'ai   récapitulé  tout  ce  qui  s'était  passé  dans 

»  celle  de  la  veille.  M.  Grenville  n'a  rien  con- 

»  tredit;  mais  il^  ne  s'e&t  pas  avancé  une  ligne 

»  de  plus  qu'il  l'avait  fait.  Il  ne  démord  pas  de 

»  l'idée,  que  l'indépendance  de  l'Amérique  doit 

»  tenir  lieu  de  toute  satisfaction  pour  les  puis-^ 

-»  tances  belligérante».  La  faiblesse  de  ce  raison- 

>»  nement  lui  a  été  démontrée';  mais  comme  il 

»  a  ordre  apparemmeat  de  ne  pas  l'abandonner, 

»  il  nous  Ta  reproduit  sous  toutes  les  formes 

»  possibles.  JËnfin ,  il  est  arrivé  ce  qui  est  assez 

»  ordinaire  ;  c'est  qu'après^^avoi^  long- temps  dis- 

9  eu  té ,  chacun  est  resté  ferme  daus  son  opinion; 

»  C'est  précisément  dans  cette  situation  s  qu'a 

»  fini  une  conférence  qtii  a  duré  deux  bonnes 

»  heures,  M.  le  comte  d'Aranda  s'y  eat  exprimé 

»avec  beaucoup  de  sagesse,  de  réserve  et  de 

»  dignité.  Afûrmatif  sur  le  vœu  du  roi ,  son 


LIVRE  VIL  339 

»  maître,  pour  la  paix,  il  s'est  excusé  sur  son 
«défaut  d'instructions,  de  s'expliquer  sur  les 
»  conditions  auxquelles  sa  majesté  catholique 
«voudrait  y  concourir.  Le  seul  point  dont  on 
«est  convenu,  est  que  chacun  écrirait  respec- 
»  tivement  à  sa  cour,  pour  se  procurer  des  ins- 
»  tructions.7'ai  fort  invité  M,  Grenville,  à  faire  len 
»  sorte  qu'on  lui  en  envoie  qui  tendent  plus  direc;. 
»  tement  au  but  ^  quecelles  dont  il  parait  chargé. 

))Je  n'argumente  pas  contre  les  intentions 
«pacifiques  du  ministère  anglais ,  parce  que  les 
»  pouvoirs  de  cet  émissaire ,  sont  excessivement 
»  restreints.  Sa  mission  n'a  jusqu'à  présent  pour 
»  objet ,  que  d'entrer  dans  des  pourparlers , 
»  pour  sonder  sur  quelles  "bases  les  cours  alliées 
«seraient  disposées  à  entendre  au  rétablisse- 
»  inent  d'une  paix  générale.  Il  es^naturel  que 
»  la  cour  de  Londres  s'occupe  plus  à  nous  péqé- 
»  tref  qu'à  s'ouvrir  elle  -  même.  La  sagesse  du 
»  roi  catholique  et  de  son  Ininistère ,  décidera 
«jusqu'à  quel  point  il  convient  dé  s'avancer.  Je 
»  crois  que  ce  n'est  pas  ici  une  affaire  qu'on 
«doive  traiter  en  marchands  ;  et  que  si  on  est 
«disposé  à  entrer  en  négociaXion,  il  faut  l'enta- 
»  mer  avec  franchise ,  noblesse  et  fermeté. 

»  M.  Grenville  est  très  propre  à  recommander 
»  la  mission  dont  il  est  chargé;  c'est  un  jeûne 
»  homtne  de  trente  ans  ai^  plus,  qui  annonce 
»  beaucoup  d'esprit  et  de  sagesse,  d'honnêteté 


54o  VIP  PÉRIODE. 

»  et  de  modestie.  Il  appartient  à  une  famille 
»  considérable ,.  qui  est  liée  d'intérêt  avec  le 
»  ministère  actuel,  et  il  n'est  guère  vraiseiii-' 
»  blable  que  celui-ci  lui  eut  destiné  un  rôle  aussi 
»plat  et  aussi  peu  analogue  à  sa  naissance  et  à 
»3on  état,  que  celui  de  venir  nous  ennuyer  et 
»  nous  tromper.  D'ailleurs,  l'intérêt  du  minis- 
ï)  tère  actuel  est  très  certainement  de  faire  là 
»paix,  s'il  peut  l'obtenir  à  des  conditions  rai- 
»  sonnables  (i).  » 

Le  comte  de  Vergennes  remit,  le  21  d'octobre, 
(17852),  à  M.  Grenville,  la  note  suivante  : 

«  Le  roi  désire  trop  sincèrement  le  prompt 
»  rétablissement  de  la  paix,  pour  n'ayoir  pas 
=5)  appris  avec  la  plus  vive  satisfaction  : 

I®.  »  Que  le  roi  d'Angleterre  est  disposé  à  trai- 
»  ter  en,  même  temps,  avec  toutes  les  puissances 
»  impliquéesiians  la  guerre  ; 

2**.  »  Que  sa  majesté  britannique  propose  de 
»  reconnaître  et  de  déclarer  directement  Tindé- 
»  pendance  de  l'Amérique  septentrionale ,  et 
»  que  cet  objet  ne  sera  plus  regardé  comme  une 
»  clause  conditionnelle  de  la  future  pacification 

— — ^—B 1.1— «IM»— — — i— — *— *— ^»~-»— — —1— ■     III      ■■!■  Il       ■        — — 1^1.— ^1» 

(1)  Ces  détails  seront  peut-être  froids  pour  les  esprits 
ardens ,  qui  s*élancent  tout  de  suite  yers'  le  but ,  ou  qui  ne 
veulent  voir  Thistoire  que  dans  ses  résultats  ;  mais  ils  seront 
goûtés  par  le  diplomate  appliqué ,  parce  qu'il  y  découTrira 
la  marche  des  négociations  ,  et  la  méthode  d'un  ministre 
aussi  consommé  quç  l'était  le  comte  de  Y^gennes. 


LIVRE  VII.  541 

»  générale.  Sa  majesté ,  persuadée  que  le  roi 
»  d'Angleterre  veut  sincèrement  le  rétablisse- 
»  ment  d'une  paix  sûre  et  durable ,  et  écarte^ 
»  tout  ce  qui  pourrait  donner  lieu  à  de  nou- 
»  velles  dissensions  entre  les  deux  nations,  ne 
»  doute  pas  que  son  intention  ne  soit  qu'on 
«éteigne,  et  qu'on  prévienne  respectivement 
»  toute  stipulation^  qui  portant  un  caractère  de 
»géne  et  d'humiliation,  ne  serait  propre  qu'à 
»  ranioiçr  et  perpétuer  entre  les  deux  nations 
»  les  haines  qu'il  est  question  d'assoupir. 

»  Dans  cette  confiance,  le  roi,  pour  corre^- 
»  pondre  aux  dispositions  de  sa  majesté  britan- 
»  nique,  et  pour  manifester  de  son  côté,  sou 
»  envie  de  faciliter  tout  ce  qui  pourra  accélérer 
l'ouvrage  sàlntaire  et  si  désirable  de  la  paix , 
consent,, pour  ce  qui  concerne  sa  majesté,  à 
adopter,  comme  le  roi  d'Angleterre  le  pro- 
pose, le  traité  de  Paris,  pour  base  de  la  négo- 
ciation qu'il  s'agit  d'entamer  ;  mais  cette  ac- 
ceptation ne  pourra  en  aucune  manière  ,  être 
regardée  comme  une  confirmation,  un  aveu 
et  un  renouvellement  de  toutes  les  stipulations 
renfermées  dans  le  susdit  traité.  Sa  majesté  se . 
réserve  expressément  de  demander  au  roi  d'An- 
gleterre, pour  ce  c|ui  la  concerne,  différentes 
exceptions  et  changemens;  entr'autres  : 
ï".  »  De  nouveaux  arrangemens  concernant 
»  les  Indes-Orientales; 


342  vu»  PÉRIODE. 

2°.  »  De  nouvelles  stipulatious  relalivement  à 

« 

j>  l'Afrique; 

3®.  »  Un  règlement  équitable  et  mutuellement 
»  utile  par  rapport  à  la  pêche  de  Terre-Neuve; 
4®.  »  Un  arrangement  de  commerce  à  la  con- 
>)  venance  des  deux  nations  en  Europe. 

»  Le  roi  ne  s'explique  pas  encore  sur  la  ma- 
»  tière  des  restitutions  et  com'pensatiobs ,  parce 
»  .qu'elle  ne  peut  être  traitée  que  lorsque  la  në- 
»  gociation  sera  établie;  mais  le  roi  d'Angleterre 
»  peut  être  assuré  que  sa  majesté  se  dirigera  à 
»  cet  égard  et  à  .tous  .autres ,  par  les  principes 
»  de  justice  et  de  modération  qui  font  la  base 
»  essentielïfe  de  sa  politique. 

»  Si  ces  ouvertures,  comme  le  roi  Tespère, 

»  entrent  dans  les  vues  du  roi  d'Angleterre»  et  si 

»  ce  prince  les  agrée,  sa  majesté  ne  refusera  pas 

»  de  s'expliquer  ultérieurement  avec  autant  de 

2)  franchise  que  de  précision,  sur  les  différens 

»  points  renfermés  dans  sa  contre-proposition. 

»  Au  reste,  le  roi  d'Angleterre  étant  déter- 

»  miné  à  traiter  avec  toutes  les  puissances  qui 

»  étaient  impliquées  dans  la  guerref  le  roi  s'at- 

»  tend  que  sa  majesté  britannique  leur  fera 

»  sans  délai  les  mêmes  ouvertures  qu'elle  ju- 

»  géra  propres  à  acheminer  la  négociation  pour 

»  ce  qui  les  regarde  :  cependant,  sa  majesté  ne 

»  voulant  laisser  aucun  doute  sur  sa  façon  àe 

»  penser,  déclare  de  nouveau  et  par  surabon- 


LIVRE  VII.  545 

»  dance,  qu^elle  est  dana  la  ferme  résolution  de 
»  ne  traiter  et  de  ne  terminer  qu'autant  que  les 
v  intérêts  de^es,  alliés  et  amis,  seront  discutés 
»  et  réglés  en  même  temps,  soit  conjointement, 
»  soit  séparément,  selon  ce  qui  conviendra  le 
»  mieux  ^  tant  à  sa  majesté  britannique  qu'aux- 
»  dites  puissances  amies  et  alliées  de  la  France.  » 

M.  Thomas  Grenville  ayant  communiqué 
cette  note  à  sa  cour,  en  rççut  incontinent  des 
})pUYoirs  plus  étendus,  avec  qualité  de  minis- 
tre plénipotentiaire,  et  on  entra  en  matière. 

A  peine  quelques  points  avaient  été  ébauchés 
entre  M.  Grenville  et  le  comte  de  Vergennes , 
que  Ton  apprit  le  funeste  combat  de  la  Don>ini- 
que,  du  12  d'avril  1782.  On  connaît  l'effet  que 
des  événemens  de  celte  importance  produisent 
ordinairement  sur  les  négociations. 

M.  de  Vergennes ,  pour  prévenir  toute  tergi- 
versation, demanda  franchement  au  plénipo- 
tentiaire anglais  ;  si  les  articles  convenus  demeu- 
reraient intacts,  ou  si  le  ministère  britannique 
prétendait  les  modifier.  M,  Grenville  désira  sur 
oe  point  des  instructions  de  sa  cour,  et  la  ré- 
ponse de  celle-ci  fut  que  le  combat  de  la  Domi- 
nique ne  changerait  point  les  basesde  la  paix.  Il 
esl  permis  de  penser  que  la  fermeté  de  la  cour 
de  Versailles,  non  moins  que  l'énergie  et  le  zèle 
que  développèrent  en  cette  occasion  tous  les 
ordres  de  l'état,  eufent  quelque  influence  sur  • 


344  VIP  PÉRIODE. 

la  mbdëration  du.  cabinet  britannique.  La  cods- 
traction  d'un,  grand  nombre  de  vaisseaux  fut 
ordonnée  par  le  roi ,  et  les  six  perdus  devaient 
être  remplaces  par  seize,  dont  le  patriotisme 
faisait  les  frais.  Dç  plus,  on  préparait  à  Cadix 
un  armement  sous  lés  ordres  du  comte  d'Es- 
taing ,  lequel  devait  transporter  en  Amérique 
20,000  hommes  de  débarqueiofient ,  sans  compter 
la  petite  armée  du  comte  de  Rochambeau^  que 
le  marquis  de  Vau^euil  avait  eu  ordre  de  con- 
duire aux  Antilles. 

M.  Fox  étant  sorti  du  ministère,  et  ayan^lélé 
remplacé  par  lord  Grantham ,  M.  Grenville  fut 
rappelé.  Lord  Shelburue  resté  maître  des  af- 
faires, ne  changea  ni  les  principes,  ni  la  marche 
de  la  négociation  ;  et  il  envoya  à  Paris ,  M.  Fitz- 
Herbert ,  depuis  Iprd  Saint-Heleûs. 
Misûon  se-     Vers  la  fin  du  mois  d'août  1 7 82 ,  arriva  à  Ver- 

CTctedeM.de       .11  t  i     ^  .    ,      .  . 

maynevai  en  saïUcs,  Ic  comtc  de  Grassc ,  qui  était  prisonnier 
Ai^Uterre.  ^^  Angleterre ,  depuis  le  combat  de  la  Domini- 
que. .  .  ,  , 
11  pii-ésenta  au  ministre  des  affaires  étrangè- 
res une  note ,  qu'il  prétendait  contenir  des  con- 
ditions de  paix  que  lui  aurait  confiées  le  premier 
ministre  d'Angleterre,  lord  Shelburne.  On  f"t 
étonné  des  propositions,  et  surtout  du  canal 
par  lequel  on  les  faisait  passer.  Après  de  mûres 
ïiéflexions,  on  jugea  devoir  en  vérifier  l'authen- 
ticité, en  envoyant  en  Angleterre^  M.  Gérard 


/    . 


LIVRE  VIL  345 

de  Rayneval,  l'un  des  premiers  coïkiinis  des  af- 
faire3  étraDgères. 

Il  devait  en  même  temps  s'assurer  des  vraies 
intentions  du  cabinet  britannique,  et  transmet- 
tre directement  celles  du  roi,  que  sa  position  et 
la  confiance  de  M.  de  Vergennes,  le  mettaient 
à  même  de  connaître. 

M.  de  Bayneval  arrive  à  Londres,  sous  un  nom 
supposé,  remit  à  lord  Sheiburne,  une  lettre  du 
comte  de  Vergennes ,  et  lui  lut  la  note  de  M.  de 
Grasse,  pour  en  avoir  l'aveu  ou  le  désaveu.  Lord 
Shelburne  marqua  un  grand  étonnement  de 
cette  note ,  et  la  désavoua  sans  hésiter,  en  obser- 
vant qu'ayant  pris  intérêt  à  la  position  deTVI,  de 
Grasse,  il  l'avait  accueilli^  et  avait  même  causé 
politique  avec  lui,  mais  n'avait  pas  été  au-delà. 

M.  de  Rayneval  exprima  alors  à  lord  Shel- 
l)urne,  qu'il  serait  flatté^  si  sa  mission  ne  se 
bornant  pas  à  cette  courte  explication ,  il  pou- 
vait contribuer  à  l'accélération  de  la  paix  ;  ce 
qui  amena  de  la  part  du  ministre  anglais  des 
ouvertures  plus  étendues. 

Outre  la  paix  entre  l'Angleterre  et  les  Etats- 
Unis  ,  la  satisfaction  du  roi  d'Espagne  eWa 
manière  de  l'assurer  présentaient  de^^Éif^cul-^ 
tfs,  qui ,  sans  être  aussi  sérieuses ,  n'étaient 
guère  plus  aisées  à  lever  ou  à  concilier.  Les 
Ministres  anglais  voulaient  bien  consentir  à 
céder  Gibraltar  à'  l'Espagne;  mais  y  mettaient 


\-î 


,  .Joje 


,50.- 


„it 


looi"' 


LIVRE  VIL  349 

et  orageuse,  et  tout  annonçait  la  rupture  des 
négociations;  car^  d'un  côté,  le  cabinet  britan- 
nique sentait  que  le  sacrifice  de  Gibraltar  bles<- 
sant  l'orgueil  national^  il  s'exposait  à  la  plus 
sévère  responsabilité;  et  d'un  autre  côté  ,1a  cour 
de  Versailles  avait  du  regret  d'avoir  compris  la 
Martinique  dans  les  équivaleos,  parce  qu'elle 
craignait  les  reprpches  du  public.  Ainsi,  de.  part 
et  d'autre ,  on  désirait  vivement  revenir  sur  ses 
pas.  M.  de  Rayneval  avait  le  secret  des  deux 
partis  ;Tnais  le  ministère  anglais  ignorait   la 
pensée  de  celui  de  Versailles.  Aux  instances  les 
plus  pressantes  de  lord  Shelburne ,  pour  qu'il 
renonçât  à  la  cession  de  Gibraltar ,  M.  de  Ray- 
•nevâl  ne  répondait  autre  cho$e,  sinon  que  la 
résolution  du  roi  d'Espagne  était  péremptoire, 
et  que  certainement  il  ne  s'en  départirait  pas. 
Enfin,  il  ponsentit  à  envoyer  un  courrier  à  sa 
cour,  pourvu  qu'on  offrît  au  roi  d'Espagne  un 
équivalent  suffisant  pour  l'engager  à  se  désister. 
Le  ministère  anglais  proposa  d'abord  une  des 
Flori4es;  elle  fut  réfusée  :  il  offrit  les  deux  FIo- 
rides  comme  ultimatum. 

M.  de  Rayneval  fit  piarvenirN  cette  proposi- 
tion à  sa  cour;  c'était  à  l'ambassadeui*  d'Espa- 
gne,  comte  d'Aranda,  à  prononcer.  Celui-ci., 
ayant  été  invité  à  se  rendre  chez  M.*  de  Ver-f 
gennes,  le  ministre  lui^fit  part  de  V ultimatum 
de  l'Angleterre*  M.  d'Aranda  réfléchissant  pen* 


âi^e  VIP  PÉRIODE. 

un  prix  »i  exorbitant,  qu'il  était  presqu'impos- 
sible  d y  atteindre,  à  moins  de  bouleverser  en 
quelque  sorte ,  le  système  des  possessions  fran- 
çaises dans  les  Antilles.  ^ 

L'embarras  de  la  cour  de  Versailles  était  d'au- 
tant plus  grand,  et  la  manière  d'^n  sortir  d'au- 
tant plus  délicate,  que  l'Espagne  avait  fait  à  la 
France  une  offre  insidieuse^  en  lui  témoignant 
qu'elle  voulait  Gibraltar;  qu'elle  se  reposait  en- 
tièrement sur  elle  du  soin  de  lui  procurer  cette 
satisfaction ,  et  qu'elle  lui  r^^mettrait ,  pour  prix 
de  ses  services  et  de  ses  sacrifices,  ce  qu'elle 
possédait  à  Saint-Domingue.  C'était  dire  à  la 
France  d'une  manière  détournée  :  «  Ma  portion 
.  »  de  Saint-Domingue  est  la  compensation  de 
»  Gibraltar  ;  prenez-la ,  ou  j'en  disposerai  en 
»  faveur  des  Anglais.  » 

Lacour  de  Versailles  sentit  combien  sa  posi- 
tion était  difficile,  et  combien  il  lui  était  im- 
portant de  ne  pas  se  donner  les  Anglais  pour 
voisins  à  Saint-Domingue. 

M.  de  Rayneval  se  trouva  dès-lors  chargé  ^de 
deux  objets  très  graves  à  suivre  et  à  terminer: 
Lil premier  de  savoir,  si  le  roi  d'Angleterre 
pouv£^l^t  voulait  céder  Gibraltar;  et  le  second, 
à  quelles  conditions?  La  première  question, 
après  avoir  été  Ipng-temps  débattue  dans  le  ca- 
binet britannique,  avait  passé  à  l'affirmative; 
mais  le  prix  de  l'échange  était  i°.  la* restitution 


LIVRE  VII.  347 

de  toutes  les  conquêtes  espagnoles,  Minorque, 
la  Floride  occidentale  et  les  lies  de  Bahama  ; 
2".  la  cession  de  Porlo-Ricco,  ou  bien  la  resti- 
tution de  la  Dominique  et  la  cession  de  la  Gua* 
deloupe. 

Le  roi  aurait  consenti  au  sacrifice  de  cette 
dernière  ile,  comme  à  la  restitution  de  l'autre, 
pour  assurer  la  paix  et  acquérir  la  partie  espa- 
gnole de  Saint-Domingue,  et  la  France  aurait 
fait  une  bonne  opération  ;  mais  TEspagne  ne 
Toulant  pas  se  dessaisir  de  la  Floride,  T Angle* 
terr^prétenditune  augmentation  d  équivalent, 
qu'ir  devenait  très  dangereux  de  tui  accorder. 

Les  choses  réduites  à  un  terrne  qui  laissait 
plus  de  probabilité  pour  là  rupture  que  pour 
la  continuation  de  la  négociation,  une  lettre  du 
ministère  espagnol,  communiquée  par  le  comte 
d'Aranda,  plus  tard  qu'il  n'aur.iit  dû,  fournit 
au. cabinet  français,  un  jour  favorable  jK>ur  la 
reprendre  sur  un  pied  absolument  différent. 

Il  ne  fut  plus  question  de  retirer  Gibraltar 
des  mains  des  Anglais.  Le  roi  d'Espagne  sVn  dé- 
sista, et  le  ministère  britannique  lui  abandonna 
Minorque  et  les  deux  Florides. 

Il  pe  restait  plus  qu'à  fixer  ï**.  la  manière 
dont  la  coupe  du  bois  de  Campéche  se  ferait  dé? 
sormais;  et  2^.  à  régler  ce  qui  avait  rapport  au 
commerce  en  Europe,  TEspagne  voulant  se  ré- 
dimer  des  gênes  et  des  préjudices  réâultans>des 


548  Vil"  PERIODE. 

traites  de  commerce  fails  dans  le  siècle  précé- 
dent. 

Pour  s'accorder  sur  ces  deux  objets,  le  comte 
d'Araodà  fit  passer  son  secrétaire  d'ambassade 
à  Londres,  pour  agir  de  concert  avec  M.  de 
Bayneval.  Le  comte  de  Vergennes  écrivait  à 
-  cette  occasion  au  ministre  de  Franeç  à  Vienne  : 
■  a  On  devrait  se  flatter  que  l'importance  de  ces 
»  deux  points  n'étant  pas  i;Dajeure,  le  retour  de 
»  la  paix  devrait  n'être  pas  éloigné.  Cependant, 
v  connaissant  l'esprit  diffîcultueux  de  M.  le 
»  comte  d'Âranda,  je  ne  suis  pas  sans  crainte 
»  que  ces  détails  ne  nous  entravent  plus  long- 
»  temps  qu'ils  ne  le  méritent ,  et  cet  ambassa- 
»  deur  très  coulant  dans  les  grandes  affaires, 
:i>  l'est,  on  né  peut  moins,  dans  les  petites;  il 
V  est  jaloux  des  formes,  et  les  siennes  ne  sont 
X»  pas  toujours  les  meilleures.  » 

Dans  la  négociation  secondaire  entamée  à 
Londres,  et  dont  M.  de  Vergennes  ne  présente 
les  faits  qu'en  masse,  parce  qu'il  était  beaucoup 
plus  occupé  de  la  négociation  priocipale  qu'il 
suivait  à  Paris;  dans  cette  négociation  secon- 
daire qui  donna  pourtant  Heu  à  des  conférences 
intéressantes,  M.  de  Rayneval  offrit  à  l'Angle-  : 
terre,  de  la  part  de  la  France,  la  Martinique 
et  Tabago,  ou  la  Guadeloupe,  avec  la  restitu- 
tion de  la  DoLniijiqut;  en  ecliiirige  de  Gibraltar. 
La  discussion  sue  ces  équivalens,  fut  longue 


LIVRE  VII.  349 

et  orageuse,  et  tout  annonçait  la  rupture  des 
négociations;  car^  d'un  côté,  le  cabinet  britan- 
nique sentait  que  le  sacrifice  de  Gibraltar  bles« 
sant  l'orgueil  national,  il  s'exposait  à  la  plus 
sévère  responsabilité;  et  d'un  autre  côté  ,1a  cour 
de  Versailles  avait  du  regret  d'avoir  compris  la 
Martinique  dans  les  équivalens,  parce  qu'elle 
craignait  les  reprpches  du  public.  Ainsi,  de.  part 
et  d'autre ,  on  désirait  vivement  revenir  sur  ses 
pas.  M.  de  Rayneval  avait  le  secret  des  deux 
partis;  în^is  le  ministère  anglais  ignorait  la 
pensée  de  celui  de  Versailles.  Aux  instances  les 
plus  pressantes  de  lord  Shelburne ,  pour  qu'il 
renonçât  à  la  cession  de  Gibraltar ,  M.  de  Ray- 
*nevâl  ne  répondait  autre  chose,  sinon  que  la 
résolution  du  roi  d'Espagne  était  péremptoire, 
et  que  certainement  il  ne  s'en  départirait  pas. 
Enfin,  il  consentit  à  envoyer  un  courrier  à  sa 
cour,  pourvu  qu'on  offrît  au  roi  d'Espagne  un 
équivalent  suffisant  pour  l'engager  à  se  désister. 
Le  ministère  anglais  proposa  d'abord  une  des 
Flori4es  ;  elle  fut  réfusée  :  il  offrit  les  deux  Flo- 
rides  comme  ultimatum. 

M.  de  Rayneval  fit  piarvenir  cette  proposi- 
tion à  sa  cour;  c'était  à  l'ambassadeui*  d'Espa- 
gne ,  comte  d'Aranda ,  à  prononcer.  Celui-ci 
ayant  été  invité  à  se  rendre  chez  M.' de  Ver- 
gennes,  le  ministre  lui^  fit  part  deVultimcUwn 
de  l'Angleterre.  M.  d'Aranda  réfléchissant  pen- 


.    35o  VIP  PÉUIODE.     ^  ^ 

dant  une  demi-heure,  les  coudes  appuye's  sur 
la  chemioie ,  rompit  ce  .silence  ,  en  disant  :  «  // 
%  )d  est  des  momens  ou  il  faut  savoir  offrir  sa  tête  à 
ji  sa  patrie,  J* accepte  les  deux  Florides  à  la  place 
»  de  Gibraltar  y  quoique  ce  soit  contraire  a  mes 
»  instructions  ;  et  Je  sigjie  la  paix  (i).  » 

M.  de  Vergennes  monta  incontinent  chez  le 
roi,  pour  lui  apprendre  celte  noble  résolution» 

Cette  grande  difficulté  levée,  il  en  survint 
d'autres  plus  graves  encore,  non  par  leur  im- 
portance réelle  ,  mais  à  cause  de  la  chaleur 
qii^on  y  portait,  et  qui  tendaient  à  rompre  les 
^  négociations ,  en  vue  de  prolonger  la  guerre 

afin  de  perdre  le  comte  de  Vergennes.  Il  s'agis- 
sait principalement  de  l'île  de  la  Dortiinique 
,  conquise  par  les  armées  françaises.  Le  minis- 
tère anglais  avait  renoncé  d'abord  à  c^ette  île;- 
mais  les  clameurs  de  la  marine  anglaise  et  celles 
de  tout  le  conseil  de  Georges  m,  effrayèrent  son 
premier  ministre ,  lord  Shélburne  ;  et  selon  lui, 
il  ne  lui  restait  plus  qu'à  se  démettre  de  sa 
place ,  et  abandonner   à  d'autres   le  soin  de 

faire  la  paix. 

**-        •  «  •  ■         ^ 

'  (i)  Le  comte  d'Aranda  quitta  Tambassade  de  France  au 
mois  de  septembre  1787,  et  fut  remplacé  par' le  ibmte  de 
Féïnan-Nunès.  M;  d'Aranda  devint  quelques  années  après , 
principal  ministre  d'Espagne  ;  mais  il  ne  cotiserva  pa»  dans 
ce  poste  la  haute  r<^'putation  qu'il' avait  .acquise  eu  France»  Il 
mourut  dans  la  disgrâce  eu  1 79  .  ' 


••* 


LIVRE  VI î.  35i 

On  délibéra  donc  de  nouveau  dans  le  con- 
seil de  Versailles ,  au  sujet  de  la  restitution  dp 
la  Dominique.  Les  ennemis  du  comte  de  Ver- 
gennes  qui  voulaient  la  guerre ,  entraînèrent 
Louis  XVI  ;  et"  ce  monarque  fit  expédier  à  M.  de 
Kayneval  des  instructions  spëqples ,  en  vertu 
desquelles  il  était  tenu  de  notifier  par  écr;t, 
le  refus  du  roi,  de  restituer  la  Dominique. 

Cette  annonce  faite  à  Itord  Shelburne ,  pro- 
duisît une  des  scènes  les  plus  orageuses.  Ce  mi- 
nistre prit  la  note  de  M.  de  Ray neval ,  en  sa  pré- 
sence; et  la  roulant  dans  ses  mains,  il  la  jeta 
au  feu,  dans  une  espèce  de  transport  frénéti- 
que. Il  insista  ensuite  avec  violence  sur  la  res- 
titution de  la  Dominique,  offrant  pour  équiva- 
lent l'île  de  Tabago  ou  des  terreins  dans  llode. 

M.  de  Ray  neval,  sans  rien  accepter,  rendit 
compte  de  sa  -négocîat^ion  à  M.  de  Vergennes, 
dans  une  dépêche  officielle  assez  resserrée;'  mais 
en  réserva/Ut  tous  les  détails  pour  une  lettre 
particulière  qui ,  communiquée  à  L'ouis  xvr, 
le  convainquit  qu'on  l'avait  égaré ,  et  qu'en  per- 
sistant à  vouloir  retenir  la  Dominique,  il  de- 
vait renoncer  à  la  paix.  Ce  monarque  revint 
donc  au  parti  qu'il  avait  pris  ;  mais  M»  de  Ver- 
gennes lui  observa  que  les  instructions  envoyées 
à  M.  de  Rayneval  ayaYit  été  arrêtées  au  conseil 
contre  son  avis,  c'était  en  conseil  qu'elles  devaient 
être  révoquées.  Le  roi  qui  voulait  que  Mi  de  Ver- 


V 


v'» 


55a  ,        VIP  PÉRIODE. 

genaes  écrivît  à  rinstan  t  à  M.de.Ray  ne  val,  ne  céda 
qu'avec  répugnance  ;  et  immëdiatement  après 
la  lecture  faite  au  conseil  de  la  dépêche  offi- 
cielle de  ce  négociateur,  il  ordonqa  à  M.  de 
Vergennes  d'accepter  l'île  de  Tahago ,  au  lieu 
de  la  .Dominiqa^> 

Tput  ceci  s^passaît  au  moment  de  Touver- 
tùre  du  paiement  d'Angleterre;  et  lord  Shel- 
burne,  incertain  s'il'parlerait  de  la  paix  comme 
prochaine,  ou  s'il  porterait  la  nation  à  conti* 
nuer  la  guerre,  pressa  M.  de  Rayneval  de  s'ex- 
pliquer. Celui-ci  n'ayant  pas  encore  reçu  la  dé- 
cision de  sa  cour,  au  ^ujet  de  l'acceptation  de 
Tabago  pour  la  Dominique ,  se  borna  à  attester 
les  intentions  pacifiques  du  roi  ;  mais  frappé  de 
la  position  vague  et  chancelante  des  affaires, 
il  prit,  sans  hésiter,  le  parti  de  se  rendre  hii- 
méme  à  Versailles,  pour  la  bien  faire  connaître. 

A  son  arrivée  inattendue,  M.  de  Vergçnnes 
lui  dit  qu'il  venait  de  faire  partir  un  courrier 
avec  les  dernières  instructions  dont  nous  avons 
parlé.  On  .envoya  après  le  courrier,  qui  fut 
atteint  ;  efà  une  seconde  lecture  des  dépêches 
qui  lui  avaient  été  remises ,  on  sentit  qu'elles 
n'étaient  point  conformes  au  véritable  état  des 
choses ;,  et  on  n'hésita  pas  à  les  supprimer. 

Dansuneaudience^edeuxheuresqueLpuisxvi 
accorda  à  M,  de  Rayneval,  toutes  les  difficultés 
furent  aplanies.  Le  roi  ne  voulut  point  de  petits 


\ 


LIVRE  VIL  565 

domaines  dans  Tlnde,  parce  qu'ils  ne  conve- 
naient point  k  sa  dignité  ni  à  ses  intérêts,  et  il 
se  réduisit,  en  définitif^  à  n'exiger  que  Tile  de 
Tabago. 

De  retour  à  Londres,  M.  de  Rayneval  in- 
forma le  ministère  britannique  des  intentions 
de  Louis  xvi,  et  le  discours  du  roi  d'Angleterre 
au  parlement,  annonça  l'espoir  d'une  paix  pro- 
chaine. 

Tout  paraissait  terminé,  lorsqu'il  survint  un 
nouvel  orage.  Un  courrier  apporta  à  lord  Shel- 
burne  des  dépêches  de  M.  O^wald ,  lui  annon- 
çant que  les  A^méricains  avaient  signé  leur  paix 
séparée  avec  l'Angleterre ,  le  5o  de  novembre 
(1782),  et  à  l'insu  du  ministère  français. 

A  cette  nouvelle ,  une  extrême  agitation  s'était 
emparée  du  conseil  du  roi  d'Angleterre  ;  et  l'avis 
de  la  grande  majorité  des  ministres  avait  été  de 
rompre  les||^gociations  avec  la  France,  dé  faire 
alliance  avec  les  Etats-Unis,  et  de  continuer 
la  guerre.  Lord  Shelburne  et  lord  Granthara , 
secrétaire  d'état  poue  les  affaires  étrangères, 
furent  seuls  d'un  avis  opposé,  et  ils  l'empor- 
tèrent par  leur  fermeté. 

Enfin ,  les  préliminaires  de  paix  furent  si- 
gnés à  Paris,  le  10  de  janvier  1783,  par  le  comte 
de  Yergennes ,  pour  la  France ,  et  par  le  sieur 
AUeyne-Fitz-Herbert,  pour  la  Grande-Bretagne. 
Le  même  jour,  le  traité  préliminaire  de  paix 

VII.  ^5 


y 


354  -  VIF  PERIODE. 

fut  eg^leypeat  signé  eulre  l*£spagne  et  laGrande- 

Bretagne , 

Toutes  choses  ayant  été  remises  par  les  pré- 
liminaires  sur  le  pied  de  paix,  on  ne  se  hâta  pas 
<l'ouyrir  les  négociations  pour  les  traités  défini- 
tifs. D'ailleurs,  avant  de  les  reprendre,  le  mi* 
pistère  anglais  voulait  connaître  l'issue  des  dé- 
bats parleoientaires  sur  la  communication  des 
préliminaires.  Ils  furent  vivement  attaqués;  lord 
Slielburne ,  •  premier  lord  de  la  trésorerie  ,  et 
les  autres  ministres  censurés  fu|*ent  obligés  de^ 
se  retirer.  M,  Fox  rentra  dans  la  place  de  mi^ 
niç^tre  d.es  affaires  étrangères  »  et  ce  pâ  fut  qu'at 
près  que  Les  choses  eurent  pris  une  assiette,  que 
le  duc  de  Manchester  arriva  à  Paris ,  eq  qitialité 
d'ambassadeur,  et  que  I^uis  xvi  envoya  à  Lon- 
dres ^  sous  le  même  titre,  le  comte  d'Adhémar* 

M.  Fox,  censeur  des  préliminaires^ suscitait, 
autant  que  cela  dépendait  de  lui ,  <fcg^  difficultés 
sur  tous  les  articles*  D'un  autre  côté,  les  intérêts 
de  TEspagne  fournirent  inaiière  à  de  sérieuses 
discussions,  surtout  à  Tjjg^rd  de  la  coupe  des 
bois  de  Cain pèche,  et  des  établisse me^s  plan- 
,  destins  élevés  par  les  AngUis,  le  long  4^  Ic^  baie 
d'HQuduras  et  le  Juc^ta^^;  établissiçineqs  qu'ils 
entendaient  conserver^  au  mépris  4^s  4rOLtse^ 
des  intérêts  de  TEspagne.  Les  aff^ir^s  ^^t^^sifloi- 
lande  ^p.ortèreqt  encore  des  délais  à.  la:  paix  y 
et  cp&  4^x^^&  incidens,  en  prolongeant  l^ft  né* 


LIVRE  VII.  355     • 

dS°f'  ^"T  •  '""'  •ï'^  la«gnatureda  traité 
definat  f  „  eu   Uen qyele  3 <ie  septemJt^e  ,783. 
L  article  i*^  est  de  stj|e.  :  . 

de  164»,  de  M,n,<.gtte ,  4e  1.678  et  de  1670;  ae'r~*"'^ 

Bade,  de  I7.{*;<J^  lajriple  ,lli,„ce  dé  la  nive       • 
de  1717  ;  de  la  quadruple  alliaooe.dc*a.h^; 
de  1718;  de  V.enne,:4,ï.,,.^3;i';  d'liit;ia^a. 
peUe,  ,de^748^  et  dq.-faf*,,  de  1765,  «rvent 

traite     <^fl^,A9UiS.  If&jH^ms.^ux^aefe  îil^Wert 

Tou^^^ipr^pr^nier^  U\^  d«  part  ,et;d'«it|.e 
Urt.  i^j).,;t?ot  pvf.f4tfr9  ,(îtte  par  mer,  et  les 

jusquà  ce  jour,  seront  restitués  sans  rançon,, 
^"*  '?^.f^^»«Çf».»«-l»l««=tard,  â  compter,  du 
J«"^  9^  AMaoge  ^.  i^  ,*iiii6éation  :  du Ipresént 
tra.te;  chaque  couronne  soldant  «M^pfeciivèraent 
^«?  *TWiÇ^^<ÎMipnrQ,it/;^fwl«6.pour  lasnbsis- 
'»npp  o^fc  A'^P V^iiie»,  d«;  .se.i^  :pri»9«niers ,  •  par  te 
-SOUTfrmn-.dH  ivjys  où:  U«.  aur<:wit  été  déteoW. 
To¥S:^«,.î9îsSfi?Mx. i..tmX' de.  guepre  que  m^l 
chands,  qui  auraient.^fcé.pris. depuis  lW«ia, 

^<^«?  ^5^  «.WP«  cottv^ims  pourla  ces.*atioBides 
.mmt^,p!\lkmm, Mrfm  pat»illpin«nt  »efa*«s 
de  h<>^g  A)i  j^Vflf  ,|0«é,  leiwyttjttipageB  et  dir- 
gaispt^,  - 


# 


356  VIl«  PÉRIODE. 

Sa',  niarjesté  le  roi  de  la  Grande-Bretagne ,  est 
maintenue  (art.  IV)  dans  la  propriété  de  l'île 
de  Terre-Neuve  et  des  îles  adjacentes,  ainsi  que 
.  le  tout  Itii  a  été  assuré  par  l'article  XlII  du 
tbaitédîUtrecht,àrexceptiondesîlesdeSt.-Pierre 
îét  Miquelon,  lesquelles  sont  cédées;  eh  toute 
j>ropriété,  par  le  présent  traité,  £  sa  majesté* 
Xrèsichrëtténiie,        •  '    '       " 

^-.Par  l'article  V/ileStdil  que,  pour  jirêvehif 
ies  qoer^elles  î  qui  ont  éi^  lieu  jusqu'à  présent 
lôniefplesiuatîons  anglaise  et  française ,  te  roi  très 
tohrétiienncons^nt  à  rén<>ncer  au  drdttd'e  pêche', 
depui&<le/cap  Bonavistà  jusqu^an  cap 'Ôt. -Jean  ; 
e^l^e  tvoi  d'Angleterre  consent  quëllà  pèche  as- 
signée, aux  Françaif^,  eôMii^nçâiiEati'cap  Saint- 
J^  Jean^  s'étende  jusqu'à  i'endhôii'àprpdé  Cap' 

Le: roi  de  la  Grândfe-Prétaéne  {'arV:  VÏÏ)  res- 
titueàj la  France  l'île  de  St.^duis*,'  et'lui  garantit 
iHlcdeTabago.     -  i  :-/  '^nn-nj-:;  *;:.pnil3  :'^ 

« 

-/Le  roi  très-ehi^ëlîei»  (a*t.  VIII)  restrtue  à  la 

•Gnande-^^Bretagne ,  .les  îles  dé  là  Greîiatife  et  les 

Grenadins,  St.-Vinceûii  la  Domiài^iie-^StiChris- 

-loptevSïfevis  et  Mo^i^tfërrat,  dans  îe'{at't>ù  elles 

-ëtâietijtla^ai^t  lancoçq^iétè.        'lm  ,  :t.:   . 

Le  roi  de  la  Gran;deJBt*etàgné  (ërt.^  T/Ù)  cède 
'  reÀfto^ te 'propriété^*  et  garantit  à'  sk^lAiâ'fèstt^'trés 

-chrétienne,  la  rÎTière'  de*  •  SétiégaP ,'  et  Isie^  dépen- 
dances ,  avec  les  forts^e  St.-Louis  ^  Pocfor,  Ga- 


1 


LIVÏLE  VIL  357 

laiU;  Arguin  et  Porlendic.  Sa  majesté,  britanni- 
que restitue  à  la  France ,  Tîle  de  Corée. 

Le  roi  très  chrétien  (art.  X)  garantit  de  son 
côté,  au  roi  de  la  Grande-Bretagne,  la  posses- 
sion du  fort  James  et  de  la  rîrière  de  Gambie* 

Le  roi  de  la  GranjtJerBretagne  (  art.  XIII  ). 
restituée  sa  majesté  trfs  obrétienae^  tous  les  éta^ 
blissemens<|ai  lui  appartenai^it  au  commence- 
ment  de  la  guerre  présente  j,. sur  la  côte  d'Orixa 
et  dans  le  Bengale ,.  avec  la  liberté  dWtourer 
Çhandernagor  d'un  .fossé  ,  pour  réooulement 
des  eaux ,  etc. 

Pondicbéry  (  art.  XIY)  $ei!a  égatement. rendu 
et  garanti  à. la  Fr;ançi»,  de  miéinç  que  Karifcal  ;. 
et  sa  majesté  .britannique  pipcurera  ^  pour  ser- 
vir d'arrondissement  à  Pondicbéry,  les  deux 
districts  de  Yalencour  et  de  Bafoour.  et  k  Kari* 
kal ,  les  quatre  Magofis  qui  i'avotsinent. 

La  France  (art.  XY)  rentrera  en  possession 
de  Mabé,  ainsi  que  de  son  comptoir  à  Surate,  etc» 

Le  roi.  de  la  Grande-Bretagne  (  art.  XVII  y 
voulant  donner  àsa  raajestétrès^  chrétienne,  une 
preuve  sincère  de  réconciliâttion  et  d'amitié,  et 
contribuer  à  rendra  sQlide.la  paix  rétablie  entre, 
ieursdites  majestés,  consent  à  Tabrogalion  et 
suppression,  de  tpus  les. articles  relatifs,  à  Dun- 
kerque,  à  compter  du  traité  de  pai^.eoarlu  à 
Utrecht,  en  17 13,  inclusivement  jnsqu'Ji  ce 
jour^  :  .  .     • 


55a  Vn«PÉRïODE. 

-  Jkusfiilôt^prèsi  rëctirftigé?**  ratîficaitàns  (ar- 
ticle XVIH),  les  dei»x^a4^i^6  eontiàct^htéé  itorn-- 
nieront  des  comtirissâipès  p6tri*  ftaVailFér'  à  de 
Bouyeaiut  arrangemens  ^e  commerce  etilre  les 
deuic  nfttionSy  sur  )e  fôfideiilent  de  la  réciprocité 
^tde  la  do«ivçnau€ê  irintuëttes;  les<^tfe!à  àrran- 
getnens  d»Mroii»*  étre^iiiiitiéd"  et  eèticlu^^ans 
l'espace  de  deiii  art»,  af  é^iii¥ip«er  dij^  i*'  tfè  jau- 
■vierdéFrfnnée  i'y84-  '  • 

L'article  XX  est  relatif  à  répcxjtie  de  Téva- 
^aation  d^s^  payd  à;resttft(^r  par  lés  par^ie^  éon« 
tractantes,  etc.  etc. 

Ik  fut  dftilatis  detii^  àtricles  séparés ,  joints 
au  tr^fté,  que^uetquès^utlâ  des  titres  pris  par 
les  puissances  oôntràctaltrtefs  ;  ni  i'usage  dé  la 
langue  française  edîployéè  dans' le  préseiiï traité, 
ne-  stfu3Paient  tirer  &  G^rnseqûence  pôifr  TaiVeiiir; 

Le  due- dé  Manchester  donna,  lé  même  jour 
de  la^ignatufe,  tttiè'déolàratioii  relative  à  l'usage 
de  lu  pêche  de  Telfé-NeU ve ,  au  fossé  à  creuser 
à  €bande**«agor ,  è»t  au  futur  traité  de  com- 
tÈtérce  à-cotîcliire.  M.  de  Vergennès  adhéra,  de 
là  part  du  roi,  au)s  désirs  et  întentioiis  maui^ 
festës^dans  la  déclat^àlibii  du  duc  de  Manchester. 

Ce  traité  de  paix  fut  signé  au  ûom  de  la  France 
par  le  cùtùte  de  Vèrgenttes ,  et  potir  l'Angle- 
terre,  par  le  dUc  de'Mançhfestei*. 

La  cour  de  Versailles  voulut  bien  dans  cet 
acte,  tenir  compte  à  celles  de  Vienne  et  de  Pé- 


LIVAE  VU.  55^ 

.  tersbourg,  des  tefitatives-de  tnëdiàtiôn*  qu'dle^ 
avaient  faites  en  plusieurs  occasions^  ^iur  ra- 
mener la  paix  maritime,  en  admettait fr  Tèiir^ 
ministres,  le  comte  de  Mercy-Ai^enteail**,  le 
prince  Barlatinski,  et  leconrfe  Markoff*,  à  signer 
le  traité  comme  tnëdiàteurs ,  qudi(^nie  dans  la 
réalité,  ils  n'eussent  pris  aucune  pài^t  aUic  n^ 
gociations  directes  qui  eurent  lieu  â'Pitris-eïïtre 
la  France  et  l'Angleterre.  Ils  n'en  cbhnurèrit  le 
résultat  que  par  la  leùturé'  qui  leut^  fût  faite  du 
traité,  au  moment  d'apposer  leur  signaturle:  Ce 
fut  plutôt  yi  procédé  de  cout'toisie ,  qu'un  acte 
de  reconnaissance  ;  les  puissances  béllfgérafttes 
ayant  toujours  éludé  avec  politesse  cette  mé- 
diation :  néanmoins,  il  serait  injuste  de  dife  que 
les  démarches  des  cours  dé  Vienne  et  de  Péters- 
bourg  furent  inutiles.* La  première  fit,  en  par- 
ttcuHe^,  plusieurs  ouvertures  qui  préprarèrerit 
les  voies  a  un  rapprochement  entre  la  France 
et  l'Angleterre  ;  rapprochement  qui ,  sans  U 
concours  d'un  tiers,  eût  été  fort  difficile  à  effeè-  . 
tuer  à  cause  de  Thumeur  de  la  cour  de  Lon- 
dres  contre  celle  dé  Versailles,  et  de  la  honte 
qn'effe  éprouvait  de  reconnaître  rindépendance 
de  l'Amérique. 

Pour  mieux  Juger  mâinfeiiànf  de  la  sagesse     ,735, 
des  articles  du  traité,  il  convient  de  donner  lin  ,  ^^^°«"»^~ 

'  M  la  guerre. 

tableau  des  opérations  militaires  de  la  France  , 
Sits: l'Espagne,  et  de  leurs  alliés  contre  TAngle- 


X 


S6o  VIP  PÉRIODE. 

terre.  La  guerre  fut  jnêlée  de  succès  et  de  re- 
vers, Le^  combat  d'Quessant  du  27  de  juillet 
1778,  quoique  trèls  honorable  pour  la  marine 
française,  qui  venait,  pour  ainsi  dire  ,  de  re- 
naître^ ne  présenta  aucun  résultat  décisiC 

La  France  avait  perdu  s^s  possessions  dans 
rinde ,  et  en  Amérique  les  îles  de  Saint-Pierre  et 
Miquelon  ,  et  celle  de  Sainte-Lucie  :  en  Afrique , 
elle  avait  évacué  Corée  ;  mais  en  revanche  ^  elle 
^ avait  conquis  aux  Antilles  la  Dominique,  Saiut- 
Vincent  et  la  Grenade ,  près  de  laquelle  il  y 
avait  eu  ,  le  a6  de  juillet  1779,  un  engagement 
entre  la  flotte  française  de  M.  a  Ëstaing  et 
la  flotte  anglaise  de  Tamiral  Biron ,  qui  ne 
put  exécuter  le  projet  de  secourir  cçtte  île, 
et  se  retira  en  désordre.  L'île  de  Tabago ,  en 
1781,  Saint-Christophe,  Nevis  et  Montferrat 
en  1782,  et  dans  l'Asie,  Goudelour  en  17811, 
étaient  tombes  au  pouvpîr  des  Français. 

L'Espagne  qui  s'était  déclarée  en  faveur  de  la 
France,  au  mois  de  juin  1779,  s'était  emparée  de 
Pensacola ,  capitale  dé  la  Floride ,  et  de  l'île  de 
Minôrque  ;  mais  les  Espagnols  unis  aux  Français, 
avaient  échoué  devant  Gibraltar,  où  les  batteries 
flottantes  inventées  par  M.  d'Arçon ,  ne  produi- 
sirent que  des  malheurs.  Les  troupes  françaises 
unies  au?  Américains,  avaient  ftrcé  le  19  d'oc- 
tobre 1 781 ,  lord  Cornwallis  enfermé  dans  Yorck- 
Town ,  à  capituler»  La  France  avait  reconquis 


LIVRE  VII.  36f 

pour  les  Hollandais  ,  Sainl-Eustacbe ,  SainN 
Martin  et  Saba ,  dont  les  Anglais  s^ëtaient  em« 
parés.  M.  deSuffren  avait  repris  également Trin- 
qiiemalé  daiis  Tile  de  Ceylan  ;  et  ce  même  amiral 
avait  soutenu  avec  beaucoup  d'habileté ,  quatre 
combats  livrés  les  17  de  février,  la  d'avril, 
6  de  juillet  et  3  de  septembre  178a ,  daiïs  les 
mers  de  Tlnde  contre  l'amiral  Hugues.  Mais 
l'amiral  Rodney  qui,  en  1780,  avait  déjà  battu 
et  détruit  l'escadre  de  don  Juan  de.Langara ,  de- 
vant Gibraltar,  avait  battu  non  moins  compléte" 
ment,  aux  Antilles,  le  12  d'avril  178a,  le  comte 
de  Grasse  qui  commandait  la  flotte  française, 
l'avait  fait  prisonnier  et  lui  avait  pris  six  vais- 
seaux. Il  est  vrai  que  pour  réparer  cet  échec, 
on  avait  ordonné  la  construction  d'un  grand 
nombre  de  vaisseaux  de  ligne ,  et  que  le  comte 
d'Estaing  devait  commander  un  armemeni#for- 
midable  .préparé  à  Cadix ,  lequel  paraissait  des- 
tiné à  se  porter  contre  la  Jamaïque.  Mais  outre 
que  le  succès  de  cette  grande  expédition  était 
incertain ,  à  csfuse  même  de  sa  grande  complica- 
tion, c'était  le  dernier  effort  que  la  France  pou- 
vait tenter;  car  le  trésor  royal  était  épuisé  par 
les  dépenses  excessives  faites  dans  les  Deux 
Indes;  «  dépenses  qui ,  suivant  le  comte  de  Ver- 
»  gennes  ,  chef  du  conseil  des  finances,  étaient 
9  dès'lors  un  abîme  qu'on  ne  pauvait  sonder.  » 
Le  traité  de  paix  était  donc  conforme  à  la  si- 


36fl  VIP  PÉRIODE. 

1783.      tuation  i*especlive  des  coatractans,  et  le  résultat 

lions^'^Vur  la  dc  Icuts  jJërtes  communes.  L^Aiigleterre  humi- 

FrtnMetrAiT-li^^  se  trouvait  forcée  k  reconnaître  l'indëpen- 

gicterre.       dancc  des  Etats-Unis  ;  mais  elle  n'était  pas  tenue 

à  rendre  leà  cdâquétes  faites  sur  là  trance,  dans 

'  la  guerre  de  1756.         -    ^ 

Cette  paix  fut  blâmée,  en  Pratice,  par  les  uns, 
et  approuvée  par  d'autres,  âîtisi  que  cela  avait 
eu  lieu  en  Angleterre.  Les  premiers ,  ennemis 
du  ministère ,  trouvaient  que  la  cession  des  îles 
de  Saint-Pierre  et  de  Miqueloti ,  n'était  point 
l'équivalent  de  ce  qu'on  cédait  à  Terre-Neuve.. 
Ils  observaient  que  la  restitution  ("aite  à  l'An- 
gleterre, des  îles  de  la  Greûade,  de  Saint- Vin- 
cent, de  la  Dominique,  dé  Saiht-Christophe  et 
deNevis  et  Montferrht ,  n'était  pas  balancée  par 
la  restitution  de  Sainte-Lucie  et  de  Tabago.  Ils 
prétendaient  qu^on  eût  dû  garder  la  Dominique 
*    parce  qu'elle  coupe  la  communication  entre  la 
^  Martinique  et  la  Guadeloupe.  Les  intérêts  et 
l'honneur  de  la  France  leur  paraissaient  être  sa- 
crifiés dans  l'Inde.  La  éimplé  faculté  d'entourer 
Chandernagor  d'un  fossé  pour  l'écoulement  des 
eaux ,  était ,  suivant  eux,  une  renonciation  hu- 
miliante;  au  droit  de  lé  fortifier.  Ils  pensaient 
enfin  que  Tarmémetit  formidable  préparé  à  Ca- 

•  -  *     •  ' 

dix,  sous  les  ordres  du  comté  d'Estaing,  eût  pu 
porter  Un  coup  fatal  à  TÀngléterre ,  soit  qjii'îl 
eût  été  dirigé  contre  la  Jamaïque ,  soit  que  dix 


LIVRE  VIL  565 

vaisseaux  détachés  avec  des  tr6ypes,  se  fussent 
portés  dans  l'Inde;  soit  que  Ja  flotte  de  Ca- 
dix, après  avoir  menacé  la  Jamaïque,  Se  fût 
reportée  tout  à  coup  sur  TAngleterre,  pour  y 
opérer  une  descente. 

Les  approbateurs  de  la  paix  répondaient  par 
rapport  à  l'île  de  Terre-Neuve  ji°.  que  la  pêche 
indivise  dans  le  golfe  situé  entre  te  cap  Bon^a- 
vista  et  lé  cap  Saint-Jean  oti  Saint -François, 
avait  été  une  source  de  querelles  ;  et  que  pour  ' 
y  mettre  un  terme,  la  France  avait  préféré  d'a- 
voir en  toute  propriété ,  les  îleS  de  Saint-Pierre 
et  Miquelon ,  et  une  portion  de  l'île  même  de 
Terre-Neuve,  pourrexerciceeTBclosif  de  lapéche; 
2**.  Que  Chandemagor ,  par  sa  position  au  mi- 
lieu des  possession»  anglaises  dans  llnde ,  ne 
pouvait  comporter  de  fortifications ,  ni  sous  le 
rapport  d'utilité  pour  la  France  ,  ni  sous  celui 
de  la  sûreté  de  TÂngleterre  qui  n'aurait  jamais 
consenti  à  a^voir  une  place  fol'te  ^  au  centre  de 
ses  domaines. 

Mais  s'élevknt  à  des  considérations  d'un  autre 
genre,  les  partisans  de  la  paix  voyaient  pour  la 
France  l'affranchissement  de  l'inspection  d'un 
commissaire  anglais  à.Dunkerque,  l'acquisition 
de  Tabago ,  et  la  cession  à  l'Espagne,  des  deux 
Florides  et  de  Minorque*  Ils  voyaient  enfin  que 
le  premier  .objet  de  la  guerre  ^  l'indépendance 
.  de  l'Amérique ,  était  assuré. 


364  VIP  PÉRIODE. 

.  Quoique  la  France  eût  pu  faire  une  paix  plus 
.  glorieuse ,  si  elle  eût  prolongé  la  guerre ,  il  sem- 
ble que  rëtal  des  finances  la  rendait  indispen— 
sable.  M-  de  Vergennes  écrivait  déjà  au  roi ,  le 
27  de  septembre  1780  (1)  :  «  Votre  majesté  a 
»  entendu  hier  les  détails  que  M.  le  comte  de 
»  Maurepas  lui  a  faits  de  la  situation  de  ses  fi- 
»  nances;  ils  sont  véritablement  alarmans,  et 
D.  semblent  ne  laisser  d'autre  ressource  que  l^ 
»  paix ,  et  la  paix  la  plus  prompte.  » 

Il  était  une  autre  considération  qui  acheva  de 
déterminer  la  France  à  U  paix  ;  c'étaient  le;5  dis- 
positions menaçantes  des  deux  cours  impériales, 
lesquelles  paraiissaient  disposées  à  agir  inrimé- 
diatem^nt  et  de  concert,  pour  envahir  l'empire 
/  ottoman  ;  quoique  Joseph  11 ,  masquant  son  in- 

tention ,  se  bornât  à  dire  que  si  les  progrès  des 
^  '  Russes  en  Turquie ,  étaient  trop  considérables, 

il  serait  obligé  de  balancer  leurs  conquêtes  par 
des  acquisitions  directes ,  parce  qu'il  ne  pouvait 
souffrir  que  les  Busses  s'établissent  à  Belgrade. 

Toutes  les  personnes  em[Jloyées  dans  les  né- 
gociations de  la  paix,  y  contribuèrent  par  leur 
zèle ,  non  moins  que  par  leurs  talens.  Ou  a  pu 
remarquer  avec  quel  art  M.  de. Vergennes  sut 
éliminer  la  médiation  des  deux  cours  im^éviales. 


(i)  Correspondance  manuscrite  de  M.  de  Vergennes  atee 
Louis  XYi.  Are?iipes  impériales. 


LIVRE  VIL  565 

et  avec  quelle  douceur  et  quels  égards,  il  traita 
avec  les  divers  négociateurs  de  la  cour  de  Lon- 
dres. Il  triompha  dans  cette  occasion,  de  ses  en- 
nemis personnels  qui  affectaient  de  répandre , 
qu'il  ne  parviendrait  pas  à  la  paix;  et  qui,  pour 
vérifier  leurs  prédictions  ,  lui  suscitèrent  des 
traverses  qui  faillirent  occasionner  sa  disgrâce. 
La  partie  dé  la  hégociatton  que  M:  de  Rayncval 
conduisit  à Lôndrè^À, fut égatettient; traitée  avec 
beaucoup  de  «agaci'Cé,  etvM.  de  YergénneiSy  écri- 
vant à  M.  de  Breteuil ,  lui  disait  :  «  Je  puis  dire 
»  que!  toute  autre  personne  qiie  -M.  de  Ray  ne- 
5>  val ,  que  j'aurais,  en  dernier  lieu ',\cnvoyée  k 
9  Londres ,  n'y '^Ui'âit  fait  aucuns  progrès,  ou 
D  du  moins  eh  aurait  fait  de  bien  lents.  Nourri 
»  comme  il  Test  dafns  les  principes  du  roi,  et 
»  dans  ma  manière  de  les  développer,  connais- 
7)  sant  par  son  travail  journalier  avec  moi  ;  les 
»  vues  etiesihtentiomsde  Sa  majesté,  il  est  bien 
2>  des  difficultés  qu^il  a  aplaniew««,  et'qu'un  autre 
»  n'aurait  pas  osé  prendre  sur  fui  de  résoudre, 
»  parce  qu^ir'fi'atirait  pu  avoir  la  lAéme  sûreté 
»  d*iêtre  approuvé.» 

Les  ministres  anglais,  du'  tnbins  et  particu- 
tièi*enïent  lord  Siiélburne'et  loi*d  Grantham  , 
taiontînèrent  de^  là  idroiture,'  et  utie  envie  de  la 
p^ix  qui  n'éiait  balslncée  que  par  la  crainte  que 
liK'|)rarlément  nie  la  trouvât  pas  assez. avanta- 
geuse ;  et  où  sait  eh'^cffét;  qu'il  censura  si  forte- 


366  VIP  PÉRIODE- 

ment  les  prëliminaires  de  paix ,  qin'il  en  résulta 
une  révolution  ministérielle. 
Traité  de      Lg  pjyx  fut.  également  signée  le  5  de  septem- 
l'Espagne,  le^breu  entre  KEspacne  et  l'Ancleterre.  Les  stipu- 

Etats-Uni.  et  ,  •        •       l        J      1  *•*''•'        ^   I 

lAngieteire.  lations  pfincipaies  de  leur  traite  étaient  la  ces- 
sion faite  à  TEspagne,  de  Minorque  ,  ainsi  que 
des  deux  Florides ,  mais  elle  rendait  en  échange 
à  l'Angleterre ,  ies  ^les  de  Bahama.'La  coupe  du 
bois  de  Campêcbie  était  arrangée  d'ane  manière 
convenable  ,  et  restreinte  4âns  le.  district  qui 
serait  assigné. 

Pour  eé  (^mî  était  cUi  cop^uxerçjs^  l'Espagne 
av^it  adopté,  liuér^al^ment  lartide  des  préli- 
minaires ,  entre  laFr^^i^ce  et -l'Angleterre. 

I^e  même  JQur  »  3  de  sep(en^;bre  ^  la  paix  fut 
signée  entr^  l'Angleterre  et  .}e$  Etats-Unis;  et 
rihdépen^^qcîe  de^,cjçux-ci  fut  splemaellemeut 
rei^punue  >:  ,^jenf^t  du  aux  diversions  de  la 
France ,  pou  mpii^s  qu-'au^  secours  directs  en 
troupes  et  en  argent,  qu'elle  leur,  avait  fournis» 
et  4ui  avaient  «été  évalués  à  di::^-hqit  millions 
de  livres  totv^rnois,  par  le  traité  ,4e  rembourse- 
ment, conclu  le  16  de  juillet^;i:.732  ,. entre  la 
France  et  les. Çtat^-Unis*     .      ,  .  ; 

1784.  Depuis  la  ruptur^e  entre  le^  Provinces-Unies 
le. pîLVnc'/s! et  l'Angleterre.,  y?mh2imdeur  dp.  France  à > 
ïelcr,!^Vîrr*'*J®»  ^^  dp .[?.  Y^uguvop , . Bvait  passé  plfl^ 
la  médiation  g j^m^ô  içiotes  ^ujç  états-.géuéraux,  relatives  k  un 

de  la  France*  ■  .  «^ 

concert  d'opéc^tioM^  contre  l'ennemi  commun. 


LIVRE  VII,  36; 

Une  escadre  aux  ordres  de  Taoïiral  Zoulman , 
ayant  été  rencontrée  prè$  de  Dogger-Banck ,  le 
5  d'août  1781 ,  par  une. escadre  anglaie^e  com- 
mandée par  Tamirai  Parker ,  il  eu  étpU  résulté 
un  combat  sanglant  qui,  sans  être  décisif,  avait 
été  honorable  pour  les  Hollandais.  Ce  fut  la 
le  prîqcipal  et  pr^qu'iipique  effort  des  Pro* 
viqceS'Unies;  le  stal^ouder,  qui  dirigeait  le$ 
opér^ionsd^  la  guerre^i  les  ayant  r^lcfnties  pour 
favoriseï*  TÀngleterre.  JVJal^^é  le  ^éf^^ut  de  coo- 
pération des  Provinces  "Unies  av^p  la  cour  de 
VersaflUs,  celle-ci  ava^jtdonn^,  le.  i^A^  juillet 
ijS;à\f  une  déclaration  portant  ?>  que :1e  roi  ne 
»  séparerait  point  sa  cauae  de  celle: ;f)0  U  repu-* 
»  bliqqe,  »  Ep  con^queoce  de  e^t  e^i^gagennent 
pubUc ,  la  France,  q[ui  p'avait  çe^é  4e  défendre 
les  possessions  holUnd^î^s,  avait  employé  tout 
Teoipire  de  ses  ho^^  .offîceç ,  poxir  obtenir  de 
l'Angleterre,  le  20  de  janvier  17.85,  u^e  suspen- 
sion d'armes  en  faveur  d«s  Provinoear Unies.    . 

La  paix  eptre.cet.^tat  et  la  Grande-Bretagne 
u  etçit  pas  aiséjC  à  cppclura,  parie$  raisons  sui- 
vantes : 

i".  La  pour  de  Pélersbourg  ;s'était  effor/Cée 
d'isoler  les  Provinces- Un ie^  ,  et  de  leur  faire 
fairf^^  tine  paix  si^parée  sans  le  concours  de  1^ 
France;  ce  que/îtîUe»ci  ne  voulait  p«int  ; 

2**.  Les  Provinces-Unies  demandaient  la  resti- 
tution fifénérale  de^  possessions  quje  leur  avaient 


« 


t 


368  VIP  PÉRIODE. 

enlevées  les  Anglais,  ainsi  que  l'indemnité  des 
pertes  souffertes  par  leur  comnierce ,  à  l'occa- 
sion delà  déclaration  imprévue  de  la  guerre; 

5*^.  La  France  engageait  les  états-généraux  à 
la  paix  ;  mais  en  leur  faisant  seqtir  la  nécessité 
de  quelques  sacrifices  qui  leur  répugnaient  beau- 
coup. Le  duc  de  la  Vauguyon ,  qui  se  trouvait 
alors  à  Paris  par  congé  (i) ,  fut  chargé  d'y  dé- 
terminer leurs  plénipotentiaires,  et  ils  ne  s'y 
prêtèrent  qu'avec  une  extrême  douleur. 

Les  préliminaires  de  paix  entre  les  Provinces 
Unies  et  l'Angleterre ,  furent  signés  le  2  de  sep- 
tembre 1783,  la  veille  de  la  signature  de  là  paix 
enn*e  la  France  et  l'Angleterre  ;  ce  qui  indique 
qii«  la  cour  de  Versailles  ne  voulut  conclure 
avec  celle-cî ,  qu'après  avoir  assuré  le  sort  des 
Hollandais.  Ces  préliminaires  ne  furent  conver- 
tis en  traité  de  paix  définitif ,  que  le  20  de  mai 
1 784.Les  Provinces-Unies  cédaient  à  l'Angleterre 
Négapatnam  et  soii  territoire. 

On  parut  étonné  que  la  cour  de -Versailles 
n'eût  pas  fait  comprendre  les  Provinces -Unies 
dans  son  traité  de  paix  avec  l'Angleterre^  puis- 
que la  guerre  ne  leur  avait  été  déclarée  qu'en 
haine  de  ses  liaisons  avec  la  France  ;  mais  il  pa- 
raît que  les  états-généraux ,  Hattés  de  l'espoir 
d'être  mieux  traités  par  la  cour  de  Londres,  s'ils 

— 

(1)  Il  était  àmba^sadettr  du  roi  près  la  cour  de  Madrid. 


LIVRE  VII.  569 

négociaient  une  paix  séparée,  se  refusèrent  à 
une  négociation  commune;  ce  qui  rendit  leur 
situation  d'autant  plus  mauvaise ,  qu  ils  avaient 
éprouvé  dausia  guerre  beaucoup  de  pertes,  par 
suite  de  leur  inaction. 


VII. 


s^\ 


y 


Syo 


VII»  PÉRIODE. 


LIVRE  VIII. 


Cession  par  la  France  de  Tile  de  St.-Barthélemi  à  la  Suède.'— 
Traité  d'alliance  et  de  subside  entre  la  France  et  la  Suède* 
—  Différend  entre  les  ambassadeurs  de  France  et  de  Russie 
à  Vienne.  -—  Démarches  de  la  France  lors  du  partage  pro- 
jeté de  la  Turquie.  —  Double  mémoire  du  comte  de 
Vergennes  à  cette  occasion.  — -  Conduite  4e  la  France 
lors  de  la  querelle  entre  r«npereur  et  les  Proyincet- 
Unies.  — *  Traité  entre  l'empereur  et  les  ProTinces-Unies  9 
sous  la  médiation  de  la  France.  —  Considérations  sur 
ce  traité.  —  Traité  d*alliance  entre  la  France  et  les  Pro- 
vinces—Unies. —  Considérations  sur  ce  traité.  —  Instruc- 
tions politiques  données  à  M.  de  la  Pérouse.  -*  Affidrt 
de  réchange  de  4a  Bavière,  -r*  Opinion  de  plusieurs  mi- 
nistres sur  réchange  de  la  Bavière.  —  Convention  entre 
la  France  et  le  Portugal ,  sous  la  médiation  de  FEspagne. 
— •  Traité  de  commerce  avec  TAngUterre.  —  Considéra- 
tions. —  Traité  de  commerce  avec  la  Russie.  — -  Considé- 
rations. — '  Mort  de  M.  de  Vergennes  ;  sa  politique.  — * 
Nomination  du  comte  de  Moatmorin  au  ministère.  — 
M.  de  Brienne  nommé  principal  ministre.  -^  Révolution 
dans  les  Provinces-Unies.  —  Envoi  de  M.  de  Rayneval  en 
Hollande. — ^Efforts  de  la  France  pour  prévenir  la  guerre 
entre  la  Russie  et  la  Porte.  —  Projet  d'une  quadruple 
alliance  entre  la  France  •  la  Russie ,  l'Autriche  et  l'Es* 
pagne.  —  Ambassade  du  sultan  Tipoo. 

«7^«  ,  fjusTàVE  iir ,  roi  de  Suède ,  étant  venu  à  Paris 

CeMîon  de  o/ 

VU*  d«saiat.ea  17849  songea  à  rétablir  les  rapports  intimes 


LIVRE  VIII.  '      371 

qui  avaient  si  longtemps  existe  entre  la  France  Bartiiâ«iBt  à 
et  la  Suède.  ^"^ 

Louis  xvr  1  accueillit  avec  les  égaras  dus  à  un 
priuce  ami  j  et  dont  le  rang  était  encore  rehaussa 
par  des  qualités  personnelles  très  distîpguéeii» 
Gustave  avait  trop  d'esprit  et  d'activité  pour  ne 
pas  rendre  son  voyage  profitable.  Soitpar  rivalité 
avec  le  Daqexnarck ,  soit  pour  donner  qualqu'ex- 
tension  au  commerce  de  ses  sujets ,  le  roi  de 
Suède  manifesta  le  désir  d'avoir  une  colonie  ^ 
sucre.  La  cour  de  Versailles  qui  avait  en  vu^ 
non-seulement  de  satisfaire  Gustave  9  mais  d'aug- 
menter, en  cas  de  guerre,  le  nombre  des  neu- 
tres «  lui  céda  la  petite  île  de  Saint^Bartbélemi 
aux  Antilles,  par  une  convention  particulière 
du  1^'  de  juillet  i784f  laquelle  était  ev^plicative 
de  la  convention  préliminaire  de  commerce ,  di,i 
a5  d'avril  1741 . 

L'article  II  portait  qu^  la  jouissance  de  la  ville , 
port  et  territoire  de  Wfsmar,  accordée  aux.na<» 
vires  et  au  copmierce  ^fr^nçais,  ne  remplissant 
pas  l'objet  désiré  pap  lai, cour  de  Versailles»  su 
majesté  suédoise  consentait  à  y  substituer  le  port 
de  Gothembourg.  :  .  |  ; 

L'article  IV  accordai*  aux  bâtimens  français 

le  droit  d'eptrçposer  .^ans  la  ville  de  Gothein- 

bourg  j  sans  aucun  droi  t ,  les  marchandises ,  soijt 

.de  Fr^noç  ^  Boit  dç  ^^SfColonies  d'ÂméPÎqtDe.^ 

Par  l'axtiçle  VIII ^^l^  France  cédait  çoinme 


\ 


37a  vil*  PÉRIODE. 

eoïkipensalîbn  à  la  Suède  ;  l'ile  de  Saînt-Barthé- 
leini. 

<3ette  convention  fut  négociée  et  signe'e  par  le 

comte  de  Vergenues  et  par  le  baron  He  Staël, 

aloM  chargé  d'aïFaires  du  roi  de  Suède  9  et  de- 

"pûiéiy  son  ambassadeur  en  France. 

U794.  Peu  après  la  signature  de  la  précédente  con- 

d'aSincT**!  ^^ntîon  y  Gustavc  m ,  qui  était  encore  à  Paris , 

^e'u  F«n«*fi^  remettre  à  ïa  cour  de  Versailles,  un  me- 

etiaSncde.    moirc  SOUS  Ic  titre  de  Précis  des  prificïpaax 

articles  sentant  de  base  au  renouvellement  de 

^ancien  pacte  tïamitiè  entre  la  France  et  la 

Suède^ 

•  Gustave  y  proposait,  en  cas  de  guerre,  de 
fournir  à  la  France,  un  secours  de  quinze  vais- 
seaux de  ligne  et  de  dix  frégates;  et  la  France  lui 
*eût  fourni  de  son  côté ,  vingt  vaisseaux  de  ligne 
et  quinze  frégates.  La  cour  de  Versailles  aurait  de 
jptus  donné  un  secours  de  trente  miHe  hommes, 
tftf'ellé  eût  soudoyés  et  fait  transporter  en'Suède. 
Ef^fin ,  pour  achever  de  rendre  la  Suède"  respec- 
table à  ses  voisins,  elle  lui  eût  accordé  vingt 
knilUons  une  fois  payés> 

Louis  XVI  tint,  le  6  de  juillet-,  avec  MM.  de  Ver- 
igètitiés  ètde  Breteuil,  une  conférence,  dont  le 
i^ésultat,  communiqué  lé  6,  au  roi  de  Suède, 
|K>rtaitr''t-  ••  '  .••■•. 

«  Qjife  le  roi  se  voyant  avec  regret  dans*  rim- 
>»  possibilité  d'adhérer  entièrement  aux  ou  ver- 


LIVRfc  VIII.  575 

^  tures  qui  Yenaieot  de  lui  être  faites  de  la  part 
»  de  sa  majesté  suédoise ,  se  bornait  à, offrir  au 
i^roi  et  à  la  couronne  de  Suède  ^  dans  le  cas  où 
»  ils  seraient  attaqués  en  Europe,  un  secours  d® 
D  douze  mille  hommes  d'infanterie,  et  une  esca- 
1»  dre  composée  de  douze  vaisseaux  de  ligne  et 
9  de  six  frégates;  et  que  le  roi  de  Suède >  dans  le 
>  cas  où  la  France  serait  attaquée  par  mer  ^  s'en* 
»  gagerait  à  tenir  à  la  disposition  .du  roi,  una 
»  escadre  de  huit  vaisseaux  de  ligne  et  de  quatre 
i>  frégates ,  lesquels  ne  seraient  employés  qu'en 
ï>  Eu/ope  :  et  dans  le  cas  où  le  système  d'oppo* 
»  sition  que  la  Grande-Bretagne  a  adopté  dans 
jk  tous  les  temps  contre  les  vues  de  la  France,  la 
I»  porterait  à  contrarier  le  passage  des  secours 
»  que  la  France  voudrait  envoyer  en  Suède,  et 
»  que  Tobstacle  serait  assez  puissant  pour  en 
»  empêcher  le  trans|K)rt  ;  dans  ce  cas ,  le  secours 
7>  en  troupes  et  en  vaisseaux,  serait  converti  en 
^  argent;  maisla  réciprocitén'avait  pas  lieu  pour 
»  la  Suède,  et  elle  n'était  pas  tenue  d'effectuer 
)>  en  aident  le  secours  de  vaisseaux ,  si  des  obstar 
»  clés  supérieurs  s'opposaient  à  leur  envoi. 

»'Le  roi  désirerait^  ajoutait  la  note,  que  les 
»  circçnstanqes  ultérieures ,  et  les  réductions 
»  dont  il  est  lui-même  occupé ,  pour  donner  à 
»  son  administration  la  vigueur  convenable ,  lui 
:»  permissent  de  ne  consulter  que  sa  bonne  vo^ 
»  loaté  pour  aubvenii:  aux  besoinsi  de  la  Suéde  ^ 


574  vn«  pÉiiiebÉ. 

j>  et  ne  lui  fissent  pas  une  loi  impérieuse  de  la 
9  plus  sévère  économie;  »        * 

Cette  note  remise  à  Tàmbassadeur  du  roi  de 
Suède  9  fut  communiquée  à  ce  prince  le  8  de 
Juillet  9  et  on  convint  du  traité  secret  qui  suit  : 
Le  roi  très  chrétien  et  le  rbl  de  Suéde  étaient 
convenus  de  former  entr^eux  un  pacte  secret 
iX amitié  et  â^ union  plus  étroites',  et  arrêtaient 
les  articles  Suivans  : 

Par  l'art,  P' ,  les  traités  de  WèitpbaKé  et  au- 
tres traités  particuliers  concernant  là  Prapce  et 
la  Suède  ,  étaient  déclarés  servir  de  base  au  pré- 
sent pacte. 

Par  Fart.  II ,  les  deux  souverains  se  garantis- 
saient leurs  états  en  Europe  seuTerneiit.* 

Par  Kàrt.  V,  le  roi  de  Suède  is'éiigâ^eaït ,  dans 
le  cas  où  la  Frauce  serait  attaquée,  'dé  lui  fbur- 
niîp'troîs  mois  après  la  preiiflère  réquisition ,  une 
ésfcafdre  de  htiit  vaisseaux  de  ligne  et  de  quatre 
frégates  bien  armés.  *  "* 

Par  Tart.  VI ,  dans  le  cas  d*hostiii\és  côlnnien- 
cées  contre  la  Suède ,  le  roi  deVait  ïui  fournir 
dans  un  même  délai  de  trois  moià/  dbiize  vais- 
seaux de  ligne ,  six  frégates,  et  un  corps  de  douze 
cents  hommes  d'infanterie  pourvu  d^uiîé  artil- 
lerie suffisante.  •  :        > 

L'att.  IX  portait  que;  sd/ït  dariâ'ïè  as  dlA- 
possHwRfë  par  la  France  de  îdiité  'parvenir  en 
Sitède  les  âecôurs  stipulés ,  soit  qbe  sa  majesté 


LIVRE  VIII.  575 

suédoise  Taimât  mieux  «  la  France  pourrait  s'ac- 
quitter par  une  somme  de  vingt-quatre  mille  Uv« 
par  mois ,  pour  cMque  ttiiile  hommes ,  et  par 
une  sommi^  convenue  pour  chaque  vaîsseao. 

L'art*  X  dispensait  la  Suède  de  fournir  en 
argent,  les  secours  protiiis  s'ils  ne  pouvaient  être 
donnes  en  miture.  # 

Par  Fart.  XI  »  le  roi  s'engageait  îndi^endam*- 

ment  éo  subside  annuel ,  de  donner  ^u  rbî  de 

Suède  y  un  secourseztraordînairede  six  militons 

.    de  livres ,  payable  à  raison  de  cent  mille  litres 

par  mois ,  à  partir  du  préfieni  moifs  de  juillet. 

La  durée  de  ce  traité  était  fixée  à  cinq  ans.  Il 
fut  signé  à  Versailles ,  le  19  de  juillet  1 784. 

On  pourrait  dîscnter  «eif  quelle  est  Tnlilité  ré- 
ciproque des  alliances  è»tre  la  France  et  la 
Suède;  m^is  celte  question  délicate  présente 
beaucoup  de  raisons  pour  et  contre,  qu'il  serait 
trop  long  de  déduire.  Oti  rte  peut  se  dissiiiiuler 
que  la  position  âts  couronnes  de  France  et  de 
Suède  i  n'ait  singulièrement  ckan^  depuis  la 
décadence  de  celle-ci  ^  sa»  la  fin  du  règne  de 
Charles  xtï  et  par  la^ grande  élévation  de  la  Rus^ 
depuis  la  ndéme  époque  ;  et  que  la  liaison  entre 
les  COURTS  de  Versailles  et  de  Stockholm ,  n'ait  été 
depuis,  plutôt  l'effet  de  l'habitude  et  du  senti- 
«  ment,  qued  une  utilité  et  d'une  convenance  per« 
manentes.  Néanmoins,  dans  la  variété  des  corn- 
l^inaisons  politiques  ,  il  pourrait  s'en  rencon- 


376  VIP  PÉRIODE. 

trer  où  une  alliance  avec  la  Sûèdé  ne  serait  paak 
inutile. 
X784.  D'après  les  instructions  que  la  Russie  avait 

Différend  ^  .  ,  ij 

entre  les  am.  dounées  à  sesmiuistres  dans  1  étrange ,  mslruc* 

batsadenn  de...  ii.  ■  \  '-. 

France  et  de  tions  qui  Semblaient  les  autoriser  a  ne^point 

***"*'        céder  le  pas  aux  ministres  de  France,  M.  de 

Noailles,  ambassadeur  du  roi  près  la  cour  de 

Vienne,  voulant  éviter  de  compromettre  son 

caractère ,  avec  le  prince  Galitzin ,  ambassadeur 

de  Russie,  notifia  provisoirement  au. premier 

ministre,  prince  dé  K-aunitz ,  qu'il  s'abstiendrait 

des  cercles  chez  l'empereur  ,jusqu'à.ce  qu'il  eût 

connu  les  intentions  de  sa  cour  sur  la  conduite 

.  qu'il  avait  à  tenir  vis*à-vis  du  ministre  de  Russie* 

La  cour  impériale  paraissait  portée  à  adopter 

\e  pêle-mêle  ou  la  confusion  des  rangs  dans  les 

cérémonies  publiques,  afin  d'éviter  les  querelles 

résultantes  de  la  préséance. 

On  assurait  toutefois  que  la  Russie  n'avait 
pas  ordonné  à  son  ministre ,  de  s'arroger  la  pré- 
séance sur  l'ambassadeur  de  France  ;  mais  de 
ne  pas  la  lui  céder;  subtilité  frivole  qui  ne  con- 
duisait pas  moins  à  obtenir  la  préséan^ce  de  fait , 
quand  l'occasion,  s'en  présenterait.  L'ambassa^ 
deur  de  France  reprit  depuis  la  préséance  dans 
les  occasions  solemnelles. 
,784.  La  Russie  avait  terminé,  en  1 774,  par  le  traité 

de^°ï>ancéd^  ï^^iy^ardgy ,  la  guerre  qu'elle  avait  avec  la 
lor.  du  par- Porte,  dcpuis  la  fin  de  1768-  Cette  p^x  avait 


LIVRE  VIII.  577 

éprouvé  dans  son  exécution,  des  difficultés  qui.tage  t^jeté 
avaient  rallumé  la  guerre.  Les  bons  offices  de  la<  ^ 
France  avaient  amené  les  cours  de  Pétersbourg. 
etdeConstantinople,  à  souscrire,  le  :ii  de  mars 
1779,  une  convention  explicative  du  traité  de 
Kaynardgy  ^  par  laquelle,  la  première  avait  ob- 
tenu la  libre  navigation  dans  la  mer  Noire  et  les 
autres  mers  baignant  l'empire  ottoman ,  Tindé-; 
pendance  des  Tartares ,  et  une  extrême  diminua 
tion  de  l'autorité  du  grand-seigoeur.sur  la  Mol- 
davie et  la  Valachie,.qui  ne  se  trouvaient  plu» 
assujëties  en^vets  la  Porte  qu'à  un  tribtit  modéré»; 
payable  tous  les  deux  ans  :  il  était  de  plus ,  per^ 
mis  à  ces  deux  pays ,  d'ent retenir  à  Constauti* 
nople ,  un  chargé  d'affaires  de  la  commiinion» 
grecque ,  lequel  serait  placé  sous  la  protection 
du  droit  des  gens,  c'est*à-dire ,  serait ,  par  son^ 
caractère ,  à  labri  de  toute  violence  et  avanie. 

Par  l'art.  YI ,  la  Porte  accordait  aux  vaisseauK 
marchands  russes,  le  libre  passage  de  la  mer 
Noire  dans  la  mer  Blanche  et  de  la  mer  Blanche 
dans  la  mer  Noire. 

Il  est  vrai  que  la  Russie  avaitconsenti  à  remet- 
tre à  la  Porte ,  l'ancien  territoire  aitué  entre  le 
Niester,  la  mer  Noire,  le  Bog  et  la  frontière  de 
Pologne* 

La  France,  avait  conseillé  au  divan ,  ces  sacri* 
fiées ,  plutôt  que  dç  s'exposer  à  une  nouvelle 
guerre,  dans  laquelle  le  grand-seigneur  n'avait 


S78  Vil*  PÉRIODE. 

à  attendre  ni  diversion,  ni  secours,  de  la  part 
d'aucune  puissance  européenne ,  et  où  il  auiait 
eu  à  soutenir  toutes  les  forces  de  la  Russie  qui 
n'était  en  guerre  avec  persontie. 

M.  deSaint-IViest,  amba^èadenrde  laFrancd 
à  la  Porte  ^  avait  ménagé  cet  acoommoilemeot , 
dont  )a  Rus'ilie  lai  atait  su  trèb'*  bdn  gré  |  et  eu 
effet,  elle  oiytènirif  éAfi^  eftùMën  de  sang  ^  ee  qui 
n'eût  pu  éffé^que  leprîi^  d'à j!ie  guerre  heuvëuse. 
Mais  ces  eonéi^ââions  ar^&di^é^s  à  la  faiblesse^  ins- 
pirèrent à  ta  Rli^ie  dés=  vues  ^his  ambitieuses 
encore  ^  ^et  elle  fùttûk  avec  licM^eph  ti^  des  enga- 
gemens  setretë  au  sujet  deà  Tti^éi;  eiigiaig^»eDS 
qiii,  d'ajypè^  fontes  les  présdAiptions  ^  âe  ten- 
daient à  rien  Aïoins  qu'à  l'expcilâion  du  grand- 
seigneur  de  llSurope ,  et  au  pà^rtage  de  sts  pos- 
«essionid. 

La  GOii^r  de  Ver^ailhËS^  qui  tôyak  avec  ttmertu^ 
tae^  les  dispositions  i»âtér)ÈSiée6dieren>peretii',  ou- 
vrit en  1 783^,  iiâe  (H>rteispondaâoe  weece  prinee^ 
aifasi  qu'avec  te  i»oi  de  Prmse)  qi»i  paraissait  non 
moins  alarmé  des  projets  des  deux  co«itfs  impé- 
riales. La^  Pranw  dont  l'objet  était  d'arrêter  Fac- 
complissemën  t  delecirsdeisseîitô  contre  ïa  Porte« 
fit  remettre  à ée  sujet,  à  kcoerr  de  Yieatfe^  par 
M.  Barthélémy,  chargé  d'affaires  par  intSBnm^ 
une  note ,  en  date  du  14  de  juin  1788 ,  portant 
invitation  pressante  à  Tempèrent ,  dese  eonoer- 
ter  avec  Louis  xvi,  ou  du  tUpins  d'employer 


LIVRE  VIIL  •579 

toute  son  influence  auprès  de  Catherine  11 ,  pour 
J  empêcher  de  rëunir  à  ses  étals,  la  Crimée  et 
le  Ruban,  qui,  parla  paix  deKaynardgy,  avaient 
été  séparés  de  la  domination  of  tomane  pour  en 
foire  un  état  indépendant. 

Joseph  II  avait  aïTecté  jusqu'alors  de  Topposî- 
lion  aux  desseins  de  la  Russie  ;  et  il  disait  à  Tam- 
bassadeut*  de  France  à  Vienne ,  le  baron  de  Bre- 
teull  :  ce.  Je  vous  assure  que  je  ne  m*éparghe  pas 
*  à  répéter  à  Catherine  11 ,  tout  ce  qui  doit  l'çloi- 
»  gnèr  dti  désir  d'une  guerre  avec  la  Porte  ;  mais 
»  cette  femtne  a  due  tête  peu  commune,  et  que 
9  rien  n'arrête.  Il  est  Vrai,  ajoutait  Tempereur, 
»  que  souvent  l'inconséquence  fait  Toffice  de  la 
»  raîso4ié  Pdr exemple,  quand  j'ai  vu  le  peu  d'en- 
»  semble  de  son  projet  de  neutralité  armée»  je 
-»  ine  sois  permis  de  lui  mander  que  les  puis- 
»  sanoes  maritimes  qui  étaient  si  intéressées  "k 
-B  donnei^  de  la  fo^ce  à  ce  projet;  n'armant  pas 
9  pour  le  protéger  vigoureusement,  il  était  im- 
3>  possible  qu'elle  se  flattât  dé  voir  te  succès  de  sa 
»  bonne  Idée.  L*impét*atriee ,  au  Iréu  de  convenir 
»  de  cette  vérité,  m'a  répondu  fièrement,  qiie 
j»  si  les  puissances  maritrm'es  ire  savaient  pas 
j»  mettre  toutes  leurs  forces  à'sout^tiir  et  à  affer- 
»  mir  rindépertdarice  des  mers','e/fe  ne  tarderait 
9  pas  à  avoit  ^ule^  dent  vaisseaux  de  ligne  ^  qui 
loferaient  respecter  son  code  maritime  par  toutes 
j»  les  nations. 


f     "V 


38€^  VIP  PÉRIODE. 

.  .;>l)eux  ans  après  cette  rodomontade,  disait 
»  encore  l'empereur ,  Catherine  Tarait  assez  ou- 
»  bliée  pour  appeler  dans  une  de  ses  lettres ^  la 
D  neutralité  armée,  la  nudité  armée,  y» 

Malgré  cette  critique  feinte  ou  réelle  delà  con- 
duite et  des  projets  de  Catherine,  Tempereur 
qui  venait  de  s*unir  encore  plus  intimement  k 
elle,  répondit  à  la  note  du  rqi,t«  que  dans  la 
9  supposition  où  malgré  tous  ses  ^oins  et  'tous 
3»  ses  efforts,  la  guerre  viendrait  à  s'aHumer  entre 
3»  la  cour  impériale  de  Russie  et  la  ^orte  otto- 
»  mane,  il  ne  saurait  se  permettre  dans  des  cas 
»  possibles,  d'en  abandonner  les  suites  ^ux  faa- 
»  sards  des  événemens  qui  pourraient  de  façon 
3>  ou  d'autre,  lui  devenir  funestes,  ou  au  moins 
y  être  très  préjudiciables ,  etc*  j> 

La  cour  de  Versailles ,  qui  n'était  point  S2iti^ 
faite  de  ce  langage  entortiUé  ,^  y  répondit  vers 
la  fin  d'août ,  par  un  nouy^  office',  conçu  en 
ces  termes  : 

«  Après  l'ouverture  amicale,  fjaite  de  l'ordre 
»  du  roi  à  Ml  le  comte  d«  Merci,  le  i4  de  jui^ 
1»  dernier,  et  communiqué^  ^ensuite  à  M«,  le 
»  prince  de  Kauuit2,  par  le  chargé,  d'affaifea  de 
»  France  à  Vienne,  sa  majesté  aurait  pu  s'atten- 
»  dre  à  des  explications  plusrapalogues  aux  disr 
y  positions  consignées  dans  la  note  remise  par 
3>  le  (p^mte  de  Merci,  le  x3  du  présent  nfiois 
V  d'août 


LiyJlE  VIIL  tSî 

'  »  L'emjïereur  y  prévoit  le  cas  où  il  pourrait 
»  être  entraîoe  à  prendre  part  à  la  guerre  ;  le 
*  roi  n'aperçoit  rien  qui  pourrait  amener  cette 
%  nécessite;  et  sa  nia jesté  ne  saurait  se  persuader 
2>  que  sa  majesté  impériale  gênée  par  ses  nou- 
»  veaux  liens  avec  la  Russie ,  ne  pouvant  plus  se 
n  montrer  <^ommé  le  défenseur  de  l'empire  otto- 
9  man ,  veuille  coopérer  à  sa  destruction  ;  et 
)»  malgré  une  paix  saintement  observée  par  les 
9  Turcs,  dans  des  conjonctures  séduisantes  pour 
»  «ux ,  se  prévaloir  de  leur  affaiblissement  pour 
y>  leur  porter  le  coup  mortel ,  et  prendre  part  à 
»  leurs  dépouilles. 

»  La  considération  ,  que  rintérét  de  la  maison 
»  dAuBiche ,  lui  conseille  de  s* étendre  en  raison 
i»de  ce  que  la  Russie  peut  acquérir ,  serait  ua 
))  exemple ,  dont  cent  ans  de  guerre  n^expie<- 
»  raien tpeu  t-être  pas  la  fatale  erreur.  Si  la  crainte 
]»  que  la  puissance  russe  ne  gravite  un  jour  sur 
D  la  puissance  autrichienne ,  est  un  titre  suffi- 
s  sant  pour  se  compenser  aux  dépens  d'un  tiers 
»  innocent  ;  ne  doit-on  pas  prévoir  que  d'autres 
)»  craignant  avec  autant  de  raison,  que  la  puis-* 
]»  sauce  autrichienne  ne  gravite  à  son  tour  sur 
»  la  leur ,  s'autoriseront  de  l'exemple  des  deux 
%  cours  impériales,  pour  se  procure^  des  âc— 
»  croissemens  et  des  compensations  aux  dépens 
j»  de  qui  iï  appartiendra  ?  Où  en  serait  l'Europe 
j>  si  jamais,  ce  qu'à  Dieu  lie  plaise,  ce  mons- 


38a  VIP  PÉRIODE. 

j>  trueux  système  venait  à  s'accréditer?  Totts  les 
»  tiens  politiques  seraieut  dissous ,  la  sûreté  pu« 
»  blique  serait  détruite,  et  l'Europe  n'offrirait 
3>  bientôt  plus  qu'un  théâtre  de  trouble  et  de 
9  confusion. 

»  Le  rgi  craint  d'autant  moins  d'exposer  ce 
y>  tableau  aux  yeux  de  l'empereur ,  que  sa  ma- 
»  jesté  toujours  fidèle  à  sa  confiance  dans  les 
»  principes  magnanimes  de  ce  princç ,  est  bien 
»  persuadée  qu  il  se  rappelle  sans  cesse  que  leur 
^>  heureuse  union  p'a  pas  mojns  pour  bdvse ,  la 
»  conservation  de  la  propriété  publique  y  que  celle 
»  de  leurs  couronnes.  Le  roi  croit  ren\pUr  les 
»  devoirs  d'un  parent ,  4'un  fidèle  allié  et  d'un 
9  ami  sincère  dç  l'ordre  et  de  la  paix ,  éh  expo* 
yi  sant  à  l'empereur ,  franchement  et  avec  la 
n  loyauté  qui  lui  est  ordifiaii^e*  tqut  ce  que  la 
«>  complication  des  coqjonctiires  présentes  peut 
V  lui  faire  prévoir  et  appréhender  ;  sa  ma- 
>»  jesté  se  flatte  encore  que  se^  représentations 
»  ue  seront  pas  infructueuses  ;  mais  si ,  coutre 
9  son  attente ,  son  espoir  était  déçu ,  elle  ne 
»  poqrra  plus  que  prendre   Tintérét  général 
9  et  le  ^iea  propre  ,  pour  règl^  de  sa  con* 
»  duite. 

9)  Le  roi  concevant  que  l'incertitude  du  parti 
»  que  le  roi.de  Prusse  pgurra  prendre ,  peut  en 
»  jeter  sur  Içs  résolutions  de  Tempereur ,  sa  ma* 
3)  jesté  ne  perd  pas  un  moment  à  s'adresser  à  sa 


LIVflE  VIIL  385 

9  majesté  impériale ,  pour  lui  proposer  un  con*. 
»  cert  tendant  à  prévenir  les  malheurs  dont  l'Ëa- 
»  rope  sera  menacée  ,  si  la  guerre  s'engage  en 
j»  Turquie.  Il  serait  agréable  au  roi  de  voir  Teni* 
»  pereur  partager  un  soin  aussi  désin^éres^  ; 
»  mai^  des  considérations  pouvant  y  ipaettre  ol)S^ 
9  tacle,  le  roi  prendra  volontiers  surdon  compte» 
3  la  garantie  de  tout  ce  dont  il  sera  jraisonnablQ 
9  de  convenir,  pour  que  l'empereur  puisse  sans 
H  inquiétude ,  agir  pour  le  bien  de  la  paix  et  de 
jB  la  justice*  » 

M.  de  Yergenp^  remit  au  roi  «  un  mémoire , 
dans  lequel  il  ouvrait  Tavis  qu'il  fi^t  adressé  à 
$on  ministre  à  Berlin ,  des  instructions  relativjes 
aux  moyens  d*amener  le  roi  de  Prusse  k  une 
explication  sur^ses  vi|fiS;^  tonçhapt  les  affaires 
du  Levant,  et^e  provoquer  un  coneert  d'opé- 
rations entrç  c^  priipcç  et  la  France  »  si  les  cir- 
constances lé  rendaient  néqessaire.  Une  |iëgo« 
ciation  directe  fut  ouverte  par  la  cour  de  Ver^! 
«ailles  |kv«C  celle  de  BerUn. 

M«  4^  Yergei^nes  remit  au  roi  un  second  mé-     t?^^ 
motT^^  qui  est  une  pièce  importante.  De  sem-M.  de  vev 
blables  raonumens  de  prudence  humaine  ornent  |^^ôii« 
les  pages  de  l'histoire,  bien  plus  que  des  anec- 
doctes  frivoles,  bu  des  récits  de  combats.  Inde* 
pendamraent  du  jour  qu'ils  répandent  sur  la 
matière  et  sur  les  desseins  secrets  du  cabinet  » 
ils  offrent  des  modèles  de  sagacité  et  de  logique 


S84  VIP  PERIODE. 

à  ceux  qui  courent  la  carrière  profonde  des  né- 
gociations (i)« 

«  Les  vues  de  l'impératrice  de  Russie  à  Tégard 
»  de  la  Porte  ottomane,  disait  M.  de  Vergennes, 
»  ne  sont  plus  un  problème.  Cette  princesse 
j>  n'envahit  le  pays  des  Tar tares ,  que  pour  pro- 
>  voquer  les  Turcs,  se  procurer  un  prétexte  de 
ii  les  attaquer,  et  démembrer  leur  en^pire. 

9  Le  roi  s^'est  plu  long  -  temps  à  croire  que 
»  l'empereur ,  pénétré  des  véritables  intérêts  de 
3). sa  monarchie,  désapprouverait  le  système  de 
»  Catherine  il ,  et  qu'il  n'omettrait  rien  pour 
»  en  empêcher  l'exécution.  Mais  Joseph  ir ,  en- 
»  traîné  par  son  désir  de  s'agrandir ,  et  surtout 
»  par  son  désir  invincible  de  rompre  les  liens 
3»  qui  unissaient  les  cours  de  Pétersboui^  et  de 
y>  Berlin ,  s'est  livré  sans  mesure  ,  à  toutes  les 
3»  démarches  qui  pouvaient  le  conduire  à  son 
3»  but  ;  et  il  y  a  tout  lieu  de  penser  que  ce  prince 
»  n'a  réussi  qo^en  exaltant  les  idées  de  Cathe- 
»  rine  it ,  et  en  s'engageaàt  à  favoriser  ses  vues 
9  pour  la  destruction  bu  le  démembrement  de 
»  l'empire  turc.  Tel  paratt  être  en  effet  l'olijet 


(i)  Il  conYiei|t.d*6bserYer  encore  que  le  parta^  de  la 
Turquie ,  ou-  la  ruiae  de  cet  empire  ,  étant  un  événenieat 
de  première  classe  toujours  imminent ,  on  ne  saurait  trop 
connaître  comment  il  était  envisagé  par  quelques  cabinets , 
à  répoque  sur  laquelle  on  écrit. 


.    LIYIIJÇ:  VIÏI.  585 

»  qui  existe  actuelJe^i§nt  entre  les  cours  de 
»  Vienne  et  ^de  Pétersbourg.  Le  ministère  im- 
»  përial  fait  tous  ses  efforts  pour  la  pallipr.  JVTais 
»  son  dçrnier  écrit,  inaJgré  le  soin  pénible  qu'il 
»  a  pris  de  le  rejndre  obscur ,  dissipe  les  doutes 
»  qu'on  pourrait  encore  se  permettre  â  cet 
»  égard.  Il  est  dénaontré  que  l'empereur  est 
»  résolu  de  concourir  au  démembrement  de 
»  l'empire  ottoman  ^  et  de  prendre  part  à  se^ 
»  dépouilles. 

»  Le  roi  a  fait  tout  ce  qui  était  en  son  pouvoin 
p  pour  éclairer  ce  prince  sur  les  dangers  de  tous 
»  genres  d'une  pareille  entreprise*  Mais  toutes 
»  les  tentatives  de  sa  majesté  ont  été  infruQ^)^ u- 
»  ses ,  et  elle  pourrait  s^  flispenser  d'en  faire 
»  de  nouvelles  >  si  elle  ne  croyait  pas .  Revoir 
y>  épuiser  la  mesure  des  procédés  vis-à-vis  d'un 
2>  prince  qui  est  sou  parent  et  son  allié  :  f:'est 
9  par  ce  seul  motif  que  le  roi  peut  se  détermi- 
»  ner  à  faire  de  nouvelles  représentations  à  sa 
9  majesté  impériale  ;  mais  ce  serait  se  faire  il- 
»  lusipn  que  d'espérer  la  conversion  de  cç  prince 
2)  par  de  simples  exhortations  ^  si  elle  est  hu- 
»  mainement  possijble,,  elle  ne  pourra  être  l'ef- 
»  fet  que  des  dé  miches  que  sa  majesté  fera 
»  pour  le  convaincre  qu'elle  ne  veut  pas  être  le 
»  jouet  d'une  alliance  illusoire  ,  et  qu'elle  est 
»  déterminée,  à  ^prendre  d'autres  mesures  pour 
3»  opérer  le  salut  dps  Turcs  ,  et  assurer  la  tran- 

vir.  ^5 


/  ^ 


586  VIP  PÉRIODE. 

»  iqaillîté  die  l'Europe.  Ces  mesures  sotit  iëêL-^ 
»  tjûées  à  la,  fin  du  nouvel  office  <Juî  va  éite  re^ 
:f>  mis  au  ministère  autrichien  :  c'est  un  concert 
»  à  établir  avec  le  roi  de  Prusse  :  c'est  le  Sètil 
*  moyen  (s'il  peut  en  exister  un)  d'itispi^f 
]»  Une  crainte  salutaire  à  Joseph  it,  àix  de  mtx^ 
»  tt*e  le  roi  en  état  d'arrétei»  les  progrès  du  àfs^ 
j>  tème  le  plus  monstrueui  iqiie  l'aiâbitiôti  ait 
9  jamais  enfanté ,  et  le  plus  diakigereuit  pour  la 
»  sûreté  de  toutes  les  nations^  et  de  là  Fràbte 
»  en  particulier, 

»  ïl  s'agit  donc  de  se  ràp|>rocher  du  irbi  de 
>  Prusse.  Ce  rapprochement  doit  être  détè**- 
»  nouille  sou»  deux  points  de  vue  très  différent; 
»  1^.  sbus  celui  d'uti  conéert  à  établir  àveû  te 
»  prince  et  Tempereur ,  pour  arrêter  la  RUdj^te; 
»  1^.  celui  d'un  concert  avec  sa  majesté  prus* 
»  sietine  seule ,  pour  contenir  l'empereur. 

^  La  première  de  ces  hypothèses  présente  la  pltis 
»  gtende  improbabilité ,  parce  que  riûtentiba 
i  dé  Tettipereur  est  certainement  d'appuyer  >  et 
i  non  de  coùtrarier  les  tues  deCatherine  n*  Aitlsi 
»  il  faut  se  persuader  que  ce  prince  h'agi'éara 
»  point  les  mesures  qu'oii  lui  proposera  pour 
%  empêcher  les  usurpations  de  sa  nouvelle  alliéet 
»  cependant  TouVerture  ^ûî  en  sera  faite  6  sa 
»  majesté  impériale ,  servira  au  moit;is  à  potli^M^r 
»  ce  prince  jusque  datts  Jfcs  ï^etranchettlens ,  ef 
»  à  le  forcer  d'avouer  eufin  le  plan  arrêté  «nire 


LÎVRt:  VIH;  587 

%  luî  et  là  cKa'rine ,  pour  dépouiller  arbitraire- 
y  meiit  la  P6rte  ottoitiarie. 

»  En  supposant  que  rehrlptét*éuf  toit  acc^s^i- 
»  bïe  à  rouverturc  dont  il  est  questioti ,  fl  cbn- 
»  Tiendrait  de  lui  proposer  d'abord  un  coticèi^t 
»  de  démarches  et  d'opéra|ions  pour  obliget 
D  riuipéralrice  de  Russie ,  non-séuIement  à  ne 
»  point  attaquer  les  Turcs,  mais  aussi  ^  éVa- 
»  cuer  la  Crimée  et  le  Ruban  ,  et  à  laisser  lé^ 
j>  Tartares  jouir  paisiblement  de  letlr  indépen- 
i>  dance.  Et  dans  le  cas  où  sa  majesté  impériale 
»  aurait  pris,  relativement  à  ces  deux  provinces, 
»  des  engagemens  qu'elle  ne  voudrait  ou  ne 
»  pourrait  rompre  ;  alors  on  pourrait,  pour  der- 
»  niei'  moyen ,  proposer  le  maintien  de  la  Rus- 
»  sie  dans  la  poi^sessibn  de  la  Crimée  et  du  K11- 
»  ban  ,  à  condition  qu'elle  n'y  entretiendrait 
j»  point  dé  marine  militaire ,  et  que  cet  enga- 
»  gement  serait  garanti  par  les  trois  puissances. 

j>  Mais ,  on  le  répète ,  il  n'est  plus  permis  de 
%  se  flatter  d'amener  l'empereur  au  système  qui 
»  vient  d*étre  exposé;  ainsi  le  seul  parti  auquel 
»  il  soit  pei'mîs  de  S'arrêter  en  dernière  atialysé^ 
»  c'est  celui  êHun  concert  as^ec  le  roi  de  PrussÈ 
»  pour  en  imposer  à  sa  majesté  îfnpètidlé. 

»  Le  roi  de  Prusse  à  un  intérêt  réel  pouf  em- 
^  pêcher  l'accroissement  de  puissance  des  deux 
»  cours  impériales ,  et  principalement  de  celle 
»dé  Tetopereur,   Sa  majesté  prussienne  doit 


388  VIP  PERIOpp. 

».  sentir  vivemeni  cet  intérêt,  ei^ ^î  pe  prince 
S)  conservait  toute  sa  vigueur,  il  n'y.  a  aucun 
»  doute  qi^'il  n'airaat  mieux  empêcher  les  acqui- 
»  sltions.que  Joseph  bi  pourrait  faire ,  que  àe  se 
»  procurer  un  équivalent  pour  les  contreba- 
»  lancer. 

.  »  On  peut  donc  raisqnnfiblement  croire  que 
»  le  roi  (Je  Prusse,  prêtera  plus  volontiers  l'oreille 
»  aux  ouvertures,  que  le  roi  jugera  devoir  lui 
»  faire  pour  contenir  l'empereur.  Cette  pré- 
»  somption  acquiert  un  nouveau  degré  de  pro- 
»  habilité ,  lorsque  l'on  considère  que  le  roi  de 
»  Prusse  a  vu  de  tous  les  temps ,  avec  autant 
»  d'inquiétude  que  de  jalousie ,  l'alliance  du  roi 
»  avec  la  maison  d'Autriche  ^  et  que  l'objet  le 
»  plus  cher  de  ses  vo&ux  a  toujours  été  de. la 
»  rompre.  Les  conjonctures  actuelles  lui  don-- 
»  nent  certainement  l'espérance  de  remplir  en- 
»  fin  cet  objet  essentiel  de  sa  politique. 

»  Mais  les  démarches  à  faire  vis-à-vis  de  Fré- 
»  déric  II ,  demandent  à  être  compassées  de  raa- 
»  iiière  .que  ce.  prince  ne  puissp  ni  en  abuser , 
»  ni  en  tirer  avantage  pour  former  des  préten- 
»  tions  .exorbitantes  j  Al  importera,  surtout  de 
»  leur  donner  une  base  pi^opre  à  en  assurer  le 
»  succès. 

.  »  Pour  remplir  ce  dernier  pbjet  ,  •  il  semble 

»  que  la  méthode  la  plus  simple  et  la  plus  sûre 

«)»  sera  de  coni^iejr  ,  avec  franchise  au  roi  de 


LIVRE  VIII.  S89 

»  Prusse  ,  la  relation  dans  laquelle  le  roi  se 
»  trouve  à  Tëgârd  de  Tempereur.  On  pourrait, 
»  pour  cet  effet ,  communiquer  à  ce  prince  le 
»  piremier  office  remis  au  comte  de  Merci  ;  la 
»  réponse  que  le  ministère  autrichien  vient  d'y 
»  faire ,  et  les  nouvelles  représentations  qui 
»  vont  être  envoyées  à  Vienne.  Cette  commu- 
B  nîcation  présente  d'autant  moins  d'inconvé- 
V  nient ,  que  les  réflexions ,  que  les  pièces  en 
9  question  renferment ,  ne  pourront  qtie  fixer 
»  Topinion  avantageuse  que  le  roi  de  Prusse  a 
»  déjà  de  la  politique  du  roi ,  et  que  sa  majesté 
»  peut  les  avouer  k  la  face  de  -toute  l'Europe. 
9  D'ailleurs,  la  communication  que  l'oupro- 
»  pose ,  prouvera  au  roi  de  Prusse  la  confiance 
»  que  le  roi  met  dans  ses  lumières ,  dans  ses 
»  principes  et  dans  ses  vues  ,  et  elle  devra  natu- 
»  rellement  exciter  celle  de  ce  prince ,  et  le'dis- 
»  poser  à  s'expliquer  dé  son  coté ,  sans  réserve 
»  sur  sa  position  à  l'égard  des  deux  cours* Irife- 
>»  périales.  ... 

»  Dans  la  supposition  ,  ^lus  que  pt^ôbable'^ 
T)  que  rien  n'empêche  le  î-oi  de  Prusse  de  s'en- 
»  tendre  âVec  le  roi ,  il  semble  convenable  d^in- 
»  viter  ce  prittce  à  confier  à  s»  majesté,  sa  ma- 
»  oière  d'envisager  l'usurpation  méditée  par 
»  leurs  majestés  impériales.  '  <  . 

»  Si  l'empereur  s'excuse  de  prêter  son  coh-^ 
»  cours  pour  sauver  la  Crimée  et  le  Kubanlj^ 


\ 


590  VU^  PÉRIODE. 

»  mais  S'il  se  détermine  à  n'en  pp)tU:  prétendre. 
2>  de  compensation ,  il  sembla  que  I21  France  et 
D  la  Prusse  pourront  s'abate^iir  ^e  4émonstra- 
»  lionç  menaçantes  popr  fi»auvjBr  ces  d^x  pro- 
jf  vinc^^  r  en  çCfet ,  3i  les  Tnrcs  et  les  Russes 
3»  sont  livrés  à  eu^-n^éiines ,  \\  y  a  gtande  appa-^ 
»  repce  que  le  poids  de  la^  guerre  pèsera  prin- 
)>  cipalemeut  sur  Catherine  11  ;  et  que  le  défaut 
»  de  moyens  forqera ,  à  la  longue ,  cett^  prin- 
yk  cesse  à  rappeler  4es  armées  affai^li^  et  mé-> 
»  contentes. 

«>  Mais  si  losepl^  ri  (qu'il  se  montre  en  fsiveur 
D  de  la  Russie  Qv  non)  croit  devoir  prendre  sur 
)>.  les  Turcs ,  un  équivalent  pour  la  Crimée  et  le 
».  Kuban  ;  $ilors  Le^t  de  c^ic^^s  éprouvera  un 
»  changement  es^ptiel  ;  e|;  les  conrô.  de  Ver- 
»  sailles  et  de  Berlin  aQrpnt  un  intérêt  foommnn , 
D  soit  à  empêcher  ce  changement ,  soit  à  dimi-> 
»  nuer  les  effets.  Cet^ntér^t  sera  in£inimei|t  plus 
»  gr;ii>4)  si  Içs  dçqi^.çqur^  impériales  entendent 
»  donner  à  leur  système  d^accaparement ,  tqute. 
»  Textension  dont  <>^,^^^  autori^  à. les  soup- 
»  çonner.  C'est  donc  principal^mei^t  ^  l'égard 
»  de  ces  deux  hypothèses  i  qu'il  ^'agvc4.  de  s'^s- 
»  surer  de  l'opi^iQfi  e^  i^s  yij^e^  d^  ^^  m^tjesté 
»  prussi^pnç.  :  .  ./        * 

i>  Mais  de  simples  questions  ne  j^iiffircint  pro« 
A  bahlement  pas,  pour  ei^ciiçr  pe^  prii^ceà  s'ex- 
»  pliquer  san^  réserve;  il  conviendra ^ans  doute 


LIVRE  VIIL  .  391 

p  de  lui  exposer  y  non-seulement  le  sentiment 
»  do  roi  sur  les  entreprises  d^&  deux  cours  în^* 
»  péri^iles,  mais  aussi  de  le  prévenir  que  sa  ma* 
»  jesté  est  disposée  à  se  concerte?  sur  les  moyens 
3»  qui  seront  jugés  propres  à  arrêter  les  progrès 
îD  de  Iei>r  système  pernicieuse  9  et  à  maintenir  U 
I)  tranquillité  de  l'Europe  en  préservant  les 
¥i  Turcs  d'une  entière  destruction^ 

»  Il  se  présente  jci  une  question  qui  exige 
»  l'ei^amen  le  plus  n)ur  et  le  plus  réfléchi: 
»  quelle  xnatche  oppasierort-on  de  préférence  aux 
»  deux  cours  impériales  ? 

ik  Si  les  Turcs  se  déterminent  k  voir  tranquil- 
9  lement  les  provinces  tartares  changer  jde  do- 
]»  minatiou  ;  et  si  l'empereur  se  borne  à  une 
»  ou  deu;s(  provinces  Jurques ,  l'équilibre  de 
9  puissance  entre  ce  prince ,  la  France  et  la 
9  Prusse )  sera  ébranlé;  maisH  sera  facile  de  le 
»  réparer  j>ar  des  équiyaLens.  Le  roi  de  Prusse 
»  en  trQuvera^dans  son  voisinage ,  et  le  roi  eu  a 
»  sou^  sa  main.  U  semble. que  cette  méthode 
j>  serait  plus  utile  et  plus  sûre  qu'une  guerre , 
»  qui  occasionnerait  det grandes  dépenses^  et 
y  dont  l'issue  serait  aussi  incertaine  que  sa  du- 
»  rée.  Il  y  a  lieu  de  présumer  que  ce  plan,  au- 
y  rait  l'aveu  du  roi  de  Prusse*  Car  on  est  aut;o-  v 
A  risé  à  croire  quç  ce  prince ,  à  Tâge  où  U  est  « 
0  aura  de  la  répugnance  pour  la  guerre)  et  qu'il 
»  préférer^  des  acquisitions  paisibles.  Il  est  vr^û 


592  VIP  PÉRIODE. 

»  que  sa  majesté  prussienne  pourrait  egaliement 
»  acquérir  en  se  rapprochant  des  deux  cours 
»  impériales  ;  mais  il  est  à  considérer  que  l'ob- 
»  jet  capital  de  ce  monarque  est  d'anéantir  l'al- 
x>  liaiice  subsistante  entre  la  France  et  la  mai- 
»  son  d^Âutriche;  et  qu'il  n'a  que  cette  occa- 
»'siôn'  qu'il'  guette  depuis  long  -  temps  ,  pour 
»  atteindre  à  ce  but. 

'  »  Miais,  avant  dé  mettre  A  exécution  le  plan 
»  quî'viènt  d'iêti^e  prof)ôsé ,  il  conviendra  que 
»  ces  dfeux  souvet'âiris  s'adressent  en  commua 
»  à  l'empereur  ;  qu'ils  lui  représentent  le  préci- 
»  picè  où  peut  réntraîher  son  système",  qu'ils 
»  exhortent  ce  princîfe  ,  non  seulement  à  s'en 
»  désister;  matsa'ussr  à  àri'êter  Catherine  ir. 

»  Cette 'déùiarche.,  *%  elle  est  infructueuse 
»  (comme  il  y  a  lieu  dé  le  pîrévoir),  justifiera 
»  au'mbins  lés  cours^de^  Versailles  et  de  Berlin 
»  aux  yeux  de  toute  lîiiiFôpe  ;  elle  sdlisfera  à 
»  ce  qiie  pouvaiciîi'èxigéi^'d'elles  feur'delicâtesse 
»  et  leur  désintéressement,  et  elle Téâ  autorisera 
»5  se  nâffitir  dès?  éqù'iVîilens  qù^ellHs  Ijdgeront 
»  nécessarres  ponrTeut*  sûreté  respective.  Mais 
jr  si  lés'déux  cotirs  impéi^iales  véulent'^xécuter 
)rîèùr'gr2ttid'*system'e,''c'ést-à'-dîre  ,^*sî-enes  en- 
j>  trepréhnent  la  déstt*Uttion  de  l'êmpîte  otto- 
p  âtoh  en  Europe,  dlbrs  des  équivale hè  taé  re- 
»  médierbnt  qu'*incbîttpTétement  au  thaï ,  parce 
»  que  les  Pays*Bas  hc^\iompeiiseront  ni  la  dimi- 


LIVRE  VIIL  593 

»  nution  de  la  puissonce  relative  de  la  France , 
»  ni  ranéantisseoient  de  son  riche  commerce 
3  dans  le  Levant.  Ainsi  dans  rbypothèse  dont 
»  il  s'agit,  le  parti  des  armes,  quelque  fâcheux 
»  qu'il  soit,  pourra  devenir  d'une  nécessité  ab- 
»  soiue  :  cette  vérité  a  déjà  été  établie  dans  un 
X  mémoire,  qui  a  passé  sous  les  yeux  du  roi  et 
9  de  son  conseil.  11  y  a  toute  apparence  que  le 
»  roi  de  Prusse  envisagera  les  choses  sous  le 
»  même  aspect.  Ce  prince  pourrait  sans  doute 
«donner  une  grande  étendue  à  ses^équivalens; 
«mais  ils  ne  sauraient  entrer  en  comparaison 
À  avec  les  avantages  de  tous  genres,  que  l'em-. 
3>  pereur  s'assurerait  en  poussant  ses  conquêtes 
9  jusques  à  la  mer  Adriatique. 

»  Il  est  un  point  qu'il  convient  de  fixer  pré-* 
i»  liminairement  à  tous  les  autres,  parce  qu'il 
»  doit  servir  de  direction  pour  la  marche  de  la 
»  négociation 'à'  entamer  avec  le  roi  çle  Prusse  , 
i>  et  surtout  parce  qu'il  en  déterminera  néceis* 
»  sairement  lé  sort: 

»  Il  a  été  remarqué  plus  haut ,  que  l'objet  le 
»  plus  cher  des  vœux  du  roi  de  Prusse  était  de 
»  faire  cesser  ralliânce  subsistante  entre  le  roi 
»  et  l'empereur^  e(  de  renouveler  celle  qui  unis^ 
}>  sait  autrefois  la  France  et  la  maison  de  Bran- 
»  debourg.  H  faut  s'attendre  que  sa  majesté 
»  prussienne  dirigera  iuvariablemeiTt  son  lan- 
»  gage  vers  cet  objet  ;  et  que  ;si  son  espérance 


394  Vil-  PÉRIODE. 

»  de  le  remplir  n'est  pas  alimentée ,  il  se  tiendra 
joisur  la  rëserre,  et  peut-iétre  péme  se  résoudra 
3x  à  changer  de  système  en  se  rapprochant  des 
9^  deux  cours  impériales. 

I)  II  importe  donc  que  le  roi  prenne  dès  k 
av  présent  une  résolution  précise  sur  l'article  de 
»  i'allianoe ,  et  la  nature  de  c^tte  résolution 
»  semble  se  présenter  d'elle-méine. 

»  L'alliance  avec  Tempereur ,  malgré  les  at- 
»  teintes  qu'elle  a  portées  à  la  considération  de 
j«  ia  France ,  avait  en  elle-même  v^Xk  ava^at^e 
»  réel ,  celui  d'assurer  la .  tranquillité  di4  cou- 
»  tinent  ;  mais  dès  ique  ce  résuUa^  es(  dét^t  \ 
«  dès  que  l'empereur  se  permet  toi|t;es  1^^  en- 
»  t reprises  qui  lui  présentent  quelque  avantage; 
»  dès  que  ce  prince  prend  des  engageo^ens  cqu- 
xi.traires  à  se^  obligations ,  et  ^u%  intérêts  essen- 
»  tiels  dé  son  allié  ;  alors  l'alliance  se  trouve 
j|  rompue  par  le  propre  fait  ^e  sa  np^^'esté  imj|^é« 
»  rtale ,  efi  le  roii  pe  peut  plus  la  maintenir  saP9 
»  faire  le  sacrifice  de  sa  dignité  ^  de  sa  çonsidé- 
»  ration  et  de  Tiotérét  de  son  état  ;  aaqs  s'expo- 
«'.aer  k  demeurer  sans  alKé ,  au  milieu  de  souve- 
nt rains  qui  ne  connaissent  plus  d'autre  Iqî  que 
»  \iAxr  convenance ,  et  pour  qui  le  droit  de 
3)  propriété  est  une  chimère;  enfin ,  sans  deye- 
»  nir ,  en  quelque  sorte  ,■  le  complice  de  toutes 
»  les  injustices ,  de  tous  les  actes  de  prépo- 
»  tence  ,  en  un  mot ,  de  tous  les  maux  que 


XIVRE  VIII.  395 

»  produirai  jourudl^mept   Tambition  de  Jq^ 
»  seph  If. 

f  Au  T^%ey  en  étstblissant  hypqthétiquei|i€int 
v  que  TalUauce  avf  c  Vemperei^r ,  ne  saïuFait  être 
»  continuée  ,  et  en  proposant  celle  qui  a  été 
«  autrefois  avec  la  cour  dé  ^erliîn  «  on  ^$t  bien 
»  éloigné  de  conseiller  d'puvrir  par  là  la  oégOr 
»  ciatipii  q\i'il  S'agit  d'entani^r  s^v^  Qette  cpiir  ; 
y>  ofi  pe^ae ,  a^  contraire»  que  çet^Q  révqlutÎQQ 
»  ne  pourra  être  que  la  coQftéqyf  qce  du  refus 
»  pérenfiptoÎFe  de  TeaipereuF  d^  concourir  avec 
j>  le  roi ,  au  salut  de  l'empire  turc  ,  çt  que  le 
»  roi  de  Prusse  ne  doit  l>ptr«^voiir  ^t  Vespércir , 
9  que,  comme  qp  efiCpt  d^  tifi^s^re»  que  la  faiMSjs^ 
»  politique  de  sa  majesté  impériale  nous»  for- 
n  cera  de  prendre  pour  en  atténuer  les  progrès. 
»  £n  uq  mQ% ,  la  rupture  de  Talliance  avec,  la 
y>  maison  d'Autriche  devra  étrç  l'ouvrage  do 
9  fempereur  lui-piéme ,  et  le  r^i^iouveUenient 
Ji  de  nos  anciens  lieps  avec  le  roi  de  Prusse  • 
^  sera  l'appât  qui  deyra  amener  ce  prince  a  p^i> 
ï>  tager  les  vues  de  sa  jnaje^té  ^  IVg^^d  de  la 
»  Porte  ottomane,  et  le  Rsultat  des  engagc|Qien# 
».  qui  devront  cimenter  cette  coalition. 

»  J'ajouterai  pour  dernière  réflexion  ,, qu'en 
»  nous  appropriant  l'exemple  de  la  maison 
»  d'Autriche,  à  notre  égard,  nous  pourrions 
»  nous  contenter  d^ui^  traité  d amitié  avec  le  roi 
j>  de  Pry^ie  >  et  4'i4^f  garantie  des,  possessions 


5^  VIP  PÉRIODE. 

^r  respectives ,  lesquels  ne  pourraient  tourner  à 
»  l'offense  de  personne.  . 

3>  Les  détails  dans  lesquels  on  est  entré  dans 
»  le  présent  mémoire,  conduisent  aux  résultats 
>>  suivans  : 

^î'i*^.  »  Confier  au  roi  de  Prusse  les  démarches 
:s>  faites  auprès  de  l'empereur; 

a**.  »  Inviter  ce  prince  à  confier  à  son  tour , 
»  son  opinion  sur  lé  système  des  deux  cours  im- 
»  périales ,  et  lengager  à  se  joindre  a  sa  majesté 
»  pour  faire  de  nouvelles  i:*epréséntations  à  l'em- 
»''pereur;         •  -  •*  > 

'  3*.  »  Ges'représehtatibîis  iàiii^ont  pour  objet, 
y  l'abandon,  de' là  Grimée  et  du  Kùban'par  la 
i)*Russié;-   '       '  "i"'»  *   ' 

*  4^-  »  Si  ces't^épréîséîitations  66nt  ibfrûctueases, 
iil  s'agira  de  déterminer  là  niaccbe  à  suivre 
»  pour  y  suppléer  ; 

^  *3^i  »  Si  la  Russie  se  borne  àia' Crimée  et  au 
n  Ruban,  et  Tempereur  à  4inè  ou  deux  pro- 
^  vînces  tuMuesylc  roi  et  le  ro4  dé  Prusse  en 
»  pfrendtont*  chacun  ,||de  son  côté  ,'  l'équiva- 
*  lent  ;.  .    ^       î.     *  .  f    » 

6**.  »  Si  les  deux  cours  impérialèë  entreprèn- 
»*nent  le  dén^embrement  de  l'empire  turc,  sa 
»  majesté  et  té  rm  de  Prusse  deVront-ils  préfé- 
»  ter  la  gueilfe  auxéquivalens?  ' 

7^i  »  Il  convient  de  déterminer' dès  à  présent, 
»  mais  éventuellement  stxxXtm^nij  le  sort  de  l'ai- 


LIVRE  VIII.  397 

»  liance  subsistante  entre  le  roi  et  la  maison 
»  d'Autriche.  » 

Par  suite  de  ce  mémoire,  une  négociation 
directe  fut  ouverte  eatre  les.  cours  de  Versailles 
et  de  Berlin. 

.  Cependant  Timpératricede  Russie  suivait  ses 
projets  contre  les  Turcs.  Elle  les  avait  amenés 
à  souscrire,  le.  10  de  juin  1783  ,  un  traité  de 
commerce  fort  avantageux  pour  elle ,  et  à  peii 
près  dans  le  même  temps  y  elle  faisait  occuper 
par  ses  troupes,  la  Crimée,  Tile  de  Taman  et  le 
Ruban. 

Joseph  11  signifia  alors  à  la  cour  de  Versailles» 
Tintention  où  il  était  de  fournir  à  la  cour  de  Pé* 
tersbourg ,  son  alliée ,  une  armée  de  cent  vingt 
mille  hommes. 

Le  ministre  de  la  çzarine  à  Constantinople , 
remit  au  divan ,  à  la  fin  de  1783 ,  une  note  con- 
tenant en  substance  :  «  Qu!U  devenait  indis- 
»  pensable  que  le  grand-seigneur  ratifiât  la  prise 
»  de  possession  de  la  Crimée  ^  de  Tile  de  Taman 
»  et  du  Kuban.  » 

Après  d'assez  longues  discussions  et  négocia* 
fions,  Fambassadeur  de  France*  comte  de  Saint- 
Priest,  obtint  du  ministère  ottoman ,  qy^il  si'* 
gnerait  à  Constantinople,  un  traité  le  8  de  jan- 
vier 1784,  portant  :  i*^.  La  cession  à  perpétuité 
de  éa  Crimée ,  de  l'ile  de  Tamaa  et  du  Kuban  à 
la  Jlutsie  ;   .  .      , 


Sg^  VU*  PÉRIOèfe. 

a^.  La  confirmation  des  traités  et  conventionit 
de  1774,  1775  et  1779,  ainsi  que  du  traité  de 
Commerce  de  1783^  à  l'exception  des  articles  de 
la  convention  expUcatite  du  ûl  de  mars  1779, 
concernant  l'indépendance  des  Tartares,  les- 
quels articles  étaient  annulés;- et  l'assuï'ance  et 
garantie  à  la  Porte ,  par  la  cour  de  tLttssie ,  dé  la 
|>ôssession  et  là  propriété  dé  là  ville  d'Oczàkoff 
et  de  son  territoire  ^ 

3".  Que  la  rivière  du  Kubaû  servirait  désor-* 
inais  de  limites  aux  deux  empires. 

M.  de  Sâint*Priest,  qui  avait  joué  le  rôle  dé 
conciliateur ,  au  nom  dé  la  France ,  reçut  pour 
prix  de  ses  bons  dfficéâ,  outre  des  présens  con* 
sîdérables  en  argent  et  eti  diamant,  lé  cordon 
de  l'ordre  de  Saint- André ,  que  Louis  xvi  lui 
permit  de  porter. 

Oh  tie  peut  se  dissimuler  que  là  Porté  ne  côn- 
dut  dans  cette  occasion  ,  un  traité  encore  pluà 
défavorable  que  n'avait  été  la  convention  du  2t 
de  mars  I779;  tnBlÀ  là  cour  de  France  peùsâ 
que  sortant  elle-même  d'une  guerre  coûteuse , 
il  lui  était  àvanj^geux  que  les  'ï^urcs  évitassent 
une  querelle  qui  eût  pu  là  brouiller  avec  les 
cours  de  Vienne  et  de  Pétersboùrg. 

Le  traité  entré  la  Porte  et  la  Huisie  \,  était  fâ- 
cheux pour  la  première ,  si  oh  le  éorisidère  dé- 
gagé des  accessoire^  et  des  circonstances;  mais 
tel  était  le  peu  de  confiance  qu'inspiraient  à 


LIVRE  VIII.  Sg^ 

cette  époque  Tarmëe  et  le  ministère  ottoman  ^ 
qu^oii  était  a^sez  généralement  conTaincu  que 
la  Porte  ne  pouvait  acheter  la  paix  avec  les  deux 
cours  impériales  par  trop  de  sacrifices,  puis- 
qu'elle ne  pouvait  compter  ni  sur  Talliance  de 
la  France ,  ni  sor  Celle  de  l'Angleterre. 

Quant  auK  prétentions  de  Joseph  ii  «  qui  aspi- 
rait à  la  Moldavie  et  à  la  Valachie ,  elles  fureiit 
entièr^nent  repoussëes  par  les  insinuatiptis  de 
la  France  elle-même ,  auprès  du  divan* 

M.  de  Vérgennes  dit  à  cette  occasion  :  «  Au 
>  moins  l'empereur  n'a  rien  eu  ;  et  la  satisfac* 
9  tion  de  la  cour  de  Pétersboui^»  qui,  àla  vé-^ 
»  rite  pèse  éminemment  sur  les  Turcs  ,  n'est 
2>  d'aucun  préjudice  |Kiur  la  France.  » 

L'acquisition  de  la  Grimée  n'était  pourtant 
pas  k  beaucoup  près  iudifférente  pour  la  France. 
Mms  quand  on  ne  peut  arretar  tout  le  mal ,  on 
s'eetime  heureux  d'y  mettre  des  bornes» 

L'empereur  Joseph  ii  avait  annoncé  en  no-     1785. 
vembre  1705,  et  bien  plus  ouvertement  encore  u  France  lor» 
en  mai  1764 ,  des  prétentions  excessives  à  l'égard  entre  Tem^t 
des  Provinces^Unies  ;  prétentions  etx  vertu  desf  S^Ln^** 
quelles  il  réclamait  la  libre  navigation  de  l'Escaut 
pour  ses  sujets  des  Pays-^Bas ,  la  cession  de  Maës- 
tiicht.,  et  une  somme  de  soixante  millions  de 
florins.  Les  Province9-*Unies  manifestèrent  une 
résistanoe  si  ^^e  aux  prétentions  de  Joseph  if  ^ 
qtfe  la  gueire  paraissait  inévitable ,  surtout  de* 


4op  VIIVPÉRIODE. 

puis  qyte  les  Hollandais  eurent. fait  tirer  sur 
un  bâtiment  autrichien^  qui  se  rendait  à  An- 
-vers. 

Cette  contestation  inattendue  jeta  la  France 
dans  un  grand  embarras  ;  car  d'un  côté,  elle  ne 
pouvait  souffrir  une. diminution  aussi  Sensible 
^e  la  puissance  hollandaise ,  dans  un  moment 
où  elle  négociait  avec  les  états-généraux  un 
traité  d'alliance;  et  d'un  autre  côté,  elle  ne 
voulait  point  se  brouiller  avec  l'empereur,  à 
l'issue  d'une  guerre  dont  les  plaies  saignaient 
encore  ,  et  lorsque  les  grands  frais  qu'elle  eût 
pu  occasionner,  eussent  accéléré  la  crise  fatale , 
dont  le  mauvais  état  des  finances  semblait  déjà 
donner  des  pressentiment. 
'  Dans  cette  situation  des  choses,  les  états  gé- 
néraux firent  sonder  l'ambassadeur  de  France 
à  la  Haye  y  le  duc  de  la  Vauguyon,  lequel  leur 
transmit  un  office ,  d'après  lequel  Louis xvi  con-^ 
sentait  à  s'interposer  entre  l'empereur  et  les 
Provinces-Unies. 

M.  deTergennes  remit  au  roi^  un  premier  mé* 
moire,  le  i4  d'octobre  1784.  H  y  établissait  l'in- 
térêt de  plu»  d'un  genre ,  que  la  France  avait  à 
prendre  à  la  contestation  présente;  exposant 
"  en  même  temps,  le^dangers  auxquels  ppurrait 
entraîner  une  résolu  tion  trop  précipi  tée  à  Tégard 
de  l'empereur,  avec  lequel  il  engageait  le  roi 
d  ouvrir  une  correspondance  directe  pour  le  dis- 


»' 


LIVRE  VIII.  Aoh 

posera  à  la  modération  et  à  la  paix  (i).  M.  de 
Vergennes  observait  que  si  cette  voie  était  aaos 
succès,  le  roi  serait  alors  autorisé  a  prendre  des 
mesures  coërcitives,  pour  arrêter  le  torrent  de 
l'ambition  de  son  beau-frère;  parti  qui,  toute- 
fois ,  ne  devait  pas  être  pris  légèrement ,  et  sans 
avoir  soigneusement  approfondi  les  moyens 
extérieurs  et  intérieurs  de  le  soutenir.  Le  minisr 
tre  passait  en  revue  les  rapports  de  la  Franqe 
avec  la  Prusse,  avec  la  Saxe,  avec  la  cour  de 
Turin,  qu'on  .pourrait  s'attacher  par  des  sub- 
sides; mais  il  observait  qu'on  devait  attendre  un 
bien  faible  concours  de  la  part  de  l'Espagne; 

oc  On  pourrait  encore ,  disait  M.  dé  Vergennes, 
»  con^ pter  dans  le  nombre  des  puissances  qu'il 
»  serait  possible  d'armer  contre  la  cour  dç 
9  Vienne  ou  contre  la  Russie  son  alliée ,  la  Suède 
»  et  la  Turquie;  mais  l'une  est  si  disetteuse, 
»  r<iutre  si  faible  et  si  lâche,  qu'il  n'est  guère 
9  possible  de  faire  un  fond  assuré  sur  une  di« 
»  version  de  leur  part,  quelle  que  soit  leur  ^ 
j>  bonne  volonté. 


(i)  CeUe  correspondance  ent  lien  en  effet;  et  c'est  aux 
•explications  qu'elle  amena  insensiblement  que  l'on  doit  Tac» 
commodément  auquel  l'empereur  se  prêta ,  mais  après  avoir 
manifesté  l'humeur  lu  plus  aigre ,  piqué  de  ce  que  le  roi» 
qu'il  croyait  domina  par>  le  crédit  de  la  reine  »  l^'aTait 
écouté  en  définitif,  que  l'aiFis  de  son  conseil. 

VII.  36 


•4oa  VIP  PÉRIODE. 

»  Ce  fié  tuerait  pas  aisez  éfi  tapptocbet  les 
^  tnoyens  extérietirs'  sur  lesquels  on  pourrait 
1^  <ïOïïipter  dans  le  cas  de  la  guerre  ,:Ài  Ton  n'est  k 
»  assuré  des  lïioyens  intérieurs  qui  doiTetil  leur 
»  donner  du  mouvement  et  deTaclion..-,  Le  roî 
»  tte  pourrait  se  dispenser  d'avoir  trois  armées 
^  sur  pied  ;  ce  qui ,  joint  QU%  subsides  dont  il 
>  sei'ait  difficile  de  s'affranchir^  formerait  un 
»  aperça  considér^ible ,  tjui  devrait  re^îetoît  en* 
i>  core  un  prodigieux  accroissement ,  si  la  guerre 
»  tenait  à  s'étendre  sur  la  mer.   . 

»  Quoique  tout  ifa'vite  l'Angleterre  à  la  conser- 
»  vàtiott  de  la  paix  ,-^1  que  la  querelle  élevée  entre 
•j^lVmpereur  et  les  états-généraux,  smt  étràn- 
%  gère  à  ses  intérêts ,  <^épendatit  il  pouirrait  être 
«  imprudent  de  compte**  sur  son  indifférence  et 
v>  sur  son  inaction  BhB(AMe.LaJàhusiede  la  nation 
»  'êmglaise  contre  la  France ,  est  si  €Ed%>e  ^'eile 
»  M5?m/f  servir  ses  intérêts ,  en  prJhipiêant  sa  ¥uine 
»  pot&iïuire  à  saji^alè.  Xksé  vérité  qui  n'eist  paa 
»  coçile*s4ée ,  est  que  la  Fl*aiice  toute  puissante 
»  qu'elle  est,  ne  peut  pas  soutenir  avec  égalité 
3»  xïiiid  double  guerre  de  terre  et  de  mer.^  Il  est 
D  donc  de  la  plus  haute  importance  de  ne  paa 
>», s'embarquer   précipitamment;   de  réfléchir 
»  mûretneliC  la  Téselutîoti  qu'il  s'agira  de  {>rea-* 
dvIw,  et  de  n'en  prendre  aAcun«  sans  avoir 
*  balancé  avec  la  plus  sôrupuleuisè  texslfctitudei, 
»  les  moyens  de  la  SQulenir.  C'est  au  joiinistre 


% 


LIVÇE  VIII.  4o3 

»  de$  finances  principalement  ;  à  établir  cette 
»  balance ,  en  comparant  la  masse  des  dépenses 

D  avec  celle  des  ressources Ces  observations 

»  paraîtront  peut-^tre  timides  ;  mais  on  s'est  si 
»  soorreat  engagé  dans  la  g^eire  y  sans  ^voir  eal- 
•  calé  le  poids  des  dépenses  à  porter ,  et  la  pos- 
ai sibilité .  de  sa  ^urée,  q«e  répuisetnent  des 
9  moyens  a  presque-^ouj^ars  4i<^é  des  ptâx  peu 
»  honoratdes.  •  -^       . 

»  Si  c^est  uQe  erreur  éi  paraître  quielqnefois 
»  négliger  des  intérêts  de  quelque  considéra  tion , 
9  c'en  est  une  bien  plus  capitale  ^  d'edtfc^èprendre 
»  au-^elà  de  ses  forces ,  et  de  -fiiiir  wt  mettre  à 
»  d^ouvert ,  l'épuisemewt -de  ^s  moyens  et  son 
»  impuissance.  Cequedtfnsle  premier  cas,  une 
«puissance  perd  en  t^pinionv  ^He  le  regagne 
»  bîeatdt  par  la  réilité  des  iotce$  qu'ette  con- 
»  serve,  etic.  »  '    •  •  ■ 

Par  soite  d'avis  abasi  réfléchis,  le  roi  fit  re- 
mettre 4  i'emperetH* ,  lé  tj  de  novembre ,  la 
déclaration  suivante  i       - 

«  L'umitié  tiincère  ^  qui  attache  le  roi  àfen^pe-^ 
9  reur ,  'Ct  les  vœux  que  sa  majesté  formé  pour 
»  le  maintien  de  la  tranquillité  publique ,  lui  font 
a»  un  devoir,  de  s  expliquer  sams'  réserve ,  avee 
«>  sa  majesté  impériale ,  sur  le  différend  qui 
»  s'^^st  éle<vé'  entre  ce  monarque  et  les  4Pro- 
»  vinces-Unies.  Le  roi  hésite  d'autant  moins  à 
9  exprimer  sa  façon  de  penser  rar  cet  impor- 


4o4  Vtr  PÉR.10DE. 

p  tant  objet,  que  la  pureté  de  ses  principes  et 
»  de  ses  intentions  ne  peut  être  révoquée  en 
»  doute. 

»  Sa  majesté;»  en  employant  à  la  demande  des 
»  deux  partis  ses  bons  offices ,  pour  concilier 
9»  l'enapereur  et  les  Provinces-Unies,  s'est  abs- 
»  tenue  ^'articuler  aucune  .opinion  sur  le  fond 
»  des  preDQières  prétentions  de  sa  majesté  impé- 
»  riale.  Le  roi  se  prescrit  encore  le  même  silence  ; 
»  mais  riniéi:êt  qu'il  prend,  à  la  gloire  de  Tem- 
»  pereur^  l'autorise  à  lui  observer  que  ses  pre- 
j»  migres  pr(éf  entions  et  la -demande  de  l'ouver- 
)»  tuite  de^'Escaut,  de  sauraient  être  considérées 
^  sous  le  même  point  de  vue.  I^es  Hollandais,  en 
V  résistant  à  cet te,dera)ère. demande,  n'ont  fait 
^,  que  spujtienir  up.droilqu'ils  exercent  sans  trt)u- 
»  ble  4é|^uj[3  près  d'un  siècle  et  liemi ,  qui  leur 
»  est  assuré  par  un  traité  solemnel;,.  et  qu'ils 
»  re^râ^urtlcpinme  Jeifondiement  deileur  pros- 
p  petite  ^t  .-iftêmfe  de  leur  iexistcince  s  il  semble 
»  résulter  de-là,  que  le  refosf  des  étalSfgén«raux 
«  ^Cgui/éê  porte  cfue:  sur  jun  objet  de  -compensa- 
»  tiofl)^  ne  dievait  avoir  d'autre  effet  qvte  de  ra- 
wm^Q^X  la  négoqiatibn: entamée  à  Bruxelles^  à 
p  CQ  qtii  est  éno^ncé  dans  le  tableau  sommaire, 
9. et  d'établir  ude  discussion  dont  le ^  résultat 
30  dirait  naturellement  dépendre  des  titres  res* 
»  pectif^.  ' 
.   i>  Le  roi  désirerait  d'autant  plus  que  cette  mar- 


LIVRE  Vin.  4o5 

)>  che  fût  adoptée ,  qu'elle  pourrait  conduire  à 
D  des  arrangemens  équitables. 

r>  En  suivant  une  marche  opposée,  il  est  à 
»  craindre  que  l'empereur  n'eicite  une  inquié- 
»  tude  générale  ;  .et  que  la  plupart  des  puissances 
9  ne  se  croient  dans  le  cas  de  prendre  les  précau- 
j>  tions  et  les  mesures  que  les  évéoemens  pour- 
»  ront  exiger  de  leur  part.  Le  roi  lui-même  ne 
p  pourrait  se  dispenser  d'assembler  des  troupes 
»  sur  ses  frontières.  D'ailleurs,  dans  aucune 
>  hypothèse, ^a  majesté  ne  pourrait  être  indif* 
I»  férente  au  sort  des  Provinces -Unies ,  «t  les 
»  voir  attaquer  dans  leurs  droits  et  dans  leurs 
»  possessions.  Sa  majesté  le  peut  bien  moins  au<* 
3>  jourd'hui  qu'elle  est  au  moment  de  consom- 
»  mer  avop  la  république  une  alliance  dont  les 
j>  bases  étaient  arrêtées  avant  les  derniers  diffé- 
»  rends. 

i>  Si  des  considérations  si  importantes  peuvent 
^.déterminer  l'empereur  à  suspendre  toutes  dé- 
»  monstrations  hostiles,  pour  n'écouter  que  la 
y>  voix  de  la  modération  et  de  l'humanité ,  ie  roi 
y>  lui  renouvelle  l'offre  de  son  entremise  entre 
»  lui  et  les  Provinces- Unies  pour  parvenir  à  un 
3»  accommodement  juste.  Sa  majesté  s'y  portera 
»  avec  d'autant  plus  de  zèle,  qu'en  suivant  le 
»  mouvement  de  ses  sentimens  personnels  pour 
V  l'empereur^  elle  aura  la  satisfaction  de  con- 
9  courir  à  éteindre  dans  son  principe ,  le  feu 


4o6  VII»  PERIODE. 

I  »  d'uDB  guerre,  dont  lëé  suites  ser nient  incalcu-- 

I  »  labiés.  » 

1785*  L'em palpeur,  sentant ToppositioD  qu'il  deyait 

reinpereur  et  attendre  de  la  part  de  la  cour  de  Vepfiailles  y  se 

lei  Provinces-  .  i  #  /  ,      /  ' 

Unies,  sous  désista  9  et  les  etatS'^generaux  ayant,  par  une 
de  UTx^e?  resolution  du  24  de  janvier  178a ,  consenti  à  ter* 
miner  leurs  différends  avec  Joseph  11^  sous  la 
médiation  dû  roi  ^  il  en  résulta  un  accommode-- 
ment  que  le  caractère  inflexible  de  ce  prince 
avait  rendu  long^'temps  aussi  difficile  ^u'in-* 
certain* 

Les  articles  préliminaires  de  eette  paix  furent 
signés  à  Paris  ,  le  :2o  de  septembre  1785  »  en 
présence  de  M.  de  Yergennes  y  exerçant  ^  au 
nom  du  roi ,  l'office  de  médiateur. 

Le  traité  définitif  fut  conclu  à  Fontainebleau, 
le  10  de  novembre  suivant,  sous  la  médiation 
et  la  garantie  de  la  France.  La  disposition  prin- 
cipale était  ,  que  Fempereur  renonçait  à  louver-* 
ture  de  l'Escaut ,  moyennant  une  somme  de  dix  ' 
millions  de  florins  (i)^  dont  la  France  consen- 
tait à  payer  quatre  millions  et  demi,  c'est-à- 
dire  4  près  de  la  moitié,  en  divers  paiement 
Considéra-  Quelques  politiques  blâmèrent  la  Cour  de 
traité.  Versailles ,  ,de  s  être  chargée  a  acquitter  quatre 
millions  et  demi  pour  le  simjple  honneur  de  la 
■\i     .-  ■    ■  —  ■       ■  -  ■'■    ■  ■  '•  .•■■.>-- -  - —  — 

(i)  Le  rôi  de  Prusse ,  Frédéric  xi ,  appekit  ce  don  um 
fourboire  donné  à  tem^eur. 


médiation,  et  Vaccélératîon  de  son  allifipcf  avec 
les  Provinces- Unies.  Ces  personnes  pensaient 
que  si  la  cour  de  Versailles  eut  teqi|  ferine,  elle 
At  force lei^  Hollandais  à  se  charnier  d'ui^e  domine 
qui  devait  les  regarder  ei^clusiveraeqt,  comme 
partie  principale  ;  d'autant  plus  que  le  ni^uyai^ 
état  des  finances,  bien  connu  de  M.  de  Ver- 
gennes ,  sepiblait  autoriser  cette  exigence. 

Ceux  qui  parlaient  ainsi ,  ignoraient  sans  doute 
que  la  France  avait  épuisé  toutes  les  ressoDrces 
de  son  crédit  auprès  des  états-générauic,  pour 
les  porter  à  un  arrangement  à  Tamiable  ;  qu  elle 
avaif  éprouvé  de  leur  part  la  résistappe  la  plus 
opiniâtre^  et  un  refus  absolu  de  payer  la  totalité 
des  dix  millioqs,  La  cour  de  Versailles  avait  donc 
jugé  plus  raisonnable  et  plus  économique  de 
faire  quelques  dons  pécuniaires,  que  d'entre* 
prendre  une  guerre  dont  les  préparatifs ,  déjà 
annoncés  à  l'empereur ,  et  sur  lesquels  on  ne 
pouvait  plus  reculer,  eussent  été  infiniment 
supérieurs  au  léger  sacrifice  que  l'on  faisait. 

Pour  bien  apprécier  la  position  de  la  cour  de 
Versailles,  il  faut  considérer  combien  il  était 
important  pour  son  système  général,  d'éyiter  k 
la  fois  la  guerre  avec  la  cqur  de  Vienne ,  et  le 
rupture  de  son  alliance  avec  lesétat$-gépéraux; 
rupture  qui  eût  jeté  ceux  ci  dans  les  bras  de 
TÂngleterre,  dont  ils  étaient  à  peine  arrachés 
après  tant  de  démarches  compliquée^* 


4o8  VIP  Période: 

,78«.  Dès  la  brouillerie  entre  les  ProTinces-XJnies''et 

KalcTettPc*!* l'Angleterre,  en  1781 ,  l'ambassadeur  du  roi  en 
p^^j*^^^^*' Hollande ,  le  duc  de  la  Yaugoyon,  avait  songe 
Unie».  à  resserrer  les  liens  de  la  JFrance  et  de  la  répi!^- 
blîque,  par  une  alliance  défensive,  qui  devait 
au  plus  tard  s'effectuer  à  l'époque  de  la  paix  gé- 
nérale ,  et  il  en  avait  arrêté  les  principaux  arti- 
cles avec  les  membres  prépondérans  des  états  de 
Hollande.  Lorsque  ce  ministre  prit  congé  des 
états-généraux ,  il  reçut  une  députation  solem- 
nelle ,  par  laquelle  il  fut  prié ,  en  leur  nom ,  de 
devenir  auprès  du  roi  son  maître,  l'organe  dé 
leurs  vœux  à  cet  égard. 

Cette  alliance  intéressante,  qui  n'avait  jamais 
été  perdue  de  vue  par  le  cabinet  de  Versailles  , 
fut  réalisée-  le  jour  même  de  la  signature  du 
traité  d'accommodement  entre  l'empereur  et  les 
Provinces -Un  Les.  Elle  avait  été  seulement  dif- 
férée par  la  contestation  entre  Tienne  et  la 
Haye ,  Louis  xvi  ne  voulant  point  s'allier  avec 
les  Hollandais  au  moment  même  de  leur  querelle 
avec  l'empereur,  et  le  comte  de  Vergennes  ayant 
dit  à  cet  .égard  que  la  France  /le  devait  point 
épouser  un  procès . 

*  Le  traité  portait  (art.  II)  garantie  des  trai  tés  de 
Munster  de  1 648 ,  et  d'Âix-la-Chapelle  de  1 748 , 
sauf  les  dérogations  survenues  depuis  ce  temps. 
Dans  le  cas  (art.  IV)  où  les  bons  offices  em« 
ployés  pour  arrêter  une  attaque  contre  l'une  des 


IIVRE  VIIL  409 

deux  puissances ,  seraient  sans  effet ,  elles  de- 
vaient ise  prêter  un  mutuel  secours.  Ce  traité 
fut  signé  au  nom  du  roi ,  par  le  comte  de  Vergen- 
nés,  et  pour  les  états-générau:! ,  par  MM.  Les- 
tevenon  van  Berkenroode  et  Brantzen,  leurs 
ministres  plénipotentiaires.  ^ 

L'alliance  entre  la  France  et  les  Provinces*  Contidén- 
Unies  était  un  coup  de  force  politique,  et  l'onui^i.*" 
n'avait  pu  y  arriver  que  par  une  grande  suite 
de  combinaisons  adroites,  à  la  faveur  desquelles 
on  rompait  Tintimité  de  la  Hollande  et  de  TÂn- 
gteterre ,  et  Ton  privait  le  stathouder  d'une  pré- 
pondérance dont  il  usait  trop  fréquemment  en 
faveur  de  la  cour  de  Londres.  €e  brillant  succès 
fut  dû  principalement  au  duc  de  la  Vauguyon, 
qui,  dans  le  cours  de  son  ambassade  de  Hol- 
lande, s'était  occupé  à  détacher  les  Provinces 
Unies  de  l'Angleterre ,  et  à  les  rapprocher  de  la 
France,  dans  la  vue  essentielle  de  combiner  les 
marines  française ,  espagnole  et  hollandaise , 
pour  détruire ,  ou  du  moins  balancer  la  supré- 
^matie  maritime  de  l'Angleterre. 

Les  conséquences  de  ce  traité  furent  profon- 
dément senties  à  Londres.  En  effet ,  elles  étaient* 
telles  qu'aux  approches  d'une  guerre  maritime , 
la  cour  de  Versailles  ,  en  vue  de  garantir  son 
allié,  et  par  une  suite  de  ses  engagemens,  pou- 
vait envoyer  au  cap  de  Bonne -Espérance  et  à 
Trinquemalé ,  des  fojces  respectables  qui  eus»- 


4ro  Vir  PÉRIODE. 

sent  dëcûié  sa  supériorité  dans  cette  partie  du 

inonde ,  tandis  qu  en  Europe  les  forces  navales 

hollandaises ,  qui  s'élevaient  à  trente  vaisseaux 

de  ^erre  ^eussent   obligé  TAngleterre   à  ea 

maintenir  un  nombre  à  peu  près  égal  dans  la 

^  mer  du  nord ,  pour  conserver  Bes  relations  avec 

la  Baltique,  et  l'auraient  réduite  à  ne  pouvoir 

opposer  que  60  ou  70  vaisseaux  ,  aux.  flottes 

combinées  de  la.France  et  de  l'Espagne. 

17S5.  De  toutes  les  expéditions  où  se  signalent  le 

poiitîqaes      plu8  Ics  talcus ,  Ic  dévoûmeut ,  la  patience  et  les 

donnée»  à  M.  ..  i     ,       -  -i       > 

de  la  Pelouse,  vertus  uiftles  ct  hcroiques ,  il  n  en  est  pas  qui 
soient  supérieures  à  celles  qui  ont  pour  obje( 
de  s'enfoncer  dans  des  mers  glacées ,  de  recon- 
naître des  côtes  désertes,  d'affronter  tes  ressifs^ 
les  courans  et  les  tourbillons ,  et;  de  faire  le  pre- 
Hiier  essai  de  tous  les  périls,  pour  en  garantir 
les  autres  navigateurs  ;  tentatives  généreuses  ^ 
confiées  à  des  homn^es  d'élite ,  qui  quelquefois 
n'ont  pour  récompense  de  leurs  loi'igues  fati* 
gués ,  que  de  descendre  tout  vivans  dans  des 
abîmes,  ou  de  périr  de  faim  sur  des  sables  ari-^ 
des,  les  yeux  tournés  vers  leur  patrie*  Mais  ces 
tentatives  ,  quand  elles  réussisseiit ,  outre  les 
déveioppemens  qu  elles  procurent  à  la  science 
nautique  ,  contribueot  souvent ,  par  les  décou* 
vertes  où  elles  conduisent ,  à  accroître  la  puisr- 
sance  ;  noble  manière  de  conquérir  j.  pourvu 
4]ue  la  découverte  d'qn  p^ys  ne  ^soit  pas  souillée 


LIVRE  VIII.  4ii 

par  des  violences  à  l'égard  d'hommes  înoocetis, 
s(Tumî$  encore  aux  seules  lois  de  la  nalure  ,  et 
qu'elle  ne  soit  que  l'embrassement  fraternel  de 
deux  peuples  qui  ne  s'approchent  que  pour  des 
bienfaits  mutuels.  Telles  étaient  les  vues  qui 
avaient  présidé  au  plan  de  l'expédition  autour 
du  monde,  dirigée  par  le  chef  descadre  la  Pé« 
rouse  ;  expédition  qui ,  aouâ  plusieurs  rapports , 
n'était  qu'une  ambassade  solemnelle  envoyée  à 
toutes  les  nations  sauvages  et  lointaines,  pour 
*les  engager  à  profiter  des  bienfaits  du  roi ,  et  à 
ouvrir  des  relations  avec  la  France.  Les  inatruc* 
tions  données  à  M.  de  la  Pérouse ,  ouvrage  de 
M.  de  Fleurieu  ,  capitaine  de  vaisseau  ,^et  dcr 
puis  ministre  de  la  marine ,  étaient  divisées  en 
trois  parties  :  la  première  contenait  l'itinéraire, 
ou  le  cours  de  la  navigation  à  suivre  parles  deux 
frégates  la  Boussole  et  l'Astrolabe ,  destinées  à 
l'expédition; 

La  seconde  partie  était  relative  à  la  poUtique 
et  au  commerce; 

La  troisième,  à  l'astronomie,  à  la  géographie ^ 
à  la  navigation,  à  la  physique  et  aui^  différentes 
branches  de  l'histoire  naturelle.  On  voit  que  la 
seconde  partie ,  par  son  objet ,  est  seule  du  rea* 
sort  de  cet  ouvrage.' 

D'après  son  instruction^  M.  de  la  Pérouse 
devait ,  i**.  dans  son  séjour  à  Madère  et  à  San- 
Jago ,  se  procurer  des  informations  sur  le  corn- 


4i^  VIP  PÉRIODE. 

nierce  qu'y  font  les  Anglais  et  les  autres  na- 
tions ,  etc. 

3®.  S'assurer  si  l'île  grande  de  la  Itoche  pou- 
vait offrir  aux  Français  qui  vont  à  la  pèche  de 
la  baleine,  dans  l'Océan  Atlantique  méridio- 
nal ,  un  abri  et  un  poste  susceptible  d'être'  for^ 
tifié,  etc. 

7°.  Si  les  productions  des  iles  de  la  Reine- 
Charlotte ,  les  terres  des  Arsacides  et  celles  de 
la  Louisiade ,  situées  par  les  mêmes  latitudes 
que  le  Pérou ,  pouvaient  ouvrir  un  nouveau 
champ  aux  spéculations  du  commerce  ,  etc 

S"*.  Si  l'Angleterre  avait  formé  quelque  éta- 
blissement sur  les  îles  de  la  Nouvelle—  Zé- 
lande  ;  et  si  cela  était ,  de  tâcher  de  s'y  rendre 
pour  prendre  connaissance  de  l'établissement 
formé  ; . .  •  • 

lo^.  et   II''.   Reconnaître  les  établissemens 

'  russes  dans,  les  îles  Aleutiennes  et  dans  les  îles 

Kuriies,  et  s'il  ne  s^en  trouverait  pas  quelqu'une 

non  occupée  par  les  Russes ,  dans  laquelle  la 

France  pût  foi'mer  un  établissement. 

is''.  M.  de  la  Pérouse  devait  tâcher  d'aborder 
à  quelque  port  du  Japon ,  pour  s'assurer  si  son 
gouvernement  oppose  en  effet,  des  obstacles  in- 
vincibles à  tout  établissement  et  à  toute  opéra- 
tion de  commerce  ou  d'échange ,  de  la  part  des 
Européens. 

i3^.  Il  devait  profiter  de  son  séjour  à  Canton 


LIVRE  VIII.  4i3 

pour  s'informer  exactement  de  Tétat  actuel  da 
commerce  des  nations  européennes  ;  mais  avec 
la  plus  sévère  attention  de  ne  rien  faire  qui  pût 
exciter  la  moindre  inquiétude  de  la  part  du 
gouvernement  chinois. 

17®«  En  passant  par  les  îles  Moluques,  appar- 
tenantes aux  Hollandais ,  M.  de  la  Pérouse  de- 
vait s'attacher  à  connaître  les  avantages  qui  ré- 
sultaient pour  le  commerce  d'Angleterre,  de  la 
liberté  que  cette  puissance  avait  obtenue  par 
son  dernier  traité  de  paix  avec  la  Hollande ,  de 
naviguer  et  trafiquer  dans  toute  Tétendue  des 
mers  d'Asie.  .  • 

En  général,  le  navigateur  français  devait  faire 
^  toutes  les  récherches  qui  pouvaient  le  mettre  en 
état  de  faire  connaître  avec  quelque  détail ,  la 
nature  et  l'étendue  du  commerce  de  chaque 
nation ,  dans  chacun  des  endroits  indiqués,  les 
forces  de  terre  et  de  mer ,  que  chacune  e  ntre-- 
tient  ,  les  relations  d'intérêt  ou  d'amitié  qui 
peuvent  exister  entre  elles  et  les  naturels  du 
pays,  et  généralement  tout  ce  qui  pouvait  inté- 
resser la  politique  et  le  commerce ,  etc. 

M«  de  la  Pérouse  signala  plusieurs  pointd  im* 
portans  et  quelques  îles  dont  les  autres  voya- 
geurs n'avaient  pas  encore  parlé.  Il  découvrit 
en  particulier ,  par  les  cinquante-huit  degrés  de 
latitude  nord ,  un  port  de  trois  à  quatre  lieues 
de  profondeur;  découverte  fatale  à  plusieurs  de 


«     ♦ 


/\  \ 


fi 


4i4  VII*  PÉRIODE. 

ses  compagnons  qui  furent  engloutis  devant  la 
barre  du  port. 

Cet  événement  affligeant,  et  le  premier  de  ce 
genre  éprouyé  par  les  deux  frégates  la  Bous^ 
âole  et  l'Astrolabe  ,  fut  consigné  dans  une  ins- 
cription (i)  placée  sur  un  cénotaphe  dans  une 
lie  au  centre  de  la  baie  ,  et  qui  fut  appdée 
li'ÎLX  DU  G£iroTAi>Hi:.  M.  de  Langle ,  capitaine  de 
Yjàstpoifibe ,  fiit  tué  par  ies  sauvages  de  llle  de 
Mouana  ,  le  lo  de  décembre  1787  ;  et  M^  de  la 
Pérouse  n'a  pas  été ,  suivant  toutes  les  appa- 

»i*  I  I  I  I     ■  ■    ■!     !■  Il  11^     ■ III       iiii  .  I  ■  ■  I  ■»■  ,  I  I **.   ^      I    II  m 

{}}A  Centrée  du  j>çrt  ont  péri  vingt-^un  braves  marins*  • . . 
'  «  ]!!e  x3  de  juillet,  trois -caapu  partirent  a  cîoq  heures  da 
»  matin  ,  pour  aUer  placer  le»  sondes  sur  le  plan  de  la  baie 
»  qui  avait  été  dressé  ;  ils  étaient  commandés  par  M.  d'Es- 
»  cure .,  lieutenant  de  vaisseau ,  chevalier  de  St.-Louis  ; 
»  M.  de  la  'Pérouse  lui  avait  'dontfé  des  Instructions  par 
-»  écrit ,  pour  leur  défendre  «xpressémeot  de  s*apppocher 
»  du-eôurant  ;  mais  ui  momeat  qct'il  croyait  encove  «a  être 
»  éloigné ,  il  s*y  trouva  engagé.  MM.  de  Lâborde,  frèves ,  et 
»  de  Raxi  de  Flassasi  (  lieutenaus  de  vaisseau) ,  qui  étaient 
n  dans  le  canot  de  la  deuxième  frégate  ,  ne  craignirent  pas 
»  de  ,s*exposer  pour  voler  au  secours  de  leurs  camarades; 

»  mais  )  hélas  1  ils  ont  eu  le  même  sorti X>es  Indiens 

»  ont  paru  prendre  purt  à  notre  douleur;  elle  est  estséme.  » 
(  Voyagede  iafPérouse,  t.  II  ;  et  table,  t.  lY;) 

QuHi  me  soit  pemîa  de  mêler  ici  me%  larmes  à  celles  des 
«équipages  de  Ja  Boussole  et  de  V Astrolabe;  s*ils  perdaient 
des  compagnons  bien  chers  par  une  fortune  et  des  dangers 
communs  ,  je  perdais  dans  le  même  instant-,  un  frère  et.  le 
plus  tendre  ami! 


•  •  LIVRE  VIII.  4ï5 

renoes ,  plus  heureux  que  ceux  de  ses  corapa*^ 
gnons  auxquels  il  ëleva  un  mausolée  ;  le  sien 
est  dans  l'histoire. 

Quelque  dangereuses ,  quelque  funestes  que 
soient  souvent  ces  expéditions  lointaines ,  néan- 
moins  sous  le  rapport  de  l'extension  des  rela-. 
lions  politiques  et  commerciales  entre  les  peu- 
ples ,  on  ne  saurait  trop  les  renouveler ,  en 
temps  de  paix  principalement ,  mais  avec  beau- 
coup de  précautions. 

La  cour  de  Vienne  ,  n*ayant  pu  exécuter ,      1785. 


en  1778  et  1779,  1^  projet  qu'elle  avait  formé  |.^,J1;^  d^ 
de  réunir  la  Bavière  k  ses  vastes  possessions ,  ||!7uJVff^ 
songeait  à  parvenir  au  même  but ,  par  la  voie 
d'un  échange  libre. contre  l«s  Pays-Bas;  et  elle 
fit  faire  diverses  démarches  à  ce  sujet  par  ses 
ministres  en  différentes  cours. 

Le  roi  de  Prusse ,  sans  cesse  OcciËpe  &  obser^ 
ycr  la  cour  -de  Vienne ,  et  à  trouver  des  occa- 
sions de  contredire  ses  projets ,  fut  informé ,  au 
mois  de  janvier  1785  (t) ,  par  le  duc  de  Deux- 
Ponts  ,  que  là  cour  impériale  avait  fait  faire  à 
ce  prince ,  par  l'envoyé  de  Russie  comte  de  Ro- 
manzow,  une  proposition  singulière, déjà  mise 
en  avant  auprès  de  l'acteur  palatin  k  Munich, 
par  le  comte  de  Lehrbach  ,  envoyé  de  Tempe- 
Teur.  On  avait  offert  au  duc  "de  Deux-Ponts, 

.— —  '  '  ■  «      I      — — — — ^— ■  ■  1  II  ■!■ 

(î)  Mém.  de  ffertzberg,  t.  th 


4i6  VIP  PÉRIODE, 

c  que  la  maison  bavaro -palatine  céderait  à  la 
^  maison  d'Autriche  ,  toute  la  Haute  et  Basse- 
»  Bavière ,  le  Haut-Palatinat ,  le  landgraviat  de 
»  Leuchtenberg  et  les  duchés  de  Neubourg  et 
»  Suhzbach  ;  au  moyen  de  quoi ,  sa  majesté  im- 
9  périale  abandonnerait  à  la  maison  palatine , 
»  sous  le  titre  de  royaume  de  Bourgogne ,  les 
»  Pays-Bas  autrichiens  avec  les  avantages  que 
»  Ton  se  promettait  de  la  part  de  la  république 
»  de  Hollande ,  à  l'exception  pourtant  du  duché 
»  de  Luxembourg  et  du  comté  de  Namur  ;  et 
»  elle  paierait  en  outre  à  Télecteur  et  au  duc  de 
j>  Deux-Ponts,  la  somme  de  trois  millions  de 
p  florins ,  pour  tel  usage  d'utilité  et  d'agrément 

»  qu'il  leur  plairait cet  échange  devait  se 

»  faire  sous  la  garantie  de  la  France  et  de  la 
»  Russie  9  et  sans  faire  mention  de  la*  Prusse  et 
JD  de  l'Empire.  » 

Le  duc  de  Deux-Ponts  qui  ne  goûtait  pas  ce 
projet ,  en  fit  part  au  roi  de  Prusse ,  comme  à 
l'auteur  de  la  paix  de  Teschfen.  Frédéric  ii  sur- 
pris et  alarmé  de  cette  démarche  de  la  cour  de 
Vienne,  s'en  ouvrit  incontinent  aux  cours  de 
Péttersbourg  et  4e  Versailles. 

Catherine  ii  fit  répondre  ;  à  la  fin  de  janvier 
1785  ,  par  le  prince.  Dolgorpucki ,  son  ministre 
à  Berlin ,  «  qu'en  faisant  faire  au  duc  de  Deux- 
»  Ponts ,  cette  proposition  d'échange  qui  lui 
»  avait  paru  convenable  aux  deux  parties  ^  son 


/ 


/ 


LIVRE  VIII.  4,, 

»  ide'e  avait  été  qu'elle  devait  dépendre  de  leur 
»  libre  volonté.  » 

La  cour  de  Vienne  ne  pouvant  plus ,  d'aprè* 
I  aveu  de  celle  de  Pétersbouig,  nier  l'existence 
du  projet  d'échange ,  se  borna  à  assurer ,  que 
jamais  elle  n'avait  songé ,  ni  ne  songerait  à  un 
échange  forcé.  Mais  cette  restriction  même ,  et 
le  soin  que  l'on  prenait  de  distinguer  entre 
l'échange  volontaire  et  l'échange  forcé,  mon- 
traient assez  clairement  que  la  cour  de  Vienne 
se  ménageait  la  possibilité  et  la  faculté  d'un 
édiange  libre.  ^ 

Louis  XVI ,  ainsi  qu'iTle  pratiquait  dans  les 
circonstances  délicates ,  demanda  à  ses  minis- 
tres leur  avis  par  écrit  sur  l'échange  de  la  Ba- 
vière; et  ce  prince  avait  même  soin  dans  ces 
occasions^  de  leur  recommander  de  ne  point  se 
communiquer  leurs  vues  respectives. 

D'après  l'avis ^de  ses  ministres ,  le  roi  se  re- 
fusa à  donner  son  aveu  à  l'échange  de  la  Ba- 
vière ,  qui  lui  fut  représenté  comme  aussi  con- 
traire à  l'intérêt  de  la  France  qu'à  la  liberté 
de  l'Allemagne  et  de  l'Italie;  et  l'empereur  dé- 
concerté par  tant  d'oppositions ,  se  désista  de 
son  projet. 

Ce  fait ,  quoiqu'il  ne  soit  que  négatif ,  c'est- 
à-dire  ,.  qu'il  se  réduisît  à  empêcher  Joseph  ii  ^ 
de  consommer  un  dessein ,  qui  eût  pu  être  l'a- 
vant-coureur  de  plusieurs  autres,  est  honorable 

vn.  37 


4i8  Vir  PÉRIODE. 

•poUr  le  cabinet  de  Louis  xvi,  et  confirme  ro{]^« 
nion  qu'il  n'était  poiùt  dans  la  dépendance  de 
la  cour  de  Vienne.  Geuit  qui  n'aiment  que  les 
operatiod^  éclatantes ,  ou  ce  qu'on  appelle  les 
^grands  coups ,  n'apprécient  pas  assez  ces  démar- 
ches de  simple  prudence ,  par  lesquelles  on  pré^ 
vient  des  guerres  et  l'on  arrête  des  commotions. 
Il  y  a  pourtant  plus  de  grandeur  et  de  vrai  ta* 
lent,  à  conserver  l'ordre  par  la  paix,  qu'à  le  rap- 
peler par  des  mesures  violentes. 

C'est  à  la  suite  du  projet  d'échange  de  la  Ba-« 
vière  contre  les  Pays-*Ste ,  que  la  cour  de  Berlin 
forma  l'association  germanique,  signée  le  a5  de 
juillet  1785,  laquelle  était  un  traité  d'union 
entre  les  électeurs  de  Brandebourg ,  de  Saxe  et 
dé  Brunswick -*  Lu nebourg,  et  plusieurs  autres 
princes  d'Allemagne  qui  successivement  y  adhé- 
rèrent* 

Le  but  de  cette  association  otie  la  France  fa- 
vorisa secrètement  ^  était  de  maintenir  la  ccms- 
titution  actuelle  et  légale  de  l'Empire ,  d'après 
les  lois  fondamentales  et  capitulations  impé- 
riales ,  et  la  paix  de  Westphalie ,  de  conserver 
chacun  des  membres  de  l'Empire  dans  la  jouîS'^ 
sance  libre  et  paisible  de  ses  états ,  droits  et  pos- 
sessions, etdiQ  s'opposera  toute  entreprise  in  - 
^  juste  et  arbitraire. 

La  cour  de  Vienne  entrevit  sans  peine  que 
cette  association  était  dirigée  contre  elle,  et  elle 


LIVRE  VIIL  4<9 

en  témoigna  assez  ouvertement  son  méconten- 
tement. ' 

Les  cours  de  Madrid  et  de  Lisbonne  ayant      i;'^*. 
conclu  un  traité  d'alliance,  en  date  du  premier  aTM  le  por- 
de  mars  1778  ;  la  cour  de  Versailles  y  avait  ac-^Sdi^ttetTac 
cédé  le  1 5  de  juillet  1785,  en  vue  de  procurer  ^  ***•**' 
les  avantages  accordés  à  la  nation  espagnole , 
qui  par  ce  traité  se  trouvait  la  plus  favorisée  en 
Portugal. 

li'effet  de  cette  accession  était  que  le  traité  dit 
de  Methuen  de  1 705 ,  entre  le  Portugal  et  l'Angle- 
terre,  n'était  plusexclusivement  propre  k  celle-ci, 
et  que  la  France  était  autorisée  à  réclamer  les 
mêmes  avantages  pour  ses  habitans.  Malgré  cette 
faveur  apparente ,  les  produits  de  l'industrie 
française  ne  pénétraient  en  Portugal ,  que  dif- 
ficilement ,  et  quelques-uns  par  la  voie  de  la 
contrebande. 

La  bonne  harmonie,  existant  entre  la  France 
et  le  Portugal,  faillit  être  détruite  en  1784* 
.  La  cour  de  Lisbonne ,  d'après  de  prétendus 
droits  exclusifs  de  propriété  ou  de  première  oc-* 
cupation ,  ayant  fait  élever  sur  la  côte  de  Ca- 
binde,  en  Afrique,  un  fort  dont  le  comman- 
dant entravait  la  traite  des  nègres  faite  par  les 
Français ,  la  cour  de  Versailles  donna  ordre  en 
1784,  au  marquis  de  Marigny,  de  se  porter  sur 
la  côte  d'Afrique  avec  une  division  de  vaisseaux, 
de  reconnaître  les  lieux ,  et  de  rétablir  la  li- 


4ao  VIP  PERIODE. 

berté  de  la  traite;  mais  il  parait  que  M.  de  Mari- 
gny  alla  beaucoup  plus  loin  que&es  instructions, 
et  qu'il  rasa  le  fort;  ce  qui  amena  une  contes- 
tation entre  les  deux  cours  de  France  et  de  Por- 
tugal ,  dans  laquelle  la  cour  de  Madrid  se  rendit 
médiatrice. 

Le  duc  de  la  Vauguyon  qui  avait  été  ambassa- 
deur du  roi  à  la  Haye,  et  qui  Tétait  en  ce  mo- 
ment en  Espagne ,  se  concerta  avec  le  marquis 
de  Louriçal,  ambassadeur  de  Portugal  à  Madrid; 
et  ces. deux  ministres,  ayant  reconnu  que  h 
construction  et  la  démolition  du  fort  élevé  sur 
la  côte  de  Cabinde^  n'avaient  pas  été  faites  dans 

« 

des  intentions  hostiles  ,  convinrent  dans  un 
acte  du  5o  de  janvier  1786,  que  les  dommages 
seraient  tenus  pour  réciproquement  compensés. 

Dans  une  déclaration  du  même  jour,  et  fai- 
sant suite  à  la  précédente  convention ,  la  cour 
de  Versailles  déclara  : 

«  Qu'elle  n'entendait  pas  s'arroger  le  droit  de. 
»  contester,  ni  de  reconnaître  les  titrer  qu'ex- 
»  posait  la  cour  de  Portugal  à  la  propriété^  sou- 
»  veraineté  et  commerce  de  la  côte  d'Angola , 
»  depuis  le  cap  Padron  vers  le  sud  ^  exclusive- 
9  ment  aux  autres  nations  (les  Anglais  et  Hol- 
j>  landais);  mais  que  sa  majesté  très  chrétienne 
M  consentait  que  le  commerce  de  ses  sujets  sur 
»  ladite  côte,  ne  s'étendit  pas  au-delà  dudit  cap 
»  Padron  y  à  condition  que  les  autres  natioos 


LIVRE  VIII.  4ai 

»  n'i^éndraient  pas  le  leur  au-delà  dudit  cap; 
»  de  manière  que  les  sujets  français  seraient 
»  traités  en  tout,  sur  ces  points,  comme  ceux  ' 
9  desdites  nations  ,  et  y  jouiraient  des  mêmes 
»  droits  et  avantages  dont  d'autres  y  jouiraient ,  . 
^  ou  dont  sa  majesté  très  fidèle  les  laisserait 
»  jouir,  etc.  » 

Le  traité  de  commerce  conclu  à  Utrecht,  en-     1786. 
tre  la  France  et  TAngletefre,  avait  été  renou- çonmem 
vêlé  purement  et  simplement  par  les  traités  J^/^'*" 
d' Aix-la-Chapelle  de  1748  et  de  Paris.de  1765. 
Il  avait  été  inséré  (art.  XVilI)  dans  le.  traité  de 
1783 ,  ce  qu'il  serait  fait  de  nouveaux  arrafige- 
»  mens  de  commerce  sur  le  fondement  de  la  ré- 
»  ciprocité  et  des  cohvenances  mutuelles.  » 

En  conséquence ,  M.  Gérard  de  Rayneval , 
fat  nommé  ministre  plénipotejQtiaire  pour  la 
France  ,  et  M.  Williams  £den  ,  fut  chargé  des 
pouvoirs  de  la  cour  de  Londres ,  pour  négocier 
un  traité  de  commerce.  Après  beaucoup  de  dis- 
cussions approfondies,  et  la  consultation  des 
chambres  de  commerce,  et  celle  deÀ  principaux 
négocians,  un  traité  de  navigatû)n  et  de  com- 
merce fut  conclu  à  Paris ,  le  ao  de  septembre 
1786. 

Le  préambule  portait  :  a  Que  S.  M.  très  chré- 

»  tienne  et  S.  M.  britanniqiie avaient  jugé 

»  à  propos  pour  le  bien  de  leurs  sujets  respectifs, 
»  d'adopter  un  système  de  commerce ,  qui  eût 


422  VIP  PÉRIODE. 

»  pour  fondement  la  réciprocité  et  la  eoure-* 
3»  nance  mutuelle,  et  qui  en  faisant  cesser  les 
»  droits  prohibitifs  qui  ont  existé  depuis  près 
9  d'un  siècle  entre  les  deux  nations,  procurât 
»  de  part  et  d'autre  les  avantagés  les  plus  so-^ 
»  lides  aux  productions  et  à  l'industrie  hatio- 
»  nale,  et  détruisit  la  contrebande  aussi  nui- 
»  sible  au  revenu  public  qu'au  commerce  légi- 
»  time  qui  seul  mérite  d'être  protégé.  » 

L'article  II  autorisait  les  sujets  négocians 
des  deux  nations  à  rester  dans  les  états  de  l'une 
et  l'autre,  même  dans  le  cas  de  guerre,  et  s'ils 
étaient  forcés  de  s'en  aller,  on  leur  accorderait 
un  an ,  pour  mettre  ordre  à  leurs  affaires. 

Par  l'article  III,  les  lettres  dites  de  représailles 
étaient  abolies.  ' 

L'article  IV établissait  un  tarif  sur  les  princi- 
pales denrées  et  marchandises ,  d'après  lequel 
i^.  les  vins  de  France  étaient  assimilés  pour 
les  droits  à  ceux  de  Portugal^ 

2®.  Les  vinaigres  de  France  au  lieu  de  67  lîv, 
sterïings ,  etc.  ne  devaient  plus  payer  que  Su 
liv.  st.,  etc.; 

5^.  Les  eaux-de*vie  de  France,  au  lieu  de  neuf 
schelings ,  et  six  sols  sterl. ,  ne  devaient  phis 
payer  que  sept  schelings  sterl.  par  gallon; 

4"*.  Les  huiles  «kK>liv6  dé  France  ne  devaient 
pas  payer  plus  de  droits  que  celles  des  nations 
les  plus  favorisées  ; 


LIVRE  VIU.  4a3 

5^.  La  bière  devait  payer  ua  droit  de  trente 
pour  loo; 

6^,  Les  droîta  sur  la  tabletterie  ne  devaient 
pas  passer  lo  pour  lOo; 

7^.  Les  cotons  de  tout^  espèce ,  ainsi  que  les 
lainages  en  tissu  et  la  bonneterie ,  ne  devaient 
pajer  qu'un  droit  d'entrée  de  la  pour  cent; 

Les  ouvrages  de  coton  et  laine  mêlés  de  soie, 
restaient  prohibés  (i). 

8^.  Les  toiles  de  batiste  et  de  linon  devaient 
payer  de  part  et  d'autre,  un  droit  de  cinq 
schelings  (six  livres  tournois)  par  denii-pièce 
de  sept  trois  quarts  de  verge  d'Angleterre. 

9""^  jo"*,  II"*,  et  la^.  La  sellerie  devait  payer 
de  part  et  d'autre,  un  droit  de  i5,  les  gazes 
un  droit  de  lo,  les  modes,  un  droit  de  la  pour 
loo;  ainsi  que  la  porcelaine,  la  faïence,  la  po* 
terie ,  les  glaces  et  la  verrerie.    . 

L'article  XXII  ne  comprenait  sous  le  nom 
de  contrebande  de  guerre ,  que  les  objets  géné«- 
ralement  prohibés ,  et  les  instrumens  dé  guerre 
servant  à  l'usage  des  troupes. 

L^art.  XXIII,  digne  d'être  remarqué,  ne  met^ 
tait  point  au  rang  des  marchandises  défendues, 


(i)  Cette  prohibition  fut  exigée  par  1* Angleterre^  comme 
la  balance  du  bénéfice  que  là  France  faisait  par  l'exportation 
de  ses  vins.  Les  étoffes  de  soie  de  France  restaient  toujours 
probibées  en  Angleterre. 


4ii4  VIP  PÉRiODE. 

«  toui  genres  de  coton,  cordages ,  câbles^  voiles, 
»  toile  propre  à /aire  des  Tjoiles,  chanvre,  suif^ 
*  goudron,  hrai  et  résine,  ancres  et  parties  â^an- 
»  cres,  quelles  qu  elles  puissent  être ^  mats  de  na^ 
»  ^irês ,  planches ,  madriers ,  poutres  de  toutes 
»  sortes  d arbres  et  toutes  les  autres  choses  nécei- 
»  saires  pour  construire  et  pour  radouber  les  iMis' 
Vf  seaux.  On  ne  regardera  pas  non  plus  comme 
»  marchandises  de  contrebande ,  celles  qui  n'au* 
»  rontpas  pris  la  forme  de  quelque  instrument 
»  ou  attirail  servant  à  Tusage  de  la  guerre,  sur 
a»  terre  ou  sur  mer,  encore  moins  celles  qui 
9  sont  préparées  ou  travaillées  pour  tout  .autre 
>  usage.  Toutes  ces  choses  seront  censées  mar- 
»  chandises  non  défendues ,  de  même  que  toutes 
2>  celles  qui  ne  sont  pas  comprises  et  spéciale- 
3»  ment  désignées  dans  l'article  précédent;  en 
»  sorte  qu'elles- pourront  être  librement  trans* 
»  portées  par  les  sujets  desdeux  royaumes,  même 
»  dans  les  lieux  ennemis ,  excepté  seulement  dans 
»  les  places  assiégées,  bloquées  et  investies.  » 

Les  articles  XXV,  XXVI,  XXVII  et  XXVIIï, 
sont  relattfe  à  la  visite  des  bâtimens  en  mer,  dans 
le  cas  où  ils  seraient  suspects ,  ou  chargés  de 
contrebande,  laquelle  sera  seulement  confis- 
quée,  si  le  bâtiment  est  ami.  ... 

Il  était  convenu  par  l'article  XXIX  y  que  ce 
qui  se  trouverait  chargé  par  les  sujets  et  habi-^ 
tans  de  part. et  d^autre,  en  un  navire  apparu 


( 


LIVRE  VIII.  4a5 

tenant  aux  ennemis  de  l'autre,  bien  que  ce  ne 
fût  pas  des  inarchandises  de  contrebande^  serait 
confisqué,  comme  s'il  appartenait  àTi^nnemi, 
excepté  les  marchandises  et  effets  qui  auraient 
été  chargés  dans  ce  vaisseau  avant  la  déclaration 
de  guerre,  ou^'ordre  général  de  représailles,  etc. 

«  5a  majesté  très  chrétienne  et  sa  majesté  bri- 
»  tannique ,  se  sont  conservé ,  dit  l'article  XLVI , 
>»  la  faculté  de  revoir  et  d'exanuuer  de  nouveau 
»  les  différentes  stipulations  de  ce  traité,  après 
»  le  terme  de  douze  années,  à  compter  du  jour 
9  où  il  aura  été  passé  respectivement  dans  la 
9  Grande-Bretagne  et  en  Irlande,  des  lois  pour. 
»  son  exécution ,  d,e  proposer  et  de  faire  tels 
»  changemens  que  le  temps  et  les  circonstances 
7>  pourront  avoir  rendus  convenables  ou  né- 
»cessaires  pour  les  intérêts  du  commerce  de 
îi  leurs  sujets  respectifs,  et  cette  révision  devra 
DCtre  effectuée  '  dans  Tespace  de  douze  mois, 
»  après  lequel  temps,  le  présent  traité  pourra 
»  être  de  nul  effet ,  sans  que  la  bonne  har- 
D  monie  et  la  corresppndance  amicale  entre  les 
»  deux  nation9  en  souffrent .  aucune  altéra- 
»  tion,  etc.  »       .       ,. 

On  n'agitera. point  ici,  si  la  France  est suscep?  ^  contidërf 
tible  d'être  liée.utilcn^ent  aviec  l'Angle.terre  parmué. 
un  traité  de  coaimerce,  ou  si  elle  doit  mainte- 
nir constamment  envers  elle  une  prohibition 
absolue  de  ses  produits  industriels  et  coloniaux. 


4a6  Vil'  PÉRIODE. 

C'est  au  gouvernement  seul  qu'il  appartient  dé 
résoudre  celte  question ,  parce  que  l'intérêt  poli* 
tique  s6*^omplique  de  plusieurs  considérations 
queleparticulier fie  peut  connaître.  L'historien 
concentré  dans  les  opérations  passées,  se  bor- 
nera à  exposer  les  vues  du  cabinet  français  en 
1786,  et  jusqu'à  quel  point  elles  furent  rem- 
plies. Ce  qui  se  fit  alors,  nepeut  servir  d'argu- 
Inent,  ni  même  d'induction  pour  ce  qu  on  a  dà 
pratiquer  depuis. 

On  remarquera  d'abord  que  le  roi,  par  le 
traité  de  commerce  avec  l'Angleterre,  mainte- 
nait en  général ,  la  pureté  des  principes  fran- 
çais ,  particulièrement  par  rapport  aux  matières 
nécessaires  à*  la  construction ,  $iu  radoub  et  à 
la  voilure  des  vaisseaux,  lesquelles  matières 
n'étaient  point  rangées  parmi  la  contrebande  de 
guerre,qu'onrestreignaitauxinstrùmen8  servant 
à  l'usage  des  troupes  ;  et  la  libre  navigation  vers 
les  ports  ennemis  de  l'une  et  l'autre  puissance, 
était  consentie. 

Sous  le  rapport  commercial,  le  ministère 
français  av^it  été  guidé  par  le  trîple  motif  de 
donner  un  débouché  aux  produits  territoriaux , 
de  diminuer  beatkdoup  Ja  boûtr^bande  toujours 
nuisible  'au  fisc',  et' d'établir  une  utile  rivalité 
entre  l'industrie  française  et  l'industrie  anglaise. 
Or ,  on  ne  peut  nier ,  i^.  cpie  le  commerce  des 
denrées  territoriales  de  France^  et  notamment 


LIVRE  VIII,    '  437 

des  vins,  eaux-df^vie  et  huiles,  n'eût  pris  un 
grand  accroissement. 

2^.  La  diminution  des  droits  sur  denrées  et 
marchandises  des  deux  ëtats  dut  amener  la 
baisse  de  la  contrebande ,  par  la  raison  qu'elle 
n'avait  presque  plus  d'objet,  en  cessant  d'offrir 
un  bénéfice  capable  de  compenser  les  chances 
de  la  confiscation. 

3^.  Les  ateliers  et  manufactures  de  France 
stimulés  par  la  comparaison  avec  l'industrie  an- 
glaise, perfectionnèrent  tous  les  tissus  en  coton, 
ainsi  que  la  faïence,  la  sellerie,  la  quincaillerie; 
mais  cela  neiput  avoir  lieu ,  sans  qu'au  premier 
moment,  les  fabticans  français  ne  fissent  quel- 
ques pertes,  parce  que  la  rivalité,  quelque  active 
et  quelque  ingénieuse  qu'elle  fût,  ne  put  arriver 
tout-à*coup,  au  degré  de  la  perfection  anglaise. 
Delà ,  quelques  pertes  de  la  part  des  négocia ns  ; 
pertes  qui  baissèrent  peu  à  peu ,  parce  qu'ils  se 
mirent  insensiblement  au  niveau  de  leurs  adver- 
saires, au  point  qu'on  confondait  souvent  les 
marchandises  anglaises  et  françaises  ;  ce  qui  était 
un  pas  immense  pour  l'industrie  française. 

Pour  apprécier  impartialement  les  'effets  du 
traité,  il  n'eût  pas  fallu  écouter  exclusivement 
quelques  fabricans,  ni  même  plusieurs  classes 
de  fabricans,  mais  toutes  les  corporations  inté- 
ressées au  commerce  avec  l'Angleterre,  ainsi 
que  l'opiuion  des  grandes  provinces  agricoles; 


428  Vir  PÉRIODE. 

telles  que  la  Guyenne,  le  Languedoc,  la  fiour- 
gogne  :  et  du  tableau  général  des  intérêts  du 
commerce  et  de  l'agriculture ,  conclure  en  pleine 
connaissance  de  cause ,  si  le  traité  en  masse , 
dans  la  majorité  des  articles  ou  dans  quelques- 
uns,  était  favorable  ou  défavorable  à  la  France. 
Il  parait  certain  que  l'agriculture  et  notam- 
ment le  vignoble,  avaient  considérablement 
gagné  par  le*  traité  de  commerce.  Les  proprié- 
taires des  vins  de  Bordeaux  et  du  Médoc ,  le  pu- 
bliaient hautement.  Les  manufaicturiers  de 
glaces,  les  marchands  d'orfèvrerie,  de  modes, 
de  batistes,  étaient  encore  très  satisfaits;  il  est 
vrai  que  les  manufacturiers  en  lainageset  en  co- 
ton ,  et  les  fabricans  de  faïence  et  d'épinglerie 
de  la  Normandie  et  de  la  Picardie  (i),  jetaient 
les  hauts  cris  ;  et  la  vçix  de  celuiqui  se  plaint  parce 
qu'il  perd  ou  parce  qu'il  gagne  moins,  couvre 
facilement  la  voix  calme  de  celui  qui  prospère. 
>  £n  matière  d'état  et  d'économie  commerciale, 
il  ne  faut  s'attacher  qu'au  d(î|*nier  résultat,  et  se 
convaincre  qu'entre  deux  grandes  nations,  chez 
lesquelles  il  y  a  beaucoup  de  talens  et  d'activité. 


(i)  Il  arrivait  chaque  semaine,  aux  bureaux  des  affaires 
étrangères  ,  au  sujet  âe  ce  traité  de  commerce ,  des  paquets 
de  lettres  de  remercimens  de  la  Guyenne  et  du  Languedoc , 
et  des  paquets  de  lettres  de  plaintes  de  Ja  Picardie  et  de  la 
Normandie. 


LIVRE  VIII.  499 

tout  ne  peut  être  bénéfice  pour  Tun  et  pour  l'au- 
tre. Une  égalité  de  gains  et  de  pertes  entr'elles 
est  déjà  un^  avantage,  parce  qu'il  en  résulte  un 
plus  grand  développement  d'industrie ,  et  une 
plu^prompte  circulation  de  capitaux.  Âinsi^c'est 
au  traité  de  commerce  avec  l'Angleterre^  que  la 
France  doit  en  partie  le  perfectionnement  de 
ses  aciers^  de  ses  filatures,  de  ses  toiles  peintes, 
de  ses  étoffes  de  coton  et  de  sa  poterie;  et  ce 
sont  peut?- être  même  les  avantages  qu'elle  a 
retirés  alors  de  ce  traité,  qui  pourraient  prin* 
cipalement  l'autoriser  à  n'en  pas  faire  un  second  ; 
car  elle  en  a  obtenu  les  effets  les  plus  désirables , 
le  perfectionnement  par  la  rivalité. 

Le  «abinet  français  ne  se  dissimulait  pas  que 
ce  traité  pouvait  offrir  dans  sa  première  exécu- 
tion, quelques  avantages  particuliers  pour  l'in- 
dustrie anglaise;  mais  il  était  dans  l'opinion  que 
ces  avantages  seraient  balancés  par  la  vente  des 
produits  territoriaux  ;  et  que  les  bénéfices  mo- 
mentanés de  l'Angleterre  seraient  pour  l'indus- 
trie française  une  leçon  très  profitable  :  l'événe* 
ment  a  justifié  son  attente. 

Mêlant  enfin  à  ces  considérations  mercan- 
tiles, des  motifs  politiques  déduits  de  son  sys* 
tème  de  paix,  je  ministère  français  crut  voir 
dans  un  traité  de  commerce  avec  l'Angleterre , 
un  principe  de  plus  constante  harmonie  avec 
cette  puissance  intéressée,  qui  ne  se  hâte  point 


43o  VII«  PÉ&IODE. 

de  faire  la  guerre  aux  peuples  atec  lesouels  elle 
a  des  traites  de  commerce. 

Le  traité  de  commerce  eut  des  antagonistes 
très  chauds  en  Angleterre ,  et  notamment  dans 
la  chambre  des  communes  et  dans  celle  des 
pairs  (i)*  Leur  principal  argument  était  que  la 
Freince  aycuit  Iq  certitude  des  produits  naturels^ 
et  pouvant  arris^er  à  F  égalité  des  produits  indus^ 
tnelsj  le  traité  était  décidément  en  sa  faveur. 
Le  négociateur  anglais,  M.  Eden,  fut  accusé 
d'ignorance,  et  d'avoir  méconnu  lesintéréts  de 
son  pays. 

Ces  reproches  semblent  Téloge  du  négociateur 
.  français  ;  et  il  est  au  moins  permis  d'en  conclure 
.que  le  traité  de  1786,  était  aussi  bon  quU  pou- 
vait être  dans  les  circonstances  ou  il  fut  conclu  • 
puisqu'il  laissaitdes  regrets  à  la  cupidité  anglaise. 

Au  reste,  on  ne  saurait  trop  répéter  que  ce 

qui  fut  fait  en  1786,  n'a  rien  de  commun  avec 

■les  époques  postérieures  qui  en  sont,  pour  ainsi 

dire ,  séparées  par  des  sièdes. 

'1787.     '     La  Russie ,  en  raison  de  sa  vaste  étendue  et  de 

commerce      sa  nombreusc  population,  a  des  productions 

«vecURuswe.^jjj^^^  la  France,  de  même  que  les  habitans 

ont  des  besoins  que  la  nation  française  peut  plus 
particulièrement  satisfaire;  ainsi,  les  Français 

*  ■     -  ■ .  -        ■  ■      ■     ,  ■    ■    .       ■  ■    ■  ■    , 

(i)  Voyez  les  débats  au  parlement  d* Angleterre ,  Mercure 
de  1 786. 


LIVRE  Vm.  45i 

ent  des  vins,  des  eaiix-de-vie ,  des  ëtoflFes  de 
soie  et  de  laine ,  et  plusieurs  arlicles  de  bijou- 
terie que  la  Russie  goûte  par  luxe  ou  par  besoin , 
et  la  France  tire  un  parti  avantageux  de  ses 
suifs  9  de  ses  bois ,  de  ses  chanvres ,  de  ses  fers. 
Quoiqu'on  ne  puisse  pas  avoir  des  notions  pré- 
cises sur  la  quantité  des  objets  manufacturés 
que  se  transmettent  les  deux  pays ,  à  cause  de 
la  difficulté  de  pénétrer  dans  le  dédale  des 
douanes ,  et  de  saisir  toutes  les  variations  du 
change;  néanmoins,  qq  est  convaincu  de  lexis* 
tence  d'un  commerce  indirect  considérable,  de- 
venu même,  en  temps  de  paix,  Toccupation 
des  Anglais,  Hollandais,  Danois,  Suédois  et 
Hambourgeois,  qui  emportaient ,  comme  inter- 
médiaires ,  une  partie  des  bénéfices  ;  bénéfices 
qu'un  cpmmerce  direct  et  favorisé  pojuvait  ren- 
dre bien  plus  considérables. 

£n  16:29 ,  il  avait  été  conclu ,  ainsi  qu'on  l'a 
vu ,  un  traité  de  commerce  entre  Louis  xiii  et 
le  czar  Fedrowitsch ,  mais  les  Anglais  s'étant 
presqu'approprié  dès-lors  le  commerce  de  la 
Russie,  la  France  y  avait  pris  bien  peu  de  part. 

En  174^9  M.  d'Allion,  ministre  de  France  à 
Pétersbourg ,  négocia  avec  le  ministère  russe  ^  un 
traité  de  ^commerce  et  de  navigation,  d'après 
lequel  les  bâtlmens  russes  eussent  porté  direc- 
tement des  marchandises  dé  leur  pays  en  France. 
Ce  traité  ne  fut  point  terminé. 


432  VIP  PÉRIODE.  ^ 

En  1761 ,  sous  le  règne  de  Fimperatrice  Elisa* 
beth,  et  le  ministère  du  duc  de  Choiseul,  le 
baron  de  Breteuil  avait  été  chargé  de  négocier  un 
traité  de  commerce  entre  les  deux  états,  basé 
sur  celui  de  1 7349  entre  la  Russie  et  TAngleterre. 
Il  fut  même  envoyé  de  Versailles ,  au  ministre 
du  roi  à  Pétersbourg,  un  projet  de  traite  qui 
avait  été  prélimiuairement  soumis  au  contrôleur 
général 9  et  le  ministère  russe  avait ,  de  son  côté, 
remis  un  contre-projet  de  traité.  Tout  semblait 
promettre  dès-lors  une  heureuse  issue  à  la  négo- 
ciation, d'autant  plus  qu'Elisabeth^  par  ses  liai* 
sons  avec  la  France ,  se  trouvait  indirectement 
en  guerre  avec  l'Angleterre.  Néanmoins,  la  né- 
gociation ne  fut'  pas  conduite  à  son  dernier 
terme,  et  le  traité  ne  fut  point  conclu. 

La  cour  de  Pétersbdurg,  cependant,  avait  fait 
passer  au  mois  de  juillet  1761 ,  un  autre  projet 
de  traité  de  commerce  et  de  navigation  entre- 
les  sujets  du  roi  et  ceux  de  l'impératrice.  On 
ignore  les  motifs  réels  qui  empêchèrent  de  con- 
sommer le  voeu  respectif  des  deux  états;  peut- 
être  faudrait-il  l'attribuera  la  mort  d'Elisabeth, 
arrivée  le  5  de  janvier  1762 ,  aux  dispositions  de 
Catherine  if ,  peu  favorables  à  la  France ,  aux 
démarches  de  la  cour  de  Londres  qui  sollicitait 
le  renouvellement  de  son  traité  de  commerce  , 
et  qui  ne  voyait  pas  de  bon  œil  la  France  en 
conclure  un  semblable  ;  enfin ,  au  départ  du 


\ 


LIVRE   VIII.  455 

baron  de  Breteuil ,  qui ,  par  sa  persévérance  et 
son  crédit  y  eût  pu  parvenir  à  réaliser  les  vues 
de  sa  cour. 

Le  comte  de  Ségur,  ministre  de  France  en 
Russie ,  après  le  marquis  de  Verac,  fut  chargé 
par  sa  cour  de  négocier  un  traité  de  commerce 
entre  les  deux  états  ;  et  secondé  par  ses  talens, 
sa  considération  et  sa  faveur  personnelle  auprès 
de  Catherine  11  et  du  favori  Potemkin,  il  réussit 
complètement, 

La  discussion  de  ce  traité  qui  fut  conduit  avec 
un  grand  mystère,  afin  de  ne  pas  donner  l'éveil  à 
l'Angleterre ,  ne  laissa  pas  toutefois  d*étre  épi- 
neuse, à  l'occasion  particulièrement  des  vins  de 
France  dont  il  s'agissait  de  faire  diminuer  le  haut 
tarif,  que  les  ministres  russes  ne  voulaient  point 
adoucir,  afin  de  maintenir  la  concurrence  entre 
les  vins  des  autres  nations  d'Europe,  et  notam- 
ment ceux  d'Espagne.  M.  de  Ségur  insista  pour 
une  diminution  sensible,  menaçant  même  de 
rompre  la  négociation ,  quoiqu'il  fût  autorisé  à 
conclure ,  même  quand  il  n'y  aurait  pas  de  dimi- 
nution dans  l'ancien  tarif;  attendu  qu'il  y  aurait 
déjà  assez  d'avantages  à  conclure  un  traité  de 
commerce  avec  la  Russie;  ce  qui  autorise  les 
nations  qui  en  ont  avec  elle  ,  de  payer  les 
droits  en  roubles,  ou  monrtoie  du  pays,  tandis 
que  celles  qui  n'ont  pas  de  traité  de  commerce, 
sont  tenues  de  les  acquitter  en  rixdales  qu'elles 

vu.  28 


434  VIP  PÉRIODE. 

sont  obligées  d'acheter,  et  dont  l'escompte  est 
quelquefois  de  douze  pour  cent. 

La  feinte  menace  de  M.  de  Ségur  réussit ,  et 
il  obtint  une  diminution  de  vingt  pour  cent 
pour  les  vins  de  France  venant  dans  la.  Baltique, 
et  de  vingt-cinq  pour  cent,  pour  ceux  qijii,  vien- 
draient par  la  naer  Noire. 

Voici  Içs  principaux  articles  du  traité  (i). 

Les  puissances  contractantes  (açt.  IV) ,  accor- 
dent à  leurs  sujets  respectifs,  dans  tous  l^s  pays 
de  leur  domination ,  les  droits ,  franchises  et 
exemptions  dont  y  jouissent  les  nattons  les  plus 
favorisées. 

Par  les  articles  V,  VI ,  VII  et  VIII,  les  deux 
puissances  contractantes  pourront  établir  dans 
leurS/ports  respectifs  et  grandes  villes  de  com- 
merce, des  consuls  généraux,  consuls  et  vice- 
consuls  ,  qui  jouiront ,  de  part  et  d'autre,  des 
privilèges,  prérogatives  et  immunités  attachées 
à  ces  places,,  dans  le  pays  de  leur  i^ésidence; 


(i)  Ceux  qui  sont  obligés  par  état  ou  par  intérêt  parti- 
culier ,  de  connaître  les  stipulations  des  traités  de  cooiaierce, 
doivent  les  consulter  dans  les  corps  diplomatiques  ;  car  les 
extraits  ici  présentés  peuvent  quelquefois  renfermer  des 
lacunes  importantes ,  relativement  à  la  position  de  Tindi- 
vidu.  Un  traité  de  commerce  ,  dont  les  stipulations  sont  en 
général  très  précises ,  n*est  pas  susceptible  d'être  analysé , 
comme  un  discours  ou  un  récit  historique  ;  et  VJBistoire  de 
la  Diplomatie  n'est  pas  un  corps  diplomatique. 


LJVRE  yill.      •  .  435 

mais  pour  ce  qui  regarde  le  jugement  de  leurs 
affaires ,  et  relativement  aux  tribunaux  des  lieux 
où  ils  résident ,  ils  seront  traités  comme  ceux 
des  nations  les  plus  favorisées  avec  lesquelles 
les  deux  puissances  ont  des  traités  de  commerce. 
Les  consuls  généraux,  consuls  ou  vice-consuls 
ne  pourront  point  être  choisis  à  l'avenir,  parmi 
les  sujets  nés  de  la  puissance  chez  laquelle  ils 
doivent  résider,  à  moins  qu'ils  n'aient  obtenu 
une  permission  expresse  de  pouvoir  être  accré- 
dités auprès  d'elle  en  cette  qualité. 

Par  l'article  X ,  la  France  accorde  aux  Russes 
Texemption  du  droit  de  fret;  et  en  réciprocité 
de  cet  avantage ,  la  Russie  accorde  aux  Français 
trafiquant  avec  ses  sujets ,  la  '  prérogative  de 
pouvoir,  dans  toute  l'étendue  de  son  empire  ^ 
à  l'exception  du  port  de  Riga,  acquitter  les 
droits  de  douane  en  monnaie  courante ,  c'est-* 
à-dire,  en  roubles  et  copeks,  sans  être  assu- 
jétis  comme  ci-devant  ,  au  paiement  en  rix- 
dales. 

Par  l'article  XI ,  le  roi  exempte  du  droit  de 
vingt  pour  cent,  les  marchandises  russes  venant 
des  ports  de  la  mer  Noire  dans  celui  de  Mar- 
seille ,  etc. 

En  retour  de  cette  faveur ,  l'impératrice  de 
Russie  s'engage  à  faire  participer  les  négocians 
français  à  l'avantage  accordé  à  ses  sujets  par 
l'article  V  de  son  édit  du  27  de  septembre  1782, 


456  VIP  PÉRIODE. 

Par  Tarticle  XII  ,  la  France  accorde  une 
diminution  de  droit  de  vingt  pour  cent  sur 
les  suifs  et  les  cires  venatit  de  Russie ,  ainsi 
qu'une  diminution  de  droits  sur  les  fers  en 
barre. 

En  compensation  de  cet  avantage  ^  l'impëra- 
trice  de  Russie  accorde  , 

1®.  Que  tous  les  vins  de  France,  hors  ceux  de 
Bourgogne  et  Champagne,  qui  seront  importés 
en  Russie  par  les  ports  de  la  mer  Baltique  et  de 
la  mer  Blanche,  sur  des  navires  français  ou 
russes^  et  pour  le  compte  des  sujets  respectifs, 
y  jouiront  d'une  diminution  de  trois  roubles  de 
droits  d'entrée  sur  chaque  barrique  de  deux 
cent  quarante  bouteilles,  de  manière  qu'au  lieu 
de  quinze  roubles ,  elle  n'en  paiera  plus  désor- 
mais que  douze. 

Les  mêmes  vins  jouiront ,  outre  cette  dimi- 
nution, du  bénéfice  de  vingt-cinq  pour  cent, 
s'ils  étaient  introduits  par  la  mer  Noire  j  ce  qui 
réduisait  le  droit  à  neuf  roubles. 

2^.  Les  vins  de  Champagne  et  de  Bourgogne 
jouiront  d'une  diminution  de  dix  copecks  par 
bouteille,  de  droits  d'entrée  dans  les  ports  delà 
Baltique  et  de  la  mer  Blanche;  et  il  leur  est 
accordé  de  plus,  une  diminution  de  vingt-cinq 
pour  cent  pour  les  mêmes  vins  introduits  par 
les  ports  de  la  mer  Noire. 

3®.  Les  savons  de  Marseille  ne  devaient  pas^^ 


LIVRE   VIII.  457 

payer  plus  de  droits  que  ceux  de  Venise  et  de 
Turquie^  c'est-à-dire  ne  payer  qu'un  rouble 
par  pond. 

Le  droit  d'aubaine  (art.  XVI)  est  respective- 
ment aboli. 

A  l'avenir  (art.  XX)  les  saluts  ne  devaient  plus 
avoir  lieu,  ni  en  mer,  ni  à  l'entrée  des  ports, 
entre  (es  vaisseaux  des  deux  nations,  de  quelque 
espèce  qu'ils  fussent,  et  quel  que  fût  le  grade 
des  officiers  qui  les  commandent. 

Les  deux  souverains  s'engageaient  (art.  XXVII), 
lorsqu'ils  seraient  en  guerre  avec  quelque  puis- 
sance que  ce  fût ,  à  observer  scrupuleusement 
les  quatre  axiomes  suwans  : 

1^.  Que  les  vaisseaux  neutres  pourront  navi- 
guer librement  de  port  en  port,  et  sur  les  côtes 
de  nations  en  guerre  ; 

2^.  Que  les  effets  appartenans  aux  sujets  des 
puissances  en  guerre^  seront  libres  sur  les  vais- 
seaux neutres ,  à  l'exception  de  la  contrebande 
de  guerre  ; 

3®.  Que  le  port  bloqué  sera  celui  qui  sera  atta- 
qué par  un  nombre  de  vaisseaux  proportionné 
à  la  force  de  la  place  p  et  qui  en  seront  suffisam- 
ment proches  pour  qu'il  y  ait  un  danger  évident 
d'entrer  dans  le  port  ; 

4^.  Que  les  vaisseaux  neutres  ne  pourront 
être  arrêtés  que  sur  de  justes  causes  et  des  faitft 
ëvidens  ^  et  qu'ils  seront  jugés  sans  retard ^  el 


438     '  VIP  PERIODE. 

que. le  propriétaire  serait  indemnisé  si  Tarres- 

tation  a  été  mal  fondée. 

L'article  XXVIII  portait  l'obligation  mutuelle 
de  faire  observer  la  neutralité  dans  les  lieux 
compris  sous  le  nom  A'eaux  closes  (  ou  mers 
closes,  telles  que  la  Baltique  ). 

L^article  XXIX  désigne  les  objets  de  contre- 
bande de  guerre  y  d'siprès  la  nomenclature  or- 
dinaire ,  qui  ne  comprend  que  les  instrumens 
de  guerre.  Les  munitions  navales  ne  sont  point 
objets  de  contrebande. 

L'article  XXXI  accorde  aux  vaisseaux  de 
guerre  ou  armateurs  particuliers  ,  le  droit  de 
faire  la  visite  des  bâtimens  non  escortés  ;  s'ils 
sont  escortés ,  la  parole  du  commandant  qu'ils 
ne  contiennent  point  de  contrebande  ,  doit 
suffire. 

Si  le  vaisseau  (  art.  XXXII  et  XXXHI  )  ne 
porte. point  de  contrebande,  il  pourra  continuer 
sa  route;  s'il  en  porte,  il  pourra  être  conduit 
dans  un  port  où  l'on  instruira  le  procès  devant 
les  juges  de  l'amirauté  ;  et  la  sentence  ne  pourra 
jamais  prononcer  que  la  confiscation  des  objets 
de  contrebs^nde ,  etc. 

Le  comte  de  Ségur  signa  à  Pétersbourg,  ce 
traité  au  nom  du  roi ,  et  il  le  fut  au  nom  de  l'im- 
pératrice dé  Russie,  par  MM.  d'Ostermann,  de 
Woronzow ,  de  Bezborôdko  et  de  Marcoff. 

Ce  traité,  fondé  sur  la  base  d'une  juste  ré- 


LIVRE  VIII.  459 

ci  procite  ,  et  surpris  à  la  yi^ilatice  du  ministre  .  Contidén- 

*  *  ^  tions  sur  c« 

d'Angleterre,  M.  Fitz- Herbert,  depuis  lord  Saint-*  trtité. 
Helens,  fut  un  heureux  coup  de  dé ,  une  bonne 
fortune  politique,  qui  honore  infiniment  le  né- 
gociateur qui  l'obtint.  Les  heureux  effets  de  ce 
traité  ne  tardèrent  pas  à  se  faite  sentir,  parti- 
culièrement pour  le  commerce  de  la  mer  Noire, 
où  des  négocians  de  Marseille  établirent  une 
factorerie j  qui  fit,  eu  peu  de  temps,  des  envois 
considérables  en  France  ;  et  ce  comrtierce,  lié  à 
celui  du  Levant ,  eût  été  susceptible  des  plus  heu- 
reux développemens.  Lé  commerce  avec  la  Rus- 
sie, par  la  Baltique,  a  été  moins  fructueux ,  parce 
que  la  navigation  sur  cette  mer,  soit  à  cause 
de  râpreté  du  climat,  sôit  ^  cause  de  la  con- 
currence avec  les  Ànglâii^ ,  les  Hollandais ,  les 
Danois  et  les  Hambourgeôis ,  est  peu  recher- 
chée pat  les  navigateurs  français,  qui ,  de  ce 
côté  ,  semblent  réiionicer  à  uri  commerce  di- 
rect, quoiqu'il  soit  poésîblë  de  l'établir,  en  or- 
donnant que  les  hiarbhdndises  et  productions 
russes  ne  seraient  introduites  en  Ifrance ,  que 
sur  des  vaisseaux, rdsses  ou  français;  mesure 
qui ,  admiise  par  rapport  au  commerce  du  Le* 
vaut ,  à'Vàit  contt^ibué  à  porter  si  haut  la  pros^ 
périté  dç  Marseille. 

M.  dé  Vérgennes  mourut  avec  calme ,  à  la      '787- 
suite  d'uiié  assez  longue  maladie,  dansla  nuit  du  M.  de  ve^- 
12  au  1 3  février  1787,  âgé  de  soixante-huit  ans.  plîm^i 


'1 


gennes  ;    sa 
ne. 


44o  VIP  PERIODE. 

Ce  ministre  ue  se  piquait  point  de  jeter  des 
feux  éblouissans.  Ses  talens  n'étaient  pas  même 
très-ëleves,  mais  il  avait  beaucoup  de  sens ,  de 
sagesse  et  de  modération.  Il  possédait  ce  qu'on 
appelle  une  bonne  méthode^  fruit  de  cinquante 
an^d  expérience. 

Les  formes  de  ce  ministre  parurent  trop  gra- 
ves, et  même  quelquefois  pesantes.  Néanmoins, 
il  faut  convenir  que  les  formes  sémillantes  sont 
,dans  le  poste  qu'il  occupait,  un  ridicule  plutôt 
qu'uii  mérite;  et  l'observation  des  hommes  en 
place ,  apprend  que  trop  souvent  ceux  qui  visent 
à  l'amabilité  ,  sont  frivoles  et  inappliqués.  Du 
reste ,  M.  de  Vergennes  se  montra  toujours 
soumis  aux  bienséances  ,  recommandant  fré- 
quemment d'écrire  dans  les  termes  les  plus  po- 
lis, ff  Le  roi  de  France ,  disait-il ,  est  assez  grand 
»  pour  n'avoir  pas  besoin  d'humilier  personne.  » 

JM.  de  Vergennes  était  très-laborieux  pargoût, 
et  parce  qu'il  sentait  qu'il  ne  pouvait  se  main- 
tenir en  place,  que  par  une  application  qui  ba- 
lançât le  crédit  de  ses  rivaux. 

La  temporisation  fut  le  principal  ressort  de  la 
politique  de  ce  ministre*  Servant  un  prince 
mesuré  et  timide ,  e^  n'ayant  pas  lui'^'méme  cet 
ascendant  qui  entraîne^  il  adopta  cette  sou- 
plesse qui  consiste  à  obtenir  par  des  biais  et 
des  termes  moyens ,  ce  qu'un  génie  fier  emporte 
de  haute  lutte.  Par  suite  de  cette  lenteur  systé- 


LIVRE  VIII.  44» 

matique ,  M.  de  Vergennes  donnait  rarement  de 
réponse  décisive,  et  s'enveloppait  dans  les  for- 
mes diplomatiques,  même  avec  les  ministres  de 
famille.  Le  comte  d'Âranda  disait':  Je  cause  avec 
M.  de  Maurepas  ;  je  négocie  avec  M.  de  Ver- 
gennes; mot  qui ,  eh  caractérisant  la  manière 

différente  de  traiter  d'affaires  de  ces  deux  mi- 

« 

nistres ,  était  pourtant  plus  honorable  pour  le 
second  que  pour  le  premier  ;  car  la  gravité  et  la 
dignité  s'accordent  mieux  avec  les  négociations 
que  le  ton  léger  de  la  conversation  ordinaire.  Il 
ne  faut  pas  traiter ,  en  plaisantant ,  du  sort  des 
états. 

M.  de  Vergennes  eut  dans  M.  de  Choiseul, 
constamment  appuyé  par  la  reine ,  un  concur-^ 
rent  xedoutable ,  auquel  il  n'opposa  qu'une  vie 
réfléchie  et  l'assiduité  à  ses  devoirs.  Ce  ministre 
était  attaché  à  sa  place  moins  par  ambition  que 
par  goût  pour  les  opérations  politiques ,  ou  si 
l'on  veut ,  par  ce  sentiment  qui  porte  à  se^ain« 
tenir  dans  un  poste ,  malgré  la  haine  de  ses  ri- 
vaux ;  car  la  disgrâce  deviendrait  une  défaite , 
et  l'homme  le  plus  modeste  ne  veut  pas  être 
vaincu. 

Quant  à  sa  marche  politique,  à  l'égard  des  di* 
verses  puissances ,  M.  de  Vergennes  sut  résister 
à  l'inquiétude  bouillante  de  Joseph  u,  et  coi^- 
cilier  les  égards  dus  au  frère  d'une  reine  puis- 
sante ,  avec  l'intérêt  de  la  France.  Il  avoua  un 


443  VIP  PÉRIODE, 

jour  au  prince  Henri  de  Prusse ,  «  Qu'il  n'au- 
x)  rait  pas  fait  le  traité  de  1766;  mais  que 
2>  puisqu'il  existait ,  il  était  d'avis  de  le  main- 
»  tenît.  jo 

Il  ménageait  le  roi  de  Prusse,  Frédéric  11,  pour 
Topposer  à  Joseph  11 ,  et  même  à  la  Russie;  mais 
il  ne  se  livrait  qu'avec  beaucoup  de  réserve  au 
monarque  prussien,  dont  il  n'estimait  pas  le  ca- 
ractère moral.  Il  dit  au  sujet  de  la  puissance 
prussienne ,  un  mot  vérifié  depuis  :  «  Qùune 
»  armée  et  un  trésorne  constituaient  pas  une  puis- 
»  sûrice*  o 

M.  de  Vergennes  saisit  mal  le  moyen  d'humi- 
lier l'Angieterre ,  en  se  rendant  le  fauteur  deç 
insurgés  dé  l'Amérique  septentrionale  :  car,  si 
les  Àmériciains  pouvaient ,  à  leurs  propres  yeux 
et  à  ceux  de  certaines  puissances,  n'être  pas  con- 
sidérés comme  des  rebelles.;  du  moins,  aux  yeux 
d'un  ministre  du  roi ,  et  d'après  les  principes 
d'autorité  absolue  professés  par  le  gouverne- 
ment fratiçais ,  ils  ne  pouvaient  être  envisagés 
que  comme  dès  révoltés. 

'La  guerrte  d'Amérique  épuisa  les  finances  du 
royaume,  et  y  altéra  les  idées. de  subordination; 
en  sorte  qu'élit' éàt  deventié  la  cause  mère  de  la 
révolution  française.  Il  eût  fallu  se  borner  à 
faire  une  guerre  vigoureùise  à  l'Angleterre ,  sans 
nommet  seulement  les  Etats-Unis.  Du  reste ,  le 
cœur  du  comte  de  Vergennes  doit  être  disculpé 


LIVRE  VIII.  443 

-de  cette  erreur  de  son  esprit;  car  il  aimait  sin- 
cèrement le  roi  et  la  monarchie. 

Ce  ministre  se  comporta  plus  prudemment  à 
Fegard  du  continent^  et  il  arrêta ,  autant  qu'il 
put ,  le  système  de  convenance.  Il  fit  peu  après 
son  entrée  au  ministère,  une  profession  de  foi  au 
baron  de  Breteuil,  ambassadeur  à  Vienne,  dans 
une  lettre  familière,  en  date  du  û5  avril  1775, 
laquelle,  comme ëpanchement  secret,  l'honore 
d'autant  plus,  qu^dle  semble  moins  préparée. 

«  Si  toutes  les  puissances  voulaient  bien  s'é- 
»  clairer  sur  la  frivolité  des  raffinemens  de  la 
»  politique  ,  le  Yno'hde  serait  mieux  gouverné , 
»  les  ministres  moins  tracassés,  et  l'humanité 
»  aurait  moins  à  gémir  des  erreurs  et  des  délires 
»  de  l'ambition.  Il  ne  paraît  pas  qu'on  en  soit 
»  guéri ,  et  même  qu'on  désire  de  l'être  où  vous 

»  êtes Il  ne  faut  pas  moins  craindre  la  dé- 

»  pendance  des  alliés  que  l'empire  de  ses  enne- 

9  mis Montrons-nous  dans   une  situation 

»  respectable ,  et  l'on  nous  respectera.  Quand 
»  serons-nous  dans  cette  heureuse  situation  où 
»  l'on  peut  protester  de  son  amour  pour  la  paix, 
»  et  mettre  ses  desseins  à  découvert  îsans  être 
»  taxé  de  faiblesée  !  Nous  n'en  avons  auciih  ddnt 
»  nous  ayons  à  rougir  ;  mais  notte  modératioii 
»  ne  isera  réputée  vertu,  que  lorsqu'on  se  con- 
»  vaincra  qu'elle  ne  sera  point  l'effet  dé  l'im- 
»  puissance.  Voilà  ce  que  j'ose  dire  et  répéter. 


444  VIP  PERIODE. 

»  Si  je  voyais  jamais  les  choses  dans  cet  ëlat  ûo^ 
»  rissant,  je  dirais  de  bien  bon  cœur  :  nunc  di- 
»  mittis ,  etc.  » 
1787-  Louis  XVI,  après  être  resté  incertain  pour  le 

Nomination    <.      .      j,  .  ,  >,^  .  , 

4a  comte  de  choix  Q  UH  ministrc  dcs  affaires  étrangères ,  en- 
mini»tèper*"  tre  le  duc  de  la  Vauguyon  ,  ambassadeur  en 
Espagne  ,  et  le  comte  de  Montmorin ,  alors 
commandant  en  Bretagne ,  se  décida  pour  celui- 
ci  ,  d'après  le  conseil  du  baron  de  Breteuil,  qui 
se  flattait  d'exercer  son  empire  sur  M.  de  Mont- 
mbrin  ;  en  quoi  il  se  trompa  ;  celui-ci  n'ayant 
témoigné  ,  au  contraire,  ajLicune  condescen^ 
dance  pour  les  avis  du  baron  de  Breteuil. 

M.  de  Montmorin  avait  été  menin  de  Louis  xvr. 
Nommé,  en  1774»  mipistre  près  de  l'électeur 
de  Trêves ,  il  devint  ambassadeur  de  Madrid 
en  1783.  Le  roi  eût  pu  faire  un  meilleur  choix; 
non  que  M.  de  Montmorin  fut  sans  mérite , 
mais  il  eût  eu  besoin  de  plus  de  caractère  dans 
les  circonstances  sans  pareilles  où  il  allait  se 
trouver;  et  son  concurrent ,  M.  de  la  Vauguyon , 
eût  mérité  de  lui  être  préféré  ,  car  il  était 
pourvu  de  l'énergie  dont  M.  de  Montmorin 
manquait. 
^7^7;  Jja  guerre  de  l'Amérique  avait  amené  un  ac- 
nommé  prîn. croîsscment  cousidérablc  de  la  dette  publique^ 

clpal  ministre.  i  .^  j'     i      •    •   ^      *.•  j 

par  le  mauvais  système  d  admmistration  de 
M.  Neçker ,  qui  n'avait  trouvé  de  ressources  que 
dans  des  emprunts ,  dont  la  masse  s'élevait  à 


LIVRE  VIII.  445 

douze  cent  soixante  millions ,  qui  étaient  rem- 
boursables en  partie  à  époques  très  rappro- 
chées^ et  dont  l'intérêt  était  fort  cher.  M.  de 
Calonne  ne  pouvant  faire  face  aux  besoins  pu- 
blics ,  avec  les  ressources  ordinaires ,  conseilla 
au  roi  d'assembler  les  notables,  pour  combler  le 
déficit  qu'il  évaluait  à  peu  près  à  quatre-vingt 
millions,  quoique  dans  la  réalité  il  ne  fut  que  de 
cinquante-six. 

On  ne  pouvait  contester  à  M.  de  Calonne 
de  vues  très  vastes  en  administration  ,  et  ce  qui 
semblait  devoir  les  faire  goûter,  beaucoup  d'es- 
prit et  une  éloçution  séduisante.  Mais  on  lui 
reprochait  d'être  incapable  de  rien  refuser  à 
l'amitié  et  à  la  grandeur.  Sa  réputation  nuisit 
à  l'effet  de  ses  talens  ;  et  en  le  reconnaissant  pour 
homme  d'état ,   on  l'attaquait  comme  n'étant 
pas  administrateur  économe.  Ses  plans  qui  suf- 
fisaient pour  combler  le  déficit,  furent  rejetés, 
parce  qu'ils  attaquaient  les  grands  propriétai- 
res, et  les  privilèges  du  clergé.  Exposé  à  un 
parti  violent ,  dont  les  chefs  étaient  Brienne , 
archevêque  de  Toulouse,  et  M.  de  Breleuil, 
qui  firent  adopter  leurs  idées  à  la  reine  et  au 
comte  d'Artois,  M.  de  Calonne  donna,  avant 
la  fin  de  l'assemblée  des  notables  ,  dans  les 
premiers  jours  d'avril,  sa  démission  de  la  place 
de  contrôleur  général.  Ce  fut  un  grand  mal- 
i^evLV  pour  la  cause  royale  ,  que  le  rejet  de 


446  VIT  PÉRIODE. 

ses  plans  qui  contenaient  de  très  belles  choses. 
Louis  XVI  crut  que ,  dans  la  crise  où  se  trou- 
vait l'état,  au-dedans  et  au-dehors,  il  fallait 
nommer  xin  principal  ministre ,  qui  par  son  au- 
torité et'son  poids,  pût  vaincre  les  résistances. 
L'expédient  pouvait  être  utile;  mais  le  choix  ne 
fut  pas  heureux.  Guidé  par  les  conseils  de  la 
reine,  le  roi  avait  nommé,  le  3  de  mai  1787  , 
M.  de  Loménie-Brienne ,  archevêque  de  Tou- 
louse ,  chef  du  conseil  des  finances.  Dans  les 
premiers  jours  d'août  suivant ,  il  l'éleva  au  poste 
de  principal    ministre   avec  un   pouvoir  très 
étendu.  M.  de  Brienne  avait  passé  pour  un 
homme  d'esprit  dans  l'assemblée  des  états  du 
Languedoc  et  dans  celle  du  clergé  ;  mais  on  sait 
qu'auprès  de  ces  corps ,  il  suffisait  de  se  con- 
certer avec  deux  ou  trois  personnes  influentes, 
qui  étaient  comme  les  grandes  roues  de  la  ma- 
chine, Le  mouvement  en  était  facile,  et  il  n'y 
avait  pas  à  craindre  des  oppositions  redoutables. 
S'il  en  existait,  quelques  faveurs  ou  quelques  me- 
naces de  la  cour  les  dissipaient  bientôt.  Dans  la 
circonstance  présente,  on  avait  à  combattre  des 
corps  bien  plus  redoutables  et  bien  plus  incor- 
ruptibles; c'étaient  les parlemens,  s'appuyant  dû 
nom  de  la  nation,  et  opposant  tour  à  tour  leur 
puissance ,  pour  rejeter  les  impôts,  ou  leur  dé- 
faut de  pouvoir,  pour  en  consentir  de  nou- 
veaux. 


LIVRE  VIII.  4^17 

Le  système  général  de  l'Europe  ,  devait 
nécessairement  éprouver  des  variations  par  la 
mort  de  Frédéric  11 ,  roi  de  Prusse ,  laquelle 
avait  eu  lieu  au  mois  d'août  1786.  Ce  prince, 
avec  de  grands  talens  ,  mérite  le  reproche 
d'avoir  introduit  par  ambition  et  cupidité , 
dans  les  cabinets  européens ,  la  convenance  , 
principe  contraire  à  toute  propriété  publique 
et  particulière  ,  et  auquel  les  diverses  cours 
de  l'Europe  paraissaient  avoir  renoncé  depuis 
un  siècle. 

L'empereur  Joseph  11 ,  disait  à  l'ambassadeur 
de  France,  baron  de  Breteuil ,  en  lui  parlant  du 
roi  de  Prusse  :  «  Tous  les  moyens  lui  sont  bons, 
»  et  l'on  sait  qu'il  ne  se  refuse  jamais  à  ceux  qui 
»  lui  présentent  la  plus  légère  utilité.  Il  n'y  a 
»  rien  d'extraordinaire  et  de  dangereux  même 
»  pour  le  futur  ,  que  je  ne  me  chargeasse  de 
«  faire  accepter  sur  le  champ  au  roi  de  Prusse  , 
»  en  lui  présentant  un  avantage  du  moment. 
»  J'ai  beaucoup  parlé  avec  le  roi  de  Prusse, 
»  quand  j'ai  eu  l'honneur  de  le  voir ,  continuait 
»  l'empereur;  j'avais  même  ordre  de  lui  parler  ;• 
»  je  lui  ai  trouvé  tout  le  génie  que  sa  conduite 
»  a  prouvé;  mais  j'ai  été  bien  étonné  de  l'enten- 
M  dre  me  dire,  q^'îl  n'avait  jamais  eu  de  plan 
»  de  campagne  ,  et  que  de  même  il  n^éprisait  la 
»  prévoyance  politique  ;  qu'il  allait  en  guerre 
»  comme  -en   politique  ,   suivant  les  circons- 


448  VIP  PÉRIODE. 

»  tances  et  l'allure  de  ceux  auxquels  il  avait  à 
9  faire.  » 

M.  de  Breteuil  ayant  répondu  à  Tempereur, 
que  ce  système  serait  bien  dangereux  à  imiter; 
ce  prince  lui  répliqua  :  a  Oui>  M.  Tambassa- 
j>  deur  ;  mais  il  est  peut-être  encore  plus  dan<- 
»  gereux  à  rencontrer  dans  une  tête  et  dans  un 
»  voisin  comme  le  roi  de  Prusse.  » 

Frédéric-Guillaume  n ,  nouveau  roi  de  Prusse , 
bien  éloigné  d'avoir  la  fermeté  d'ame  et  le  génie 
de  son  oncle ,  se  laissait  conduire  par  les  favoris 
et  les  maîtresses,  qui  détruisirent  bientôt  sa 
santé  et  dissipèrent  les  trésors ,  fruit  de  vingt 
ans  d'économie.  Toutefois ,  ce  prince ,  en  arri- 
vant au  trône  ,  chercha  à  se  rapprocher  de  la 
France,  qui  n'avait  eu  que  des  rapports  assez 
réservés  avec  Frédéric  ii ,  et  il  écrivit  à  Louis  xvi , 
une  lettre  dans  laquelle  il  exprimait  son  vœu  à 
cet  égard  ;  mais  ses  propositions  furent  poli- 
ment éludées.  Peut-etre  Louis  xvi  dans  cette  oc- 
casion^ manqua-t-il  de  prudence. 
,787.  Lorsque  le  duc  de  la  Vauguyon  quitta  Tam- 

daolTel^p^^^^  de  Hollande,  pour  passer  à  celle  d'Es- 

▼inccsUmeg.  pggne,  le  systèmc  qu'il  avait  fondé  ne  se  suivit 
pas  avec  la  même  méthode.  Le  parti  qu'il  avait 
formé ,  était  composé  de  gens  sages  et  prudens, 
qui  n'avaient  d'autre  vue  que  de  maintenir  in- 
variablement l'alliance  avec  la, France,  et  la  su- 
périorité des  patriotes  sur  le  sts^thouder ,  sans 


LIVRE  VHI.  449 

^Itaifi^  esftentièlleineDl  le'  stathoodërat.  Les 
ennemis  duistathouder  se  réunirent  à  ce  parti. 
M.  de  là  Yaugiiyon  né  faisait  usage  de  ceux-ci , 
que  quaiïdf  l'occasion  l'exigeait,  et  il  ^y  ait  su 
les  conteniridans^ejusies' bornes  ^  par  Uin« 
fluenbejeBesoréè  de  ses  pbvnofpaux  confidens, 
n'ayant  .axDcunementi^essein  de  déirûif^^4e  sta* 
thoudérati,  mais  seulement  <le  le  tenir  en  mi-» 
norilé  dans  les.  déUbârations  des  ëia^.>  A*a^si 
ayait-il  toujours  désavoué  les  coups  tfopliardis 
quelle. parti f patriotique :voulait  pointer  à  Tau-» 
torité'SlaÉhôudérienne.  Mais,  en  politique,  il 
est  des  lignes:  imperceptibles,  rues  seulement  de 
l'homme  d'étant ,  et  que  les  gens  ardens'd^passeni 
bieul^k'  '•    '»'./'';•  ^.  •     <■  ■  *!  ..  . • 

Après  le  départ  de  Hollande  de  Modela  Vau- 
gayon y  le»  ennemis  du  stathtmder  plus  «écoutés 
du  m  inîs4;ère  français  que  kspatrioteis  modérés^ 
furent  poussés  à  attatcjiiër  avec  moias  de  ména- 
gement le  siathpuder^uitdésôh  côté ,  persistait 
dans  soQiOpposiMoi:^  du/systèïne  français/Les 
rdattons  s'aigrireht,  et  am6iière»t  îilsensible^ 
ment  de  la  part  des  tpatriotest,  le  desseiu  de  ren* 
verser  le  stathottdérat,    .    î    .  ' 

En  17^6^.  le  stathouder,  prince  de  Nassau- 
Dietz  ou  prince  d^Orange.(i),  avait  rompu  qu- 


(i)  La  cour  de  France  àe  reconnàicsait  point  au  prince  de 
STasMU-DieU  la  ^[oalité  àe  prin€€  itOrunge ,  quoiqu'elle  lui 

VII.  «9 


45o  VU*  PÉRIODE. 

Ter^teiQeAtflvec  l^é^  p$(rti  républicain  et  ps^ftotî- 
qi3^ ,:  lequel  réclamait  le  niai![lti6n  des  droits 
copstjtutiônnels.  L'exécution  militaire  des  villes 
d'Ëliboiirg  et  de  Hattem  dans  la  Giieldre ,  or- 
doiitiée  par  le  stathouder ,  porta  la  province  dé 
Hollande  à  le  suspendr^e  de  ses  fonctions^  de  ca« 
pitainje-gépéral  ;  charge  qui  était  le  foi^diem'eot 
de  tout  ton  pouvoir.  Frédéric  «Guillaunie  n^ 
dont  la,  princesse  d'Orange  était  sœurv  s'inté- 
re3sant.|i>fe  que  son  beau^frère  ne  redevînt  pas 
simple  partici^ier  ^  crut  devoirsev  prononcer  en 
sa  faveur  ^  en  envoyant  extraord^nairëmtent^jlilsr 
Haye  ,  en  qualité. de  iministre,  Le>^coinle  de 
Goer U  pour  pacifier  ces  .difiCerends^     >    v 

La  cour  de  Versailles,  de  son  côté,  qui^dévait 

son  influence  dani»  .les  Brovinces-**Uiiies<^'la 

supériûrilé  du  porii  républicain osurlç^ parti, 

stathoudérien,  crut  devoir  soutenir  le  prâmier, 

par  nne  démarche,  semblal^e  a  celle  de  la  cour 

Ento!  de  4®  jBerlin.  Elle  fit  donc  partir  pofur  la  Haye, 

îîl'^e/'HÔr.M.  Gérard  de  Rayneval  (i)  4:  précédemment 

landf.        '  employé  dans  la  négociation  du  traité  de:i  7&3 , 

et  qui  avait  cônolu  le  traité  de  commencé  de 

1783  avec  TAngle terre.  Le  marquis  de  Vérac, 

iti\  dotméè'dans  tonte  FEurope  ;  et  en  effet  ce  prince  n*avait 
pas.  droit  de  la  prendre ,  Orabge  n'étant  point  à  Iui« 

(i)  Pièces  auûientiquçs  relatives  à  la  nç^ciation  confiée 
à  MM.  de  Rayneval  et  de  Goertz,  P^imègue,  .1.7B7* 


LIVRE  VIIL  45t 

homme  recomm^ndahle  à  plusieurs  égards  , 
était  ak>r$  ambassadeur  du  roi  près  les  états- 
gëfiëraux  ;  mais  il  n'avait  pas  su  donner  aux 
affaires  la  tournure  convenable. 

Quoique  M.  de  Rayneval  fût  sans  caractère 
public  y  il  avait  des  lettres  de  créance ,  qu'il  était 
autorisé  à  remettre ,  si  les  circonstances  l'exi- 
geaient. Le  but  de  sa  mission  était  de  concilier 
les  différends  du  stathouder  avec  les  provinces 
de  Giieldre  et  de  Hollande ,  qui  avaient  suspendu 
le  prince  de  Nassau  de  ses  fonctions  dé  capi- 
taine*général ,  et  il  est  k  observer  que  les  états- 
généraux  n'avaient  point  à  se  mêler  de  cette 
affaire.  L'intentioude  là  province  de  Hollande, 
était  de  ramener  le  stathouder  à  son  état  cons- 
titutionnel ,  dont  certaines  circonstances  l'a- 
vaient écarté ,  au  préjudice  des  droits  des  états 
ou  du  souverain. 

M,  de  Rayneval  manda  au  comte  de  Goertz , 
les  bases  sur  lesquelles  il  croyait  qu'on  pouvait 
asseoir  un  rapprochement  j  lequel  devait  résul* 
ter  de  certaines  démarches  préliminaires  du  sta* 
thouder  à  l'égard  de  la  province  de  Gueldre  ; 
ainsi  que  de  la  modification  des  réglemens  de  \sl 
régence  ;  mais  comme  le  stathouder ,  de  son 
côté ,  demandait  avant  tout ,  sa  réint^ration 
dans  la  charge  de  capitaine -général  et  dans  le 
commandement  de  la  Haye ,  les  deux  partis  ne 
purent  s'entendre;  et  les  propositions  mixtes , 


452  VIÏ*  PERIODE. 

faites  par  M.  de  Rajneval ,  lesquelles  avaient 
l'assentiment  de  la  cour  de  Berlin  ,  furent,  à 
rinstiga^ion  de  la  princesse  d^Orange  ,  rejetées 
par  son  époux  ,  qui  allégua  que  les  sacrifices 
exigés  de  lui ,  étant  con  traires  à  son  honneur  et 
à  son  intérêt,  n'étaient  nullement  propres  à  éta- 
blir un  calme  durable. 

M.  de  Rayneval  regardant  cette  réponse  comitie 
équivalant  à  uVie  rupture  de  toute  négociation, 
retourna  à  Paris,  le  16  de  janvier  1787  ;  et  le 
comte  deGoertz  fut  rappelé  de  son  côté,  par  la 
cour  de  Berlin,  dans  les  premiers  jours-de  février. 
Dès-lors,  la  négociation  ^entamée  sous  les  aus- 
pices de  la  France  et  de  la  Prusse,  fut  censée 
annulée. 

M.  dé  Vergennes  mourut,  ainsi  qu'il  a  été  dit, 
vers  ce  temps;  ce  qui  fut  un  nouvel  obstacle  à 
la  réussite  d'une  négociation  commencée  sous 
ses  yeux,  et  dont  il  sentait  plus  que  personne 
l'importance.  Son  successeur  donnant  aux  trou- 
bles de  Hollande,  une  attention  moins  sérieuse, 
les  ennemis  de  la  France  en  profitèrent  pour 
détruire  l'influence  du  roi  près  des  Provinces- 
Unies. 

Dans  cette  crise  politique,  un  seul  homme 
était  capable  par  la  considération  qu'il  avait  en 
Hollande  ,  d'^n  prévenir  les  '  funestes  effets  i 
c'était  le  duc  de  la  Vàugiiyon  ;  il  offrit  géné- 
reusement d'aller  dans  ce  pays,  quoique  ses 


LIVRE  VIIL  455 

fonctions  en  Espagne  fussent  plus  agréables 
pour  lui.  Son  dévouement  u!ayant  pas  été  ac»- 
cepté,  le  mal  alla  toujours  croissant,  jusqu'à 
ce  que  toute  réconciliation  fût  devenue  impos- 
sible par  la  démarche  hardie  de  l'épouse  du  sta- 
thouder,  qui  se  présentant  à  l'improviste  pour 
se  rendre  à  la  Haye,  fut  empêchée  de  passer 
outre. 

Le  baVon  de  Thulemeyer ,  envoyé  du  roi  de 
Prusse ,  remit  aux  états-généraux ,  dans  les  pre- 
miers jours  de  juillet  1787,  un  mémoire  par 
lequel  il  demafidait,  au  nom  de  sa  cour  satis-> 
faction  de  l'obstacle  que  cette  princesse  avait 
éprouvée  dans  son  voyage  à  la  Haye.  Frédéric-- 
Guillaume  II,  échauffé  par  sa  sœur,  exigeait ^ 
en  particulier,  que  les  états  de  Hollande  lui 
écrivissent  une  lettre  d'excuse^  et  qu'ils  sou- 
missent leurs  différends  avec  le  stathoùder ,  à 
la  médiation  de  la  Prusse  et  de  l'Angleterre. 

Le  chevalier  Harris,  se  hâtant  de  seconder 
ouvertenient  les  vues  de  la  Prusse,  dont  il  avait 
été  le  premier  instigateur,  remit  aux  états-gé-> 
néraux,  le  18  d'août,  un  mémoire  par  lequel 
il  leur  offrait  la  médiation  de  sa  cour,  La  Pro* . 
vince  de  Hollande  réitéra  alors  le  vœu  qu'elle 
avait  précédemment  manifesté,  de  recourir  à 
la  médiation  de  la  France.  Les  autres  provinces 
prirent  le  mémoire  du  chçvalier  Harris  ad  refe-^ 
rendum. 


454  yn*  PÉRIODE. 

Toutefois,  des  négociations  allaient  s'entamer 
sur  les  demandes  énoncées  par  M.  de  Thule- 
meyer,  lorsque  cet  envoyé,  craignant  quelles 
ne  fussent  acceptées,  y  ajouta  la  demande  de  la 
punition  des  principaux  patriotes.  Â  cette  nO'> 
tification  insultante,  ce  parti  alarmé  courut 
aux  armes,  en  invoquant  le  secours  de  la  France, 
alliée  des  Provinces-Unies ,  et  niotrige  indirecte 
des  mesures  des  patriotes.  * 

La  cour  de  Versailles,  qui  voyait  les  mouve- 
mens  armés  de  la  Prusse,  et  les  dispositions  de 
l'Angleterre  à  les  seconder,  crut  devoir,  pour 
répondre  aux  cris  des  patriotes,  ordonner  la 
formation  d'un  camp  sous  Givet,  et  l'armement 
de  six  vaisseaux  de  ligne.  Ces  préparatifs ,  quel- 
que  faibles  qu'ils  fussent,  ne  tardèrent  pas  à 
amener  de  vives  explications  entre  Versailles 
et  Londres,  à  la  suite  desquelles  il  fut  conclu, 
le  3o  d'août  1787,  une  convention  portant  que 
les  deux  puissances  ne  sortiraient  pas  de  l'éta- 
blissement de  paix,  et  que  l'on  ne  ferait  aucune 
disposition  pour  mettre  en  armement ,  plus  de 
vaisseaux  que  ceux  qui  avaient  été  équipés. 

Le  roi,  immédiatement  après  cette  conven- 
tion qu'il  croyait  propre  à  garautir  la  paix , 
nomma  pour  son  ambassadeur  en  Hollande, Je 
comte  de  Saint- Pries t,  à  la  place  du  marquis 
de  Vérac.  Mais  presqu'au  même  instant,  c'est* 
à^dire ,  le  8  de  septembre  1 787 ,  les  troupes 


LIVRE  VIIL  •  455 

prussiennes  s'ëbr:anlant  avec  rapidité  ^  pénétre- 
reot  dans  les  Provinces- Unies ,  battirent  les 
troupes  hollandaises,  et  réinstallèrcfnt  le  sta- 
thouder  dans  la  plénitude  de  ses  prérogatives; 
en  sorte  que  M.  de  Saint-Priest  n'arriva  à  Ams- 
terdam y  vers  la  fin  de  septembre ,  que  pour 
être  le  témoin  de  la  chute  du  parti  patriote  ou 
du  parti  français,  et  se  trouva  même  exposé  à 
des  insultes  si  caractérisées,  qu'il  ne  crut  point 
devoir  dinérer  son  retour  en  France. 

La  cour  de  Versailles  feignant  alors ,  pour 
sauver  son  honneur,  de  vouloir  armer  pour  les 
Hollandais ,  en  donna  avis  à  la  cour  de  Londres 
par  une  déclaration  que  lui  remit,  le  i6  de  sep- 
tembre, M.  Barthélemi.  • 

Cette  déclaration  provoqua  de  nouvelles  ex- 
plications, qui  furent  terminées  à  Versailles  le 
d7  d'octobre ,  par  un  acte  conciliatoire  signé 
entre*  M.  de  Montmorin,  ministre  des  affaires 
étrangères,  et  le  duc  de  Dorset,  ambassadeur 
d'Angleterre,  et  M.  Ëden,  son  ministre  pléni- 
potentiaire. Cet  acte ,  précédé  des  déclarations 
des  deux  cours ,  se  terminait  ainsi  : 

«  £n  conséquence  de  la*  déclaration  et  contrè- 
3»  déclaration  échangées  oejourd'hui,  les  soussi- 
»  gnés,  au  nom  de  leurs  souverains  respectifs^ 
9  conviennent  que  les  armemens^  et  en  général 
»  tous  préparatifs  de  guerre  ^  seront  dîsconti*^ 
»  nu^s  de  part  et  d'autre ,  et  que  les  marines  des 


456  .  Vil*  PÉRIODE. 

»  deux  nattions  seroat  remises*  sur  le  pied  de 
»  rëtablwemeot  de  paix ,  tel  qu'il  existait  au 
»  premier  de  janvier  de  la  présente  aiaiaée,  etc.  » 
Cet  aote,  échec  irréparable  porté 'à  la  consi- 
dération, de  la  France ,  consolida  la  r^v(dution 
de  Hollande,  renversa  en  un  jour,  l'édifice  élevé 
par  le  génie  du  duc  de  la  Vauguyonv  et  impriitia 
aucabinetde  Versailles unc^aractère de  faiblesse/ 
et  presque  de  déloyauté;!  car  quoi  de  moins  gé- 
néreux que  de.  pousser  ses  amis  dans  les  dan**- 
gerSj  et  de.  ne  pas  voler  à  leur  secours? 

L'esnpereur  Joseph*  dit  à  cette  occasion  :  «  La 
»  France  vient  de  tomber;  je  doute  quelle  se  re* 
D  lève.  y>  Augure  trop  vérifié!  La. France  ne  se 
releva  point  jusqu'à  la  fin.du  règne  deXouis  xvi, 
et  le  traité  d'alliance ,  conclu  le  xS»  de  janvier 
1788,  entre  les  Provinces-Unies,  la  Prusse  et 
l'Angleterre  annulant  par  le  fait  celui  du  10  de 
novembre  1785,  remit  la  Hollande  squs  Tin^ 
fluence  des  cours  de  Londres  et  de  Berlin. 

On  dit,  pour  excuser  la  cour  de  Versailles, 
qu'eile.  manquait  d'argent  ;  et  c'est  vrai  :  mais 
alorât^elle  n'eut  pas  dû.  attendre  que  les  choses 
f  ussei^t  portéies  à  l'extrême  en  Hollande  ;  et  elle 
eût  dû,  dès  la  fin  de  1787 ,  tout  sacrifier  pour 
un  accommodement  entre  les  Etats-Unis  et  le 
stathouder.  C'est  œt  accommodement  négligé  9 
qui  9  rendant  de  phis^en  plus  la  réconciliation 
impossible  entre  les  divers  partis>,amena  la  perte 


LIVRE  VII L  457 

des  patriotes,  et  la  chute  de  la  pNpondéranM 
française. 

Le  roi  avait  pour  son  ambassadeur  près  de     1788. 
la  Porte,  le  comte  de  ChoiseuI*Gouffier ,  lequel  France 'fioiir 
avait  succédé  en  1784  à  M.  de  Saint-Priest.  Ce^^^Jj^ 
ministre  avait  maintenu  auprès  du  divan.,  l'an- jjjjj^«  •*  *• 
cienne  influence  de  la  France.  Il  avait,  en  r787, 
négocié  avec  les  beys  d'Egypte,  une  coireention 
en  vertu  de  laquelle  ils  eussent  favorisé,  inoyei>- 
nant  un  droit  léger,  le  commerce  de  France  avec 
rinde ,  par  la  mer  Rouge  :  idée  heureuse  qui 
commençait  déjà  à  se  réaliser  ;  mais  qui  éprouva 
des  obstacles  de  la  part  du  ministre  Galonné , 
parce  qu'il  croyait  que  ce  commerce  par  la  voie 
d'Egypte ,  attribué  naturellement  à  Marseille , 
nuirait. à  l'anpienue  compagnie  des  Indes,  qu'il 
venait  de  ressusciter. 

M.  de  Choiseul-Gouffier  chercha,  en  1788, 
à  s'entendre  avec  M.  de  Ségur ,  ministre  de 
France  à  Pétersbourg,  pour  éloigner  la  guerre 
prête  à  éclore  entre  la  Porte  et  la  Russie  ;  guerre 
qui  |fcuvait  entraîner  la  ruine  de  la  première  t^ 
et  peut-être  les  efforts  de  ces  deux  habiles  né- 
gociateurs, qui  se  concertaient  très  cordiale- 
ment, eussent  été  couronnés  de  succès,  sans 
l'assassinat  d'un  courrier  dépéché  par  M.  de 
Ségur  à  M.  de  Choiseul ,  lequel  était  porteur 
d'un  plan  de  conciliation  combiné  entre  ces 
^eux  ajpabassadeurs ,  et  agréé  personnellement 


458  VII*  PERIODE. 

par  rimpé^âtrice' ,  quoique  coatrartë  par  le 
prince  Potemkîn,  qui  voulait  la  guerre,  et  près** 
sait  en  secret  M.  de  Bulgakow,  ministre  russe 
à  Constantinople ,  de  la  décidei:. 
X788.  Cet  événement  n'altéra  point  la*bonhe  intelli- 

qna^pie^ru  g^tice  subsîstante  entre  la  France  et  la  Russie, 
h  °Fraicc°*u  ^^  ^^  sîgnc  de  neutralité  parfaite,  M. de  Choiseal- 
ui!ïhc  et  rl^  ^^"^^^  reçut  ordre  de  renvoyer  les  militaires 
pagne.         français  employés  à  Gonstantinople ,  pour  for- 
mer les  Turcs  à  la  tactique  européenne,  et  qu'il 
avait  envoyés  à  Oczakow  et  dans  d'autres  pla- 
ces de  la  mer  Noire ^  Bien  plus,  le  cabinet  fran- 
çais ayant  chercbé  à  se  venger  de  la  conduite 
des  cours  de  Berlin  et  de  Londres  en  Hollande , 
en  formant  une  quadruple  alliance  entre  la 
Russie,  l'Autriche,  TEspagne  et  la  France;  le 
comte  de  Ségur  fit  à  ce  sujet,  à  Catherine  n, 
des  insinuations  qu'elle  agréa  :  mais  différentes 
difficultés  empêchèrent  le  succès  de  la  négo- 
ciation pour  la  quadruple  alliance  ;  telles  fu- 
-  fent,  dé  la  part  des  deux  cours  impériales,  la 
^  "       demande  de  la  garantie  du  partage  de  la  Polo- 
gne ;  de  la  part  de  la  France ,  l'exception  du 
casusfœderis  en  faveur  de  la  Porte;  tandis  que 
la  cour  de  Péterisboùrg  voulait  aussi  en  excepter 
l'Angleterre;  et  de  la  part  de  l'Espagne,  le  refus 
d'entrer  dans  l'alliance  avec  les  deux  cours  im« 

s  V 

périales ,  qu'elle  voyait  déterminées  à  envahir 
la  Turquie  d'Europe ,  en^  sorte  que  le  projet  de  * 


LIVRE  VIII.  459 

la  qaadruple  alliance ,  quoique  adopté  en  prin« 
ctpe  dans  le  conseil  du  roi,  fut  insensiblement 
perdu  de  vue;  le  désordre  des  finances,  et  les 
symptômes  d'une  révolution  prochaine,  em- 
pêchant même  de  s'y  livrer.  L'alliance  avait 
d'ailleurs  dans  le  conseil,  deux  antagonistes ^ 
MM.  Necker  et  de  la  Luzerne. 

Les  desseins  manifestés  par  les  deux  cours 
impériales  contre  les  Turcs ,  durent  encore 
éloigner  la  cour  de  Versailles,  de  poursuivre  avec 
chaleur  une  alliance  avec  elles.  Elle  sentait  par* 
faitement  qu'elle  ne  pouvait  s'imposer  à  l'ac- 
croissement des  cours  impériales ,  que  par  une 
coopération  avec  la  Prusse  et  l'Angleterre  ;  mais 
la  plaie  encore  saignante  que  la  coilr  de  Berlin 
avait  faite  au  cœur  du  roi ,  par  l'invasion  de  la 
HoUande,  et  la  crainte  qu'on  avait  que  la  cour 
de  Londres  ne  profitât  des  confidences  qu'on 
lui  ferait  touchant  les  cours  impériales,  détour- 
nèrent la  cour  de  Versailles  de  se  servir  de  la 
Prusse  et  de  TAngleterre.  On  proposa  toutefois 
au  roi  de  balancer  les  effets  du  partage  projeté 
de  la  Turquie  d'Europe,  soit  par  la  cession  des 
Pays-Bas  à  la  France ,  soit  par  l'acquisition  des 
lies  de  l'Archipel  et  d'une  partie  de  TEgypte, 
soit  en  -formant  de  la  Turquie  d'Europe  divers 
états  indépendans  pour  les  petits-fils  de  l'impé- 
ratrice de  Russie ,  les  neveux  de  l'empereur  , 
des  princes  français  p  et  les  infans  d'Espagne; 


46o  VIP   PERIODE,  s 

mais  ces  vues  spéculatives  n'étaient  pas  goûtées 
du  roi  d'Espagne ,  alors  Charles  m ,  prince  sage 
et  moral ,  très-contraire  au^-système  de  conve- 
nance et  aux  plans  de  partage  général  qu'on 
vient  d'indiquer  :  il  préférait  de  s'opposer  an 
démembrement  de  la  Turquie ,  par  un  concert 
avec  la  cour  de  Londres,  qui  donnait  même  déjà 
des  fonds  à  la  Suède ,  pour  armer  contre  la 
Russie.  En  effet ,  Gustave ,  entraîné  par  le  désir 
de  se  distinguer ,  avait  profité  de  la  guerre  entre 
la  Porte  et  la  Russie ,  pour  attaquer  celle-ci  avec 
une  audace  héroïque.  Mais  après  quelques  suc- 
cès, ce  prince  )  qui,  ne  pouvait  facilement  rem- 
placer 0es  pertes ,  eût  succombé  sous  les  forces 
de  la  Russie ,  si  la  France  ne  fût  intervenue ,  de 
concert  avec  l'Espagne ,  pour  lui  ménager  une 
prompte  réconciliation  avec  Catherine  ir. 
1788.  L'image  des  victoires  d'Hy der- Ali ,  et  surtout 

aa^MUtoTîl ^®  souvenir  de  ses  succès  contre  l'Angleterre  , 
^^*  échauffaient  sans  cesse  l'imagination  guerrière 

de  son  fils  Tipop ,  qui  lui  avait,  succédé  sur  le 
troue  de  Mysore.  Résolu  de  préparer  une  atta- 
que contre  l'Angleterre ,  il  fit  partir  pour  la 
France ,  trois  ambassadeurs  eh^gés  de  s'assurer 
des  dispositions  de  k'Cour  de  Versailles.  Ces  am« 
bassadeur&  étaient  Mouhamet-Dervichè-Khan« 
Akbar-Aly-Khan ,  et  Mouhamet-Osman-Kkan« 
Embarqués  à  Pondiôhéri,  le  la  dejuillet  1787,  ils 
abordèrent  à  Toulon^  le9de  juin  1788,  et  eurent 


LIVRE  VIII.  46i 

à  Versailles ,  le  1 5  d'août  ^  audience  du  roi ,  qui 
les  reçut  dans  le  salon  d'Hercule ,  entouré  des 
princes  du  sang  ^  sur  un  trône  très  élevé. 

Mouhamet- Derviche -Khan  et  ses  collègues 
en  remettant  au  roi  leurs  lettres  de  créance  , 
lui < présentèrent  sur  des  mouchoirs  ,  vingt-uue 
pièces  d'or  ;  ce  qui ,  selon  l'usage  de  leurs  pays, 
est  l'hommage  du  phis  profond  respect*  Louis xvi 
accepta  une  de  ces  pièces,  de  chacun  des  ambas- 
sadeurs. Ensuite  Mouhamet -Derviche  Khan 
prononçanne  harangue  qui  fut  aussitôt  traduite 
par  l'interprète  Ruffin ,  et  le  roi  lui  fit  une  ré- 
ponse qui  fut  également  expliquée  par  cfst  in- 
terprète. 

Les  ambassadeurs  furent  défrayés  par  le  roi 
jusqu'à  leur  départ  pour  l'Inde ,  et  partout  ac- 
cueillis avec  les  égards  dus  à  leur  caractère  et  à 
leurs  manières  polies  ;  mais  le  principal  objet 
de  leur  mission  qui  était  une  demande  de  se- 
cours contre  l'Angleterre^  ùe  fut  point  reçipli.  Il 
n'entrait  jpoint  dans  les  vues  de  la  cour  de  Ver-- 
sailles  de  se  brouiller  avec  l'Angleterre,  pour  les 
intérêts  d'un  prince  indien.  Ainsi,  ils  n'empor* 
tèrent  que  des  assurance^ vagues  d'amitié  y  et 
retournèrent  dans  l'Inde,  où  ils  arrivèrent  au 
mois  de  mai  1789. 

Cette  démarche  mettant  trop  à  découvert  les 
intentions  de  Tipoo  à  l'égard  de  l'Angleterre*, 
fut  depuis,  une  des  causes  premières  de  sa  ruine* 


46a  Vil»  PÉRIODE. 


LIVRE  IX. 

Retraite  de  TarclieTéqae  de  Sens ,  Brienne.  — •  Remplace- 
.  ment  de  M.  de  Montmorin  par  M.  de  la  Vauguyon.  — 
Réclamation  de  quatre  millions  et  demi  par  les  états-> 
généraux.  «-  Décret  pour  le  maintien  des  traités  entre  la 
*  France  et  FEspagne.  —  Serment  exigé  des  agena  poli- 
tiques français  dans  Tétranger.  -*  Démission  du  cardinal 
de  Remis ,  de  l'ambassade  de  Rome.  —  Mission  de  M.  de 
Ségur  en  Prusse.  — -  Mission  de  M.  de  Sainte-Croix  à 
Trèyes.  —  Négociation  secrète  entre  Louis  xyi  et  Léo-» 
pold  II.  —  Réunion  d'Avignon  et  du  Comtat  Yenaissin 
è  la  Franiee^  -^  Notification  aux  cours  étrangères  de  Tac* 
ceptation  de  la  constitution  par  le  roi.  —  Politique  exté* 
.  rienre  de  l'assemblée  nationale.  -—  Sortie  de  M.  de  Mont- 
morin du  ministère  ;  sa  politique.  —  Nomination  de 
M.  de  Lessart  à  sa  place.  —  Mise  en  accusation  de  ce 
ministre.  — -  Nomination  de  M.  Dumourier  au  ministère 
des  affaires  étrangères.— Fonds  secretde  six  millions  attri- 
bué à  ce  ministre: —Déclaration  de  guerre  au  roi  de  Bo- 
hême et  de  Hongrie  par  la  Francis  —  Refus  de  la  cour  d« 
Turin  de  reecToir  M.  Semonville.  —  Sortie  de  M.  Dumou- 
rier du  ministère  des  affaires  étrangères  ;  sa  politique.  — 
Eléyation  de  M.  de  Chambonas  au  ministère.— Manifeste  de 
la  Prusse.— Contre-manifeste  de  la  France.^-Manifeste  du 
duc  de  Brunswick.  —  Sortie  de  M.  de  Chambonas  du  minis- 
tèré.  —  Nomination  de  M.  de  Sainte-Croix  a  sa  place.  — • 
Chute  de  l'ancienne  monarchie.  —  Caractère  et  politique 
de  Louis  xTi.  —  Coup-d'œil  sur  la  septièine  période. 

1788.      jyi.  de  Loménie-Brienne ,  devenu  dans  le  cours 
rarcheyéqae  cle  SOU  miuistere ,  archevêque  de  Sens  et  cardi- 

de  Sens. 


.    LIVRE  IX-  465 

oal ,  avait  été  plus  heureux  pour  sa  propre  for- 
tune que  pour  celle  de  l'état.  Ses  plans  pour 
restaurer  la  monarchie  et  les  finances  y  dont  les 
principaux  étaient  la  création  d'une  cour  plé*^ 
nière  et  une  subvention  territoriale^  ayant  été 
repousses  par  les  parlemens  et.paf  le  public,  il 
cotiseiUa  au  roi  la  mesure  imprédente  des  états* 
généraux.  Mais  voyant  le  mécontentement  pu-» 
blic  s'accroîtra ,  il  n'osa  pas  en*  attendre  l'ou^ 
verture,  et  donna ,  le  a4  d'août ,  sa  démission 
de  la  place  de  principal  ministre*. 
'  M.  de  Briénne  ,  malgré  de  la  chaleur  et  de  la 
suffisance,  avait  la  main  et  la  télé  trop  faibles 
pour  conduire  le  vaisseau  de  l'étal ,  sur  le  déçUn 
d'un  jour  déjà  sillonné  d'éclairs ,  avant^coureilrs 
de  la  tempête.  La  résistance  le  'décoifterta  ;  et 
comme  il  manquait  de  la  force  d'esprit  qui  brîse 
les  obstacles,  et  de  cette  estime^  qui  attaqheoti 
epdort  le  public ,  il  fut  obligé  de  renoncer  à  ses 
projets,  qui,  comme  nouveautés,,  déplaisaient 
aux  partisans  de  l'ordre  ancien  ,  et  ne  paraiç*- 
saien.t  pas  assez,  tr^^ncbans  à  ceuK  qui  voulaient 
renverser  Içs  basies  de  l'ancienne  constilutioci: 
D'ailleursceux  qui  se  reporteront  à  cette  époque» 
se  toùviéndront  que  l'esprit  de  persiflage  et  de 
contradiction  se  trouvait  dans  la  plupart  des 
têtes ,  et  qu'il  leût  été  difficile  de  présenter  un 
plan  agréables  à  )a^  $a,tire ,  .dey^enue  h  ton  domi* 
naat.  • 


464  Vir  PÉRIODE. 

La  conduite  malhabile  de  M.  de  Brientie  au-^ 
dedans ,  rejaillit  sur  le  dehors.  Il  suivit  à  l'égard 
dels  deux  oours  impériales ,  le  cancert  déjà  exis*' 
tant;  mais  il  ne  sut  pas  en  tirer  parti  pour  ar^ 
réter  Tinvasion  de  la  Prusse  en  Hollande  (i)  ; 
inyasîoo  qui  ternit  cette  auréole  de  gloire  atta«* 
chée  au  règne  de  Louis  xvf  par  plusieurs  mé^ 
dîations  aussi  difficiles  qu'heureuses,  par  la  paix 
de  1783,  et  par  plusieurs  beaux  traités  de  com^ 
mercè.    '         . 

Il  est  vrai  que  ce  fut  la  juste  crainte  d'une  rup 
ture  avec  l'Angleterre ,  qui  empêcha  le  cabinet 
français  dereponsser  la  proYOcatiou  de  la  Prusse; 
et  peut-être  fut-il  sage  de  fermer  les  yeux  suv 
eet  échec: mais  on  eût  pu  le  préyenir,  eu  ne 
laissant  ^s  arriver  les  événemehs  à  cette  matu- 
rité où  Ton  est  forcé  d'être  le  spectateur  passif 
de  sa  propre  honte  (a). 


»** 


(i)  La  cour  de  Versailles  encouragea  elle-même  le  due. 
4e  Brunswick  dans  son  projet  d'inyasion ,  en  contreman- 
^ïlt  le  camp  soùs  Givet ,  qui  devait  être  de  i5,ooo  hommes. 
On  prétexta  le -manque  de  fonds  ^  comme  si  li^  France ,  quel 
que  fût  l'état  4^.  s^f  finances  ,  -pquyait  jamais  être  réduite 
à  ne  pouvoir  faire  ,  sans  embarras  9  les.  frais  d'un  avisai 
mince  armement.  . 

(2)  M.  de  Brieiine  rut  priyé^  en  1 790 ,  du  chapeau  de  car- 
dinal ,  par  le  pape  Pie  yi  ,  pour  avoir  accepté  la  constitu- 
tion civi^  dii  dérivé.  En  1 7*93  ,  soùs  le  règne  de  la  terreur  , 
mn  commissaire  de  polica  yint  loi  signifier  à  Sens  ,  oà  il 


LIVRE  IX.  465 

M.  de  Brienne,  en  quittant  l'administration 
publique ,  engagea  le  roi  à  remettre  à  la  tête  des 
finances ,  M.  Necker ,  ancien  directeur  général 
des  finances  ;  et  celui-ci'èiitra  même  au'conseil 
en  qualité  de  ministre  d^état  ;  ce  qu^il  n'avait  pu 
obtenir ,  lors  de  sa  première  gestion  des  finances. 

M.  Necker  avait,  ainsi  qu'ila  été  dit,  beau- 
coup  augmenté  la  dette  publique  par  d'énormes 
emprunts  non  consolidés;  et  aux  intérêts  com  me 
au  remboursement  desquels,  on' ne  faisait  face 
que  par  de  nouveaux  emprunts. 

Malgré  ses  fautes  qui  avaieiit  été  signalées 
par  M.  dé  Galonné  et  d'autres  administrateurs, 
M.  Necker  était,  en  quelque  sorte,  devenu  par 
^es  écrits,  chef  de  siecte ,  non-seulement  dans  le 
peuple ,  mais  même  dans  la  classé  édlairée  dont 
beaucoup  de  membres  furent  séduits  par  sa  doc- 
trine économique  qu'embellissaietfl  un  langage 
soigné  et  àes  vueà  philantrppiqués. 

Sa  première  opération  fut  de  réunir  une  se- 
conde assemblée  de  notables  qui  s'ouvrit,  le  6  de 
novembre  1788 ,  pour  délibérer  sur  la  convoca- 
tion et  la  forme  des  élections  aux  états-gértérau i , 
que  ce  ministre  appelait  de  tous  ses  efforts  et 


vivait  retiré,  l'ardre  de  ^  rendre  à  Paris,  Prévoyant  le 
sort  qui.  Taltendait ,  il  éprouva  une  telle  révolution  ,  que 
la  nuit  de  son  départ  il  mourut  dans  son  lit.  On  a  dit,  peut- 
âtre  sans  fêtidemeiit  ^  qu'il  é'était  eiDjtoi^no<é. 
VU.  5o 


; 


466  Vir  PÉRIODE. 

de  tout  son  crédit ,  persuadé  qu'il  aurait  toute 
leur  confiance ,  et  qu'il  en  disposerait  à  son  gré; 
mais  il  ne  tarda  pas  à  être  détrompé. 
1789  Les  états-généraux  s'ouvrirent  le  5  de  mai 

Béuiplace-  ^  11* 

ineDtdeM.de  1789;  ct  leur  ouverturç  est  un  des  plus  mémo- 
par  M.  de  u raoleseveneipensdece tcmps, puisqu  ellc amena 
auguyon.  gryaduellement  une  catastrophe  universelle ,  pro- 
dqite  par  beaucoup  de  dauses  réunies  ;  car  une 
seule  n'eut  pas  suffi  pour  la  faire  éclore.  Une  des 
plus  réelles  fut  la  faiblesse  du  ministère  d'alors, 
et  son  hésitation  perpétuelle. 

M.  Necker ,  qui  en  était  comme  l'ame ,  accusé 
de  trahir  les  intérêts  du  roi.  par  ses  complai- 
sances pour,  le  parti  populaire,  et  par  son  goût 
pour  les  innovations  ;  goût  dont  il  n'était  plus 
capable  d'arrêter  l'effervescence  dans  les  autres, 
'  reçut  dans  les  premiers  joi^rs  de  juillet,  l'ordre 
de  partir  incognito  de  Paris,  et  de  sortir  sans 
xléiai  du  royaume.  Au  même  instant ,  tons  les 
anciens  ministres  furent  remplacés. 

Le  duc  de  la  Yauguyon ,  ambassadeur  du  roi 
en  Espagne,  et  qui  se  trouvait  à  Paris  par  congé, 
eut  le  ministère  des  affaires  étrangères  qu'avait 
M.  de  M ontmorin  ;  mais  il  ne^ resta  que  quinze 
jours  en  place,  et  jusqu'au  rappel  de  M.  Nec- 
ker,  qui,  réclamé  par  le  parti  dominant,  rentra 
dans  le  ministère  le  a8  de  juillet,  et  mit  sa  gloire 
à  faire  réintégrer  ses  anciens  collègues.  Le  duc 
de  la  Yauguyon  n'eut  pas  le  temps  de  former 


LIVRE  IX.  467 

aucun  plan  sérieux,  et  de  faire  preuve  de  ses 
talens  et  de  son  énergie,  dans  un  moment  où 
pourtant  elle  était  si  nécessaire.  Ce  changement 
ministériel ,  quoique  momentané ,  a  dû  être  rap- 
porté dans  uncw  histoire  spéciale  de  la  diplo- 
matie française- 

M .  Necker  jouit  peu  des  illusions  de  son  triom- 
phe, et  il  éprouva  des  contradictions  mortelles 
pour  son  amour-propre ,  de  la  part  même  du 
tiers-état  de  l'assemblée  nationale,  qu'il  croyait 
s'être  attaché  à  jamais,  en  lui  faisant  obtenir  la 
double  représentation  et  le  vote  par  tête.  Ce 
ministre  se  flattait  témérairement  de  gouverner 
une  assemblée  qui  ne  voulait  ni  maître ,  ni  cen- 
seur. Humilié  de  son  peu  d'influence  et  du  dé- 
dain qu'on  faisait  de  ses  avis,  il  donna  sa  dé- 
mission ,  le  4  de  septembre  1790. 

M.  Kedker ,  en  le  justifiant  même  sur  ses  inten- 
tions qui  ne  furent  pourtant  pas  très  pures  par 
rapport  au  monarque  dont  il  dégrada  successi- 
vement la  puissance,  ne  peut  être  justifié  sur  le 
choix  des  mpyens.  Après  avoir  précédemment 
commis  la  faute  d'initier  la  nation  dans  le  fatal 
secret  des  finances,  il  échauffa  méthodiquement 
les  partis,  exalta  l'esprit  des  classes  inférieures, 
réveilla  la  haine  des  protestans  contre  la  royauté , 
et  nourrit  les  idées  des  esprits  indisciplinés. . 

Son  principe  dominant,  qui  était  de  gouverner 
l'opinion  généraleparlapublicitédesopérations, 


468  Tll*  PÉRIODE. 

en  s'entretenant  sans  cesse  avec  le  peuple,  par 
des  comptes  rendus ,  annonce  qu'il  ne  connais- 
aait  ni  les  monarchies,  ni  les  grandes  nations, 
et  qu'il  jugeait  trop  la  France  d'après  Genève  (i). 
I7ÛO.  .  L'ambassadeur  des  Provinces-Unies  près  le 
Èédamation  j.qj  réclama  le  restant  des  quatre  millions  et  demi^ 

oe  quatre  ■ul-  * 

lions  et  demi  q^e  la  cour  de  Versailles  s'était  engagée  à  payer 
généraox.      à  ses  piaitTCS,  en  vertu  du  traité  de  Fontaine- 
*  bleau  du  lo  novembre  1785  (a).  Le  ministre 

des  affaires  étrangères ,  M.  de  Montmorin ,  ré- 
pondit à  cette  demande ,  en  rappelant  les  bons 
offices  dn  roi  auprès  de  l'empereur,  pour  étouf- 
fer dès  sa  naissance  la.  guerre  qui  menaçait  la 
Hollande*  Il  ajouta  :  (c  qu'il  était  vrai  que  le 
»  rçi  s'était  chargé  du  paiement  de  quatre  mil* 
»  lions  et  demi  de  florins  pour  amener  la  paix; 
»  mais  que  leurs  hautes  puissances  ayant  fait 
»  depuis  une  nouvelle  alliance  avec  TAngleterre, 
»  en  x^ontravention  à  celle. avec  la  France,  cette 
»  aUiaace  avait  ébranlé  la  hase  de  la  convention 


(1)  M.  Nec^er  se  retira  en  Suisse  «  et  mourut  à  Genèye , 

,  sa  patrie,  au  mois  d^avrîl  1804  9  dans  sa  soixante-douzième 

année.  D  a  laissé  plusieurs  écrits ,  où  il  se  distingue  plutôt 

comme  éoriTaiir  élégant  et  philosophe  moraliste  »  que  comme 

homme  d'état. 

(a)  Cette  somme  faisait  partie  de  celle  de  dix  miUioM  de 
florins  que  la  Hollande  s*était  engagée  à  payer  à  Fempe- 
reur ,  pour  sa  renonciation  à  TouTertare  de  TËsoiut., 


LIVRE  IX.  469 

»  pëeuniaire ,  et  qu'il  paraissait,  au  roi  qu'il 
»  était  dégagé  d'y  satisfaire.  » 

Les  éiats^généraux  répondirent  à  cette  note 
de  M.  de  Montmorin^  par  un  mémoire  du  aa  de 
janvier  1790,  portant  :  «Qu'ils  pensaient  qu'un 
»  état  indépendant  était  libre  de  former  telles 
»  liaisons  politiques  que  la  sûreté  du  pays  Texiget 
>»  sans  être  o|>ligé  à  rendre  compte  à  qui  que  ce 
»  soit  de  ses  motifs  ; 

»  Que  le  roi  layî^nt  déjà  payé  les  quatre  pre- 
»  miers  termes  de  la  somme  de  quatre  millions 
i>  et  demi,  leurs  hautes  puissances ,  pleines  de 
»  conêance dans  sa  parole,  en  avaient  attendu 
»  l'effet  pour  les  autres* termes,  avec  la  même 
»  promptitude,  attribuant  le  retard  à  des  cir- 
»  constances  de  finances,  et  qu'ils  ne  pouvaient 
»  en  dernière  analyse ,  se  désister  de  la  parole 
»  sacrée  du  roi.  »  Malgré  cette  réplique  persévé- 
rante ,  lés  derniers  paiemens  ne  furent  point 
acquittés  par  le  roi. 

Il  eat  facile  de  sentir  que  la  Franccr^doint.les 
finances  étaieût  obérées,  et  qui  toucbî^it  ^  une 
crise  terrible  amenée  par  leur  mauvais  état  y,  ne 
pouvait  acquitter  wi .  engagement  ^pureme«t 
gratuit  danis  le  principe ,  et  que  le  gouverne- 
ment hollandais  ne  pouvait  n>eme  réclamer 
qu'en  blessant  les  lois  de  la  délicatesse ,  puis^ 
qu'il  s'était  tourné  depuis  contre  la  Francis  sa 
bienfaitrice. 


470  VIP  PÉRIODE. 

Toutefois,  il  est  à  remarquer  que  Facquitte- 
ment  que  la  cour  de  Versailles  avait  déjà  fait  des 
quatre  premiers  termes  de  cette  somme  de  qua- 
tre millions  et  demi ,  donna  naissance  à  ces 
bruits  de  sommes  e'normes  envoyées  à  la  cour 
de  Vienne  ^  parce  qu'en  effet  les  états-généraux 
«'acquittaient  ainsi  envers  elle  d'une  portion  de 
leurs  engagemens;  mais,  outre  que  la  somme 
donnée  par  la  France  fût  peu  importante ,  et 
qu'elle  eût,  en  plusieurs  circonstances,  dépensé 
en  subsides  pour  l'étranger ,  des  sommes  bien 
plus  considérables ,  on  a  vu  qu'elle  ne  fit  ces  sa- 
crifices, qu'en  vue  de  calmer  un  différend  qui 
l'eût' précipitée  dans  une  guerre  avec  l'empe- 
ireur.  ' 

1790*  La  cour  de  Madi^id  ayant  adressé,  relative^ 

Décret  pour  ^^  ii«ia^  ai  r  - 

le  maioUen  mcut  a  ta  coupc  oîi  DOIS  de  Campecne,  faite 
arec  TEspa-  pâï  dcs  sujets  britahuiques,  sur  la  côte  des  Mos- 
*°*'  quites,  des  représentation^  à  la  cour  de  tondres, 

celle-ci  avait  évité  de  donner  satisfaction  ,  lais- 
sant nïêaie  échapper  le  dessein  de  conserver  au 
besoin  xiri  prétexte*  de  rupture.  Les  Anglais  al- 
lèrent plus  loin,  et  ils  formèrent  un  établisse* 
rfient  à  Nobtka  oU'San-Loï'enzo,  port  espagnol 
situé  au  49®  degré  de  latitude  ,  sur  lacotè  de  la 
Californie.  Lcvice-roi  du  Mexiquey  eïîvoya  deux 
frégates ,  qui  saisirent  deux  navires  anglais ,  dont 
l'urt' venait  en  droiture  de  Londres,  muni  d'une 
commission  signée  du  prince  de  Galles,  avec 


LIVRE  IX.  471 

autorisation  à  une  compagnie  de  commerce  de 
former  un  établissement  datos  le  port  de  Npotka. 
Ce  même  navire  avait  ordre  de  préparer  des  ha^ 
bitations  pour  des  colons  qui  devaient  f  passer 
cette  même  année  sur  deus  frégates  armées  dans 
la  Tamise, 

La  cour  de  Londres  demanda  à  la  cour  de 
Madi^id  la  restitution  de  ces  deux  bâtimens , 
avec  des  indemnités  «  et  appuya  sa  réclamation 
de  préparatifs  de  guerre  menaçans.  L'Espagne 
ordonna  ,  de  .son  coté ,  l'armement  de  trente 
vaisseaux. 

La  cour  de  Versailles ,  sur  la  demande  de  l'Es* 
pagne,  donna  l'ordre  d'armer  qd^tor^e  vais- 
seaux de  ligne  dans  les  ports  de  t'Océa^t  de  la 
Méditerranée;  mais  Louis  xvi ,  en  faisant  part  à 
l'assemblée  nationale  de  cette  résolution ,  ma— 
nifestait  l'intention  de  tenter,  par  la  voie  de  la 
négociation,  un  rapprochement  entre  les  cours 
de  Londres  et  de  Madrid. 

Cette  notification  amena  un  décret  dû  ^ri-mai, 
portant«Que  le  droit  de faireia  paix  et  la  guerre 
»  appartenait  à  là  nation  ,  et  que  Texercice  en 
j>  serait  délégué  concurremment  au  pouvoir 
»  législatif  et  au  pouvoir  exécutif.  » 

Dans  le  décret  définitif,  qui  intervint  à  ce 
sujet,  il  était  dit  (  art.  IX  ) ,  «  Qu'il  appartien- 
»  drait  aussi  au  roi  d'arrêter  et  de  signer  avec 
n  les  puissances  étrangères ,  tous  les  traités  de 


473  Vir  PÉRIODE. 

»  paix  ,  d'alliance  et  de  coiximerce ,  et  autres 
»  coaventions  qu'il  jugerait  nëoesëair^  ^^  bien 
»  de  l'état  ;  mais  que  cçs  traités  et  conventions 
»  n'aui^ient  d'effet  qu'autant  qu'ils  auraient 
p  été  ratifiés  par  le  çprpsr-législatif.  y» 

Cependant,  la  cour  de  Londres  paraissant 
persister  dans  des  intentions  hostiles  ^  le  comité 
diplomatique  présenta  Un  tableau  des  relations 
étroites  :qui  existaient  entre  la  France  et  l'Es- 
pagne; et,  à  la  suite  de  ce  rapport,  l'assemblée 
décréta  en  principe  général^  i"".  «  Que  tous  les 
»  traités  précédemment  conclus  contii^u^raiefit 
»  à  êtr0  rqspeqtés  par  la  nation  française  ,  jus- 
y  qu'au  moment  où  elle  aurait  reçu  ou  modifié 
»  ces.  dwers  actes,  d'après  le  travail  qui  serait 
»  fait  à  TOt  ég£^rdf  et  les  instructions  que  le  roi 
»  serait  prié  de  donner  à  ses  agens  auprès  des 
»  différentes  cours  de  l'Eupppe. 

û°.  »  Que^  préliminairem^nt  à  ce  travail  et  à 
»  l'examen  approfondi  des  trfiités  que  la^nation 
j)  croirait  devoir  conserver  qu  changer  ,  le  roi 
3»  serait  prié  de  faire  connaître  à  toutes  les  pais- 
»  sances  avec  lesquelles  la  France  avait  des  en- 
i^  gagemens,  que  la  justice.et  l'an^ourde  la  paix 
i>  étant  la  base  de  la  copstitut^ion  française;  la 
»  nation  ne  pouvant,  en  aucun  cas,  reootinaître 
»  dans  les  trs^ités  que  les  stipulations  purement. 
»  défensives  et  commerciales  : 

»  Çlle  décrétait^  en  conséquence  ,  que  le  roi 


tIVRE  IX.  47^ 

»  serait  prié  de  charger  son  ambassadeur  en  Es* 
»  pagne,  de  négocier  avec  les  ministres  de  S.  M.C., 
»  à  l'effet  de  resserrer  par  un  lien  national^  des 
»  liens  utiles  aux  deux  peuples  ;  et  de  fixer  avec 
j^  précision  et  clarté ,  toute  stipulation  qui  ne  se- 
»  raitpas  entièrement  conforme  aux  'vues  de  paix 
»  générale  et  aux  principes  de  justice  qui  'seraient 
»  à  jamais  la  politique  des  Français. 

»  Qpe  rassemblée  nationale  prenant  en  con- 
9  sidération  les  armemensde  différentes  nations 
»  de  l'Europe,  leur  accroissement  progressif  et 
»  la  sûreté  de  nos  colonies,  et  du  commerce, 
»  décrétait  : 

»  Que  le  roi  serait  prié  de  donner  des  ordre? 
»  pour  que  les  flottes  françaises  en  commission 
»  fussent  portées  à  trente  vaisseaux  de  ligne  ^ 
»  dont  huit  au  moins  seraient  armés -.dan3  les 
»  ports  de  la  Méditerranée.  »        .  ;.      . 

Ce  fut  le  comte  de  Mirabeau  qui  fît  jendre 
ce  décret,  sur  un  apport  fait  au(  nom  4u;COf^ 
mité  diplomatique  .de  rassemblée  s.  Aoni  il  était; 
le  membre  le  plus  imlluent  ;  et  ce  comité  dtrir 
geait  dè^lôrs.  presqu'entièremeoii'leA  relalipns 
au  dehors.  i*  ■  -  !♦  :•  i: 

L^ambition  dece  dé|)ùté  était  de  de^ree^irmi^ 
nistre  ;  iin  goût  pour  la  célébrité ,  iskëié  il  beau^ 
coup  d'autres  passions"^  té  dominait  ,'ët  il  ex- 
prima  en  mourant  le  regret  de  ne  s'être  pas 


474  Vir  PÉRIODE, 

mesuré  atèc  le  premier  ministre  d'Angleterre  , 
Pitt(i.).    > 
1790.  L'assemblée  nationale  décréta,  le  17  de  no- 

Sermentexl-  ,  i  '  i_  j 

«é  des  ageiM  vemore  1790,  «que  tous  les  ambassadeurs, 
l'ëtaînî^er.  °*  ^^  miqistrçs ,  envoyés ,  résidens ,  conwls  ,  vîce- 
»  co,nsul$  o^  gérens  auprès  des  puissances  élran- 
»  gères^  leurs  secrétaires,  commis  et  employés 
3»  français,  feraient  parvenir  à  rassemblée  natio- 
»  nale  un  acte  signé  par  eux ,  contenant  leur  ser- 
»  ment  civique.  »  a 

Ce  serment  était  ainsi  conçu  :  «  Je  jure  d'être 
n  fidèle  à  là  nation  y  à  la  loi  et  au  roi ,  de  main- 
D  tenir  de  tout  mon  pouvoir  la  constitution  dé- 
/  »  crétée  par  rassemblée  nationale ,  et  acceptée 

Si  pur  le  roi;  et  de  défendre  auprès  tfe/expri- 
»  mer  ici  le  iiom  de  Idi  -çixisidince)  ses  ministres 
»  et  agens ,  les  Français  qui  se  trouveront  dans 
»  ses  étiits\     ■  '  '• 

y>  Ceux  qui  ne  se  conformeront  pas  au  présent 
»  décret^,  sèrditt  rappelés  et  destitués  de  leurs 
3»'places  ,  et  déclarés  incapables  de  toutes  fonc-^ 
i»  lions  bu  eo admissions  piiMiqûes,  jusqu'à  ce 
«  qu'ils  aient  prêté  le  serment  cidessusordonné.» 
'  Tous  Icrsnunistres^do  roi  dans  l'étranger ,  sa- 
tisfirent au  devoir  qui  leur  était  imposé  ,  à  l'exi 
eeptton  de'M.dèfiombeiièsyrministre  du  roi  à 

Venise :,  elt  dae.M;.  deyeraé,;son.ambassadt^ur  ep 

■  ' ^"  '  '  '  \       ■  i  j< > - ii  ■■  ■  '■  '.I      '  '"  »'"■ ■■'■      '  '  » 

^  (i)  Mirabeau  mourut  le  %  d*^YriI  1791  »  d'une  maladie 

•  •  •  •      »        • 

inflammatoire. 


LIVRE  IX.  475 

Suisse,  qui  donnèrent  leu  r  démission .  Ce  dernier 
y  joignit  une  lettre  très  détaillée ,  poOT  justifier 
son  refus*  • 

'  Le  cardinal  de   Bernis,   ministre  du  roi  à      1791., 
Rome ,  n'ayant  voulu  se  soumettre  au  serment  aacardlmade 
qu'avec  des  restrictions  au  sujet  de  la  constitu-  ^aî^df  ïu^ 
tion  civile  du  clergé ,  lesquelles  furent  rejetées,  ^»«- 
donna  également  sa  déînission  du  poste  qu'il 
remplissait  depuis  vingt  années. 

Personne  ne  posséda  mieux  que  le  cardinal  de 
Bernis,  l'art  d'une  Représentation  noble  et  aisée^ 
et  celui  de  satisfaire  par  une  fine  distribution 
d'égards ,  tant  de  personnes  de  professions  ejt  de 
nations  diverses  qui  affluaient  dan^  son  palais , 
comme  au  centre  de  l'aménité  et  .de  la  vraie 
grandeur.  Ce  ministre  était  en  quelque  sorte 
un  des  liens  de  la  sociabilité  universelle.  On 
formait  chez  lui  des  liaisons  agréables  ;  et  après 
de  longues  séparations,  des  amis  éloignés  se 
retrouvaient  dans  ses  conversations jt^m.  sein  de 
la  j>lus  noble  et  de  la  plus  attentive  hospitalité. 

Il  s'était  constitué,  pour  ainsi  dire,  en  Italie,, 
l'homme  de  l'Europe  ,  le  point  de' réunion  des 
nations  amies  et  ennemies  ;  et  isa  demeure  deve- 
nue celle  du  eoût ,  de  la  concordé^'  delà  Tiberté 
^olie,  était  presque  toujours  hpporée  de  la  pré- 
sence de  quelque  souverain  éj^rajag^r,  qui  voyait, 
sans  jalousie,  l'espèce  de  «oyauté  volontaire 
dont  jouissait  le  cardinal  de  Bernis.   ' 


476  VIP  PÉRIODE. 

r  C'est  en  employant  des  tempéramens  sages,  et^ 

en  mélangeant  par  un  épicurisme  délicat ,  les 
mœurs  romaines  et  françaises ,  qu'il  avait  réussi 
auprès  des  papes  et  de  la  noblesse  de  Rome ,  et 
porté  au  plus  haut  degré  de  considération  le  ca- 
ractère diplomatique  (  i). 
X79I*  Le  comte  de  Ségur  fut  nommé  à  la  fin  de 

BUssion  de  ^  ,  ^  i  •       1      j 

M.  de  Ségur  mars  1791  V  pour  succéder  au  cardinal  de 
Berriis.  L'objet  de  sa  mission  était  de  négo-> 
cier  sur  la  constitution  civile  du  clergé  ;  mais 
le  décret  de  l'assemblée  nationale  qui  sou- 
mettait à  un  serment  le  clergé  de  France, 
n'ayant  pas  eu  l'approbation  delà  cour  de  Rome, 
devint  un  obstacle  au  départ  de  M.  de  Ségur, 
qui  fut  alors  envoyé  à  Berlin  ^  en  qualité  de 


(1)  Le  cardinal  de  Bernis  ,  né  en  lyiS,  mourut  à  Rome 
le  premier  de  novembre  1 794.  Quelques  personnes  ,  de 
mérite  d'ailleurs  ,  ont  trouvé  que  sa  correspondance  de 
Rome  était  au-dessous  de  sa  réputation.  Maïs  elles  auraient 
dû  observer  que  le  cardinal  de  Bernis  avait  avec  le  ministre 
dés  affaires  étrangères ,  une  correspondance  plutôt  famiHère 
qiie  diplon^tiquq,  sur  tout  oe  qui  ae  passait,  à  Rome;  et  ce 
gc^re  de  con^sfiondaiice ,,  rempli  dç  détails  souvent  peu 
piquans  ,  plaisait  à  la  piété  de  Louis  xvi  et  de  ses  tantes  , 
auxquels  le  ministre  «n  donnait  communication.  L'àmbas- 
sadeur  du  roi  à  itôme  n  était  que  très  rarement  dans  le  cas 
de  parler  haute  politique ,  et  néànifioin^  il  était  lenucbaqiie 
semaine  y  à  un  courrier  régulier  pour  la  ,cour.  Il  faut  tou-: 
jours  juger  un  ministre  sur  sa  position  et  ses  devoirs.         , 


LIVRE  IX.  477 

ministre  plënipotent^re,  pour  engager  la  cour 
de  Prusse  à  ne  point  s'immiscer  dans  les  affaires 
intérieures  de  la  France ,  et  pour  faire  cesser 
l'armement  des  émigrés.  Frédéric-Guillaume  u 
parut  d'abord  se  prêter  aux  désirs  de  Louis  xvf. 
Il  se  montra  même  disposé  à  suivre  une  négo- 
ciation pour  ^'indemnisation  des^princes  alk-: 
mands  qui  avaient  des  possessions  en  Alsace,  et 
il  déclara  qu'il  ne  combattrait  la  France  que 
dans  le  cas  où  elle  attaquerait  l'empereur  du 
quelque  prince  de  l'Empire.  M.  de  Ségur  revint 
de  Berlin  avec  la  tnompeuse  espérance  que  les 
promesses  de  cette  cour  étaient  solides.  Elles  ne 
durèreut'qu'un  instant,  et  cette  cour  ne  tarda 
pas  à  se  jeter  ouvertement  dans  le  projet  de  ren- 
verser par  la  force ,  le  nouvel  ordre  de  choses 
introduit  en  France. 

Au  même  instant  où  M.  de  Ségur  avait  eu  une     1791. 
mission  pour  Berlin ,  M.  Barbé- Masbois  avait  été  ^i,  dt's^mtZ 
envoyé  pour  le  même  obj,et  à  Yi^une,  et  M.  Bi-^^^**  *  ^'*" 
got  de  Sainte-Croix  à  Trêves.  Les  étals  de  l'élec- 
teur étaient  comme  le  rendez*vous  général  de  la 
noblesse  française  émigrée  et  armée. 

Les  frères  du  roi ,  Monsieur  et  le  comte  d'Ar  - 
toîs ,  semblaient  avoir  transporté  la  monarchie 
à  Coblentz.  On  y  voyait  l'ancienne  maison  du 
roi,  l'étiquette  de  Versailles  et  un  conseil  d'état 
composé  de  M.  de  Calonbe,  de  l'éyéqiie  d'Arras, 
Gonzié ,  du  baron  de  Flaschlanden ,  dli  pruice 


478  yiP  PÉRIODE, 

de  lïassau-Sié^eD  ,  du  mll^uis  de  Jaucourt ,  et 
du  marquis  de  Yaudreuil.  On  y  voyait  des  mi- 
nistres étrangers  accrédités ,  et  notamment  le 
ministre  de  Russie ,  comte  de  Romantzow.  Les 
princes  français,  de  leur  côté,  avaient  envoyé 
des  ministres  publics  ou  secrets  auprès  de  la 
plupart  des  princes  et  états  de  l'Europe.  Mais  le 
concert  de  la  cour  de  Coblentz  avec  celle  des 
Tuileries  était  loin  d'être  parfait ,  soit  potjr  les 
plans  j  soit  pour  les  voies  d'exécution.  Il  y  avait 
même  division  entre  les  émigrés  qui  se  parta- 
gèrent en  monarchiens  et  monarchistes ,  ou  en 
royalistes  purs  et  en  royalistes  mitigés  :  ceux-ci , 
qui  se  tenaient  à  Bruxelles ,  avaient  plus  parti- 
culièrement l'approbation  du  roi.  Ces  deux 
partis ,  quoiqu'ils  n'eussent  en  vue  que  le  salut 
de  Louis  xvi ,  se  décriaient  ;  et  cette  division 
ajouta  encore  à  la  faiblesse  des  princes  français. 
1791.  L'empereur  Léopold  11 ,  voyageant  en  Italie , 

•ecrètrtntrê  au  mois  d'avril  1791  ,  avec  la  reine  de  Naples , 
LÎ^poWn.  **  s'arrêta  à  Florence,  dont  le  séjour  lui  était  tou- 
jours cher  à  cause  du  bien  qu'il  y  avait  fait. 
L'ex-contrôleur-général  des  finances,  Galonné, 
vint  dany  cette  ville  ,  et  eut  avec  Léopold  plu- 
sieurs entretiens  particuliers  ,  dans  une  petite 
maison. située  près  du  palais  Pitli.  L'empereur 
subjugué  par  l'esprit  de  M.  de  Galonné,  ou  par 
^  la  force  des  motifs  qu'il  fit  valoir  ,  se  décida  à 
retirer  Louis  XVI  de  la  crise  où  il  se  trouvait ,  et  il 


LIVRE  IX.  479 

accorda  au  comte  d'Artois ,  qui  était  alors  en  Ita- 
lie j  une  entrevue  à  Mantoue  pour  le  30  de  mai.* 
L'empereur  déclara  à  ce  prince  qu'il  était  assuré 
des  cercles ,  des  cantons  de  la  Suisse ,  de  l'Espa* 
gne  et  de  la  Sardaigne,  et  qu'il  ne  s'agissait  plus 
quq  d'arrêter  le  mode  d'exécution.  Le  comte 
d'Artois  fit  à  l'instant  rédiger  par  M.  de  Ga- 
lonné, un  plan  qui  en  renfermait  les  détails; 
et  la  discussion  de  ce  plan  dura  plus  de  deux 
heures. 

L'empereur  y  corrigea  de  sa  main  plusieurs 
articles,  et  fixa ,  au  mois  de  juillet ,  la  marche 
des  troupes.  Lorsque  toutes  les  dispositions 
furent  arrêtées ,  ce  prince  fit  appeler  dans  son 
cabinet  le  comte  Alphonse  de  Durf#rt ,  qui 
avait  été  envoyé  en  Italie  par  Louis  xvi  et  la 
reine  ;  et  lui  donna  de  vive  voix ,  l'assurance  de 
sa  ferme  résolution  ,  pour  l'exécution  du  plan 
dont  il  le  chargeait  de  donner  communication 
au  roi. 

Le  comte  de  Durfort  revint  incontinent  à  Pa- 
ris, et  fit  part  à  Louis  xvï  et  à  la  reine,  du  plan 
arrêté,  qui  consistait ,  de  la  part  de  l'empereur, 
à  faire  filer  35,ooo  hommes  vers  la  Flatidre  et 
le  Hainault. 

A  la  même  époque ,  les  troupes  des  cercles 
devaient  se  porter  au  nombre  de  1 5,cioo  hommes 
sur  l'Alsace.  Les  Suisses  en  même  nombre,  se 
présenteraient  sur  la  frontière  du  Lyonnais  et 


48o  VIP  PÉRIODE. 

de  la  Franche-Comte  ;  I^  roi  de  Sardaigne  sur 
celle  du  Dauphinë  ;  4'Ëspagne ,  sur  les  provinces 
méridionales  ;  et  tous  les  diffërens  corps  d'ar-^ 
mées  formant  un«  masse  de  cent  mille  hommes, 
devaient  être  joints  par  les  rëgimens  restés  fi- 
dèles ,  et  par  les  mécontens  du  royaume. 
•  L'empereur  se  prétendait  assuré  des  disposi- 
tions du  roi  de  Prusse ,  et  iiléme  de  son  con- 
coure; et  le  roi  d'Angleterre,  en  qualité  d'élec- 
teur d'Hanovre ,  désirait  aussi  d'entrer  dans  la 
coalition.  On  comptait  sur  la  neutralité  de  la 
Grande-Bretagne. 

Léopold  désirait  que  Louis  xvï  renonçât  à 
toute  idée  de  fuir  de  Paris  ^  et  pensait  ^e  la 
sauve-ga^e  la  plus  sûre  pour  lui  et  sa  famille, 
était  le  mouvement  des  armées  des  puissances , 
précédé  par  des  manifestes  ménaçans. 

Louis  XVI  approuva  tout  ce  plan,  à  l'excep* 
tion  de  l'idée  de  rester  à  Paris,  qui  déplaisait 
également  à  la  reine  ;  et  c'est  ce  qui  détermina 
enfin  le  voyage  de  Mo^ntmédi,  à  t'insu  de  la  cour 
de  Vienne  et  de  M.  de  Môntmorin,  dont  le  plan 
était  différent  de  celui  concerté  entre  le  roi  et 
M.  de  Bouille  (i),  et  qui  eut  si  peu  de  succès. 

C'est  ainsi  que  Louis  xvi  et  la  reine  négo-  , 
ciaient  secrètement  avec  Léopold  ii  ,  désirant 
l'un  et  l'autre  ,  que  la  cour  de  Vienne  se  pro- 
.noDçât  pour  le  maintien  des  prérogatives  de 


»  «  1 1 ■■* 


(l)  Mémoires  de  Bouille  ^  t.  II. 


LITRE  IX.  4di 

leur  couronne  y  ckaqxie  jxMir  plus'^vilie;  MaU 
tandis  qne^la  reine  ihafyéîuéuse ,  et  blessée  de» 
outrages  personnels  qu'elle  avait  reçus,  d^safâtt 
que  rdoipereur  employât  sau^dëlai,  lesiToIes 
'  de  Ift'gaerre;  le  roi:  entraîne  par  l'iadéon^îo»  àë 
son  oaraoti^re  ,  et  craignant  une  gnerro  eivtie 
donijeff  effetsr  Uèffrayavent  ^  eût  plutôt  déijfrd 
rinterventiDa^  paisible  àe  TAutricbe  ^  ou  dëà 
exhortations  aocomp^n^a  de  feintes  men^fc^s. 
De  cette  disposition*  côdtraire  èa  roi  Qt^de  ta 
reine  )  et  de  délie  de  leiiiis  conseils  parlloulie^s^ 
résultaient  :sans  cés^eldes^  démarches' cctotradic* 
rorréS'<)iii  s'ànhulatetit  récip^oquèmentyet  em* 
péchaient  lebitfii  qui  ^t  pu  résulter  du  con- 
cert de  lêiinr  idées.' Ija^  cour  n'a vairt  déncpoi'ntde 
systèn^^te^ et#éiier|gie-de larc^ine  contrariant 
la  modéraHion  dn  toiv  dô^ii^^  larcbiiilùitedé 
oelo^Mei 'tm  cViAoris'  de  perfidicf  ^  quahd  ce  pritiee 
n'étais  qû'ittîpuissatfi  ponr  faire  pf^valoîr  ses 
planB\.  li'^eièittfaUto^ei&ooiskvi  eùtstirvi  frën- 
ohemencle'iorpent,  «n^s'yCàt  opposé  pàv  une 
ré5okition<tmibafàble:t  Le  sjrstèine  nuixte  iftiefoac 

les  effets  que  iW  vettA  bierttét.         

Le  minfîdtre^  dèé  àfCaireis^étrangères  v  Mi  dé 
Montm^fin,  ayant  »Yé^ii^' par  roieûiidiradle'y' 
une  cc^iid^âfé  )a  cénveilt^n  eiître  rA^tetrittheiet 
la  Prps^è  ;  prèpoèa  avi^^l  d'enr , demander  l'jL^eiu 
ou  le  fiéfifaVeu  à  U  dOtfr  de  yidniie;}€elle-^«l 
n'hésita  pôîtit  h  Tatouer)  inais  ëtt  déclarant qée* 

YIl.  3i 


4Sa  VIV   PÊRIt)DË. 

Louis  ivi  ayant  depois  accepte  la  constitatioa, 
et  s'en  montrantsatisfait  ^l(i  convenUon,n*avait 
plus  d'objet. 

L'empereur  y  quoiqu'eoibarrassé  des  engage- 
mens  qu'il  avait  pris ,  s'ocbupaît  des  moyens  de 
les  .exécuter.  Pour  y  parvenir  avec  moins  d'obs- 
taciles  V  il  voulut  avoir  une  entrevue  avec  Frë- 
déric*Guillaume  ii ,  roi  de  Prusse  9.  prince  très 
de>ouë  à  la  cause  des  princes  français.  L'^Qtre* 
vue  entre  Léopold  11  et  le  monarque  prussien, 
eut  lieu  le  aS  d'août,  à  Pilnilz,  château  de  l'élec- 
teur de  Saxe.  Le  comte  d'Artois  y  parut  Sans 
avoir  été  invité  ;  il  venait  solliciter  l'appui  de 
Lëopoldet  de  FrédéricrGuillaume  en  faveur  de 
son  frère.  M.  de  Bouille  appelé  par  le' roi.de 
Prusse,  préseuta  un  plan  degutrre;  et  le  comte 
d'Artois' obtint  la  déclaration  suivante  qui  fit 
Umt  de  sensation  en. Europe,  quoiqu'elle  cjoojfctint 
plusieurs  expressions  louches  et  dilatoires. 

«  Leurs  majestés  Temperéi;^  et  le  rpi  de  Pilasse 
«  ayant  entendu  les  désira  et  Içs  représenlations 
»  de  MonaiEUR  ,  frère,  du  roi  dç  Fi^nge^'et  de 
»  son  altesse  le  comte  d'Artois ,  déclarent  con-- 
»  jointement  qu'elles  regardent*  la  situation  où 
».  se  trouve  actuellemept  le  roi  de  Francfe  CQinme 
»  un  intérêt  commun  à  tous  les  ^i^verains  de 
»  TEui'opèi  ils  espèrent  que  cet  intérêt  ne  peut 
»:  manquer  d'être  recoanu  par  les  puissa^yces 
31  dont  les  secours  sont  réclamés  ^*et  qu'ep  ooa* 


> 


LIVRE  IX.  485 

»  s^tietice ,  elles  ne  refuseront  pas  d'employer 
»  conjointement  avec  leui^s  susdites  majestés , 
»  les  moyens  les  plus  dloaces ,  relativement  à 
»  leurs  forces ,  pour  mettre  le  roi  de  France  en 
»  ëtat  d*affermir  dans  la  plus  grande  liberté., 
»  les  bases  d'un  gouvernement  monarchique 
»  egalemeiit  convenable  aux  droits  dés  souve- 
»  rains,  et  au  bien  é|re  de  la  nation  française» 
j»  Alors  y  et  dans  ce  cas  y  leurs  susdites  majestés  , 
»  l'empereur  et  le  roi  de  Prusse ,  sont  résolues 
»  d'agir  promptement ,  d*un  ^mutuel  accord  , 
»  avec  les  forces  nécessaires  pour  obtenir  le  but  n. 
9  propose  en  commun.  En  attendant  ^  elles  don- 
9  neront  à  leurs  troupes,  les  ordres  convenables 
9  pour  qu'elles  soient  à  portée  de  se  itiettre  en 
»  activité. 

»  Donné  aPîlnitz(i)^  le  27  d'août  179-1. 

3»  Signé  y  LéOPOLD,  FRél^RIG-GurLLA.UM£.  » 


r^ 


(i)  n  fut  frappé  dans  ^'étranger ,  au  sujet  du  traité  de 
Pilnitz  ,  une  médaille,  d'autant  plus  importante  à  mention- 
ner ,  qu^elle  atteste  un  fait  politi<|ue  sur  la  'vérité  duquel 
des  nuages  furent  assez  long-temps  répandus. 

Sur  la  face  de  la  médaille  ,  sont  les  bustes  de  Tempe—  ' 
reur  Léopold ,  de  Frédéric-Guillaume ,  roi  de  Prusse ,  et  de 
rélecteur  de  Saxe.  On  lit  autour  :  Leop.  it  Imp, ,  Frid. 
fFiih.  Rex  Pr.  ,  Fnd.  Aug.  El.  Sax.  Pour  légende  :  FeU- 
cUas  temporum.  '  '    ' 

Au  revers  est  le  génie  de  FEmpire  ,  sous  la  forme  d'uite 
femme  couronnée  ^revêtue  d'un  manteau  d- hermine ,  et  te- 
nant de  la  main  gauche  |  qu'elle  appuie  sur  un  bouclier,  un« 


484  VIP  PÉRIODE. 

.  Ces  deu±  mots  alors  et  dans  ce  cas  ,  en  exi- 
geant Tintervention  très  incertainçde  toutes  les 
puissances ,  rendaiendflkéntuel  l'effet  de  la  dé- 
claration. Néanmoins  ,  le  roi  de  Prusse  était 
réellement  porté  à  déclarer  sur  le  champ  la 
guerre  à  la. France. 

Le  concert,  deâ  cours  de  BerlÎD  et:  de  Vienne, 
ne  promettait  rien  de  prochain  ni  d«  solide  ; 
néanmoins  ,  M.  de  Bouille  reçut,  le  12  de  Sep- 
tembre, Tordre  de  se  i^endre  à  Vienne  auprès 
de  Tempeireur^  pour  lui  coummtfîquer  le^plan 
de  campagne  qu'il  lui  alFait  demandé*  Ce  prince 
lui  dit' :  M  ie  suis  assuré. de  la  coopération 
»de  toutes  les  puissances  ,  à  rexception  de 
»  TÂngleterre ,  qui  est  déterminée  à  observer  la 
»  plus  stricte  neutralité.  Je  désire  la  formation 
9  d'un  congrès  charge  dfe  traiter  aTec  les  reprë- 
^  sentansde  la  natiotii  française ,  noù-seutétnent 
»  pourobtenir  le  redressement  des  griefs  du  corps 
»  géf rtiàtiiqué  dont  les  droits  en  Alsâéé  éi  d'ans 
»  d'autres  provinces ,  ont  été  violés  par  le  nou- 
»  veau  gouvernement  français  ;  mais  encore  pour 
»  avlsfsr aMX  naoyensdç  rétablii?  l'ordre  en Çrance, 
»  dont  l'afiiarobie  trouble  le  réponde  r£or4»pe. 

3»  Cettes  négociation,  ajéut!a-i-il,  sera  appuyée 


•«•  «r  ,  »    ^  \       ^  %  \  T-\  ^»  ■*•  »•      . ' 

€orne  d'abondance.  Sa  main  droite  est  étendue .  sur  le  q^àr- 
,teau  de  Pilni)t£ ,  dlerrière  l^itel  ojf^  Toit.  le  soleil  se  leyai^t  snr 
uçe  riche  campagne.  Dans  l'exergue  on  lit  .*  Pilnizii  XXVIL 
Jug*  M  DCÇXCI.  Cette  médaille  est  au  cabinet  impérial 


HYRjE  tX.  485 

9  par  de  puissantes  armée»  qai  c^rneroat  la 
»  France  de  tou$  c6tés.  j'iespère  que  ce  ip^yea 
»  préviejifJra  .une  guerre  sanglante,  la  dernièrie 
»  ressource  qu'on  doive  jamais  employer.  » 

M.  de  BouîUé  ayant  demandé  à  Tempereur  ^    " 
s  il  était  informé  des  véritables  intentions  -du 
roi  de  France,  il  loi  répondit  qu*out,  «  et  qç'il 
»  ne  connaisfi^it  rien  de  plus  opposé  aux  désirs 
»  dece  prince  que  Teinploi  des  moyens  violens.  » 

En  effet ,  {^ouis  ¥vi  voyant  que  les  rasseii^ble* 
mens  d'émigrés  grossissaient  dans  réiectoratt  de 
Trêves ,^  à  CoblenU  et  à  Worros,  envoya  aux. 
prioee^. ses. frères,  lie  baron  de  Yiocnénil,  et  le 
chevalier  de.Çoigny,  pour  leur  déclarer  qu'il 
désapprouvait  hautement  Tarmement  de  la  no- 
bl^e  Isançai^. 

Après  la  mort  du  pape  dément  xiv,  pririvée     1791. 
le  i'4:d»  septembre  1774?  1^  cardinal  de  Berifis,  d'Av^j^oT  n 
inim§(re>da  .roi  à  Rome,  avait  consulté  ^a.wiJrfjî,^°**à^it 
sur  1^  cbo»  du  nouveau  pontife^  et  Louis  kvi^"'**'*' 

'Iuij)v<9it  répondu  (1}  a  qu'il  désirait  seiiie«9«nt 
p  que  ht  souverain  pontife  fui  homme  sageetisani 
»  devlapéiia:^  mais  que  du  reste,  il  ne  poirlait 
»  persMine  en  particulier,  n  Le  choix  du  6acré . 
collège ,  après â'étre  prome^ésur  plusieurs  létea,  *  ^ 

^s'étaitfixésurlecardinalfirafichi,  lequel  avati^été 
élu  pape,lei  Sdefévrier  1 775,  sous  le  nom  dePievi. 


(1)  Mêmoirefsmr  la  vie  d^Pie  VI ^  1. 1.. 


t.i--«. 


486  VIF  PÉRIODE. 

Aa  moment  de  son  exaltation ,  le  cardinal  de 
Bernis  écrivait  à  sa  cour,  en  pariant  de  ce  pon- 
tife :  <c  Toute  sa  conduite  n'a  présenlp  jusqu'à 
»  ce  jôut",  que  Tidée  d'un  homme  plein  de  cou- 
»  rage  et  de  fermeté ,  dé  prudence  et  de  mo- 
»  dération.  »  Cet  élpgé  fut  justifié  par  Pie  vi, 
princi[5aleitient  dans  ses  démêlés  avec  Joseph  ii, 
vis-à*-vîs  duquel  il  fit  des  démarches;  dOhut  la 
condescendance  décelait  un  cœur  élevé.  Ge'pon- 
tife  avait  des  mœurs  piifessans  affecta tio il ,  et 
de  la  religion  satts  âcreté.  Il  était  laborieux , 
d'une  société  douce ,  acciieiltant  bien  toutes  les 
nations ,  mais  plus  particulièrement  les  Fran- 
çaise Simple'dans  son  intérieur,  il  signalait  &Si 
magnificence  dans  les  èncouragemens  qu'il  don* 
uait  aux  arts  et  aux  lettres  dont  il  cultivait  plu- 
sieurs branches  avec  suGcès. 

Pie  VI  semblait  être  enfin  du  petit  nombre 
d'hommes  appelés  à  un  bonheur  constant,  lors- 
que la  révolution  française  vint  jeter  dé4'ailier- 
tume  sur  ses  vieux  aïis,  et  éprouver  ce  cou- 
rage que  le  cardinal  de  Bernis  lui  aivait  reconnu. 

Le  voisinage  de  la- France  agitée,  répandit  en 
X790,  la  fermentation  dans  la  Tille  d'Avignon 
*et  le  Comtat  Venaissin.  Plusieurs,  institutions 
françaises  furent  admises  à  Avignon ,  sans  l'aveu 
du  pa^e,;et  cette  ville  même  demalndasa  réu- 
nion à  la  France;  demande  qui  ne  fut  point  par-- 
tagée  par  le  Comtat  yenaissin,  pays  supérieur 


LIVRE  IX;  4«7 

en  riehescfSy  en  popuiàtion  et  en  éleiidtie  à  la 
ville  et  au  territoire  d'Avignon^  Le  pafre  mani- 
festa par  un  bref',  «a  désapprobation  de  la' con- 
duite des  Âvignonais  smurgés.  Mais  la  cotlstilti- 
tion  civile  décrétée  en  1 790  ^  par  rassemblée ,  fut 
un  principe  encore  plus  sérieux  de  dissensions 
avec  la  cour  romaine.  v 

>  Pie  VI  pressé,  invité  parle  clergé  dêFrance, 
de  s'expliquer  Sur  les  nouveautés  et  1^  réfor- 
mes qu'on  introduisait,  adressa  de  Bome^  aux 
ccardmàux,  tirches^éques ^' évéques y  au  clergé  et 
au  peupte  de  France,  un  bref  daté  du  iS  d'avril 
1 791.  Dans  ce  bref,  qui  est  un  acte  politique  im- 
portant, comme  .résumant  les  diverses  démar- 
ches faites  auprès  du  roi^t  du  clergé  français, 
le  pontife  dit  :  «  qu'aussitôt  qu'il  fut  instruit 
»  des  projets  des  novateurs  réunis  dans  l'assem- 
3>  blée  nationale  de  France,  il  communiqua  son 
»  inquiétude  aux  cardinaux,  ordonnai  des  prier 
»  rts  publiques  et  particulières ,  et  écrivit  le  9  de 
jo  juillet  1790,  au, roi 9  l'exhortant  à  ne  point 
»  dgfiner  àla  constitution  civile  du  cierge,  une 
»  sanction  qui  induirait  la  ira  tion  en  erreur  ,^  et 
j»  produirait  le  schisme.  »      .     .     .  !  *      <•/ 

Le  10  de  |ùillet ,:  Je  pape  adressa  aux  archevê- 
ques de  Bordeaux  et  de  Vienne,  ministres  d'état» 
deux- lettres  en  forme  de  bref  »  pour  les  exhor^ 
ter  à  empêcher  le  roi  de  donner  sa  sanction  à 
la  constitution  du  clergé,  et  afin  qu'on  ûe  soup  * 


4^  VIP  PBHIODE. 

.çoai>ât!piis'iC}u'il  (ùx  giiid4rpOT  da»  vueft  d^nténk 
i^m^^ielf^jii  Qrdattoaijt.t]ti*9o<:ea0ti^  de;pcéleTer 
ffm^.les  iC9(pëdi  tiQQ$|  âe  STirdope  v  lie9!  drfMtp  qui , 
^Wi^ifiUt  1^  traité»  «i::iim  ;iMA§e.  i0ii)>éiboâal  1 

Le.  wiiécriv  it .  au  :  pape  dps  ieèires  ^  'W  date  & 
28de  juillet,  du  6  de  septen^lireet  du  iftdedéoexn- 
bre  I7j^^'daias  Iefiqu«{iè6/il  lui  di6ajt.:-«(^'il 
j^nfavaiti  saoctioimé  lai  eonsiiluiionivciftlè  du 
»j3ier^Vi()iie.foi9oé/en.qùelquë  swtev  pfri'as- 
.A  .%^(aMeena;ton^te;.lpais^^rcesIBè^ 
dtii.  ^r&ît  lé  papé>  d'approqiyer  pravifoisem^^ 
»  cinq  arrtîeles\^  et { lelisuifle:  sept  articles  de  la 
»  conétitution  cmîé  «lu  cierge^  qui  eIloonte- 
9' naÂsotl  t<Hit  l'abrégé.  •»'!  }  "  ' 
.  'L&pape regaff 0alit ^emart iples  coitiîBfeiippP^s 
auxr règles  ^s^anauiques^  t^anda  aii  ttnr  pi^une 
premw^re  lettre  du  :ry  d'août;  que  cft$. articles 
Tiiér^tiiier>t»ufié  sérîevse'àfcCmxtîon ,  tst qu'ièpren- 
drait  TàiiKigxièscardtnaux^ijiiyiiT  pirser  le  loH|t  avec 
^ux.tCeax^ci,  dans  den3(  eoqgrégatijGmsj  léoues 
le.!24  de^epteinbra  etl«  ft6<dedë^nibansv^"'' 
êèrjRvt'  anamimetùeut  quHi  falUait  qoDSiiltBr  les 
évéques  de  France.  ,  "-    .*       '  >    '  i    ; 

£>àns«-cet  iratervalle,  ie  oàrdinal4ela<Roche- 
flAloatelt,  i'archevéquv  d'Aiis ,  BotâgëltR^  etane 
treniterîne  4^autreaéTéqti«8v'eai  vôyèrent  ^atf  pape, 
ifen  date  du  lo  d'octobre,  une  expositionde  lears 
opinions  y  sur  lés^pHqcipes  de  la  constitution 


\" 


/ 


LIVRE  IX.  489 

civile  du  clefgë^dëxiiandant  l'avis  du  souverain 
pontife. 

.  Le  p^pe^tpar  mie  lettre  du  lo  de  mars,  écrite 
^'  c^iips  épî^copal  de  France ,  condaiona  1# 
Gon^litution  civile  du  clergé  î  mais  aérant  appris 
que  p^wîeurs  curés  avaient  été  coDsacré^  évér 
quea«  »W^h  perniission  de  l'ordipaice,  ctt  ^ms 
y^^4i^^nt4u  sainjt- siégea,  "et  que.oes  évêqmçs 
eil'^yeiî^Qti  epn^acré  d'aitfres,  14  suspendit  des 
fouct^ofis  ppisiÇQpsJes  les^évéqu^s  cousécrateurs, 
et  déclarât  nulles  les  élections  des.PouveaHxévé- 

« 

Qe|j)^4re  de  dàoses  ipit  Pie  vi  e»  J»;ouiUerie 
ô|ixer4e  avfc  rassaiDMée  naU.eiiial]e  ;  çt  ceUe*ci 
pWf^içl^ant  à  punir  le  pontife  de  S4  kjmeiA  à  dé* 
iei^^  .l'ancien  cle^  de  France,  en  trouva  Tocr 
ca^iau  d^ps  \e  désir  xua^ifeslépar  une  p^irtîe  d/e 
la  yillp,  d'A^vignpu ,  d'^Ire  réunie  i,  la  .l^rance* , 

L assemblée  p^tîonale  avait. reje*é,  le  4  de 
raai  4  79o>  sa  demande  eif  réanion»-  ï^  «p  de 
juin  suivant,  il  y  «ivait  eu  h  \^igp^^,im^\kOc 
\^}eBrl.eptr0.  les  partisans  du  gouvernaient 
poniifical ,  et  ceux  qiii.^oulaienii  s'y  soustraire^ 
Les^pri^tfiiers,  DDminandés  par  le  bailUdeVilIer 
franjobe,  )e  c^mte  de  J^aousset  et  le  coisaman- 
deurd^MQUtauroixx,  eurent  ledesisous;  {^e  vice^ 
légat  et  les  officiers  du  pape  se  quittèrent  d'Avi* 
gnou  et  se  retirèrent  à  Carpentras,  capitale  du 
Cdmtat   Venaissin,   Cet  événement  accrut  la 


490  VIP  PÉRIODE. 

iFiyaltté  existante  entre  Âvig&om  et  Carpeti-^ 
tras/ 

Une  armée  composée  d'Â vignonais  et  de  gens 
sans  ayeu  des  provinces*  voisinas  ^  comman- 
dée par  un  certain  Jourdan,  et  qu'on  appelait 
\Fauclusiêrme ,  du  nom  de  la  fontaine  qui  arrose 
utie  partie  du* territoire  d'Avignon,  alla  assiéger 
Garpentras,  où  commandait  le  comte  d'Albert 
de.Rioms,  cfhef  d'escadre.  Après  avoir  été  obli- 
gée de  lever  le  siège,  cette  armée  était  venue 
une  seobndefois,  assiéger  Carpentras.  Mais  au 
même  instant  (i) ,  leshabitansdu  Haut-Comiat 
avaient  formé  une  armée  sous  les  ordres  du 
comte  de  R^iti-Fiassan ,  pour  dégager  cette  ville, 
qui  opposai!  Une  résistance  héroïque  ;  et  après 
avoir  battu  plusieurs  détachemens  de  l'armée 
vauclùsienné ,  lui  avoir  enlevé  quelques  pièces 
de  canon,  près  des  hauteurs  du  Barroux,  l'ar- 
mée du  Comtat  se  disposait  à  l'attaquer  par  dif« 
férens  points,  lorsque  Lescene  des  Maisons, 
Verninac.et  l'abbé  Mulot,  envoyés  par  le  roi  et 
l'assemblée ,  parurent  en  qualité  de  plénipoten- 
tiaires médiateurs^  pour  faire  cesser  des  trou- 
bles qui  pouvaient  embraser  le  Midi.  Les  nfiedia- 
teurs  étaient  suivis  de  troupes  composées  du 
régiment  de  Soissonnais,  de  lia*Fère,  artillerie, 

y  (  I  )  Rapport  de'  l*abbé  Af ulot  à  rassemblée  natîonak. 
Wo^ez  .Moniieur  de  l'jgi,  .        •'.:..,. 


LIVRE  IX  491 

d'un  bataillon  dé  Soonemberg  et  de  plusieurs 
esùadrons  d*bu$sai^s  et  de  dragons. 

Arrivés  à  Orange,  les  médiateurs  engagèrent 
les  autorités  d'Avignon  et  du  Comtat,  et  les 
chefs  militaires  à  suspendre  la  guerre  et  à  entrer 
en  conférence  daois  la  yiile  d'Orange,  où,  après 
plusieurs  jours  de  conférence ,  ilf  firent  signer 
entre  les  deux  partis,  des  préliminaires  de  paix  ^ 
le  ig  de  juin  1791;  préliminaires  qui,  ren«f 
voyés  aussitôt  à  rassemblée  ^  furent  ratifiés  par 
elle. 

Pour  empêcher  que  la  guerre  ne  se  rallumât, 
des  troupes  françaises  furent  cantonnées  sur  le 
territoîred'Avignon  et  dans  leComtat  Veiiiiissîn. 
On.  sent  que  Ces  mesures  de  police ,  daus  un 
pays  dépendant  d'un  autre  souverain ,  n'étaient 
qu'un  acheminement  à  un  parXi  plus  décisif. 
L'assemblée  natîonale<^  sur  le  rapport  du  comité 
diplomatique,  réunit  à  la  FraoCe,  le  i4  de  sep« 
tembre  1791,  la  ville  d'Avignon  et  le  Comtat 
Yenaîasin.  Cette  réunion  fut  mo^tivée  de  la  ma- 
nière suivante  :   .,   j/ 

<c  L'assemblée  nationale  y  après  avoir  entendu 
»  le  rapport  de.  ses  comités.  :  diplomatique  eX 
»  d'Avignon ,  considérant  qu^  conformément 
)»rtiux  préliminaires  de  paixy\^rréié^,et  signés  k 
D  Orange ,  le  19  de  juin  de  cette  année  ,.par  les 
3»  députés  de  l'assemblée  éleeioralé ,  des  muni- 
»  cipalités  d'Avignon  et  de  Carpentras,et  de 


• 


49^  VII»  PÉRIODE. 

»  l'armëe  dé  Vaacluse,  en  présence  et  sôos  Ja 
»  garantie  provisoire  dts  médiateurs  de  la  Fran*' 
»  ce,  députes  par  le  roi;  garaAtie  que  l'assem- 
9  blëe  nationale  a  confirmée  par-son  déewt  du 
n»  g  de  juillet  dernier,  les  commissaires  des  doix 
«  états  réunis- d'Avignon  et  da  Comtat  Yemis-» 
1»  sin ,  Éie  sont  rëonis  en  aasemUées  prîmiùres 
»  pour  déKbérér  sur  Péta t  poli tiqpie  de  leur  pco^ 
»  pre  pays: 

»  Considérant  que  la  majorité^s  communes 
3»  et  des  citoyens,  a  émis  librement  et  solemnelf 
p  lemeut  son  vœu ,  pour  la  rëanioii  d'ATignon 
»  et  du  Gooitat  Yenaissin  à  Ffmpire  français; 

B  Considérant  que,  par  son  décret  du  ^5  de 
]»  mai  dernier ,  )es  droits  de  la  France  sttr  A?i-> 
»  gnon  et  le  Comtat  Yenaissin ,  ont  été  formel' 
3  iement  réservés  ; 

»  L'assemblée,  nationale  déclare ,  qu'en  vertu 
3»  des  droits 'de  la  France  suir  les  états  réuqis 
]»  d'Avignon  et  dû  Comtat 'Venàissm ,  et  i^on* 
»  fermement  au  voeu  librement  et  solemneHe^ 
»  ment  éinîs  par  la  majorité  des  eommones  et 
}»•  des  citoyens  des  deux  pays  ^  pour* être  iiicor- 
]^  pores  à  la  France ,  iesdits  deUK  ëta|s  réunis 
j»  d'Avignon  et  du  Comtat  Yenaissin  ^  fimt  dès 
à  ce  moment i  patHe  intéigràntê  d^^tmpii^  fran- 
»  çcUs,...        * 

m  Le  pouvoir  exécutif  serèf  ^rié^  feireouvrir 
»  des  négociations  avec  is^  cour  de  Rome ,  pour 


LIVRE  IX.  493 

y  les  indemnités  et  dédommagemcns  qni  pour* 
»  roiit  lui  être  dûs,  etc.  » 

Le  pape  publia  contre  cet  acte  de  rassemblée , 
nne  protestation ,  en  daté  du  5  d!octobre  1791 , 
dans  laq.ueUe  il  disa^it  : 

«  Il  n'y  a  point  dans  l'Europe  entière,  de  docu<« 
3  niens  plus  certains  et  plus  légitimes  que  ceux 
9  concfsrnant  la  .soUTerainetë  du  saint-siége  sur 
»  le  Comtat  Yenaiséin  et  sur  la  ville  d'Avignon  ç 
»  sou  vérameté  cohâynéepac  une  possession  non 
»  interrompue  de  cinq  siècles,  et  respectée ,  re« 
9  connue  par  toutes  les  puissances  de  l'Europe.  » 

La  cour  de  Rome  observai t,  «  que  Louis  xi , 
»  en  réunissant  la  Provence  à  la.  couronne  d^ 
»  France ,  ne  fit  pas  la  moindre  objeotian  contre 
)»  l'empire  du  pape  sur  Avignon  ;' 

3»  Que,  quand  Louis  xiv,  en  ]66si,ef  en  i668| 
j»  et  Louis  xv ,  en  1 768 ,  s'en  saisirent  ;  ce  né  fut 
»  jamais  sous  le  prétexte  de  prétentions. élevées 
»  par  la  France;  ces  invasions  .n'ayant  été  que 
»  des  représailles:  de  prétendus  girie&  contre  la 
»  cour  de  Rome  ;  et  que  f  quand  ces  griefs  viar 
»  renia  cesser,  ces  provinces  futent  rendues 
»  sans  condition  ^  ni  reatrioDion  préjudiciable 
^  au  saint-sîége;  en  sorte  que  oes  occupations 
»  momentanées  n'avaient  fait  que  fortifier  le 
»  droit  originaire.  » 

Le  pape  ajoutait ,  «  que  le  voeu  prétendu  libre 
p  d'Avignon  et  du  Comtat  Yenaissin ,  pour  une 


48o  Vil?  PÉRIODE. 

de  la  FrancherComtë  ;  I^  roi  de  Sardaigne  sur 
celle  du  Dauphiné  ;  l'Espagne ,  sur  les  provinces 
méridionales  ;  et  toud  les  différens  corps  d'ar-- 
mëes  formant  une  masse  de  cent  mille  hommes, 
devaient  être  joints  par  les  régimens  restés  fi- 
dèles ,  et  par  les  mécontens  du  royaume. 
'  L'empereur  se  prétendait  assuré  des  disposi- 
tions du  roi  de  Prusse ,  et  même  de  son  con- 
coure; et  le  roi  d'Angleterre ,  ep  qualité  d'élee- 
teur  d'Hanovre ,  désirait  aussi  d'entrer  dans  la 
eoalition.  On  comptait  sur  la  neutralité  de  la 
Grande-Bretagne. 

Léopold  désirait  que  Louis  xvi  renonçât  à 
toute  idée  de  fuir  de  Paris,  et  pensait  que  la 
sauve-ga^e  la  plus  sûre  pour  lui  et  sa  famille , 
était  le  mouvement  des^  armées  des  puissances , 
précédé  par  des  manifestes  ménaçans. 

Louis  xvr  approuva  tout  ce  plan ,  à  l'excep- 
tion de  l'idée  de  rester  à  Parts ,  qui  déplaisait 
également  à  la  reine  ;  et  c'est  ce  qui  détermina 
enfin  le  voyage  de  Mo-ntmédi,  à  l'insu  de  la  cour 
de  Vienne  et  de  M.  de  Montmorin,  dont  le  plan 
était  différent  de  celtti  concerté  entre  le  roi  et 
M.  de  Bouille  (ï)  ^  et  qui  eut  si  peu  de  succès. 

C'est  ainsi  que  Louis  xvi  et  la  reine  négo-  , 
eiaient  secréfement  avec  Léopold  ii  ,  désirant 
l'un  et  l'autre  f  que  la  cour  de  Vienne  se  pro- 
.nooçàt  pour  le  maintien  des  prérogatives  de 


I»  ■> 


(l)  Mémoires  de  Bouille ,  t.  II. 


LITRE  IX.  48i 

leur  couronne ,  chaque  par  plus'^i^ilie;  Mais 
tandî«  quevia  reine  irQ|yëtuëase,  et  blessée  de» 
outrages  personnels  qu'elle  avait  reçus,  diJsrtfati; 
que  l'empereur  etiiployât  sau^dëlai,  iBs^Yoles 
'  de  \»'gtifittei  le  roi:  entraîné  par  rind^cî^kMd» 
son  oai!ai3tère  ,  et  oraignafnt  une  guerre  eivtle 
donijes  effets  Uèffrayaîent  ^  eût  ptutét  .dëijfrë 
rinterventîDtt^  paisible  de  TAutricbe  ^  ou  dëà 
exhortations  aoeonipagb#s  de  feintes  menaces. 
De  cette  disposition*  oiiltraire  dm  roi  Qt^de  la 
reine ,  et  de  déile  de  toiitis  conseils^panloulie^s^ 
résultaient  sans  cés^eldesl  dfémarohes-ecAitradic- 
tofrës  qui  s'anhulatetit  rëcip^oquémenty  et  em- 
pêchaient k'bian  qui  gùti  pu  rësutter  ducon- 
certtle  lêiiiv  idées:  Lja  cour  n'a vairt  ddncpoi'ntde 
syslfèti^^t%^  et^^éoerjgiede  lar^ine  contrariant 
la  mddéraftîoA  du  »oiv  dô^û^^  lar«c6riduitedé 
celufiheî  tMv  crtoris'  ;de'  pi^râdi^ ,  quatid  ce  pri  tioe 
n'était  qû'iuipuiœatfi  pour  faire  pi^Yaloir<^ses 
planBv  li'^elit^foUiur  «fae^ Louis  4CVI  eut  suivi*  frhn* 
chemeii^  lèt0n«efit,  «^u^s'y  €àt  opposé  pmr  uno 
réfiokitionùttiniorâfole;^  Lé  système  iifiitte  «tihebac 
les  effets  que' V<on  vek*r&  bieiltét. 

Le  mim^tre^  dèé  àffi^ireis  'étrangères-  v .  Mi  de 
Moatm^t4n,  à^avit 'té^ii^  par  roie'.iffidiredto',' 
une  copi^  dfé^  la  couVéAt^n  eiitre  rA^tifichetet 
la  Prusse  ;  proposa  au*' toi  d-enr, demander  l'taZ^eu 
ou  le  désaveu  à  lai  OOuf  de  ViëOfie.»<îeHe-î'«l 
n'hésitapôint  h  l'avouer { inais  en  déclarant qjcie' 
vil.  3i 


4Sa  VIP   PÉRIODE. 

Louis  XVI  ftjraot  depuis  accepté  la  coostitalion^ 
et  s'en  montraotsatisfait^lft  convenUoan  avait 
plus  d'objet. 

L'empereur,  quoiqu'em barrasse  des  engage- 
mens  qu'il  avait  pris ,  s'ocbupatt  des  moyens  de 
les  .exécuter.  Pour  y  parvenir  avec  moins  d'obs- 
tacles,  il  voulut  avoir  une  entrevue  avec  Fré- 
dél*ic*Guiilaume  ii ,  roi  de  Prusse  ^.  prince  très 
dévoué  à  la  cause  des  princes  français.  L'entre- 
vue  entre  Léopold  ii  et  le  monarque  prussien , 
eut  lieu  le  aS  d'août ^  à  Pilni(z,  château  de  l'élec- 
teur de  Saxe.  Le  comte  d'Artois  y  parut  Sans 
avoir  été  invité  ;  il  venait  solliciter  l'appui  de 
Léopold  et  de  FrédéricrGuiUaume  en  faveur  de 
scmi  frère.  M.  de  Bouille  appelé  par  le' roi.de 
Prusse,  présenta  un  plande  guerre;  et  le  comte 
d'Artois  obtint  la  déclaration  suivantie  qui  fit 
tMit  de  sensation  en  Europe,  quoiqu'elle  oimtint 
plusieurs  expressions  louches  et  dilatoires. 

«  Leurs  majestés  l'emperéudr  et  le  rpi  de  Prusse 
«  ayant  entendu  lesdésirjset  l(^s  r€^présenUtions 
j»  de  MosaiEUR  ,  frèr^  du  roi  de  Fi^nQCy.et  de 
»  son  altesse  le  comte  d'Artois ,  déclarenft  con-^ 
B  jointemcnt  qu'elles  regardient- la  situation  où 
».  se  trouve  actuellemept  le  roi  de  Fraude  comme 
j»  un  intérêt  commun  à  tous  les  spu^erains  de 
9  l'Eu  tope  .t  ils  espèrent  que  cet  intérêt  ne  peut 
3»  manquer  -d'être  reconnu  par  les  puissaoces 
»  dont  les  Secours  sont  réclamés  ;*et  qu'ea  oon  • 


> 


LIVRE  IX.  485 

»  sÀ{uence ,  elles  ne  refuseront  pas  d'employer 
»  conjointement  avec  leurs  susdites  majestés  » 
»  les  moyens  les  plus  dlSaces ,  relativement  à 
»  leurs  forces  ,  pour  mettre  le  roi  de  France  en 
»  état  d*affermir  dans  la  plus  grande  liberté>, 
»  les  bases  d'un  gouvernement  monarchique 
»  également  convenable  aux  droits  dés  souve- 
»  rains,  et  au  bien  être  de  la  nation  française» 
j»  Alors  j  et  dans  ce  cas  y  leurs  susdites  majestés  , 
»  l'empereur  et  le  roi  de  Prusse,  sont  résolues 
»  d'agir  promptement ,  d'un  :rautuel  accord  , 
»  avec  les  forces  nécessaires  pour  obtenir  le  but 
9  propose  en  commun.  En  attendant,  elles  don- 
9  neront  à  leurs  troupes,  les  ordres  convenables 
»  pour  qu'elles  soient  à  portée  de  se  itiettre  en 
»  activité.  ... 

»  Donné  aPilnitz(i)^  le  27  d'août  179^. 

3»  Signé j  LéOPOLD,  FR£l^RIG-GurLLA.UME.  » 


■r 


(i)  n  fut  frappé  dans  ^'étranger ,  an  sujet  du  traité  de 
Pîlmtz  ,  une  méd^e,  d'autant  plus  importante  à  mention- 
ner ,  qu^elle  atteste  un  fait  politi<|ue  sur  la  'vérité  duquel 
des  nuages  furent  assez  long-temps  répandus. 

Sur  la  face  de  la  médaille  ^  sont  les  bustes  de  Tempe— 
reur  Léopold ,  de  Frédéric-Guillaume ,  roi  de  Prusse ,  et  de 
rélecteur  de  S'axe.  On  lit  autour  :  Leop»  ii  Imp. ,  Frid, 
fFUh.  Rex  Pr.  ,  Frid.  Aug.  El.  Sax.  Pour  légende  :  Féli- 
citas temporum,  * 

Au  revers  est  le  génie  de  FEmpire  ,  sous  la  forme  d'urne 
femme  couronnée  ^revêtue  d'un  manteau  d- hermine ,  et  te- 
nant de  la  main  gauche ,  qu'elle  appuie  sur  un  bouclier,  un« 


\ 


484  VU"  PÉRIODE. 

•.  Ces  <ieul  mots  alors  et  i>ahs  ce  cas,  en  ex'i- 
geafit  Tintervention  très  incertainçde  toutes  les 
puissances ,  rendaientM|kéniliel  l'effet  de  la  dé- 
claration. Néanmoins  ,  le  roi  de  Prusse  était 
réellement  porté  à  déclarer  sur  le  champ  la 
guerre  À  la  France. 

Le  concert,  deâ  cours  deBerUn  etd^Viéniie, 
ne  promettait  rien  de  prochaiii  ni  d«  solide  ; 
néanmoins  ,  M.  de  Bouille  reçut ,  le  12  de  Sep- 
tembre ,  Tordre  de  se  i^endre  à  Vienne  auprès 
de  Tempéreur^  pour  lui  coinmiinkîquer  le* plan 
de  campagne  qu'il  lui  a^ait  demandé*  Ce  prince 
lui  dit' :  s<  3e  suis  assiuré.de  la  coopération 
»de  toutes  les  puissb^ces  ,  à  l'exception  de 
j>  rAngleterre ,  qui  est  déterminée  à  observer  la 
»  plus  stricte  neutralité.  Je  désire  la  formation 
9>  d^un  congrès  chargé  dfe  traiter  axec  les  repré- 
D  sentaosde  la  natiotit  française,  noù-seutément 
»  pourobtenir  le  redressement  des  griefe  du  corps 
»  gettùSLtiiqué  dont  les  droits  en  Alsâéé  éi  d'ans 
»  d'autres  provinces,  ont  été  violés  par  le  nou- 
»  veau  gouvernement  français;  mais  encore  pour 
»  avisf^rdMX  mpyensde  rétablis  l'ordre  en f  rance, 
»  dont  Taiiarohie  trouble  lèrépo^  de  TEurope. 

»  Cette  négociation,  aj6utfa-l-il,  sera  appuyée 

corne  d'abondance.  Sa  nmin  droite  est  étendue  sur  le  cl^à- 
,teau  de  Pllsi^s ,  di^rrière  l^i|d  o;^  Yoit.le  soleil  se  levai^t  sur 
ui^e  riche  campagne.  Dans  l'esçergue  on  lit .-  Fibdzii  XXVIL 
Aus*  M  DCCXCI.  Cette  médaille  est  au  cabinet  impérial. 


LIVRE  tX.  485 

»  par  de  puissantes  armëea  qBÎ  cerneront  la 
j>  France  de  tous  cotes.  J  espère  que  ce  nïoyen 
3»  prévieiylra  une  guerre  sanglante,  la  deraièrie 
»  ressource  qu'on  doive  jamais  employer.  » 

M.  de  Bouille  ayant  demandé  à  Tempereur  t    " 
s'il  était  informé  des  véritables  intentions  An 
roi  de  ¥nn/ce$  il  loi  répondit  qu'oui,  «  et  qç'il 
»  ne  connaissait  rien  de  plus  opposé  aux  désirs 
»  dece  prince  que  l'emploi  des  moyens  violens.  » 

fin  effet ,  Ivouis  vvi  voyant  que  les  rassei^^ble* 
inens  d'émigrés  grossiss^iient  dans  l'électoraft  de 
Trèves^,v  à  Coblentz  et  à  Worms,  envoya  aux. 
prÎDOe^. ses. frères,  Is  baron  de  Vioinénil,  et  le 
chevalier  de.Coigny,  pour  leur  déclarer  qu'il 
désapprouvait  hautement  l'armement  de  la  no- 
blesse* Itançai^. 

Après  la  mort  du  pape  Clément  xiv,  prriyée     179T. 
le  i'4;â»  septembre  1774»  le  cardinal  de  Bernis,  a'Avîgôo^  et 
ministre, du. jpoi  à  Rome,  avait  consuUé  W.caiir  f"iî^'"*'à^u 
sur  I0  cbo»  du  nouveau  pontife,  et  i.Qui$  nvi^""*^'* 
'lui.^v^it  rép^^ndu  (ij  <^  qu'il  désirait  se:!ij(ie«»«nt 
V  que  1^  souverain  pontife  fût  homme  sage  et^^i 
»  de:la.pfiix;  mais  que  du  reste,  il  ne  portait 
j»  persanne  en  particulier.  »  Le  choix  du  sacré, 
collège ,  aprèsis'étre  promené  sur  plusieurs  têtes,  *  ^ 
s'étaitfixésurlecardinalBraschi,  lequel  avait; été 
él u  pape,  le  i  Sdefé vrîer  1775,  sous  le  nom  dePf  e vî. 

■  ■■■.K  liT-l  ïlli  I»  1»  ■    -^^— ^»lPi^i—r—  -^»^».^l,     Ml    «     »  1.1,.    ^^    .        »  1    I     I     t  1 

(1)  Màm^nessurîavie  d^PU  VI ,  1. 1.. 


486  VIF  PÉRIODE. 

Aa  moment  de  son  exaltation ,  le  cardinal  de 
BérnSs  écrivait  à  sa  cour,  en  parlant  de  ce  pon- 
tife :  «  Toute  sa  conduite  n'a  prësentié  jusqu'à 
»  ce  jour,  que  Tidée  d'un  homme  plein  de  cou- 
9  rage  et  de  fermeté,  dé  prudence  et  de  mo- 
»  dëratiort.  n)  Cet  elpge  fut  justifié  par  Pie  vi, 
princîpaleitïent  dans  ses  démêlés  avec  Joseph  ii, 
vis-à«-vîs  duquel  il  fit  des  démarches;  dcnit  la 
condescendance  décelait  un  cœur  élevé.  Ce  pon- 
tife avait  des  mœurs  pures  sans  afFectatiotî ,  et 
de  îa-  religion  sans  âcreté.  Il  était  laborîeu'i , 
d'une  société  douce ,  accueillant  bien  toirtes  les 
nations ,  mais  plus  particulièrement  les  Fran- 
çaise Simple  dans  son  intérieur,  il  signalait  sst 
magnificence  dans  les  éncouragemens  qu'il  don- 
nait  aux  arts  et  aux  lettres  dont  il  cultivait  plu- 
sieurs bratiehes  avec  succès. 

Pie  VI  semblait  être  enfin  du  petit  n<^mbre 
d'hommes  appelés  à  un  bonheur  constant,  lors- 
que  la  révolution  française  vint  jeter  de  rarner- 
tume  sur  ses  vieux  ans,  et  éprouver  ce  cou- 
rage que  le  cardinal  de  Bernis  lui  avait  retîonnu. 
Le  voisinage  de  la- France  agitée,  répandit  en 
1790,  la  fermentation  dans  la  ville  d'A'vignon 
^  *iet  le  Comtat  Venaiasin.  Plusieurs-  institutions 
françaises  furent  admises  à  Avignon ,  sans  l'aveu 
du  pape, /et  cette  ville  même  demanda* sa  réu- 
nion à  la  France;  demande  qui  ne  fut  point  par- 
tagée par  le  Comtat  Yenaissin,  pays  supérieur 


LIVRE  IX.  4«7 

en  rit^beses,  en  popotàtion  et  en  ëteiidtie'â- la 
ville  et  au  territoire  d* Avignon.'  Le  pa^e  ¥lidnî« 
festa  par  un  bref,  «a  désapprobation  de  la*  con- 
duite deft  Avignonais  imargés.  Mais  la  côtiati'tti- 
tion  jcivile  décrétée  en  1 790  ^  par  Fai^mbl^e ,  fut 
un  principe  encore  plus  sérieux  de  dissensions 
avec  la  cour  romaine.  v         '.         '* 

Pie  VI  pressé,  invité  par  le  clergé  de  France, 
de  s'expliquer  dur  les  nouveautés'^  Ij^ réfor- 
mes qu'on  introduisait,  adressa  dd&onie)  aux 
cardinaux,  archevêques ^  évéques ,  au  clergé  et 
au  peuple-  de  France,  un  bref  daté  db'iS  d'avril 
1791.  Dans  ce  bref,  qui  est  un  acte  politique  im- 
portant, comme  .résumant  les  diverses  démar- 
ches faites  auprès  du  roi  ^t  du  cleï*gé  français , 
le  pontife  dit  :  «  qu'aussitôt  qu'il  fut  instruit 
»  des  projets  des  novateurs  réunis  dans  L'assem- 
»  blëe  nationale  de  France:,  il  communiqua  son 
»  inquiétude  aux  cardinaux,  ordonnti  des  prié- 
»  res  publiques  et  particulières ,  et  écrivit  le  9  de 
j>  juillet  1790,  au, roi,  l'exhortant  à  ne  point 
j»  dgnner  àla  constitution  civile  du  clergé,  une 
»  sanction  qui  induirait  lac  zration  en  erreur;  et 
*  produirait  le  schisme.  »  <f'    ;  '» 

Le  10  de  juillet ,  ie  pspe  adressa  aux >archeVê- 
ques  de  Bordeaux  et  de  Yiefine,  ministres  d'état, 
deux  lettres  en  forme  de  bref,  pour,  les  exhor-» 
ter  à  empêcher  le  roi:  de  donner  sa  sançtj{>n  à 
la  constitution  du  clergé,  et  afiq  qu'op  desoup* 


i 


6o!»  VIP  PÉRIODE. 

»  ëtraftgères  contre  rindëpendance  d^  la  nation 
»  française.; 

»  En  différant  jusqu'au  i*'  de  mars,  de  rendre 
»  compte  à  l'assemblée,  de  l'office  de  l'empe- 
»  reur ,  en  date  du  5  de  janvier  précédent  ; 

)>  En  traçant,  dans  sa  lettre  à  M.  de  Kaunitz, 
3>  des  détails  sur  la  situation  du  royaume,  pro- 
»  près  à  en  donner  l'idée  la  plus  fâcheuse  ; 

»  En  professant,  dans  cette  même  lettre  ^  une 
}>  doctrine  inconstitutionnelle  et  dangereuse; 
s>  En  ayant  lâchement  demandé  la  paix; 
s>  Et  en  ayant  refusé  d'obéir  aux  décrets  de 
V  l'assemblée.  » 

M.  de  I>e0sart  fut  arrêté  le  même  jour,  lo  de 

mars ,  et  envoyé  à  Orléans  (j). 

1799.  Le  lendemain  de  l'arrestation  dé  M.  de  Les* 

de MÎoimou. sàr t ,  le  1 1  dc  mars,  le  ministre  de  la  guerre, 

um/iSatraflM.  de  Grave,  vint ,  de  la  part  du  roi ,  offrir  à 

^Sm    ^^'"'M.  Dumourier,  nommé  commandant  à  Lyon, 

^intérim  du  département  des  affaires  étratigères, 

jusqu'au  retour  alors  présumé  de  M.  de  Lessart. 

M.  Dumourier  le  refusa ,  sous  prétexte  qu'un 

ministre   intérimaire  ne   pouvait  faire  aucun 

bien;  mais  le  roi  lui  ayant  envoyé  M.  Cahier 

de  Gerville,  pour  lui  offrir  définitivement  le 

■  ■  '■  ■      Il   -  ■■  I  II  I        I       ,  .        ■ 

(i)  On  sait  que  M.  de  Lessart  et  la  plupart  des  autres  pri» 
sonniers  d'Orléans ,  qui  étaient  ramenés  à  Paris ,  furent  mas- 
sacrés le  9  de  septembre  suivant ,  à  Yersailles ,  par  une 
troupe  de  brigands  envoyés  de  Paris. 


porte-feuiile  des  affaires  étraugères^  il  Tacç^ta, 
et  prit,  le  17  de  mars,  possession  de  son  dé- 
parlement. 

M.  Dumourier,  d'abord  aide^e-caoïp  du  m^ 
réchal  de  Contades,  avait  à  vingt-deux  ans»  la 
crojx  de  Saint* Louis  et  vingt  blessures.  £a 
1 770 ,  M.  de  Cboiseul  Tavait  envoyé  en  Pologne, 
comme  ministre  auprès  des  confédérés.  Il  y  fit 
deux  cacppagnes  en  chef,  et  conduisit ,  en  1 77a, 
diverses  négocrations  secrètes.  Mis  à  la  Bastille 
en  2775,  pour  avoir  pris  part  à  ces  négocia- 
tions, qu'il  ne  dirigeait  pourtant  pas,  il  fut  de- 
puis élargi  et  justifié  à  ravénement  de  Jliouis  xvi 
k  la  couronne.  Il  avait  surveillé  depuis  1 77$,  jus» 
qu'en  1789,  les  travaux  du  port  de  Cherbourg, 

Le  lendemain  de  son  entrée  au  conseil,  M.  Du- 
mourier  y  lut  quatre  dépêches  pour  les  cours 
de  Vienne,  de  Berlin,  de  Londres  et  de  Madrid. 
Comme  toutes  ces  cours  se  plaignaient  clés 
pamphlets  très  déplacés ,  publiés  par  les  jaco- 
bins, M.  Dumourier  rejetait  ces  injures  sur  la 
liberté  de  la  presse ,  indéfinie  en  temps  de  ré- 
volution ,  et  il  les  excusait  par  l'exemple  de 
l'Angleterre ,  où  mêmç,  en  temps  de  paix  ,  les 
cours  étrangères  étaient  souvent  maltraitées , 
soit  dans  les  papiers  publics ,  soit  dans  le  par-* 
lement,  sans  que  jamais  on  eut  squgé  pour  cela, 
à  déclarer  la  guerre  à  la  nation  anglaise. 

Le  roi  parut  étonné  de  ces  dépêches ,   qui 


5o4  VIP  PÉRIODE. 

étaient  d'une  tournure  brusque  et  d'un  slyfe 
hautain;  néanmoins  il  les  approuva.  On  ne  peut 
dissimuler  que  ce  fut  M.  Dumourier  qui  intro- 
-duisit  le  premier,  dans  Ieé&  relations  diploma- 
tiques, un  langage  contraire  à  la  dignité  des 
cdurs  -et  à  la  réserve  usitée  jusqu'alors. 

Ce  ministre  ne  se  borna  pas  à  cette  innova^ 
tion  dans  la  rédaction  diplomatique,  il  changea 
Tancienne  organisation  du  ministère  des  affai- 
res étrangères,  et  distribua  les  deux  principaux 
bureaux  politiques  en  six ,  qu'il  subprdonna  à 
un  directeur-général ,  après  avoir  réformé  tous 
les  anciens  chefs. 

Au  dehors,  tous  les  ministres  du  roi  furent 
rappelés,  à  l'exception  de  MM.  de  Durfort', 
ambassadeur  à  Venise;  et  de  Châlon,  ambassa- 
deur en  Portugal. 

Par  la  nouvelle  promotion ,  qui  fut  concertée 
avec  le  comité  diplomatique,  M.  deMauIde  fut 
nommé  ministre  à  la  Haye;  M.  Barthélemi , 
ministre  à  Londres  (i) ,  passa  en  Suisse  avec  le 
caractère  d'ambassadeur ,  et  fut  remplacé  par 

M.  de  Chauvelih  ;  M.  Verninac  alla  en  Suède  ; 

•      -  ■  ■  ■■■     ,  - .  •  >     , 

(])  M.  Barthélemi  ayaît  à  Londres,  le  titre  de  ministre 
plénipotentiaire  ^  tandis  que  le  marquis  ^de  la  Luzerne  y 
était  ambassadeui:  du  roi.  Il  y  a  plusieurs- «xemples  dans 
rhistoire  de  la  diplomatie  ,  de  sujets  divers ,  revêtus  de 
semblable  qualité  auprès  du  même  souverain. 


LIVRE  IX.  5o5 

M.  de  Yibraie,  en  Danemarck;  M.  le  Hoc,  à 
Hambourg  ;  M.  de  Montesquiou  ,  à  Dresde  ; 
M.  Viilar,  à  Mayence(i);  M.  de  Maison-Neuve, 
à  Stutgard  ;  et  M.  Gaillard,  à  Ratisbonne. 

On  ne  conserva  de  toutes  les  pensions  secrètes, 
établies  sur  le  département  des  affaires  étrangè- 
res, que  celles  accordées  par  des  traités  aux  mai- 
sons de  Parme  et  de  Savoie-Carignan,  et  à  la  com- 
tesse d'Àlbany ,  fille  du  prétendant  d'Angleterre. 

Les  fonds  secrets  destinés  pour  le  service  réel      1792. 
des  affaires  étrangères,  ne  passaient  ordinai-desh^mïrou» 
rement  pas  cent  mille  écus.  Le  ministre  em- ^"^jj^^î^^ "^^ 
ployait  cette  somme  d'après  un  état  approuvé '»(^»*"*«'"»- 
par  le  roi.  Depuis  quelques  années,  ces.  fonds 
secrets  avaient  été  portés  a  i,5oo,ooo  liv.  par 
an.  MM.,de  Montmorin  et  de  Lessart  s'en  étaient 
servis  plus  d'une  fois  avec  succès ,  pour  faire 
échouer  les  projets  formés  contre  le  roi  dans 
rassemblée  nationale,  en  payant  les  têtes  les 
plus  ardentes ,  et  le  comte  de  Mirabeau  prin- 
cipalement, 

M.  Dumourier  fit  augmenter  de  4,5oo,ooo  1. 

les  fonds  secrets  de  son  département.  La  de- 

■"—»■»■     '  ■  .1.  ■  I  ,-1-,  ■■  ,  I  .     .11     I  ^ 

(  I  )  M.  Viilar  fut  envoyé  ,  eni  7g4  ,  en  qualité  de  ministre 
plénipotentiaire  près  la  république  de  Gènes ,  et  il  y  prépara 
le  traité  de  paix  de  l*année  suivante  entre  la  France  et  la 
Sardaigne.  Il  est  mort  en  juillet  1808 ,  estimé  pour  ses  talents 
et  son  bon  esprit. 


6o6  VII' PÉRIODE.  , 

mande  en  fut  formée  par  une  lettre  du  roi  à 
rassemblée ,  sur  le  motif  que  cette  augmenta- 
tipn  était  exigée  par  les  circonstances  actuelles, 
et  cette  lettre  fut  renvoyée  aux  comités  diplo* 
.  matique  et  de  lextraordinaire  des  finances,  où 
elle  fut  députée  avec  M.  Dumourier^qui  prouva 
si  clairement  que  les  plus  grands  intérêts  de  la 
constitution  et  de  la  liberté,  etc.  étaient  essen** 
tiellement  liés  à  la  demande  du  roi,  que  les 
deux  comités  furent  d'avis  de  l'accueillir  ;  et  leur 
rapporteur,  en  proposant  de  fixer  à  six  millions 
le  fonds  des  dépenses  extraordinaires  et  secrè- 
tes du  département  des  affaires  étrangères,  dit  : 
«  Le  besoin  où  nous  sommes  de  connaître  les 
».  véritables  dispositions  des  cours  étrangères, 
»  et  d'être  instruits  à  propos  des  événemens  et 
»  des  projets  dirigés  contre  nous ,  nous  met 
»  dans  la  nécessité  d'accéder  à  la  proposition  du 
)>  roi  ».  L'assemblée  accorda  cette  somme ,  dont 
pourtant  le  ministre  ne  toucha  qu'une  partie, 
X79^  .        M.  Dumourier,  du  moment  de  son  entrée 

Déclaration 

de  guerre  au  au  miuistère ,  dvalt  ouvcrt  une  correspondance 
et  de  Hongrie,  très  auimcc  avcc  1  ambassaoeur  du  roi  a  vien* 
par  la  France.  ^^  ^  jyj  j^  Noaillcs ,  cu  vuc  dc  s'assurcr  dcs  in- 
tentions de  l'empereur^  et  de  le  détourner  de  la 
guerre  contre  la  France.  La  cour  de  Vienne 
n'ayant  pas  donné  de  réponse  satisfaisante  aux 
itîierpellations  du  cabinet  français  ,  et  ayant 
même  ordonné  la  marche  de  plusieurs  corps 


LIVRE  IX.  5o7 

de  troupes  ,  Louis  xvi  se  rendit  dans  l'assem- 
blée le  20  d'avril  1792,  et  M.  Dumouriery  lut 
un  rapport  dont  les  conclusions  étaient  : 

j®.  Que  le  traité  de  1766  était  rompu  par  le 
fait  de  la  maison  d'Autriche; 

2®,  Que  le  concert  entre  les  puissances  étran- 
gères, provoqué  par  le  feu  empereur  Léopold  11, 
au  mois  de  juillet  1791 ,  ayant  été  confirmé  par 
son  fils ,  François ,  roi  de  Bohême  et  de  Hon- 
grie, d'après  la  note  du  prince  de  Kaunitz,  du 
18  de  mars  1792 ,  espèce  à' ultimatum  de  la  cour 
de  Vienne  ;  ce  concert  ,  évidemment  dirigé 
contre  la  France,  était  un  acte  d'hostilité  igT^ 
melle  ; 

i^.  Qu'ayant  mandé  à  la  cour  de  Vienne,  par 
ordre  du  roi,  que  la  France  se  regarderait  com- 
me  en  état  de  guerre,  si  le  retour  du  courrier 
ne  rapportait  pas  en  réponse ,  une  déclaration 
prompte  et  franche  aux  dépèches  des  1  g  et  27 
de  mars  ;  Y  ultimatum  de  la  cour  de  Vienne  n'y 
répondant  pas ,  équivalait  à  une  déclaration  de 
guerre  ; 

4**.  Que  dès  ce  moment ,  il  fallait  ordqnner  à 
M.  de  Noailles  de  revenir  en  France,  sans  pren- 
dre congé,  et  de  cesser  toute  correspondance 
avec  la  cour  de  Vienne. 

M.  Dumourier  rappela  ensuite  l'approche  de 
différens  corps  de  troupes  autrichiennes  des 
frontières ,  le  silence  outrageant  de  la  cour  de 


;5o8  VII«  PÉRIODE. 

Vienne  à  la  demande  d'une  réponse  catégo- 
rique ,  l'affectation  marquée  de  séparer  le  roi 
de  la  nation,  dans  la  note  du  iB  de  mars,  qui 
répond  au  gouvernement  français ,  au  lieu  de 
répondre^au  roi  des  Français;  L'outrage  fait  à 
la  nation  française  dans  la  personne  de  l'envoyé 
du  roi ,  M.  Duveyrier ,  mis  en  état  d'arrestation 
à  Luxembourg ,  et  dans  la  personne  de  plusieurs 
autres  Français  emprisonnés  dans  les  étatsMe 
la  maison  d'Autriche. 

Le  roi ,  après  la  lecture  de  ce  rapport ,  pro- 
posa formellement  la  guerre  contre  le  roi  de 
Bohêipe  et  de  Hongrie  ;  et  l'assemblée  natio- 
nale prononça  dans  la  même  séance  ,  «  que  la 
y>  guerre  était  déclarée  par  la  France ,  au  roi  de 
»  Bohême  et  de  Hongrie.  » 

Cette  déclaration  de  guerre  est  mémorable , 
comme  l'origine  de  cette  série  de  guerres ,  qui 
depuis  ont  déchiré  l'Europe,  et  changé  le  des- 
tin de  tant  d'états.    .  ' 

M,  Dumourier,  peu  après  cet  événement,  fit 
conclure  à  Paris ,  le  ^29  de  mars ,  une  conven- 
tion entre  la  France  et  les  princes  de  Salm  et 
de  Lœwestein- Wertheim  ,  d'après  laquelle, 
moyennant  une  indemnité  pécuniaire,  ils  re- 
nonçaient aux  droits  seigneuriaux  et  féodaux 
des  terres  qu'ils  possédaient  en  France* 

L'intention  du  ministère  était  de  satisfaire 
l'Empire ,  afin  de  le  porter  à  la  neutralité  dans 


LIVÏIE  IX.  5o9 

la  guerre  qui  venait  de  s'allumer.  Mais  cette 
mesure  fut  insuffisante ,  et  elle  n'empéoha  pas 
l'Empire  de  se  déclarer  en  faveur  de  rAutriche.* 
M.  Dumourier ,  qui  avait  quelquefois  une  pe'-      179a» 

.1  •  .  A         M.    '       'û  '    i^-  'm.  Refus  de  U 

tulance  imprévoyante  et  irrerlecbie,  avait  en- cour  de  Turin 
gagé  le  roi  à  faire  passer  à  Turin,  en  qualité  m.  dc'semon- 
de  ministre ,  M,  de  Semonville ,  qui  remplissait  ^*"®* 
en  ce  moment  les  mêmes  fonctions  auprès  de 
la  république  de  Gènes.  Il  était  d'usage  entre 
les  cours  de  famille  y  qu'elles  se  communiquas- 
sent mutuellement  le  choix  des  ministres  qu'el- 
les s'envoyaient,  et  s'il  n'était  point  agréable, 
il  était  refusé.  M.  Dumourier ,  ignorant  cet  usage* 
auquel  la  cour  de  Turin  participait,  avait  écrit 
à  M.  de  Semonville  de  se  rendre  à  Turin,  sans 
que  le  roi  de  Sardaigne  en  eût  été  prévenu.  Ce 
ministre  arrive  à  Alexandrie,  le  19  d'avril,  ne* 
put  obtenir  de  passe  ports  pour  contin^uer  sa 
route,  et  la  cour  de  Turin  riefusa  de  lui  en  dé- 
livrer ,   d'après  les   impressions   défavorables 
qu'on  lui  avait  inspirées  contre  M.  de  Semon- 
ville. M.  Dumourier  fit  parvenir,  par  le  canal 
du  chargé  d'affaires  à  Turin  ,  M.  de  Lalande , 
des  plaintes  violentes,  véhémentes,  au  ministre 
des  affaires  étrangères  du  roi  de  Sardaigne,  le 
comte  d'Hauteville;  exigeant  que  M.  de  Semon- 
ville fût  provisoirement  admis,  et  qu'on  juge- 
rait ensuite  si  les  plaintes  formées  contre  lui 
étaient  fondées,  La  cour  de  Turin ,  qui  ne  vou- 


5io  VIP  PÉRIODE. 

lait  pas  établir  un  pareil  litige,  persista  à  refiH 
ser  des  passe- ports  à  M.  de  Semouville.  Cet 
événement  amena  .la  suspension  des  rapports 
politiques  entre  les  deux  états,  et  fut  une  des 
causes  de  la  brouillerie  ouverte  qui  éclata  peu 
de  mois  après,  entre  la  France  et  la  Sardaigne^ 
,^^3.  he  roi  ayant  donné  à  M.  Dumourier  le  mi^ 

,^j ^^* „^^^ nistère  de  la  guerre,  il  quitta  celui  des  affaires 
^a  mm^sière  étrangères.  Ce  fut  ce  ministre  qui,  le  premier, 
«tradgèrea.    porta  la  faux  révolutionnaîrc  dans  la  diplo- 
matie ; 

1°.  En  réformant  le  plus  grand  nombre  des 
anciens  sujets  au  dedans  et  au  dehors^ pour  leur 
substituer  souvent  des  personnes  turbulentes 
et  ignorantes; 

a^.  En  introduisant  dans  la  correspondance 
.politique,  un  style  altier ,  hyperbolique,  et  des 
principes  nouveaux. 

Ce  fut  lui  encore  qui,  en  provoquant  la  guerre 
contre  TAutriche  ,  ouvrit  cette  épouvantable 
lutte,  qui  a  coûté  la  vie  à  deux  millions  d'Eu* 
ropéens;  et  quoique,  par  la  disposition  des  es* 
prits ,  cette  lutte  se  fut  ouverte  tôt  ou  t,ird, 
il  eût  été  peut-être  plus' grand  d'attendre  l'at- 
taque au  milieu  de  préparatifs  énergiques,  que 
de  donner,  en  parlant  de  paix,  le  signal  des 
combats* 

M.  Dumourier  eut  sans  doute  des  talens  et 
beaucoup  de  ressources  dans  l'esprit ,  mais  il 


LIVRE  IX.  6ii 

n'eut  jamais  des  opinions  bien  nettes  aux  yeux 
d'aucun  parti.  Les  royalistes  le  prirent  pour  un 
démocrate  ;  général  de  la  république /il  passa 
pour  royaliste.  Il  était  plus  propre  à  la  guerre 
qu'à  la  politique ,  à  moins  qu'on  ne  confonde 
l'intrigue  et  l'adresse,  la  chaleur  hardie,  et 
l'énergie  calme. 

M.  Dumourier  »  en  quittant  le  ministère  des      1799* . 

^  '1  »     •      1        1         Woiniiiatioa 

affaires  étrangères ,  pour  passer  à  celui  de  la  de  m.  cham- 

/.   .  ,  '  .  bonas  au  mi- 

guerre,  avait  tait  .agréer  au  roi  pour  son  suc- nistèredesaf- 
cesseur,  M.  de  Naillac ,  ministre  de  France  àgère»,  *"°* 
la  cour  de  Deux-Ponts,  qui  était  absolument 
neutre  dans  les  débals  publics;  et  un  courrier 
lui  fut  dépéché  pour  lui  annoncer  sa  nomina- 
tion. Mais  les  décrets  sur  ia  formation  du  camp 
de  vingt  mille  hommes,  et  sur  la  réclusion  des 
prêtres  qui  avaient  refusé  le  serment  civique , 
n'ayant  pu  obtenir  la  sanction  du  roi ,  les  mi^ 
nistres  donnèrent  tous  leur  démission  le  i5 
juin ,  et  M.  de  Naillac,  quoiqu'il  n'eût  pas  en-*  ' 

core  pris  possession  du  département  des  affaires 
étrangères,  ne  fut  point  admis  dans  le  nouveau 
ministère. 

Le  17  de  juin,  M.  de  Chambonas  vint  chez 
M.  Dumourier  ,  prendre  le  porte-feuille  des 
affaires  étrangères,  dont  il  avait  conservé  Vin* 
térim ,  tandis  que  M.  de  la  Jarre  lui  succédait  au 
ministère  de  la  guerre. 

tt  M.  de  Chambonas  était ,  dit  M.  Dumourier 


5i2  VIP  PERIODE. 

3)  dans  ses  roëmoires ,  un  homme  aimable,  mais 

•    »  qui  n'avait  aucune  connaissance  de  la  partie  à 

»  laquelle  il  était  appelé.  » 

»79a-         Le  roi  de  Prusse  fit  publier^  le  26  de  juin  1792, 

de  la  Prusse;  uu  manifeste  contre  la  France  :  il  donnait  pour 

coQtre-mani-  • /•  i     i  >-i      ii     •  i 

feste  de  u   motii  de  la  guerre  qu  il  allait  entreprendre  con- 
rauce.        ^^^  ^ji^  .  i<>.  la  violation  de  la  part  de  la  France , 

des  traités  qui  la  liaient  à  l'Empire,  en  suppri- 
mant arbitrairement  les  droits  féotlaux  des 
princes  allemands  y  possessionnés  en  Alsace  et 
en  Lorraine; 

52°.  La  guerre  déclarée  injustement  au  roi  de 
Bohême  et  de  Hongrie  ; 

3**.  L'invasion  des  Pays-Bas  formant  le  cercle 
*-  de  Bourgogne ,  et  celle  de  l'évêché  de  Baie ,  qui 
faisait  partie  de  l'Empire  ; 

4^.  La  nécessité  de  prévenir  les  maux  incal- 
culables que  l'anarchie  régnante  en  France  pou- 
vait introduire  en  Europe, 

Louis  XVI  envoya  à  l'assemblée  nationale,  par 
Te  canal  du  ministre  Chambonas  ,  un  message 
relatif  à  celte  déclaration  de  guerre  de  la  Prusse, 
qui  augmentait  la  crise  de  la  France.  Ce  mes- 
sage était  ainsi  conçu  : 

«  C'est  avec  regret ,  Messieurs,  que  je  toîs  un 
»  en^pemi  de  plus  se  déclarer.  La  Prusse  ,  que 
»  tant  d'intérêts  semblaient  devoir  attacher  à 
»  la  France,  oubliant  ces  mêmes  intérêts  ,  con- 
n  spire  avec  sa  rivale  et  son  ennemie  naturelle 


tlVRE  IX.   •  5i3 

\ 

»tîontre  la  constitution  française.  Ses  dërfiar-* 
»  ches  snccessives  ont  pris  un* caractèrt  trop* 
»  marqué^  pour  qu'il  soit*  permis  de  doutée  dé- ^ 
»  sormàis  de  ses  intehtidnsi  hostiles.  La'côiiven- 
i  tion  de  Pilnitz,  raHîancè"àvec  T  Au  triché  V  qui 
»  en  a  été  la  suite  ,'  FàCcueil  fait  aux  rebelles  /"^ 
»  les  violences  exercées  sur  des  JFranÇaîs  que  des' 
»  relations  de  commerce  appelaient  dans  les' 
»  états  du  roi  de  Prusse ,  la  conduite  de  ce  sou-' 
»  verain  à  l'égard  du  ministre  de  France  ,  le' 
«départ  de  son  envoyé  extrapi^dinairé  sans' 
»  prendre  congé  ,  le  refus  formel  dé  souffrir  à 
»  Berliii  notre  chargé  d'affaires,  le^  efforts  des 
»  agens  prussiens  auprès  de  toutes  lès  *cours ,' 
»  pour  hdus  susciter  des  ennemis  ;  edfin  ,*  laf 
»  marché  des  troupes  prussiennes  f  dent  lé 
»  nombre  se  monte  à  cinquante-detik  mille; 
»hommeé,'et  letir  rassemblement  sur  nos 
»  fronlièi-es;  tout  prouve  un  concert  entre  le 
»  cabinet  de  Vienne  et  celui  de  Berlin*  Ce.  sont 
»  là,  iMtessieurs,  de^  hostilités  imminentes,  etc.  » 

Sûr  ce  message  ,  fim  était  signé  du  roi,  l'as- 
semblée décréta  à  i*ibstant  la  guerre  contre  le 
foi  de  PrusSe.      -      ;•  » 

Le  duc  de  BrurisWidk,  général  en  chef  de 

Farinée'  prussienne;*  destinée  à  agircbûti^  4a 

Fràfcé',  publia ,  le  ^S^juiltet,  une  déclaration^ 

au  nom'  de  la  cour  tlè  Berlin  ,  dansiaquelle  il 

>  indiquait!  les'morifè'jirincipaux  qui  aniniai^nt 

vir.  35    .       : 


y 


£|i4  VIP  PJÈEtQÇB., 

sa.  «lajestjé  pruflsiepiiiç ,  §9  slUs^^xè^  I9  Ç^F^ffV^ l 

lOii^i^k  4ii  î*&  <îfi  jiji^n. 

ijçpferiBaili  #  pU?J5^  ijo^  i#v.^^tipp  a^^z,  ÇsaftÇ?¥% 

%  la  yille,  de  ?aris.,  déplia,  p^iJPt  d«  k¥»  iRi^ïj^jés^ 
j«  l^eqnpgrevff^li  le  Foî  d^.Pi^us^e,  qpfte  ^.  Ij?  çW- 
ià.iiÇ2^u  d^  l|Uilerie^  ^taijL  fy^rçé  qu,  ipfi^fiéj^  e^ 
»  qve  iCi);  ëtaijii  fait  la  moin^rç  yîol^n/çe,4;lei]^^ 
n  i»^*e$lé3„  le  roi ,  U  r^^^et  I^  ffam^le  ^K^hf  ^ 
>)  ellfft  e^L  tliçerai^i^A  vfîf.vengeaiio^.ezt9a;ip!^^^ 
>>  et  à  Jamais  nieinoi;abJ€i,  çot  livrant,  1^  \iil^.  dç 
»  Pari3;à,  MUfr  ejféçutipn  iwjj^ll^ijçe^  ^lî  ^,  uofl.sif^r 
Hver^ÎQn  totale ,  ^t, \e$ i;évoUés  çoi^paMeaid^t-s 
y^teoit^  »  aji^ix  syppliceat<]|u«U|»,ai|jr^e«Ll:^ 

Ce  mamikslft,  nèi  t^ij^a  pa3  ^.  êtr^  mtff'h  dç 
Veatrw.dans  1^  rp}r^|iniiQ,  de^  tr/wp^a^pi^f^ienT; 
HfiS ,  joiqte3  à  treftlfi  miU^  AifM^iphiçqsi  9  4i  «pî 

mille  Hefli^Qi^.,  Qt,à  l'armée;  d^s^pnpi^çA 5.  ft:^IFt 
dq  ipf ,  évaluée  à.qilipze  mille  bpifiiQ^a^ 

Çett^  ar^lëe ,  d^p^  l^qpfilje  sç  trf>q]i^ait»  le  içqj 
^e  Prusse  ,  et  qui  était  commandée;  p2|r|  le^  àjaq 
de,  Briins^iipl^ ,  s'eixipai^a.d'abprdjsa^^^  i;^^qqup 
de  résistance  de.  Lopg^i ,  dQjVerdup^  etpçk^fjfil 
juiiqu<!à>CloriPPQt  efk  M^fgf^J^n  qiï,  Hvçaut,^u*r 
sieurs. combats^  A^.ré}é.e  dapSjSa  oi^rcbç,,  q^i^^* 
dapsjfiiprinçipçî:,  «ifftih.^ipgpe  SHr,.Çariîi^  ^tiàff 


LIVRE  IX.  515 

faiblie  par  la  disette  et  les  maladies ,  elle  eom^ 
mença  à  battre  en  retraite,  le  5o  de  septembre,  et 
ne  tarda  pasà évacuer  entièrement  le  territoire 
français.  Mais  la  guerre  n'en  continua  pas  moins 
entre  la  Franee  et  la  Prus^ 

Les  ministres  du  roi  vinrent  à  l'asdemblée      ^Toa* 
nationale ,  le  lo  de  juillet ,  faire  un  rapport  sur  m.  de  Oum- 
la  situation  de  leurs  administrations  respectives.  ^^^ 
M.  de  Chambonas  étant  dans  ce  moment  très^ 
indisposé  ,  M..  Koch  ,  piïësident  du  comité  di^ 
plomatîque ,  lut  le  rapport  ostensible ,-  que  ce 
ministre  avait  envoyé  au  comité  ;  car  il  avait 
fait  un  autre  rapport  confidentiel,  que  Fon*  ne 
jugea  pas  à  propos  de  publier ,  parce  qu'il  oon^ 
tenait  des  détailspeu  satisfaisans  sur  la' position 
extérieure  de  la  France  ,  contre  laquelle  F£u«« 
rope  s'ébranlai  t . 

Le  rapport  ostensible  n'était  pas  toutefois  ti«8- 
agréable;  il  finissait  par  ces  mot»:  «  Nous  avoaâ 
»  beaùcoup'd'ennemis)  peu  d'alliés  surs  ,•  et  très- 
j»  peu  d'amis.  » 

Les  ministres,  qui  sentaient  combien  laguerve^ 
allait  rendre  leur  position  difficile  et* agitée»* 
donnèrent,  au  moment  où  ils  se  retiraient,  leur 
démission  ;  néanmoins  ils  restèrent  en  place 
jusqu^à  ce  que  le  roi  eût  fait  choix  de  leurs  suC'^^ 
cesseurs  ;  choix  qui  ne  fut  arrêté  que  dans  les 
derniers  jours  de  juillet. 

Le  seul  événement  un  peu  agréable  qui  se 


L 


5i*6  VU*  PÉRIODE. 

rencontra  dans  radministratibn  de  M.  de  Cham- 
bonas,  fut  la  reconnaissance  du  nouveau  pa- 
villon français  par  le  rëgent  de  Suède.  Tous  le» 
autres  événemens  ne  furent  que  des  avant-cou- 
reurs de  l'orage  prêt  à  éclater  contre  la  France , 
dé  la  part  de  tous  les  souverains  d^Allemagne 
•  .  et  d'Italie. 
^i7Ôa.  M.  Bigot  de  Sainte-Croix  fut  nomme,  lé  i*** 

rKtmi  nation  o  '  ^ 

de  M.  de  stc..  (l'août,  ministrc  des  affaires  étrangères.  Il  avait 

Croix  au    mi-  .     .       ^       -,  * 

nu^ère de» af- été  précédemment,  en  1784,  ministre  du  roi 
gères.  prVîs  Ic  pnnce  evéque  de  Liège ,  et  en  .1790 ,  il 

avait  été  envoyé  extraordinaire  près  Tékcteur 
de  Trêves,  pour  l'engager  â  faire  cesser  l'arme-' 
ment  'des  émigrés.  . 

:  M.  de  Sainte-Croix  ne  fut  ministre  de3  affaires 
étrangères  que  jus({ti'au  10  d'août,  et  il  assista 
aux  funérailles  de  la  monarchie.  Il  passait  pour 
hômnie  d'esprit  et  de  courage ,  et  obtint  l'es- 
time dt  ceux  qui  le  connurent. 
1792.  Au  niilieii  de  l'embrasement  des  Tuileries ,  au 

ranciennemo- fracas  d'uuc  artillerie  meurtrière,  et  parnii  lès 
ra^ère  *  pdu"  soupirs  de  mort  dc  trois  mille  Suisses  et  Fran- 
l2S  xti.     Ç^^^  >  croula  lé  10  d'août  179a ,  l'antique  monar^ 

chie  française Louis  xvr,  qui  d'abord  avait 

résolu  de  se  défendre  contre  lés  insurgés,  cé- 
dant à  des  conseils^  passa  de  son  palais' envahi 
dans  l'assemblée  nationale ,  de  celle-ci  aux  Peuil- 
lans,  desFeuillans  au  Temple,  du  Temple... ^^ 

BANS    L  iT£AiriT£  !  t .'. . . 


LIVRE  IX.  5i7 

Si  ce  prince  eut  le  courage  de  la  rësignation  , 
apanage- des  coeurs  vertueux,  il  n'eut  pas  cette 
,  résolution  forte  et  hardie  qui  n'appartient  qu'au:! 
âmes  énergiques  ou  passionnées.  Dans  des  temps 
calmes,  il  eût  été  chéri  du  peuple,  jusqu'à  sa 
dernière  heure.  L'abolition  des  corvées  et  du 
servage,  Tétat  civil  rendu  aux  protestans,  0t 
plusieurs  édits  de  ce  genre ,  annoncent  sa  bien-^ 
faisante  popularité.  Mais  cette  popularité ,  qui 
tenait,  à  des  moeurs  simples  et  à  des  inten- 
tions pures,  n'était  pas  balancée  par  une  idée 
assez  relevée  de  la  royauté.  Un  fond  d'indiffé- 
.  rence  pour  la  grandeur ,   avait  affaibli  en  lui 
^  ce  juste  orgueil ,  qui  doit  porter  un  souverain- 
.  à  maintenir  dans  son   éclat ,   la  dignité   du 

trône: 

» 

Louis .  XVI  n'eut  ni  les  vertus ,  ni  les  vices  des 
,  circonstances.  Homme  honnête,  roi  malheu^ 
reux,  il  avait  une  grande  défiance  de  lui-même^ 
quand  il  lui  .eût  fallu  une  fermeté,  sans  égale 
pour  confondre  ceux  qui  luttaient  avec  lui.  Il 
craignait  de  faire  couler  le  sang  des.  assassins , 
quand  celui  de  ses  gardes  ruisselait  sur  les  marr 
ches  de  son  palais  ;  et  dans  les  assassins ,  il  ne 
voulait  voir  encore  que  le  peuple  français  égaré. 
Dans  un  temps  où  il  aurait  dû  étouffer,  tyran- 
niser même  l'opinion  publique ,  livrée  à  des 
nouveautés  subversives ,  il  s'entoura  de  minis- 
tres qui ,  plus  philosophes  qu'hommes  d'état  > 


5i8  yir  PÉRIODE. 

lui  firent  envisager  rimmorlaUtë  et  lès  foénédic* 
tipna  dç  la  postérité  comme  le  prix  cle  sa  con- 
d^scend^jice  pour  r.extension  de  la  liberté  ;  et 
fi'eU  ain^i  <iue  ce  prince ,  peTSonneliement  éco- 
^m^s  9  appliqué ,  ort^  de  oonnaissances ,  dont 
le  co&ur  était  pur  et  bienfaisant ,  séyère  pour  lui* 
«eép^e,  maisinca'pdble  de  l'être  pour  les  autres; 
jc^erchaQt  les  meilleurs  conseils ,  et  incertain 
aur  ceux  qu'il  devait  choisir  ;  doaé  de  vertus 
civiles  plutôt  que  de  qualités  royales  ^  périt  à  la 
fleur  de  l'âge,  par  suite  d'une  révolution  qu'il 
nourrit  et  développa ,  en  se  persuadant  qu'il 
fallait  s'y  associer  à  demi ,  et  qu'il  l'abattrait  en 
ia  combattant,  par  des  moyens  doux  ;  mais  il 
avait  commis  une  faute  première.  Le  jour  où 
ce  prince  signa  les  traités  de  commerce  et  d  al- 
liance f  avec  les  Etats-Unis ,  le  6  de  février  1778 , 
ce  jour  fixa ,  pour  ainsi  dire ,  sa  destioée  ;  car  la 
guerre  qui  suivit  ces  traités,  amena  comme  con- 
séquence, (i)i.b  djéjeïcit;  ceàU-ci^  les  érATS-cijni* 
.         <      •     •  •  * 

(i)  Quand  on  dît  pourtant  que  les  ëyénemens  qui  ont 
r  eu  lieu.ont  été  des  conséquences  àé  la  g;uerre  d'Amérique  9 
on  ii*entend  pas  parler  de  conséquences  nécessaires  ;  car  une 
administration  finanicièriB  plus  éclairée  eût  pu  faire  la  guerre, 
nçn  pas  avec  d^f  emprunts,  qui  augmentaient  la  dette  de 
r^tat  )  mais  avec  1^  produit  d*impôts  momentués.  Un  gou- 
Ternement  énergique  eût  convoqué  les  é|at$>généraux ,  sans 
•se  laisser  écraser  par  eux,  ou  eût  eu  assez  de  courage  pour 
savoir  les  dissoudre  à  temps.  Mais  la  révoIutioad'Amériquet 


LIVÏIÊ  IX.  Sig 

±ktki  âxsiktOf^hférMtx,  tk  ctttitt  "ùts  TkoTHl^^xsM  ^ 
ET  DE  LA  MONARCHIE.  C'e^t  à  cè6  irois  gràtid^  évé^ 
nébfi'ètfs  èngendi^^  ies  ûbè  d!éÈ  àtÉtres,  <|iïe  se 
ta^orke'la  réVbliiiion  frauîçaîîè,  et  Ikôn  à  dëi 
àccéètoik'é^  bu  à  )deik  ihéidètoii  4Ui  ébs^ent  été  ih* 
signifiàttid ,  b'ils  hVUÎTdeht  ëtë  a|)^liyë6  «Ur  tei 
troid  icaùses ,  v^Ui  «lleé-ttiékMës  se  fëdttiâent  ft^ 
titië  seule  ^hédomibahVe,  la  cbÉAkc  b'AMikiiJui; 
Celte  teesùrfe  d'état,  qùôiqto^apptoU^ëe  Jp^ar  beati- 
cbU^  de  pèrtontië^  Mgès  et  de  iniblstt^li  péiiê^ 
tràki^,  aihéttia^  pà)c  dëfc  vlbëé  d'admîniistrâtldti 
fifaàfacièlré  ,  une  d^s  plti^  tët*Hbles  eâtâsbDj^hbà 
dont  l'histëirë  fatale  mehtioii; 

A  part  cette  e)rreur^  la  politique  éitêrlëbrë  fut 
blétt  conduite.  Louiis  Icvi  trbuVa  i  en  attirant  àii 
ttsone,  un  sy^tèittë  de  ëâbitiét  fofidé  sur  ràlliaiîcè 
àVéc  rAuttiche ,  et  il  le  Hfiaihtint  isanis  néâftitUôinU 
etfê  esëiav^  de  Ist  cour  de  Vièhiife.'  Il  flépioUillâ 
TAUglëtèrrë  dé  toUtè  illidtiëë  sur  le  ëbtltitieni; 


par  ses  pnncipes  de  liberté  et  ses  dépenses ,  n'en  fut  pas 
moins  l'occasion  immécUate  aé  ce  qui  est  arrivé  âepuU; 
thaciiii  fkit  retnotitéi*  là  ré^blàlion  i  là  càkie  tiià  a  lé  ^lus 
d'ailàlog^e  avec  soti  ëii>&cière  oii  ià  professîdii. 

C(n  pourtah  parcourir  les  cinqUanté  causes  aijxquelies 
on  a  attribué  là  réyolution  fl*ançaise  ;  et  prouver  qu'elles 
ne  furent  que  des  accidens  secondaires  auprès  de  la  guerre 
d'Amérique  et  du  déficit  qu'elle  occasionna  »  lequel  amena 
la  convocation  des  états-généraux ,  qui  ne  sont  eux-œémÀ 
ki  qu'un  gtàdât  efiîet. 


y 


5ao  VIP  PERIODE. 

^  «t  s'en  fit  rç^pecter  par^une  marine  rivale  de  la 
sienne ,  ^H  forces  et  en  talens. 

,   .  Ce  prinç^  A'avait  cessé  de  manîfesteir  ^^ys.in- 
'tentiopshQiiorables.  Sa  ^lédiation  à  la  paix  de 
Xeschen,  le  plaça  à  un. haut  degré  d'estime;  et 

^  l'indépendance  .qu!il  fit  ofetçi^ûr  à  l'Amérique , 
quoique'  désastreuse  en  se^  effets,  appréciée 
d'abord  ^ous  des  points  de  vue  favorables^,  aug- 
menta la  considération  du  iponarque,  et  i'in- 

V  fluence  de  la  France-  Louis  xvi  s'offrit  up.mo- 
me^t  à.l  admiration  dçs  peuples,  comme  arbitre 
du  cQçtiiient ,  patron  de  la  liberté  du  nouveau 
monde,  et  vengeur,  de  celle  des  mers. 

Ce  monarque  avai^t- borné,  son   ambition   à 

.  être ,  c^au^  tout  le  cours  de  son  règoé ,  le  mé- 
diateur, de  l'Europe;  et  ce  beau  rôle  convenait 
à  la  modération  de  ses  vues,  non  moins  qu'à  la 
dignité  de  la  France.  Soijiintervenyon  respec- 
tée termina  des  guerres  écloses  ou  prêtes  à 
éclore.  Il  fit  des  traités  de  commerce  avec  des 
états  qui  jusqu'alors  s'y  étaient  refusés,  et  déga- 
'  gea  de  contestation  toutes  léslimi tes  de  la  France. 
Les  relations  politiques" 'étendirent,  et  des 
ambassadeurs  indiens  et  américains  parurent 
pour  la  première  fois  à  la  cour  de  Versailles, 
aux  pieds  du  trône  de  Louis  xvi.  Enfin ,  là  con- 
sidération de  la  cour  de  Versailles,  jiisques  à  la 
révolution  de  Hollande,  fut  complète  :  elle  était 
le  résultat  de  beaucoup  de  médiations  heureu- 


f 


LIVRE  IX.  5n 

Ses  ei  d'interventions  amicales,  non  moins  que 
de  Findëpendance  procurée  à  d'immenses  ré- 
gions j  et  de  l'état  florissant  de  la  marine  et  du 
commierce  rendus  à  la  splendeur  des  belles  an- 
nées de  Louis  ^iv;  et  comme  le  caractère  per- 
sonnel de  Louis  xvi  avait  toujours  été  au  milieu 
de  ces  divers  évéïiemens,  calme,  desintéressé 
et  honnête,  on  regardait  le  cabinet  français 
comine  appelé  à  être  long-temps  encore  le  mo« 
dérateur  et  le  conseil  de  l'Europe. 

Mais  tandis  que  les  parties  extérieures  étaient 
saines,  un  mal  secret  était  dans  le- cœur;  can-^ 
cer  roQgeur  dissimulé  .par  une  sorte  de  pudeulr 
publique,  qui  eût  pu  être  extirpé  sans  délai 
comme  sans  convulsion,  et  que  des  consulta- 
tions timides  et  divisées  rendirent  incurable. 
Les  finances,  veine  artère  du  corps  politique, 
éprouvaient  un  vide  que  plusieurs  expédiens 
pouvaient  combler  ;  mais  ces  expédiens  exi* 
geaient  de  l'énergie,  et  Louis  xvi  n'en  était 
pas  capable.  Sa  bonté  était  connue  ,  sa  fai- 
blesse perça  ;  et  dès-lors  son  autorité ,  chaque 
joûr.c0mbattue,  etcjbaque  jour  réduite,  l'amena 
de  chute  en  chu  te  à  la  dernière  ^  celle  du  trône{ 
et  cela ,  pouf  avoir  négligé ,  pendant  quelques 
années,  de  faire  concorder  l'administration  in- 
térieure avec  la  direction  extérieure ,  et  de  ba- 
lancer les  dépenses  et  les  revenus;  principe  de 
Tordre  dans  les  états  comme  dans  les  familles» 


5aa  VIP  PERIODE. 

Ainsi  disparût  par  une  eaiéslrophe»  sujet  tie 
Téntretien  des  siècles  k  venir ,  une  monarchie 
de  treize  cents  ans,  portée  à  une  haute  éléva-^ 
lion  par  Glovis^  Pépin,  Charlémagne  et  Phi^ 
lippe**Auguste  ;  menacée  Sous  Jean  ii  et  Char» 
les  VI,  de  détenir  le  patrimoine  de  l'Angleterre; 
ébranlée  sous  Henri  m  par  les  guerres  civiles; 
honorée  sans  jalousie  sôus  Henri  i v  ;  puissaàtev 
mais  hâte  sous  Louis  xiv  ;  estimée  et  considérée 
pendant  une  partie  des  règnes  de  LoUis  xv  et  dé 
Louiâ  XVI.  Cette  monarchie  périt  en  peu  d'ihs- 
tans,  ainsi  qu^on  voit  un  corps  robuste  résister 
à  de  graves  maladies,  et  être  emporté  pâF  uii 
inàl  négligé. 

Un  aura  toujours  lieu  d'être  étonné  qu'à  utt 
fige  t^  il  semblait  que  la  seiende  du  gouverne^ 
ment  était  presque  devenue  une  science  exacte^ 
et  où  le  cabinet  français  en  particulier^  fortifié 
dé  la  tradition  de  tant  de  siècles,  devait  être 
l^ottryu  d'assez  de  sagacité  et  de  prévoyance 
pour  opposer  des  ressoui'ces  à  toutes  les  crises; 
où  le  génie  politique  de  tant  d'ombres  illustrée 
i*espleiidissait  encore  autour  du  trôné ,  eitimme 
pôUt  lui  servit»  de  fanal  ;  et  où  tàfit  de  pe1^sonna<» 
geb  vivdlis,  fWÉtiês  dans  l'observation  des  cours 
et  des  répijbliqned,  offrâiétit  les  tributs  de  leu^ 
zèk  et  de  leur  ex|)ériénce  ;  ëri  aura  tUujouré 
lien,  dis  je,  d'être  étonné  qu'à  une  époque  si 
favorisée  en  apparence^  les  eoUseilIeJrs  du  mô^ 


LIVRE  IX.  5a5 

•  « 

niin|ue,  sembiabiies  àdeâ'piiotes  jetée  «ans bout-» 
sole^  dans  des  OMrB  inconiivieâ  ^  aient  aSôpté 
n'oe  isuite  d'erreurs  et  de  contradtctîons  funes- 
tes. Cette  conduite  extraordinaire  semble  être 
venue  de  ce  qtie  ces  mêmes  hommes  continue^ 
rent  de  raisonner ,  <]aand  il  ne  fallait-  plus 
qu'agir.  Embarrassés  par  leur  propre  sagacité, 
lis  se  lÎTrêrent  à  defr  C0mbinaisoi||  opposées , 
qui  jetèrent  un  roi ,  déjà  irrésolu  par  modestie  « 
dans  la  situation  d'esprit  la  plqs  fâcheuse ,  ïii^ 
décision;  indécisîtin  qui  fut  telle,  que  le  prince 
rétractait  souvent,  le  soir,  les  résolutions  salu* 
taires  qu'il  avait  prises  le  matin;  et  qu'au  lieu 
d'adopter  une  pensée  ferme  et  prononcée ,  il 
restait  dans  une  réserve  timide,  vis-à-vis  un 
ennemi,  dont  l'active  impétuosité  réparait  les 
erreurs ,  et  savait  tourner  à  son  profit  les  excès 
qui  eussent  dû  le  perdre*  Ainsi ,  la  réserve,  si 
recommandée  en  politique,  dans  lés  temps  or* 
dinaires ,  mais  qui ,  dans  les  grandes  crises,  doit 
faire  place  à  l'énet^gie ,  à  l'audace  même ,  et  écla« 
ter  en  coups  d'état,  cette  réserve  intempestive 
perdit  le  trône.  Mais  c  est  à  tort  qu'où  s^'est  pré- 
valu de  cette  chute  mémorable^  pour  inculper 
la  politique,  et  en  nier  la  réalité.  Ce  ne  fut  pas 
pour  avoir  fait  usage  de  la  prudence  du  cabinet , 
que  le  trône  tomba;  c'est  au  contraire  pour 
avoir  négligé  ceux  qu'elle  conseille  ^  d'après  là 
nécessité  et  la  variété  des  circonstances»  Henri  iv^ 


5i4  VIPPÉRIODE. 

Ricfaelma  et  le  ducde'Choiseul  même,  n'eus^ 
àent  pas  été  embarrassés  un  instant. 
conp-d'oeii  -La  septième  période,  qui  part  depuis  1748 
ne  période,  juscju  CD  1792 ,  offre  quatre  faits  politiques  ma- 
jeurs. Le  premier  est  le  changement  de  sjrstème 
à  r égard  de  fjàuitiche,  qui  j  d'ennemie  ancienne,- 
et  de  .rivale  acharnée,  devint  alliée  plutôt  encqre 
qu'amiej  eljifon  alliance  annula  Héquilibre  con- 
tinental établi  ipar  la  paix  d'Utreobt,  lequel  st 
trouva  alors  sans  objet.: 

Le   second   fait  ,    est   la  renaissance  .  de  Ja 

« 

vieille  haine  de  I Angleterre  ,  bien  plus  dan- 
gereuse que  celle  de  l'Autriche;  car  l'ennemi 
le  plus  à  craindre  «  est  celui  qu'on,  ne  peut 
joindre. 

t*e.  troisième  fait,  est  le  pacte  de  famille  qui , 
réunissant  en  un  même. faisceau ,  toutts  les  bran* 

s  ches  de  la  maison  de  Bourbon^  et  plus  parti- 
eulièrement  leâ  Bourbons  de^France  et  d'£spd- 
0ae,  semblait:  met.tt'e  leurs  sceptres  à  Tabri  de» 
vicissi tudea  des  siècles  j  et  rendre  leur  puissance 
immuable.  .   ;     . 

*  .  Le  quatrièmefait  et  le  plus  sérieux  de  tous, 
pui&qu'il  a  préparé  l'annulation  *  des  faits  pré- 
cédons, c'est  X indépendance  de  ï Amérique. 

Toutefois  i  la  :  jurisprudence  maritime,  dont 
l'étude  et  l'analyse,  ayaieqt .été Jusqu'alors,  assez 
négligées,  même  par, les  gi:ands;publici3.te6  du 

N    dix-septièmes  siècle ,  fut  réduite  à  des  règles  ploj^ 


O 


LIVRÉ  IX:  5a5 

daires  ;  et  s'il  resta  encore  de  la  divergence  dans 
la  fixation  des  objets  de  contrebande  de  guerre, 
dans  Texercice  du  droit  de  visite  en  pleine  naer^ 
à  l'égard  des  vaisseaux  armés  ou  non  armés,, 
ainsi  que  dans •  l'éteildue  du  .droit  de  blocus, 
la  difficulté  résulta  moins  de  l'obscurité  des 
principes,  que  de  l'opposition  des  intérêts  ou 
de  ce  que  quelques  puissances  rapportent  toùt> 
à  V indépendance  du  pai^illon ,  et  d'autres  subor^ 
donnent  tout  à'  la  sûreté  et  à  la  conservation, 
de.  r  état. 

La  jurispru(^nce consulaire,  dans  les  échelles 
du  Levant  et  de  Barbarie,  dans  le  midi  et  ler 
nord  de  TEurope  ,  fut  sagement  Uixiitée  ,.  et 
concentrée  dans  des  bornes  où  elle  acquérait 
d'autant  plus  d'égards ,  qu'elle  était  plus  réseï* 
vée,  et  dès-lors  plus  légitime. 
•  Là  statistique  physique  et  morale  des  divers 
états,  ou  l'évaluation  de  toutes  leurs  ressources 
et  facultés,  et  des  talens  des  ptinces  et  des  minis*- 
tres,  fut  mieux  cultivée;  et  son  étude  fut, re- 
commandée aux  ambassadetirs  et  divers  agens 
politiques,  qui  apprirent  ainsi  à  observer,  k 
analyser  ^  et  à  fournir  au  cabinet  des  données 
positives. 

Le  droit  d^ aubaine  y  presqu'universellemenjt 
-aboli ,  semblait  concentrer  tous  lès  peuples  daii$ 
il  ne  même  famille. 

A  cette  période ,  même  dans  ses  dernièj:^e$iu}T 


3a6  Vir  PÉRIODE. 

nées,  appartiennent  plusieurs  personnages  dia«^ 
tmgu^s  en  politique  ;  car  les  tâlens  ne  manquè- 
rent pas ,  ce  fui  le  courage  d'esprii  et  luaiié 
d'action. 

On  peut  méme^dire,  à  la  gloire  du  corps  di-. 
plomatique  français  ^  que  ses:  membres  honores 
d'une  estime  presqu'univenselle,  obtinrent  sans 
efibrts ,  à  la  cour  de  Versailles,  jusqu'en  1787 , 
la  supériorité  et  la  préémifmnce  du  rang^  et  de 
la*  considération.  IL  est  vrai  que  la  plupart  des 
ambassadeurs  du  roi ,  justifiaient  la  noblesse  .de 
leur  caractère ,  par  la  dignité  d^la  représenta* 
tibn,  et  Le  mérite  de  la  conduite.  La  plupart 
de  leurs  dépêches  sont  composées  dans  un  esprit 
doux ,  et  écrites  dans  un  style  décent  ;  et  Ton 
appréciera  dans  tous,  les  âges,  ce  qui  est  sorti 
de  la  plume  des  ducs  de  Choiseul,  de  Praslin^ 
dis  Nivernais^  du  cardinal  de  Bernis ,  de  MM.  de 
Chavigny,  d'Havrincourt  ^  de  Yergennes>,  de  la 
Vauguyon^  de  BreteuiL,  de  GhoiseulrGouffîèD , 
Bayneval,  etCk 

I/as  opérations  diplomatiques,  à.  dater  de  l'ou- 
verture des  états-généraux ,  ^fûi^nt  moins  bien 
conduites ,  parce  que  la  politique  passa  du*  si- 
lence et  de  la  discrétion  du  cabinet  dans  le. tu- 
multe de  l'assemblée-  nationale.  Des  ministres , 
étrangers  auis  devoirs  de  leur  poste ,  négligèrent 
souvent  les  bienséances  dans  leur  conduite,  et 
dans  leurs  offices.  Tout  se  brouilla,  se  heurta; 


LIVRE  IX.  5^7 

et  là  guerre  éclata  entre  tous  les  élemens  poli- 
tiques ,  jusqu'à  ce  qu'après  avoir  été  loog-t^naps 
confondus,  ils  rentrèrent  dans  Tordre  à  l'aspect 
du  génie  dirigeant  la  puissance. 


•    • 


'>-^>l>.v^fml1■^l^^r■J1r^■'^l^l"l"■^l"l"^ — inri'Tii ^-.— ^ 1-^-^^-,^— — — »^— »——»»--  --  t 


TABLE  CHRONOLOGIQUE 


DES 


TRAITÉS  ET  ACTES  DIPLOMATIQUES 

s 

DE  LA  FIUNCE, 
Depuis  iy68  Jusqu  au  mois  d^août  1792. 


1768.  X  RAI  TÉ  entre  la  France  et  Gènes  y  pour 
la  cession  de  Isi  Corse . 

Iefi5  de  mai. 

Voyez  Martens  ,  Recueil  des  Traites , 
t.  I. 

1760.  Convention  entre  la  France  et^le  ^and- 
duc* de  Toscane  ^  pour  Tabolition  du  droit 
d'aubaine. 
A  Versailles ,  le  6  de  décembre. 
Idem. 

1768.  Convention  entre  la  France  et  Liège ,  pour 
le  même  objet.      ' 

le  16.  de  décembre. 

Citée  à2xi^  le  traité  avec  Liège  de  1772» 

176g.  Lettres -patentes  portant  abolition  du 
droit  d'aubaine  ,  pour  la  noblesse  irnmé* 
diate  des  trois  cercles. 


DES  TRAITÉS.  Sag 

-       A  Versailles  ....  février. 
Fajr.  Màrtens ,  Reeueil ,  1. 1. 
1769.  Traité  entre  la  France  et  l'Autriche ,  au 
sujet  des  liinites  des  Pays-Bas. 
A  Versailles,  le  16  de  mai. 
Idem. 
1769.  ConveiAion  entre  la  France  et  TËspagne» 
au  sujet  des  consub. 

Au  Pardo  ,  le  i3  de  mai. 
Idem.  . 

1769.  'traité  de  commerce  entre  la  France  et 
Hambqurg. 
A  Hambourg,  le  1"  d'avril. 
Idem, 
7769.  Articles  séparés  et  secrets  relatifs  au  traité 
pr^édent. 

A  Hambourg,  le  i^'d'avrit. 

Fqy.  Koch,  Recueil  des  Traités,  t.  II. 

1 769.  Convention  préliminaire  entre  la  Franceet 
Liège,  pour  les  limites  etcommunications. 

A  Fontainebleau ,  le  9  de  novembre. 
Idem. 

1770.  Préliminaires  de  paix  entre  la  Franceet 

* 

Tunis. 

Au  palais  du  Barde ,  le  25  d'août. 
Idem. 
1770.  Traité  définitif  entre  la  France  et  Tunis. 
Au  Palais  du  Barde,  te  i  3  de  septembre. 
Idem. 
vir.  3^. 


•'t. 


53o  TABLE 

1770.  Supplément  à  la  convention  d'échange 
entre  la  France  et  le  prince  de  Nassau- 
Saarbruck. 

A  Fontainebleau ,  le  26  d'octobre. 
Idem. 

177p.  Article  séparé  du  traité  de  subside  renou* 
Vêlé  cette  année  ,  entre  Isf  France  et  le 
prince  de  Nassau-Saarbruck. 

A  Fontainebleau ,  le  26  d'octobre. 

Idem. 

m 

1771.  Convention  entre  la  France  et  les  Cantons 
suisses  et  leurs  alliés  ,  portant  abolition 
du  droit  d'aubaine  et  de  traite  foraine. 

décembre. 

P^ay.  La  Maillardière ,  Bibl.  ppl.  t.  L 

1772.  Convention  entre  la  France  et  Gènes, 
pour  arrêter  la  contrebande  des  bâtimens 
français  sur  les  côtes  de  la  seconde. 

A  Gènes ,  le  5  de  février. 
•  Fojr,  &och ,  Recueil  des  Traités ,  t.  II. 

177^.  Déclaration  de  la  France  sur  les  arré- 
rages de  paiement  des  subsides  dus  au  Da- 
nemarck. 

A  Versailles,  le  6  de  mai. 
Idem. 

1772.  Traité  entre  la  France  et  Liège,  concer- 
nant les  échanges,  les  limites  et  le  com- 
merce. 


I 


DES  TRAITÉS.  55i 

A  Versailles ,  le  24  àe  mai. 
Idem. 

1777.  Traité  entre  la  Fraûce  et  les  Provinces- 
Unies  ,  au  sujet  du  droit  d'aubaine. 
A  Compiègne,  le  ^3  de  juillet. 
f^ojr.  Martens ,   Recueil  des  Traites  , 
t.  I. 

1773.  Convention  préliminaire  des  Kmites  entre 
la  France  et  l'électeur  de  Trêves^ 

le  39  d'octobre. 

f^ojr.  Koch ,  Recueil  des  Traités ,  t.  II. 

1773.  Articles  nouveaux  entre  la  France  et  l'évê- 
que  de  Liège. 

le  29  de  décembre. 

P^oj,  Merc.  hist.  et  pol.  de  1774  ?  t.  II. 

1774.  Convention  entre  la  France  et  Venise, 
pour  l'abolition  respective  du  droit  d'au- 
baine. 

le  :28  de  février. 

Sous  Louis  xri. 

•  •       ■ 
1774  Renouvellement  des  traités  de  paix  entre 

la  France  et  Tunis. 

A  Tunis ,  le  3  de  juin. 

Idem, 

177.4.  Lettres-patentes  du  roi  pour  l'abolition 
du  droit  d'aubaine  en  faveuc  dé  vingt* 
trois  villes  impériales  d'Allemagne. 


63a  TABLE 

A  Fontainebleau ,  •  .  •  octobre. 
Voy.,  Martens  ,  Recueil  des* Traités  , 
t.  L 

1774.  Convention  entre  la  France  et  l'^apague , 
laquelle  règle  le4  fonctions  àt%  amirautés 
et  des  consula»  au  sujet  de  la  eontrebande 
entre  les  deux  nations. 

A  Versailles,  le  57  de  décembre. 
Idem ,  t.  VI. 

1775.  Convention  entre  la  France  et  l'impéra- 
trice-reîne,  concernant  les  bénéfices  régu- 
liers dépendans  des  abbayes  situées  dans 
les  Pays-Bas  autrichiens  et  en  France. 

A  Bruxelles^  le  14  d'octobre. 
Idem  ,  t.  I. 

1776.  Traité  de  limites  et  d'échange  entre  la 
France  et  le  prince  de  Nassau -Weilbourg. 

A  Nanci,  le  34  de  janvier. 
Idem,. 
1776.  Traité  de  commerce  entre  la  France  et 
Raguse. 
A  Baguse  ,  le  2  d'avril. 
Idem, 

1776.  Convention  d'échange  entre  la  France 
et  l'évêque  de  ]l>iège. 

A  Versailles,  le  6  de  juillet. 
Vojr.  Koch ,  Recueil ,  t.  U. 

1777.  Traité  d'alliance  générale  et  défensive 
entre  la  France  et  les  Caatops  suis^s. 


DES  TRAITÉS.  533 

A  Soleure ,  le  2%  de  mai^ 

f^ojr.  La  Maillardière^  Bîbl.  polit»  ^  t  III. 

1777.  Tftité  de  limiter  dans  l'île  de  Siiint-Do- 
mingue ,  enire  le$  possession»  dé  la  France 
et  de  l'Espagne^ 

A  Aranjuez^'Ie  i3  de  juin.         ; 
Vojr.  Koch,  Becueil,  t.  II., 

1778.  Traité  d'amitié  et  de  commerce  eotre  la 
France  et  les  Et^s-Unis.  , 

A  Paris ,  le  6  de  février.  ^ 

For.  Martens,  t.  I. 
1778.  Traité  d'alliance  défensive  et  éveôtùelle 
.      entre  les  mêmes! 

A  Paris,. le  6  de  février. 
Idem,  ^ , 

1778.  Convention  entre  la  France  et  Te  duc  de 
Wirtemberg  ,  pour  rabplitiôh  dû  droit 
d'aubaine.  ,    ^  '  '       . 

A  Versailles,  le  i4  d'aVrîI.        '"- 
Idem.  '       ' 

1778.  Convention  entre  la  France  et  1  électeur 
<îé  Trêves,  concei'haiht'filttisrFèo^if  éèhangSî, 
et  les  limites  des  étâiif  féép^tih.  • 
A  Versailles,  \é  j^temier  de  juillet. 
f^qy.  Martens,  U  IV. 
1778.  iBrégléMent  An  roi  dooceroant  la  naviga-* 
ttàtk  des  neutres  en  teiiips  de  gnerie. 
A  Versailles, :1e  i6  de  juillet. 
Idem. 


534  TABLE 

1778.  Lettres  -  patentes  du  roi  pour  l'abolî- 
•   «tioti  du  droit  d'aubaine  avec  le  Portu- 
gal. 

A  Versailles,  le  8  de  nôyenabre. 
Voy.  Merc.  hist.  et  pol.de  1779. 

J779.  Traitéde  paix  eiitre l'Autriche  et  laPrusse, 
par  la  médiation  de  la  France  et  de  la 
'   fiiissie. 

A  Te^schen,  le  i5  de  mai. 
Fojr.  Martens,  t.  IL 

1779.  Convention  ^tré  1  impératrice-reine  et 
l'électeur  palatin  ,  par  la  médiation  de  la 
France  et  de  la  Russie. 

A  Teschen,  le  1 5  de  mai. 
.  Idem. 

177g.   Convention  entre  l'électeur   palatin  et 
l'électeur  de  Saxe ,  par  la  médiation  de  la 
France  et  de  la  Russie. 
A  Teschen,  le  1 3  de  mai. 

1 77Q«  Ordonnancedu  ];oi  concernant  les  reprises 
faites  par  ses^  ij^isseapx. 
A  "Versaillçs,  le  i5  de  juin. 
Voyez  Martens ,  Rpcueil ,  t.  Vf. 

1 779.  Gcmvention  pour  l'abolition  du  droit  d'au* 
.  baine  entre  la  Frapce  et  Hesse*Cassel . 
A. Versailles  ^  le  17  de  juillet.  • 
Ideifij  t.  IL 


DES  TRAifÉS.  535 

1779.  Traité  de  commerce  entre  la  France  et  le 
duc  de  Mecklembourg-Schewrîn. 
A  Hambourg ,  le  18  de  septembre.* 
Idem.  * 

1779.  Règlement  du  roi  concernant  les  prises 
conduites  dans  les  pays  étrangers  ,  et  les. 
formalités  que  rempliront  les  consub,  en 
procédant  à  la  vente. 

A  Versailles,  le  8  de  novembre. 
Voy.  Martens ,  Recueil ,  t.  IV. 

1779.  Traité  avec  l'impératrice-reine,  concer- 
nant les  limites  des  Pays-Bas. 

A  Bruxelles ,  le  18  de  novembre. 
Idem,  t.  II. 

1780.  Convention  touchant  les  limites  avec  le 
prince  évéque  de  Bâle. 

A  Versailles ,  le  ao  de  juin . 
Idem. 

1780.  Traité  d^alliance  avec  le  prince  évéque  de 
fiâle. 

A  Versailles  ,  le  20  de  juin. 
Idem,  • 

1780.  Carterd'échange  des  prisonniers  entre  la 
France  et  l'Angleterre. 

A  Versailles  ,  le  12  de  mars. 
Fôy.  Martens ,  Recueil ,  t.  IV. 

1781.  Convention  avec  les  Provinces  -  Unies , 
concernant  les  reprises.  •" 


536  tABLE 

A  Versailles,  le  premier  de  mai. 
Voy.  Martens,  Recueil ,  t.  II. 

1781.  Traité  de  limiteft  et  d'échange,  avecles 
comtes  de  la  Leyeh. 

A  Bliescastely  le  2a  de  septembre. 
Idem. 

1 7^1 1  Conventioi^  avec  l'évéque  de  Bâle ,  con- 
cernant les  délits  commis  sur  les  fron- 
tières. 

A  Poreptrui ,  le  19  de  décembre. 

Idem. 

178a.  Acte  de  garantie  eDtre  la  France,  la  Sar« 
daigne  et  le  canton  de  Berne,  touchant  la 
pacification  de  Genève. 

A  Genève ,  le  i  a  de  novembre.  , 

Idem,. 

1782.  ConveuttioB  entre  ta  France  et  les  Etats- 
Unis  ,  pour  le  remboursement  de  dix-huit 
millions  avancés  par  U  premic^re. 

A  Versailles ,  le  16  de  juillet. 
Idem. 

1783.  Articles  4)réliminaires  de  paix  entre  la 
France ,  TEspagne  et  T Angleterre. 

A  Paris ,  le  ao  de  janvier. 
Iden^^ 

1785.  Acc^ession  delà  France  au  trailéd^alliance 
entre  l'Espagne  et  le  Portugal* 
•  A  Madrid ,  le  1 5  de  juillet. 


DES  TRAITÉS.  SSy 

Voy.  Marteus,  Recueil ,  t.  VI. 

1785.  Traité  de  paix  définitif  entre  laFrance , 
TEspagne  et  l'Angleterre. 
A  Paris ,  le  5  de  septembre. 
Idem ,  t.  II. 

1784.  Conventit>n  cominerciale  entre  la  France, 
et  la  Suède. 

A  Versailles ,  le  i*''  de  juillet. 

Foj-.  Hist.  générale  et  raisonnée  de  la 
Dipl.  t.  VI. 

1784.  Traité  secret  d'alliance  et  de*  subsides 
entre  la  France  et  la  Suède. 

A  Versailles ,  le  19  de  juillet. 
Idem, 

1784*  Déclaration  du  roi  concernant  les  créances 
que;  les  Suisses  auront  à  répéter  sur  des 
pai^ticuliers  qui  ont  fait  faillite  en  France. 

A  Versailles ,  le  20  d'août. 

Fqjr^  Koch  ,  Recueil  des  Traités,  t.  II. 

1785.  Traité  définitif  de  limites  entre  la  France 
et  r£spagn«. 

A  Ëlissonde  ,  le  2j  d'août. 
Idem. 

1785.  Traité  de  paix  entre  l'empereiar  et  les 
Provinces-Unie»,  par  la  médiation  de  la 
France.  . 

A  Fontainebleau  ,  le  10  de  novembre. 
Fqjr.  Martens*,  Recueil,  t.  II. 


558  TABLE 

1785.  Traité  d'alliance  entre  la  France  et  les 
Provinces-Unies. 

A  Fontainebleau  y  le  10  de  novembre. 
Idem, 

1786.  Convention  pour  les  limites  du  Mont- 
belliard ,  entre  le  roi  et  le  duc  de  Wirtem- 
berg. 

A  Paris,  le  ai  dé^mai. 
Idem. 

1786.  Traité  de  navigation   et  dé  commerce 
•    entré  la  France  et  l'Angleterre. 
A  Versailles ,  le  26  de  septembre. 
Idem. 

1786.  Convention  entre  la  France  et  le  Portu- 
gal ,  pour  terminer  le  différend ,  au  sujet 
de  la  côte  de  Cabipde.  ' 

Au  Pardo ,  le  3o  de  janvier. 
Fojr,  Koch ,  Recueil ,  t.  II. 

1787.  Traité  de  commerce  entre  la  France  et  la 
Russie.  ' 

APétersbourg,  le  11  de  janvier. 
Fojr.  Martens^   Recueil  des  Traités , 
t.  III. 

1787.  Lettres-patentes,  portant  abolition  du 
4^oit  d'aubaine,  en  faveur  des  sujets  de 
^         la  Grande-Bretagne.  t 

A  Versailles ,  le  8  de  janvier. 

Fojr.  Mercure  de*France. 


DES  TRAITÉS.  539 

1787.  Convention  explicative  du  traité  de  com- 
merce entre  la  Fra'nce  et  l'Angleterre. 
.  A  Versailles,  le  1 5  de  janvier.     / 

Fojr,  .  Martens  ,    Recueil  des  Traites , 
t  III. 

1787.  Ratification  de  la  convention  provisoire, 
entre  le  gouverneur-général  des  établis- 
semens  français  dans  Tlnde ,  et  la  com- 
pagnie anglaise  des  Indes ,  en  explication 
du  traité  de  1783,  conclue  à  l'Ile-de-France 
le  3o  d'avril  1787. 

A  Versailles  ,  le  5i  d'août. 
Fbjr.  Cossigny  ,*  Observ.  sur  le  Voyage 
au  Bengale  ^  t.  II. 

1787.  Convention  réciproque  entre  les  cours 
de  Versailles  et  de  Londres  ,  pour  ne 
mettre  en  activité,  de  part  et  d'autre, 
que  six  vaisseaux  de  ligne. 

A  Versailles ,  le  3o  d'août. 

Fqy.  Koch ,  Table  dés  Traités ,  t.  II. 

1 787.  Convention  entre  les  mêmes ,  au  sujet  des  * 
établissemenset  du  commerce  dans  l'Inde. 
A  Versailles,  le  3i  d'août. , 
FoY.  Martens,  t.  III. 

1787.  Déclaration  réciproque  des  cours  de  Ver- 
sailles et  de  Londres,  pour  suspendre  les 
armemens  faits  à  l'occasion  des  troubles 
de  la  Hollande. 


54o  TABLE 

A  Versailles,  le  aj  d'octobre. 
Idem.  • 

1787.  Convention  entre  les  mêmes  puissances, 
pour  un  désarmement. 

A  Versailles,  le  27  d'octobre. 
Fqy^  Martens,  t.  III. 

1788.  Çonveutiçn  entre  la  France  et  les  Etats- 
Unis,  pour  fixer  les  fonctions  et  préro- 
gatives des  consuls. 

A  Versailles,  le  i4  de  novembre. 
Foy.  Martens,  t.  VIL 

1 789.  Renouvellement  du  traité  de  commerce 
entre  la  France  el  Hambourg. 

A  Hambourg,  le  1 5  de  mars. 
Foy.  Martens,  t.  III. 

1790.  Renouvellement  des  traités  avec  Alger, 
«  pour  cent  ans ,  avec  restitution  des  escla- 
ves français. 

A  Alger,  le,  aa  de  février. 
Cité  dans  le  Moniteur  dç  1790,  n*  117, 
i79r.  Convention  commerciale  entre  la  France 
et  la  république  de  Mulhausen. 

le  22  de  septembre. 

^     Citée  dans  le  Moniteur  de  i^^2^  v!^  44' 
1792.  Convention  entre  la  France  et  îe  prince 
Salm ,  concernant  l'indemnité  à  loi  accor- 
dée pour  ses  droits  féodaux  en  France. 
A  Paris,  le  2g  d'avril. 
Fojr,  Martens,  t,  V. 


DES  TRAITÉS.  5ii 

1791.  Convention  semblable  avec  le  prince  de 
Loçvenslein-Wertheira . 
  Paris ,  le  J9  d'avril. 
Idem,  t.  VI. 


FIN   D£   X.A  TABLE   DES   TRAITKS, 


«W^»^^%^^»V^^*»^»  ^V^^^^'^i^im^^»»^  -v^^^»^  ^^^^^^)'%/^^f%^^^mé%^%t'm^^^/%/%mt*^^t%nf*^/^ 


TABLE  DES  MATIERES 


DU  SEPTIÈME  VOLUME. 


SUITE  DE  LA  SEPTIÈME  PÉRIODE. 

LIVRE  V. 

17»  Pige 
Il N TOI  du  baron  de  Breteuil  en  Hollande;  ses  instruc- 
tions. .  • .  •% 1 

Instructions  secrètes  du  roi  au  baron  de  Breteuil i4 

Réflexions  sûr  cette  instruction ao 

Traité  arec  Gènes  au  sujet  de  la  Corse âi 

Considérations  sur  ce  traité • 25 

Rixe  entre  les  ambassadeurs  de  France  et  de  Russie  à  Lon- 

dres. stS 

Jugement  rendu  à  Tégard  de  Genève.. a/ 

De  rétat  des  consuls,  et  convention  à  ce  sujet  avec  TËi- 

pagne 3» 

Traité  de  paix  avec  Tunis • 4^ 

Disgrâce  du  duc  de  Choiseul  ;  sa  politique/ 44 

Intérim  des  affaires  étrangères  confié  à  M.  de  la  Vrillière.  5a 

Nomination  dju  duc  d'Aiguillon  au  ministère 55 

Participation  de  la  France  à  la  révolution  de  Suède. .   ib, 
AmbassadTe  du  baron  de  Breteuil  à  Naples  ;  ses  instruc- 
tions  64' 

Premier  partage  de  la  Pologne.  Conduite  de  la  France. .  8o 
Considérations  sur  le  premier  partage  de  la  Pologne. .  •  89 
Obligation  imposée   au  ministre  de  Hesse ,  de  payer  ses 

dettes gi 

Restitution  d'Avignon  au  pape  ;  abolition  des  Jésuites.  99 


TABLE  DES  MATIÈRES.        545 

Mutations  dans  le  département  dts  affaires  étrangères.  104 

Exil  du  comte  de  Broglie 1 06 

Caractère  et  politique  de  Louis  zy • .  .107 

LIVRE  VL 

Avén^n^ent  de  Loiiis  xvi  au  trône 114 

Entrée  de  M.  de  Maurepas  au  ministère 1.1 5 

Retraite  du  duc  d* Aiguillon;  sa  politique ;.  . .    116 

Nomination  du  comte  de  Yergennes^  au  ministère î  1 8 

Rappel  du  prince  Louis  de  Tambassade  de  Vienne..  •  ibid» 

Envoi  du  baron  de  Breteuil  à  Vienne 12a 

Rappel  du  comte  de  Guines  de  Tambassade  d'Angleterre.  1 2g 
Traité  d'alliance  générale  avec  le  Corps  helvétique. . . .    i3o  ' 

Voyage  de  Joseph  11  en  France ^ 1 3  x- 

Mémoire  de  M.  de  Yergennes  au  roi i3à 

Ambassade  de  l'empereur  de  Maroc 141 

Règlement  concernaut  les  fonctions  des  consuls  dans  le  Le- 
vant     14a 

Contestation  entre  l'Angleterre  et  ses  colonies. . .  l . .  i44 
Concours  de  la  France  à  l'indépendance  américaine.. .  •  149 
Traité  d'amitié  et  de  commerces  avec  les  Etats-Unis. ...    167 

Traité  d'alliance  entre  la  France  et  les  Etats-Unis 162 

Considérations  sur  les  deux  traités  précédens 164 

Notification  faire  à  la  cour  de  Londres ,  du  traité  d'anditié 

ê 

avec  les  Etiats-Unis 166 

Exposé  des  motifs  de  la  conduite  de  la  France 168 

Mémoire  justificatif  de  la  cour  de' Londres. . . .  t. .  • .  172 
Observations  de  la  France  sur  le  mémoire  justificatif  de  la 

cour  de  Londres 174 

Concert  entre  là  France  et  l'Espagne. . . . , «...  1.76 

Ordonnance  concernant  la  navigation  des  neutres. ...  i83 


644  TABLE 

liVre  vil 

Page 

Paix  entre  l'Autriche  et  la  PniAfe,  par  la  médiation  de  la 

France 1 87 

Négociations  avec  la  cour  dé  Vienne.  •  •  • «    19^ 

Négociations  avec  la  cour  de  Berlin . . . .  • 204 

Déclaration  à  la  cour  de  Vienne  par  la  Russie aa3 

Médiation  de  la'  France  entre  1* Autriche  et  la  Prusse. .  .   a 27 
Trai  tés  conclus  à  Teschen ,  sous  la  garantie  de  la  France,  a  5 1 

Considérations  sur  la  paix  de  Teschen a56 

^  Entretiens  de  Joseph  11  avec  le  baron  de  Breteuil 261 

Adhésion  de  la  France  à  la  neutralité  armée  du  nord. .   2166 
Contestat^n  entre  les  ministres  de  France  et  de  Bohême  à 

Ratiâbonne 276 

Situation  de  la  Hollande  par  rapport  à  la  France 279 

Négociations  du  duc  de  1% Vauguyon  en  Hollande. . . .   282 

Mort  de  M.  de  Maurepas  ;  sa  politique 2g6 

Garantie  de  la  constitution  de  Genève  par  la  France  ,  la 

Sardaigne  et  Berne 297 

Médiation  des  deux  cours  impériales  entre  la  France  et 

l'Angleterre - : 3oo 

Article^  proposés  par  TAutrlche  aux  puissances  belligé^ 

rantes.. 3i5 

Opinion  des  cours  de  Versailles  et  de  Londres  sur  ces  pré- 
liminaires  *..... 317 

Négociations  de  paix  entre  la  France  et  l'Anglelerre. .   323 

Arrivée  de  M.  Grenville  en  France .  ^ 333 

Mission  secrète  de  M.  de  Rayneval  en  Angleterre 344 

Traité  définitif  entre  laFrance  et  TAngleterre. 355 

Evénemens  de  la  guerre. -. 35q 

Considérations   sur   la  paix  entre  la  France  et  l'Angle- 
terre  ! 362 

Traité  de  paix  entre  TEspagne ,  les  Etats-Unis  et  TAngle- 
/   terre 366 


DES  MATIÈRES.  545 

Faix  entre  les  Pro^ûices-Uttie*  «t  l'Angieten» ,  par  la  mé- 
de  la  France,  i ^  .   366 


LIVRE  VIII. 

Cession  de  Tile  de  St.-Barthélemi  à  la  Suède 370 

Traité  secret  d'alliance  et  de  subside  entre  la  Franee  et  la 

Suède. .r Syji 

Différend  entre  les  ambaaaadeurs  de  France  et  de  Rus- 
sie.  376 

Uémarches  de  la  France  lors  du  fartage  projeté  de  la  Tur- 
quie      lift. 

Mémoire  de  M.  dt  Vergenacs  à  cette  occasion 383 

Conduite  de  la  France  dans  la  querelle  entre  Tempereur 

et  les  Hollandais • . .  .^ 89^ 

Traité  entre  l'empereur  et  les  Proyinces  -  Unies ,  sous  la 

médîation'de  la  France. \  ......... .  4^ 

Considérations  sur  ce  traité. .  • . . .  •* ^ià. 

Traité  d'allianee  entre  ia  ifrance  et  les  Provinces-Unies.  4^8 

Considérations  sur  ce  traité w . . .   409 

lastrudions  politiques  données  à  M.  de  la  Pérouse..  4i<> 
Ai&ire  de  l'échange  dfi$  Pays-Bas  contre  la  Bayière. . .  4^^ 
Convention  ayed  le  Portait  sous  la  médiation  de  FEs- 

pa^ne 4*9 

Traité  de  commerce  avec  l'Angleterre. i  4a  & 

Considérations  sxLt  ce  traité ^.25 

Traité  de  commerce  avec  la  R^sie, 480 

ConsidbératiQns  sur  ce  traité. » 4^ 

Ifott  de  M.  de  Vergennes  ;  sa  politique ià. 

Nomination  du  comte  de  Mobtmorin  au  ministère. . .  444 

M.  de  Brienne  nommé  principal  ministre ib. 

Révolution  dans  les  Provinces-Unies 448 

£nvoi  de  M.  .de  Rayneval  en  Hollande* 45o 

VII.  35 


« 


546  TABLE 

Efforts  de  le  France  pour  préTenir  la  guerre  entre  la  Russie 
et  la  Porte * 4^7 

Projet  d*une  quadruple  alliance  entre  la  France ,  la  Rus* 
sie 9  l'Autriche  et  TËspagne.  • 4^8 

Ambassade  du  sultan  Tipoo « 460 

LIVRE  IX. 

Retraite  de  l'archevêque  de  Sens ,  Brienne 46a 

Remplacement  de  M.  de  Montmorin  par  M.  de  la  Vau- 

guyon ^i 4^^ 

Réclamation  de  quatre  millions  et  demi  par  les  états-géné- 

.    raux ^ 4^^ 

Décret  pour  le  maintien  des  traités  ayec  l'Espagne  • . . .  470 
Serment  exigé  des  agens  français  dans  l'étranger.  • . . .  474 
Démission  du   cardinal  de   Bèrnis  ,    de   l'ambassade  de 

Rome ^ ' 47S 

Mission  de  M.  de  Ségur  en  Prusse .' 47^ 

Mission  de  M.  de  Sainte-Croix  à  Trcres 477 

Négociation  secrète  entre  Louis  xvi  et  Léopold  11 478 

Réunion  d'Avignon  et  du  Comtat  Venaissin  k  la  France.  48  5 
Notification  par  le  roi  de  l'acceptation'  de  la  constitu— 

^^^ ; 494 

Politique  extérieure  de  l'assemblée  constituante ;  406 

Sortie  de  M.  de  Montmorin  du  ministère  ;  sa  politique.  497, 
Nomination  de  M.  deLessart  au  ministère  des  affaires  étran- 
gères    5oo 

Mise  en  accusation  de  ce  ministre 5oi 

Nomination  de  M.   Dumourier  au  ministère  des  affaires 

étrangères .' 502 

Fonds  secret  de  six  millions  attribué  au  ministère  des  affaires 

étrangères 5o5 

Déclaration  de  guerre  au  roi  de  Bohème  et  de  Hongrie  par 
la  France. 5oÇ 


DES  MATIÈRES.  547 

Page 

Refus  de  la  cour  de  Turin  de  receyoir  M.  de  Semonviile.  5o9 
Sortie  de  M.  Dumourier  du  ministère  des  affaires  étran- 

gères 5io 

Nomination  de  M.  de  Cliaudionas  au  ministère  des  affaires 

étrangères '...'.. '. 5i  i 

Manifeste  de  la  Pru^e^  contre-manifeste  de  la  France.  5x3 

Sortie  de  M.  de  Chambonas  du  ministère 5i5 

Nomination  de  M.  Bigot  de  Sainte-Croix  au  ministère  des 

affaires  étrangères 5i6 

Chute  dé  Tancienne  monarchie  ;  caractère  et  politique  de 

Louis  XVI •     tb^ 

Coup-d*oeil  sur  fa  septième  période , 5^4 


FIN  DE  LA  TABLE  DES  MATIERES. 


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TABLE  GÉNÉRALE 

DES  MATIÈRES, 

PA&  ORDRE  ALPHABÉTIQUE. 


Une  table  détaillée  de  touteft  les  matières  «  dans  un  on- 
^rage  si  rempli  de  faits ,  a  paru  superflue ,  et  n'être  propre 
qu'à  l'enfler  sans  nécessité;  soit  parce  qu'il  y  a,  outre  la 
narration'  par  règnes  «  une  table  chronologique  des  traités  , 
à  la  fin  de  chaque  Tolume  ;  soit  parce  qu'on  trouve  dans 
les  additions  en  marge  ,  et  dans  les  sommaires  des  livres , 
répétés  à  la  fin  de  chaque  volume  ,  le  précis  des  événemens 
politiques  ,  et  l'annonce  des  négociations  ;  circonstances 
suffisantes  pour  faciliter  les  recherches.  Néanmoins ,  on  a 
cru  devoir ,  pour  compléter  les  moyens  de  recherches ,  rap- 
peler dans  une  table  spéciale ,  le  nom  des  ministres  et  agens 
diplomatiques  français  et  étrangers^  cités  dans  un  ouvragt 
destiné  non  moins  à  Tinstruction  de  ceux  qui  suivent  la 
carrière  des  négociations ,  qu'à  offrir  un  registre  honorable 
pour  ceux  qui  l'ont  parcourue. 


/V.  i7.Le»  chiffres  romains  indiquent  les  tomes  y  et  ceux  arabes  les  pa^es. 


ABDALA-BEjU'jiiacHjt,  amiral  de  Maroc,  ambassadeur  ea 

France,  IV ^  17a. 
Âbreu  (  le  chevalier  d'  ) ,  ministre  d'Espagne  à  Londres , 

VI ,  280. 
Jcunha  (Louis  d*) ,  plénipotentiaire  portugais  à  Utrecht , 

IV,  35o.  —  Ministre  en  France,  V,  a55. 


TABtE  GÉiîf^RÀLÇ,  etc.        54^ 

jiigues^Bonnes  (  le  sieur  d^)  signe  un  traité  d*all}fnce  fiiti^ç  la 

Frax^c^  et  la  fki^^M^  d«  S^i^oif ,  P]( ,  gg.  i 

'AigmUon  (Vignerod ,  duc  d'),  nommé  ^  mipui^^ir^  4^9 

^iiUb/i  (  Bonac  d'  ) ,  mipis^r^  A»  Fr^iW*  «f  e4)>;«fs|Kiwg , 

V,  ai4, 

AkbeW'-My-Kkan,  ambassadeur  indieii  en  fri^g^^  YP* 

460. 
Alhertini  (le  pri^fe) ,  «m^49^r  4^]&B4g««  A  4q«*f»» . 

VI,  277. 

Jldobrandim  (  le  cardinal  )  ,  iii^i|[|f ^c  ^e  Ul  BW  ^Q||»  lâ 

F]:ance  ejt  l^  Sajoi? ,  H ,  aoÉi. 
Alençon  (François  ,  duc  d')  ;  négociation  pour  ^on  9ta|:)||ge 

avec  lu  xm%  SUA^l>etb  «  II  «  ii)0« 
AUgre  (le  garde  des  sceaux  d')  confère  avec  les  ^piib^^^- 

diiur^  diB  Jaef  Qf»  11  «  II  >  4<9^- 
AUeurs  (Pierre  Puchot ,  matqms.  fies  )  «  «tivpf  é  ^llPf^rdi- 

nair^  de  Ff^n^e  ^  VoJo^ne  ,  et  ».wl^s99d€}^r  pr^i^  U 

Port^,IY,3e5, 
AOeurs  (Pi^e^ot  àm) ,  wiwire  de  Frfti^e  çn  S«^  „  Y»  ?^%. 

rèspoi^âftnçe^  ||oJitiqi|e  a^#6  )a  J^ûéfifiQQt  ^t  te  I^e^v^Rt, 

ÏI,98. 
Aly-Manino ,  plénipoten^Airç  dji  Fo*  4^  l^fj^FftP»  lY,  54» 
AmiHHse  (X4PW  d*),  évoque  d'AU)^,  sign^  le  traité .d«  I«ll- 

geû» ,  I ,  ii58  ;  et  çt^lj/A  de  Purcvalone ,  264- 
Amboise  (Qçorg^  4')  >  prew^r  minblr^  de  l40m  ^i  «  I , 

^76.  —  Négoce  1^  ligue  de  Ça«il»rai ,  ^86*  r?r  Sa  p^li- 

tiquç ,  UQi- 

gèr^s ,  Y,  77,-r- Signe  Faltiançf  avec  TEspagn^ ,  i7^*T?r  Sa 
disgrâce  ,  sa  politique  ^  jîq!). 


55o  TABLE  GENERALE 

Amélot  de  Gournaiy  ambassadeur  en  Suisse,  IV,  120; 
succède  au  duc  de  Gramont  dans  Fambassade  d'Es- 
pagne ,  23i .     .        - 

'Ancone  (  le  cardinal  d')  négocie  le  concordat ,  pbtir  le  pape 
Léon  x,'!;  3|6.        r   .    , 

Angerent  (Jean  de) ,  ^oyeh  de  Chartres ,  l'un  des  commis- 
saires pour  la  paix'  de  Bretigny  ,1,171. 

Angouléme  (Charles  ,  conite  d') ,  négociateur  du  traité  de 
'  Langeais  ,  1 ,  258. 

Angouléme  (  Louise  de  Savoie ,  duchesse  d') ,  plénipoten- 
tiaire de  France  à  la  paix  de  Cambrai ,  1 ,  35gr*  ' 

Angouléme  ( Louis-Emmanuel  de  Valois  ,  duc  d'} ;  sa  mit- 
sloR  en  Allemagne ,  II ,  33o.  '  ' 

Annehcuid  (le  maréchal  d')  négocie  la  paix  avec  Henri  viii, 

Aramont  (Gabriel  d*),  ambassadeur  de  France  près  la  Porte  ^ 

II,  2«.-   -    •  ■    ■         '         ••' 

Aranda  (  le  comte  d')  ,  ambassadeur  d*£spagiie  en  France  ; 

sa  conduite  noble  ,  VA  ,  35o. 
Argenson  (Voyer,  marquis  d')^  nonvmé  à*  Tambàssade  de 

Portugal,  V,   io5.  — Ministre  des  affaii^es  étrangères, 

23 1  et  suiv,  —  Sa  disgrâce ,  s5  politique  -,  347-   '    ' 
ArUngion ,  ambassadeur  d'Angleterre  en  F^an^e  ,  III ,  389. 
Ashley-Coôper y  plénipotetitiaire  anglais ,  m,  385.'   . 
Ataïde  (don  Alvarès  d'),  ambassadeur  d'Alphonse  i**",  roi 

de  Portugal,  à  Louis  xt,I,  23 1.  't  • 

Aubèsplne  (Claude  de  V )* négocie  la  paix  de  €aiiea>>Cam~ 

brésis  avec  F  Angleterre  et  TE^agne ,'  II,  43^^  Wi». 
Aubespine  (Sébastien  de  F) ,'  évoque  de  Limoges  vjaégocie  le 
'traité  de  paix  avec  l'Angleterre ,  II ,  81  ;  -  • 

Aubespine  {V  )  ,  fils  de  Claude ,  chargé  de  la  correspon- 

dânee  politique  avec  FÂtl^màgne  et  la>  Suisse  >  II ,  88: 
Aubespine  (Charles  de  1'),  Marquis  de  Châteaûaeuf ^  sa 

négociation  dans  l'Empire ,  Ù  ,  335. 


DES  MATIÈRES*  55i 

"Juheterre  (  le  marquis  d') ,  ambassadeur  de  France  en  Es- 

'    pagne,  Vf  ^  263. 

'jiumont  (  le  duc  d*  ) ,  ambassadeur  extraordinaire  de  Franee 
en  Angleterre ,  IV ,  358. 

'^Auvergne  {\e  àvic  à*)  <i  Tun  des  commissaires  pour  le  traité 
d'Arras  ,  I ,  aoo. 

jivaux  (N.  de  Mesmes  >  comte  d')^  signe  un  traité  d'alliance 
avec' la  Suède ,  III,  65  ;  les  préliminaires  de  Hambourg  , 
y^.  .-L  Négocie  à  Munster ,  73 ,  i  lo. 

jli/aux  (Jean- Antoine  de  Mesmes,  comte  d'),  neveu  dn 
précédent,  plénipotentiaire  à  Nimègue  ,  III ,  4ag  ;  et  am- 
bassadeur en  Suède ,  IV,  i68. 

B 

Sallue  (  la  ) ,  cardinal  ;  trahison  de  ce  ministre  ,  I ,  ss  i .  — 

Légat  en  France ,  25o. 
Barde  (la)  renouvelle  l'alliance  des  Cantons  avec  la  Franee , 

III ,  210.      , 
BariUon ,  plénipotentiaire  de  France  au  congrès  de  Cologne , 

m ,  409.  —  Ambassadeur  en  Angleterre ,  IV,  3.       v 
Barnachea  (le  sieur  de),  plénipotentiaire  d'Espagne  au 

congrès  de  Cambrai ,  Y ,  53. 
Barneveldt  (Jean  Olden-)  ,  ambassadeur  des  Provinces- 

Unies  en  France ,  II ,  177.  —  Négocie  une  alliance  entre 

les  deux  états  ,258. 
Bassompièrre  {le  maréchal  de)  ;  sa  n^ociation  en  Espagne, 

II  y  344  ;  ^^  Suisse  ,  382  ;  en  Angleterre ,  409. 
Baune  (la) ,  envoyé  de- France  à  Vienne ,  signe  les  prélimi- 
naires de  paix ,  V ,  92. 
Bausset  (  le  marquis  de  )  ,  ministre  de  France  en  Russie , 

rappelé  à  cause  du  cérémonial ,  VI ,  53d. 
Beaumont  (Amblard  dt),  ministre  d*Humbert,  dauphin 

viennois  ,  négociateur  pour  le  traité  de  cession  du  Dau— 

phiné  à  ta  France  ,  1 ,  161. 


553  TABLE   GÉNÉRALE 

JBeaupioat  (le  tiear  û^),  umbiis^acleiir  de  France  en  Angle- 
terre ,  y  prépare  le  traité  de  réconciliation  entre  la 

Franee  et  VEapagne,  n .  99S^ 

BeauviUs  (Lafin  de),  ambassadeiir  de  France  en  Angle- 
terre, H,  i44- 

Belgic^oso  (  le  comte  de) ,  ministre  d* Autriche  à  Londres , 

^elk^lsie  (Fonqnet ,  co«ite  de)j,  ambassadenr  ei^traordi- 

naire  de  France  près  la  diète  de  Francfort ,  Y,  141  • 
BelU  (  le  aienr),  négociateur  pour  le  duc  de  Savoie ,  II ,  199. 
BelUêvre  {Vov^^ont  de),  ambassadeur  eztiraordinaire  de 

Henri  m  à  Elisabeth,  II,  i|5.  -^ Négocie  U  p4Ûx  de 

Vervins ,  1 78. 
Bellièvre  (  le  président  de),  fils  du  précédent  ;  son  ambassade 

en  Angleterre ,  III,  107  ji  en  Hollande ,  186. 
BenUnch  (  le  comte  de  ) ,  plénipotentiaire  des  PrpTinces- 

Unies  à  Aix-la-Chapelle ,  Y,  393.    * 
Berckley  (  lord  ) ,  ambassadeur  d'Angleterre  en  France  ,  et 

médiateur  à  Nimègue ,  III ,  4^;   • 
Bergeich  (  le  baron  de) ,  plénipotentiaire  espagnol  ^  la  pre- 
mière paix  d*Aix— la-Chapelle ,  III  ^  353. 
Berkenroode  y  ambassadeur  de  HoUjqide  ^vk,  F^Jince ,  YI , 

i63. 
Berkenroode  (Lestevenon  van) ,  ministre  plénipotentiaire 

de  Hollande  ,  VII ,  4^9- 
Bernetier  (Gabriel  de)  j,  ambassadeur  de  Charles  yii ,  signe 

le  traité  de  paix  avec  les  Cantons  suisses ,  \ ,  2(07. 
Bertd  y  minisitre  de  France  à  Bruxelles  y  II ,  3Q9. 
Bernis  (  Tabbé  comte  de) ,  depuis  cardinal ,  négocie  le  traité 

d'alliance  avec  l'Autriche  ,  YI ,  46.   —  Ministre  des 

affaires  étrangères,  84,-— Sa  disgrâce  ,  sa  politiqii^e  »  125. 

—Ambassadeur  à  Rome ,  YII ,  loi  .«-Sa  démission ,  474* 
Berretti'Landi  (le  marquis  de),  plénipotentiaire  espagnol 

au: congrès  de  Cambrai,  Y,  17. 


DES   MATIÈRES.  553 

Bertan  (le  cpnunândeor  de)  négocie  pour  le  due  de  SaToie  > 

n,  199. 
Béthune  (le  comte  de),  ambassadeur  de  France  tm  Alle^ 

magne,  U,  335;  à  Rome,  363. 
Béthune  (  le  marquis  de) ,  envoyé  extraordinaire  en  Suède , 

IV,  i66. 
Beuningen  (yan)  signe  un  traité  de  commerce  entre  la 

France  et  la  Hollande  ,  III ,  2172.  -—  Médiateur  à  lap^ix 

d*Aix-la^hapelle ,  353. 
Beveraing  (  Jérôme  ) ,   plénipotentiaire  hollandais  a  lïi- 

m^ue ,  UL,  4^ 
Bevilaqua  ,  nonce  du  pape ,  et  médiateur  à  Nûnègue  , 

m,  459. 

Biberstein  (  le  maréchal  de  )  ,  plénipotentiaire  de  Prusse  à 

Utrecht ,  IV,  35o. 
Bicki  (le  cardinal) ,  plénipotentiaire  de  Fri^ce  pour  le  traité 

de  Ferrare ,  III ,  90. 
Biron  (Gootaut  de  )  9  maréchal  d)s^  France  ,  négocie  le  ve- 

nQuvellemenf  dç  Tallia^e  atec  les^Cav^ton^ ,  || ,  Sm.  — 

Conspire  contre  Henri  xv  ,  214. 
Blac^iel  (  \t  sieiir),  plénipotentiaire  4^  T^^t^r  d^  9ran-  ' 

debq^rg  à  Nimâigme ,  III  y  ifil^. 

JBlainf^UU  (le  m^r^i^û^  dç)i  sa  ipissiw  f»  4^g}^t«^i^^  9 

II,  4o4* 

Blondel^  envoyé  extraordinaire  de  France  à  Cqnstanti- 

nople,  m,  216. 
^^ochetely  secrétaire  des  finaaces  ,  a  la  coireipondance  avec 

,  r£cosse  et  l'Angleterre,  II,  21. 
Boissife  (Thi^nery*  «ieur  de),  signe  un  traité  de  coqHnerce 

avec  l'Angleterre  ,   II  ,   340.  —  Négocie  dans  TEm- 

pire,  373.  \ 

Bolen  (Thomas),  vicomte  de  Hodiiefort,  négocie  le  traite 

de  la  loi  perpéfueile  entre  François  i^^  et  Henri  viu, 

I,  353. 


554  TABLE  GÉNÉRALE 

'ioUngbrocke  (  lord  )  signe  la  suspension  d'armes  entre  Ta 

France  et  1*  Angleterre  ,  IV  ,  337. 
'JBomBèlles  (M.  de) ,  ministre  du  roi  à  Ratisbonne ,  YII  ,276. 
jBonac  (  d'Usson ,  marquis  de  ) ,  négociateur  et  mlédiateur- 

entre  les  Turcs  et  les  Russes  ,  V,  i3. 
Bongars  (Jacques  de),  résident  de  France  en  Allemagne, 

n,  i46. 
Bomvet  (Guillaume  de  Goufûer ,  sieur  de),  amiral  de  France, 

négocie  plusieurs  traités  ayec  Henri  vui ,  1 ,  343. 
Bordeaux  (le  |>résident  de),  ambassadeur  de  France  en 

Angleterre  ,  fait  un  traité  de  paix  et  de  Commerce  a-vec 

Cromwel,  III ,  igSf. 
Boréel  (Jacques) ,  plénipotentiaire  hollandais  à  Ryswick, 

rv,  i55. 

Boucicaut  (  le  maréchal  de  ),  l'un  des  commissaires  français 
de  la  paix  de  Bretigny,  I,  171. 

Bouillon  (  Henri  de  la  Tour-d'Auvergne ,  vicomte  de  Tu- 
renne  ,  dépuis  duc  de),  chargé  de  plusieurs  missions  par 
Henri  iv,  en  Allemagne  et  près  de  la  reine  Elisabeth, 
II ,  145  ,  i56. 

Bouillon  (  la  Tour-d'Auvergne  ,  duc  de  ) ,  fils  du  précé- 
dent, fait  un  traité  d'échange  avec  Louis  xiii,  III,  190. 

Bourbon  (  le  duc  de  )  ,  l'un  des  commissaires  du  roi  Char^ 
les  VII ,  pour  le  traité  d'Arras  ,  1 ,  200. 

Bourbon  (  le  duc  de) ,  nommé  premier  ministre^  V,  11.  —  Sa 

disgrâce  ,  sa  politique ,  28. 
'  Bourdaisiêre  (Babou  de  la  ) ,  évéque  d'Auxerre ,  ambassa- 
deur de  France  à  Rome  ,  II ,  67. 

Bourg  {le  marquis  du),  plénipolentîaîre  de  Satbie  àUtrecht, 
IV,35i. 

B ourlemont Çhouïs  de)  ,  plénipotentiaire  de  France  pour  !• 
traité  de  Pise ,  III  ,<  3 1 2. 

.Bournonuille  (  le  duc  de  ) ,  plénipotentiaire  d'£spagn«  à 
Cambrai,  V,  53. 


DES  MATIÈRES.  555 

Bouthîà'er  (GaudeJ ,  conclut  un  traité  ayec  le  duc  de  Wei- 

mar ,  HI ,  33. 
BrancaS'Cereste  {le  comte  de)  ^  plémpotentiaire  de  France 

au  congrès  de  Cambrai,  V»  53. 
Brantzen  ,  ministre  plénipotentiaire  de  Hollande ,  YII ,  409. 
JBretetul{\e  baron  de)  ,  envoyé  extraordinaire  à  Mantone , 

IV,  63. 
Breteuil  (  Louis  le  Tpnnelter ,  baron  de) ,  ministre  de  France 

à  Cplogne ,  YI ,  116;  en  Russie ,  189  ;  en  Hollande , 

VU ,  a  ;  à  Naples ,  64  ;  à  Vienne  ^122. 
BreuU  (  Du  ) ,  président  au  parlement  de  Metz ,  ministre- 

mé4iateur  dans  les  troubles  d'Aix-la-Chapelle,  II, 

309. 
Brèves  \  François  de  Savari ,  sieur  de  ) ,  ambassadeur  de 

France  près  la  Borte  ,  Il  ,2214. 
Briconnet ,  cardinal ,  ministre  de  Charles  rtii  ;  sa  politique , 

1,  276. 
BrUson  (le  président),  envoyé  en  ambassade  en  Angle^ 

terre ,  II,  loo. 
Bristol  (lord),  ambassadeur  d'Angleterre  en  Espagne., 

VI,  454. 

BrogUe  (  le  comte  de)  ,  ambassadeur  de  France  en  Sexe  , 

VI  ,  72.  —  Directeur  de  la  correspondance  secrète  , 

VII,  106. 
Broves  (  le  comte  de  ) ,  chef  d'escadre  ,  négocie   la  paix 

avec  Tunis ,  VII ,  44* 
Brulart  de  Léon  négocie  le  traité  de  Ratisbonne  avec  Tem- 

pereur  ,11,  434. 
Brufder ,   chancelier  de  Dauphiné  ,  négociateur  pour  le 

traité  de  cession  du  Dauphiné  à  la  France,  I,  161. 
Buch  (  le  Captai  de) ,  commissaire  anglais  pour  la  paix  de 

Bretigny ,  I,  171. 
Buckingham  (  le  duc  de) ,  ambassadeur  d'Angleterre  en 

France  ,  III ,  BSy. 


556  TABLE  GÉNÉRALE 

Buey ,  run  des  eemniisaireft  frfiii^i  pouv  Ui  pi^i^  de  Bre-* 

tigny»  I,  17*- 
RuUiûn  (Glande  de)  eondut  dWers  iraîtés  avec  le  duc  de 

Savoie  ,  n  ,  378. 
Bwgky  ( Cecil ,  lord),  négoeîatenr  ajaglmt  H  9  16e. 
Biuty  (M.  de  ) ,  ministre  de  Fraiiee, en  Ajuglelerce ;  «n. n^ 

gociation  avec  William  Pitt  ,  YI ,  388  et  suiv. 
Buy  s ,  plénipAleatiaûre  hoUasdait  à  l^CHerdidi ,  lY ,  a6i. 


Çadogtm  (  lord  )  9  pléii4>ote]itîaire  ang^is  %\^  %  444* 
Callières{\e  comte  de) ,  plénipotentiaire  de  France  k^  Ejs- 

vrick ,  IV,  iji5, 
ÇalvUson ,  président  au  ps^rlement  4^  B^r^eaii.^  »  ambfis- 

«adeor  de  François  Jf  ;  arrêté  p#r  or^ir^  de  Chartes* 

Qnint,  I«  354. 
Çambf^  (  Adwm  de)  1  preipier  président  du  parlemi^t  de 

Paris  ,  l'un  des  commissaires  de  Charl^f  vif  pçmr  le 

traité  d'Arras  ,  I  »  a^o. 
Camiiljr  (le  comte  de),  miiiistre  de  France  en  Dftnemfrek, 

V,  33. 
ÇampQ^Florida  (  l^  pNnce  4^  )  »  pléiHppitc;»tîaire  d'Esp^ne, 

sîgûe  l'alliance  avec  la  France ,  Y ,  1 73.  ' 

Ç(mpredon  (IV,  d^)»  miiUtre  de  France  en  Russie,  |Y, 

A6o.  —  Fait  conclure  la  paix  eiit^e  la  Suèd^.  f  ^  1^  V^^^- 

ftîe ,  4S6. 
Canaye  (  Dufresne-),  ambassadeur  d'Henri  iv  à  Yeq^e  ,  II, 

â5au 
Cantendr  (le  princ?)  ,,  i^inisitr?  russ^  en  France,  Y^  iqi. 
Cardenas  (  don  Inigo  de  ) ,  awba^sfidcur  d'j^^p^gp^  en 

France ,  II,   3i3. 
Ci^denas  (  Alûnz4»  di^  )  ,  ax«Lt>assad.eup  d'^lpaf^ie  eii  A<^^ 

gleterre  ,  III ,  198. 


îmS  MATIÈRES.  557 

Carleton  (le  cbeyalier),  ambassadeur  de  Charles  1*'  ea. 
France,  II 9  4^z. 

CarKlie  (  le  comte  de  ) ,  ambassadeur  extraordinaire  de 
Jacq[ties  i^  en  France ,  tl  ^  899. 

Castelnau,  sieur  de  Mattrissière  »  dtairg^é  de  diverses  am- 
bassades, n,  ^3. 

Castei'Rodrigo  (le  marquis),  plénipotentiaire  espagnol  à  la 
pirémfèfe  ^ailt  ll'Àik^lk-Chapèlle  ^  lit,  ^53. 

Cata'iàgitone  { Ife  père  ) ,  p^tHarche  d«  Côtfstàtiliixdplè ,  en- 
voyé eïL  amibààsàde  à  iHeUri  iv,  par  le  pape,  II,  lyj. 

Cecil  (  William  )  ,  miiiish*e  d^Ëlbabeth  ,  négocié  avec  les 
ambassadeurs  d'Henri  iy  ,  II,  iSg. 

CecH  (Robert  ) ,  ambaisàdeùt  d'Angletëh'e  eh  France ,  tl, 
17$. 

Ceîi  \  Starlài ,  tomté  de  )  ,  t)léni(Sotébti^iré  tle  Fixante  aux 
conférences  de  Francfort  et  à  Ryswick ,  IV ,  67. 

Cellamàre  (  Anfônio  de!  &iùâic9  ,  ][$f  Ihéè  de  )  ,  a)Àbàl»&%- 
deur  d'Espagne  en  France  ;  &à  bbhspitàti6'i\  ;  kbk  àfbes* 
Hition  ;  son  renvoi  en  Espâglië ,  tV ,  4'70  et  sOàiv. 

Cesf  (  Harlay ,  comte  de  } ,  ambàiladèùV  dli  irdi  j^rè^  la 
l»ortè,  lÛ,  iS. 

Chabot  (Philippe  de),  seigneur  de  Brioii,  iiég<5ciSEiVè1(lt  du 
trâiti  dé  lAAhM ,  î ,  SaS. 

Chambonàs  (  M.  Ae  ) ,  iiôhkmé  au  iliihiïtèfë  d«&  "àhâxei 
étrangères,  ^,51 1. 

Chamny  (  ift  cbmVe  de  )  ,  ambassadeur  dé  ^hfiïîtié  à  Co- 
penhague; son  différend  avec  le  ministre  de  t)ftik^'mâh:k, 

kr,  âââ^ 

Qhampeaux  (M.  de )  ,  résident  de  lF*ifàntë  à  tieùètè ,  en- 
-Voyé  pour  une  mission  sécrèle  à  TVirîn  ,  Y ,  3lâ. 

'Ôi^rh^nf  t  Bbchard  dé  )  ,  àbibïissàdcur  de  Fràh'cë  âtf'é' 
nise  ,  If ,  a65. 

Ùhahàos  Xy^  chëYâliër  ) ,  l^an  dés  commissaires  âniglàîs  pbù^ 
là  paix  dé  Brèligay ,  t,  171. 


558  TABLE   GÉNÉRALE 

Chanut,  résident  en  Suède,  et  puis  ambassadeur  auprès 

desProyinces-Unies,  III,  192. 
Ci^oriici^  (Pierre  de  la) ,  chantre  de  l'église  dé  Paris ,  l'un  des 

commissaii*es  français  pour  la  paix  de  Bretigny  ,19171. 
Chamacé  (le  baron  de)  y  ambassadeur  de  F|:ance  auprès  de 
Gustave  Adolphe ,  conclut  le  traité  de  Berwald ,  II , 
446  et  suiv, 
Chartier,  conseiller  du  parlement  de  Paris ,  l'un  des  com- 
missaires de  Charles  vu  ,  pour  le  traité  d'Axras ,  I ,  âoo. 
Chastignier  (Jean),  secrétaire  du  roi,  l'un  des  commis- 
saires et  députés  de  Charles  vu  ,  pour  la  paix  d'Arras , 
I ,  aoo. 
Chdteauneuf{ l'abbé  de),  envoyé  en  Pologne ,  lY ,.  146. 
Ckàtecaineif  (  Castagnère ,  marquis  de  ) ,  ambassadeur  près 
la  Porte  ,  lY,  ia2  ;  et  près  les  états -généraux  ,  4^0 
et  suiv, 
Chatelet  (  le  comte  du)  ;  sa  querelle  à  Londres  avec  l'ambas- 
sadeur de  Russie,  Vn,  26. 
Chaulnes^le  duc  de  ),  plénipotentiaire  français  au  congrès 

de  Cologne ,  m ,  4^« 
Chautnont  (  le  chevalier  de  ) ,  ambassadeur  de  France  à 

Siam ,  IV ,  74. 
Chaussée  (  la  ) ,  envoyé  du  duc  de  Lorraine ,  lors  de  la  né- 
gociation de  la  paix  des  Pyrénées^ ,  III ,  236. 
Chauveïin  (  M.  ) ,  garde-des-sceaux ,  nommé  au  ministère 
des  affaires  étrangères,  Y^  44*  ~~  ^^  disgrâce,  sa  po- 
litique ,  75. 
Chauifeiin  (le  chevalier  de) ,  ministre  du  roi  à  Gènes,  YI, 

i33  ;  à  Turin,  173.  . 
Chauvigny  (M.  de)  ,  résident  de  France  à  Genève,  lY,  2. 
Chavannes  (  le  comte  de  ) ,  plénipotentiaire  de  Sardaigne 

à  Aix-la-Chapelle,  Y,  393. 
Chavigny  (  Le  Bouthilier  de),  minbtre  et  secrétaire  d'état 
des  affaires  étrangèi^es ,  II ,  466.  —  Sa  retraite ,  III ,  8.7. 


DES  MATIÈRES.  SSg 

Chavigny  (  Cheyigiiard  de  ),  ambassadeur  de  Portugal,  Y, 
wbet  suiv.  —  Négocie  Tunion  de  Francfort  9  207. 

CÀ^'(Fabio),  médiateur. pour  le  pape,  au  congrès  de 
Munster,  III ,  1 18. 

Chiff,  (le  cardinal)  ,  légat  à  laiere  en  France  ,  III ,  3 12. 

Choiseul  (  le  duc  de  ) ,  ministre  des  affaires  étrangères  ,  YI 9 
126.— -  Signe  le  pacte  de  famille  ,  Sao.  -—  Négocie  avec 
TAngleterre ,  396.  -—  Signe  les  préliminaires  de  la  paix 
de  1 763 ,  470  tt  suiv. — Sa  disgrâce ,  sa  politique ,  YII ,  44* 

Choùeul^Gouffier  (  le  comte  de) ,  ambassadeur  de  France  à  la 
Porte,  refuse  le  ministère  des  affaires  étrangères,  YII ,  5oo« 

Choiseul-Praslin  (  le  comte  ,  depuis  duc  de  ) ,  nommé  mi- 
nistre des  affaires  étrangères,YI,  326.— Sa  politique,  553. 

Choulajr  (Humbert  de),  l'un  des  commissaires  pour  la 
cession  du  Dauphiné  à  la  France  >  I,  16 1. 

Clausse  (le  'sieur)  a  la  correspondance  politique  ayec  l'Es* 
pagne  et  le  Portugal ,  II  ,21.  /^ 

Clermont  (Louis  de)  ,  envoyé  en  ambassade  ^ar  Philippe 
de  Yalois ,  à  Edouard  m ,  I,  i58. 

CùUin d^ Oysel ;  sa  mbsion  à  Rome,  II,  65. 

Cobham,  (lord  ) ,  négociateur  anglais ,  II ,  160. 

Coétquen^le  sire  de  ) ,  grand-maitre  de  Bretogne,  négocia- 
teur pour  la  duchesse  Anne  de  Bretagne ,  du  Irrité  de 
Langeais ,  près  Tours ,  I,  258. 

Colbert  (  Jean-Baptiste  ) ,  secrétaire  d'état  pour  les  finances , 
conclut  un  tnité .  de  commerce  avec  le  Danemarck  , 
III ,  395. 

Coîonna  (  le  cardinal) ,  protecteur  de  l'église  de  France  à 
Rome  9  agit  dans  l'affaire  des  jésuites  ,  YI ,  So^. 

Comines  (Philippe  de)  ,  ministre  de  Louis  xi ,  et  chargé  de 
sa  correspondance  politique  ,  1 ,  220.  —  Ambassadeur 
àYenise,270. 

CoAtarini  (  le  sénateur) ,  médiateur  pour  la  république  dr 
Venise  au  «ongrès  de  Blunster ,  III ,  1 1 3. 


■v 


56o  TABLE  GÉNÉRALE 

Corsini,  nonce  da  pape  en  France  ;  sa  contestation  ayec 
le  cardibal  de  Richelien  ,  au  sujet  de  la  Yaltelme ,  Il  , 
368. 

Oossé^Brissac  (le  maréchal  de) ,  enyojé  en  ambassade  en 
Angleterre  ,  II 9  100. 

ûcntràon,  enrojé  dn  prince  de  Monaco  en  Ftance  9  m ,  69. 

Cburceiie*  (M.  de)  signe  les  traités  atec  les  Iro^ois , 
m ,  3s3. 

Courmèsmin  (  Deshayes)  9  enyojé  par  Lotus  zin  en  Perse , 
n  9  33s^  -^  Conclut  un  traité  de  commerce  arec  la  Rus- 
sie 9  4^4. 

Cûurtèn ,  pténipotentiàire  à  la  paix  de  Breda  9  HI ,  343  ; 
■  au  <H>iigrès  de  Cologne  ,  409. 

Coyet,  l'un  des  médiat|;iirs  pour  la  paix  entre  là  France  et 
la  Suède,  m  9  343. 

OHfen&fiJtatà)^  plénipotentiaire  anglais  à  la  paix  de  Breda9 

m  9  343. 

Cred  |[  Verjiis ,  c&mtt  de)  ,  pléiiipoteotiaiift  de  France  à 

Ryswick  9  IV,  i54\ 
Créquy  (  le  duc  de)9  envoyé  ien  ambassade  près  de  Cromwel , 

m  ^  208.  -^  Son  démêlé  arec  le  frèt^  du  pape  9  3ôi  • 
Crentsi,  m&ftre^d*b6tel  du  toi^  «nVoyè  de  France  en  An- 

gletefte  9  m  9  90. 
Creutz  (le  comte  de  )  ,  ministre  plénipotekitiaihe'de  Suèd«  en 

¥vèiÊMt  9  Vl  9  S79. 
ÇrtdMi  (Gôlbtort) ,  jt>iénipoteBftiaire  à  Aix-la-Chapelle  ,  m , 

353.  —  Ambassadeur  en  Angleterre  ,  385.  -^  Plénipo- 

tfeiitiaire  à  Niiùèguè ,  438*  '^  Ministre  des  affaires  étran- 
gères, 4î^9-  •^  ^  pblîtique ,  IV,  1 36. 
CTxnssi^le  èomte  de  Colbert-) ,  ambassadeur  ettmordinaire 

^  wMiateUr  entre  la  SUède  ,  la  Prusse  et  le  Bauemarck , 

IV,  386. 
Croy  (  Micbel  de) ,  envoyé  eh  ambassade  à  François  i^*^  par 

l'archiduc  Charles ,  gouverneur  des  Pays-Bas  ,1,  317. 


DES  MATIERES.  56i 

Cugnîêres  {Fièvre  de),  l'un  des  commissaires  pour  le  traité  de 
réunion  du  Dauphîné  à  la  France  >  I ,-  l6i. 

Czernickew  (  le  *com(e  de  ) ,  ambassadeur  de  Russie  en 
France,  VI,  333. 

D 


Darford  (  le  vicomte  de  ) ,  plénipotentiaire  anglais  à  Rys- 
wick,  rv,  i65.  ^ 

^  Dauphin  (  le  Prince  ) ,  fils  du  duc  de  Montpensier ,  chef 
d*une  ambassade  envoyée  à  Elisabeth ,  II ,  i  oo. 

Dauvet  (  Jean  ) ,  premier  président  au  parlement  de  Tou- 
louse, plénipotentiaire  de  Louis  xi  au  \psàxé  de  Con- 
flans ,  I,  2i5. 

Derdussen  (  van  )  ,  plénipotentiaire  hollandais  à  Utrecht , 
IV,  353. 

Destouches {l^érvcaLvli) ,  secrétaire  de  l'ambassade  de  France 

-    en  Angleterre ,  I V  ,  465. 

Dhonà ,  médiateur  suédois  pour  la  paix  entre  la  France  et 
l'Angleterre ,  m ,  343. 

DongfU  (  le  cardinal  ) ,  plénipotentiaire  du  pape  pour  U 
traité  de  Fer  rare ,  III ,  90» 

Donhq)f{\e  comte),  plénipotentiaire  de  Prusse  à  Utrecht, 
IV ,  35o. 

Doria  (le  marquis),  plénipotentiaire  de  Gènes  à  Aix-la^ 
Chapelle ,  V ,  393.  ... 

Dormans  (Jean de),  évéque  de  Beauvais,  l'un  des  commis- 
saires pour  le  traité  de  Bretigny  ,1,171. 

Dorset  (le  duc  de),  ambassadeur  d* Angleterre  en  France, 

VII ,  455. 

Dossat  (Arnaud),  cardinal ,  chargé  des  affaires  du  Iroi.à 
Rome ,  refuse  le  mii^istcre ,  II ,  119.-—  Obtient  l'absolu- 
tion d'Henri  IV,  i5^;  et  la  cassation  de  son  mariage 
avec  Marguerite  de  Valois,  194.—  Son  éloge,  23â. 
VU.  36 


562  TABLE  GÉKÉrIlE 

Dougàu  (U  Ghevalier  ) ,  ministre  plén^otcntîaire  de  Fraace 
en  Russie  ,  YIj  m. 

i>ii^où(rabbé,  depuis  cardinal  )  négocie,  et  signe  la  triple 
et  la  quadruple  alliance,  lY,  444  ^^  4^^*  *-~  Deyient 
ministre  des  affaires  étrangères  et  premier  ministre ,  467 
et  suiv.  —  Sa  politique  ^  Y  ,  3. 

Dumourier  ;  sa  nomination  au  ministère  des  affaires  étran- 
gères, Vn,  5o3. 

Dupratj  chancelier  de  France ,  négocie  le  concordat  arec 
Léon  X  ,  I,  3 16  et  suw. 

Duras  (  lord  ) ,  ambassadeur  d'Angleterre  en  France ,  m, 
440. 

Duras  (le  duc^e)^  ambassadeur  de  France  en  Espagne, 
VI,  258. 


Eden  (  Williams  ) ,  négociateur  anglais ,  signe  un  traité  de 
commerce  avec  la  France ,  YU ,  4^  >  • 

Effiat  (  le  marquis  d*  ) ,  ambassadeur  de  France  en  Angle- 
terre ,  II ,  367. 

Ègremont  (  le  comte  d'  )  ,  secrétaire  d^état  des  affaires 
étrangères  en  Angleterre ,  YI ,  455. 

Elandes  (lê  sire  d*),  plénipotentiaire  de  Louis  xi  au  traité 
de  Conflans,  I,  2i5«  ' 

Eon  (  le  chevalier  ou  la  ciievalière  d*  ) ,  secrétaire  d'am- 
bassade en  Russie,  yi,  1 10.  —  Ministre  plénipotentiaire 
à  Londres ,  599.  -;-  Sa  singulière  destinée ,  552. 

Est  (  le  cardinal  d*  ) ,  protecteur  et  directeur  des  affaires 
•  de  France  à  Rome,  Ht,  'Soi. 

Estrades  (  le  comte  ,  depuis  maréchal  d'  )  ,  amblisàadeur 
-  exti'àoi'dînaire  en  Angleterre,  lll ,  43.  -^Plénipotentiaire 
à  Breda  ,  343  ;  à  Nimègue  ;  428  et  suh. 

Estrées  (  François- Annibal  d'  )  ,  nuiréchal  de  Fr^pce ,  ai&- 
bassadeur  à  Rome ,  lU ,  5x* 


I>ES  m  AT  1ER  ES.  565 

Mttréts  (  k  due  d'  ) ,  «nbiMsadear  à  Rome ,  IV ,  97. 

_  •  »  I 

Estrées  (  le  cardinal  d'  ),  ambaasadeuc  du  roi  en  Espagne, 

Estrées  (  Tabbé  d'  ) ,  ambassadeur  en  Espagne ,  lY ,  23 o. 

.  -^  M«iibre  du  €4>n«eil  des  araires  étrangères ,  4^  i  •     n 

Etang  (  le  sieur  de  T  ) ,  envoyé  à  Vienne  pour  y  conclure 

une  convention  »  V  ,  96. 
Etienne ,  chanoine  de  Féglise  de  Pans ,  l'un  des  commis-^ 

saires  pour  la  paix  de  Bretigny ,  I,  1 7 1  • 
Eugène  de  Savoie  (  le  prince)  '  a^iste  aux  conférences  dé 

La  Haye  »  Y,  2^70. .-—  Signe  les  traités  de  Rastadt  et' de 

Bade ,  IV,  358.  '  '      ' 


^       t  % 


iPaA:om^rù^( lord),  envoyé  en  ambassade  à  Louis  xiv  par 
Cromwel ,  III  •  208. 

Fargis  (du) ,  ambassadeur  de.  Louis  xiu  en  .Espagne;  c6m« 
promet  son  caractère,  II,  347.  —  Conclut  sans  pouvoir 
la  paix  ^vec  ri^^paguc^ ,  387. 

Farnèse  (  Octave  )  ,  duc  de  Parm«  ;  son  traité  de  protec- 
tion avec  Henri  11 ,  I{  ,  38* . 

JPafette  (Iç  maréchal  de  la)^  Tun  des  commissaires  de 
Charles  VII  pour  le  traité  d'Arras,  I,  200.  ^ 

^#V/fé/oii(Lamothe*)>  envoyé  ei|  ambassade  en  Angleterre, 

II,    100, 

jFénélon  (  1^  mfirquis  de  )  >  s^mbassadeur  de  France  en 
Hollande  ,  et  plénipotentiaire  au  congrès  de  Soissons  , 

V .  63.  f 

Ferrier  (Arnaud  du),  président  au  parlement  de  Paris  , 
^    tl .  ambu^sadeur  de  Charles  ix  au  concile  de  Trente, 

11,61. 

*    '    '      •   .  . 
Femol  (  Argental  de)  ,  ambassadeui;  de  France  près. la 

Porte  ;  sa  querelle  avec  le  grand-visir,  IV,  242. 

•r  ,  '    ..         •  •         '     •  ... 


564  TABLE  GÉNÉRALE 

Feuquières  (le  marqun  de)  conclut  un  traité  ariee  la  Snt^^ 
et  plusieurs  icerdes  d*AHemagne  ,  IV  ,  i  !• 

Feuqidéres ' Rebênac  (le  marquis  de)  signe  la  paix  ayec 
la  maison  de  Brunswick  /III ,  468. 

Fèvre  de  la  Boderie  (A'utoine  le),  envoyé  en  ambassade 
auprès  de  Jacques  i^*" ,  II 9  Soi. 

Finkenstein  (le  comte  de),  ministrie  du  cabinet  prussien, 

VII ,  208. 
Fit^' Herbert  (  Alle2ne  )  9  négociateur  anglais  9  signe  la  paix 

avec  la  France ,  en  1 788  9  YÏI 9  343. 
Fleming^  médiateur  pour  la  paix  entre  la  France  et  l'An* 

gleterre ,  III 9  348. 
Fleuri  (le  cardinal  de),  ministre  principal,  V,  29. — Plé« 

nipotentiaire  au  congrès  de  Soissons,  53*  •—  Sa  corres- 

>        • 

pondance'  avec  M.  de  Konigseck  ;  sa  mort ,  sa  poli- 
tique, 166. 
Fleury  (le  bailli  de  ) ,  envoyé  de  France  à  'Malte  ,  YI , 


a5i. 


Ftorida  Blaac'a  (  Monino  9  comte  de  )  ,  chargé  des  affaires 
d'Espagne  k  Rome,yi,  io2. 

Flotte  (  Pierre  de  )  ,  chancelier  de  France  ,  l^un  des  négo- 
ciateurs au  sujet  de  la  téutôon  du  Dauphiné  à  la  France , 
I,  161. 

Foix  (Odet  de) ,  sieur  de  Lautrec,  négociateur  pour  Fran- 
çois x^'  ,  du  traité  de  Galeran  avec  les  Suisses,  I,  3io» 
'— Négocie  un  traité  de  mariage  entre  les  maisons  de 
France  et  .d'Autriche,  3 1 5. 

Foix  (  Piiul  de  ) ,  ambassadeur  de  France  en  Angleterre , 

II  ,   7D. 

'Fonseca  (  le  baron  dé  )  ,  plénipotentiaire  de  l'empereur  à 

Cambrai ,  Y ,  53.  ' 
Fontenai-MareuH  (le  marquis  de), ambassadeur  de  France 

à  Rome  ,  IH ,  io5« 
Forhin  (  Pakméde  de  ),  principal  aûnistre  d€  Charles  vff 


DÈS  MATIÈRES.  .  565 

roi  titulaire  de  yples  et  comte  de  ProTeoce ,  détermine 
le  don  de  cette  province  à  la  France ,  I  «  a4o« 

Fùrhin  (  Louis  de  )  ,  sieur  de  SoUiers  ^  conclut  pour  Fran- 
çois I*''  la  paix  perpétuelle  de  Fribourg ,  1 ,  3i  a. 

Fcr^  (  le  chevalier  de  la  )  conclut  un  traité  de  comiuerce 
avec  la  Porté  ,  1 ,  367. 

Franklin  (Benjamin)  ,  agent  des  Etats-Unis  à  Parft  »  si^ne 
le  traité  d'amitié  et  de  commerce  avec  ;la  France  ,  YII, 

157.  '    .      '  !. 

Frégose ,  ambassadeur  de  F^inçois  1*'  à  Venise  ,  assassiné 
en  Italie  9  II ,  9.  .^ 

Fuente  (  le  marquiii  de  la  }  ,  plénipotentiaire  Jbspagnbl  à'Ni- 
mègue  ,  III ,  4a^ 

Fuentês  (  M.  de  ) ,  ministre  plénipotentiaire  d*Espagnei  en 
Angleterre  9  yi ,  408.  ^ 

Furstemberg  (  le  prince  de  )  9  ministre  de  €ologne  9  IH^ 

^     409.  ,  .  .  i 


•  •       <   ■      •  V 


GaUitzin  (  le  prince  de  )  >  chargé  des  affaires  de  RtîâsTe  '  à 
Paris,  \I, 356.  * 

Gannay  C  Jean  de  ) ,  président  au  parlement  de  Paris  ',  né- 
gocie la  ^aix  de  Yerceil  9 1 9  272. 

Gaussen  (  le  chevalier  de)  9  chargé  des  affaires  du  roi-  à  ISer- 
lin,  VII,  204. 

GauUèr  (  Tabbé  ) ,  envoyé  de  Londres  à  Paris ,  pdur 
des  ouvertures  de  paix  entre*  la  France  et  rAhglélerre , 
IV,  agS. 

Gèrmigny ,  ambassadeur  du  roi  "près  la'  ÎPortse^,'  If ,  97. 

Ghent  (le  sîeùf) ,  plénipotentiaire  hollandaîs ,  III ,  272. 

Gilis  (le  sieur)  ^  ministre  hollandais  en  France,  V,  371. 

Ginem  (  le  cardinal  ) ,  légat  et  médiateur  du  pape  a  Cologne  ^ 
ni>70.    V 


666  TARLE.GÉWÉRALE 

Goertz  (  le  comte  de  )  «  minisâre  de  Pmeae  en  Butsie ,  VU  > 

967»  .    .      '     , . 

Golqf7fifi(le  comte- de )y.siîn>fttre  de  RiMsie  du  eoBgrè»  de 
'    Catniirai ,  V  9  58.  ... 

Goring  (  le  baron  de  ) ,  ambassadeur  d'Angleterre  ei»  France , 

CùsUnga^^  plénipotenlkirehoUftiidais  à  Utrecht  9  iY  9  353. 
Gouffier  (  Artur  de  ) ,  négocie  le  traité  de'Noyon ,  1 ,  3ao. 
ùovsmWef.  sa- mission  aeerèteen  Espagne  <»  IXIV  363. 
Godillons ^  Tiin  des  commissaires  français  pour  ll^  paix.de 

Brétigny,  ^,  171. 
Gramont  (  Gabriel  de  ) ,  évéqne  de  Tarbes  •  copclut  plu- 
r*  s»qx»  traités  arec  Henri  iriii  «  l ,  349.  -^  EnToyé.  i^  am- 
bassade à  Charles-Quint ,  353  et  lutv*     . 
jGtamont  (  le  âne  de  )  >  aànb^sfad^ur  «npFèa  de  PUUppe  ▼  y 

IV,23o. 
Gran^on^  chevalier  9  Tun  des.  commissaires  anglais  pour  la 

paix  de  Bretigny ,  1 ,  171. 
GranvpUe  (  Antoine  Pef  e/iQt  y  ^ieur  de}  ,  ambassadeur  de 

Charles-Quint  en  France ,  I,  354  et^uiv. 
Grpeoirç  9.  éy^^ue  df»  Tom^»  »  n^ocie  le  irrité  d'jLpdlau  ,  I , 

71. 
.C^/iî  (M,^«  ministre  4^s^poï»te^  de  Wétéravie  à  Ratis- 

bonne ,  VII ,  279.  , 

Gr^monyiUa  (  le  commandeur  de  ) ,  ambajBsadeùr  de  France 

fvèp  ^empèye^r ,  ijll,  4.03.,        * 
GrimcUdi  (  le  marquis  de  )  ,  ambassadeur  d'Espagne  en 

France,  VL-^iSf.  —  Signe,  le,  pacte  de  famille  «  3ao.  — 

difficultés  qu'il  (ait  ppur  lapajx  de  1 763 ^  47^*. 
GnW>  ai^bassade^r  de.,  .Venise  j;  conclut  le  traité  de  Blois 

.;iYec  Louis  «i ,  I  »  3qo,  ,        ,  , 

Grotius.  ambassadeur  de  Suède  en  France:  sa  mésintelli- 

gence  avec  le  cardinal  de  Richelieu  »  III ,  25. 


DES  MATIERES.  867 

Groulée  (  le  mur  de  )  >  Fou  des  ii^oeiaie«rs  trtDçai»  pour  U 

paix  de  Brétîgny  ,1,171, 
Grupel,  plénipoteBtiaîreditducdeSaYoie,  IV,  i3\, 
Gucherï,  l'un  des  commitwret  français  pour  la  paix  de 
»    Brel%B7,I^  17«|. 
Guehriant  (  la  maréchale  de  ^ ,  ambassadrice  extraorcUnaJire 

en  Pologne,  lU,  loi.  .         . 

Guerchi  (k  comte  de) ,  ambassadeur. à  Londres,  YI ,  549« 
Guicke  (Pierre de  U )  négocie  la  pa^x  de  Génère ,  I ^  3 1 2. 
Gtiilleragues  (  La  Vergue  de  ) ,  ambassadeur  de  France  à  la 
.  Porte ,  IV ,  3o  ^(t  sm'v. 
Guines  (  le  comte  de  )  ,  ambassadeur  de  France  a  l^ondres  ; 

sou  rappel ,  VII  »  i  %^ 

H 

Hadgi'Giqffer  y  envoyé  du  dey  d'Algtff  ea  France.,  IV ,  ^o. 

Hiidgi^Mehemed^ThunUn,  ambassadeur  de  Ifarocen  France^ 
IV,  5o.   ; 

HaUfaxy  ambassadeur  d'Angleterre  en  France ,  III ,  3&g. 

HorcQurt  (lé  comte  d' ,  de  la  maison  de.  Lorraine)  1  am)msa* 
deur  de  France  en  Angleterre ,  III ,  90. 

Harcourt  (  Itf  sire  d*  ) ,  Tun  des  eommiMi^ires  ou  négocia* 
teurs  firançaîs  pour  le  traita  d*  Arras ,  I ,  aoo. 

Harcourt  (  Henri ,  marquis ,  puis  duo  et  mfrécbal  4*  )  ,  né- 
gocie à  la  eour  de  Madrid ,  lY  ,  1 90  9^  ^^v^- 

Haren  (  Van  )  ,  plénipotentiaire  hollandais  à  Niiucgue  ,  III , 

J9er/a^(W ( Antoine ),  pl[éiiipotçHtigipe)iQllanâai|  à  ^.yswick, 
IV ,  1 55,  —  Négocie  ayec  }l,  d#  Tp^çi  ,  «70. 

Helmstadt^WXv^v  de)*  chef  d^y^ne  amt)ai^4«  d^f  princes 
protestans  d'Allemagne  à  Henri  m ,  Il ,  108. 

Hennin  (  M.  )  ,  résident  en  Pologne  et  à  Genève  >  VII,  28. 

Héron  (  le  marquis  du  )  ,  ministre  de  Franca  fin  Pologne , 
IV ,  a4o. 


568       .     TAfeLE  GENERALE 

Earlayi^  le  comte  de  ) ,  plémpotentiaire  de  France  à  Rys-' 

wici,  rv,  154. 

Hcaro  (  don  Louis  de  ) ,  premier  ministre  d'Espagne  9  négo- 
ciateur de  la  paix  des  Pyrénées  9 III ,  23  !• 

Harringtàn  (Stanhope ,  lordj,  plénipotentiaire  d'Angleterre 
à  Cambrai ,  Y  ,  5a. 

Harris  (  le  chevalier  ) ,  depuis  lord  Malmesbury ,  ministre 
d* Angleterre  en  Russie ,  VII ,  1167  ;  en  Hollande  »  4^3, 

Hamncourt  (  le  marquis  d'  )  ,  ambassadeur  de  France  en 
Suède,  VI,  i54» 

Haye  (  la  )  ,  ambassadeur  de  France  à  Constantinople , 

m,  212.  ^ 

Haye^Vanteltt  (la),  fils  du  précédent,  ambassadeur  de 

France  à  Constantinople  ,  Œ ,  317. 
Biane  (le  sieur) ,  plénipotentiaire  de  l'empereur  au' congrès 

de  Cologne  ,  III ,  68.      •  » 

Hinford y  ambassadeur  d'Angleterre  à  Vienne,  V ,  146. 
Hotland  (le  comte  de),  ambassadeur  de  Charles  i  en  France, 

11,401. 
Holles ,  plénipotentiaire  anglais  à  la  paix  de  Breda ,  III , 

343. 
Hop ,  plénipotentiaire  hollandais  à  Cambrai,  V,  67. 
^4p/râ/  (Galluccio ,  marquis  de  1')  9  ambassadeur  de  France 

en  Russie  ,  VI ,  1 12. 
House  (le  chevalier  de  la),  chargé  des  affaires  de  France  à 

Rome ,  VI ,  5o  I . 
Huxelles  (  Nicolas  du  Blé ,  maréchal  d'  )  ,  signe  les  divers 

traités  d'Utrecht,  IV ,  343.  —  Président  du  conseil  des 

affaires  étrangères ,  4^  ^  ^^  '^^'' 
Hyde ,  médiateur ponr  l'Angleterre  a  Nimégue,  m,  43^.* 


JssartsiGdléaji,  marqui»  des),  ministre  de  France  en  Pologne, 
V,  292. 


DES  MATIERES.  'SBg 

J 

Jaason  (le  cardiBal  de  Forbia-)^  cliargé  des  affaires  de 

France  à  Rome ,  lY  ^  207. 
Jeanmn  (  le  président  )  fait  la  paix  avec  le  duc  de  Savoie  « 

II ,  206.  -~  Négocie  la  trêve  pour  les  Provinces-Unies  , 
i56.  —  Son  éloge,  35a. 

Jenkings  (  le  chevalier  ) ,  médiateur  à  Nimègue  pour  I'Aa* 

gleterre ,  III  »  4^^* 
Jers^  (le  comte  de) ,.  ambassadeur  d'Angleterre  en  France  « 

IV,  296. 
Joseph  de  la  Tremblaie  (  le  Père),  capucin  ;  conclut  le  traité 

de  Ratisbonne  \  blâmé  par  la  cour ,  H.,  4^4  ^^  ^^^*  "^ 

^&  talens  politiques ,  III ,  49*  ,     M 

Joyeuse  (  le  cardinal  de  )  ,  chargé  des  affaires  de  Franee  a 

Rome ,  négocie  la  paix  entre  Paul  iv  et  Venise ,  II ,  247*^ 

K 

Kaunitz  (  le  comte  de  ) ,  plénipotentiaire  de  Tettipereur  air 
congrès  de  Ryswick ,  IV  i  i55. 

Kaunitz- Rittberg  (  le  comte  ^  depuis  prince  de  ),  plénipoten- 
tiaire d* Autriche  à  Aix-la-Chapelle  ,  V ,  892.  —  Chan- 
celier d'état  à  Vienne ,  VI ,  38o  et  suiv, 

Kezth  (  le  chevalier  ) ,  ihinistre  d'Angleterre  a  Vienne  ,  VII , 
3ia.  • 

Kînski  (  le  comte  de  )  ^  négociateur  autrichien  à  Nimègue , 

III ,  429. 

Kmphausen  (  le  baron  de  ) ,  plénipotentiaire  prnssien  en 

France  ,  IV ,  é^^o.  ^ 

Kidphuysen ,  plénipotentiaire  hollandais  à  Utrecht ,  IV^  353. 
Kurakin  (le  prince  Boris-) ,  plénipotentiaire  russe  en  France , 

IV ,  460. 


5^0  TABLE  GËKÉRAIE 


Lameth  (  Antoine  de) ,  «mbassadenr  dé  France  en  Snisse  » 

conclut  un  traité  d'alliance,  I,  3i4. 
Laneastre  (lednc  de),  eomnûssaire  anglais  pour  la  paix  de 

Bretigny,!,  171;  ^ 

Landsée ,  ambaissadeur  de  Teroperenr  près  les  Cantons  >  IV, 

120. 
Lfingey  (Dobellay-  )  ;  sa  mission  en  Angleterre ,  1 ,  36i. 
Lanmary  (le  eoàite  de) ,  ambassadenr- de  France  ei^  Suide, 

V,379. 
Lannoi  (  Raoul  de  )  négocie  pour  Charles  tiii  ,  la  jMitx  de 

Verceîl ,  1 ,  371, 
^Mnstic  (le  sieur  de),enyoyé  en  ambassade^ f n  Angleterre, 

H,  100. 
Larrey  (  le  colonel)^  cbargé  d'i^e  mission  secrète  à  Paris , 

V,  365. 
Lauderdale  (lord),  plénipotentiaire  anglais,  III,  385. 
Lautrec  (  le  comte  de  ) ,  médiateur  de  France  à  Genèye , 

V,  79- 
Lavordin  ( BeauiPlinoir , marquis  de) ,  ambassadeur  à  Rome; 

sa  querelle  aTcc  le  neveu  du  pape ,  IV ,  98  et  suiv. 
Léonin  (  Egbert  ) ,  chef  d'une  ambassade  des  Pays-Bas  ré- 

Toltés  I  à  Henri  x«,  II ,  io5. 
Lesdiguièr%s  (le  connétable  de)  signe  le  ^traité  d  alliance 

entre  la  France  et  les  Provinces-Upies  9 II 9  365. 
Léssart  (  M.  de  )  ;  sa  nomination  au  ministère  des  afTaires 

étrangères ,  VII ,  Soi. 
Lexington  (  le  lord  ) ,  plénipotentiaire  anglais  à  Byswick , 

rV,  i55. 
Livri  (l'abbé  Saçguin  de),  ambassadeur  en  Portugal  et  en 

Elague  y  V  ,  28. 
Lockart ,  ambassadeur  d'Angleterre  en  France ,  III ,  208. 


DES  MATIERES.  5j\ 

Zûméme  de  la  FiUé^aux^Clercs ^  envoyé  tn  Angleterre ,  H» 
x57.  m^  Chargé' de  la  eôrrespopdance  avec.  TAugleterfe^ 
là  Turquie  et  le  Leyant,  36o  ^t  âuiv,. 

Loméme-Brienne  (  Henri-Auguste  de  )  est  nommé  B^cré- 
taire  «l'éut  de»  affaiitis  «trts^ères^ses  opérations,  111^ 
Sj  et  siiw,  «^  LoménÎQ^Brieiiiie ,  son  fib ,  obtient  la  survi- 
yance  de  sa  place ,  189.  ^-\Retraite  de  l'un  et  de  rautre, 

Larnéme-Bnenne {Ifi ,CKP^ixo9X  de.),  p|:incip9li|^inistre;ses 

opénatioiis ,  .VII ,  444. 
Lorraine  {\t  oanlinal  de)  Aégocie  TalliA^ce  avec  Paul  l^ y 

II ,  38  ;  la  paix  avec  T Angleterre  ,43.  ^  ^ 

Zouwile  (  le  marqiii»  4e  } ,  agent  a^cr^t  du  due  d*Orléaas 

en  Espagne,  IV,,  467. 
LûuPàis  (Le^Tellier,  OKar^uis  de)  conclut  uu  traité  de  » 

soumission  avec  Stra^oUrg 9  IV «,  64.. . 
Luc-Fii^imiite  {U  comte  du),  an|ba>aadeni^  du  roi  en 

Suisse  ,  IV ,  254  et  suiv.  ^ 

IfUsinge ,  sieur  des  AUmct  9  amba^sadeai:  d)qi.4uc  4«  Savoie  » 

signe  le  traité  de.Lyou ,  Il ,  aoÇ.  : . 
Lutiaw  signe  les  préliminaires  de  Hambourg^  m  9  74«. 
Lnyites  (Cbai^s^. d'Albert  de)»  eocfiiétable;  .son  adminis- 
tration ,  II  ,*  Sao.  —  Sa  mort  et  sa  politique ,  348, 
Zfofz  (Duplessîs-Ricbelieu,  cardinal  df .)»  plénipotentiaire 

de  France  à  Cologne ,  III ,  70.        .'":'-.■ 
Lfùmie  (  Hugues  de) ,  rcbargé  d'une  missipn  secrète  en 

Espagne,  III,  226. —  Ministre  dep  aJff^ire^  éti»ng^res, 

3g4  et  suiv,  ^^  Sa  politique ,  390» 

M  •  . 

Maff^i  {}e  comte  de  )  »  plénipotentiaire  du  due  de  Savoie  à 

XJtrecht,  IV,  35i. 
Maiïlari  (  Jean  )  9  l'un  des  commis^aii^s  pour  la  paix  de 
-    Bretigny,  1,171.  ^ 


Sj2  TABLE  GÉNÉRALE 

Maire  '(  l'abbé  le  ) ,  cbargé  des  affaires  de  France  en  hi" 
nemarck ,  j  signe  un  traité  de  commerce  et  le  renon- 
yellement  de  l'dliance  entre  les  deux  états ,  V  9  i63 , 
nSos.  f 

Maîsse  (  Huraolt  de  ) ,  ambassadear  ^de  France  en  An- 
gleterre ,  II,  173.  —  Signe  un  traité  de  commerce, 
240.  *  '  '         ' 

Maldève  (  le  sieur  de  )  négocie  un  traité  d'alliance  entre  la 
France  et  les  ProTiilces-Unîes  ,  II ,  '258. 

Mangoty  secrétaire  d*état  des  affaires  élt»ngères,  U,  3 17. 

Mans/ielâ{le  comte  de)  ,  ministre  de  Ten^pereur  en  Fran- 
ce, IV,  56. 

Jlfatchevilie  (le  marquis  de),  ambassadeur  de  Fraheeprès 
la  Porte  ,  III ,  16. 

Marguerite  él*  Autriche  ,  fille  de  l'enkpereur  Charles -Quint, 
conclut  la  paix  de  Cambrai ,  1 ,  SSgé  - 

Mariai ,  ambassadeur  de  France  auprès  du  due  de  Savoie, 
11,363.  / 

^'  '  Marird  (  le  marquis  )  ^  euTOjé  de  Gènes  en  Fnuice ,  lY ,  84 

Marlhoroug  [\t  duc  de)  négocie  à  la' Haye  ,  IV  ,  370. 

Marlier  (  Robert  )  ,  secrétaire  du  roi ,  et  l'un  des  commii- 
saires  et  députés  de  Charles  tii  pour  la  paix  d'Arras, 
I,  aoo. 

Marquemontf  archevêque  de  Lyon,  chargé  des  affaires  de 
France  ,  II ,  357. 

Marsin  (  le  comte  de  ) ,  ambassadeur  en  Espagne  auprès 
de  Philippe  iv,  I,  226.    > 

Martigny  (Charles  de),  évéquè  d'Une,  ambassadeur  de 
Louis  XI ,  est  mis  en  jugement  pour  avoir  outrepassé 
ses  pouvoirs ,  1 ,  337. 
'  Masscrano  (  le  prince  de  ) ,  ambassadeur  d'Espagne  en  An- 
gleterre ,  VU  ,53. 

Moésones  (  M.  )  ,  ambassadeur  d'Espagne  en  France ,  VI, 
261.  • 


BËS  MATIERES.  5'j5 

Mauny  (  le  sire  de),  Vxav  des  dépittés  et  comniissaires  an- 
glais pour  la  paix  de  Bretigny,  I,.  171, 

Maurepas  (Phëlippeaux  ,  comte  de)  a  V intérim  du  minis- 
tère des  affaires  étrangères  ;  disgracié ,  VI,  7.  —  Prin- 
cipal ministre,  VU,  116.  —  Sa  politique,  296. 

Mazarin  (  Jules  )  ,  càrdmal  i  ses  premières  négociations  , 

II ,  433.  —  Nommé  premier  mi^btre,  III,  87.  —  Opé~ 
rations  de  son  ministère;  négocie  la  paix  des  Pyrénées, 
a3i.  —  Sa  politique  ,  a5a. 

Mehemed  Thummin ,  plénipotentiaire  du  roi  de  Maroc,  IV, 

54* 
Mehemed  Celeb^^feniU ,  ambassadeur  ottoman  à  Paris  , 

IV ,'  487. 
Meinders ,  plénipotentiaire  de  l'électeur  de  Brandebourg , 

III,  4€«. 

Mellarède  (  le  marquis  de  )  ^  plénipotentiaire  de  Sayoie  à 
tJtrccht,  IV,  35i. 

Ménager  (  Nicolas  ) ,  envoyé  à  Londres  pour  négocier  la 
paix ,  rV ,  3oo.  —  Signe  pour  la  France  les  traités  di- 
vers conclus  à  Ut^echt ,  343  tt  suiv, 

Merci^Argenteau  (le  comte  de) ,  ambassadeur  de  l'empe- 
reur en  France,  VII ,  87. 

Merle  (le  comte  de),  ambassadeur  de  France  en  Portu- 

.    gai  ;  ses  démêlés  avec  le  marquis  de  Pombal ,  VI ,  179. 

Mesmin  (le  sieur  de),  ambassadeur  pi  es  des  Grisons ,  est 
arrêté  ,  au  nom  de  l'empereur  ,  II,  435. 

Metternich ,  ministre  de  Prusse  en  Suisse ,  IV ,  247. 

Meyer^Croon ,  plénipotentiaire  de  Danemarck ,  III ,  465r, 

Mirahel  (  le  marquis  de  )  ,  ambassadeur  d'Jilspagne  en 
France,  m  ,  9.  , 

Modène  ( Raimond ,  comte  de),  ambassadeur  en  Suède, 

vn,  17. 

Momttmban  (Pbilippe  .de)  négocie  le  traité  de  I^angeaia 
pour  la  ducbesse  de  Bretagne  ,1 ,.  2$d. 


574  TABLE  GÉNÉRALE 

Montatit  (  BeMnger  de  ) ,  akrcliidiacre  de  Lodère ,  Tun  des 
commissaires  ati  injët  de  la  rébnion  du  Dauphiné  à  la 

'  France,  I,-  t6i. 

Mena  (le  marquis  de  ) ,  énToyé  extraordùiaire  de  France 
eu  Pologne  ;  son  «rrestalîpn ,  V  #  734 

MôHdue  (Jean  de ) ,  am^MisMideiur  en  Angeleterre ,  H  »  58; 

■ 

en  Pologne",  8a.     ♦       • 
Montmorenci  (le  sire  de),  Tun  de» commissaires  pour  la 

paix  de  Bretigny  ,1,171.. 
Màntmorénci  (  le  connétable  Anne  de  ),  II,  3.  —  Sa  dis- 

grs^ce'sous  François  i**",  5.  —  Son  rappel  au  ministère 

sôtts  Henri  11 ,  20-  «^^  Négocie  la  paix  de  Cateau-Cam* 

bresis ,  4^.  , 

Montmorenci  (  François  de  )  ,  maréchal  et  depuis  conné- 
table de  France ,  négocie  la  paix  ayec  Elisabeth,  II,  80; 
et  avec  le  duc  de  Savoie,  19g.  •  ^ 

Montmorin  (le  comto  de) ,  ambassadeur  en  Espagne ,  VU, 
Jîè.  —  Ministre  des  affaires  étrangère»,  444.  —  Sa  po- 
litique ,  497. 

Montmouth  (le  duc  de  ),  ambassadeur  extraordinaire  d' An- 
gleterre en  France  ,  lU  ,  389. 

Moreau  ,  conseiller  au  parlement  de  Paris ,  Tun  àes  com- 
missaires pour  la  paix  d' Arras ,  I ,  aoo. 

Morel  (  l'abbé  ) ,  envoyé  extraordinaire  de  France  à  Man- 

toue,  IV,  63. 

Morges  (  Gigues  de  ) ,  Vun  des  négociateurs  pour  le  traité 
de  cession  du  Dauphiné  à- la  France ,  1 ,  161. 

J/or/î^'  (  Philippe  de)  ,  sieur  du  Pkss^s ,. négocie  la  récon- 
ciliation d*Hcnri  m  et  du  roi  de  Navarre ,  II,  i38. 

Momay  (  Tabbé  de  ) ,  ambassadeur  de  Frapoe  en  Portu- 

'    gai  ;  ses  inStructiofn^ ,  V  ,  367. 

Morus  (  Thomas  )  ,  chancelier  d'Angleterre  ,  l'un  des  né- 

^  gociatetcrs  du  traité  de  la  loi  ptrpétueUe  entxe  Fran- 
çois 1*' et  Henri  viiii  I^  353..         «^  ',   . 


DES  MATIERES.  675 

mïorvUle  (le  comte  de),  ambassadeur  en  Hollande,  mi^ 
nistt'e  des  affaires  étrangères ,  Y ,  8.  f-*  Sa  pdlidque  ,' 

/|2. 

MorvUlîers  (  le  chancelier  de  ) ,  enToyé  extraordinaire  de 
Louis  XI  au  duc  de  Bretagne ,  1 ,  214. 

Morvilii^rs  ,  évéque  d'Orléans ,  négode  la  paix  de  Cateân- 
Cambresis  avec  l'Angleterre ,  II ,  4^9  ^  ^^^^^  ^^^  VB/^ 
pagne  ,  45. 

Mouhamet-Derviche-Khan ,  ambassadeur  indien  en  Fran- 
ce ,  VII ,  46o. 

Mouhqmet'Osi^an-'KhaH ,  ambassadeur  indien  en  France , 
Vil,  46o. 

Mouzone  (le  comte  de),  plénipotentiaire  de  Modène  à  Aix- 
la-Chapelle  9  V ,  SgS. 

N 

Nari,  enToyé  extraordinaire  du  papevUrbain  rnx  à  Lo  nis  xux, 

II,  371. 
Nassau  (  le  comte  de  ) ,  envoyé  à  François  r  par  Tarcbidac 

Charles^)  3j^7* 
:NassaU  (  le  comte  Justin  de  )  ,  chef  de  Tambassade  des  Pro^ 

TÎnces-Unies  en  France ,  II ,  1 75. 
Nassau  (le  prince' Guillaume  tfe  ) ,  plénipotentiaire  boUan^ 

dais  à  Nimègue ,  III ,  4^9* 
N^ucrs  (  Charles  de  Gonzague  de)  ;  son  ambassade  à  Rome, 

II,  252. 

NeuiUy  (  le  comte  de  ) ,  ministre  du  ro^  à  Gènes ,  VI ,  ^S, 

Nivernais  (  le  duc  de  ) ,  ambassadeur  de  France  en  Prusse  ; 
en  Anglete^e  ,  VI ,  4^  ^'  *^^^* 

Noailies  {Tnn^ois^  de  ) ,  éyé^e  d'Acqs,  ambassadeur  à  Ve- 
nise et  à  la  Porte ,  II ,  34 ,  83. 

NQfM0s  (Antoine  de) ,  amiral  de  Gnienae  ;  ses  négociations 
en  Angleterre ,  II ,  34. 


/ 


576  TABLE  GÉNÉRALE 

Noailies  (  le  maréchal  d^  )  ,  dirige  par  intérim  les  affaires 
étrangères ,  Y  ,  ao6.  — -  Ambassadeur  extraordinaire  ea 
Espagne ,  Sog. 

Noaiiles  (  le  marqnis  de  )  ,  ambassadeur  de  France  en  An- 
gleterre et  en  Autriche  >  VU  ,  167.  ^ 

Nùihtel  (  le  marquis  de  )  9  ambassadeur  de  France  près  la 
Porte ,  m,  4ig. 

NorfoUk  (le  duc  de  )  conclut  le  traité  de  loi  perpétuelle 
entre  la  France  et  1* Angleterre  y  1 ,  353. 

Nortkampton  (le  comte),  l'un  des  députés  et  commissaires 
anglais  pour  le  traité  de  Bretigny ,  1 ,  171.^ 

Noue  (  Malbran  de  la) ,  ministre  de  France  près  la  diète  de 
Ratisbonne ,  Y ,  197. 

O 

ODttwitf  (M.),  envoyé  extraordinaire  de  France  en  Portugal, 

VI,  461. 
Ogier  \  le  président  ) ,  ministre  de  France  en  Danemarck , 

VI,  90. 
Oliuarês  (  le  duc  d'  ) ,  premier  ministre  d'Espagne  ,  négocie 

le  traité  de  Mouçon  avec  la  France ,  II ,  385. 
OUiferscrans  (  Jean-Paulin  )  ,  plénipotentiaire  suédois  à  Ni- 

mègue  ,  m ,  429. 
0&Vi>r  (le  président  )  négocie  le  traité  de  Noyon ,  1 ,  3 30. 
Omont{  le.  sieur  d*  )  ,  Tun  des  commissaires  français  pour  la 

paix  de  Bretigny  ,1,171. 
Oreilles  (  Rigaud  d'  )  négocie  la  paix  de  Verceil ,  1 ,  272. 
Orléans  (  Louis ,  duc  d*  )  ,  négociateur ,  pour  Charles  yiii  , 

du  traité  de  Langeais,  I ,  a58.  , 

Orléans  (  Philippe  duc  d*  )  ^  régent ,  établit  le  conseil  des 

affaires  étrangères,  lY ,  41  >•  —  Le  supprime ,  ^66,  — - 

Premier  ministre ,  V ,  S  et  suiv» 
O^^o/Yo  (lé  cheyalier  ) ,  ministre  d*état  du  roi  do  Sardaigne, 

YI,i73. 


DES  MATIERES.  677 

Ossun  (  le  inarquis  d'  ) ,  ambassadeur  de  France  à  Madrid , 
VI,  i3i. 

Oxenstiem  (  Axel)  ^  grand- chancelier  de  Suède ,  ambassa- 
deur en  différentes  cours ,  conclut  un  traité  d*alliatice 
avec  la  France ,  III ,  27. 

Oxenstiem  (  le  baron)  ^  plénipotentiaire  de  Suède  ^u  congres 
d'Osnabruçk»  III)  161. 

Oxenstiem  (  le  comte  Benoît }  ,  plénipotentiaire  suédois  à 
Nimâgue,III^  42g. 

Oysel  (  Clutin  d*  } ,  ambassadeur  de  France  à  Rome  9 II ,  65. 


Passano  (le  sieur)  condut  divers  traités  avec  Henri  yixi , 

I,  349.      • 
Fastrane  (le  duc  de  ) ,  ambassadeur  eztraprdinaire  d*£spa« 

gne,  II,  3i5. 
Paulmy  (  d'Argenson,  marquis  de)  9  ambassadeur  en  Suisse^ 

YI ,  I  ;  en  Pologne ,  i34* 
Pecquet,  secrétaire-rapporteur  du  conseil  des  affaires  étran- 
gères ,  IV,  41  a» 
Pembrock  (  le  comte  de  ) ,  plénipotentiaire  d'Angleterre  à 

Ryswick,ÏV,  i55. 
Penterrieder  (le  comte  de  ),  plénipotentiaire,  de  l'empereur 

au  congrès  de  Cambrai ,  V,  17. 
Pérouse  (M.   de   la)  ;  instructions  politiques   pour   son 

voyage  autour  du  monde  ,  VU  ,4^0* 
Perron  (  le  cardinal  du  )  obtient  l'absolution  d'Henri  iv ,  II  , 

Pettehum  (  le  sieur)  ,  résident  du  duc  de  Holstein  à  la  Haye , 

IV ,  260. 
Phalhon  (  Constance  ) ,  premier  ministre  du  roi  de  Siam , 

conclut  un  traité  avec  la  France  ^  IV ,  75.  ♦ 

Pkélippeaux  d'HerUÊùlt ,  secrétaire  d'état  pour  les  affaires 

étrangères  >  II ,  4^^* 

VU.  3? 


578  TABLE  GENERALE 

Phélippeaux  (  le  comte  ) ,  ambassadeur  de  France  à  Turin  \ 

son  arrestation  par  ordre  du  duc  de  Savoie  9  IV  9  223. 
Pibrae  (  du  Faur  de  )  ,  président  au  parlement  de  Par» ,  et 

ambassadeur  de  Charles  ix  an  concile  de  Trente  ,  II ,  61 . 

—*  Envoyé  en  Pologne,  92. 
Picoiomim ,  nonce  du  Pape  en  France ,  III ,  248. 
Pimeniel  (Antonio),  secrétaire  d*état  d'Espagne,   cbai^ 

d*nne  mission  secrète  en  France,  III ,  229. 
Pinard  (  Claude  )  ,  secrétaire  d'état ,  envoyé  en  ambassade 

en  Angleterre  ,  Il ,   loo* 
Piu  (William)  9  secrétaire  d'état  pour  les  affaires  étrangères 

en  Angleterre ,  VI ,  28.1 .  —  Ses  négociations,  809. 
Pléh  (firehan ,  comte  de) ,  ambassadeur  en  Danemarck  ;  sa 

mort  téméraire ,  V ,  70.  • 

Plèsms  (Charles  du  )  conclut  avec  les  Cantons  Fa  paix  jier- 

pécuelle de  Fribourg  ,  I,  3 12. 
Plessis-Praslin  (  le  comte  du  ) ,  ambassadeur  de  France  à 

Turin,  111,37. 
Poi/Uz  (Etienne )  ,  plénipotentiaire  anglais  à  Cambrai ,  V , 

53. 
PoUgnac  (le  cardinal  de) ,  ambassadeur  en  Pologne ,  IV^ 

1 39.  -^  Plénipotentiaire  à  Gertruidembergj»  289.  —  TS^é^ 

gocie  le  traité  d'Utrecht ,  3 1 2  e^  suiv, 
Pckê^arth  (  lord  ) ,  plénipotentiaire  anglais  au  congrès  de 

Cambrai,  V,  <7. 
Pombal  (CarvaUio  ,  comte  d'QEyras ,  depuis  marquis  de) , 

minbtre  d'état  en  Portugal ,  Vr,  179. 
Pomponne  (  Arnaud ,  marquis  de  )  ,  ambassadeur  du  roi 

en  Suède,  UI ,  33i  ;  en  Hollande,  369.  — Nommé  mi- 
nistre des  affaires  étrangères  ,  390.  —  Sa  politique  ,471. 
Poncher  (  Etienne  )  ,  évèque  de  Paril ,  négocie  plusieurs 

traités  avec  Henri  viii ,  roi  d'Angleterre ,  1 ,  343. 
Pomatofpskl  (le  comte  ),  ministre  dÉNPologne  en  Rusaie, 

depuis  roi  de  Pologne ,  YI  >  225* 


DES  MATIÈHES,  Ô79 

Pofdka  négocie  et  signe  pour  le  duc  de  Weimar ,  aTec  la 
France ,  IIl\  3  a. 

Pons  (  le  marquis  de  )  ,  ministre  de  France  en  Prusse ,  YII , 
245. 

i'o;y/a/i£/(  Bentinek,  comte  de  },  ambassadeur  d* Angleterre 
en  France  9  IV,   i83. 

Fotemhin  (  Pierre-Jean  \  ambassadeur  de  Russie  en  France , 
m,  36a. 

Potemkin  (  Pierre  ) ,  ambassadeur  de  Russie  en  France ,  IV , 
38. 

Potier  ^Ocquerre  correspond  avec  l' Allemagne,  loi  Pologne 
et  les  Provinces-Unies ,  II,  36o. 

Poyet  (le  chancelier)  signe  le  traité  d'alliance  avec  le  Dane- 
marck ,  II ,  6. 

Prié^Td.  de) ,  ambassadeur  de  Tempereur  à  Turin,  FV,  333. 

Prior,  plénipotentiaire  anglais  en  France  ,  IV ,  390. 

PiiuU^  ambassadeur  de  Venise  en  France ,  II ,  24^. 

Puydeux  (  Brulart  de  Sillery ,  marquis  de  )  ,  secrâaire 
d*état  pour  les  affaires  étrangères;  sa  disgrâce ,  sa  politi- 
que, 11,^56. 

Pujrsieux  (Brulart,  marquis  de),  ambassadeur  de  France  en 
Suisse ,  rv ,  247* 

Puydeux  (  Brulart  de  SiUery  )  ,  marquis  de  Puysieux ,  mi- 
nistre des  affaires  étrangères ,  V ,  35^.  —  Sa  retraite ,  VI , 
II. 


Questemberg  {le  baron  de),  .plénipotentiaire  de  Tempereur 

au  congrès  de  Coh>gne ,  III ,  70. 
Quiros  (don)  ,  plénipotentiaire  d*£spagna  à  Ryswîck ,  IV, 

i55. 


A 


58o         ■  TABLE  GÉNÉRALE 

R 

Rambouillet  (  le  marquis  de) ,  ambassadeur  du  roi  à  Tu-* 

rin  «  n  ,  321. 
Eandmc  ,  plénipotentiaire  hollandais  à  Utrecht ,  IV  ,  353« 
Rasponi ,  plénipotentiaire  du  pape  au  traité  de  Pise  9  III, 

3ii>. 
Rayneval  (Gérard  de  )  ;  sa  mission  secrète  en  Angleterre , 

y II,  343.  «--Fait  un  traité  de  commerce  avec  TAngle- 

terre ,  421.  —  Négocie  en  Hollande ,  4^^- 
Rechteren{^.  de),  plénipotentiaire  hollandais,  lY,  3i8; 

V,582. 
Refy  (Jean  da)  9  confesseur  de  Charles  yiii  ,  et  négociateur 

du  traité  de  Langeais  ,  près  Tours ,  I ,  a58. 
/l^//iom/'(Pierre),  premier  président  au  parlement  de  Rouen, 

négocie  la  paix  avec  Henri  viii*,  II ,  19* 
Revol  (Louis  de) ,  secrétaire  d'état  des  affaires  étrangères 

sOtis  Henri  m  et  Henri  iv ,  II ,  119  ei^suiv, 
Rheede^  plénipotentiaire  hollandais  à  Utrecht ,  IV ,  353. 
Richardot  y  ministre  de  l'archiduc  des  Pays-Bas  a  Yervins , 

négocie  ia  paix  ,  II ,  1 78. 
Richelieu  (Armand  du  Plessis ,  cardinal  de  )  ;  son  entrée  au 

ministère  ;  sa  sortie,  II,  3 16.  •'— >  $a  rentrée,  367.  — <- 

Ot>érations  de  son  ministère  ,  II  et  JII  ;  sa  politique ,  79. 
Rich^eu  (  le  duc  de)  ,  ambassadeur  à  Vienne ,  Y,  20. 
Rincon ,  ambassadeur  de  François  i«'  près  la  Porte  ;  assas- 

sine  en  Italie,  II,  9. 
Riperda  (le  baron  de),  ambassadeur  de  Hollande  à  Madrid; 

d'Espagne  à  Yienne ;  ministre  ,  Y,  ti). 
Risch  (  le  lord  ) ,  ambassadeur  extraor4inaire  de  Jacques  1*' 

en  France ,  II ,  399. 
Rôhertet  (Florimond)  négocie  avec  Alexandre  vi  et  le  duc 

de  Milan  ;  chargé  sous  Louis  xii ,  après  la  mort  du  ear« 

dinal  d'Amboise  ,  de  la  direction  des  affaires ,  1 ,  293. 


% 


DES  MATIERES.  58ï 

Robinson ,  ministre  pl