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Full text of "Histoire générale et raisonnée de la diplomatic française"

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Louis H« Roseberry 

FROM A GIFT 
TO STANFORD UNIVBRSITY BY 

Pouï^Hs Davis 



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HISTOIRE GÉNÉRALE 



ET RAISONNÉE 



DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE. 



TOME lY 



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HISTOIRE GÉNÉRALE 



ET RAISONNÊE 



DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE. 



TOME IV. 



HISTOIRE GENERALE 

ET RAISONNÉE 

DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE. 



SUITE DE LA V PÉRIODE. 



LIVRE IV. 

Réparation faite au résident de France à Génère. — « Intelli- 
gences de la France en Angleterre. — Traité secret de 
subside entre Louis xiv et Charles ii. — - Difficulté pouf 
les privilèges de l'ambassadeur de France en Espagne. — 
Mauvais traiteroens essuyés par le ministre du roi près la 
Porte. — Ambassade du czar au roi. — Satisfaction don- 
née à l'ambassadeur de Venise. — • Contestation pour le 
cérémonial à l'égard de l'ambassadeur du roi en Suède. 
—Traité de-paix avec l'empereur de Maroc. — Ambassade 
de Louis xiv à ce prince.— ■ Intelligences de la France avec 
les mécontens hongrois. — Conférences de Francfort. — 
Xrève de vingt ans avec l'empereur, l'Empire et l'Espagne» 
— Ambassade du roi de Siam. — Traité entre Loliis xiv et 
oe prince. — Traités de paix avec Alger , Tripoli et Tunis, 

L1670. 
A cour de France n'avait point encore de resi- ^Jr^r^ *! 

* r réparation aa 

dent à Genève (i); elle se contentait de choisir Résident d© 

\ / ' France a Gè- 



ne 7e. 



(1) Hist. de Genève, 
IV. 



LIVRE IV. 3 

Le roî' écrivit aux magistrats de la ville de 
Genève , qu'il voyait avec plajair qu'ils étaient 
e'trangers à cpt événement , et qu'itagre'ait qu'ils 
accor.dassent la grâce aux coupables. Les pri- 
sonniers ayant été amenés , et le plus criminel 
d'entre eux s'étant mis à genoux , Du pan , pre- 
mier syndic , lui annonça la grâce dont le roi 
voulait bien le faire jouir , quoiqu'il fût dign^ 
du dernier supplice. Le ré/jident fut reconduit 
chez lui aux,appljîudi5semens universels , et le 
dénoûment de cette affaire fit beaucoup d'bon<- 
neur à la modération, du ministère français» 
Chauvigny ayant été rappelé en 1680 , fut 
remplacé par Pu pré. 

La France , après avoir ôté à Charles ii la 1680. 
confiance de ses alliés , en lui faisant rompre de la France 
avec les Provinces-Unies, son traité du 28 dç *ç, °«««« 
juillet 1678, et le jugeant hors d'état de lui nuire, 
lui refusa la pension stipulée par le traité secret 
du 27 de mai 1678. Charles désespéré de se voir 
privé de cette ressource , rompit avec la France , 
et fut pendant quatre mois son ennemi ouvert. 
Après avoir fait languir ce jprince pendant quel- 
que temps , Louis xiv prêta enfin l'ioreille à ses 
plaintes ^et il fut question d'un nouveau traité 
de subside. La négociation en fut confiée à la 
duchesTse de Portsmouth et a lord Sunderland. 



^■i » ■ ■ 



(1) MéxD^ de la Graiide*Bretaga$ ^ d'AIrymple , 1. 1. 



>• 



1 



6 V« PÉRIODE. 

9 c'est un homme qui a un grand crédit «ur 1 es- 
9 prit de unlord Holles, et qui est fort considéré 
i> pnrmi les presbytériens. 11 m'a été fort utile 
9 en beaucoup d'occasions , et c'est par lui que 
9 j'ai été averti à temps, de ce qui se passe dani 
9 les différentes cabales : j'ai eu par la même 
9 personne une étroite liaison avec le sieur Lid« 
9 leston , qui est un des plus considérables de 
9 la chambre-basse, et dont les avis ont toujours 
9 éle le plus suivis. J'ai conservé aussi une cor- 
9 respondance particulière avec le sieur Poûcle. 
» 11 a été mis au conseil , lorsqu'on y mit des 
» gens opposés à la cour. Il s'est ménagé depuis 
V ce temps-là ; en sorte qu'il peut toujours être 
9 utilequandleparlements'assemblera.C*estun 
9 homme propre à remplir les premières char- 
9 ges de l'Angleterre. Il est très éloquent et très 
9 habile. Notre premier commerce est venu par 
9 le moyen de M ontaigu ; mais je l'ai entretenu 
» depuis cela , de mon chef et fort secrètement. 
» Le sieur Hatbord est encore de ceux de qui 
9 je me suis servi , et qui a beaucoup agi dans 
9 l'affaire du grand trésorier et du licenciement 
9 des troupes; mf|is il mé serait impossible de 
9 l'employer présentement. C'est un homme qui 
9 a assez de crédit parmi les gens des provinces ; 
9 il serait pjus propre si on voulait attaquer un 
» rtiinistre , qu'il ne le sera pour parler dans 
ji un parlement contre une alliance que la cont 



\ 



' LITKÉ IV. 7 

m 

B voudrait faire , et qu'on voudrait empêcber. 

» Ces quatre porsonnes on^t touché ce qui leur 
» avait été promis , quand le licenciement des 
» troupes serait fait , et que M. le grand-tréson- 
» rier serait hors des affaires. 

w J'envoie un mémoire à part , par lequel 
«votre majesté verra ce qui a été donné pour 
» cela , et pour quelques xiutres dépenses faites 
» par ses ordres* 

» Sidney m'a été d'une grande utilité dans bien 
» des occasions* C'est un homme qui a été dans 
» les premières guerres , et qui nalurellement 
j) est ennemi de la cour. On Ta soupçonné de- 
» puis quelque temps de s'être laissé gagner par 
» railordSunderland ; mais il me paraît toujours 
j) dans les mêmes sentimens, et n'avoir point 
3) changé de maximes^ Il a beaucoupde crédit 
» parmi les indépendans, et est ami intime de 
» ceux qui sont le plus opposés à la cour dans le 
» parlement. Il a été élu pour celui-ci. Je ne lui 
» ai donné que ce que votre majesté m'a permis, 
» Il aurait bien voulu avoir davantage ; et si on 
» lui faisait quelque gratification nouvelle , il 
» serait aisé de rengager entièrement. Cependant 
» il est dans des dispositions fort favorables pour 
» ce que votre majesté peut désirer, et ne vou- 
» drait pas que l'Angleterre et les états-généraux 
j> fissent une ligue. Il est fort mal avec son frère 
» qui est en Hollande , et se moque de' ce que 



f 



8 V« PÉRIODE. 

» la cour s'en sert comme d*un négociatétir. Jô 
» crois que cVst un homme qui serait fort utile , 

9 si les affaires d'Angleterre se portaient à l'ex« 
» tremitë. - 

» Depuis le temps qu'on a parlé d'une alliance 
» avec les e'tats-généraux et l'Angleterre , j'ai 
» pris beaucoup de soin d'entretenir les défiances 
9 que quelques gens des plus considérables du 
» parlement ont contre le prince d'Orange : ils 
» appréhendent que son union avec la cour ne 
y> rende le gouvernement plus ferme et plus 
» autorisé, mais à dire la vérité comme elle me 
» garait , je ne crois pas qu'il fût possible d'em- 
» pêcher que le parlement n'approuvât «ne ligue 
» qui serait faite avec les états^générauic pour 
» garantir la paix. Tout ce qui pourrait se pra- 
3» tiquer dans la suite (si cela arrivait ) , ee se- 

9 

» rait d'empêcher le parlement de donner des 
» sommes considérables 5 ainsi je ne crois pas 
» devoir proposer à votre majesté de faire pré*- 
» senteraent de nouvelles dépenses dont le suc* 
» ces serait fort douteux. Il sera toujours temps 
» de faire des gratifications, et d'en promettre à 
» ceux dont on voudra se servir, lorsqu'on verra 
» que le parlement doit s'assembler. 

» Si votre majesté croit que je doive encore 
» presser milord HoUes d'accepter la boîte de 
» diamans 5 je pourrais par le moyen de madame 
» HoUes , la faire accepter ; et je ne présume pas 



LIVRE IV. 9 

» qu'il fût si difficile qu'il l'a été. J'attendrai 
S) aussi les ordres de votre majesté, pour offrir 
y> quelque chose aux autres dont j'ai fait men- 
sftion , et je ne me servirai de la permission 
» qu'elle me donnera qu'en des occasions que 
y> je croirai essentielles pour son service. 

y> Je dois rendre compte à votre majesté de ce 
^ qui régarde Montaigu séparément des autres , 
^ étant engagé , comme il l'est , dans les intérêts 
» de votre majesté par des considérations par«- 
9 ticulières. J'ai eu assez de peine à me défendre 
^depuitsix mois, des instances qu'il m'a faites 
D pour le paiement de la somme qui lui a été 
j> promise pour la perte de M, le grand-trésorier. 
» Il prétend que la condition eàt accomplie de sa 
» part. J'ai toujours essayé de lui faire compren- 
3) dre qu'étant pleinement assuré de ce qui lui a 
»'été promis, il ne devait pas s'inquiéter que le 
» paiement se fit un peu plutôt, ou un peu plus 
» tard. Il neserendpoipt à mes raisons. Les deux 
«voyages que le sieur Falaiseau aTfaits inutile- 
» meut, le feraient résoudre d'aller lui-mêmesol- 
» liciter lepaiement de la somme qu'il prétend , 
» s'il avak pu quitter TAngleterre, dans un temps 
V où les affaires sont dans un si grand mouve- 
» ment , et auxquelles il a une très grande part. 

» Votre majesté se souviendra , s'il lui plaît , 
» que Monlaigu me parla au mois de janvier 
» passé , pour essayer de faire en sorte qu'elle 



ïo ^ V« PÉRIODE. 

j> voulût favoriser I& prétentioTi de MoûtnAôutb. 
» C'était le principal motif de son voyage ea 
» France , quand il fut airêtë à Douvres. Jtton- 
D taigu Connut bien dans la suite , par la retenue 
» avec laquelle je lui parlai sur cette affaire , que 
» votre majesté n'était pas disposée à soutenir 
» un dessein siidjuste, et qui paraissait alorâ fort 
» chimérique. Nous n'avons pas laissé d'avoir 
» un grand commerce ensemble, et de conserver 
» beaucoup de liaisons pour les autres affaires. 
>» 11 m'a souvent parlé de mettre milord Shaf- 
» bery dans les intérêts de votre majesté , et 
» prétend que ce ne serait pas une chose impos- 
3) sible , si on voulait y employer une somme 
» considérable. Je ne sais si votre majesté jugera 
» utile à son service d'y travailler présentement. 
» Ce serait un moyen fort propre pour susciter 
» de nouveaux embarras au roi d'Angleterre ; fet 
7) milord Shafliery serait encore plus hardi , s'il 
» se sentait appuyé secrètement de votre majesté. 
» Mais il ser^t difficile de le détourner des en* 
» gagemens qu'il a contre M. le duc d'Yorck , 
» et l'empêcher de travailler pour l'élévation. du 
» duc de Montmouth, ou pour celle du prince 
» d'Orange ; car ses desseins ^nt ass^ difficiles 
» à pénétrer , et peut-être a-t-il pour but prin-^ 
» cipal de travailler à l'établissement d'une ré- 
» publique , dont il essayerait d'être le chef. 
» Si votre majesté me permet de dire ce que 






tlVRE IV. tt 

» je péti&e qtif doit se faire pre'sentieinent à l'é- 
» gard de Montaigti , je croîs qu'elle rae com» 
• mandera de lui donner encore den assurances 
» positives du paiement de ce qui lui a été pro- 
» mis , et qu'elle marquera un temps certain 
» dans lequel ce paiement sera réellement fait. Si 
» après cela votre majesté vent, par son moyen et 
« par le moyen de madame Hervey sa sœur , ga- 
is gner des membres du parlement , je puis répon* 
» dre qu'on ne peut trouver deux personnes plus 
» propres à traverser tous les desseinjs de la cour. 
» C'est par Une intrigue de madame IJervey que 
» j'ai fait conserver à Bl^uxelles un nommé Bul- 
» strode , que Louvois me manda en ce temps-là 
Ti être utile au service de votre majesté. Ma prin- 
» cipale application a été avec tous ceux dont 
»j'ai fait présentement mention , de leur ôt«p 
» le soupçon que votre majesté veuille faire un 
> traité avec le roi d'Angleterre. J'ai néanmoins 
» observé de ne point donner sur cela des paro- 
35 les positives, principalement à milord Holles: 
35 je lui ai seulement dit en général que votre 
«majesté ne prendrait jamaisd'engagementavec 
»8a majesté britannique , qui puisse être pré- 
» judiciable à la liberté et aux privilèges des An* 
À glais. Je ne dirai rien à votre majesté sur le 
» sujet du duc de Buckinghain , parce qu'il n'est 
» pas ici présentement , et que votre majesté 
^ connaît par elle-même, de quel usage il peut 



i6 V PÉRIODE. 

» tureA presf^ntes^ il peut m'étre d'une grande 
» utilité pour les affaires de votre majesté. Ma— 
» dame Hervey sa sœur, est aussi savante que 
» lui dans toutes les intrigues. C'est une femme 
» d*un esprit hardi et entreprenant , et qui a des 
» liaisons et des commerces avec un grand nomi«< 
» bre de gens de la cour et du parlement; c^est 
» par elle que j'ai engagé le sieur Hamden et le 
» sieur Harbord , qui sont deux des plus consi— 
3» dérables membres du parlement. 

y Le sieur Algernon. Sidney est un homme 
» de grandes vues et de desseins fort élevés, qui 
» tendent tous à l'établissement d'une républi-- 
3» que : il est dans le parti des indépendans et 
» des autres sectaires , et ce parti-là fut le maître 
y> dans les désordres passés : ils ne sont pas fort 
» puissans présentement dans le parlement , 
7) mais ils le sont fort dans Londres , et c'est par 
» l'intrigue du sieur Algernon Sidney que Tua 
» des deux échevins nommé Bethel a été élu« 

» Le duc de Buckingham est aussi dans ce 
» parti , et croit même être à sa tête. Il y est 
» en effet, quant à l'apparence ; mais dans le 
j^ fond , c'est le docteur Hoes , qui est comme 
» le patriarche des sectaires, et le 'sieur Peu- 
» est le chef des trembleurs^ Ce dernier est uu 
» homm& de beaucoup d'esprit , fils d'un vice- 
» amiral d'Angleterre, et est fort riche : il est 
y assurément à la tête d'un fort grand parti^ 



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LI.VRE.IjV; 17 

» qft9»qïV'»ï ne parsii^f^pfu» ^m^ieti AflKQibléef 
y .pi4)tliqi|içs doDt il«(«3pf. exclus. . . . 
j A [}L.e service que j^^pujys tirer dç Si4pçy ne pa- 
]f râift j)^ ; car sqa çcynni^nca e^t ayeû dça gen$ 
» obscurs e^ cftçfef^s^i^îjW il efit intima, md du 
9 siewç.Jpp^es, qvfc ^g^ïlihQipm* |f» |4us«ay;iint 
» d^çfsl^ loi$del!Ap|^^rre; Il sc^A^çlsifijç^Uer, 
» silWw-Pîarti opposé à h cour e^t mpërieur, e| 
» que,\e fi9Ifltede.^.aflle>g?^:coI>te^te4çq|let- 
3^ qil^futre placer : ,1 ; . ; - 

»,Harf>p^d;ea^tle,mê«jyé.qHç dauf 

1» l'affaire du ;grapd trjq^i^jer«^lL|S4( atpi 4e Moa^ 
» tai^ui qfiais ils'n'qp^jpajf Iç^ mêmeis.liaiaona 
Tja^vw Jlcî 4w de WwtfPftttth. Av .çQirtraireii 
» celiqd-:çi;a.parj* ft^rfi.4wR lefl intérêt*, d«îprÀl»c« 
» d'Q;p^l>ge,^'ai «ng3géi>srJ:Uii bjB^i^Çf^PïÂegepa 
» for(tja<;cr^4jfeç§ danfiï> )paff i^inçô^ :§t.dÂpf il^PPr 
> drç4; . Slest; J»n homme actif et vigjl»»^ , paf 
» qui. j'si^Ç fopt ^)opa.ftyis^t qui a,^t.envi« 
» de. f^ir^MS^t fortune ap inpjjre^ 4e ,U. JE^iraoçe, 
» Mo^r^iffu 9e «it.q^;*upp p?irt^e 4f» li^isonf 
» qil^ luxiis ayôafl. .-. • 5 Jl yt * d'^Utrc^) gçp/^ 4^^ 
» je . ^ire . quelques set-yio4^«> . > , : . 

* teiu^^^Qi^^ d9nm ?u«»v 4? fort baw ,«?»> . H ^sj 
» fon w*iL4e)Wlpr4.€i»îs*ti4i^ SI du pottVoir 

* sur son esprit. Il a fait l'écrit que j'çRyoie k 

»'yt>tp.^ m^^^té ; je V^i fîût itradiiir^ e» ai^gjlais 
» pQSirjfîo. disjpîbuw :4e^5 cp^içft.. Ce^j «otte* d« 



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HISTOIRE GÉNÉRALE 



ET RAISONNÉE 



I>E LA DIPLOMATIE FRANÇAISE. 



TOME IV, 



* 



HISTOIRE GENERALE 

* ET RÂISONNÉE 

DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE , 

ov 
DE LA POLITIQUE DE LA FRANCE, 

Depuis la fondation de la Monarchie , Jusqu'à la fiit 

du règne de Louis xvi; 

AVEC DES TABLES CHRONOLOGIQUES 
DE TOUS LES T&AlTÏS CONCLUS PA& LA F&AHGI. 

PAR M. DE FLASSAN. . 

SECONDE ÉDITION, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE. 

TOME QUATRIÈME. 



1?— 



Il 

*» -I ,'■ 



A PARIS, 

Chez TREUTTEL et WÏTRTZ , Libraires , rue de Lille , 

ancien hôtel de Lauragais , n^ 17 ;. 
Et à STRASBOURG , même maison de Commerce. 



^^^^^n^^^^^^ v ^^m 



DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELEX. 

1811. 



i6 V PÉRIODE. 

» tureA preVntes^ il peut m'ètre d'une grande 
» utilité pour les affaires de votre majesté. Ma— 
» dame Hervey sa sœur, est aussi savante que 
9 lui dans toutes les intrigues. C'est une femme 
» d*un esprit hardi et entreprenant, et qui a des 
» liaisons et des commerces avec un grand nom«« 
» bre de gens de la cour et du parlement; c'est 
» par elle que j'ai engagé le sieur Hamden et Iq 
» sieur Harbord , qui sont deux des plus consi— 
» dérables membres du parlement. 

y Le sieur Algernon. Sidney est un homme 
» de grandes vues et de desseins fort élevés, qui 
» tendent tous à rétablissement d'une républi- 
» que : il est dans le parti des indépendans et 
» des autres sectaires , et ce parti-là fut le maître 
y> dans les désordres passés : ils ne sont pas fort 
» puissans présentement dans le parlement , 
» mais ils le sont fort dans Londres , et c'est par 
3> l'intrigue du sieur Algernon Sidney que l'ua 
» des deux échevins nommé Bethel a été élu« 

» Le duc de Buckingham est aussi dans ce 
» parti , et croit même être à sa tête. Il y est 
» en effet , quant à l'apparence ; mais dans le 
79 fond , c'est le docteur Hoes , qui est comme 
» le patriarche des sectaires, et le' sieur Peu- 
» est le chef des trembleurs^ Ce dernier est uu 
» homm& de beaucoup d'esprit , fils d'un vice- 
j> amiral d'Angleterre 9 et est fort riche : il est 
» assurément à la tète d'un fort grand parti^ 



LI.VRE.IiV; 17 

9 .pi4)^qi4çs doDt il(|(«3pt.^xclus. . . . 

I ) 

j ïK§je service que j^^p^i^ tirer dç Si4nf;y ne pa- 
^ r^tïPîis i car sqa ço/anPf^^Tfii^ «3t ayea 4^3 gen$ 
» obscurs e^ cftçb^Sti^îjis il eftt in|ini#. ?iîW du 

» d^flftl^loi^del^PI^Jerre* Il s^r^^çlsifiiç^Ueri 
» si;lç.,f>arti opposé à U cour est supérieur, e| 

» qujB.le fiftuite de,^.afbe>gî^îcoi>teqte4ç qw^^^ 
)^ qu^futre i>lace4 ..^ • 1 

9,HaarJ>pi:d:e$t, le (inévibé .^^e ff|i}gag6ai dani 
1» Taffaîre dujgrapd trjqsprîer.^His^t atpi de Mou^ 
» tai^u.; ipais ils'u)qp^j)a4 Iç^ mêi)tiei».liaiâ!Qu» 

if^v^e .le ,dw de Wçptfpp.tttli. Av .contraire ^ 

» celiM-^i|a.parHi ft^yfiid?»R lej intérêt*. 4wiprÂmî« 

» d'Q;p^^^,^[aijîng3gép8r>ki, blB?9WfipsÂ^ 
» foT^j^ficrç4jftç§daQft.(ejpafil©piç»^ 
» dm; .S';est;J*n homme actif et vigjl»»^ , paf 
» qui j 9ir4ç ft>jpt ^>çoa|?rYis ^t qui ai^tenyi« 
» deftiirçMS^.Iqrtane ap inpgre^ de lU^ JE^irauiQe, 
» Mj^unigu 9e »it,qp;'upp p*rt^e ,4es li^iisont 
» .qUft iipiis . ayoufl. .;. • Jl yi * d'autre») gçp/^ diQU» 
»j'e.tir^ quelques set'yio<Wv../> ^ • 

» jLe ,^e*ir du Ca)/j , j^^Went^du diyfi d^J^olar? 
» fon\W*fcdiBîiAUpr4€i»5*iidiA!l*5^ ^àvt pomyoir 

* sur son esprit. Il a fait l'écrit que j'çRvVPie, k 

» :y:oti?fe w^JjQ^ïé ; je V^i fftit Aradiiiiri^< en a«gjlais 
» posirjeiPtidistîrîbuOT deft fQp^i?fiu C^^j^ttesde 

IV, \ a 



18 v< PÉ-Kîôbï:, 

» libelles sont d une grande utilité ctaris-oétoiays^ 
» ci. C'est ce nrême du^Cft)8 qui fit, cet été', le* 
» remarques sur raUianéëJa^ecl!£sp£(grié \;^oot 
É les n¥ihiSt)^ès'ft:imit'ft)H' fâchés, ef ittirMehC 
» fort tottbàité en 'dycbVi^^ir'K'auteur. <-" = - 

» J'ai g^gtié un cottihfep dé : tairord Sittider-*- 
» landi'Bfômûié fe A%;^4|»i'iAe donne c(tl«lq[ue-^ 
j^foî^dè'btins avis. îëfcôhëervè'toiujouréîuïi bon 
» céttitttéfbè âVéélr^Wtiè^lrfûcK . 11 a ét^ 

9 assez malade ; il se porte mieux à 'prëftëtitl' Si 

3»rr}yét i 'll-aùra'belftlftttti^ de'crédi t dàhS «Lôn- 
. ji d^éë V éVfètA phÉi dé ^îfeH qu'on tie Tiinaginei 
» li'a'êiê% '\d chkiHbt\é hikt&iiué fois. Il est 
>emiiEtnnfj'dà diie de'Mbtafemouth, etpafrMà, il 
» est ^«^[yuelqute façon. pour le dîicd'Yôrck. 
^'-Monpilncipài Éôiil^^t ixra première 'applica- 
j» t ion bU^ md'en^i^ètdës^ens abdi^ëdités^dans 
i ^ te Ç^attéit en Vi ptourèmpêéher que fe^ al lâalnces 
» ne lu^së[it>^âp^>Qa?ëtfé'^ ët^'qu-èii^iié'dc^nnât 
«di^il'^iigè^t l^ôUr l^^^^sbiitémr. GeèS^riiltérét 
»'^ë«ât1itgd&'i)r^tfFë «il^jèkté;- Ihais à TégàM^de 
» l'avenir, yc vo*j -g'tté^^i^'^2^ 7)(H^ tnàjèité a 

i^urîi rêitfâànde T^kgki&r^, par ûtt tmc<minch 
u dêm^^ïie^^â^mi^ékè'ètiMinique et de ^onpar- 

^ n^^iPé^ tn^AjéSté <^i^<Ài ifae l'élévation du duc 
P^é MdâtWduth jrpeâtt'lîO^triblier beaucoup; 



/" 



LIVRE IV. 19 

1» ainsi j^atbherché les moyens deie traverser 

y^ et êe reculer ses prétekitions , sans m 'exposer 

» à être sibupçonné de favoriser le duc d'Yorck. 

>» Il fut averti, il y a deux joues, par Hisrbert, 

» qu'il était venu un courrier èxprèsdu prince 

)i d'Orâfige , pour offris à sa majesté britannique 

» son secours, et tout ce qureat en son pouvoir, 

3» en ca« que les affaires se brouillent ici. C'est 

» ce qui a fondé le bruit que les^ états^énérauz 

'» offraient d'entrer dans tous les intéréto>.d^ sa 

j» majesté britannique. Cela est assez répapdu 

» dans le parlement , et produit un mauvais 

» effet pour eux. J'ai crà qjae je devais-pYeqdre 

» ce temps- là pour fortifier encore le roi de la 

x> Grande;- Bretagne, en* cas ;qu'il :soit capable 

yf de prendire) une boune ^ésoluiîon , et lui/éAw 

» le scrupule que votre majesté soit.n^Toidie 

» de rài^er:,:s'il' était le{ij;uiie;ti^p<étroît(^ Ijai- 

j> son ay0ér.k-.priQee, diQran^ii «Pour cela, j'ai 

3» chargéimilordSaintiAdbTau d&'lui:dijre, qufs le 

ji^ : dékiti (sincèçe c^u -a^ sa ipaje8Jt&>br}tahniqueT, . ne 

>i seraopcittoftiftetbrdié par {a- $;onsidérsitipric|ies 

^3» intérêts du (pDÎnGe.d'Orangé ; et que: votre' 

. 31 ; mâîestétc0|isen ttra qfue Jesi mesures qui» swoat 

3» prises; «iltcè i elle ; et* ^^^maf9!^té .britatwkjue , 

3» ne soientupointteontirairâDtiuifj in tentions du 

9 prihdê;J6»[un» mot, qHëTcinio^ M la mai$Q0 

. »:ToyBà^d'àkighifisreineéetA^itA tual^ioa^par 

9 votre majesté ; etijue s'il«y(ade£le$p'édiienfii.qtti 



%o V* PÉRIODE. 

» paîftsent faire subsister sa majesté britaimi- 

» que/ sans se soumettre entièrement à des su- 

•»'}ets^ ^votre majesté les £aciliiera de sa part» 

.» autant qufil sera en .aon pouvoir^ Vw bien 

K^^hajrgé milord Saint-rAlban de faire valoir au 

j» roi de 'la Grapde «^Bretagne la , considération 

«qoe vptre majesté a en cela pour ses iotéré^s, 

}» ppéférablement à tourtes des .i*aisK^ns -qu'elle 

>» :pourr^it atoii* de< s'otppoier à! la grandeur du 

ijy pbinéeid'Oraiijge. Miiord Sain tAlbsmi m'a dit 

u» quQ ie roi de la (Grande-Bretagne arait reçu 

<» cette ou vei^to#e'ia(veb beaucoup de! joie 9 et 

-» qu^;l'a!rai(' chargp de m'en remeircif r v mais 

i» ce prince ne >sfest point encore oHifert sur la 

M> conclusion'd'fan traité , et par-là^ il parait qu'il 

'^ n'est |>as ^ encore déterminé à: casser le ^ar- 

• » J'ai crusi^SJre,' • que l'avancé que jat faite à 
i»'^a majesté 'ttrii^iinique, nepçuvait produire 
t^ quf un bbiii' effet; riVàtre majiesté m-a ddnné 
^)»i ordrp ^ de ifadooisep . rplutot- ' (a prétention du 
^s^priticfe dlOrangeKJ[ue>qelle deiflôxttnjottth* le 
^ii^&e lêt^ûrrais: faire dans le ^paarlemenC, sans 
}|i^ (iHéi dispiiéditepf entièrefieni; , et iperdrele. fruit 
t i»^eî«(WféSvles^lianisons)què'j'y ai faites ;<Ji2aÎ6j les 
ui)i«itttitiotisi dei^rotré(;xilaJLestéaui;aieot(lieur ef- 
i# l6t;t êi ié' prineél d'Qr^Uge: «mpoTtatt la ba- 
'^1^ 4^(1^ dans 4> esppst de^sa miajiesli^d^fitaQnique , 
i¥isut»iéd^cdé»tMk)i^tmiout)i.rf ; , . 



N 



LIVRE IV. ^i 

» Après ce que votre majesté m*a mandé sur 
B cela j je ne me donne plus la liberté de penser- 
« que l'élévation de Montra ou th sérail upe oc». 
» casion de'trouble pour long^temps , en Angle- 
n terre, entre deux familles qbi prétendraient à 
» la cotironne. Je me renfeume k ce que votre 
» majesté m^a prescrit , et je ne peMhrai point 
» l'occasion de traverser les préteniîoos du duc 
» de Montmoutfa , quand je pourrai le faire avec 
» succès. Je reconnais que votre majesté doit; 
» empêcher qu'il ne serve de prétexte à une ilélirr 
» nion , et qu'il ne s'établisse en sa personne une 
p royauté û faible, qne ce sefait dans le fond. 
M une république. G'e^t sur cela que |e dîrige>^ 
N rai ma conduite. Cependant je ci^ois qu'il esl 
» de la prudence de ne rïén faire paraître d'une 
» telle iutention. etc. » , . .... . 

L'ambassadeur Barillôb fit projpôsçr éa t68or> xesa. 
à Charles n, par lord Saint-Alban ^ un nouveau de subside en- 
traité avec la France (i) ; mais ce priiice tinf rt'auSw^n! 
la négociation en suspens, depuis le mois «de 
déceibbre 1680, jusqu'au ^6 tfé'riiâts i<6éi , 
soit qu'il ti*ouvât les éoriditioiis de la ffMi^ 
trop dures , soit qu'il espérât de Ffifr^éût dW pai*- 
îement. Mais quand il vît que lion-seuïééfcént 
les communes lui refusaient tout Secours d'iit*- 
gent, Tiiais qu'elles avaient empéiihé Ae^* pfar^ 

■■ — 1: ! '■ : \'J.i.' — ' '^ V ■'■ 

(i) Méni* sech*eu de la Grandé-iit^ta|fïie ;^fl'jbt^B}^ 



• 



t 



aa V PÉRIODE. 

ttculiersde lui en prêter, il se hâta de conclure 
son traité avec la France le a4cie mars 1681 , et 
cassa quelque jours après le parlement 4 avec 
la résolution de ne jamais en convoquer d'autre. 

Les «Conditions du traité étaient que la France 
lui donnerait deux millions, la preoaière année, 
et cinq cent mille écus, chacune des deux an- 
nées suivantes ; à condition qu'il se détacherait 
peu â peu de ralliancë de TEspagne, et qu'il 
prendrait des n^esures pour que le parlement 
ne fit rien de contraire à ses engagemens. 

Barillon pressa Charles 11 , mais inutilement, 
{>our que ce traité fût couché par écrit, mais il 
resta verrai, et fort secret; car à l'exception de 
lord Hyde , personne n'en eut connaissance, pas 
ménie le lord Saint-Âlban, qui en avait été le 
premier entremetteur, ni la duchesse de Ports- 
moûth à qui le roi affecta de n'en rien dire, 
afin que si' la chose venait à transpirer , elle 
pot affirmer avec vérité qu'elle y était étran- 
gère. 
, Dans le compte que Barillon rendit à sa cour, 

de ce. traité ,; il y avait quelques expressions qui 
emportaient que la France n'attaquerait point 
les Payis-Bas , rn Strasbourg; ce qui fiit ensuite 
matière; .à contestation., aussi bien qise le mon- 
.tant 4ela:pjension accorAée à Charles ; inconvév 
juienj: ordinaire des traités secrets et verbaux. 
lord Saint-Alban ^ ayant fait entendre à 



■ 

1 



I 

1 



LIVRE IV. a3 

l'ambassadeur de France , qu 'il s'atteadlaità une. 
récompense pour le service qu'il avait rendu ^ 
son m^îtrjç dans cette occasion , Louis xiy lui fit 
donner la boîte enrichie de diamàns^q^f^.lord 
HôUes avait refusée, et qui était estiinéeiqpjn^e 
cents livres slerlinfis. Ce méjpie prince écrivit à 
Barillouy au commencement de 1680 , d offrir 
dix mille pistoles à Sunderland , et cinq mille à 
la duchesse de Portsmouth , avec projpiesse de. 
renouveler les présens, s'ils retenaient Charles 11 
dans les intérêts de la France. 

Cependant les nouveaux empiètemens de^, 
Louis XIV dans les Pay^-jBas, et du côté de 
l'Allemagne en 1681 , mirent Charles 11 dansd/s^ 
grands embarras, parce que, tandis que les Es-* 
pagnols le persécutaient pour leur fournir leS; 
secours promis par le traité d'alli^^nce du 10 de 
juin 1680, la France le menaçait de retirer son 
subside, s'il secourait l'Espagne. Âuss^ce rao«> 
narque s'exhala- t-ii en reproches et en plaintes 
réitérées, sur ce que le roi de France violait l'en- 
gagement qu'il avait pris avec, lui ^ de ne point 
attaquer les Pays-Bas. Il lui représentait qu'il ne 
pouvait demeurer, dans l'inaction , sans s'expo- 
sçr au mépris et à la b^ne de son peuple et de 
ses ministres; mais Louis xiv, loin d'avoir, égard 
à ces remontrances, osa liiéptiepropo^r au roi 
d'Angleterre de ne point traverser le dessein qu'il 
avait sur la ville de Luxembourg, qu'il demandait 



I 



a4 V« PÉRIODE. 

coirime l'équiTàlènt de ses prétenfiions sUr la 
Flandre. • : •:•• 

AjJrès plusieurs conférences, Chàrfé^'î/, qui 
âU fond ne voulait que dé Tàrgerit , acquiesça à 
tin MHtion d'augmentation de subside ou de 
[pension , et consentit à laisser prendre Ltixem- 
bourg par la France. Comme il fallait pburtant 
eu iinjiosèr au public, il se porta poui* arbitre 
entre la France et rÈspagne ; et si celle-ci eût 
accepté sâ tnëdiâtioh, il aurait adjugé Litxem- 
bourg à Louis xiv; mais l'Espagne l'ayabt reftt- 
se'e , ce réfds servit dé prétexte a Charles li; pour 
ne point troubler le mdtiârqûe français dans ses 
acquisitions. 
CottMiâin^ Les liaisons de Charles ii avec la Frart'ce fu- 

tions sur les , , 

liaisons de rcut pour lui unc source de désagrémens : i*". Le 
avecUFran- traité secrct de Douvres devint presque public 
par les indiscrétions de quelques persôftnèsf at- 
tachées au cabinet de Louis xiv ; 

^^. Charles ii, deux ans avant ^à hîort ; fut 
malheureusement ihstruit' des liaisons que Isi 
France entretenaif depuis lorig-tenips Avec l'op- 
position , on le parti j[idpulàire ; 

5"*. La France refusa de côhtitiùèr âiui payer 
le subside promis eh 'lôBi , sôît qfl'èlle crût 
n'avoir jilus besoin de lui , jugeant sa réfcuhcilià- 
tion avec le prince d'Orartge ihi'posàîhffe', soit que 
le dérangement de ^es propres financeîi la dis- 
pensât de tenir des engagemens qui n'élaïeot ni 






LIVRE IV. iS 

aiithestiques, ni purs. Charles sentit pour lors* 
dans quel abîme il était tombé ; une 'noire mé- 
lancolie empoisônnale reste de ses jours, et peut*' 
être d^régea sa triste vie. Au reste, si ce itio^ 
nîrrque offre un fâcheiix exemple du désordre et 
de Tavilissement où peut tombés un souverain 
livré àFinsouciance i et dominé par les maîtresses 
et les plaisirs, il donne aussi lieu d'observer que 
Louis XIV , en nourrissant les factions de l'An"^ 
g^terre , prépara l'explosion qui renversa^ le 
trône dés Stuart ; catastrophe dont il eiit à gémir, 
et qu'il tenta de néparer par des efforts toujours 
mfruetueux. 
. Après la paix de Nitnèsnie , Lotris xiv avait 1680. 

, ^ 1. » 1, V A ^ Difficile 

envoyé en Espagne , en qualité d ambassadeur ; pour les priTi- 
le marquis de Villffrs , qui , avant la guerre', y b^ssadcnr'îb 
avait le même caractère (1). Il arriva à Madrid ^^^;"* ^'P'" 
an moisrde juin 1679', et trçuvà la monarcbre 
e^s^nole gonvèrhée par don Xtiaù d'Autriche,' 
frère bâtard et premier ministre de Charles tt i 
prince aussi &ible de corps qUe d'eéiprit. Le 
marquis dé Villars eut, en i6fi|o ^ atec le miniiâ^ 
tère espagnol , une difficulté asdez vive pour le 
fait suivant. 

Les ministres étrangers avaient à Madrid, deux 
privilégeé. Le premier était d^âvoii^ tiu arrôh- 
dissement autour de leur palàld^ ilaos lequel 

•■M»— .— ii— 1— ■ I I I f « ■ I I» I I i l II I I 



t^mmm^mri^tm 



(t) |;tat ât^rËspaçnë, manlis^r. îh-lbK , btbi. de VÉitiiml 



• t 



a6 V^ PÉRIODE. 

*aucûn officier de justice ne pouvait esefcerSes 
fonctions ) Isa ns la peraii^siôQ de l'ainbassc^deur, 
ni .même passer avec Je signe de sa charge quiî 
est une baguette blanche. L'autre privilége.éiait 
, une exem pt ion des droits d'entrée pour les objeta 
de la consommation de l'ambassadeur. 

Cette cjernière exemption ayant amené dca 
abus , fut convertie en une somme annuelle de 
seize mille francs, donnée à chaque ambassa- 
deur par le roi d'Espagne. Mais quant à J'exemp-; 
tion de justice des ministres étrangers, elle avait 
été observée avec tant de rigueur , que quel-, 
ques-uns avaient fait pendre à l'instant des of* 
ficiers de justice , pour avoir Violé ce privilège, 
et les plu& modérés les avaient fait maltraiter. 
Il arriva que sur la fin de janvier 1680, le cor- 
régidor de Madrid , accompagné de ses algua* 
zils, passa en plein^jour dans le quartier de l'am- 
I bassadeur de France, qui n'en fut averti qu'apt^èa* - 
son passage ; mais il ne laissa pas de lui envoyer 
dire qu'il devait savoir qu'il itvait violé sespri- 
viléges , et qu'il prît garde à ne pas les enff^in* 
dre de nouveau. Le corrégidor s'excusa sur ce 
qu'il n'avait pas su que ce fût le quartier d6 
l'ambassadeur; et cependant, dix jéavs après, 
dans un temps, que l'ambassadeur était hor& de 
chez lui , il traversa de nouveau son quartier. 
L'ambassadeur s'en plaignit aux ministres. La 
réponse signée d'un secrétaire d'état, fut que le 



LIVRE IV. ; ^17 

roi, en conséquence d'une déclaration de 1671* 
ayant résolu de traiter à Madrid, les ambassa- 
deursile chaque prince, comme ceux d'Espagne 
rétaîent à leur cour ; sa majesté catholique avait 
considéré qu'en France , l'ambassadeur. d'Espa- 
gne n'avait aucun privilège, ni juridiction hors 
de son palais , à la porte duquel la justice pas- 
sait ; et qu'ainsi , çUe entendait qu'à l'avenir , 
l'ambassadeur de France n'eût pas plus de pri- 
Tilége à Madrid, que celui d'Espagn^n'en avait 
à Paris. 

Le marquis de Yiltars répondit , « que son 

» souverain entrerait volontiers dans une réci^ 

» procité de traitement pour jes ambassadeurs 

2> respectifs ; mai^ que pour prendre des déci ^ 

9 sions plus justes à cet égard, il représenterait 

i> à sa nrajesté catholique le^faveurs particulières 

» dont jouissait en Francje l'ambassadeur d'Es- 

y pagne , lequel entrait chez le, roi et la reine 

h quand il vouls^U , sans demander audience , 

» accompagnait le roi à la chasse et en d'autres 

y rencontres , sauf permission { assistait assis 

9 aux fêtes et aux cérémonies publiques , et 

1» allait à six clu^vaux dans Paris, quand il vôu- 

9 lait. »>I1 ajoutait ; « qu'il ferait part au roi , son 

]» maître , de la déclaration qu'on lui avait faite, 

» et demandait que provisoirement on laissât 

» les choses dans le même état , jusqu'à ce, qu'il 

9 pût recevoir If s wdres ^e sa majesté. » 



i8 ■ V« PÉRIODE. 

Le secrétaire d état adressa à Tambassadeur 
une seconde note , portant que le roi ayant vu 
sa réjJonse, persistait dans sa première résolu- 
tion , et lui ôtait à l'avenir les induiunîtës et 
franchises du quartier. 

La cour de France fut fort blessée, et chargea 
son ambassadeur de demander à celle d'Espa- 
gne, une satisfaction publique, comme d'une in- 
jure personnelle qui lui était faite. 

Le duc de Médina-Céli , premier ministre , 
répondit au marquis de Viliars, quen 1671 , le 
roi d'Espagne avait déclaré que les ambassa- 
deurs et ministres des princes étrangers qtii 
étaient à Madrid, n'avaient point.de quartier 
privilégié ; que s'ils en avaient joui depuis , ce 
n'avait été que par tolérance, mais qu'afin que 
celui de France n'eût pas sujet de se plaintîre , 
on ferait à tous les autres ambassadeurs, la mêflie 
déclaration qu'on lui avait faite. 

L'ambassadeur répondit, « qu*une pai*eille sa- 
» tisfaction lui paraîtrait plutôt une injure ; qtie 
» l'ambassadeur de France, d'après les liens qui 
» unissaient les deu^ cours, pouvait bien attirer 
f^ des grâces aux autres ambassadeurs^ mais non 
» pas leur faire perdre les avantages qu'ils 
» avaient déjà; qu'ir ignorait la déclaratioiî de 
» 167 1 ; que depuis, il avait été pi us de deux ans à 
» Madrid, ambassadeur avec tous ses privilé^eis', 
» qu'on ne les ôtait présentement qu'à lui seiil f' 



/ 



LIVRE IV. ag 

]> et qu'il en demandait le rétabU^t^nient d'une 
> manière qui pût satisfaire le roi son maître. » 

I«e lendemain , le marquis de Villars eut au- 
dience du roi , auquel il présenta une lettre de 
créance spéciale pour ceUe affaire, et lui fit 
^ considérer que le sang , les alUanoes et la paii: 
nouvellement jurée» se.mUiifiPtéltre un g^trapt 
des égards dus à sa majesté très .chrétienne , 
.'laquelle espérait recevoir d6 lui dans cette occa- 
ttiou , touli ce qu'elle avait li0u d'attendre de sa 
justice et de son amitié. 

Cette affaire fut portée au conseil d'état, et- 

^la satiafactioD eiûgée par la cour de France fut 

-accordée^ eujsiDrte qjae le 1 4 d'avril, le mai;quis 4e 

los Balbasès vint trouver i'ambaasadeiur , et l^i 

.remit un éorit signé de lui, portant que le rpi 

d'Espagne ayant ubargé son ,aml>as$adeur çn 
'France, de la satisfaction et:de la.i?épansç.àja 
(lettre du roi très, chrétien , iui^avpit. cpm4[i9.n4é 

en même teAips de venir nssuc^r L'api]bass.ad^ury 

qu'en conRiflération des UAÎMDStd^àMng e(.4V 
,'mitié qui ùnissAÛenJt ieura tu^j^té^ et ppur f^ire 
jeoonait «ei aiN:ioiitrès cl^rélÂen, : le idéair qu'il ^avgit 

de le satisfaire, il conservait à raii^l>aS9ade)i^Ç:^e 

-Sramee , J'i^muiûtéi et l6.pj»Rilég!eiliç.JS|pnj<îPa^ 
uf^ ; etqu'à l'/égar^dea irlgv^bjisw, dçS) entrées , 
jce nWâittpoftPit éiBé ^on into^M0ièi^e^499 lifi ft^f 
«et^quelles Jui. auraient étépia^éÉS > ViLejx avait 
fait demander l'indemnijt^f, . , - .. 



M 



« 



3a V« P.tRiOttE. 

Cuillei^qg^ue^ fut iiivUe pax'ua chiaonx^ 
r^pdre à Taudi^nce du ¥Wr .; I/>r8qu'iL bÉk-mriré^ 
of:x Y.ouIal;!le faire asseoir, aùr uo tahooiret^ hors 
dp sophd^ (^4U;U reCuM^ et pr^ le parti de par^ 
1er debpi|.t. Ajpçès.unç ..1^3ea:TjiVe conte&iafîao à 
Sft »Hi^t^:.^>il J^bfiPuduUït ^ï\s la chambre d'au^ 
^iiQOce.l^'grap^visîr y iéfaot jâtrtre.prBsq^!acii&« 
9itôt 9,$alM^/^tllerague9^ ei mqnrfàflanie soph^r) 
911 un \s}4§/^ Im ;CtAilt..pre|>ahB.' Les okiaoï^ri: ep 
pré$enlèri«»H»iM]) aiUr,e.aii(b^s:du !Soplia, àilaiti^ 
l^^asad^^r t;i i»mâ(}ilâe. re^ouncMii fièrëiBeÂt'^^^en Je 

§ng9g^Pfti teigoftlid- visih à.Qn^onner quoi) ne 
l!iiiipofitiM^J:f|>)«d.;S^r cet '^cUi:!» ; ^aîâxn. en-? 
tr4Qt .«ti!0%si(i^r^9 il t iiUÎ :dttt quedluquesne avait 
âféf4ur]Ji^'|{}hètâau )de.Chid, abatt» plusieurs 
\qt^ifiPll^)^Xuméi4&s inaaqâéé94::que lezgcanift 
9Q%nQURt^^.f<^rt irrité ^,c*:(|ti» lié seutrâojea 
d0 rf9;p9i^ nMtïiit jdeipajeriê dommage fait pà« 
1^ iÇr^lj[tÇWP,4yî^Ultf .7'5p boûrafiô^pu 3,76,oQotéc,u& 
. ;Qtiiiy^|giMf liQ|)9<iditi *^^«f/d<ieilfis yaf s^eauxid» 
f, fioi 9>^f ^ ti^n: lait iqui pût. ahoq^^r^A» Ua«r{ 
»i i^As^iMWlei^lW'r Sfifiafiiû^/teirwpture «atj^eJ^ 

^:m<<l>AMi0f âr^^iqve,K^,pj9ac3tiiÂi9re partput 



LIVRE IV. 33 

Le grand^'TÎsir lui répliqua « que les Français 
j0 auraient dû porter piainte^u grand-seigneur, 
j» qui leur eût fait rendre justice ; qu'il eût enfin 
D à se décider à payer les 760 bourses , ou à s*at« 
3) tendre d'aller aux Sept-Tours. » 

Guilleragues lui dit « que la prison ne Téton* 
9 nait point , mais qu'il le priait de se souvenir 
^ qu'il était ambassadeur du rbi de France , as- 
» sez puissant pour le venger , si le droit des 
^ gens était violé dans si personne. » 

Les menaces du grand-visir se bornèrent à faire 
enfermer le cheval de* l'ambassadeur dans ses 
écuries , et à faire mener Guilleragues dans la 
chaibbre du chef des chiaûux , qui est proche 
du divan. Là , on lui envoya offrir toutes les 
viandes et les rafraîchissemens qu'il pouvait dé-« 
sirer. Il refusa tout , et se fit apporter de son 
palais les choses qui lui étaient nécessaires. Tout 
le reste du jour , et le lendemain , on continua 
à le menacer de le mettre aux Sept-Tours , s'il 
ne donnait satisfaction à là Porte ; mais Guilre*- 
ragues persista à dire qu41 était disposé *à tout 
souffrir , plutôt que de consentir à aucune pro* 
position qui blessât l'honneur de son souverain , 
et que tout ce qu'il pouvait promettre , était ifn 
prient de curiosités de Fràn'çe , mais enjtopn 
pi^opr^ nom ^ et non en celui deson maître. Le 

H ■ ■ ■ ■ ■ I ■ . ..m^ .... •. ■ / 

(i) Mtfrcore-Gala&t , février 1682. 
IV. 3 



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oa 



LIVRE IV. • 35 

s^il ne voulait rïeaajouter aux prësens qu'il ^vait 
promis, lui accordant deux jours pour se déci- 
der. Guilleragues fit paraître la même fermeté. 
Lré grand-visir ayant enfin dit à ses drogmans 
<ju'il l'enverrait chercher , pqur lui apprendre • 
lui-même ses dernières résolutions, Guille- 
jagues leur déclara qu'il ne voulait point lui 
parler debout , ainsi qu'il l'avait fait dans l'af- 
faire de Chio, et souffrirait plutôt la mort que 
de consentir à prendre place au bas du sopha. 
L'ambassadeur se rendit avec ses trois drog<- 
nians chez; le kiaîa , avec lequel étaient le reis- 
effendi et le chaiouiL-bachi. Le kiaïa Voulut Té-» 
branler par de nouvelles menaces , et lui faire 
sentir que , même conformément à son billet , 
il s'était engagé à faire un présent qui fût agréa^ 
ble au grand-^seigneur. L'ambassadeur répondit* 
qu'il entendait le mot agréable dans un sens 
différent de ce qu'on l'entendait à la Port« ; que 
ce qu'il avait promis, devait être composé de 
choses que sa hautesse agréerait comme belles, 
rares et curieusîes ^ et non comnie riches et d'un 
prix extraordinaire ; et qu'un gentilhomme ne 
pouvait point avoir assez de présomption pour 
croire qu'aucun présent offert par lui , pût être 
digne d'un empereur , tel que le grand-seigneur ; 
qu'il n'avait point fait part de son engagemeift 
4 sa cour ; et que si elle était instruite des pro- 
positions qu'on lui faisait ,. elle poi^rrait en té^ 



/■' 



36 • V^ PÉRIODE. 

moigner sa juste indignation. Le kiaïa alla rendre 
compte plusieurs fois de Tinébranable fermeté 
de Tambassadeur , et surtout de sa résolution 
de ne plus sortir des Sept-Tours, une fois, qu'il 
y serait entré , sans un 'ordre de sa cour. Cela 
fit changer le dessein qu on avait formé de le 
conduire aux Sept-Tours , quoique toutes le^ 
mesures eussent été prises pour cela. Le kiaîa 
revint alors à Guilleragues , et dans les termes 
tes' plus honnêtes 9 lui demanda un diamant de 
5o,ooo livres pour sa hautesse ; le reis-effendi 
qui se joignit à lui y ne fut pas plus heureux. 
Ils se retirèrent , et le kiaïa , après une confé^ 
rence d'une demi-heure avec le grand-visir , 
revint et réduisit le diamant à dix mille écqs : 
il eut Je même refus , et ayant encore diminué 
ce prix de moitié , il n'obtint rien davantage. 
Alors il dit aux drogmans qu'ils se jetassent aux 
pieds de l'ambassadeur , et lui baisassent le bas 
de son habits, en lui faisant connaître que s'il 

^ refusait ce diamant , il fallait qu'eux-mêmes , 
comme sujets de la Porte , engageassent touJC 
ce qu'ils avaient pour le donner. Guilleragues ^ 
surpris de la bassesse de l'expédient , se leva 
avec mépris , et se retira dans son appartement 
sans rien répondre. Cette conduite de l'ambas^ 

. sadeur frappa d'étonnement tous les assistans > 
d'autant plus que tout le iponde était persuada 
qu'il allait être conduit aux Sept-Tours ; ce qui 



LIVRÉ IV. 37 

semblait confirme par l'arrivée de l'aga des janfs- 
saires avec quatre cents soldats. 

Deux jours après cette singulière confe'rence , 
Hussein-Aga , grand douanier , vint trouver 
Guilleragues ,' pour examiner , suivant la cou- 
tume , le présent destiné au grand-seigneur et 
au grand-visir. L'ambassadeur lui dit qu'il man- 
quait quelques pierreries à son présent , et que 
ne se connaissant point assez en diamans pour 
les bien choisir , il le priait de vouloir bien les 
acheter , et d'avancer pour quelques mois l'ar- 
gent nécessaire. Hussein-Âga répondit qu'il ne 
pouvait rien lui refuser , et en effet , il vint 
quelques jours après, avec les pierreries. Guil- 
leragues fit servir une collation où il y avait des 
fraises qu'il faisait venir "dans son jardin. Ce 
fruit que le grand douanier. ne connaissait pas , 
lui plut beaucoup, et il lui en demanda un plat 
pour le grand-seigneur , qui ne le connaissait 
pas non plutf. 

Guilleragues manifesta au grand douanier son 
désir que son présent fût porté par les personnes 
de sa maison ; nouveauté qui fut accok*dée , 
quoiqu'elle choquât les usages de la Porte. En- 
fin , le présent de l'ambassadeur , qui d'abord 
avait été porté chez le grand -visir, fut offert 
à sa hautesse. Après son dîner \ on fit avancer 
les gens de l'ambassadeur. Son chancelier , son 
secrétaire , un négociant ^ les trois drogmans de 



3Ç V* PÉRIODE. 

la Porte , et dix valets prirent chacun une partie 
des prësens , et les présentèrent au sultan^ qui 
était assis sur une espèce de trône , entouré de 
son fils et de ses principaux officiers. Le présent, 
objet d*uue si longue et si vive discussion , con- 
sistait daoB une petite boîte pleine de pierre- 
ries , deux fauteuils artistement travaillés y un 
grand miroir de Venise , orné de moulures d'ar- 
gent 9 cinq pendules y un tapis des Gobelins , et 
plusieurs pièces de drap , de satin , de velours 
et de brocard de Venise. 

Quelques jours après , le kiaîa vint déclarer 
à l'ambassadeur , eh lui remettant le billet par 
lequel il avait promis quelques raretés de France, 
que son présent avait été agréable à sa hautesse. 
La conduite courageuse de l'ambassadeur donna 
une si haute idée de la puissance et de la dignité 
du roi de France /que le grand-seigneur voulut 
avoir son portrait. 
i68f. Théodore Alexiowitz , czar de Moscovie , en* 

du ciàt an voya en 1681 , à l'imitation de son père Michaï- 
lowitz , une ambassade au roi. L'ambassadeur 
était Pierre , fils de Jean Potenàkîn , qui était 
déjà venu en France, en 1668. ïl était accom- 
pagné de son chancelier. Il fut reçii à son dé- 
barquement à Calais, par Torf , Tun des gentils- 
hommes ordinaire, du roi , qui le conduisit à 
Paris. On le défraya sur toute sa route; usage 
observé à Tégard des ambassadeurs extraordi- 



rui. 



LIVRE IV. 3{^ 

naiîes^ des princes orientaux , parce qu'eux-mê- 
mes en usent ainsi à Tégard des ambassadeurs 
qu'on leur envoie. 

Le maréchal d'Estrées , charge de recevoir 
Tambassadeur moscovite , se rendit à Saint-De- 
nis , accompagné de Tintroducteur des ambassa- 
deurs , Bonneuil. Quand on fut sur le point de 
partir , Tambassadeur prétendit avoir le fond du 
carrosse. D'après cette prétention , le maréchal 
d'Estrées eût été sur le devant. On convint par 
accommodement , que l'ambassadeur aurait le 
fond du premier carrosse^ où il serait à côté 
du maréchal d'Estrées ^ et que son chancelier 
aurait le fond du second carrosse; et le fils 
de l'ambassadeur , le fond du troisième car^ 
rosse. 

Le roi reçill l'ambassade sur un trône d'argent 
«rnédeplusiears grandes-figurés d^jinêraemétal. 
Le tapis de pied était de Perse à fond d'or , et le 
carreau , le dais , et les meubidi de H chambre , 
de velours vert en broderie d'or. Cette chambre 
et toutes 4Deli^s par lesquelles l'ambassade devait 
passer, étaient ornées de candélabres, de miroirs, 
de tables , de cuvettes , et d'une infinité d'autres 
ouvrages d'argent et d'or massif. Le roi ne vou- 
lut pas ce jour-là , mettre sur lui aucmne pîer- 
rerie , sûr que la dignité de sa personne ferait 
encore plus d'impression. Son habit était brun ^ 
brodé en or par écusson ; son baudrier était 



4V) V« PÉRIODE. 

Lrodé. de la même manière , et un tour de plu- 
mes blanches ornait son chapeau. 

L'ambassadeur monta sur les marches du 
trône , pour donner au roi la lettre du czar , et 
il supplia ce prince de lui faire l'honneur de lui 
donner sa main à baiser ; ce qu'il accorda avec 
beaucoup de grâce. L'ambassadeur prit ensuite 
les pre'sens , et les mit aux pieds de S. M. Us 
consistaient en une^ande quantité de martes 
zibelines, et une robe-de-chambre de peau sem- 
blable. Le fils du premier ambassadeur fit présent 
au roi , d'une pièce d'étoffe d'or à la persienne. 
' L'ambassadeur eut ensuite une conférence 
de deux heures , avec le ministre des affaires 
étrangères , Croissi. A cette époque , les pou- 
voirs donnés pas les czars à leurs ambassadeurs 9 
étaient si limités , qu'il y allait de leur vie, s'ils 
s'en écartaient dans la moindre chose. Tout 
l'objet de la négociation se bornait à faire accor» 
der ce qui avait été résolu dans le conseil de leur 
monarque , et quelque avantage qu'on leur eût 
proposé , ils n'eussent osé l'accepter , s'il n'était 
conforme aux ordres dont ils étaient chargés. Il 
y a apparence quelles pouvoirs de cet ambassa- 
deur étaient très limités ; ils ne donnèrent pas 
lieu du moins à une longue négociation ; et il 
n'eût qu'une seule conférence avec le ministre. 

L'ambassadeur prit congé du roi , qui fui re- 
mit la lettre qu'il écrivait au czar. Cet envoyé, 



LIVRE IV. 4i 

en voyant jouer les eaux de Versailles, dît 
ce qu'iln'yavaitjamaiseusurlaterrequeSalomoti 
j> et le roi de France, qui eussent pjiru avec tant 
» de grandeur , et que David n'en avait jamais 
3i>- approché. » En voyant Timmense quantité des 
eaux j il demanda si toutes les eaux de' la mer 
étaient à Versailles. ' • 

L'ambassadeur^ à la vue d'un tableau de Le- 
brun , repi^ésentant Louis XIV , la foudre en 
main, dit d qu'on ne pouvait mieux représen- 
» ter le roi que sous la figure de Jupiter , puis- 
» qu'il en avait toute la majest é et la puMr 
» sance. »» 

Tout ce que dit l'ambassadeur annonçait du 
sens et de TéduOition , et il fit connai|re avanta*- 
geusement sa nation , qu'on regardait comme 
barbare , par le. motif déplacé qu'elle ne liait 
pas encore ses intérêts politiques à ceux de l'Ëu* 
rope policée. 

Le roi envoya en présent à l'ambassadeur, une 
boite enrichie de diamans avec son portrait , une 
riche tenture de tapisserie^) des Gobelins , un 
meuble complet , ouvrage de la savonnerie , une 
pendule, six montres, et huit vestes .de brocard, 
or et argent. Le chancelier de l'ambassadeur et 
le fils de l'ambassadeur eurent des présens du 
même genre , quoique moins riches, (i) 



(i.) Manuscr. de la biblioth^ue de FArsenal. 



/ 



4a V« PÉRIODE. 

t6S3. "D'ut à douze créanciers de Yenièr , ambassa^ 

Satisfaction -, ivr* ^i • 1*1 •• 

donnéeàram. dcur de Venise auprès du roi ^ et dont la mission 
wltr' ^* finissait , ne.pôuvant en être payés, s'adresse- 
rèùt au lieutenant civil , Le Ganaus , pour avoir 
la permission de saisir le6 effets de l'ambassa* 
deur. Ce magistrat envoya à Groissi , ministre 
des affaires étrangères , la requêle de ces créan*- 
ciers. Celui-ci fit«invitçr l'ambassadeur à les sa* 
tisfaire; ce qu'il •promit^ 

Depuis cette époque , ufai tapissier présenta 
une nouvelle requête au lieutenant civil , pour 
une somme de quatre cents livres j que l'ambas- 
sadeur lui devait. 

Le lieutenant civil mit au bas de la requête: 
« Soit donnée assignation au Aelir Vétiver, ci- 
» devant ambassadeur à Venise; et cependant 
y> attendu qu'il y a uti autre ambàssadeui", nous 
3» avons permis de faire saisi^ et ari'étef ès-iïiâtâs 
» des débiteurs du sieur Venier , ci-detatif idttï- 
s> baladeur, les ballots et ^flfetâ étant liors de 
» sîa ihâisotii «te. » 

Au bâs de^lam^ém^ l*^u^tè, utiBét^getit donna 
asfirigââtjoti à V^ni^r, pour comparaître sous 
trois jours, ^àri^devimt le lieutenant civil. 

Le tapissier^/muiii de cette pièce, fit saisir 
trois çhevàilx -eond uit* par des gens à la livrée de 
rambassadèur^ L'affàit^ fut portée au mitiiôtre 
'des affaires étrangères , qui jugea que , sans at- 
tendre aucun ordre, 41 fallait rendre les che- 



LIVRE IV. 43 

vaax à l'ambassadeur. Le lien tenant civil , ponr 
justifier sa conduite, dit que lorsque les am- 
bassadeurs avaient eu l'audience de congé , l'on 
avait coutume de saisir pour dettes hors de leur 
maison. 

L'ambassadeur Venier , et son successeur 
Erizzo^ demandèrent au roi par la voie du nonce : 

i"". Que le lieutenant civil fàt suspendu de 
ses fonctions; 

s"*. Que l'assignation fût révoquée ; et que le 
procureur , l'huissier et le torgeilt qui y avaient 
coopéré y fussent mis en prison ; 

S**. Que les an^bassadeurs de Venise iraient 
trouver le ministre des affaires .étrangères ^ et 
lui demander que l'on conservât au lieutenaut 
civil sa charge , et que le procureur , l'huissier 
et le sergent seraient ttii» en liberté ; 

4''« Q^^ 1^ lieutenailt civil irait en Yobe, re- 
mercier les ambassadeurs* 

Le rôi^ voulant donner pleiae satisfaction 
aux ambassadeurs de Venisci décida : a Que Thuis- 
» sier et le sergent seraient emprisonnés pour 
1» s'être comportés insolemment ; que le lieute^ 
» nant civil serait tenu de faire biffer de dessus 
y> sts registres , Tordonnance qu'H avait rendue , 
» portant assignation à l'ambassadeur , à com- 
)> paraître , et qu'il irait en personne lui faire 
» des excuses, i» 

De plus , le roi ajouta au ministre des affaires 



44 V* PERIODE. 

étrangères ,. qu'il ferait une forte réprimande an 
lieutenant civil , sur ce qu'il n'avait pas fait 
prévenir l'ambassadeur de Venise, avant de l'as- 
signer à comparaître. 

Le lieutenant civil se rendit chez le nouvel 
ambassadeur de Venise , Erkzo , chez qui se 
trouvait Venier, à qui il fit des excuses* Celui-ci 
les reçut en présence de tous. les membres des 
légations étrangères qu'il avait convoqués che;E 
lui, et répéta tout haut chaque parole des ex-* 
cuses du lieutenant civil , quoique cette répé- 
tition affectée, ni l'invitation faite aux ministres 
étrangers ^ ne fissent point partie essentielle de 
la satisfaction. . 

Le roi décida touchant le fond de la contes- 
tation , et afin d'en prévenir de pareilles , que 
le lieutenant civil ferait savoir aux huissiers la 
défense qu'il leur faisait à l'avenir (i), d'assi- 
gner les ambassadeurs pour dettes ; sa majesté 
entendant que les ministres étrangers fussent 
invités poliment à payer leurs dettes, afin de 
concilier le respect dû au corps diplomatique 
avec l'intérêt de ses sujets. 
x68a. Le roi avait nommé Bazin maître de requêtes , 

pour le céré- à l'ambassade^dc Suède , en place, du mardis 

monlal- arec 

rambassadeor • , || 

de France en '' —————— 

Saède. ^ 

(i) Lettre de Croissî au lieutenant civil, du % de juillet 

1682. 



I 



LIVRE IV. 45 

de Feuqiiières (i). Dans ses instructions datées 
du î I d'avril i68a , la cour énuméràit divers 
griefs contre la Suède , tels que d'avoir fait une 
alliance avec le Dauemarck , sans sa participa- 
tion ; d'avoir erapéché ensuite que le Dane- 
marck en fit une avec sa majesté , sous pré- 
texte des intérêts du duc de Gottorp, et des droits 
de souveraineté, que le roi exerçait dans le duché 
des Deux-Ponts, et enfin d'avoir signé avec les 
états-généraux, un traité qui les érigeait en in- 
terprètes souverains du véritable sens des trai- 
tés de Westphalie et de Ilimègue. 

Bazin ne devait pourtant pas 6ter au roi de 
Suède l'espérance de renouveler l'alliance avec 
la France, ainsi qu'il paraissait le souhaiter; 
mais il ne devait pas non plus lui en témoigner 
de l'empressement , et il devait plutôt affecter 
une réserve qui ne fit qu'augmenter soii désir. 

Les principales conditions de l'alliance étaient 
une garantie des traités de Westphalie et de Ni- 
mègue, en faveur des deux é^ats. 

Bazin avait permission d'accorder jusqu'à cent 
cinquante mille écus de subside , en temps de 

paix, et cinq cent millç écus dans la guerre , 

— ■ ■ I j I II.. '■ j I ^ I ■ I ■ . Il >■ 

(i)Hist. des Négociât, de Suède, t. II , manuscr.bibliotli. 
deTArsenal. 

Le marquis de Feuquières fut depuis ambassadeur ex« 
traordinaire en Espagne, et j mourut en 1688, âgé île 
soixante-dix ansil 



46 V^ PÉRIODE. 

pendant laquelle la Snède s'obligerait d'avoir en 
Allemagne , outre les garnisons , ' un corps de 
troupes de quatorze ou quinze mille hommes» 

A l'égard du duché des Deux-PonU , Bazin 
devait mettre sous les yeux de la cour de Suède , 
une copie de l'arrêt renjJu par la chambre royale 
de Metz , et un mémoire instructif de ce qui 
s'était passé dans les conférences de Nimçgue ; 
desquelles pièces il résultait que ce duché étant 
un fief de l'évéché de Metz, dépendait de la sou- 
veraineté du roi ; ce que cet ambassadeur de- 
vait toujours souieniv y sans entrer dans aucun 
détail : et pour ce qui était du domaine utile , 
le roi consentait que le roi de Suède en jouît , 
ou le donnât à qui bon lui semblerait. Dans 
le cas qu'il fît difficpilté de reconnaître la su* 
zeraineté de la couronne de France, il avait fia- 
cul té de le vendre^ sa majesté étant disposée à en 
traiter avec lui, sur le pied du revenu et d'une 
juste estimation. 

Bazin arriva à j^tockholm le 18 de juillet, et 
ne témoigna auc.un empressement de saluer le 
roi de Suède, quoique ce prince lui eût permis , 
sur la prière que lui en avait faite Feuquièrès , 
de le voir incognito , en attendant qu'il pût avoir 
son audience publique. 

Dans le premier eûtretîen que Bazin eut avec 

le chancelier comte Oxenstiern , le discours 

f 

tomba sur la conduite qu'on avait tenue envers 






KIVRE IV. 47 

Feoquières, au sujet de son audience de congé, 
dont le cérémonial avait été restreint. Le comte 
Oxenstiern dit à ce ^ujet, que l'usage d'enyoyer 
deux sénateurs au-devant des ambassadeurs 
des têtes couronnées , était au nombre des abus 
introduits pendant la minorité du roi de Suède, 
ejt que ce prince était résolu d'abolir ; ne ju- 
geant point à propos de rendre plus d'honneur» 
aux ambassadeurs des têtes couronnées, que 
les siens n'eu recevaient dans leurs cours ; et 
qu^ainsi, cpmme on n'envoyait en France au- 
-devant d'eux, qu'un duc ^t pair, ou un ma- 
réchal de France, il croyait rendre un pareil 
honneur y'en envoyant un sénateur qui occu- 
pait le poste le plus considérable, de son état ; 
il ajoutait que ce règlement ayant été observé 
à l'égard du dernier ambassadeur de Dane« 
marck , il n'y avait pas lieu d'y rien changer. 

Bazin répondit qu'il était difficile d'établir 
une papité de rang entre un duc et pair et uu 
sénateur , leurs fonctions et leurs emplois étant 
très différens ; que 4e plu^ les ambassadeurs 
du roi «on maître étant en {possession de rece- 
voir des honneur^^ on ne pouvait les diminuer 
sans lui faire injure ; que le changement intro- 
duit à l'occasion du refus fait, il }^ avait deux 
ans , en Danemarck , d'epvoyer deuHî conseillers 
du conseil privé, au-devant de l'ambassadeur 
de Suède, changement qui avait donné lieu au 



48 V PÉRIODE. 

règlement qu'on avait fait en Siiède, ne pou- 
vait tirer à conséquence pour les ambassadeurs 
de France, puisque sa majesté très chrétienne 
n'avait rien changé aux honneurs qu'elle fai— 
sait rerndre aux ambassadeurs de Suède. Le comte 
Oxenstiern persista à dire que le roi de Suède ne 
changerait rien à ses résolutions. Ce monarque 
donna toutefois le 1 3 de mai, à Bazin, uneau« 
dience particulière , dans laquelle il Taccueil - 
lit avec bienveillance ; et l'ambassadeur lui ayant 
demandé la permission de pouvoir^ avant soa 
audience de cérémonie, se réunir aux courtisans 
qu'elle daignait accueillir , le monarque lui ré- 
pondit qu'il serait bien aise de le voir. 

La cour de France consultée par l'ambassa- 
deur, ^ur là conduite qu'il avait à tenir à l'occa- 
sion du changement de cérémonial , décida d'a- 
bord : (c que les deux derniers ambassadeurs de 
» France en Suède, n'ayant point fait d'entrée, 
» parce que, par un dernier règlement, -il avait 
» été arrêté* qu'on n'enverrait plus de»sénafeurs 
j> au-devant d'eux , et qu'on ne les traiterait plus 
>^ pendant les trois jours entre celui de Feutrée 
» et celui de l'audience ; le roi ne voulait point 
» que le sieur Bazm fît d'entrée publique. » 

A l'égardtde la difficulté qu'on faisait de don- 
ner à cet aifibassadeur , deux sénateurs pour le 
conduire à son audience de céréiîlonie, le roi 
jugea que , quoiqu'on alléguât que , sous le feu roi 



- \ 



L'IVRE IV. 49 

de Suède , les ambassadeurs de France n'avaient 
été conduits à l'audience que par un sénateur^ 
il suffisait que lés deux derniers eussent été 
conduits par deux sénateurs , pour exiger le 
iném« traitement, et ne point s'en relâcher; 
mais qu'il était facile de détruire la comparai* 
soii faite «ntre un sénateur qui n'avait plus même 
de fonctions depuis la suppression du sénat, 
avec les ducs et pairs, premiers dignitaires de 
France y et les princes qui accompagnaient or- 
dinairement les ambassadeurs de Suède ; qu'en- 
fin , comme toutes ces sortes de contestations 
devaient se traiter par F usage, le roi ne vou* 
lait pas que Bazin entrât dans une contestation 
sur une chicane que la mauvaise disposition de 
.la Suède avait formée; son intention étant, que 
si on s'opiniâtrait à lui retrancher la moindre 
partie de^s honneurs qa\ avaient été accordés à 
ses ]^rédécesseurs , il revint incessamment en 
France, sana attendre aucun nouvel, ordre; ce- 
lui-ci lui devant servir de^ congé. 

La cour de Suède ne 'voulut rien changer à 
soû règlement , sous prétexte qu'il avait été corn* 
muniqué k toutes leâcours* 

Bazin se borna alors à demander une audience 
particulière du roi ^ mais ce prince la lui refusa 
formellement, pour avoir dit des paroles dures 
à son premier ministre, le comte Onenstiern. 
Bazin partit de Stockholm le 27 de septembre , 
IV. ' -4 



\ 



5o \' PÉRIOUTE. 

laissant en Suède son secrétaire , alin de donner 
avis aq roi de tout ce qui s'y passerait 
T^^î'd Muley-I&raaêl , empereur de Maroc, résolut 
paix arec d'cnvoyer un ambassadeur à Louis xiv (i) pour 
de Maroc, le prier de faire éloigner l'escadre du comte de 
Château'^Renaudt qui bloquait ses ports et rui- 
nait le commerce de ses sujets* ï)ans ce des*- 
jsein , il nomma Hadgi-Méhémed-^Thumin , gou- 
verneur d^Tetuan, lequel s'embarqua sur un ^ 
vaisseau de l'escadre de Châteaux-Renaud. 
V Cet ambassadeur admis à l'audience du roi 
le 4 de janvi/er 1682 , lui présenta une lettre 
de son souverain 9 et lui dit ,en arabe : « que les 
» diverses, actions de sa majesté avaient inspiré 
9 tant d'adiTUiration et d'estime à l'empereur son 
» maître , >qu j1 avait cru qWaux conquêtes de 
» Sus, de flez^e Tafilet^ de.AIandC, de JUs, des 
» jiràousènef . de Tetuaiii, de Salé et d'j^lca- 
» lassa j H à la gloire de ibeaucoup de victoires 
9 qui Taraient rendu le plus grand et le plus 
» vaillant monarque dei'Alriqcie:^ il devait ajoù- 
» ter pour achever de-le^nemlre cootent et glo- 
» rij^ux , }a:paix avec sa m'aîe&té ; «que c'étaii*là 
» le motif qui l'avait porté à lui fenvoyei? .un 
»> ambassadeur ^ pour eu fatse la demande. » 

Le roi luxmn^ra les secri^taîinss d'état Cix^issî et 
.Seignelaji 9 .p<^r écouter les propp^itions de l'am» 



» ' —i 



* (i)Mém. iBaiiu8cr«de Saintotyà laMblioth. del'AraenaU 



LIVRE IV. 5r 

bassadeur. Le lendemaia de son audience « il 
entretint le roi pendant son dîner , et- ce* prince 
l'ayant interrogé sur Je port, de Sirest, il lui 
répondit :« que ce qu'il y ayaitle plua admiré, 
30 c'étaitrordre merveilleux d'après leqUêi toutes 
1» choses étaient telleinent diisposeeA pour les ar- 
» m^mens, ^fi d'une èeule parole* m majesté 
» pouvait armer jeinquante vaissieaux en quinze 
D jours; que le grand nombre de canons, de 
» Mtiméos ^t les sommes nécès$aîr(eç pQur les 
D entretenir, étaient des bitens de }a fpj^tttqe, 
» mais que ce bel otdre partait éfi fei é^ ??, 

L0 Toî lui payant demandé &'îl était #0 tirait de 
ce qu'il avmt vu en FraHiM, 3^ réporWP fi^t : 
(c qu'il avait pleuré lorsqu'il avait appfi^; qu'il 
» d^YSiU veftip en; France j i«ai$ qu'il plf^up^Fait 
j» beaucoup du regret de I4 qniifter^jr^tlMes- 
sus,. le roi dit tout ha»t « qu'il ét$^i| yppu en 
» ambassade malgré lui ; l'empè^reur de Maroc 
» lui ayant £ait dire 4u'U lui j^^mperiûl le cou , 
j» s'il ne palrtait ». > »<««,/ 

Cet. ambassadeur, -qlK)â)^|ua iné dians uii pày$ 
peu poiiseé eA i:avagé depuijsl quari^nte ans^ ]^rh 
guerre , montra des manières aussi tnesw^§§4 
et un espriK» aussi détici^t^ que Vil eût.jpajsi^ésa 
vie dans une x)our paMe» .a. ^ ., :.. 

Le résultat de sa négoci^ion. ^vec QroijS^î, et 
Seignelai , fut un traité de paix et de commerce 
entre les deux états. Les s^rtioles en furent si-* 



5ï y PÉRIODE. 

gnës à Saint-Germain-en-Laye , le 99 de jan<*' 
vier 168a. D'après ce traite, les vaisseaux de 
guerre et de commerce des deux nations, de-^ 
vaient être reçus amicalement dans leurs ports 
respectifs. 

Les vaisseaux français attaqués dans les ports 
et rades de l'empereur de Maroc, devaient être 
protégés par lui ; et il en était de mêtne à l'égard 
des vaisseaux de Maroc attaqués près des côtes 
de France , pourvu qu'ils ne fissent' des prises 
qu'à six lieues des mêmes côtes. 

Tous les Français conduits en esclavage dabs 
les états de Maroc, comme tous ceux qui s'y 
trouvaient en ce moment, devaient être mis 
en liberté» • 

Les marchahds français pouvaient commer- 
cer librement dans^ les ports ou sur les côtes de 
Maroc , et ne devaient pas payer d'autres droits 
que les Marocains eux-mêmes. 

Le roi de France avait le droit de mettre des 

consuls à Salé, à Tetuan et dans tel centre lieu 

' qu'il jugerait utile pour les intérêts des. coin- 

m'erçans français , lesquels seraient jugés par 

ces consuls. 

- S'il arrivait quelque contravention au pré- 
sent traité, la guerre ne pourrait avoir lieu entre 
les deux états , qu'après un déni formel de jus- 
lice , etc. 

Le comte de-Saint-Âmand , capitaine de vais-* 



LIVRE IV. $3 

seau (i). fut nommé ambassadeur du roi au* '?*• . 

Ambassaoe 

près de Muley^^Ismaêl , empereur de Maroa^ et dé looIs xir 
arriva à la rade de Tetuan le 2 d'octobre 1 682 . dt ^^<^ 
Mehemed-Tummin , qui avait ëtë ambassadeur 
de Maroc en France, vint lé recevoir pour le 
conduire vers son maître , qui l'attendait dana 
sa tente* L'aisi^assadeur , après avoir faitsa ha- 
rangue 5 recuU la. lettre du roi à Tempereur ^ 
qui $e la fit expliquer par ses deux secuétaire^ 
qui étaient ren<çgats ainglais. L'empereur dit à 
Sain,t-Am and,, ^ifii savait bien que le roi de 
France desQerf4(f^t mJigfie directe d^HéracliuSx 
et qu aucun empereur avan^ lui y navaH porté 
si loin, la glaire de ^ ir^narchiefiwi^se. Saint* 
Amand ayant xovJu répoudre par ua<:ompli- 
ment du même genre > le prince maure lui vé^ 
pondit qu'il. n'était pas de U famille des rois,. 
V}ui^ 4^ celle du prophète^ 

L'ambassadeur lui offrîtes présens du roi, 
qui consistaient en. deux fusils bien travaillés,, 
deux paires de pistolets, deux pendules de ca. 
binet, deux douzaines de montres , douze pie;^ 
ces de brocard d'or , douze autres de drap^d'An^ 
gleterre très fin ,. des bouteille^ d^ cuir , un 
porte-feuille de «aAToquin brodé d'or.,. venu de^ 
Constantinople, et enfin un canon de sixt pieda. 
qui n'était point monté. 



■ * < ■ 9 fm ^ 



r 

(0 IJI^rçure ,>yrU iÇ8îf 



54 V* PÉRIODE. 

Le même jour , le vice-rôi de la provîncfe , 
Aly-^Manino, et Mebeaied Thummin, ayant ëtë 
noiiiméi èoliimissaites pour la ratification de la 
paix, Tinrent i la tente de l'ambassadeur^ et 
conférèrent jusqu'à deut heures'après minuit; 
maie» tien ne fut conclu ; ils déchirèrent même 
ce qu'ils avaient fait , disdnt que les proposi- 
tions éé l'aihbas^dèlir ne tendaient point à la 
paix. L'alcaide Ali reiritit le lendemain, trou- 
ver l^atnbassâdeur dans sa tente , avec les deux 
autres commissaires, et* après avoir été deux^ 
heures ensemble , iU montèretit à iehevâl pour 
aller ;appt«ndre les Tt>lontës de l'empèfèur . 'f rois 
heures après , Aly-Maniiio revint , et dit que le 
moriarque voulait qu'on accordât k l'ambassa- 
deur ce qu'il souhaiterait. 

Lé lendemain , tout fut arrête entre les trois 
commissaires et l'ambassadeur. Celui -ei étant 
venu prendre aiidie^ce de congé , l'empereur le 
reçut au milieu de ââ cour , avec beaucoup de 
témoignages d'amitié , et lui dit « que n'ayant 
» point de possession qui confinât avec celles de 
»*Franqe , il ne croyait Nullement que l'empe- 
» pereur des Franchis put rien enviel* qui lui 
3) iappar tînt > ' mais que U taev étant à tout le 
)ftimonde, leurs vaisseaux «pouvaient se t*ehcon- 
3> trer , et même en venir à quelque hostilité; 
» que du reste , ce ne serait jamais les sîens qui 
» commenceraient l'attaque , et qu'il <}onnerait 



LIVRE IV. 55 

s> là-dessus à ses sujets des ordres si sévères et si 
» prefcis , qu'il pouvait répondre de leur coii- 
» daite. d II chai^ea l'ambassadeur d^offrir au 
roi le salut de paix , et lui donna pour le con- 
duire jusqu'à la TÎlle de Tetuan , Bingaya , fils 
d'un roi son tributaire. Là, Saint-Amand" reçut 
les lettrejs de l'empereur pour le joi , et on lui 
remit également vingt esclaves français dont le 
prince marocain faisait présent au roi. Saint- 
Amand arriva à Toulon^ le 24 ^^ mars î683. 

Louis XIV pour consommer son projet de réu- i68a. 
nion de terres qu'il prétendait être immédiates ae u Ir^cê 
de l'Empire^ cherchait à occasionner à l'empe- coatefiTEo^ 
reur des diversions de fa part des Turcs , et des «^^ 
révoltes en Hongrie , où l'on n'aimait point la 
maison d'Autriche* Un certain Bohan qui^ du 
service de France était passé à celui de Pologne, 
et de là à celui du àomte de Tékéli , avait- fait 
depuis un voyage dp Hongrie en France, où it 
s'était concerté aveô lie ministre des affaires 
étrangères^ A son retour en Hôhgriè, il epgàgèar 
le comte Tékéli à s'insurger contre l'-emperetir, 
et pour l'y décider, il lui femit de la part de la 
'cour de France plusieurs sommes d'argent, avee 
promesse de plus considéraWes encore. 

Les lettres que le ministère français écrivail 
relativement à la révolte des Hongrois, étaient 
adressées au secrétaire de l'envoyé de France à 
Vienne, qui les faisait passer ensuite à Bohan. 



56 V* PÉRIODE. 

L'intrigue ayant ëtë découverte ^ ce secrétaire 
fut mis en prison par ordre de l'empereur , ce 
qui fut cause que le secrétaire du comte de 
Mansfield, ministre de l'empereur à Paris; fut 
arrêté par représailles et mis à la Bastille , avec 
menaces de lui faire essuyer les méihes traite-r 
mens qu'éprouverait le secrétaire français. L'em- 
pereur ayant mieux aimé sauver un innocent 
que de faire souffrir un coupable , fit sortir de 
prison le secrétaire français ; mais afin de faire 
connaître le mécontentement qu'il avait de sa 
conduite , il ne permit pas qu'il fût relâché 
jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Brisach , où il fut 
conduit sur une charrette et chargé de fers. Le 
roi fit élargir le secrétaire du ministre de Tem^ 
pereur , sans pourtant usep envers lui de Is 
même rigueur. 

D'autres démarches tendantes à échauffer le 
mécontentement des Hongrois partaient encore 
dé Pologne. Dans le temps que le marquis de 
Yitri était ambassadeur de France dans ce royau* 
me, Duvernay-Boucauld, gentilhomme français, 
qui. était aussi dans ce pays sans aucun carac<« 
tère public, entretenait une correspondance 
avec les chefs des mécontens de la Hongrie. 

Zicrowski, ambassadeur de l'empereur, in- 
formé des entrevues que Duvemay avait avec 
les agens des rebelles hongrois, demanda au roi 
de Pologne qu'il ne pern^ît à aucuix Français 



LIVRE IV. 57 

qui n'était point de la légation de France , ou 
qui était sans emploi particulier , de (lemeurer 
sur le territoire polonais ^ et le 6 d'octobre « il 
présenta un mémoire à ce prince pour lui com- 
muniquer plusieurs lettres qu'il avait intercep* 
tées , des seigneurs hongrois à Duvernay , et de 
celui-ci aux mêmes seigneurs ; sur quoi le roi de 
Pologne fit pré venir le marquis de Vi tri qu'il eût 
à enjoindre à Duvernay de sortir de ses états* 

Vitri refusa d'intimer cet ordre, déclarant 
que le roi son maître avî^it envoyé Duvernay 
conjointement avec lui en Pologne , pour mé- 
nager ses intérêts, et il nia qu'il eût aucun 
commerce suspect avec les Hongrois et les Turcs* 

Quelque temps après, l'ambassadeur de l'em- 
pereur ayant été instruit que le gouvernement 
français faisait de fréquentes remises d'argent à 
Dantzick pour les mécontens hongrois , de-* 
manda une audience extraordinaire au roi , qui 
la lui donna en présence du marquis de Vitri et 
des membres du sénat. 

L'ainbassadeur de l'empereur dans un récit 
vif et détaillé, dit « que cent mille florins avaient 
» été comptés, il y avait peu de temps , à Du« 
» vernay par le banquier Froment, de Dantzick, 
» pour continuer ses manœuvres ; et qu'il croyait 
» devoir prier le roi de chasser de ses états Du ver- 
» nay comme espion et fauteur de révoltes; ajou- 
» tant que si les Polonais ne donnaient point sa-' 



58 V« PERIODE. 

» tisfaçtion à son m aître sur sa juste plainte , il se 
» verrait ebligédefaireconnaitreàtou te l'Europe 
» que les intrigues 3e la France en Pologne étaient 
j> cause des troubles de la Hongrie 'et de l'irrup-^ 
» tioQ des Turcs. » Ces raisons, appuyées de 
preuves , parurent ^i pressantes que les minis- 
tres de Pologne dirent sans ménagement à Yitri 
qu'ils ne voulaient plus se contenter des vains 
prétextes dont il se servait pour retenir Duver* 
nay auprès de lui* L'ambassadeur de France dé- 
clara de nouveau que Duvernay lui avait été 
associé par son maître j qu'ainsi il ne pouvait 
pas l'obliger à quitter la Pologne , et que les mi- 
nistres ne pouvaient pas insister sur son départ j, 
sans causer une rupture entre les deux états. 

Cette déclaration arrêta les instances des mi« 
nistres polonai|5, etT)uvernay cotitinua sa cor- 
respondance avec les Hongrois et les Turcs. 

Cependant le châtelain de Préraislaw autorisé 
secrètement par le roi, apprenaht que Dnvernay 
devait passer par son village de Nimirovic, pour 
s'aboucher avec les agens hongrois, non-$eule« 
ment lui refusa le passage , mais même le fit ar- 
rêter ainsi que les courriers porteurs de ses let- 
tres , ou qui lui en apportaient des mécontens 
hongrois. Parmi ces lettres , il s'en trouva de 
Duvernay au comte Tékéli , chef des rebelles, et 
de celui-ci à Duvernay. Le châtelain de Prémis^» 
law^remit les lettres à l'ambassadeur de Tempe- 



/ 



LIVRE ÏV. 59 

reur , qui les fit passer à sa cour , après les avoir 
communiquées au roi de Pologne. Le porteur 
des lettres de Tékéli , appelé Kélëmeski , ayant 
été arrêté , et le roi de Pologne ne pouvant plus 
se défendre d'aceorder à l'ambassadeur de l'em- 
pereur , la demande qu'il lui faisait d'exclure 
Duvemay de son royaume , envoya dire à Vitri 
qu'il eût à ordonner sans délai à Duvernay de 
quitter incessifaiment la Pologne ^ et qu'il était 
las des récits qu'on lui faisait tous les jours de 
ses desseins perturbateurs « L'ambassadeur de 
France , convaincu par les lettres même de Du- 
vernay , l'envoya en Transylvanie , où il conti- 
nua à agir contre l'empereur. 

On a prétendu que Louis xiv, en fomentant 
la guerre entre l'empereur , les révoltés de Hon- 
grie , et la Porte 5 avait en vue de faire élire le 
dauphin roi dès Romains, afin que l'Empire me- 
nacé n'eût d'autre refuge que sa puissance, et 
que Fempereur lui*même ise trôUTat trop heu- 
reux d'obtenir la paix à ce prix; ce qui garan- 
tissait la Hongrie et peut-être l'Allemagne, de 
1 invasion des Turcs ; mais les princes de l'Empire 
qui redoutaient déjà lé voisinage de Louis xiv , 
se gardèrent bien de se le donner pour maître 
dans la pet^onne êe son fils , et rejetèrent ses 
propositions. • 

AvAttt la cession à la France des évêchés de 16'^a. 
Met? j Toul et Velrdun y il s'était fait à diverses r^unio^nî! 



6o V* PÉRIODE. 

reprises des dëmembremeos des Qefs qui en âë-« 
pendaient , par les dissipations ou la générosité 
de c^tains évéques empressés de gratifier leurs 
familles. Pareils démembremens avaiectt eu lieu 
en Alsace , quoique par des motifs différens. Le 
roi se croyant pleinement confirmé par les trai- 
tés de Munster et de Nimègue dans la souverai- 
Beté sur les trois évéchés et sur l'Alsace , établit 
à Metz en 167g et à Brisach en i€8a^ des cham- 
bres de réunions ou cours de justice chargées 
d'examinar les droits de la couronne sur certains 
fiefs et territoires , et de prononcer leur réunion 
au domaine royal. 

Par jugement de la chambre de Metz, plus de 
quatre-vingts fiefs , dont plusieurs étaient im- 
portans par leurs reveaus et la qualité des pos* 
sesseurs, furent réunis en 1680^ aux évéchés de 
Metz , Toul et Yerduo , et de ce nomlM*e étaient 
Hombourg, Pont-*à*Moussony Salm, Sarrebourg, 
Saftrbruck , Yaudenxont , etc. 

La chambre de Brisach ordonna la même an^ 
née^ que le roi entrerait en pleine possession de 
la souveraineté des dix villes impériales de la 
préfecture de Haguenau et de la prévôté de 
Weissembourg. Le parlement de Besançon réu-* 
nit à là Franche-Comté , par arrêt du 5o d'août 
iQ3o, le comté de Montbelliard. 

Les villes et les seigneurs lésés par ces arrêts 
portèrent plainte à la diète de TËmpire^ qui ia« 



u 



I 



LIVRE IV. 6i 

nUAe roi à ne point les troubler dans leur im« 

médiateté de l'Empire, observant, quant au 

food^ ff que le traité de Munster n'ayant^ trans» 

9 porté à la France les trois évêchés et l'Alsace , 

3> que dans l'état où ils étaient au moment de la 

> cession , le roi n'était pas fondé à faire valoir 

» des droits surannés qui né lui avaient jamais 

» été transportés ; et quant à la forme , la diète 

» observait qu'il était étrange que le roi citât les 

» villes et les seigneurs d'Alsace devant des juges 

» de ses états, et dont ea qualité de membres 

9 de J'Empire^ ils ne pouvaient reconnaître la 

9 compétence. » , ^ 

Le roi répondit « que la question de la cession- 
9 de l'Alsace avec ses dépendances à la couronne 
9 de France , avait été un des principaux fon* 
» démens de la paix de Munster, et plus récem* 
»*ment de celle de Nimègue ; et que les pléni-- 
2> potentiaires de l'empereur ayant voulu plu-^ 
9 sieurs fois y apporter des exceptions , on avait 
»:été sur le point de rompre le traité , et qu'en- 
9 fin , après des débats de six semaines , on avait 
» cédé l'Alsace et toutes ses dépendances ; que 
» chaque prince et état de l'Empire avait eu un 
9 miiiistre quieti avait été témoin ^ et que tiul 
9 n'y avait contredit. » * 

Lorsqu'on parlait au ministre des affairés 
étrangères , Croissi , de la part des électeurs , il 
répoadait avec un sérieux ironique.': ce qu'ils 



f 

I 



Ga V« PÉRIODE. 

n s'adressaient foi^t mal, s'ils prétendaient iaire 
)) décider la question à la cour ; que le roi atait 
p établi deux ch^mbres à Brisacb et à Metz, afin 
» de prouver à iès voisins qii'il ne voulait faire 
» tort à personne i » 

Ainsi , nonobstant les plaintes et réclamations 
supérieures, les réunions se poursuivaient avec 
chaleur^ et oe fut en vertu d'un jugement de 
la chambre de Met^ , que le duebé des Deux- 
Ponts fut déclaré fief mouvant des trois évéchés, 
et par conséquent dfi la couronne. I^e roi de 
Suède , à qui appartenait le duché des Deux« 
Ponts, fut ajourné pour prêter. hommage ^e 
•cette seigneujrie. Ce prince fit faire des remon« 
trauces au mi; mais lacbarahre passa ou ti«^ et 
ordonna, pwiaifalenoe <x qu'il prêterait foi et 
» hommage dans un délai délerniiné, faute de 
» quoi le duehé des Deux-Ponts serait réuni à fa 
j» couronne. »... 

J^e r.Qi deiiisèdé n'ayant point satisfait à cette 
SQcnmation , la réunion eut lieu^ L^uis %tv en 
fit donation .à un prince de cette maison , pala- 
tin de Birkjenlekl, lequel reildit hommage. ' 

X^ roid'Ë^àgnefut également cité pour faire 
Tb^mi^SMg^ di^ nom té de Chinei. D^aiitres citations 
qui frappèrent successivemdntisiliri'éleeteuF pa« 
latin.,.l'élecfeur.ééTpèv6s^ ie^laladgrave de He^e, 
l'évéque deSpiée et autres^princes de l'Empire v 
moins cbtisidérafaies • pfbvoquèmnt de «vives 



LIVRE IV. C3 

plaintes contre la France, qui , loin de cher- 
cher à les calmer, se plut à les accroître encore 
par la inise d'une garnison française dans Casai, 
et suirtout par l'occupation inopinée de la ville 
ifb péri aie de Strasbourg, 

Quant au premier fait , l'abbé Morel , envoyé 
extraordiiifKre de* France près le du.a d^ Man^- 
toue (i), avait conclu le 8 de juillet 1661 /un 
traité âLvec oe prince , par lequel (art. III et IV) 
il accordait aux Français la faculté de mettre 
garnison dans la citadelle de Casai , et depuis le 
baron de Breteuil> qui remplaça Tabbé Morel, 
fivait déterminé le duc de Mant<Hie à remettre 
^alpmept la ville ^de CasaL Or, le duché de 
Mantpue étant fief de l'Empire , la conduite du 
duc était contraire à ses devoirs. . . 



\ 



(1) Négociât, du baron de Breteuil , in-fol. manuftcr^ à la 
biblioth. de l'Arsedal. 

Ce ministre , danà une de ses dépêches , fait le portrait 
suivant du duc d^ Mantone. « Il ne parle jamais à ses mi^ 
» nhtreA.lpl'ft son manège, ou dans son éitbinet qui est au 
» bout de son écurie ^ qù.ît y/i yi^iter ses çlueyaûx quatre ou 
» cinq fois» par jo^uc.^..,* ...;.Qoand on. a a, négocier, avec 
» lui ^ il 'juge yite et ^vec beaucoup de bon sens de tout 
# ce' quW lui dit , répond juste , et ne manqu.e pas de 
9 maniè^e^s de détouifilef aYec adresse une conversation à 
ï» laquelle il ne veut pas répondre , et de jeteîp avec beau* 
«coup de finesse des rpar&tesqui ne signffîeiït qu'à demi 
» ce qu'il veut faire entendre « etc. ». 



154 V^ PÉRIODE. 

L'occupation ou plutôt l'usurpation de Stras- 
bourg eut lieu de la* manière suivante. 
Occupation « Par ordre du ministre de la guerre , Louvois ^ 

de Stras* . • i . . r v 

boarg. on avait grossi les troupes cantonnées en Lor* 
raine , en Bourgogne et dans TAlsace , sous pré«- 
texte d'y travailler aux fortifications des villes 
conquises. Elles étaient distriJ^ueR dé façon 
qu^en moins de trois jours , elles pouvaient se 
Tëuniretformer un corps d'armée considérable. 
Quand ce ministre eut tout préparé , il quitta 
secrètemeiit la cour le 28 de septembre 1681 , 
et arriva à Brisach. De-làil détacha neuf cents 
hommes des régimens de Picardie , d'Orléans 
et Royal , qui partirent sur-le-champ pour Stras- 
bourg, et joignirent en chemin le baron d'Asfeld 
qui était à la tête d'un corps de cavalerie. 

Les forts de Strasbourg en deçà et aitdélà'du* 
Rhin , furent aussitôt occupés par ces troupes. 
On ferma subitement les portes dé la ville , et 
les habitons envoyèrent demander du secours 
^ aux généraux de l'empereur les plus voisins de 
leur territoire ; mais quand ils virent paraître 
le marquis de Montclar à la tête de douze mille 
hommeS', qui menaçait de ne faire aucun quar- 
^ tier s'ils opposaient la moindre résistance , ils 

consentirent à se rendre , et envoyèrent 4es dé- 
putés pour traiter avec le marquis de Lpuvors. 
Ce ministre , joyeux du succès de son plan^ 
^ accourut de Brisach à Strasbourg , où il conclut 



LIVRE IV. 65 

à lUkerck un traité de soumission Aveu les ma« 
gistrats de Strasbourg , le 3o de septembre y s'en- 
gageaut à le faire ratifier par le roié 

La surprise de Strasbourg au sein de la paix ^ 
augmenta les plaintes universelles contre Tara- 
bition de Louis xiv . On se récriait surtout contre 
la violence de Louvois , préparant dans le silence 
des envahissemens aussi contraires à la foi pu- 
blique. 

L'empereur qui sentait le danger pour l'Alle- 
magne et l'Italie y de l'acquisition par la France 
de Casai et de Strasbourg', envoya au roi le 
comte de Mansfeld, pour solliciter l'évacuation 
de ces deux places, et de la seconde pribcipale* ' 
tnent^ qui jusqu'à lors avait fait partie de l'Em-r 
pire ; mais cet envoyé ne reçut d'autre réponse^ 
sinon, que cette ville s'étant volontairement sou- 
mise au roi , ne faisait plus partie de l'Empire. 
L'empereur distrait par la révolte de la Hongrie^ 

dissimula, quoiqu'il sentit le peu d'adresse de 

« 

cette réponse. 

La cour de France avait des difficultés non Difficulté 
moins sérieuses avec l'Espagne ; car indépen- ^^ ^^*^'*' 
damment de celle au sujet du comté de Chinèi , * 

dont le roi réclamait l'hommage comme fief de 
sa couronne,. il en existait une autre, au sujet 
des dépendances des places des Pays-Bas que le 
roi avait rendues à cette puissance , et de celles 
qu'il avait acquises par le traité de Nimègue. 

IV. 5 



Trêve de 



68 V^ PÉRIODE. 

Bes droits ; mais que le parti qu'ils avaient offert, 
était plus court et plus favorable à TEmpire. 

Le roi laissa encore long- temps ses ambassa- 
deurs à Francfort ; mais comme on' n'y tel-minait 
rien , ils en partirent au commencement de dé- 
cembre i6flb , 

Les négociations furent pourtant continuées 
à Ratisbonne, avec l'empereur et l'Empire , par 
Créci , ministre du roi près la .<)iète. 

On se communiqua de part et d'autre y divers 
^ingtinsarec projets dc traité , sans pouvoir en arrêter un; 

1 empereur et ^ •» ' * ' 

l'Empire. «lâis Ic Toi ayant restreint au l5 d'août i684 , 
le pouvoir de conclure le traité, il fût signé dans 
la soirée de ce jour. 

Les principales conditions étaient « ( art. V^ ) 
9} qu'il serait conclu une trêve de vingt ans entre 
» la France , l'e^irpereur et TEmpire ; 

M Que les traita de Westphàlie et de Nimèr 
j» gue (art. II) seraient maintenus dans toute 
» leur force j 

» Que le roi^(art4 IV) resterait en possession 
» de là ville de Strasbourg et du fort de Rehl , de 
D même cpie de tous 'les lieux et seigneuries 
2> qu'il aurait réunis en vertu des arrêts de^ 
» chambres de Metz , de Btisach et de Besançon , 
» jusqu'au i*' d'août i68i*; 
' y> Que le roi exercerait librement. çt ^anç au- 
» cune contradiction, (art. V.) dans les lieux 
n réunis , tous les droits de souveraifieté , et qu'il 



LIVRE ÏV. 69 

» ne serait permis à qui que ce fut , de le troubler 
» dans l'exercice de ses droits ; 

» Que le roi laisserait (art, VIII) tous fes sei- 
» gneurs , propriétaires , leurs héritiers et suc- 
» sesseurs, et tous autres qui lui auraieut prêté 
» serment de fidélité , dans leur état et dans 
» l'entière perception des fruits et revenus qui 
» dépendaient de la propriété des lieux réunis , . 
i> se réservant ceux qui appartenaient à la sou* 
» veraineté. » 

Les articles de ^ette trêve , et notamment le 
V* et le Vlir , confirmaient la souveraineté du 
roi sur les états et princes immédiats situés en 
Alsace. 

Ce succès de la France fut dû principalement 
à la position fâcheuse de l'empereur, menacé 
par les Turcs qui avaient mis le siège devant 
Vienne en i683 , et non moins inquiété par les 
Hongrois révoltés. 

Louis XIV sentant l'importance de la forteresse 1684. 
de Luxembourg, qui était la clef de l'Allemagne vîagit ans avec 
et des Pays-Bas, en avait fait la demande à l'Es- ^'^*p^6^«* 
pagne , çn échange de ses autres prétentions 
sur des portions des Pays-Bas ; mais la cour de 
Madrid s'y était refusée obstinément. La France 
avait alors demandé que l'Espagne lui cédât 
Courtrai et Dixmude. Cette proposition ayant 
encore été rejetée , 1% roi avait ordonné en i685 
au maréchal d'Humières, d'entrer dans4a Flandre 



fjo V« PÉRIODE. 

espagnole , et d'y faire jsubMSter son armée aux 
dépens du pays , sans pourtant en venir à des 
hostîltlés ouvertes. 

Le maréchal d'Humières ayant signifié an 
marquis de Grana j gouverneur des Pays-Bas , 
qu'il s'abstiendrait de toute autretostilité; pour- 
vu xjue les Espagnols ne l'obligeassent pas d'aller 
plus foin , et qu^il ferait rentrer ses troupes en 
France , aussitôt que la cour d'Espagne aurait 
donné satisfaction au roi sur ses préteiîtions ; lift 
marqVris de Granarépondit q^'il avait lien d'être 
surpHs qu'au sein A^ la paix, et au moment où 
les ambassadeurs respectifs étaient encore à léut 
poste , on se permît de couvrir de troupes en- 
netniesle territoire de son souverain ; que quant 
i lui , sa charge l'obligeait de défendre les Pays- 
*fi^s ', et qu'il n'était pas en son pouvoir d'tïii 
céder la moindre partie. 

Sur cette réponse , le maréchal d'Humières 
attaqua Courlraî qu'il prit le 5 de novembre 
ï683 , et le roi ordonna en même temps lelrom- 
bardement de Luxembourg. 

Le roi d^Espagne , à cette nouvelle ^ publia le 
IT de décembre suivant , unraanifeste dan3 le- 
quel , après avoir déclamé vivement contre les 
prétentions de la France, il lui déclarait 1« guerre. 
Louis XIV qui voulait satisfaire ses vues , sans 
poi/rtant en v^nir à une glierre ouverte , fit de- 
mander à l'Espagne des équivalens pour les pla- 



/ ♦ 



livrî; ïv. 71 

ces qm'tl CEigetit. La cour de Madirîd ùxt ioflexi- 
ble. NéanmoiDS , quand die \it Luxeinboui^ 
ptis j et qu elle ne pouvait compter sur les se- 
cours de Tempereuret de rEmpire , ni sur celui 
de l'Angleterre , elle se déeida à la paix , d'autant 
plus quie Jes états^gen^raux ^ ses alliés 9 avaient 
coaclu avec la cour de France , le ^39 de juin 
dernie*^ »n traiie dont l'objet était de procurer 
«me trèye eatre la Franee et r£spagne , s enga- 
inant à ne donner aucjun secours à' cette der- 
nière , si elle s'y refusaji. Ce traité , qui fut né- 
gocâé par ie cointe d'Âvaux ^ ambassadeur du roi 
à la H^ye , avait déconeerté la cour de Madrid. 

Dans cette situation., elle chargea Tempereur, 
dont les mimistres négociaient à fiatisbo{^ne avec 
ia France , de se charger de ses intérêt^ , et.de 
conclure avec la France , une trêve -semblable 
à celle qui venait d'être arrêtée entre lui et 
L^uis XIV. Elle fut lignée le même jour i5 d'août 
i68éy au nom du roi par Créci , et au nom de 
Fempereur par le comte de Windiagratz, • 
• Le traité portait u qu'il y aurait (art, P' ) une^ 
» trêve de vingt années entre les rois de France 
» et d'Espagne ; 

» Que le roi de France ( art, II ) retiendrait 
D pendant toute la durée de la trêve, Luxem- 
» bourg et sa prévoie ; 

» Qu'il rendrait ( art. III ) les villes de Dix** 
» mude et de Courtrai , etc. » 



71 y PÉRIODE. 

Les deux trêves dont nous yenôns de parler 
terminèrent momentanément les contestations 
avec l'empereur , l'Empire et l'Espagne. Ces 
puissances n'y avaient consenti que par nécessi- 
té , et la paix fondée sur la nécessité est ra- 
rement durable. Celle-ci , à laquelle on n'avait 
' donné que le nom de trè(>€ , tant on la jugeait 
insuffisante , ne pouvait être présumée une 
reconnaissance sincère des usurpations et des 
violences de Louis iiv. La guerre universelle 
qui ne tarda pas d'éclater , lui démontra que ce 
qu'il obtenait par les trêves de Ratisbonne y 
n'était accordé qu'aux circonstances, (i) 
1684. Le roi de Siam instruit par la renommée (a). 

Ambassade . jt- i- -^ ' 

cin roi de dcs victoircs OC Louis XIV , lui avait envoyé en 
1 68 1 trois ambassadeurs qui s'étaient embarqués 
sur un vaisseau de la compagnie française des 
Indes: Ces ambassadeurs n'ayant point donné 
de leurs nouvelles , on eut lieu de présumer 
qu'ils avaient fait naufrage; 

Le roi de Siam dépêcha dé nouveau, en France 



■A. 



(1) A l'occasion de la trêve , on frap)>a une médaille dans 
laquelle Pallas assise sur un monceau d'armes , a Tombre 
d!^un laurier , tient sa lance d'une main , et s'appuie de l'autre 
sur son égide , qu'elle cache. La légende est : Firtus etpru- 
dentia principis ^{\9L valeur et la sagesse du roi) ; l'exergue : 
Ihducica ad viginù annos datœ , 1684 9 (trêve accordée pour 
vingt ans, 1684) ■■ ' ■ 

(2) Mém. manuscr, de Saintot , t. II , et Mertare de 1686.. 



LIVRE IV. 73 

deux mandarins du premier r'ang,lesqaelftëtaient 
accompagnés d'un missionnaire français. Ces 
deux mandams n'étant pas toutefois envoyés 
directement au roi, mais à ses ministres , eurent, 
le 27 d'octobre 1684 , audience seulement dn^ 
marquis de Seignelai , ministre de la marine , et 
de Croissi , ministre des affeires étrangèaes , 






auxquels ils manifestèrent le désir de leur sou« 
verain de s'unir au roi par une alliance , et d'en 
recevoir une ambassade* Louis xiv fit d'abord 
quelques difficultés d'accorder ces deux points ; 
mais il s'y détermina , lorsqu'il eut appris du 
missionnaire, que l'intention du roideSiam était 
d'embrasser le christianisme. * 

Le roi envoya doncÀSiam, en qualité d'ambas- 
sadeur , le chevalier de Chaumont accompagné 
de l'abbé de Choisi , qtri devait le remplacer en 
cas de mort, et rester auprès du r,oi de Siam 
comme ambassadeur ordinaire. Le chevalier de 
Chaumont partit de Brest le i" de mars i685 , 
et arriva le !i4 de septembre , dans la rivière de 
Siam. 

Le I*' d*octobre^ Constance Phalkon , grec 
d'origfne , et premier ministre ou barcalon du 
roi de Siam , lui envoya son secrétaire avec des 
rafraichissemens pour tout l'équipage. Le 28 
d'octobre, le chevalier eut son audience publi- 
que. Le roi avait une couronne tontfe brillante 
de gros diamans , surmontée d'une espèce à& 



74 V* PÉRIODE. 

bonnet de dragoo ; au ix>l :, îl arait un collier 
d'or enmbi de dèamans j.ei aux poignets , des 
braee^els ornes de pierreries. De4l escaliers con- 
duisaient à une tribune où était ce monai^que, 
et devant laquelle étaient trois grands parasols 
de drap d'or. Cbaumont lui présenta sa lettre 
deçréance, et lut fit une barangue, dans laquelle 
il disait « <}ue le roi soa souvermn , fameux par 
» tant de victoires et par la paix ^u^il avait ac- 
» cordée tant de>£ois à ses ennemis^ lui avait 
j> commaadé de venir trouver sa majesté , pour 
9 lui présenter des marques de son estime et lai 
3» offrir son amitié ; ma4s que rien n'était pikis 
» capable d'unir«deux si -grands princes , (piie de 
» vivre dans les sentiniens d'une même croyan- 
» ce ; et qu'ainsi le roi son maitre lui avait re- 
yx)ommandé de représenter particulièrement k 
» sa majesté , que la nouvelle ^la plus agréable 
» qu^il pourrait portar au roi ,*serai< que sa ma- 
» jeslé ^ persuadée de la vérité , se faisait ins- 
» truire dans la religion chrétienne ; que cela 
» cimenterait à jamais l'estime et l'amitié entne 
» ces deux rois , etc. d 

Le roi de Siam évitant: de répondre à une in- 
sinuation aussi exiraordinaire , dit ii l'am^ssa- 
deur qu'il recevait avec grande joie, les lYiarques 
de l'estipie et de l'amitiédu roi de France. 

La lettre de Louis^ %iv au roi de Siam conte- 
nait des remercîraçns sur la protectioja ^ju'il aç- 






LIVRE IV. 75 

cordait aux ëvéques et a^ix missioimaîres , et 
une invitation pressante de se faire instruire 
dans les mystères de la raligion dirétienne. 

A la fin de l'audience, , ChmiOioat fit étaler 
devant le roi une partie des prése»s qui lui 
étaient destinés. Ce monarque Tinterrogea «Br- 
suite 9tir la famille royale , et lui demanda des 
ncm relias d'Europe , auxquelles Çhaumont satis- 
fit, en Im di^nt quelle roi venait de forcer l'em- 
perieur et tous lès princes d'Allemagne et l'Es- 
pagne, à signer avec lui, une trêve de vingt ans. 
On tira un rideau devant la fenêtre de la tribune 
du roi , et l'audience fut finie. 

Le 26 d'octobre, le premier ministre Constance 
rendit visite à l'ambassadeur. La conversion du 
toi fat le sujpt de leur entretien. Constance fit 
entrevoir de grandes tîifficaltés , observant que 
l'abandon d'une religion professée depuis tant 
de siècles , pourrait occasionner une 00m motion 
générale dans le royamrme. Il fit connaîtra au 
chevalier de Chaumontque le roi avait un frère 
qqi ne cherchait qu'à nourrir la dissension ; 
que c*était beaucoup que sa majesté permît qu'on 
enseignât la religion chrétienne dans son royau- 
me , et qu'on'laissât au peuple et aux mandarins 
la liberté de Fembra^sér-; qu'avec le temps kfs 
choses pourraient prendre une antre face. 

Chaumont avant remis au premier ministre _ '^8^- 

•^ , * Traité entre 

Constance , un mémoire concernant la liberté Louis xir et 

le roi de Sianw 



76 V PERIODE, 

de religion et du commerce , le roi y répondit 
peu de jours après , et accorda à Tagibassadeur 
tout ce qu'il désirait pour le commerce. Quant 
à. la religion, il fut stipulé , i*. que les évéqUes 
et missionnaires auraient pouvoir d'enseigner 
les mystères de la foi chrétienne dans tout le 
royaume de Siam , pourvu que dans leurs pré- 
dications , il n'y eût rien de contraire aux lois 
et au gouvernement de l'état ,.avec défense ex- 
presse aux gouverneurs et officiers des villes du 
royaume , de les inquiéter en aucune manière; 

:3^. Que les missionnaires auraient des écoles 
où ils voudraient, pour y enseigner toutes sortes 
desciences, aux mêmes conditions den'enseigner 
Tien qui fut contraire au bien de l'état ; 

5"". Que les Siamois qui embra^raient la re-» 
ligion chrétienne , auraient les mêmes privilèges 
que lès chrétiens étrangers ; 

4^. Que les chrétiens siamois , devenus inca* 
pables par infirmités.ûu par vieillesse , de rendre 
S(a roi les services que lui doivent ses sujets, qui 
sont obligés de travailler pour lui quand il veut, 
seraient exempts de ces services^ etc. 

Ce traité fut signe le lo de décembre i685, à 
Louvo, dans le royaume de Siam , par le che- 
valier de Chaumout , ambassadeur extraordl- 
naire du roi , et par Constance Phalkon , comme 
muni des pouvoirs les plus amples. 
, Le surlendemain , le roi fit aux membres 



LIVRE IV. 77 

de l'ambassade , des présens consistant en belles 
Testes jsaponaises , en cabinets de la Chine , por^ 
celaines et curiosités du pays. Il donna à l'am- 
bassadeur un grand v;ase d'or , qui est le signe 
de la dignité la plus ëminente.du royaum^de' 
Siam 9 et. qui élève au rang de ojra. Il désigna 
en même temps tes ambassadeurs qu'il envoyait 
à Loui6 XIV , et qui s'-embarquèrent avec le che- 
valier de Chaumont , sur la frégate F Oiseau , 
dans les derniers. jours de décembre i685. Arri- 
vés à Brest le 18 de juin 1686, ces ambassadeurs 
furent admis à l'audience du roi le 1^^ de sep« 
tembre , et le haranguèrent sur ses conquêtes 
et sur ses grandes qualités. Dans l'entretien 
qu'ils eurent avec le ministre des affaires étran- 
gères , Croissi , celui-ci leur témoigna que la plus 
grande satisfaction que le roi de Siam pouvait 
procurer à S. M. , c'était non-seùlement de pro- 
téger les missionnaires français , qui étaient 
dans ses états , mais les Siamois qui se feraient 
chrétiens* 

* Les présens f ai ts par les ambassadeurs , consis- 
taient dans tout ce que leur pays pouvait offrir 
de plus riche et de plus choisi ; ceux du roi ne 
furent pas moins recherchés, (i) 

' (i) Xi'ambassade de Siam , qui 'flattait beaucoup ramour- 
propre de Louis xiv , parut mériter d'être consacrée* par 
une médaille. On -voit dans la galerie de Versailles 9 le Roi 



^8 V*^ PÉRIODE. 

Des avantages réciproques et d'une longue 
durée , semblaient devoir être pour les deux na- 
tions, le résultat de ces rapports entre leurs sou** 
Yerains ; mais le rot de Siam étant tombé malade 
au^nois de mai 1688, un n[iandariu siamois'^ 
nommé Opra ^ iovi attaché^ à la religion de soa 
pays , songea à se faire déclarer souverain deses 
états. Le premier ministre'Canstdnce, qui près-? 
sentait ses desseins , voulut rassembler des trout* 
pes pour s'y opposer ; mai^f elles furent battues. 
Opra fit mettre ies frères du roi dans des sacs de 
velours noir , où ils furent assommés à coups 
de massues de bois ùdoriférmnt. Il s'empara eu 
même temps, de la femme et des enCaos de Cousr 
tance , et ordonna à tous les Anglais et Français 
qui étaient dans lejroyaume den sortir , aous 
peine de châtimens rigoureux. Le roi étant mort 
sur ces entrefaites , Opra monta sur le trône ^ 
et la révolution fut consommée dans le royaun^e 
de Siam. 
1634. Les Algériens liv^s depuis long-temps à la 

paix avec Al! piraterie par férocité et la soif du tmtin , atta- 
f t TÎmil''^**^ quaient les navires français , et en condamuaiôat 



sur son .trône , an pied duquel sont }ei ambassadeurs de 
Siam. La légende est : Faoïa virtutis , (réputation de vertu); 
l'exergue : Oratores régis Siam, t6Ô6, (ambassadeurs d|L 
roi de Siam) , i6B6. 



LiVftE IV. 79 

Tëquipage à Fesclavage (i). Il n'y a que l'im- 
puidsaoce qui paisse tolérer de pareils affronts, 
et Louis XIV n'était pas dans le cas de les sup- 
porter. Une escadre -aux ordres de Duquesne , 
se porta devant Algei»' ,♦ qu'elle bombarda. Le 
dey Mezzo-Morto , furieux , se livra à beaucoup 
d'excès à l'égard des Français établis dans Alger , 
et eri particulier à l'égard du consul de France , 
le père Levacher , qu'il accusa d'avoir doifné à 
l'escadre un signal pour tirer sur une certaine 
pa^Hede la ville, plus facile à atteindre. Il pro- 
posa au père Levacber de se faire circoncire et 
d'al]^urer le christianisme. Sur son refus , il le 
fit placer à l'embouchure d'un des plus gros 
canons de la place , auquel on mit le feu ; trai« 
tem^int digne d'une nation familiarisée avec tous 
les excès de la barbarie. Le bombardement çon-* 
tint^ant toujours , et les habitans étant menacée 
d'une ruine totale , le dey rendit une proclama- 
tion qui prescrivait la tnise en liberté de tous 
les Français , et fit des ouvertures de paix, aux- 
quelles l'interprète du roi, Hayet, répondit de 
la part de Duquesne, Il fut donc signé un traité 
de paix , portant > 

«c Que les capitulations entre ^l'empereur de 
» France et les grands-seign^rs seraient sincè-» 



> I » ■<■— — ■— — i— »a»»il 1 I I I I — *»^>fc<Wfci 



(i) Histoire des états bârbaresques , t. 11^ «tMém. dé 
TottV^Ik , t. n. . ' 



8o V« PÉRIODE. 

m 

» rement observées à Alger , et qu'on rendrait 
» tous les esclaves détenus dans le royaume 
» d'Alger ; 

» Qu a l'avenir , tous les Ff'ançais pris par les 
» ennemis de la France ^.et qui seraient conduits 
» à Alger et dans d'autres ports du FQjr^uuie , 
» seraient mis en liberté , etc. » 

Ce traité qui devait durer cent ans , fut sign^é 
à Alger , le q5 d'avril 1 684 , par le chevalier de 
Tourville , au nom du roi. 

Oq était convenu dans le cours de la négocia- 
tion avec le dey , qu'il enverrait une ambassade 
au roi , pour lui demanda pardon , tant de la 
rupture avec -la France , que de ce qui s'était 
passé à l'égard du père Levacher. 

Le dey chargea île cette ambassade le gouver- 
neur d'Alger , Hadgi Giafer , qui partit accom- 
pagné de douze capitaines ou officiers de mer 
distingués par des actions d'éclat. Admis le 4 de 
juillet , à l'audience du roi , cet ambassadeur lui 
témoigna la joie de sa république et du dey , 
d'avoir conclu la paix avec la France, Il le. 
pria d'attribuer le meurtre du père Levacher à 
l'égarement du peuple , fucieux de la, chute, 
des bombes qui écrasaient la ville et ses habi- 
tans« • 

Le roi répondit qu'il approuvait le traité con- 
clu avec le chevalier de Tourville, et qu'il es- 
pérait que les Algériens feraient de leui; côté 



LIVRE ir. 8r 

toiit ce qui serait néceaBêire pour entretenir I& 
paix(i). 

A la fin de Taudience « l'ambassadeur , avant 

de se retirer , dit au roi « qu'il prenait la liberté 

y de lui te'moigner la joie qu'il ressentait de la 

n prise de la forte place de Luxembourg , et qu'il 

» souhaitait qu'il fût toujours victorieux. » Re* 

venant voir les appartemens , on lui montra le 

tffona 6à était le roi le jour qu'il eut audience , 

il dit « qn'il ne se souvenait point d'avoir vu ce 

» trône , et qu'il n'avait remarqué ce jour-là que 

» le roi. » 

Il reçut en partant , des armes, dfs tentures ^ 
des pendules , et une boite enrichie de diamans. 
L'ambassadeur retourna à Alger, sur le vais* 
seau du marquis d'Amfreville. Le dey restitua, 
conformément au traité, cinq cents chrétiens, 
Savoir : trois cent vingt sujets du roi , cent cinq 
étrangers de toutes les nations , et soixante- 
quinze Anglais et Hollandais , pris aussi dans la 
dernière guerre , mais sous des pavillons étran- 
gers , et que le roi avait réclamés. 
11 convient d'observer ici que le ministre de la 

^— i^—— Il II II m III I — — . I III I I 

(i) On frappa à Toccasion de la paix avec Alger , une mé- 
^ille. On y Yoit Tambassadeui^ d* Alger se jetant aux 
pieds du roi, qui lui accorde le pardon qu'il demande. La 
l^^gende est : Jffrica supplex y ( TAfrique suppliante ) ; 
l*exergue, Confecto beUo piratico, 1 684 j^( guerre des pirates 
terminée, 1684*) 

lY. ,6 



8^ V* PÉRIOt>E. 

iHarine avait à cette époque la oomination des' 

consuls dans les Echelles du levant , et leur cor-' 

respondancb i et qu'il était chargé également 

de négocier les traités avec les puissances de 

Barbarie. 

Les corsaires de Tripoli ayant violé la patit 
' que le roi leur avait accordée en i685 , leur ville 
fut bombardée le 22 de juin i685 , par une es- 
cadre commandée par le maréchal d'Ëstrées, qui 
accorda la paix aux Tripolitaips , le 29 de juin 
i685 j à condition qu'ils rendraient six cents 
esclaves chrétiens , trois vaisseaux de Marseille ,. 
et qu'ils payeraient 5oo,ooo liv. en aident. « 

De Tripoli, le maréchal d'Estrées fit voile vers 
Tunis, qu'il obligea pareillement à rendre tous 
les chrétiens pris sous la bannière de France^ et 
à payer au roi les frais de l'armement. Le traité> 
de paix conclu pour cent ans , fut signé par le 
maréchal d'Estrées , le 3o d'août <i685. 



LIVRE t. 63 



LIVRE V. 

# 

Satisfaction titée de la république d^Gènes. — Honneur du 
sopha accosdé à Tambassadeur d^rrance. — Révocation 
de Pédit de Nantes. •*- Querelle avec Rome » au sujet de 
la Régale et des francbbes. -— Déclaration de guerre à 
Tempereur , aux Proyinces-Unies et à FEspagne. — Am« 
bassade des Cantons réformés au roi. — Traité de neu- 
tralité avec la Suisse. — Mission de Cb&teauneuf près la 
Porte. —-Ambassade à l'empereur de Maroc. — Manifeste 
de la France contre le duc de Savoie.— Mort et politique 
de Croissi. -~ Nomination de Torci au ministère des af- 
faires étrangères*-— Démarches pour faire roi de Pologne 
le prince de Conti. — Congrès de Ryswick. — Traité de 
paix avec l'Espagne , avec l'Angleterre ^ avec Tempereur . 
etTEmpire. — Considérations sur la paix de Ryswick.-^ 
Alliance avec le roi de Suède. -— Paix avec Maroc. — Dif- 
ficultés d*étiquette avec la Porte. — Opposition dé la 
France à l'érection de l'électorat d'Hanovre. . 

JjiE roi était très irrité contre la république de z685. 
Gènes, soit à cause des discours injurieux qui se tirù L^u ré^ 
tenaient publiquement contre lui daos Gènes ; ^^f^ ^ 
soit parce que les Génois avaient fourni des mu- 
nitions de guerre aux Algériens dans leurs cour- 
ses sur les Français ; mais principalement parce 
que la république, en vertu d'un traité secret 
avec l'Espagne, faisait construire quatre galères 



84 V* PÉRIODE. 

pour le service de cette puissance, alors en 
guerre avec la France, 

Pidou de Saint-OloD, envoyé extraordinaire 
du roi à Gènes, avait; déclaré de sa part, que si 
la république faisait , mettre ces bâtimens en 
mw f la France c^arderait cette conduite com- 
me une hostilité)^ ordonnerait à ses vaissea^ux 
de les saisir partout où ils se trouveraient. Après 
cette menace que les Génois regardèrent comme 
une insulte faite à leur indépendance^ ils ne 
gardèrent plus de ménagemens envers Saint- 
Olon< Ses domestiques jTur^iit insuUés ; oq chassa 
de la ville le religieux , confesseur de sa femme; 
on mit à l'amende son médecin,, son chirur- 
gien et ^on apothicaire , qui étaient Génois , et 
on attenta même à sa vie. Saint-4DIon , de son 
côté , se permit des vivacités peu dignes de son 
rapg^ et doqn;» publiquement du bâton à des 
Génois , quoiqu'il existe des armes plus nobles 
pour le ministre d'un grand roi. ~ 

Les galères ayant été achevées et mises en 
mer , Saint-Olon prit son audience de congé , 
d'après l'ordre de sa cour , et partit de Gènes. 
]> i5 de mai 1684, la guerre fut déclarée à la 
république , et peu après , une escadre française 
^x ordres de Duquesne , parut devant Gènes. 
Le sénat députa six sénateurs , qui se rendirent 
à bord du vaisseau commandant, où se trouvait 
le ministre de la marine, Seignelai, lequel leur 



LIVHE V. 35 

^écl^ra qu'il voulait bieti leur laisser le Mmps 
de i*ecourif à la ciëmencô du iT>i, ieâ assurant 
qu'ik' pouvaient encore compter f5ui< sa proteo^ 
tioD , pourvu que le sénat «nvoyàt prés du roi 
quatre de des prindpauic membres, pour lui de- 
mander sa bien veillaocfe et l'oubli du passe^ qu'eu 
outré , oh remettrait à; la France leâ quatre ga- 
lères que la république àVait fait construire poter 
le service d'Espiagne. Le ministrè^ajoutk aux dé^ 
pûtes, que s'ils refusaient tcesCrOnditiobs, il avait 
ordre de bombarder leur ville; : 

. Le sénat, indigné déx^s .prdpbsiiioiîs^ fit pour 
toute réponse, tirer le éaiiqn des forts sur laflotte. 
Après cette démarche des Génois, lesgàltotesà 
bombes coramencèrent'à agir^ le iSdemai j684. 
Une grande partie dé la ville fut détruite'par la 
chute de prè&de^ quatorze. mille bombes, qui y 
fureut lanèéès jusqu'au. a8. du même oiois. 

Cependant^ une négociation ayant été enta- 
mée à B^ris ,.£ous la médiation du [lape, entre 
le miniàtre desià^aires étnangères et l'envoyé de 
Gènes V^lenlarquis Màrinî, les articles furent 
signés entre eux, le 12 de février 1685^ 

Le roi (àrt« P') imposait au doge et à quatre 
sénatéursl, l'obUgation de venir dansdeux mois , 
au lieu où sa majesté serstit; et lorsqu'ils seraient 
admis à son audience, revéttis de leurs habits 
de cérémonie , le doge portant la parole ,' té^ 
moignerait au nom de la république de Gènes > 



86 v^TKR:ïO•IXE. 

rextréme regret» qu'elle ' avait d'avbîr déplu : à 
S. M. , elfiè servirait dans son discours des ex- 
pressions les plus soumises, les plus res{>eclueu- 
ses^ et marquant le mieux, le désir sincère qu'elle 
avait de mériter à l'avenir la bienyeinaj[)ce de 
S. M. , et de la conserver soigneusement.; 

Il était dit (art. II), que le dogCLet les quatre 
sénateurs rentreraient à leur retour, dansPexer- 
cice de leurs ^chargés et dignités , sans ^u'il fût 
permis d^en mettre d'aulres à leur place , pen- 
dant leur absence. 

Les Génoii (art^ III) s'obligeaient à remettre 
leur marine ,'sur le pied où elle était le i^' jan- 
vier r683. :.,.,:. 

En conséquence de ce traité , le doge Impé- 
riale Lascari , accompagné des quatre sénateurs 
Garibaldi , Durazzo, Lomellini et Salvago, et 
de huit autres gentilshommes qualifiés , se ren- 
dit à Paris. Il garda' plusieurs semaines V in- 
cognito , afin de ùiirè préparer ses équipages , 
qui furent d'une grande magnificence. Le i5 de 
mai, il se rendit à laiidience du roi s» des qu'il 
l'eut aperçu , il se découvrit , s'avança» quelques 
pas, etfit ensuite, ainsi que les sénateurs, deux 
profondes révérences au roi, qui se leva en étant 
tin peu son chapeau. Après quoi, le monarque 
leur fit signe d'approcher, comme enr.les appe- 
lant de la main. Le doge alors monta sur le pre- 
mier degré du trôpè ; lé roi et lui se cauvrirentj 



.• LITRE V. »7 

et 1^ doge adressa au roi , en italien ^ le discours 
suivant : . 

. . « Sir^ , ma repyblique a toujours tenu pour 
j» maxime fondamentale , de se signaler par le 
» profond respect qu'elle porte à cette paissante 
» couroQne.que Y.. M. a reçue de ses ancétres> 
» et qu'elle at ëleyée à un si hnut degré de force 
»>etde gloire, par ^les actions étonnantes, que 
A lar^nommée, qui dans tout autre sujet ordinaî- 
%. remçQt exagère, ne pourra , même en les dim^ 
D nuant , les rendre croyables à la postérité. 

» Ces prérogatives si sublimes qui obligent 
» tous les états à les considérer et à les admirer 
» avec une soumission très profonde, ont parti-^ 
D caUèremcnt porté mat république à se distin-* 
n guer pardes$us.tou«lesau;tre%en le témoignant 
3) de telle manière que tout le mondé en doive 
9 demeurer convaincu; et Taccident le plus fu- 
:f> neste qu'elle* ait Jamais éprouvé, est celui d'à* 
y> vojr.pu véritablement offenser V. M.; et.quoi*' 
9 qii elie se JSiatteque.o'est un pur effet de son 
» malheuf-, elle voudrait néanmoins que tout 
:^.ce qui s'est passéj et dont V. M. nJa pas été 
n contMile , fût, a quelque prix que ce fût ^ 
aieffacë>non-seuleme»t/de.sa mémoire, piaia 
» encore de cdile de tous les hommes; ét^nt in^ 
» capable de se consolj^r ^aas une si grande af- 
» fliction, jq^squ'à ce qu'elle se voie rétablie dans 
3?fJes bonnes grâces de Si M^, qu'elle ^'attachera 



8S V« PÉRIODE. 

» détonnais, non-seulemeot à cùnMxrtt^ mais 
» même à en mériter l'augmentation. • 

:» C'est dans cette vue que^ ne a^ codtentant 
3^ pas des termes les plus .respectueux ^ la v^u- 
» bltque a roulu se.servir demuiièvts inûsîtées 
j> et très particulières^ ealui.envoyantso» doge 
» avec quatre de mssënateurSt espérant qu'après 
1» de telles démonstratiooiSj V. M. sera pleine- 
» ment persuadée de ta très- haute esiime que 
» ma république fait de votre royale bienireil- 
» lance. ^ 

» Pour ce qui est de moi ^ Sire , je m'estime 
a» très heureux d'avoir FhoDneur d'^xpoéer à 
» y. M. ces sentimens respectueux, et je tiens à 
3» gloire particulière , de paraître, devant un mo* 
j> narqued'tm courage invincible^. et révéré par 
» sa grandeur d'ame et sa magnanimité. 

» J!espère que V. M. , pour faire voir de plus 
» en plusà tout l'univers, l'étendue de sa gén^o* 
» site , daignera regarder ces témoignage aussi 
9 justes que respectueux, comme provenant .de 
:» la sincérité de mon cosur , et de ceux de mes* 
9 sieurs les sénateurs, coolmede tousles citoyens 
3» génois , lesquels attendent avec tmpa#ÎÉiice les 
» marques que V. M. voudra bien lenr donner 
» du retour 4e sa bienveillanbe. j» ' 

Le roi répondit : « Qu'il était content des sou* 
» missions que lui faisait faire la république de 
9 Gènes; que comme il avait été fâché d'avoip 



LIVRE r. 8g 

»:€vi^ sujet de. iaiipe^Iater son retsentilkiient coa« 
3» tre elle, il était bien aise de voir les choses au 
» ppîat oil;eU^^^iéut ^ parce qu'il croyait qu'à 
s^Vaveoir, il y. aurait uùe très, bonne întelli*« 
p gen^e j qu'il voulMt se la protti^ttre de la bonne 
^^oQ^^ite qit!0 \<^^?ëpubUque. tiendrait à Uave-^ 
» nir , et que restim9ntbeauc<||ip) illuî donne** 
» rait dans toutes leét occasions des marques de 
» sa bienveillance.» ^ . 

A IVgard du doge»' S. M. parla de son mérite 
personnel, lu if aisÀnit connaître qu'elle lui don- 
nerait avec plaisir des témoignages de l'estime 
partijE^lière qu'elle en faisait* . 

Après cette réponse du roi , hé quatre séna^ 
teuTiS firentleur harangue séparée, et S. M. ré* 
pondit à chacun en particulier. 

Le doge «pnserva toujours , malgré la stngu^ 
larité de son rôle , un air civil et spirituel. Sa 
contenance n'avait rien d embarrassé , et il mon- 
tra de la dignité sans morgue, et de Tabaisse-- 
ment sans bassesse. 

Ce magistl*at: r^yiqt le i3 de mià^ à Yersail^ 
les , où il visita ce qui y était le plus digne de 
curiosité : ce fut alors que quelqu'un lui de- 
noandanlrce.quiie frappait le plus en France, il 
répondit par ce mot fin : « Cest de ni y voir. » 

Le roi lui fit présent de son portrait garni de 
diamâns, et de plusieurs ^riches tentures. Le^ 
sénateurs eurent àts presens semblables ^ mai$ 



j 



i685. 
Honnear da 



de moindre' prix. Le doge retourna 4'6eîà«î té 
26 de mai (1). . » 

La contestation an sujet dv^s&pha^ après aToir 

•ophaaccordé durë cinq ans entre le grâiid-visir et l^àmbdssa^ 

dearXF^ranl ^cur de France , fut accomÂiôdëe à la sati^fac-- 

^^' tion de la France , au voyagedè M, deGuillera- 

gués à Andrino|ile, en 1684. ' 

Cet ambassadeur f conduit à* l'audience du 
grand- visir , se plaça sur le sopha^ qui était 
disposé comme il Tavait demandé, et s'entre- 
tint avec le grand-yisir d'objets divers. A la fin 
de cette conversation , le teschifrat-Emini ^ ou 
maître des cérémonies , présenta une requête 
pour demander qu'on fît Tinsertion de cette 
distinction danâ les archives de l'empire^ com- 
me n'ayant jamais été pratiquée , criant même 
tout haut qu^il fallait bràlér l'anoftn livre du 
cérémonial;. 

Guilleragues eut audiencfé du grand-'Seignetii' 
le s6 de novembre, et le harangua. Le stiitatt 
lui parla deux fois , ce qui est une faveur parti- 
culière; car il se contente d'entérîdre les ambâs- 



(1) La soumission de la république de'Gèiies iùt le sujet 
d'une médaille. On*y volt; le. roi debout èvlt le-isù^tthe'pitàà 
de son trône, et devant lui, le do^ avec ses quAl^^e séna-* 
leurs en posture de supplians. La légende est ; Genua ^bse^ 
quens, (Gènes soumise); Texergue, duxlegatuf et depreçatpf\ 
1685 ; (le doge envoyé pour implorer la clémence du^roi); 
ï685. • ' 



LIVRÉ y. / 91 

Sad^iirs f et de leur ^^^ondro par on sigùa de 
tête. . • 

Qliilleràgues ne jouit pas loog«>temps de la fa- 
yeur à laquelle il ëfait parvenu près de la Porte; 
il mourut d apoplexie à Constantinople , le 5 de 
mai^ de cette année n après avoir obtenu près 
de quatre-vingts commandemeas et barats de la 
forte, en faveur du coofrinerce français, dont 
un, entre autre, portait réduction à trois pour 
eent , des droits sûr les marchandises des négo^ 
cîans français au Caire. . 

Il obtint un commandement contre les cor* 
saîres d'Alger, de Tunis et Tripoli, qui vou- 
draient entrer dans les ports, et s'avancer jusque 
sous les forteresses du grand-«eigaeur , pour «e 
saisir des bâtimens français quî y seraient réfu* 
giés, avec ordre àlous aga et ofiSeiers du grand* 
seigneur, de les défendre, contre Ta ttaque des 
corsaires , et^de faire rèstiluer les bâtimeus et 
marchandises qui 'auraient été enle.vés par eux. 

Un autre comm^andement obtenu par Guille^ 
vagues, est celui qui interdit au douanier de 
CoDstanlinople , ' de prendre connaissance, des 
bardes et présens qui viennent de la chrétien t^^ 
i l'adresse de Tarn bassadeur,^^t de. les visiter ou 
de les soun^ettne a aucun droit. . 

Girardiq , conseiller au parlement, et depuis 
lieutenant civil aaChâtelet, fut le successeur de 
Cuilleragues, £a arrivant devant Constantiuo- 



ga V« !>ÉRIODE. 

pie, le lo d« janvier 1686^ sar le viiidseau du YfA 

le Vaillant^ il envoya fin drogman au caîmacAti ^ 

pour Tavertir qu'if ëtqît en vue de la ville, et 

6avoip si le canoûr du. sérail lui rebdratt le mIuC 

qu'il lui ferait ^ parce c^ue san^ oette a;Muratieé« 

le vaîdsean de S. M. ne Balueraitpa^. Le caîtna->- 

^ can fit réponse^que le ftërail ne gavait ce ^ que 

c'était que de êaluer ; qiu'il né pouvait faire ri;n* 

dre le salut sans exposer sa tête , et que l'ambfts-^ 

sadeur pouvait passer devant le sérail san^ «al ùer^ 

 son audience, Girardin fut placé sur une cfaai^ 

de velours rougè posée sur le sopfaa. 

,686. Lôiiis xiv>pffr unëditdu iSdWtobre i685 (i)* 

f^vtl^'Z révoqua le fameux édtt de Nantes de iSgà 11 

wanté.. .pj.j^ conseil sur ce point, duehanofilter le ïellier^ 

de Louvois, son fils , ministre de la guerre; 

du père de la Chaise, son confesseur^ et d[i^ 

madatne de Maintenon, qui s'était déjà insî^ 

nuée dans les affaires d'étaté Dès l'année 167g, 

les concessions faites aux protpstans , avaient 

été graduellement restreintes. Pour les forcer à 

obéir à l'édit qui révoquai^ celui de Nantes^ 

on employa contre eux la violence. I^ Bëarn, 

le Languedoc^ la Guienne,rAnjou^ la SaiU'^ 

tonge, lé Poitou , le Vivarais et les Cëvennes ^ fu' 

rent témoins de mesures sévères et d'exécutions 

souvent cruelles. Deux cent cinquante mille 

. . ' ' , ■ •>• 

(1) Hist. de' l*éâie de Nante» , pat Bétieiu 



j 



tIVRE ▼. 93 

protastans abjurèrent \^ rf lîgîpn 4e leurs pères ; 
inai^ pUi$ de ti^ois cent mille «'y refusèrent » et 
cherchèrent un asile en Hollande >èii Angleterre, 
en Allemagne , en Danemarck^ QÙ ils furent ac-«> 
cueillis, soit par l'intérêt qu'inspire la persécu- 
tion, soit parce qu'ils possédaient des artsqui ^n«- 
ricbissaien tles pays où ils se fixaient. Quatre cent 
mille protestans qni ne purent fuir , dissimu* 
lèrent leurs principe^ religieux , afin de se sous- 
traire à l'intolérance qui fut poussée à un tel ' 
degré, que par l'édit du 29 avril 1686 , le3 pro^ 
testons malades qui refuserfUent le viatique , de:- 
sf aient être considérés et punis comme apostats ^ 
s ils revenaient en santé; les honmies être con* 
damnés aux çalères perpétuelles y les femmes à 
ia prisotk et à la perte de leuri hiens ; en cas de 
mort^ leurs bien^ être vendus , leurs cadavres 
exhumés y et jetés à la voirie. 

Louis xiy, voyant que les religionnaires ai- 
maient mieux renoncer à leur patrie , qu'à leurs 
opinions, non-seulement donna des ordres se-- 
vères a tous les gouverneurs de places fron- 
tières et maritimes pour les arrêter , mais il 
promit des récompenses considérables aux dé- 
nonciateurs des fugitifs „et prononça les peines 
les plus rigoureuses contre ceux qui auraient 
favorisé l'évasion de quelque religionnaire ; et 
malgré tant d'efforts et de précautions, son 
autorité fut impuissante. Londres, la Haye^ 



86 yPÉmOIKE. 

Textréme regret* qu'elle ' avait d'avoir déplu : à 
S. M. , el se servirait dans son discours des ex- 
pressions les plus soumises, les plus res{>eclueu- 
ses^ et marquant le mieux, le désir aincèxe qu'elle 
avait de mériter à l'avenir la bienveillance de 
S. M», et de la conserver soigneusement; 

Il était dit (art. II), que le doge, et les quatre 
sénateurs rentreraient à leur retour, dansPexer- 
cice de leorswchargés et dignités , sans qu'il fût 
permis d*cn mettre d'auf res à leur place , pen- 
dant leur absence. 

Les Génois (art* III) s'obligeaient à remettre 
leur marine ,sur le pied où elle était le i^' jan- 
vier i683. .,.,:. 

En conséquence de ce traité , le doge Impé- 
riale Lascari , accompagné des quatre sénateurs 
Garibaldi, Dura2zo, Lomellini et Salvago, et 
de huit autres gentilshommes qualifiés , se ren- 
dit à Paris. Il garda plusieurs semaines V in- 
cognito , afin de faiFë préparer ses équipages , 
qui furent d'une grande magnificence. Le i5 de 
mai, il se rendit à l'aiidience du roi i* des qu'il 
l'eut aperçu , il se découvrit , s'avança, quelques 
pas, etfit ensuite, ainsi que les sénateurs, deux 
profondes révérences au roi, qui se leva en ôtant 
tm peu son chapeau. Après quoi, le monarque 
leur fit signe d'approcher , comme enr les appe- 
lant de la main. Le doge alors monta sur le pre- 
mier degré du trôpe : lé roi^t lui se cauvrirentj 



. LITRE V. ftj 

ei le, doge adressa au roi , en italien ^ le discours 
suivant : 

. ic Sir^ , ma repyblique a toujours tenu pour 
j» maxime fondamentale, de se signaler par le 
» profond respect qu «lie porte à cette puissante 
» couroone que Y.. M. a reçue de ses ancêtres > 
s> et qu'elle at éleyée à un si h*ut degré de force 
i>>etde gloire, par ^les actions étonnantes, que 
n laronommée^ qui dans tout autre sujet ordinai- 
». remçQt exagère, ne pourra , même en les dim^ 
D nuant , les rendre croyables à la postérité. 

» Ces prérogatives si sublimes qui obligent 
» tous les états à les considérer et à les admirer 
s> avec une soumission très profonde , ont parti-^ 
D cuUèrement porté nia république à se distin- 
» guer pardessustou^les autres, en le témoignant 
3) de telle manière que tout le moudé en doive 
9 demeurer convaincu; et Taccident le plus fu- 
p neste qu'elle* aitjaoïais éprouvé, esh celui d'à* 
y> voir pu véritablement offenser V. AL; et, quoi- 
9 qn elie se JSiaUeque.o'est un pur e£fetdeson 
» malbeuf :, elle voudrait néanmoins que tout 
^.oe> qui s'est pa6$é^ et dont V. M. n'a pas été 
3^co»tMile , fût, a quislque prix que ce fut ^ 
A effacë'^'non-iseuleme»t/desa .mémoire , piaia 
» encore de celle de tous les hommesi ét^nt in« 
yx capable de se consolj^r dans une si grande af- 
n fliction, jqisqu'à ce qu'elle se voie rétablie dans 
^Jes bonnes grâces de S; M^, qu'elle ç'a.i tachera 



88 V« PÉRIODE. 

» détonnais, non-seulemeot à conMrr^r, mais 
» même à en mériter l'augmentation. . '• 

:» C'est dans cette vue que, ne $^ contentant 
3^ pas des termes les plus .respectueux ^ lav^u- 
» bltque a roulu se. servir de manières inusitées 
j> et très particulières^ ea lui .envoyant so» doge 
» avec quatre de mssënateurSt espérant qu'après 
1» de telles démonstration;» > Y, M* sera pieihe* 
» ment persuadée de ta très haute estime que 
» ma république fait de votre royale bienveil«- 
» lance. ^ 

» Pour ce qui est de moi ^ Sire , je m'estime 
a» très heureux d'avoir Thonneur d'^xpoéer à 
» y. M. ces sentimens respectueux, et je tiens à 
3» gloire particulière , de paraître devant un mo- 
j> narque d'tm courage invincible >. et révéré par 
» sa grandeur d'ame et sa magnanimité. 

» J'espère que Y. M. , pour faire voir de plus 
» en plusà tout l'univers, l'étendue de sa gén^o* 
» site, daignera regarder ces témoignages aussi 
]» justes que respectueux, comme provenant, dé 
:» la sincérité de mon cœur , «t de ceux de mes* 
> sieurs les sénateurs, conimede toiié les citoyens 
3» génois , lesquels attendent âveé tmpa#îiiice les 
» marques que V. M. voudra bien leur donner 
» du retour 4e sa bienveiilanbe. » 

Le roi répondit : « Qu'il était content des sou* 
» missions que lui faisait faire la république de 
9 Gènes; que comme il avait été fâché d'avoir 



LIVRE r. 89 

» eu^fti^et d^laiipe^Iatei:* son retsentîlkiient coa« 
» tre elle, il était bien aise de voir les choses au 
» pçiçt4Hl;eU<!is^éA^iéut, parce qu'il croyait qu'à 
)»Va¥eiiîr, il y. aurait une très, bonne intelli*« 
9 ^enee } qu'il vouliât se la promettre de la bonne 
^-cotifiiûte qit!0 b( république, tiendrait à l'ave-^ 
j> nir , et que l'estimant beauc<||ip ^ il lui donne** 
» rait dans^ toutes leét occasions des marques de 
j» sa bîenveillaoi^.» ^ . * . 

 l'égard du doge»* S. M. parla de son mérite 
personnel, lui;faisa»n(t connaître qu'elle lui don- 
nerait avec plaisir des témoignages de l'estime 
parii<»jlière qu^elle en faisait* . 

Après cette réponse du roi, leé quatre séna^ 
teur/s firentleur harangue séparée, et S. M. ré* 
pondit à chacun en particulier. 

Le doge tenserva toujours , malgré la singu^ 
larité de son rôle , un air civil et spirituel. Sa 
contenance n'avait rien d embarrassé, et il mon- 
tra de la dignité sans morgue, et de l'abaisse-* 
ment sans basseis^e* 

Ce magisttat; revint 1^ i3de m^i^à Yersail^ 
les , où. il visita ce qui y était le plus digne de 
curiosité : ce fut alors que quelqu'un lui de- 
Boandft&lrce.quiie frappait le plus en France, il 
répondit par ce mot fin : « Cest de mjr voir. » 

Le roi lui fit présent de son portrait garni de 
diamâns, et de plusieurs riches tentures. Le.< 
sénateurs eurent des presens semblables ^ mai$ 



-/ 



y 



96 V* PÉRIODE. 

3^. > Que Tusagê de la puissance apostolique 
» devait être réglé par lès canons dressés dans 
y^ l'esprit de Dieu, et respectés de toute la terre; 
j» que les règles et les usages reçus dans tout le 
9 royaume et dans Téglise gallicane , devaient 
» avoir leur force , etc.,; 

4^. » Qu'il* appartenait principalement au 
3> pape de décider en matière de foi , et que ses^ 
^ décrets obligent tous les fidèles ; maifl( que ses 
» décisions néanmoins, n'étaient absolument 
p sûres, qu'après que l'Eglise les avait adoptées »* 

Le roi ayant ordonné la publication de ces 
article^, et leui* enregistrement dans tous les 
parlemens et daiits les universités , avec défense 
de soutenir le contraire, Innocent xi en fut ou-- 
tré , et commença dès lors à refuser des bulles 
à tous ceux que le roi nommait aux évéchés 
vacans, . 

Une autre querelle eut lieu avec la cour de 
Home aU.sujet àe& franchises. Il y avait à Rome-, 
par concession , abus ou tolérance , des palais 
et même des quartiers assez étendus exempts de 
la juridiction du pape, et dans lesquels le fisc 
et la justice ne pouvaient remplir leurs fonc- 
tions envers les banqueroutiers, les conlreban* 
diers et même envers les voleurs. Les hôtels de 
certains ambassadeurs, et notamment celui de 
l'ambassadeur de France , jouissaient de ces 
franchises ou ii^munités , que plusieurs papes 



LIVRE y. 97 

avaient tenté d'abolir ; mais ces ambassadeurs 
s'y étaient toujours refusés , ou avaient éludé les 
QrdoJinances pontificales. Innocent xi entreprit 
sérieusement l'extirpation de ces privilëg;es , 
comme aussi contraires à la dignité du souve- 
rain local , qu'opposés aux intérêts dufisc et aux 
droits de la justice. Après avoir déterminé l'em- 
pereur , et les rois d'Espagne , de Pologne et 
d'Angleterre à consentir à lenr soppressioo, il 
proposa à Louis xiv de concourir comme ces 
princes à la tranquillité et au bon ordre^éRome; 
mais ce tnonarque répondit : « Qu'il ne s'^était 
» jamais ré^é sur l'exemple d'dutrui , et'que 
9 cVétaît à loi à servir d'exemple n ; maxime 
plu^ vskine^oe réfléchie. ; * 

Le pape déclara alors aux têtes' couronnées, 
que, déterminé à tolérer l'abus à l'égard des^ am^ 
bassadeuris qui étaient -actuellement à' Borne; 
il s'était décidé à n'en admettre aucun à l'ave- 
nir, avant qu'il eût renoncé à la franchise des 
quartielrs. , ' 

Leduc d'Estrées, ambassadeur de 'France à 
Rome , y ^tant mort le 3o de janvier 1687-, le 
pape envoya aussitôt après ses ob^qufés y les 
sbires,^dans U place Farnè$e, où ^e itlinistrê lo- 
geait, et' y fit exercer quelques actes de jiîri- 
diction , malgré Toppôsifion du cardinal d'Es- 
trées , qui prétendait pour lui , commie pro- 
tecteur des égalises de Franee, le même pri- 

IV» 7 



98 V« PÉRIODE. 

\ilége que son frère avait eu comme âmbas- 
aadeur» 

'Le cardinal sortit de Home. Le, pape fit prier 
Louisxiy de ne paslui envoyer de ministre avant 
que la%dispute fût terminée; mais ce prince, 
sans égard . pour cette demande , nomma près 
du saint- siège 9 en qualité de son ambassadeur 
extraordinaire , Beaumanoir , marquis de Làvar- 
din , lequel arriva à Rome, dans un cortège qui 
ne différait guère de celui d'un général en chef 
prenant possession d'une ville conquise. Cç sei- 
gneur y fit souf entrée , accompagné de quatre 
cents gardes de la marine > la plupart gentils- 
hommes, lesquels , avec le reste de sa suite, forr 
maient un corps de plus de huit cents hommes 
armés , marchant devant et après son carrosse* 
Use rendit ainsi au palais Farnèse, autour du- 
quel il disposa ses gens, résolu de défendre les 
franchises. Le pape y justement mécontent de 
c<es. braya<ks , refusa: l'audience, que Tambassa-- 
deur avait demandée pour la forme , défendit 
ai ses miùistt*es de conférer s^vec lui , et l'excom- 
munia par une bulle du la de mai 1687. 

Lavardin ay^nt été f^ire ses dévotions , la 
nuit de T$0ë\ r dans Téglise Saint-Louis des Fran* 
çais , le Jend^maii^ on afficha à la pprtede cette 
^lise , un iplacard ^n forme de sentence , qyi la 
déclarait soumise à l'interdit 9 par le motif que 
Lavardin y iiQtoirem^ent excommunié^ avait été 



LIVRE V. 99 

a^mis par le cure et les ji^rétres de cette églist^ à 
y faire ses dévotions. 

liavardin fit publier le lendemain, uheprbtes* 
tation dans laquelle il déclarait qu'il ne pouvait 
croire qu'une pareille éenteo^iS-fàt ^ allée du 
pape : et Àtt^ttdu c(u'il n'était'^» WdidèinbtaMé 
» que sa sainteté eût voulu sans forme, ni cause 
» ni m^if, et sans Tavoir entendu, interdire 
» Téglise 4<^ Ç^aint-Louiset le qualifier deii^d/di^* 
» rement exoomfnunié j avant ([ju'il eût rieti fait 
» qui pût attirer Ja oènfsure^ et qu'on eut {ia 
» même savoir les ordres dont it était ehdrgé par 
» sa majesté très chrétienne; que , d'ailleiirs^ 
j» son caractère représentant la personne sti^^ 
» crée d'un si grand faionarqué^ le devait tou*^ 
» jours mettre à Tabri d'une excommunication; 
» et qu^ainsi il présutkiaitq^'îln^y avait .aucune 
» persomiié dé bon seù6,*(|ui regardât l'ambâssâ- 
» deUT comme atteint par Pexcfommtrnication i 
» qu'îi'prot€»taît dqnC'deimUîté de tout ce qui; 
]» pouvait <aivoir été fait, ou être à l'avenir pro- 
3» nonce, publié ou affiché centre sa' personne , 
» sa £amil)e, ses domestiques pu autres-,* etc. v 

Âchilles de Harlay , procureur-général du pàr-« 
lement de Pari^ ,• interjetât àppdn comme d'abus 
de la bulle dexGommunicatiofi, le 26 de. dé-^ 
cembre ^688 , et le jour suivafut j la grand'cham--^ 
br^ et la Tournelle étant assemblées 4 Denis Ta- 
lon , avocat-général, portent lu parole .dît v<ic Que 



V 



oo. V* PÉRIODE. 

9 sa sainteté jalouse de signaler son pontificat 
» par quelque nouveauté fastueuse^ avait çp^çu^ 
«oontre tout d^it^ le dessein de détruis Ja 
Il franchise des ambassadeurs des létes couron- 
Y Qées;.. qu'en si^pposant ta légitimité de son 
» 4r0Ît i le. pape n eut ipas dû le isoutenir>en em« 
]»;.ployant lescensuresecclésiastiqufls y maid Téta* 
»:l>li]^ par la voie des négQciatioos ; qoe^Ja li« 
3i'xen^ qu'il se donnait d'employer la'pnisÀaoce 
» des clefs pour détruire, devait être réprimée 
I) par.l'.autorité d'un concile; queo'élait la[>rain 
» son^ui obligeait les' gens du rt>i à y avoir rer 
» S9m^» quoique d'ailleurs les droits du mo- 
»;narqueiie pusseat jamais é|re la matière d'une 
» .ç/c^itroverse sujette au tribunal et à la^juri^ 
i> dictioo çcclésiastiquer » / 

Il i?eqi|Lit que le$ ^ens du roi; fussent «reçus^ 
^[)pç)ftP9. de la, bulle du u de iii;ai 168(7^ et de 
rordpQQfiQGis . du a6i de décembre .suivant: , ' et 
q]Liel.e;]rçii fût supplié d) employer son: oiifôrtléi 
ppur ç0neidt7et ^)es fisaïaçhises et iinmuoités du 
quartier, dcf sestiaflsibiaAadeurs à Rome, dans 
toute ré:teqdue qn'eUjes avaient euç jusqu'à c^ 

jour. !. . * ..|-. i,: ,. - ; ' . ' ' ]. ■■ . ••:' 

, rJSn ooQséquenoe 4 le parlemieQt rendit un zrA 
rét.cQbformef k oeà Donclusions j leiquel fut .affr 
cbé àla porte du noaceRanucdi^ à Parist, et dans 
toute la capitale. * # 

De plus y le roi fit arrâter je nonôe^ et Fenvoya; 



i 



' LIVllÉ t/ ièt 

daû&Jâ maisoA de Saint-Lazàrë, afin qa^i ser- 
vît d'otage pourLavai^îh , et Saiût-Olon lui fut 
donne p6ur compagnie^ pendant les huit mois 
que dur» .^ détention. 

Innocent xi ne fut point ébranlé. Il fit faire 
des processions , défendit les^ plaisirs du ëarna^ 
val y et ordonna de mettre ses places maritimes 
en él«it dé défense. Ce pape , d'après le conseil 
de quelques princes , se prêta à lever l'interdit 
5ur l'église de Saint-Louis ; mais il refusa la mé^-^ 
dîation de Jacques ii, roi d'Angleterre, et celle 
de la république de Venise, disant : « que lés 
« droits de l'Eglise ne pouvaient être mis en ar- 
* bîtràge , et qu'il ne reconnaîtrait point Lavar» 
» din pour ambassadeur , jusqu'à ce qu'il eût 
» reçu la satisfaction due à sa souveraineté of<* 
% fensée, » 

Bans cet état de choses , le marquis de Lavar* 
din, rappelé par sa cour, partit dé Rome. En 
partant, il fit ôter de son palais les armes du t*oi^ 
et déclara publîqueméhf qu'il n'avait plus ni 
franchise , ni titre royal. 

Cette contestation donna lieu à des observa^ 
tiona opposées. Les partisans de la France di- 
saient que le pape avait abusé de là puissance 
spirituelle en employant l'excommunication 
pour un fait purement temporel, et' qu'il avait 
tort de contester à l'ambassadeur, la franchise de 
son palais , laquelle était du droit des gens. 



^ 



toa V PÉRIODE. 

LfS partisana de Rome reprocfaaiadt à la 
France de vouloir été n4re la franchise du palais 
de Vambassadeur au quartier oy il était situé; 
ils disaient que la prescription alléguée par elle 
dans une matière où la possession n'avait pas 
toujours été paisible , était mal fondée; que la 
franchise, quelle que fût son origine , ne pou- 
vait être considérée que comme une faveur, ou 
un privilège accordé aux ministres étrangers^ 
et révocable dans Tintervalle d'une ambassade 
à une autre ,< en prévenant d'avance le souve* 
Tain ; que la cour de Rome avait prévenu le roi 
à la mort du duc ^'Estrées , qu'elle abolissait le 
privilège des franchises; que la réponse faite en 
cette occasion par le roi 9 quil ne s! était jamais 
réglé ^ur les exemples dautrui^ et que c^ était à 
lui à en servir, était aussi hautaine que dépla<* 
oée ; et que la conduite enfin du marquis^de La- 
K^ardin • arrivant à Rome avec une suite de 
huit cents hopimes armés, justifiait complète- 
ment le pape Innocent xf * 

Une nouvelle difficulté vint encore aigrir les 
cours de France et de Rqme. ♦ 

Maximilien de Bavière, électeur et archevêque 
de Cologne, ét^nt mort, Louis xiv vouhit faire 
tomber ces dignités sqr la tête du priiice Guil« 
laume de Furstemberg , éveque de Strasbourg, 
à qui il ayait«déjà^onné sa nomination au car- 
dinalat. 



\ 



LIVRÉ V. io3 

L'empereur portait à l'électorat de Cologne le 
prince Clément de Bavière , frère de l'électeur 
de ce nom. L'élection se fit, et le choix tomba 
sur le cardinal de Furstemberg, qui eut treize 
voix , au lieu que le prince Clément n'en eut que 
neuf. S'il n'eût fallu que la pluralité des suffra« 
ges, le cardinal aurait été élu sans difficulté; 
mais son élection n'étant pas canonique, à cause 
de l'incompatibilité des bénéfices , elle dégéné- 
rait en postulation y c'est**à-dire , qu'il lui fallait 
l'agrément du pape. Cependant le prince Clé- 
ment avait par son âge de dix-sept ans seule^ 
ment y de bien plus grands vices d'élection ; mais 
le pape l'en avait relevé, en lui accordant un 
bref d'éligibilité, et il avait admis sa postulation, 
rejetant celle du cardinal de Furstemberg. 

Le roi vivement piqué de ce que sqn crédit 
n'avait pu faire porter le prince Guillaume de 
Furstemberg à l'électorat de Cologne , envoya 
au cardinal d'Ëstrées, protecteur de l'église ûe 
France à Rome, une lettre , laquelle devait être 
remise en original au pape , et par c^pie aux 
membres du sacré collège. Dan^ cette lettre , da<« 
tée de Versailles du 6 de septembre i68â , le roi 
annonçait , que séparant la qualité de che^ de 
réglise^le celle d'un prince temporel, qui épouse 
ouvertement les intérêts des ennemis de sa cou- 
ronne, il déclarait, i^. qu'il ne pouvait plus re- 
connaitire le pape pour médiateur des contesta- 



io4 y» PÉRIODE. 

tîons^nêes au sujet de la succession palatine; 

2^; Qu'il ne prétendait pas laisser plus long- 
temps le duc de Parme , son allié , dépouillé des 
états de Castro et de Bonciglione , dans lesquels 
il devait être. rétabli d'après le traité de Pise, 
dont il était garant ; déclarant au pape, qu'à dé- 
faut d'une prompte restitution desdits états y il 
ferait marcher ses tsoupes en Italie , et se met- 
trait en possession de la ville d'Avignon jusqu'à 
l'entière exécution du traité , soit pour la rete- 
nir , soit pour la remettre air doc de Parme, en 
déductiou des intérêts et des pertesi qu'il éprou'- 
vait par la longue privation de ses états ; • 

S''. Qu'il continuerait de donner au cardinal 
de Furstemberg et au chapitre de Cologne, toute 
la protection dont ils pourraient avoir besoin 
pour le maintien de leurs droits, et qu'il accor- 
derait pareillement à sa belle-sœur, la duchesse 
d'Orléans , les secours nécessaires pour le re-- 
couvrement de ce qui lui appartenait dans la 
succession des électeurs , ses père et mère , etc. 

Peu après cette lettre, le roi, sur la requête 
du procureur-général , auquel il avait fait con- 
naître ses intentions , s'empara d'Avignon et du 
comtat Yenaissin, par arrêt du 2 d'octobre 1688, 
portant ce que sa majesté se remettait en posses- 
» sion d'Avignon et du Comtat* » 

Cette lettre , ou plutôt ce manifeste, ne resta 
pas sans réponse. La cour de Rome eu donna na 



I 
/ 



LIVRE V. io5 

dans lequel elle déduisit ses griefs contre la 
France , dont les principaux étaient Textensioif 
de la régale , la publication des quatre articles 
par l'assemblée du clei^é de i68a , Tentrée du 
marquis du Lavardin à Rome , et les suites dé-- 
sagréables pour le saint -siège qu'avait eues la 
conduite de cet ambassadeur , tant à Rome qu'à 
Paris. 

Cet écrit répondait ensuite, article par arti* 
cle 9 au contenu de la lettre du roi , et pour 
justifier Innocent xi de l'^pcusation de partialité 
au sujet de^l'affaire de Cologne , on j disait « que 
» le pape en accordant un bref d'éligibilité au 
» prince Clément de Bavière , n'avait eu en vue 
» que le bien public , les mérites des ducs de 
» Bavière, ses aïeux, et ceux de l'électeur de Ba- 
» vière, frèradu prince Clément, célèbre pat 
» ses victoires sur les Turcs ; que cette affairé 
» avait été soigneusement examinée et décidée 
» à l'ànanimité, dans la congrégation consisto* 
» riale; que sa sainteté n'avait point recherché 
n d être médiatrice dans l'affaire de la succession 
» palatine; et que s'il arrivait que l'élection à 
» l'arehevéché et électorat de Cologne allumât 
31 une guerre dans l'Empire, ou même dans toute 
» l'Europe , le reproche n'en pourrait être fait 
» qu'à ceux qui avaient préféré leurs j>assions 
» et les règles d'une fausse politique, auxprin- 
» cipes de la justice et au bien public , çtc. » 



/ 



io6 V PÉRIODE. 

Innocent xi finissait e^ disant que les menaces 
que le roi faisait dans sa lettre de porter la guerre 
en Italie^ et de s'emparer des états d'ÂTignon et 
de Castro , n'avait pas le moindre fondement de 
justice et de raison i mais que, quoi qu'il pût ar- 
river ^ il regarderait comme une grâce de Dieu 
de souffrir pour la justice, et de terminer même, 
s'il était nécessaire, ses jours par le martyre. 

C'est dans ces dispositions opiniâtres que 
mourut, en 1689, le pape Innocent xi. Le roi 
isentant la nécessité ^e -montrer quelque con- 
, descendance envers son successeur , Je cardinal 
Ottoboni , qui prit le nom d'Alexandre viii , 
commença par consentir à la réduction du droit 
d'asile et d'immunité pour Photel de' son am- 
bassadeur à Rome ; et le 3 de novembre xôSg^ 
il ordonna la restitution du comtat Yenaissin et 
d'Avignon» Le nouveau poiitife , quoique plus 
rapproché de la France^ refusa la confirmation 
aux évéques notnmés pat: le roi , et condamna 
par une bulle du 4 d'août 1690, les articles dé- 
crétés par le clergé de France dans les assem« 
blées de 1681 et de 1682. 

L'accommodement définitif n'eut lieu qu'en 
1695, sous le pape Innocent zii , Pignatelli, par 
une cession mutuelle de prétentions; le roi con- 
sentant à se désister du droit de franchise 9 et 
permettant que lés évéques non encore confir» 
mes par le pape , lui écrivissent , chacun enpar* 



LIVRE V. ; 107 

tteuiier , qu'ils désapprouvaient les articles de* 
crêtes par rassemblée du clergé de 1682 , et 
qu'ils ne les regardaient point comme faisant 
lot 9 dans tout ce qui portait atteinte à Tautorité 
pontificale ; mais malgré ces déclarations indi- 
viduelles, les quatre articles de l'assemblée de 
168a furent toujours considérés comme loi de 
letat* « 

Le pape , de son côté , ne mit plus d'obstacle 
à rexercice complet du droit.de régale , efcon- 
£rma trente-sept évéqiies nonlmés depuis i683« 
Ainsi finirent les différends avec la cour de 
Borne , après de longues négociations conduites 
par les cardinaux d'Estrées et de FprbinJanson. 

Il avait été conclu à Augsbourg, le 29 de juillet 1689. 
16869 ^^^ ligue pour trois ans et au-delà, entre d«^^ÎI!^*à 
l'empereur, le roi d'Espagne, comme duc de i^^*JÎJ!^i. 
Bourgogne, la Suède, pour les provinces^qu'elle *7.^^!L*' 
avait dans l'Empire , l'électeur de Bavière , les 
cercles de Bavière , de Franconie et de Souabe, 
la maison de Saxe et a titres princes de l'Empire^ 
pour le maintien de la trêve conclue à Bâtis* 
bonne en 1684 entre l'empereur et la France, 
pour la conservation de la paix dans l'Allemagne 
et la défense des parties* contractantes ; mais le 
but véritable de cette ligue était de ramener la 
France au point où elle était avant ses accrois^ 
semens palliés sous le nom de réunions et de 
dépendances. Il parait aussi qi;e la ligue d'Augs- 



io8 v^PÉ^IO.nE. 

bourg avait été fomentée par le prince d'Orange, 
qui^ occupé dès-lors du dessein d'<îxpulser son 
beau-père du trône de la Grande-Bretagne, était 
bien aise de détourner les regards de Louis xivV 
et de lui donner de fortès^ôdcupations sur le 
continent. Ce monarque, qui .n*était pas fa- 
cile à alarmer, crut devoir prévenir les puis- 
sances qui composaient la ligue d'Augsbourg,- 
plutôt que d'attendre leur attaque combinée. ' 
Il publia d'abord contre Ten^pereur , le ^4 de 
septembre iR88,*un manifeste dans lequel il 
alléguait pour causes de la guerre qu'il lui dé- 
clarait, la formation de la ligue d'Augsbourg, 
et sa résolution de soutenir les droits de la du* 
ebeèse d'Orléans, sa bellç-sœur, ainsi que l'é- 
lection du cardinal de Furstemberg à l'arche- 
vêché de Cologne. 

L'empereur Léopold répondit par un contre- 
manifeste en date du 18 d'octobre , dans lequel 
il jugeait avec beauiîoup de sévérité, les inten- 
tions et la conduite du roi , et lui reprochait les 
réunions arbitraires faites par les chambres de 
Metz et de Brisach. 

Lduis XIV déclara encore la guerre aux Pro-^ 
vinces-Unies^ le 16 de décembre 1688 , d'après le 
motif qu'elles faiss^ient des levées et des arme- 
mens extraordinaires , et prenaient des engage- 
mens avec des princes de l'Empire, pour traver- 
ser par toutes sortes de voies, l'élection da 



XIV RE V. 109 

cardinal de'.Fur8temberg à Tëlectorat de Colo* 
giie, dont le roi se^ trouvait obligé de soutenir 
les intérêts; et parce qne les état^-généranx, 
loin de céder aux représentations de son am* 
bassadeur , le comte d'Âvaux ,' n'avaient pas 
laissé de commencer à exécuter lenr projet , et 
avaient fait assembler une armée sous le com- 
mandement du prince de-Wâldeck , laquelle ' 
était actuellement réunie aux forces dèâi ppin<!feft 
ligués. -'^ 

' La déclaration de guerre de Louis xiv contre 
TEspagne^ publiée :1e 16 d'avril 1689, portait 
ft que le désir sincère *que le i^ôi avait eu de 
D maintenir la trêve conclue en i684) arait porté 
»sa majesté 'à dissimuler la conduite tenue par 
]»4es minisl^res d^Esjpagne , dans toutes les cours 
» des* princes de l'Europe , où ils s*étaient appli* 
» qu'es à les exciter à prendre les armés contre 
» la "^France; . •. . . ^ 

» Que sa majesté n avait pas- ignoré la pàH 
» qu'ils avaient eue 'dans là liégoôiation de la 
» ligue d'Augsbourg ; 

' » Que sa tiiâij'eÀfë'kVait appris que Tambassa^ 
D deurd'Espàgné voyait journellement le prince 
j* d'Orangev et le sollicitait de porter les Anglais 
3>'Ô d^larërUft j^feire « la Frarice'; ijue le gou-^ 
» vërneur des Pays-Bas espagnols levait dèû 
» troupes avec empressenietit ; pi^ômtettant auii 
^ états-générauif de les joiddre aux leurs , au 



no y PÉRIODE. 

» comine,nceinent de la campagne^ el les soUi^ 
j» citait, aufisi bien que le prince d'Orange, à 
9 faire passer des trottpes en Flandre , pour 
» le metttre en état de faire la guerre à lu 
» France , ete» » 

Le roi ajoutait « qu'ayant fait demander une 
» réponse à la cour de Madrid , par son ambas* 
» sadeur , le comte de Rebenac ; celle qu'il avait 
9 reçue ne lui laissant aucun lieu de douter que 
» l'intention du roi d'Espagne ne fût dese join-* 
» dre à ses ennemis , sa majesté très chrétienne 
» avait cru devoir ne pas perdre de temps à pré^ 
» venir ses mauvais desseins^ et à lui déclarer 
» la guerre , etc^ » ..:/!. 

Le roi d'Espagfie , 4ans son manif<tôte du 3: de 
mai 1689, accusait Louis xiv d'avoir violé tousc 
les traités , de vouloir par ambition dévorer 
r£urope ; de désoler sans pitié et avec des cruau« 
tés et barbaries inouïes , tous les états de l'Em* 
pine , sans aucuji égard aux lois de la religion , 
de la guerre , et au droit sacré des capitula* 
tions , etc. 

Louis XIV ne pouvait guère se raaint^iir en 
paix avec l'Angleterre , depuis l'expulsion de 
Jacques 11 du trône. Il con vieil t de dire un mot 
de cet événement , comme de donder le précis 
des liaisîons/]iai eurent lieu entre la France et ce 
.monarque , avant la perte de ses états. 

Le roi d'Angleterre , Charles 11 , étant mort le 



XIVRE V. itt 

16 de février i685 y le dud d' Yôrck , son frère, lur 
avait; succède sous le nom de Jacques ii. Louis xiv 
qui voulait se Tattaober , lui envoya de son pro- 
pre mouvemeht cinq cent mille francs , pour 
subvenir k ses premières dépense^. Jacques û 
reçut ce bienfait avec un vif sentiment de joie 
et de reconnaissance , et dit , les*larmes aux 
yeux , à rarobassadeùr Barillbn qui lui faisait - 
part de cette libéralité : ^ 11 n'appartient qu*au 
» roi votre maître, d'agir d'une manière si noble 
» et si pleine de bonté pour moi. Je vous avoue 
» que je suis pltis sensible à ce qu'il fait en ce 
» moment , qu'à tout ce qui peut m'arriver dans 
» la suite de ma vie. Je vois clairement le fond 
» de son cœur y et combien il a envie que mes 
» affaires prospèrent. » 

Mais comme les besoins de Jacques 11 crois* 
sai^nt 9 Barillon fut vivement sollicité de repré- 
senter à sa coUr , la nécessité d'inneso&ime plus 
forte y pour mettre le roi d'Angleterre en état 
de se soutenir contre les efforts du parlement , 
qui cherchait, à le dominer , en lui* refusant le» 
fonds dont il avait besoin , même pour sa mai- 
son. Sur ce motif, les ministres de Jacques 11- 
demandèrent donc à la France deux millions ^ 
outre un million qu'ils disaient être dû pour 
l'ancien subside. L'ambassadeur trouva la de- 
mande exorbitante^ et engagea à la réduire. Il re* 
çut , quelque temps après , de sa cour, 1 ^Soo^ooo 



na V* PÉRIODE. 

livres 9 et dit à Jacques ii , que cette soinme était 
& son service , qus^nd il en aurait besoin ; mais 
qu'il avait pourtant des ordres précis , de n^en 
disposer que quand il verrait le parlement cassé* 
jl la. fin. d'octobre 1585, il ne lui avait encore 

4 

délivré que 8oo,ooô livres. 
. .Jacques jf oouçlut à Withal , le i6 de novçm- 
|)re 1 686 V un traité de neutralité avec là France ^ 
touchant les possessions de la France et dé, l'An- 
gleterre en Amérique. 

L'art. YIII stipulait, que s'il arrivait en Europe 
une rupture entre les deux états , la guerre ne 
s'étendrait sur aucune des possessions des deux 
puissances en Amérique. . . 

Ce traité qui tendait à diminuer Tes maux de 
la guerre , et à les concentrer en Europe , fut 
négocié et signé par l'ambassadeur Barillon. 

L'intelligence qu'on pr^ésumàit .existerientne 
Jacques n et Lrnus xiv , fut fatale au premier » 
en indisposant'inxntre lui la nation anglaise,, et 
facilita ainsi la ^ussite.dejs projets du prince 
d'Orange , qui disposa un parti puissant en sa 
faveur. Pour endormir Jacques. ix sur. ses dispo-» 
sitions et ses préparatifs « il avait renouvelé la 
17 d'août. i68§, le traité d'aîlliancie entre le Pror 
vinces-Unies et l'Angleterre. L'argent des pro-r 
testans anglais lui avait servi à^ équiper dans 
les ports d'Hollande, une flotte considérable 
destinée évidemment à opérer une révolutiou 



LIVRE V. ii3 

importante dans quelque partie de TEurope. 

Skeltpn , envoyé d'Angleterre à Paris, ne man- 
qua pas d*informei sa cour, des desseins qu'on 
supposait au prince d'Orange ; mais soit par l'ef- 
fet d'une trop grande sécurité , soit parce que 
le comte de Sunderland ne jugea pas à propos 
de cpmmuniqer au roi, les lettres de Skelton, iL. 
ne fut pris aucune résolution, sérieuse. 

La cour de France envoya à la fin d'août , 
Bonrepos à Londres, et il eu t. divers entretiens 
avec Jacques, On. prétend qu'il; Ijuvofffit de la. 
part de Louis xiv, une flotte et une armée de 
trente mille hommes ; mais queie.comte de Sxin- 
derland empêcha que cette offre, ne fût acceptée f 
ce seigneur ayant représenté à sqn. maître, que 
ce serait trop s'exposer, que d'introduire une ar-- 
mée étrangère dans le royaume ^ au moment d^; 
la convocation du parlement ; que cette conr-^ 
duite lui ferait perdre entièrement la confiance 
de ses sujets ; et que si les Français , une fois 
entrés dans le royaume , ne voulaient plus l'é'-; 
vacuer , il courrait risque de n'être plus que le 
vice-roi de Louis xiv. Jacques ^ xefusa donc ce 
secours. Néanmoins, on assure :qt|'il fit d%QS 
ce temps - là , un traité secret /i's^Uiance ; avec 
Louis XIV. 

La cour Sk France ne pouvait comprendre Ie$ 
motifs de l'indolence de Jacques , et elle crut 
qu'elle devait le servir , pour ainsi dire , malgré 

IV» 8 



^ 



Ii6 X? PÉRIODE. 

Louis XIV prit dès-lors hautement le parti de 
Jacques ii , soit par attachement pour ce mo- 
narque dépouille , et en qui il voyait la majesté 
du trône outragée , soit par une ancienne haine 
contre le prince d'Orange , qai avait toujours af- 
fecté de faire peu de cas de sa personne* 
. Le nouveau roi Guillaume m , te croyant assez 
fort pour ne pas métiager la Framce:, publia le. 
17 de mai i68g , un manifeste daûs lequel il di- 
sait : fc Que le roi des Français n'aVait pas seule- 
» ment envahi les états dé l'empereur et de 
» l'Empire $ mais qu'il avait déclaré la guerre 
» aux alliés de la Grande-Bretagne , sans y être 
» provoqué, violant pat-là les traités confirmés 
7> par la garantie de l'Angleterre , laquelle avait 
9 même des injures personnelles k yçnger , telles 
» que l'abus que les Français faisaient de la pé^he 
» de Terre-Neuve , l'invasion des îles Caraïbes > 
» l'usurpation de plusieurs terres et forts dans 
n la nouvelle Yorck et la baie d'Hudson , et des 
it pillages , des incendies , des massacres et dçs 
» traitemens barbares commis dans les colonies 
» anglaises ; ' 

» Que le roi de France ruinait le commerce 
» britannique par les commissions qu'il donnait 
» à ses armateurs pour saisir les vdisseaux. an- 
j» glais ; non moins que par la défeDi^sé d'impor- 
» ter dans son royaume, la plupart des manu<* 
» factures et denrées d'Angleterre > et par \^^ 



roi. 



LIVRE V. 'iJ^ 

» droks exorbitans dont il chargeait les autres ; 
' » Qu'il avait fait contester par ses sujets le 
I» droit de pavillon attaché à la couronne d'Ân^ 
»^leterre (i), et violé par-là la souveraineté 
» qu'elle a sur les mers britanniques , etc. » 

Louis XIV déclara de son coté , la guerre ao 
prince d'Orange , ainsi qu'aux Anglais et Ecos- 
sais fauteurs de son usurpation , par un mani- 
feste du 25 de juin l68^. 

La ville de Genève avait joui depuis la retraite iôss. 
de son évêque en i554 , de plusieurs dîmes si- aet'^°cân"M 
tuées dans le pays de Gex , et qui appartenaient »^«^o™«* ■« 
originairement à la niense épiscopale (â). Le 
parlement de Dijon avait ordonné en i68a , que 
lès dîmes seraient séquestrées , mais cet arrêt 
fut ensuite révoqué sur les instances des cantons 
de Zurich et de Berne. 

L'évéque titulaire de Genève et son chapitre 
établis à Annecy, renouvelèrent leurs prétentions 
5ur ces dîmes en 1 687 , et portèrent de nouveau 
leuA plaintes devant le parlement de Dijon. 

La république de Genève en ayant informé 
Zuridh et Berne , $es co-alliés, ces deux Cantons 
et ceu^ de Baie et de Schaffouse , s'assemblèrent 
à Arau, au mois d'août 1687, et arrêtèrent d'en- 
voyer deux ambassadeurs au roi , pour faire va- 

(1) Mercure hist. et polit, de 16899 1. lit, 
(a) Hîfit. milit. des Suisses, 



Ï20 V« PÉRIODE. 

Genève de soumettre des traites aussi solennels 
au jugement de ce tribunal. Trois jours après , 
le roi fit offrir à chacun des ambassadeurs , une 
chaîne d or avec un médaillon sur lequel était 
son portrait ; mais les ambassadeurs refusèrent 
ce présent, parce qu'ils n'avaient pas été admis 
à l'audience du roi , et ils reprirent le chemin 
de la Suisse avec la réponse de la cour adressée 
à leurs Cantons. Ils firent le rapport de leur 
mission à la diète des Cantons réformés , tenue 
à Arau, en février 1688, et leur conduite fut ap- 
prouvée par leurs souverains. Cependant Lefort, 
syndic de Genève , qui était resté à Payis, ayant 
fait depuis dé nouvelles représentations, elles 
obtinrent du succès , et le roi ordonna au par- 
lement de Dijon de cesser toutes les procédures 
commencées contre Genève. 
1689. Ametot de Gournai , ambassadeur du roi en 

àé neutralité Suissc , iuformé quc les Cantons s'étaient assem* 
•reeusoifse. j^j^g ^ Bade en Argaw, pour délibérer sur la neu- 
tralité des villes frontières et de celle de Cons- 
tance, se présenta le ag de janvier 1689, à la 
diète. 

Le baron de Landsée, ambassadeur de Tem* 
pereur, avait refusé de consentir à la neutra- 
lité de ces villes, et avait demandé aux Can- 
tons , des levées de troupes pour le service de 
la maison d'Autriche. Amelot accepta la neutra- 
lité, et fit sentir à la diète que la demande de 



LIVRE V. lar 

l'empereur était contraire à l'esprit de l^alliance 
des Cantous avec la France , puisque , suivant la 
teneur du traité , les Suisses ne pouvaient don- 
ner de secours aux ennemis du roi; et que, 
d'ailleurs la ligue héréditaire des Cantons avec 
la maison d'Autriche, n'obligeait pas le corps 
helvétique à un secours actuel , mais seulement 
à des égards de pure bienveillance. 

La cour de Vienne ne se déconcerta pas, et 
elle porta la diète de Batisbonne à écrire au 
corps hdvétique , que les Cantonsdevaient aban- 
donner la France et assister l'Empire , et qu'ils 
devaient principalement rappeler leurs troupes 
du seryice de France^ puisqu'elles se laissaient 
employer ' contre l'Empire, malgré la teneur 
des traités. La diète se plaignait aussi que la 
France eût fait élever de nouvelles fortifications 
dans le voisinage de la Suisse, particulièrement 
à Creutznach près Baie. 

Les Cantons assemblés à Zug^ dans une diète 
extraordinaire , crûrent devoir faife des remon- 
trances sur cçs ouvrages , et Amelot ayant écrit 
au marquis de Puysieux, gouverneur de Hu- 
ningue, pour la démolition des fortifications 
de CreutzQdch, celui-ci y consentit. Dès-lors les 
plaintes des Cantons cessèrent, et ils conclu* 
rent, le 7 de mai 1689, un traité de netitralité 
avec la France, d'après lequel ils s'engageaient 
à n'accorder le passage sur leur territoire à au* 



V 
N 



Isa / V« PERIODE. 

eu ne puissance. LaFranceprit à l'éganj des Can- 
tons le même engagement. 

Amelot de Gouruai, qui négocia ce traite', 
avait succédé, au mois de janvier 1 689, dans l'am- 
bassade de Suisse, au président deXambonneau. 
Il avait déjà été ambassadeur extraordinaire à 
Venise , en 1 682 , et ambassadeur en Portugal, k 
la fin de 1684. 11 se fît considérer de tous les 
partis^ non moins par sesgraces naturelles, que 
par ses talenset l'heureux don de la persuasion. Il 
évita de ressembler à des ambassadeurs qui s'é- 
taient prononcés soit pour les Cantons catho- 
liques, soit pour les protestans, et n'avaient 
opéré que des divisions. Il réussît dans une am- 
bassade qui- est d'un genre absolument diffé- 
rent, parce qu'on y a à traiter isolément avec 
chacun des Cantons qui sont souverains chez 
eus, et ensuite avec la diète en qui réside la. 
souveraineté ; ce qui jette dans des négociations 
raisonnées , où ii faut beaucoup de logique , de 
sang-froid et d'impartialité. 
.690. Caslagnère, marquis de Châteauneuf, con- 

chtttumtui seiller au parlement de Paris^ et. nommé eu 
prêt on», jggg^ ambassadeur près la Porte ottomane, 
était chargé par ses jqstructions , de quatre 
■ points principaux ; 1°. ^e prolonger la guerre 
entre l'empereur et ta Porte ; 2". de ménager la 
paix entre la Porte et la Pologne; 3'*. d'enga- 
ger les ïurcsà ne pas reconnaître le prince d'O- 



LIVRE V. ia3 

range pour roi d'Angleterre , et à confisquer les 
bâtimens des Anglais qui se diraient sujets de 
cet usurpateur ; 4^. d'obtenir la restitution des 
lieux saints de la Palestine , en faveur des catho- 
liques romains. 

. Le premier-point fut rempli au moyen des 
sommes considérables que Châteauneuf versa 
dans le divan, et des rapports adroits qu'il fai- 
sait faire aux ministres ottomans, à qui il re* 
présentait la situation de l'empereur comme 
désespérée. 

X»e second point ne put être obtenu-, parce 
que le grand-visir , enflé des succès qu'il avait 
eus sur les Polonais, exigeait comme condition 
de paix , la démolition des fortifications de Ka- 
minieck , ce que le roi et la république de Po- 
logne rejetaient; en sorte que la guerre de la 
Porte^ et de la Pologne ne finit qu'avec celle de 
l'Autriche et de la Porte. 

A l'égard de la saisie des navires anglais , le 
grand-visir répondit constamment aux sollici- 
tations de Châteauneuf, que celui-là était véri- 
tablement roi d'Angleterre qui était reconnu 
.tel par les Anglais; et qu'il ne convenait pas 
que la nation turque , qui avait plusieurs fois 
déposé ses souverains, refusât aux autres na- 
tions le droit de changer de maître. Quant aux 
lieux saints , Châteauneuf obtint que des ordres 
seraient (lonnés au Sangiac de Jérusalem , pour 



an roi 
roc. 



124 V« PERIODE. 

ôter aux moines grecs la jotiisisance du saint- 
sépulcre; mais ces ordres furent mal exécutés , 
les Turcs ne pouvant se résoudre à perdre l'ar- 
gent qu'ils tiraient des moines grecs, lesquels à 
leur tour en tii^aient beaucoup des pèlerins. 
A^^Lsade ^^ souverain de Maroc (i) ayant manifesté le 
i de Ma>. désir de conclure un traité de paix et d'alliance 
avec la France, la cour lui envoya Pidou de Saint- 
Olon, lequel obtint son audience à Méqùinez, le 
II de juin iGgS. Jusqu'alors il ne lui avait pas 
été permis , ni aux personnes de sa suite , de 
sortir de leur demeure , ni de faire ou recevoir 
aucune visite dansson palais ; l'usage des Maures 
étant de ne laisser voir personne aux ambassa- 
deurs, jusqu'à ce qu'ilsaient eu leuraudience(2). 

Saint-Olon se rendit à pied à l'audience , suivi 
de douze esclaves français portant les présens 
qu'il devait faire au roi , et qui consistaient en 
armes , montres de prix , étoffes et brocards 
d'or et d'argent très riches , etc. Il fut accueilli 
par les buées du peuple maure, chez qui la qua> 
lité d'ambassadeur n'efface point la haîne et le 
mépris qu'il a pour les chrétiens. 

IjC roi de Maroc parut à cheval ^ et suivi de 



(i) Le souverain de Maroc prend indifféremment la qtia- 
lité de roi , ou d^empereur^ et l'une et l'autre lui est égale- 
ment donnée dans les ouvrages français. 

(2) Etat présent de l'empire de Maroc , pat Saint- Oloii. 



LIVRE V. «5 

peu de gens. Il était vétii aussi simplement que 
le dernier de ses sujets , tenait en main une 
lance $ et avait les bras, et les jambes nus. Il 
descendit de cheval à l'entrée du portique , et 
s'assit sur ud poteau , n'ayant sous lui ni natte 
ni tapis. Un noir tenait derrière lui un évan- 
tail y pour lui donner de l'air. Ce prince dit en 
arabe à l'ambassadeur, qu'il était un bon chré-v 
tien, qu'il le voyait avec plaisir i et lui accorde- 
rait tout ce qu'il désirerait ; que son intention 
était de faire une pai& solide avec la France; 
qu'il chargeait l'alcaïde Méhémed - Bénadou- 
Atar^ son proche parent^ d'en régler les condi- 
tions ; et que celui-ci étant fils d'une Française , 
il ne devait piis douter de trouver en lui tqutes 
sortes de dispositions et de facilités. 

Le roi ajouta que rienii;'était plus C2q>able 
d'établir une irnion solide entre les deux états , 
que la réunion de leurs forces contre les Espa- 
gnols, leurs' ennemis -communs y».et qu'il dédi- 
rait que. l'empereur de France lui accordât le^ 
secours qui lui étaient nécessaires pour- la re« 
prise des places qu'ils possédaient en son pays* 

L'ambassadeur répondit en français, par un 
discours très long , que le roi écotita patiem- 
ment jusqu'à la fin. Il lui présenta ens:Uite un< 
lettre de Louis xiv, que le roi de Maroc baisa 
et mit sur sa tête , en signe de l'honneur qu!il 
lujkrendait. Il agréa les présens avec beaucoup 



1^6 V« PÉRIODE. 

de grâce, et lui dit en souriant que la plus 
grande marque de satisfaction et d*estinie qu'il 
pût lui donner ^ était de prier Dieu qu'il se con- 
vertit , et se fit inaiiTe. Il lui donna quatre es*- 
claves français et remonta à cheval. 

Les jours suivans furent employés à discuter 
avec le ministre du roi, U traité à conclure ; mais 
ce prince ayant pria tout à coup la résolution 
départir pour une expédition contre quelques 
Maures révoltés dans le voisinage d'Oran ; fit 
appeler Saint-Olony et lui donn'a\ le 19 de juin y 
son audience de congé; laquelle, d'après Tes- 
prit et les projets du roi de Maroc et de ses mi- 
nrstrèsyfut très différentede la*première, Saint- 
Qlon* fut préveiiU en y allant, que' ce' prince 
était de fort mauvaise humeur ,€t* presque hors 
de lui 9 à la siiite d'une exécutt^^n qu'il venait 
de faire, à coups de couteau , sur deux de ses 
principaux noirs. 

" 'On fitentrer l'ambassadeur dansle palais, plus 
âv^nt<^ue lors de la première audience^ et on le 
raénfà près des écuries qui étaient fort belles. Le 
roipftï^ut incontinent, sur un cheval richement 
eiihari[iaché , et dont le poitrail était garni de 
pierreries; Il tenait une lance de la forme et de. 
k'forigueur d'une pique ; son bras droit et ses 
habits-^ taient encore tout couverts du sang des 
ihalhéureux qu'il avait tués , et il faisait voir sur 
son visage et dans sa contenance , un air égaré 



• LIVRE y. 07 

et furieux , parfaitement analogue à l'atrocité 
de Faction qu'il venait de commettre. Saint- 
Olon , dans soa compliment de congé , réclama 
la réalisàtioh des sentimens que le roi avait té- 
moignés pour la paix,* et se plaignit adroitement 
de Foubli de ses promesses, ainsi que du refus 
de son ministre d'entrer en pourparler, sur l'ar- 
ticle de la liberté réciproque des esclaves. 

a Toutefois , Sire , poursuivit l'ambassadeur, 
» je me crois obligé de vous représenter qu'une 
» chose que vous avez souhaitée si pûbliqiie- 
» ineut,_et qu'il vous est si aisé de terminer, 
ïi semblait demander une décision plus prompte, 
» et être traitée dans un temps moins court que 
jï celui qui parait rester jusqu'à votre départ : 
» vous avez témoigné désirer la paix , vôùs avez 
» offertou démandé un ambassadeur pour la con- 
» clute^ et vous en avez montré tant d'èmpres- 
» sèment, que vous m'avez fait l'honneur de me 
» direv que vous étiez prêt d'en envoyer un en 
» France pour ce même sujet. , 

«Cependant, je suis dans vos états depuis deux 
)) mois , et depuis trois semaines à votre cour ;^ 
» vous m'y avez reçu avec des témoigtiages de 
» satisfaction et de bonté toute particulière ; je 
» vous ai présenté mes ordres , et quoique le 
» commissaire que vous avez nommé pour leur 
» examen, m'ait fait des objections inattendues 
» sur des choses déjà^ réglées par votre majesté, 



ia8 V PÉRIODE. • 

» je n'ai pas laissé de Ii|i faire voir sur trois ar-» 
1^ ticles qui ne méritaient p^s assurément ses 
j» difficultés, que je voulais apporter de ma part " 
» tous les tempéramens possibles pour conclare 
31 agréablement ledit traité. 

yt Depuis ce temps néanmoins , il semble qu'il 
j> ait voulu rendre cette affaire impossible par 
j> une difficulté nouvelle et inouïe, qui feraiff 
» douter que votre majesté fût véritablement 
» portée à la paix , et qui la rendrait infaisable , 
j» si votre majesté y persistait ; je Ten ai convaincu 
» par de fortes raisons , que je serais prêt encore 
9 à répéter à votre majesté^ si je n'étais pas per- 
» suadé qu'il l'en a informée. 

» Dans cet état de choses, il ne me reste qu'à 
» vous demander, avant votre départ , l'appro- 
9 bation et la signature de ce traité que je vous 
ï) présente, et vous protester que je partirai 
» content, si apprenant la continuation et les 
» progrès de vos conquêtes ordinaires , je puis 
» rapporter encore à l'empereur , mon maître , 
» l'effet de votre parole royale, et combien il 
» m'a procuré d'honneur et de plaisir, en' me 
ji donnant l'occasion de satisfaire la grande idée 
jt> que je m'étais formée. de votre majesté. » 

Les réponses du roi de Maroc à ce d.iscours , 
et tout l'entretien de cette audience, roulèrent 
sur des propositions si extraordinaires , et si peu 
conformes aux sentimens qu'il avait manifestés 



LIVRE V. ïag 

en entamant la négociation , que Saint^Olon dit 
dans la relation de son ambassade : « Qu'il croit 
» plus. honnête et plus à propos, pour la reputa- 
» tien de ce prince , de la consacrer au silence. » 

Le roi de Maroc écrivit à Louis Xfv, en date 
du i8 d'août 1693, que son ambassadeur parais- 
sait n'avoir eu d'autre pouvoir que de traiter de 
la liberté des esclaves » et qu'ainsi il n'avait pas 
jugé à propos d'entrer en négociation sérieuse 
avec lui. 

Le ministre du roi de Maroc écrivit dans le 
même sens^ ajoutant que^ quant au traité de 
ïnariae sollicité par l'ambassadeur , il n'y met'* 
tait aucune opposition ; mais que le roi , son 
maître , s'en souciait peu , et ne jugeait pas né- 
cessaire de faire un traité pour un intérêt si 
médiocre. 

Il paraît d'abord que le roi de Maroc s'atten- 
dait à des présens beaucoup plus riches que ceux 
qu'il reçut; car en ce .point l'avidité et la sus- 
ceptibilité des princes africains sont extrêmes. 
Il paraît de plus , que le roi de Maroc voulait 
conclure une alliance contre l'Espagne , et que 
Louis XIV ne jugea pas à propos de se lier d'une 
manière aussi étroite avec une puissance in- 
constante , peu fidèle aux traités, et avec laquelle 
il eût été difificile d'établir un concert d'opé- 
rations. 

Le roi , en envoyant une armée en Savoie > 

IV. 9 



i3o V« PÉRIODE. 



1690. avait cru devoir publier , en 1690 , les motifs 
de u'yvêLb àe sa conduite dans un manifeste : il énumérait 
Sn^fe.^"* les griefs qu'il avait contre le duc de Savoie , 
l'accusant d'entretenir une correspondance sui« 
vie avec le prince d'Orange, son ennemi, de 
soutenir les; barbets révoltés de la vallée de 
Saint-Martin^ afin de se servir d'eux dans l'iit- 
vasion projetée de la Bresse et du Daupbiné^ de 
concert avec les troupes de l'empereur et de 
l'Espagne. Le roi déclarait, qu'informé des en- 
gagemens que le duc de Savoie avait pris avec 
ses ennemis , il était résolu à lui faire ressentir 
les effets de son mécontentement, « s'il ne lui 
» em^ojrait toutes ses troupes] et ne lui remettait 
» des places qui pussent assurer sa majesté, qu'il 
D n'entreprendrait plus rien contre ses intérêts 
» en faveur de ses ennemis. » Le roi demandait 
en conséquence Verrue et la citadelle de Turin, 
pour y mettre garnison française jusqu'à la paix 
générale ; offrant pour garans de sa parole , le 
pape et la république de Venise ; consentant 
même , si le duc de Savoie l'aimait mieux , que 
ces deux places fussent confiées aux ^Vénitiens 
pendant \ù cours de la présente guerre^ Dans le 
cas où ces propositions seraient acceptées , le 
roi voulait que l'empereur et le roi d'Espagne 
s'obligeassent de ne rien entreprendre , ni contre 
les places qui lui seraient remises, ni contre au* 
cun prince ou état qui voudrait conserver la 



LIVBE V. i3i 

ïientralité , et que le pnpe , la république de 
Venise et le grand- duc fussent garaus de cette 
convention. 

Le duc de Savoie n'ayant pas accepté ces pro-» 
|>ositionS9 le roi ne tarda point à lui faire éprou- 
ver tout le poids de son aiécont«-nlement. Le 
maréchal de Catinat battit Tarmée piéinontaise 
à Stafarde, le i8 d'aoïit 1690. Le lendemain, 
Saluces c;rpïtula ^ et Suze en 6t autant , en 
novembre stiivant. En 1691, toute lai Savoie^ 
ainsi que ViUefraHche, Montalban et Nice, tom- 
bèrent sous ladomination dés Français. Malgré 
ces succès , Louis xiv désirant à tout prix déta* 
cher le duc de Savoie de la cause des alliés , 
chargea 1« comte de Tessé (r) d'ouvrir une né-* 
gociation avec ce prince (a). 

Après de longues discussions, le comte de 
Tessé , et Grupel , plénipotentiaire du duc de 
Savoie ^ signèrent , le 5o de mai iBijô, des arti- 
cleis préliminaires. Mais ayant été stipule par 
l'article 111 , que Pignerôl île serait démantelé 
et rendu au duc de Savoie qu'à la paix générale, 
Grupel fut désavoué. par son* maître , qui de- 
mandait que cette place fôt démanteléç^ et re- 
mise immédiatement après la conclusion de son 

-: * . .. > - . . 

(1) Jean-Baptâ»te-René de Froulay , comte du Tessé, 4ié 
ea i65i , et depuis maréchal de France. 
(a)Méiii. dabaréchal de Tessé » t. L 






i3ià V* PÉRIODE. 

traité particulier avec la France. Cette difficulté 
faillit tout rompre, et donna lieu à diverses let** 
très de la part du maréchal de Catinat , com- 
mandant Tarmée française, au marquis de Saint- 
Thomas, secrétaire d'état du duc. Dans celle du 
6 dé juin 1696 , Catinat, après avoir menacé 
a d'exterminer entièrement le pays, dé brûler 
» les bâtimens , de détruire les bleds, de couper 
» les bois , les vignes et lirbres fruitiers partout 
» où il pourrait porter ses armes ; » offrait au 
duc , au nom du roi , la restkution des places 
qui lui avaient été prises , pourvu qu'il donnât 
passage aux troupes françaises allant dans le 
Milanais , en leur faisant fournir tous les vivres 
nécessaires à un prix raisonnable ; le roi de- 
mandant seulement que le duc lui remit en gar 
rantie de sa fidélité au traité , le château de I7ice 
et Yiliefranche , jusqu'à la paix générale. 

« Au cas, disait le maréchal de Catinat, que 
» S. A. R. veuille bien unir ses armes à celles 
» du roi, pour agir conjointement contre le Mi-r 
» lanais, le roi y consentira pour induire la roi 
» d'Espagne à la paix, et donnera encore de bien 
» plus grands avantages, et tels que S. A. R. en 
» sera surprise et contente.'» 

Le marquis de Saint-Thomaa»répondit , en 
date du 7 de j.uin , « que si S. A. ^. en prenant 
» les armes par une si dure nécessité, avait perdu 
» quelque chose dans l'honneur de son amitié, 



\ 



^ 



LIVRE V. i35 

D elle se flattait d'avoir pour le moins autant ao- 
4> quis dans celui de son estime , qu'elle croirait 
)» devoir perdre entièrement, si elle était jamais 
3> capable de tourner ses armes dans le Milanais^ 
99 contre le roi catholique et ses alliés , desquels 
» elle reconnaît tenir sa principale défense dans 
» son malheur ^ et qui prennent le même inté- 
^ rét à l'état de Milan. » 

Malgré ces observations , le marquis de Saint- ^^^i ^ 
Thomas signa» le 29 d'août^ à Turin, avec le Ç^JJ^^,*"^ {j 
comte de Tessé, un traité de paix et de neutra- ducd«SaToie. 
lité , d'après lequel le duc de Savoie se départait 
de tout engagement pris^ et de tous traités faits 
<we€ r empereur y rois et princes , contenus sous 
le nom de hk li&ue , et se chargeait d'employer 
tous ses soihs et de faire tout ce qu'il pourrait 
pour obtenir desdités puissances, au moins de 
l'empereur et du roi catholique, la neutralité 
pour l'Italie , etc. 

Le roi en retour cédait auduc, Pignerol , les 
forts de Sainte-Brigitte , de la Péroùse , et tout 
ce qui avait appartenu à la maison de Savoie, 
avant la cession que le duc "Victor Amédée en * 

avait faite à Louis xiii ; à condition que les foi>- 
tifications de ces lieux seraient rasées aux frais 
du roi , sans pouvoir être l'établies àTavenir» 

Le mariage de Marie -Adélaïde de Savoie , 
princesse de Piémont , avec le duc de Bourgo^ 
gne , était arrêté ; et le roi , par égard pour cette 



i34 V PÉRIODE, 

alliance, consentait à traiter à l'avenir, les am- 
baiisadriirs du du'*He Savoie, comme ceux dea 
•têtes couronnées (i), etc. 
' 0n convint que le traité demeurerait secret 
jusqu'à la fin de septembre, afin que le duc de 
Savoie en pût prévenir ses alliés ; et ce souverain 
écrivit incontinent au roi d'Espagne, à l'empe- 
reur, aux états-généraux et aux électeurs de 
Bavière et de Brandebourg, pour leur faire ex- 
cuser la résolution -qu -il' avait prise de faire une 
-paix séparée avec la France. On pense que les 
réponses des princes que nous Venons de nom- 
ihet , ne furent pas favorables au parti, que pre- 
riait le duc de Savoie. L'électeur dé Brandebourg 
lui répondit :* a Les alliances de V. A. R. avec 
30 l'empereur, l'Empire, les rois, électeurs et 
!» princes unis dans la présente guerre , et dont 
» V. A. R. avait encore prôtnîk xttie exacte 
» observation depuis peu de mois, par un acte 
» solennel ; les secours enfin d'argent et de Irou- 
»pes fourbis abondamment àV. A. R. contre 
oi l'ennenii commun, né nous avaiîént pas per- 
, » mis d'avoir le moihdre soupçon qu'elle pût se 
» résoudre ou penser même, à abandonner une 



(i) La princesse, à. son arrivée en France, fut traitée 
comme dnchesse de Bourgogne , quoiqu'elle li'eûl encore 
que onze ans^gSon mariage fut célébré le 7 décembre 16^ j. 
Elle était née h 6 dcceitibre i685. 



LIVRE V. ,35 

» ligne si avantageuse , par laquelle on travaille 
]» à assurer le salut, la liberté et la trauquillité 
» commune de l'Europe ; et cela, sans y être obli- 
3> gée par aucune nécessité, ou par aucun non- 
» veau malheur, mais par la seule raison alléguée 
» dans la lettre de V. A, R. d'accepter les offres 
p avantageuses que la France^ vous faisait, qui, 
2) à la vérité, sont spécieuses et toutes propres 
» à surprendre Y. A> R. , mais daus lesquelles 
» nous doutons fort qu'elle trouve la sûreté , 
a> l'honneur et les avantages qu'elle aurait trou- 
» vés dans Talliance dans laquelle elle a été en- 
y> gsigée , si elle eût voulu résister, etc. » 

Le traité entre le roi et le duc de Savoie fut 
exécuté en tout point , et le contrat de mariage 
entre la princesse de Piémont et le duc de Bour- 
gogne^ fut signé le i5 de septembre , et la resti- 
tution des pays conquis sur le duc de Savoie, eut 
lieu d'après un acte du 28 de septembre suivant. 

La cour de Versailles se comporta habilement 
dans cette occasion; car il lui était fort impor-» 
tant de détacher le duc de Savoie de la ligue 
formée contre elle , afin d'attaquer le roi d'Es- 
pagne dans le Milanais, et la neutralité de' Savoie 
déconcertait une partie des desseins des alliés (i ). 

— »— » Il ■ ' 111 W ■ ■ H I ■ I I « ■ ■ 1 , 1 I I I » 

(i) Cette paix fut jugée si îinportante , qu'elle devint 
l'objet d*uneMnédailie particulière. Ou y voit une Mîuerve 
qui, d*une main, tient un javelot, et de Tautre, un lai- 



i36 V« PÉRIODE. 

169^ Croiftsi , ministre des afiaires étrangères , 

ttoUu'^c 4i mourut le 38 de juillet 1696, âgé de soixante- 
sept ans. Ce ministre ne passait pas dans le 
monde pour ayoîr beaucoup de talens , et ses 
manières brusques et peu soignées conlriboèrcnt 
à accréditer cette opinion. D'autres personnes 
qui le connurent j et en particulier GouniDe , 
après avoir lu des dépêches et des insimctions 
faites par lui, i'out jugé ayantagensemcnt (1). 



memn d'olivier. EUe a à ses pieds son épét, 
assis THymen <pii a son flambean allumé, et Mgm s'i 
sur un écosson aux annes de France et de Sawie. La lé- 
gende, était : Mînerva pacfera^ (MîncnFe pifii |i} ; et 
rexerpie , Fax StAeauUœ (la paix aTee la Savoie) , i6g6L 
(i) Le premier commb Facbau f«t remplacé par M. Bcr» 
geret , avocat-général an parlement de Heiz , qai s*était 
donné la r^utation de Cure tont le travail de X. dcCroissL 
L^abbé de Choisi s'exprime ainsi à non sajct : « Bergeret, 
11 praûer coipmis de X. de Çroissi , allait tons les jours 
» écrire sons son amiire les lettres qa*il Ini dictait, et 
• n^élakqynn simple scribe , qnoB^H cAt denx miDe 
% d^appointemaif. H nNf cbangeût pas nne parole , et 
» p^ndant^ Inrsqn^on pariait des 
^ QNimà, et fn^on k iattut d'y 
%dMiiiail wa air modeste, ^ 
tt n>éiak pas , sans pomtant qn'W pèt n 
>vs«ilé gTMSMremenft* Fai 
% Im aistE^s» jnsfa'^an jonr , ^li la 
b rjl<#i<i«Me k pt^éMimâ ]ièni«e. iLlacsi 
i >l^ ^rsv^SVN' ^^^e H. dBsi«MEit « son ami , lai avail 





LIVRE V.. i37 

Mais ses voies et ses moyens n'étaient pas tou* 
jours estimables , et la correspondance de Ba« 
rillon , résultat des instructions du cabinet , 
suffirait pour inculper la politique de ce mi- 
nistre. 

Quant à ses opérations et à ses mesures d'é- 
tat y il serait difficile de le juger plus fayora«> 
blement. Beaucoup d*actes violens et hautains 
se rapportent à son administration , et semblent 
Teffet de ce caractère âpre , de cette écorce sau- 
vage qu'on lui reprochait. Le bombai:dement 
de Gènes , Tenvahissement de Strasbourg , Ten- 
lèvement du duché des Deux- Ponts au roi de 
Suède , allié de la France , et cette multitude 
d'aides inconvenans* et précipités qui , sous le 
prétexte de dépendances des pays conquis ou 
réunis , dépouillèrent plusieurs princes dignes 
d'égards , attestent que Croissi ne connut pas 
toujours l'art des ménagemens , et qu'il crut trop 
que lapuissance pouvait se passer de la politique. 
C'est à sesprocédés dominateurs, qu'il faut attri- 
buer ces 'ligues haineuses et fortement combi- 
nées , qui éclatèrent dès les premières années 
de son ministère , et allumèrent une guerre 
universelle dont il ne vit pas la fin* Toutefois le 

^ faite 4 et je connus son incapacité par les manières inno- 
> centes et niaises dont il reçut mes corrections , dont il 
» n*entendait pas la moitié. » ( Mém. de Choisi , p. 428. ) 



i38 V« PÉRIODE. 

dëparteraentdes affaires étrangères si Tobligation 
à ce ministre d'avoir réuni les correspondances 
jpolitiqties éparses , et créé ses archives ; monu- 
ment utile sdûs plus d'un rapport. 
1696. Colbert , marquis de Torci , fils de Croissi , fut 

nommé au son succcsseur dans le ministère des atiaires 
^a'îrentra^- étrangères. Il était né à Paris ^ le i4 de sépt«m- 
6«w». jj|.g i665. A la fin de ses étUdes , Croissi com- 

mença à le former à la politique , en lui faisant 
lire d'anciennes dépèches, ^'étant encore âgé 
que de dix-neuf ans , il fut envoyé en 1684 y eii 
Portugal pour féliciter le nouveau roi de Portu- 
gal , don Pedro , sur son avènement au trône. 
L'année suivante , il se rendit à Copenhague pour 
complimenter le roi de Danemarck sur la mort 
de la reine-mère. De Danemarck, il alla à Ham- 
bourg , à Berlin , à Ratisbonne , à Vienne , à Mu- 
nick , passa en Italie par le Tyrol , et se rendît à 
Rome et à Naples. En 1687, il alla complimenter 
la reine d'Angleterre stir là perte de la duchesse 
de Modène , sa mère. 

La mort du pape Innocent m, qui arriva en 
1 689, fat pour Torci, l'occasion d'un autre voyage 
instructif. Le roi vouli^t qu'il accompagnât les 
cardinaux français au conclave , afin qu'il obser- 
vât de plus près les ressorts de la politique ro- 
maine. Ce fut pendaitit ce voyage que. lui fut 
accordée la survivance de la charge de secrétaire 
d'état que possédait son père , et dont il remplit 



tIVRE V. i39 

les fonctions , immédiatement après sa mort. 
Toutefois, le roi engagea Pomponne, dont Torci 
avait épousé la fille , à Taider quelque temps de 
ses conseils, dans Texercice d'une charge où il 
faut tant de maturité , et Torci n'avait guère que 
trente ans. Pomponne, en père y en ami et en mi- 
nîslre d'état consommé, seconda jusqu à sa mort 
Torci (i), et il lui inspira ces vertus publiques 
et privées qui , pendant son administration , 
l'avaient rendu lui-4némeâi respectable à toute 
l'Europe. 

Louis XIV avait envoyé , en iBgS , l'abbé dé i6<î7. 
Polignac , depuis cardinal , en qualité d'ambas- poar faire roi 
sadeur extraordinaire en Pologne (2). Ce minis- \l prince^ 
tre qui n'était alors âgé que de trente-deux ans, ^**°*' 
avait suivi le cardinal de Bouillon au conclave 
de 1689 où fut élu Alexandre vin. Admis dans > 
la négociation qui eut lieu immédiatement avec 
le saint-siége , au sujet des articles de rassem- 
blée du clergé de i68i , l'abbé de Poligtiac en- 
tretint plusieurs fois ce pontife qui goûta son 
esprit , et lui dit , dans une de ses dernières au* 

(i) Pomponne mourut le 20 de septembre 1699, âgé de 
quatre-yingt-un ans. Le roi en fut, très affligé : voyant la 
douleur de rabbé de Pomponne , son iUs , il lui dit avec 
sensibilité : « Vous pleurez un père que vous retrouverez 
i» en moi , et moi , je perds un ami que je ne retrouverai 

(2) Hist. du cardinal de Polignac. 



i 



i4o V* PÉKIODE. 

diences : « Vous paraissez toujours être de tnoh 
» avis , et à la fin c'es^ le vôtre qui l'emporte. » 

Les principaux points de raccommodement 
paraissant arrêtés , le duc de Chaulnes, alors am- 
bassadeur de France à Rome , et le cardinal dé 
Bouillon jugèrent à propos d'envoyer au rori 
l'abbé de Polignac, qui, après l'audience qu'il lui 
accorda , dit : a Je viens de m'entretenir avec un 
» jeune homme qui m'a toujours contredit sane 
» que j'aie jamais pu me fâcher un moment* j» 
Si les difficultés avec Rome ne furent pas ter- 
minées alors , elles furent du moins suspendues 
pendant la vie d'Alexandre viii. 

L'abbé de Polignac retourna à Rome pour 
assister au conclave où fut élu Innocent xii , et 
revint en France en 1692, Au mois de mars de 
l'année suivante , le roi le nomma ambassadeur 
extraordinaire en Pologne. 

L'objet principal de sa mission était d'engager 
le roi Jean Sobieski, à se détacher de l'empereur 
dans la guerre contre la Porte , et à s'allier à la 
France contre la maison d'Autriche. La mort de 
Sobieski , arrivée le 16 de juin 1696, rendit nul** 
les les vues de la cour. Le roi y k l'occasion de 
l'élection qui allait se faire du successeur de So- 
bieski, manda à l'abbé de Polignac qu'il ne pou* 
vait rien faire déplus agréable pour lui, que 
de faire élire un prince de son sang, pourvu 
qu'on se contentât des espérances que celui qui 



LIVRE V. i4r 

serait ëlu , ne refuserait pas de réaliser , quand 
il serait'paryenu à la couronne ; oc et comme je 
» ne puis , dans la conjoncture présente , disait 
» le roi , faire la dépense qui serait nécessaire 
opour donner à l'élection, tout le succès que je 
» désire , je veux bien que vous m^'engagiez 
3> pour cent mille livres de pension , le tout pour 
» être distribué après l'élection, à ceux qui l'an- 
p raient fait réussir pour un sujet qui me soit 
» agréable. » 

L'abbé de Polignac qui entrevit la possibilité 
de faire élire le prince de Conti , écrivit à Croissi 
ff que ce prince serait infailliblement élu roi de 
» Pologne , avant que ses rivaux eussent le temps 
» de former leur brigue, et de traverser son élec- 

» tion Que , dans les premières émotions, 

» les brigues n'étaient pas bien concertées ; que 
» les délais donneraient de la force et de la 
» hardiesse aux partis contraires ; qu'ainsi il était 
» bien persuadé que le bon succès de cette en- 
» treprise dépendait de la célérité de l'exécution ; 
» et que si on donnait ^u peuple, le temps de se 
» rendre maître de Télection , son peu de pen- 
» chant pour les princes étrangers^ rendrait Taf-* 
Ht faire plus difficile. » 

Quand l'abbé de Polignac crut l'affaire assez 
avancée ^ il se rendit à la diète où il prononça un 
discours latin , dans lequel il dit : « Je crois qu'il 
# n'est pa^ nécessaire que je m'étende sur la 



i4a V PÉRIODE. 

» douleur causée au roi , mon maître, parla mort 
» de votre sérënissime roi Jean m. Cet auguste 
XI défunt qui a été Tadmiration des princes de 
» l'Europe pendant sa vie , est l'objet de leurs 
» regrets après sa mort; mais personne ne Ta 
» regretté si véritablement que le roi mon mai* 
y> tre ; vous savez qu'ils étaient liés par une 
» amitié fraternelle , et encore plus par les nœuds 
» que forme la société de la^ vertu héroïque ; en 
» sorte que Jean m étant mort, il ne reste plus 
9 d'égal à Louis-le-6rand , ni dans les travaux 
» guerriers , ni par le nombre de ses victoires. 
» Ne croyez pourtant pas. Messieurs, que pour 
» avoir perdu un si grand prince , vous ayez 
» perdu l'amitié du roi^ mon maître. Le défunt 
» «e l'était acquise par ses vertus , et ce n'était 
» pas pour lui seul qu'il travaillait et qu'il triom-» 
» phait. Ce n'est pas d'aujourd'hui que nos na-* 
» tions sont unies d'une affection réciproque ; 
» il n'y a qu'à lire nos histoires communes pour 
» en trouver des exemples très anciens et très 
» fréquens : on n'y verra aucune division ; on 
3» y remarquera même avec étbnnement que la 
» Pologne, est le seul peuple avec qui la France 
ji n'ait jamais eu de démêlés; tant il est vrai que 
» Dieu a bien voulu que l'alliance de la Pologne 
y* et de la France ait toujours été parfaite, sinon 
» par les armes , du moins ,par Tinclination. 
^1» Ainsi ^ on peut dire que nous n'avons jamais 



•LIVRE V. f43 

yt été qu'une même nation , et que par consé^ 
)) quent nous devons toujours vivre de même* 
» J'ose avancer que ce bon accord venait moins 
j> de Féloignement ide nos deux royaumes , que 
» dé la bonne intelligence qui règne entre nous. 
» Je sais que ceux qui m ont déjà précédé dans 
» cette ambassade^ ont déjà remarqué le rapport 
» qu'il y à entre nos moeurs , nos humeurs et 
» rbême nos visages , et que si l'on y trouve 
» quelque différence , ce n'est que par le langage 
, » et nos habits. J'avouerai seulement que votre 
» très puissante république a plus profité par 
)» notre amitié, que parcelle des autres puissaù-^ 
» ces , même de celles qui sont les plus voisines. 
1* La paix d'Oliva qui a été faite par ta médiation 
» et avec la garantie de la France j a été ferme , 
3» stable, et, pour ainsi dire, éternelle du côté 
D mêmeoùlaguerreétaitleplusaÙumée. Quand 
» vous avez conclu des traités sans nous , vous 
» n'avez fait que d'inutiles dépenses, et vous êtes 
» tombés dans de nouveaux embarras* Que vous 
» dirai • je de plus ? Personne n'ignore la puis- 
> sancedu roi très chrétien , sa fidélité pour ses 
» allies , et qu'il n'est pas moins invincU^a dans 
» la protection qu'il leur donne , qu'à repousser 
» ses propres ennemis. Je vous offre de sa part 
» toutes ses forces , et comme il n'y a point eu 
D d'interrègne parmi vous, pendant lequel il n'ait 
3» témoigné quelque attention particulière à vos 



1 



i44 V« PÉRIOD'È. 

» intérêts , il n*a pas voulu laisser passer celui- 
9 ci , sans vous offrir ses troupes y son argent , 
^ et tous les secours qui dépendent de lui , afin 
9 que l'ancienne splendeur de votre nation fût 
» conservée , aussi bien que les précieux droit) 
» de sa liberté. 

n Pour moi, Messieurs, je in'estirae heureux 
9 d'avoir enfin paru {levant cette illustre as- 
» semblée , après avoir vainement souhaité cet 
» avantage pendant trois mois. Je désirais vous 
» porter moi-même les témoignages solennels de 
» la bienveillance du roi , mon maître ; prêt à 
y> vous en donner de plus amples, quand je pa^^ 
» raitrai devant une nation, qui seule dans l'Eu- 
» rope , s'est conservé le droit de couronner la 
» vertu. » 

Après ce discours préparatoire , Fabbé de Po- 
lignac désigna formellement comme candidat au 
trône de Pologne , le prince de Bourbon-Conti , 
insinuant que comme le trône de Polognedeman- 
dait autant de talens militaires que de génie 
politique , ce prince était propre à l'occuper , 
puisqu'il les réunissait à un égal degré dans sa 
personne. 

L'élection du prince de Conti parut prendre 
d'abord une tournure favorable. Mais les brigues 
contraires se fortifièrent, surtout lorsque l'on 
vit que l'abbé de Polignac ne distribuait aucuns 
fonds À son parti. Ayant reçu enfin cinq cent 



LIVRE V. 146 

soixante mille livres , cet ambassadeur arrêta le 
traité, principal objet de. ses espérances, oii 
qui semblait lui promettre un heureux suc- 
cès. II fut signé par le$ principaux seigneurs de 
la république et par le primat. Il en conclut un 
autre avec les sénateurs de la province de Prusse^ 
auxquels il assurait cinq cent mille livres » 
somme qui.paryt un peu forte ^ mais la princir 
pale cause de Cette espèce de prodigalité était.le 
grand nombre dç luthériens , dont cette contrée 
était remplie , et qui craignaient que si un prince 
du sang de France montait sur le trône de Po- 
logne , leurs pj*iviléges pour la liberté de con- 
science ,^ne&tôS6nt renversés. Pour dissiper cette 
crainte , iLavaitfalla doubler les largesses. 

Néanmoiiis les obstacles se formaient insen- 
siblement CQUltre le prince de Conti. L'évêqùe 
de Cujavie qui:avditun fort parti , portait l'élec* 
teur de Saxe, A-uguste. L'électeur de Braode- 
boug et Guillaume m recommandaient Télec** 
tioa du prince Louis de Bade , illustré dans les 
guerres conjlije. les Turcs; enfin, la reine de Por 
lognç avait un parti assez faible en faveur, de 
son fils, le prince Jacques. L'abbé de Polignaç 
parvint sans peine à renverser le parti de cette 
princesse, q.ui en fut très irritée. Dans son dé-» 
pit , elle redemanda à ce ministre son portrait ; 
mais l'abbé de Polignaç , pour marquer l'estime 
qu'il avait pour elle y refusa de le lui ren^re^ 

IV, to 



^ i46 V PÉRIODE. 

Cette excuse ne la contentant pas , elle vint cbez 
lui, lorsqu'il était absent, monta , accompagnée 
de ses gardes , dans son appartement , et enleva 
son portrait. Cette action qui fit beaucoup 
d'éclat, fut interprétée diversement, même en 
France , où l'on reprocha à l'abbé de Polignac 
l'imprudence de sa brouillerie publique avec la 
rein^ , et la distribution prématurée des sommes 
qu'il avait entre les mains pour Félection. 
. liOuis XIV prit le parti d'expédier en Pologne 
tme personne de confiance , chargée de vérifier 
les torts imputés à l'abbé de Polignac, ou de l'en 
disculper. Tandis que la cour était encore in- 
décise sur le choix du sujet à qui on devait con- 
fier cette mission , l'abbé de Polignac qui en fat 
informé , écrivit lui*méme au roi , pour le sup- 
plier d'envoyer quelqu'un en Pologne, « pour 
» voir, disait-il, tout ce qui s'y dit , et tout ce 
9 que l'on fait parmi la grande et- la petite no- 
» blesse ; èur quel pied sont les divers con^- 
«currens; pourvu, ajoutait ce htiinistre, que 
» celui qui viendra de votre part, soit un homme 
» juste et sincère, et comme moi', uniquement 
3> attaché au service de votre majesté. » 

Ce fut à l'abbé de Châteauneuf que fut con- 
fiée la mission de Pologne; Il s'^y rendit avec le 
titre d'envoyé extraordinaire.^ 

La meilleure intelligence régna entre les deux 
ministres. Mais il y avait pour la prompte réus^ 



LIVRE V/ 14(7. 

site c!e l'élection, ud obstacle toujours subsis- 
tant; cVtalt le manque défends, parce que les 
Icttresde change tirées de France surDantzick, 
avaient été protestées ; ce qui empêchait Tabbé 
de Polignac de remplir les engagemeVis qu'il 
avait contractés, lesquels s élevaient i trois 
millions. En vain , les deux amba^ssadeurs s'ef-« 
fot^aient-*iU de persuader à leurs pat*tisans que 
ks trois millions promis étaient aussi réels que 
s'ils étaient devakit leurs yeux; et que l'unique 
raison qtii avait etnpéchë le j^oi dé faille t^âtis^ 
porter ces espèces jusqu'à Daritïick , ét^it Tin^^' 
certitude dé l'évétiement* Cisa raisôM , quoique 
plausibles eiv apparence , étaient inHuffisantes 
poqr des personnes bien aises d« toucher les 
sommés^ avant de dotinè*r leur Vôix. Elles exi- 
geaient dotie que les lettres^de^haiige fussent 
payables immédiatement sur les lieux (f), et 
non pas quatre mois après l'ëlectiôn ; obset^vânt 
que cela était d'autant plu6 îiéceSsàire , que- U* 
reine prenait soin de publier qu'un aussi long' 
terme que celui de trois ou quatfe mois, pour 
le paiement de trois millions , n'était que pour 
donner le temps au prince. (iç Conti» de ve- 
nir en Pologne 9 de s'y faire.. couronner ^ et 

de 6à moquer ensuite des . Polonais ^ comioe' 

• • • . 

(1 ) Hist da cardinal de Polignac , t. !« 



j48 v« Période. 

avaient fait plusieurs rois , ses prédécesseurs ( i ) • t 
D'après lé trafic honteux que les Polonais fai^ 
paient de leur couronne, leurs raisons étaient; 
assurément très bonnes. Quand on vend ] on 
peut chercher ses sûretés; mais il faut avouer 
que les ministres français plus nobles, s'occppè* 
rent moins à prendre les leurs. On vit le pripce 
Sapieha , grand général deLithuanie , abandon* 
ner leur parti ^ quoique sa famille eût déjà reçuc 
quatre-vingt mille écus , c'est-à-dire , quin^&e: 
mille écus au-delà de ce qui avait été convenu 
avec elle* Cette maispn , sur la fin de l'élection, 
s'attaclia de nouveau à la France , moyennaut 
40O9OOO francs. . ^ 4 

Enfin , la diète d'élection s'ouvrit î l'évêque 
de Plosko fit un discours plein d'allusions ingë- 
BÎeyses au prince de Conti , qui furent écoutées 
avec de grands àpplaudisseméns» Tout annon- 
çait un heureux succès; et l'abbé de Polignac, 
pour l'assurer davantage , s'était . engagé par. 



. jCO A rdectioa de Henri de Valoir , depuis Henri m , 
ontre la promesse -d'observer sans modification les pacta 
conventa , les ambassadeurs^ de Charles ix offrirent à la ré- 
publique une ligue offensive et défensive perpétuelle , entre 
la France et la Pblogiiè ; Tentretieri de quatre mille hom- 
laes d*in£an(eanck , et r«n^roi d'une âotte dans la fiailiqne 
aux ordres de la république , outre le paiement des dettes 
de l'état , qui pouvaient monter à trois millions , et des 

fortes sommet d'argent qui furent données anaiE grands. 



LIVRE V. i49 

zèle^ à rester en otage, jusqu'à Tentî^ paiement 
des sommes promises. 

Le choix important du maréchal de la diète 
était tombé sur le comte de Belienski, person- 
nage agréable à la France; et l'espoir du parti 
français allait toujours croissant, lorsque tout 
à coup l'électeur de Saxe, l'un des candidats, 
répandit de fortes sommes dans la diète ; ce qui 
lui donnait un grand avantage sur le prince de 
Conti , qui n'avait guère fait jusque-là que des 
promesses. Néanmoins le parti français, composé 
de vingt-neuf palatinats , procéda à la nomina- 
tion du roi , et le primat proclama , le 26 de juin 
le prince de Conti, roi de Pologne et grand-duc 
de Lithuanie.Mais, tandis que l'archevêque de 
Gnesne chantait le Te Deum en réjouissance de 
cet événement, l'évêque deCujavie rentre dans 
le champ de l'élection , et soutenu d'un parti 
peu nombreux, proclame l'électeur de Saxe, v 
Celui-ci ne tarda pas à venir à Cracovie , où 
il se montra escorté de douze cents hommes , 
tandis que ses tfoupes , au nombre de dix mille 
hommes , étaient campées sur les frontières de 
Pologne, prêtes à lejofndre au premier signaK 
Ce prince était un rival dangereux par les bril- 
lantes qualités qu'il réunissait. Il avait de la*^ 
dignité , un coup-d'œil prompt en affaires , de 
la promptitude à se décider même au milieu 
des plus grands embarras j de l'activité , et l'ac- 



^ I 



î5a V« PÉRIODE. 

» ainsi conçue. <c Monsieur l'abbé de Polignac , 
» je vous écris celte lettre pour vous faire sa- 
» voir que mon intention est que vous vous 
3 rendiez incessamment dans votre abbaye de 
XI Bonport , et que vous y demeuriez jusqu'à nou- 
» vel. ordre* » 

L'abbé de Polignac se trouva puni, par quatre 
ans d'exil, d'un revers politique, dont il était 
innocent ; mais la cour , suivant une pratiqué 
assez fréquente , aima mieux rejeter ses torts sur 
l'instrument qu'elle employait, que d'en faire 
l'aveu. Ce n'est pas que l'abbé de Polignac n*eût 
|>u commettre quelque faute dans le cours d'une 
affaire aussi compliquée. On ne pouvait pour- 
tant, en le jugeant sévèrement , lui faire d'au- 
tre reproche que sa brouillerie ouverte avec 
la reine, occasionnée par sa lettre indiscrète 
h l'évéque de Gujavie. Mais dans la réalité, 

, la négociation pour l'élection du prince de 

Conti, après avoir été couronnée tl'un premier 
succès , n'échoua que par 4e retard de l'arrivée 
du prince de Conti, et des fonds promis au parti 
français ; ce qui en jeta les chefs dans l'indéci- 
sion , et favorisa l'élection de l'électeur de Saxe ,- 
qui s'était présenté .^ans ta lice avec des troupes 
et de l'argent ; moyens que le prince de Conti 
ne sut ou ne put pas balancer. 

i^vénemens La gucrrc durait depuis 1689 , entre la France 
* ^^*" * et la ligue formée de l'empereur, de l'Empiré , 



LIVRE V. i53 

de TAngleterre, de l'Espagne et des Provinces- 
Unies. 

Les Français commaadës par lé dauphin 
avaient pris Philisbourg en 1688, et l'année 
suivante , ils s'étaient emparés de presque tout 
le Palatinat , qu'ils avaie|it incendié et dévasté. 
Le maréchal de Luxembourg battît les alliés 
à Fleurus, le i" de juillet 1690 , et fit successi- 
vement la' con'quéte de Mons, de Namur, de 
iFurnes, de Dixmude , de Charleroi , d'Ath. Les 
alliés reprirent Namur en 1695. 

Le maréchal de Noailles ayant envahi la Ca- 
talogne , remporta sur les bords de la rivière 
de Tere , une victoire éclatante. Le duc de 
Vendôme prit Barcelonne le 10 d'août 1697; 
et Çarthagène d'Amérique tomba au pouvoir 
d'une escadre française , le 5 de mai de la même 

> 

année. 

Sur mer, l^lnaréchal de TourviHe battit près 
de Dieppe , le 10 de juillet 1690 , les flottes com- 
binées d'Angleterre et de Hollande, qui per- 
dirent quinze vaisseaux ; mais par une funeste 
vicissitude, attaqué à laHogue, près de Cher- 
bourg , le 29 de mai 1693 , par les flottes an^ 
glaises et hollandaises réunies , il perdit dix- 
sept vaisseaux de ligne , après avoir soutenu avec 
une grande infériorité de forces, un des com- 
ibats les plus mémorables don<t 10S annales de, la 
marine fassent mention. Si le fruit du combat 



ï54 V PÉRIODE, 

fut pour l'ennemi , la gloire en resta aux Fran- 
çais. Dans cette situation de choses, les avan- 
tages sur le continent y avaient été du côté de la 
France, et les résultats maritimes avaient été 
contre elle. 
1697- Louis XIV avait fait dès 1695, des offres de 

Eyswick. paix ; mais le peu de bonne foi qu'on attribuait 
au cabinet français, avait empêché les alliés de 
les accepter. De nouvelles propositipns faites 
sous la médiation delà Suède , furent mieux ac- 
cueillies. Le comte de Callières, qui jusqu'alors 
n'avait traité qu'en secret, parut publiquement 
à la Haye, comme ministre de France, et le 10 
de février 1697 , il remit au baron de Lillieroot, 
ambassadeur de Suède eé médiateur, les articles 
préliminaires contenant les conditions de paix 
que la France offrait à ses ennemis. Malgré cette 
notification , l'ouverture du congrès fut différée 
jusqu'au 9 de mai ^ parce que là France et l'em- 
pereur n'étaient point encore d'accord sur le 
siège du congrès. Enfin , -on convint du château 
de Ryswick près la Haye (1). 

lies ministres du roi au congrès, étaient les 
comtes de Harlay , de Greci et de Callières« 

Le premier avait été ambassadeur à l'assem- 
blée de Francfort en. 1 68 1 . 
— — i^i^— -■ 1 1 I 1 1 1 1 II I I ' ■ — ^— I III 1 .1 1 Il 

(i) Actes et mém. des négociât, de la paix de Ryswick , 
par Moetjens. ' 



LIVRE V. i55 

Le çômtede Creoi avait sigaë plusieurs traites 
en Allemagne en 1673, et avait conclu en 1684 
la trêve de yingt ans entre la France, Tempereur 
et TEspagne. 

Le comte de Callières avait rempli plusieurs 

missions particulières en Pologne , en Italie et 

en Âllehfiagne^ 

, Les ministres de Tempereur étaient les comtes ' 

de Kaunitz , de Straatman et le baron de Sei- 
lern ; 

Ceux d*Espagtie, don Quiros^ et le comte de 
Tirimoftd; 

Ceux d'Angleterre, le comte d^Pembrock , le 
vicomte de Darford, le lord Lexington et le 
chevalier Williamson; 

Ceux des Provinces-Unies^ Jacques fioréel, 
Antoine Heinsius , etc. 

Sans s'en tenir aux articles préliminaires si-* 
gnifiés par la France , les Espagnols qui ne les 
agréaient pas, firent des demandes particulières 
contenues en cinquante-six a^rticles, lesquels se 
réduisaîentfà ce qu'on traitât sur le pied delà 
paix des Pyrénées , c e&t-à-dire , que la France 
abandonnât tout ce qu elle avait acquis à titre de 
réunions et de d^jendances; et méme^ tout ce 
qui lui avait été cédé par les traités d'Aix-la**^ 
Chapelle el; de Nimègue. 

Les plénipotentiaires de l'empereur demsm- 
daient la restitution entière des villes et pays 



ï56 V* PÉRIOEE. 

réunis; de plus, le rétablissement des villes im- 
périales de l'Alsace dans les privilèges dont elles 
jouissaient avant la paix de Westphalie , préten- 
dant qu'elles n'avaient "été cédées à la France 
qu'avec la garantie de leurs privilèges. 

Les plénipotentiaires français se bornèrent à 
demander aux ambassadeurs d'Espagne et de 
l'empereur, s'ils consentaient à traiter sur le 
pied des préliminaires, ou s'ils y renonçaient; 
^ que s'ils les acceptaient, ils devaient voir que 
leurs prétentions n'étaient pas admissibles ; que 
si, au contraire, ils rejetaient les préliminai- 
res, on traiterait sur les objets en litige, comme 
s'il n'eût été questîtm de rien. 

Les plénipotentiaires espagnols et impériaux 
déclarèrent qu'ils acceptaient les, préliminaires; 
mais seulement comme faisant partie de leurs 
prétentions. Par cette réponse adroite , ils élu- 
dèrent la difficulté, et Se maintinrent dans le 
droit de revenir à leurs demandes. Cepen4ant 
les Hollandais continuaient leurs conférences' 
avec les ministres, français, et ils convinrent le 
527 du mois de mai , d'une suspension d'aroies 
pendant le cours de la négociation. 

Sur ces entrefaites , les ministres de France 
reçurent dé leur cour, une réponse définitive 
aux demandes des espagnols et des impériaux , 
laquelle portait : « qu'ils ne devaient rien at- • 
» tendre au - delà de ce qui avait été proposé 



. LIVRE V. i57 

D âanslea.articl€;s préliminaires; le roi déclarait 
X» luènie qu'il ne consentait à persister dans ses 
^ engagement à. cet ég^j^d, que jusqu'à la fin du 
)» mois d'août;! et qu'il ; se. regarderait comme 
D libre de traiter sous toute autre condition, si 
» d'ici à cette époque > Ibs. ennemis ne consen- 
» taient point à la paix. » 

Le roi d'Espagne ayant perdu Barcel^qne, et 
n'ayant plus ni troupes, ni argent, donna ordre 
àses ambassadeurs, de finir au*plutôt, en tâchant 
néanmoins de tirer de la France, le meilleur parti 
possible. 

Les plénipotentiaires de l'empereur ayant de- 
mandé que, pour prévenir les guerres que la 
succession à la couronne d'Espagne , pourrait 
amener un jour , on réglât ce, qui y était relatif, 
les français éludèrent. «ce poinjb important, en 
répondant, que la succession du roi d'Espagne 
n'avait rien de commun. avec le traité dont il 
s'agissait; et qu^il ne convenait pas, pour un 
article inattendu, et dqnt la discussion pouvait 
être longue,^ de retarde» la paix générale. Cette 
réponse parut raisonnable aux alliés, et le roi 
d'Espagne lui-même , ne fut pas fâché de voir 
cette discussion mise à réç?irt. 

La cession de Luxembourg que la France exi- 
geait'de l'Espagne, rencontra une forte oppo- 
sition de la part des impériaux ; ceux-ci obser- 
vant , que si cette place^ qui .servait de commu- 



i6o V« PÉRIODE. 

celui-ci demanda comme de lui-même , une en- 
trevue particulière au maréchal de-Boufflers. 
Ces deux généraux eurent quatre conférences. 
Âpres la dernière, qui fut tenue, le fi6 de juillet,- 
en pleine campagne , les deux négociateurs mi- 
rent par écrit plusieurs articles qu'ils signèrent 
huit jours après; en sorte que* dès cette époque, 
les difficultés entr^ la France et l'Angleterre, se 
trouvèrent levées, et le traité définitif fut conclu 
entre elles, le ao de septembre^ 

hé roi de France (art. IV) engageait son hon- 
neur de ne donner directement ni indirectement 
aucun secours aux ennemis du roi Guillaume , et 
de ne favoriser en aucune manièrevleS conspi- 
rations ou machinalîions qui pourraient être 
ourdies contre lui en Angleterre ;'ét'<le'«''aider, 
sans aucune exception ni réserve^ d'armes, de 
munitions, vivres^ vaisseaux, argent ou d'au- 
tre 4ihose par mer et par terre, aucune personne 
quelconque , qui prétendrait troubler le roi de 
la Grande-Bretagne dans la. paisible possession 
de ses r0yaumes , pâfjrs , états , terres ou gpuver- 
nemens', sous quelque prétexte que ce fût, etc. 
, Toutes les conquêtes (art. VII) faites de part 
etd'adtre, devaient être restituées. 

Par l'article VIII, les prétentions à l'égard des 
pays* situés autour de la baie d'Hudson, ainsi 
que les limites, devaient être réglées par des 
commissaires. 



LIVRE V. i6i 

Au moment où les plénipotentiaires d'Angle*'. 1697. 

rre et d'Espagne signèrent la paix , les minis- pau**îvfc 
de lempereur et de l'Empire éclatèrent en *^^.£I[*^^ 
plaintes, et reprochèrent aux alliés , « que c etait^ 
» la seconde fois , en comptant le traité de 
» Niniègué, qu'on avait fait une paix séparée 
» avec la France, à l'exclusion de l'empereur et 
» de l'Empire , et que les Allemands séduits par 
3> leur excessive crédulité, ne s'engageraient pas 
» aussi légèrement à l'avenir , dans de pareilles 
» confédérations. » 

Don Qufiros , premier plénipotentiaire d'£s^ • 
pagne, leur répondit : « Qu'il avait reçu depuis 
» long- temps des ordres précis de sa coxxiç de 
j» faire la paix , et que si sa complaisance excès- 
9 sive pour l'empereur , lui avait permis dly 
» o^ir , les Français n'auraient point pris Bar- 
» celonne , ni rien changé aux conditions qu'ils. 
» avaient d'abord proposées, etc. » 

Les ministres impériaux , après avoir épuisé 
tous les délais, signèrent eux-mêmes la paix 
avec la France, lé 5o d'octobre. 

La paix de Westphalie et celle de Nimègue . 
(art. III) étaient prises pour base du présent 
traité. 

L'art. IT portait : a Tous les lieux et endroits 
» occupés par sa sacrée majesté très chrétienne, 
» pendant la gtierre et par voie de fait ^ sous le ; 
2> nom d'unions ôU xéunions y situés hors de t^l- 

IV. Il 



/ 
t 



i6a V PÉRIODE. 

» sace^ ou contenus dans la liste des réunions 
» produite par l'ambassade de France , seront 
D restitués à sa sacrée majesté impériale/à TEm* 
9 pire , et à ses états et membres, etc. » 

Il fut arrêté par l'article YIII , au sujet des 
droits de la duchesse d'Orléans, que le roi et 
l'empereur seraient arbitres entre elle et l'élec- 
teurpalatin^et qu'en cas qu'ils ne fussent pasd!acr 
cord, le pape prononcerait comme sur-arbitre. 

Le duché des Deux-Ponts (art. IX) était rendu 
de plein droit au roi de Suède , comme comte 
palatin , pour le posséder conformément à la 
paix de Westpbalie. 

Le duc de Wurtemberg ( art. XIII ) était ré- 
tabli dans le comté de M ontbéliard , pour le pos- 
séder dans le même état, droit et privilège, et 
surtout dans la même immédiateté à l'égard de 
l'Empire. 

Par les articles XVI et XVII , la ville de Stras-, 
bourg était cédée formellement au roi. 

Par l'article XVIII , le fort de K^hl était cédé 
k l'Empire , et la. navigation du Rhin était décla-- 
rée libre aux sujets des dèu^ nations. Il ne pou- 
vait être permis d'y exiger de nouveaux droits 
de péage. 

Par les articles XIX, XX, XXI et XXII , le 
roi rendait à l'empereur, Fribourg et ses châ- 
teaux ; Brisach lui était égalentieni cédé , et Phi- 
Hsbourg était.r^iitué à l'Empire. ^ 



LIVRE V. i63 

Le duc de Lorraine ( art. XXVIIT et suivans) 
rentrait dans ses états /pour les posséder de la 
même manière que le duc Charles en 1670 ; mais 
les fortifications de Nanci devaient être démo- 
lies, et Sarre-Louis être cédé à la France, ainsi 
<jiie la prévôté de Longwi , pour laquelle le duc 
recevrait un équivalent dans les trois évêchés. 

Le cardinal de Furstemberg, évêque de Stras- 
bourg (art. XXVIil) 9 était rétabli dans tous ses 
droits , biens et honneurs, comme état d'Em- 
pire , et tout ce qui avait été décerné contre lui 
et les siens, par la diète de Ratisbonne, était 
censé non avenu. 

La Suède remplit la fonction de médiatrice 
entre la France , l'empereur et l'Empire. 

Ces quatre traités , qui constituent la paix de 
Ryswick (i), furent tous signés par les comtes 
de Harlay , de Creciet de Callières. (2) 

(1) On voit dans une médaille frappée à roccasion de la 
paix de Ryswick, Téquité et la valeur représentées à l'anti** 
qUe , et tenant ensemble une couronne d'olivier. La légend« 
est : Firtus et œquita.f, (la valeur et l'équité); et l'exergue; 
Facetta Europa , ( FEurope pacifiée ) , 1 697. 

On frappa une seconde médaille lors de la présente paix , 
et l'exergue' était : Fax cum fiUpànis , Anglis , Bataws et 
Cermanis , ( paix conclue avec TAllemagne , TËspagne , 
r Angleterre et la Hollande) , 1697. 

(2) Le comte de Callières mourut en 1 7 1 7, âgé de- soixan- 
te-douze ans. Il était 4# l' Académie fravfaise» et a composé 



i66 V PÉRIODE. 

n*avaît point abandonnée un instant depuis la 
paix des Pyrénées, et à l'époque du traité de 
Byswick, celte vue se convertissait chaque jour 
en espérance fondée, ou en probabilité. 
1698. Depuis qu'en 1682 , Tambassadenr Bazin ét^il 

•TecUduède. parti de Suède pour des difficultés de cérémo- 
, niai , sans avoir obtenu sa première audience 
de Charles xi , la cour de France n'avait point 
' * tenu à Stockholm de ministre du premier rang. 

Cepend.mt elle avaitjugé à propos, en i6ga,dy 
faire passer le marquis de Béthune , en qualité 
A' envoyé extraordinaire. Celui-ci ayant, pe^ après 
son, arrivée , fait connaître à sa cour que tant 
pour le maintien de sa dignité , que pour un 
meilleur succès des négociations qui jui étaient 
confiées , il serait convenable qu'il prit la qualité 
d'ambassadeur, le roi y avait consenti^ pourvu 
qu'on Ini promit par écrit , qu'aucun ambassa- 
deur , soit de l'empereur, soit de toute autre tête 
couronnée, ne serait mieux traité que lui. 

Le chancelier comte Benoit Oxensliern , lui 
ayant garanti sa demande, le comte de Béthune 
avait déployé le caractère d'ambassadeur; mats 
le roi de liuède étant parti sur ces entrefaites 
pour un voyage de deux mois , le marquis de Bé- 
thune était mort, avant d'^avoir eu son audience 
publique ; et le comte d'Âvaux son successeur, 
fut reçu comme ambassadeur, et conformément 
au nouveau cérémonial. Ce ministre avait fait 



1 

i 



LIVRE y. t&j 

preuve de capacité tant à Nimègue , que dans 
Tambassade de Hollande et celle d'Irlande, au^ 
près de Jacques ii. 

Le roi de Suède , Charles xi , s'était associé k 
laligue d'Ausbourg y pour ses états dans l'Em* 
pii*e , et il était de l'intérêt de la France , que 
la Snède n'effectuât point ses engagemens. Aussi 
les instructions de d'Avaux (i), datées du i^' 
de décembre 169a , portaient principalement 
sûr l'atteùtion qu'il devait avoir , à engager 
Charles tlï à être médiateur entre Louis kiv et 
ses ennemis , s'il ne pouvait parvenir à le faire 
déclarer pour la France. 

Il était recommandé an comte d'Avaux pour 
réussir dans sa négociation , de s'attacher à bien 
tdnnahre les talens , inclinations et crédit des 
ministres de la comr de Suède , et de s'acquérir 
ledr confiance et amitié. « Celui qui a le plus de 
» crédit y disaient ses instructions , c'est le comte 
^ Oxenstiern qui fait les fonctions de chancelier ; 
» il est en réputation d être fort attaché aux in^ 
i» téréts de la, maison d'Autriche , et de tous les 
» autres ennemis delà France. On prétend même 
» qu'il en reçoit des gratifications considérables; 
» et le marquis de Béthune avait assuré dans sa 
» lettre du 16 de juillet 169a , que ce comte 



(i)Négoeîat. du comte d* A vaux en Suède , en i6g3 , denx 
vol. in^fol, manttscr. de la bibÙolli. de 1* Arsenal. 



.*• 



leô V« PÉRIODE. 

j» avait reçu douze mille écusdu diic d'Hanovre, 
»îpour porter le roi de Suède , à concourir en 
» sa faveur , àTéreclion d'un neuvième élcctorat. 
3» Mais corn me sa majesté avait permis audit sieur 
» de Béthune, d'insinuer au ministre de Suède 
» qu'il trouverait de plus solides avantages en 
i> son particulier, en contribuant au rétablisse* 
» ment d'une bqnne correspondance entre la 
j> France et laSuè^e.^tet de lui laisser entendre 
» qu'il pouvait compter sur une gratification de 
s> cinquante mille livres , que ledit sieur deBé- 
» thune avait eu pouvoir depuis , de porter jus* 
» qu'à vingt mille écus ; le comte d'Avauxpour- 
3» rait s'en expliquer de méme^ s'il peut établir 
)> une confiaujce asse^ grande ;^yec ce ministre 
i> pour être assuré. que cette offre ne serait pas 
» rejetée , et, que pour l'oblènir , il voulût bien 
« s'engager à porter le roi , son maître , à ob- 
» server une exacte, pfiutralité , et à n'assister di- 
.» rectement ni indirectement, les ennemis de la 
» France.» 

Le comte d'Âvaux devait aussi faire des pré- 
sens à piadaine Oxenstiern , pour l'engager à 
convaincre son mari qu'il valait mieux pour lui , 
aussi bien que pour le roi son maître , Con- 
server Tamitié de sa majesté que d'aucune aiijitre 
puissance de l'Europe. 

Le roi joignait aux lettres de créance du comte 
d' A vaux, deux pouvoirs , l'un pour convenir d'un 



/ 



LIVRE V. 169 

traité de neutralité avec les ministres |le Saède , 
et l'autre pour une ligue offensive et défensive , 
au cas que dans la suite du temps , il trouvât la 
cour de Suède disposée à y entrer. 

Le roi faisait remettre également au comte 
d' A vaux deux tables de chiffres , dont la pre* 
mière devait lui servir pour les matières les plus 
secrètes , et l'autre pour ses dépêches ordinai-» 
res qui ne demanderaient point de grandes pré- 
cautions. 

Enfin le roi voulait « que le sieur d'Avaux lui 
9 donnât avis de tout ce qui se passerait dans la 
ji cour de Suède ; l'intention de sa majesté étant 
» que tous ses anibassadeurs et ministres au-de* 
j» hors y lui apportassent une relation exacte de 
y> ce qui se serait passé de plus important dans 
y> les négociations qu'ils auraient conduites ^de 
]» l'état des oours et des pays où ils auraient ser- 
» vi , des cérémonies qui sly observent, soit dans 
]> les entrées , soit dans les audiences , ou dans 
» toute autre rencontre ; du génie et des incli- 
» nations des princes et de leurs ministres ; en- 
» fin de tout ce qui^ pouvait donner une con- 
» naissance particulière des lieux où ils auraient 
» été employés et des personnes avec lesquelles 
» ils auraient négocié ; le sieur d'Avaux devait 
D avoir un mémoire de cet le sorte pour le re- 
» mettre à son retour entre les mains de sa ma- 
i> jesté, etc. » 



170 V*^ PÉRIODE. 

Pendant tout le cours de la guerre qui pré- 
<iéda la paix de Ryswick, il était difficile que la 
Suède, souvent sollicite'e par les alliés de se 
joindre à eux, pût contracter une alliance avec 
la France, et c'était assex de la maintenir dans 
la neutralité. D* A vaux éprouvait de grandes ré- 
sistances , soit à cause du délai apporté à la resti- 
tution du duché des Deux-Ponts , saisi par la 
France sur la Suède , soit parce que lès états- 
généraux et rAngleterre négociaient un- traité 
d'alliance avec la Suède , lequel fiit nt^ihe con- 
clu le i4 de mai i6g8. De plus , le comte Benoit 
Oxenstîem, sur lequel il paraît que les offres 
de d'Avaux avaient eu peu de prise, était ou- 
vertement contraire à une alliance avec ht Fran» 
ce; et dans un conseil d'état où était présent 
le roi Charles xir, il l'eprésenta avec feu les 
malheurs dont ime alliance avec là France pou- 
vait être la cause ; ajoutant que sa place de chef 
de la chancellerie pour les affaires étrangères , 
l'obligeait à manifester sans détour ses sen- 
timens pour le bien de l'état, a Et moi , dit 
» Charles xii en l'interrompant, ne vous ai -je 
» pas dit les miens, et que je voulais absolument 
» faire alliance avec le roi de France , et être de 
» ses amis? » Oxenstierii voulut répliquer, et 
parler de sa conscitence et de ses devoirs ; mais 
le roi de Suède , qui était opiniâtre et entier, le 
fit taire, en lui déclarant qu'il voulait que le 



LIVRE V. 17^ 

traité fut conclu. 11 le fut en effet , le g de juillet 
1 698 , à Stockholm , malgré lopposition du chan* 
celier , parce qued'Avaux avait gagné le comt^ 
Piper, favori de Charles «i. 

Par ce traité , les deux souverains se promet- 
taient la défense et la conservation mutuelle de 
leurs états* Si quelque puissance cherchait à 
nuire à Tune des parties contractantes, après 
avoir employé d'abord la voie. des représenta- 
tions , on aviserait de concert aux moyens de 
réparer le tort reçu. 

Aucun des deux alliés ne pouvait faire des 
traités ou alliances, qui pussent directement ou 
indirectement., préjudicier à l'autre , etc. 

Ce traité, qui devait durer dix ans, fut si** 
gué par le comte d'Avaux et par le comte Oxens* 
tierUé 

Le premier déploya dans cette occasion beau^- 
coup d'adresse et de constance , et il parait qu'il 
ne négligea ni l'intrigue, ni la corruption. Ce 

ministre quitta peu après la Suède (1). 

» 

(1) Le comte d'Avaux retourna en Hqllande en qualité 
d'ambassadeur , en 1701. Il mourut à Paris le 1 1 de féyri^ 
17099 âgé de soixante-neuf ans* Sa correspondance, dont 
une partie est imprimée.^ est en général précise , agréable et 
instructive. On j trouve pourtant un défaut , c*est de parler 
trop souvent de ses besoins. En demandant une gratificatioii 
à sa cour , U fait valoir, la livrée neuve qu'il a été obligé de 
donner à ses gens. Un ambassadeur se doit .demander des 



172 V« PÉRIODE. 

x6d9- La négociation entamée par Saint *01o^ en 
Maroc. 1-693, avcc les ministres du roi de Maroc , n' yant 
pas eu de succès, la guerre avait continué entre 
les deux états. Âbdala-Ben-Âiscba , amiral de 
Maroc , ayant engagé son souverain à terminer 
la guerre avec la France, il avait été arrêté une 
trè vé en 1 698 , en attendant que l'on pût faire 
la paix , pour la conclusion de laquelle Ben- 
Aischa se rendit en ' France , en qualité d'am-* 
bassadeur. Embarqué sur un vaisseau du roi 
commandé par Châteaurenaud , il aborda à Brest 
le 1 1 de novembre 1698. Cependant le roi ayant 
pris la résolution de ne point entrer avec lui en 
négociation, avant qu'on sût s'ilavait des pou- 
voirs suffisans pour traiter delà paix, Saint-Olon 
fut envoyé à Brest, et fut chargé d'empêcher 
l'ambassadeur de venir à Paris, jusqu'à ce qu'on 
sût l'objet précis de sa niission. L'ambassadeur, 
dans les entretiens qu'il eut avec Saint-Olon, se 
renferma toujours dans l'ordre précis et absolu 
^ qu'il disait avoir reçu de son maître, de n'enta- 
mer de négociation avec personne , qu'aupara- 
vant il n eût été présenté au roi, et ne lui eût 
remis ses lettres de créance en main propre, 
ajoutant : « qu'on agissait chez eux de cette ma- 
» mère ; et que Saint-Amand et Saint-Olon lui- 
' il ■ ■ I >■■ 1 1 . «1 1 1» Il i « ■ 1 1 I t t ■■ 

gratifications que bien rarement , et jamais pour des motifs 
aussi peu retevés* 



LIVRE V. 173 

i», knéme l'avaient éprouvé ; que Hadgî-Thum- 
» min , dernier ambassadeur de Maroc , s'était 
3» boniporté de la sorte ; et que , puisqu'il se trou- 
» vait revêtu du même caractère et de plus de 
» dignités qu'il n'en avait, tenant le premier 
n rang après son roi , on ne lui devait pas refu- 
» ser les distinctions qu'il réclamait. » 

On lui répondit que son caractère ne pouvait 

être honoré qu'il ne fût connu , et qu'il devait 

avant tout, exhiber ses pouvoirs. Il se détermina 

donc à lès montrer. Us parurent en bonne forme, 

et portaient en termes exprès : a que l'empereur 

» de Maroc envoyait Abdala-Ben-Aischa, en qua- 

j> tité d'ambassadeur vers le plus grand empe- 

» reur des chrétiens , le roi de France , Louis , 

» avec pouvoir de lier et de délier, traher et 

» négocier avec les Français , et sous promesse 

» d'approuver , ratifier et exécuter tout ce qu'il 

>« aurait arrêté, conclu et signé, après néanmoins 

a> qu'il aurait remis en main propre dudit empe- 

»-reur, la lettre dont il l'avait chargé. » 

D'après la nature de ces pouvoirs' , le roi per- 
mit à l'ambassadeur de venir à Paris, et lui 
donna , le 16 de février 1699 , une audience dans 
laquelle l'ambassadeur adressa au roi un dis- 
cours, qui énonçait le désir d'établir entre les 
-deux états, une paix perpétuelle. 

Le roi répondit qu'il nommerait des com- 
missaires pour entendre ses propositions. Il fit 



174 V* PÉRIODE, 

choix de Torci et de Maurepas.La paix fut con- 
• due , et les esclave» français furent relâchés; 
Après le traité, Tambassadeur dit : « que la 
» sagesse et la douceur de Toripi l'enchantaient, 
» et qu'elles seraient capables de faire faire aux 
» ambassadeurs les plus grandes fautes; qu'ainsi 
» il leur devrait être redoutable^ s'ils savaient 
3» l'apprécier comme lui. » 

Cet ambassadeur se fit remarquer par son es- 
prit et ses manières attentives. Il pai^tit de Pa- 
ris en juin 1699. 
X700. Charles de Fériol, marquis d'Argental, snc- 

â*éu'queue^ ccsscur dc Châteauneuf , ambassadeur de France 
«yec u Porte. ^^.^^ ^^ Porte , arriva k Constantinople , en dé- 
cembre 1699. Son audience du grand-seigneur 
ayant été fixée au 5 de janvier 1700, il se ren- 
dit au sérail, où quarante caffetans furent dis- 
tribués à lui et à sa suite. Il était sur le point 
de paraître devant le grand-seigneur, lorsque 
le chi^oux-bachi s'étant aperçu qu'il portait une 
' . épée, lui fit dire par Mauro-Cordaf o , premier 

interprète de )a Porte , qu'il ne pouvait être in- 
troduit avec des armes. L'anrbassadeur répon- 
dit qu'il était surpris de la difficulté qu'on lui 
faisait j attendu que son. prédécesseur dans le 
compte écrit qu'il avait laissé de son ambassade , 
avait été admis avec l'épée, à l'audience du grand- 
seigneur. Mauro-Cordato assura que Château» 
neuf avait déguisé la vérité. Fériol répliqua que 



LIVRE V. 175 

son prë^ïëcesseur était un homme d'honneur et 
incapable d'en imposer. Alors legrand-^isir crut 
terminer ce débat en envoyant à Fériol , six des 
anciens Capiggis , pour rendre témoignage que 
le port d'armes n'avait jamais été usité par au- 
cun ambassadeur, et lui représenter que le 
grand-visir lui-même, et l'aga des janissaires 
ne portaient point d'armes dans le sérail. 

L'ambassadeur répondit que le grand-visir et 
l'aga des janissaires étaient sujets du grand-sei- 
gneur ; que ces lois étaient faites pour eux ; mais 
que pour lui il ne quitterait les armes qu'avec 
la vie. 

' Le grandvisir fît dire à l'ambassadeur, que 
le grand'>seigneur écrirait au roi, pour le dis- 
culper d'avoir paru devant lui sans épée, et 
on lui proposa de lui donner une déclaration 
de tous les grands officiers de l'Empire , pour 
l'assurer que jamais aucun ambassadeur ne ver- 
rait le grand-seigneur avec son épée , pas même 
celui de l'empereur ; mais Fériol demeura iné- 
branlable. Mauro-Gordato dit à l'ambassadeur 
de prendre conseil des officiers français qui 
étaient préseqs; à quoi il répliqua qu'il était 
lui-même l'interprète des ordres de sa majesté 
sur ce qui intéressait sa gloire, offrant d'en- 
trer dans le 4iv^n, pour expliquer lui-même ses 
motifs ; ce que le grand- visir refusa. 

Mauro-Cordato dit à Férioli que cette jour-* 



176 V« PÉRIODE. 

nëe pourrait êlre signalée par quelque mal- 
heur, s'il s'obstinait à vouloir porter ses armesà 
Taudience. « Tant pis pour le plus faible , ré- 
» pondit Fériol ; maris je déshonorerais Tem- 
» pereur rnon maître, si je quittais mon épée. 9 

Les officiers turcà qui présidaient, aux au- 
diences, voyant l'obstination de l'ambassadeur, 
feignirent de consentir à l'introcluire chez le 
grand-seigneur avec son épée. Le maître des cé- 
rémonies le vint prendre comme si l'affaire eût 
été accommodée , et ne le laissant suivre que des 
quatre capitaines de vaisseau qui étaient avec 
lui, de son premier secrétaire et de deux offi- 
ficiers, deux capiggis le prirent par-dessous 
les bras, comme cela s'observe quand on pa- 
rait devant le grand -seigneur. Cependant un 
autre capiggi s'approcha de l'ambassadeur pour 
^lui ôter son épée ; Fériol le repoussa vivement, 
et s'étant dégagé de ceux qui le tenaient , il mît 
la main sur la garde de son épée, et demanda 
avec fierté à Mauro-Cordato, s'il était parmi des 
ennenais, et isi Ton traitait ainsi l'ambassadeur 
de France. 

Le chef des eunuques blancs softif de l'ap- 
partement du grand-seigneur , et interpella Fé- 
riol de déclarer s'il voulait l'audience à condi- 
tion de déposer son épéé. L'ambassadieur re- 
jeta cette offre, et se retira en rendant les caf- 
fetans dont lui et sa suite avaient été revêtus , 



LIVRE V. 177 

et en faisant reprendre les présens destinés au 
grand-seigneur. 

Fériol se plaisait à braver les usages de la cour 
ottomane , chez laquelle pourtant les usages 
sont des lois (i). I4 gondole qui sert à la pro- 
menade du grand - seigneur sur la mer» a une 
impériale de soie, couleur de pourpre » doublée 
en dr^p d'or , et supporté^ par quatre colonnes 
dorées. Il n'est pern^is à personne de décorer 1^ 
sienne de cette manière* Fériol se fit faire una 
gondole tpute ^semblable. £n vain ses amis lui 
représentèrent que le sultan en serait blessé ; il 
ne fit qu'en rire, jura qu'il ne viendrait jamais à 
Constantinople dHt$ une gondole différente^, et 
tint parole. 

On sent que de pareilles légèretés , qu'on peut 
appeler des provo<^tions dépourvues de pru*- 
dence^ ne devaient pas rendre cet ambassadeur 
fort recommandable à la Porte. C était un mili- 
taire emporté , et plus propre à figurer dans une 
garnison, que près d'un souverain. Un fauKpoiot 
d'honneur qu'il plaçait dans des choses însîgai-- 
fiantes , le compromit plusieurs fois , et eom- 
promit également la dignité de sa cour. 

ti'empereur Léopold 1^ ayant créé en ^692 (2), 



1700. 

Opposition 
Ae la France 
à rérection 



(X) Hkt«r. ««o«.,e , p« te prince C«t«ii. , t.ir. ae^^j^-om 
(a), Vtrê^petenv liéopolâ aTflit érigé «n 1S92 , le dnehé * 
d'Hanoyre en électorat y «n faT«iar<4'£raeM;*Atiguste , duc 
IV. 12 



J78 V« PÉRIODE. 

un neuvième électoral en faveur du duc d'Ha- 
novre; il eil résulta un assez vif mécontente- 
ment , de la part des électeurs et des princes de 
l'Empire , qui prétendaient que le nombre des 
électeurs ne devait pas excéder celui de sept , et 
que si , lors de la paix de Westphalie , on avait 
créé un huitième électoral en faveur du fils de 
1 électeur palatin > des circonstances impérieuses 
avaient justifié cette innovation; qu'on crai- 
gnait de mettre obstacle à la paix en retirant l'é- 
lectorat à la maison de Bavière , et en ne le ren» 
daut pas à la maison palatine ; et que de plus 
cette -érection avait été faite du consentement 
de l'empereur, de l'Empire, et de toutes les puis- 
sances intervenues au traité. 

La maison d'Hanovre répondait, que le nom- 
bre des électeurs n'avait pas été fixé à sept par 
la bulle d'or ; qu'au contraire , en suivant l'es- 
prit de cette loi , il était nécessaire d'associer un 
neuvième électoral aux huit autres, afin que le 
nombre redevînt impair ; que de plus, le duc d'Ha- 
novre avait faveu de quatre électeurs , pour être 
admis dans letîorps électoral , et que le suffrage 

d*HanoYre. Il y eut en 1693 une protesUtion de plusieurs 
princes de TËmpire contre cette érection , laquelle fut 
cèmme suspendue. Mab l'empereur investit * le 9 de jan. 
Tier 1 69g , de la dignité électorale , Georget^Lou^, fils du 
duc Ernest-Auguste /qui Tenait de mourir. Il fut adniis 
en 1708 dans le coll4g« électoral. 



y 



r 



LIVRE V. 179 

des autres électeurs, était inutile à obtenir ; qu'il 
suffisait de le demander. 

Plusieurs princes allemands ouvrirent à Nu- 
remberg , des conférences contraires à l'érection 
d'un neuvième électoral , et eurent recours à 
la France, comme garante de la paix de West-^ 
phalie. 

Le roi , pour les satisfaire , fit présenter par son 
ministre à la diète de Ratisbonbe , le mémoire 
suivant, ^n date du i4 de septembre 1700 (i). 

« Le plénipotentiaire de France a reçu ordre 
» du roi son maître , de faire connaître aux élec- 
» teurs , princes et états de l'Empire , assemblés 
» par leurs députés à la diète générale*a Ratis- 
» bonne, que, quoique sa majesté ait toujours 
» regardé comme une nouveauté également con- 
» traire aux constitutions générales de l'Empire 
*» et au traité de Westphalie, Térection du neu- 
» vième élector.at fait au commencement de la 
» dernière guerre en faveur du duc de Hanovre, 
D elle a.cependant gardé le silence et sur le fond, 
» et sur Tomission des formalités qu'on devait 
» au moins observer ; persuadée que le recours 
» à l'empereur aurait tout l'effet qu'ils s'en pro- 
» mettaient, et qu'obtenant de leur chef la jus- 
» tice qu'ils en devaient attendre , les justes 
» plaintes causées par cette nouvelle érection , 



(i) Lambertir, Mémoires et Négociât* ,,t. I. 



^8o V* PÉRIODE. 

j» se seraient apaisée^. Mais comme toutes les 
» protestations des princeB oflfenses par ee(te 
f> innovation , sont depuis quelques aiinées , en- 
» tièrement inutiles j qu'ils connaissent pa^ la 
m réponse que Tempefeur leur a faite en der-» 
« niél:* lieu , qu'ils ne doivent rien espérer de 
» leurs remontrances ; que les raisons tant defois 
j» employées demeurent sans effet \ qu'enfin , ils 
» ont compris <^ue leur unique ressource con* 
» sîstait à s'adresser aua garanâ du traité de 
» Westphalie ^ engagés à maintenir l'ekéeution 
«> de ce traité ; et que dans cette vue ils ont effec^ 
3» tivement eu recours à sa mafesté^ peut* le main* 
3» tien dès lois de l'Empire et des articles des trai^ 
» tés ég&lement blessés pat le^ nouveautés in- 
» troduites en faveur du duc d'Hanovre] le roi 
3k a voulu marquer en toute oeeasion^ et prin- 
3> cipalement dans la conjoncture présente, son* 
w adfSeCtton pour les princes de l'Empire , l'atten- 
» tion qu'il donne à leurs intérêts ^ éi le dé^ir 
» qu^il a de f^ire exécuter ponctuellement les 
I» traités dont il est4e garant. Sa majesté , portée 
30 par ces considérations^ a donc ordonné à son 
0» ministre près la diète de l'Empire^ dedécla*- 
3» ter ) qu'aptes avoir reçu l'acte de réquisition de 
» sa garantie ) sigtté au nom des plus considéra- 
» blés princes de FEniplrè , elle se croit obligée, 
)» comme garant du traité de Westphalie , de 
^protéger ces pdncea , suivant leur demande , 



LIVRE V. i8r 

» daqs les droits qt^i leur sQpt acquit par c^ 
» loémo tnité « et da soutenir l^s résolutions 
» qu'ilfi ont prises et les liaison^ armées pour 
9 mamtfuir leur$ prérogatives; qua sou inteu*» 
» Itou noo^s^ukment est d'iuterppser pour wt 
9 effet >ies offices les plus prfiss$(u3; ipais ^ns^î 
9 d'employer t «'il est uëcessairei les au très tc*- 
f mèdes convenables , pour eiupêçher qve le» 
» lois de rSmpire et las çoqditious dei traités ^ 
» oe soient violées par Tétal^lissanient de la nour 
» vella dignité électorale, qu'on prétend ériger 
» uon-teulement sans néoeasité t niais encore au 
n préjudice de U bulle d'or t de h déclaration 
fi faite par l'enipereur le i6 de mars j:647i ^t 
» du traité de V^estphalie ; qu'enfin , sa majesté 
» ne doutant pas que les instances faites de aa 

» part , en faveur des princes correspondans ne 
» soient examinées ave% toute l'attention néces- 
» saire , elle % assure aussi qu'il ne sera pris dé* 
» sormais dans cette affaire , que les résolutions 
9 les plus conformes au maintien de la tranquil- 
s> lité générale de l'Empire. » 

Telle était la plainte de la France. La guerre 
qui éclata peu après , par la n|ort de Charles ii, 
en suspendit les effets ; et la dignité électorale 
fut reconnue à la paix d'Utrecht, dans là mai- 
son d'Hanovre, par toutes les puissances. Ce fut 
à peu près vers ce méine temps , que l'électeur 
de Brandebourg , Frédéric m j aspirant k la 



ï8îi V« PÉRIODE. 

dignité royale, conclut, le i6de novembre 1700^ 
un traité par lequel l'empereur Léopold s'en- 
gageait à le reconnaître pour roi de Prusse , 
moyennant un secours de dix mille h<min>e8 
qu'il fournirait aux alliés dans la guerre contre 
la France. Frédéric m fut proclamé roi de Prusse 
h Kœnigsberg , le 18 de janvier j 701, et il se mit 
lui-même la couronne sur la tète. Il ne paraît 
pas que la cour de France ait fait aucune pro- 
testation contre cette nouveauté, qui, sous plu- 
sieurs rapports , était plus importante que l'é- 
rection d'un neuvième électoral, La maison 
d'Hanovre fut presque toujours depuis amie de 
l'Autriche, et celle de Prusse en fut presque 
toujours la rivale. Ainsi la reconnaissance de ces 
deux'maisons agit bien diversement. 



. ^ 



LIVRE ri. rfô 

\ 

LIVRE VI. 

Premier traité de partage de la succession d'Espagne. «— Né- 
godatioAs avec la cour de Tienne* — Négociations avec 
la cour de Madrid. *»• Second traité de partage de Itf suc- 
cession 4'&pagne. -— Considérations sur les deux traités 
de partage. ^ Le duc d*Ânjou est appelé au troue d'Es- 
pagne. — Reconnaissance du prince de Galles pour roi de 
la Grande - Bretagne. — Manifeste des Provinces - Unies 
contre la France et l'Espagne. -— Déclaration de guerre 
de l'Empereur et de l'Empire contre la France. Déclara- 
tion de guerre de Louis xiv contre' l'Empereur , l'Angle- 
terre et les Proyinces-Ûnies. — Manifeste de la France 
contre le duc de Savoie. *- Influence de la France en 
Espagne. — - Différend entre l'ambassadeur de France et 
le ministre de Danemarck. -— Satisfaction faite au roi par 
la république de Venise. — Arrestation en Pologne de 
dedx ministi«a de France. ««-• (Querelle de l'ambassadeur 
de France^ avec le grand-visir. -— InterVenlion de la \ 
France dans la succession de Neufchâtel. — Démarches 
diverses de l'ambassadeur de France en Suisse. — Pour- 
suite d'un co(iseiller de Coire par r4mbassadenr de France. 

vjruiLiiAUME III , après la paix de Ryswick^ en-* 1698. 
voya, en 1698, pour ambassadeur auprès de traité^de par- 
Louis XIV, Bentinck, comte de Portland, son fa- ^f^on V'Esi 
vori et conBdent, lequel eut du roi une audience p'^»»* 
accompagnée de tout ce qui pouvait marquer la 
considération qu'il avait pour Guillaume m. Il 
le reçut pul^liquement dans la chambre du lit, 



i84 V* PÉRIODE. 

ayant à ses côtés les trois princes s«s petit*fils et 
le comte de Toulouse. Le comte de Portland fit 
son compliment en anglais : il assura ensuite le 
roi , en français , que le roi de la Grande-Bre- 
tagne était résolu d'accomplir exactement les 
conditions de la dernière paîx# Louin xIy répon** 
dit par des choses obligeantespour Guillanmeui 
et son ministre. La cour fit beaucoup d*accueil 
au comte de Portlànd. 

Louis xiv s'occupait dès lors fortement , du 
grand objet de la succession d'Espagne ^ qu'il 
conToitait pour quelqu'un de. ses petits "fils, 
maigre les renonciations de son eponse M arie-^ 
Thérèse d'Autriche ; mais la maison de Bourbon 
avait pour rivale, la branche d'Autriche alle- 
ixiandè , qui se prévalait de pactes de famille 
avec la. branche d'Autriche espagnole, et de 
droits résultans des mariages el alliances de 
famille. 

La cour de Versailles ne croyant pas pouvoir 
aspirer avec succès , à la totalité de la succession 
d'Espagne , chercha du moins à s'en assurer 
une partie. C'est dans cette vue q^'ejl^ fit ofkit 
au comte de Portlànd» de négocie? vu traité 
éventuel sur la succession d'Espagne, dont le 
mauvais ;état de k saoté de Charles ii- semblait 
rendre l'ouverture prochaine- 

Le comte de Portiand ayant traiwuis sans 
délai cette proposition à sa cour i il lui fut ré- 



LIVRE VI. 185 

pondu que c'était aaroi de France à s'expliquer 
le premier. Dès lor$ on entama une double né- 
gdeiation à. Londres et à Paris. 

Le comte de Tallard , ambassadeur de France , 
fut chyg^ de traiter directement avec GuiU 
laume m. Ce prince lui dit (i) : « Que suivant 
» Topinion commune, la renonciation de la feue 
j» reine Marte-Thérèse était bonne; mais ce ne 
» sont pas 9 ajouta ^il, les avocats qui décideront 
D une telle question. Il est bien à craindre que 
3» lepée n'y soit nécessairement employée. » 

Guillaume assura que , quoiqu'il désirât le 
maintien de la paix , il devait en même temps 
préférer à toute autre considération Tintérét de 
rAngleterre et celui de la- Hollande; et sans 
entrer dans de grands détails, il ajouta qu'il 
croyait très i propos d'accorder an duo de fia- 
vière, lesPay^Bas^ augmentés de quelques places 
que la France lui céderait pour ifortifier la bar* 
rière, et rassurer, ainsi les états-généraux. Guil^ 
laume, sûr de sou autorité dans les Provinces- 
Unies , se chargea de les faire adhérer au traité, 
et il se rendit à la^aye, où le -comte de Tallard 
le suivit. Le premier traité de partage*de la auo- 
cessioD d'Espagne y fut signé le ii d'octobre 
1698 y entre la France , l'Angleterre et \§$ Pro-^ 
vinces-Unies. 



1 1 ■ i ——^^T»^-^>—»**~^— »■.'»' 



'0'^miimmmmmmm^ 



I » p ■ Il 



(i) Mém. d« Torcift. I. 






i86 V« PÉRIODE. 

Les royaumes de Naples et de Sicile , les ports 
de la côte de Toscane, le marquisat de Final et 
la province de Guipuscoa étaient destinés au 
dauphin. La couronne d'Espagne avec les Indes 
espagnoles et les Pays-'Bas , devaient ét^ Tapa- 
nage du prince Joseph Ferdinand , fils aine dé 
Télecteur de Bavière; et le duché de Milan devait 
être donné à Tarcliiduc Charles , second fils de 
l'empereur Léôpold. Le roi d'Espagne , mécon- 
tent de ce partage , fit un testament par lequel 
il instituait le prince de Bavière pour son héri- 
tier universel. ' 
4699. .Après la signature de ce premier traité de par* 

Négociation T z? û t ^ 1, 4 1 

arec la cour tagc de 1090, cutrc la Fraucc , 1 Angleterre- et 
leime. j^^ Provinces-^Ûnies , les ministres de Tempe- 
reur proposèrent à l'ambassadeur dé France 
d'ouvrir une négociation sur ce traité , qu'ils 
voulaient envisager plutôt comme un projet 
que comme un traité définitif» L'ambassadeur 
du roi à Vienne, eu ce moment, était Louis* 
Hector, marquis de Yillars, depuis maréchal 
de France. Il répondit au premier ministre de 
l'empereur , le comte de I^nski , qu'il ferait 
part au roi de ces ouvertures. Mais sur ces en- 
trefaites, il s'éleva entre le marquis de Villars 
et le prince de Liehtënstein , une querelle d'éti- 
quette qui suspendit pour quelque temps , toute 
relation entre la j^rance et l'empereur. En voici 
le sujet. * 



> 



LIVRE Vr. • 187 

Le marquis de Villars n'avait pas eu encore 
d'audience de rarchiduc , à cause de quelques 
difficultés sur le cérémonial ; cependant , il n'a» 
vait pas Istissé de se rendre au palais , et d'aller , 
comme les autres membres du corps diploma- 
tique , à une fête qui se donnait dans les appar* 
temens de l'archiduc Charles. Le prince de Lich- 
tenstein y gouverneur de l'arohiduc Charles , alla 
au marquis deVillars avec précipitation , et lui 
dit d'un ton fort échauffé , que n'ayant point eu 
encore audience de l'archiduc, il ne devait pas 
assister à une fête qui se donnait dans son ap* 
partement* 

* Il est à propos d'observer que le marquis de 
Villars n'était pas le seul des ministres étran- 
gers qui n'eût pas eu audience de ce prince , et 
que , quoique l'envoyé de Hollande , avec qui il 
était pour lors, se trouvât dans le même cas, 
on ne lui dit rien. 

L'ambassadeur de France , sans s'émouvoir , 
réponditcc qu'il croyait être, nop chezrarchîduc, 
»màis chez l'empereur; que c'était là tout ce 
» qu'il avait à dire dans un lieu si respectable : 
» néanmoins, poursuivit -il, comme il faut se 
» montrer le plus sage, je me retire chez moi 
» où j'espère que vous viendrez bientôt me par* 
» 1er différemment de ce que vous venez de 
» faire. » .Sur cela , il sortit de la salle , et l'en- 
voyë de Hollande demeura. Le lendeuiàin., le 






a88' V« PERIODE. 

marquis de ViUars alla parler au comte de Kifiski\ 
de l'iBSulté qu'il avait reçue , le priant d en iw- 
former l'empereur ^ de la justice duquel il atten* 
dait dea t»«tii»faclîoaa convenables^ Cependant , 
il avait dépéché un courrier en France , pour in* 
fermer le roi de ce qui s'était passé. L'empereur 
désapprouva 1? conduite du prince de Lichten* 
atein , et oniooiia des satisfactions ; mais comme 
on ne les trouvait pas suffisantes, elles furent 
rejetéea. Le roi enjoignit au marquis de Villars 
de ne faire aucune plainte à l'empereur, mais 
d'en parler une seule fois an comte de Kinski , et 
dé lui dire qu'il avait ordre de ne pas solliciter 
de réparation , le roi n^dôutant point que Tin- 
suite ayant été faite en présence de l'empereur, 
la réparation ne suivit de près. 

L'empereur qui voulait bien accorder qpéiqcie 
satisfaction , arrêta que le prince de Liebtens^ 
tein se rendrait dans l'appartement de là prin-- 
cesse, sa sœur , où le marquis de Villars se trou* 
verait comme pa^ hasard , et qu'à l'occasion de 
cette visite , il lui ferait des excuses de ce qm 
s'était passé. Cette voie de conciliation fut reje* 
tée, l'ambassadeur insistant à exiger des excuses 
chee lui , et déclarant qu'il ne pouvait donner 
que quinxe jours pour s'y résoudre , passé lequel 
temps, il avait ordre de se retirer et de retourner 
en France* Jjb. crainte de ce départ était capable 
plus que tout au monde , de décider l'empereur^ 



k 



LIVRE yi. 189 

qui se serait vu ainsi à la merci de TÂngleterre 
et de la Hollande ^ sans qu'il lui restât aucune 
Yoîe pour traiter avec la France , supposé que * 
ces deux puissances n'eussent pas agi de ix^nne 
foi avec hiî ^ ce qu'il craignait fortement maigre 
la protestation du roi Guillaume ^ cependant il 
ne pouvait pas s'y résoudre , et il recula jusqu'au 
dernier instant. Le quiauéme jour était près 
d'écouler.; une partie des domestiques du mar- 
*quis de Villars était déjà hors de Vienne; il al- 
lait lui-même monter eu voiture pour se retirer^ 
lorsqu'on vint lui dire que le prince de Lichtens*- 
tein arrivait ; il vint en effet , et s'adressant à 
l'ambassadeur ^ en présence de celt/t de Savoie 
et de plusieurs autres seigneurs ^ il lui dit ces 
paroles : « Je serais au désespoir , Monsieur , si 
» j avais manqué au respect du k sa M. T. C. 
» et «ux égards que mérite votre caractère ^ en 
^ ce qui s'est passé entre nous , t^faez son A. S. 
^ monseigneur rarehiduc , puisque j'ai toujours 
X» et j aurai toute ma vie une profonde vénéra- 
j» tion .pour sa M. T. G. , et j'espère que vous 
^ voudrez lûe rendre auprès d'elle I9 justice que 
9 méritent ces véritables sentimens. » L'ambas- 
sadeur lui repondit : « Je ne manquerai pas ^ 
^ Monsieur 9 de rendre uo compte fidèle àS. M.. 
3» des sentimens pleins de respect et de vénéra*- 
» tion. que vous me marquez avoir pour elle. Je 
, » ne doute pas qu'elle oç reçoive avec plaisir les 



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1700. 
Négociation' 
avec la cou- 
de Madrid. 



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i* S- 



LIVRE VI. 193 

d'affabilité , quoiqu'elle fût toute dévouée à 
FAutriche. * . 

Revenu chez lui , l'ambassadeur traita à un 
grand nombre de tables, tout ce qu il y avait de 
distingué k Madrid. Des fontaines de vin et de 
chocolat coulèrent toute la journée, pour le peu- 
ple^ devant le palais de l'ambassadeur. Il y eut 
pendant plusieurs jours, chez lui , un libre con- 
cours de noblesse et de peuple qui venait voir 
ses ameublemeiis d'un goût inconnu à Madrid, 
mais surtout, pour considérer les portraits du 
dauphin et de^ trois princes, ses enfans; et ce 
n'était pas par un vain luxe , qu'on les offrait 
aux regards. 

Cette magnificeiiçe et cette attention de plaire 
k toutjes le^ classes , à tous les rangs , firent dans 
beaucoup d'esprits, une révolution favorable à 
la France. 

Plusieurs personnages éminens, qui étaient 
restés en observation et à l'écart , voyant l'ascen- 
dant que prenait le parti des Bourbons, son- 
gèrent à se rapprocher de la France ; et le car- 
dinal Porto-Carrero , qui avait le plus haut crédit 
à la cour, et dans la nation espagnole , déclara 
au marquis d'Harcourt, la résolution où il était 
de s'attacher à la France , malgré la façon de 
penser très différente de la reine et de ses. alen- 
tours. 

A la nouvelle du pjemier traité de partage 

IV. . i3 



\ 



194 ,V^ PÉRIODE, 

signé à la Haye , le ii d'octobre 1698 , le roi 
d'Espagne qui avait fait d«s dispositions ea fa- 
veur d'un fils de lempcreur , les annula eûliè- 
rement , et fit à Tinstant un nouveau testament , 
pat* lequel il institua le prince électoral de Ba- 
vière , son héritier uni^rseL 

La cour de France qui paraissait toujours tenir 
au traité de partage , envoya au marquis d'Har- 
court ,un mémoire qu'il devait remettre au roi 
dans une audience particulière. Ce mémoire , 
sans contenir àe% menaces , laissait entrevoir 
que le roi ne pourrait souffrir trauquillement 
un tort aussi grave fait aux droits du dauphin ; 
mais tandis que le marquis d'Harcourt faisait 
valoir les réclamations de la France, le prince 
électoral de, Bavière mourut à Bruxelles ie 8 de 
février 1699. 

Le roi d'Espagne répandit au marquis d'Har- 
court en termes généraux , et en manifestant le 
désir de conserver l'amitié de sa majesté très 
chrétienne. Cependant Charles 11 voyant que 
ses rechutes fréquentes donnaient lieu à beau-* 
coup de mesures désagréables « pensa sérieuse- 
ment à ce qu'il devait faire pour le bien de se» 
sujets , et chargea le marquis de Ca$tel los Rios ; 
qui partait en qualité d'ambassadeur près la conr 
de France , de lui déclarer qu'il ne pouvait vmt 
sans surprise qu'il y eût des négociations 00*- 
vertes en Angleterre et en Hollande, au sujet <ie 



r 



UVRE VI. Î95 

8a succe^on , tandis qu*it vivait encore ; qu j1 
osait espérer que la France n'y prendrait point 
de part , et que même elle ^'y opposerait ; son 
intention étant de ne rien faire qui pût pré* 
jiidicier aux intérêts de la maison de Bour* 
bon. 

L'ambassadeur d'Espagne n'était pas encore 
arrivé en Fran<!e , lorsque la cour de Versailles , 
de concert avec celle de Londres, jugea néces^ 
sairede faire part au roi d'Espagne, des.mesures 
prises entre les alliés pour conserver la paix, si 
malheureusement ce prince ne laissait point de 
postérité après lui. Néanmoins avant de faire au 
rot d'Espagne , une communication qu*il con- 
naissait déjà par la voie publique , le cabinet de 
Versailles invita le marquis d'Harcourt à lui faire 
part de son opinion à ce sujet. 

La cortespondanee qui s'ouvrit en ce moment 
entre l'ambassadeur et la cour de France , est 
sage et lumineuse. C'est un des plus beaux mor- 
ceaux de raisonnement politique qu'on puisse 
produire. Il est comme ces tableaux des grands 
maîtres , qu'on peut offrir à l'étude des élèves^ 
comme il l'admiration des gens consommés. 

Jusqu'à ^e jour , les dépêches du marquis 
d'Harcourt n'avaient exposé que la faiblesse db 
FEspagne. Il avait toujours représenté au roi ; 
qu'il ne devait faire aucun fond sur le désir pres- 
que général que la nation e«|^l9fgn'ole témoignait 



196 V* PÉRIODE. 

tîe voir un prince de France appelé à la succes- 
sion du roi Charles ; et que cette bonne volonté 
serait impuissante , TËspagne n'étant pas.en état 
de la soutenir. Il avait loué , par cette même 
raison , la sage résolution du roi de traiter^vec 
le roi d'Angleterre et la république de Hollande; 
et il regardait la convention faite pour un par- 
tage , comme le. seul parti convenable et néces- 
saire pour conserver la paik. Toutefois le mar* 
quis d'Harcourt observait dans i^ne dépêche 
subséquente : « Qu'il croyait que rien ne serait 
D plus contraire au succès du traité 1 que d'en 
3» faire la déclaration au roi d'Espagne et àison 
» conseil : quela proposition d'y souscrire serait 
n aussi odieuse au souverain qu'aux sujets ; que 
3» les Espagnols considéraient la division de la 
3» monarchie d'Espagne , comme le plus grand 
«9 mal qui pût leur arriver^ soit par la perte des 
«», établissement q[u'ils avaient dans toutes ses 
» parties , ou des vice-royautés et commande- 
» mens qu'ils espéraientv; soit pour Thonneur et 
D la réputation de la nation : tout cela , ajoutait 
» ce ministre/ les réunira dans cette. extrémité 
» pour s'y opposer, du moins autant que leurs 
j* forces le permettront. Cette déclaration peut 
» pourtant leur donner le temps de se précau- 
» tionner contre la prise de possession , et en 
D reodre l'exéçutioii plus difficile j et comme 
» les états qui soiit. échus à: votre majesté^ sont 



LIVRE VL 197 

]^ceax qui sont les plus difficiles à occuper, 
» taiit par leur situation maritime que par leur 
» ëlofgnementr , les choses en deviennent plus 
» épineuses , sans que je puisse envisager le 
«profit qui peut revenir à votre majesté de 
^ celte déclaration. D'ailleurs le roi catholique 
* » aura à se plaindre , que sans lui avoir jamais 
]» parlé de sa succession^ on en ait fait le par* 
» tage avec les autres puissances qui y sont en- 
> trées ; et qu'après avoir affeoté de répandrre , 
» que les motifs qui avaient empêché de lui par- 
j) 1er de succession, étaient pour ne point lut 
» donner la moindre inquiétude, et pour ne pas 
» airancer la fin de ses jours, on verra tout' à 
» coup le contraire ,* en lui signifiant le partage 
» qu'on a fait. En effet , s'il vient à mouriravaat 
'» qu'on puisse tenir la mer , et qu'on so^t obligé 
» de remettre au printemps , la partie ; votre 
p majesté jugera que les peuples d'Espagne , de 
» Napies et deSicile , auront le temps de prendre 
» leurs mesures ; et s'il vit jusqu'au printetnps, 
» cette déclaration leur donnera le temps néces- 
j> sâire pour se précautionner. 

» Ce prince n'aura pas plutôt les yeux fermés, 
» qu'il y au^a une confusion générale excitée par 
» Indivision des grands^ le mécontentement gé- 
» uéral des peuples , et la misère à laquelle ils 
» sont réduits par I9 chigrté de toutes chosea ; 
» et s'il n'y'a point de justice , ni de polîee à 



• « 



198 V PÉRIODE. 

9 présent , on en doit encore moins attendre * 
» dans cet ëvënemenl. 

» Le général des peuples est tellement porté 
» en faveur de la France , qu'il y a beaucoup 
» d'apparence qu'ils viendront à moi , aussi bien 
3» que ceux plus élevés en rang , qui n'ont osp 
9 parler jusqu'à présent , surtout s'ils ne savent * 
9 rien du traité. On donnera les ordres pour as* 
» sembler les cours ( cortès ) , et j'ose espérer 
» que sur tontes choses y votre majesté aura la 
» bonté de me donner ses ordres positifs, ou de 
» demeurer ici jusqu'à ce qu'elle m'ordonne 
9 d'en sortir , ou de m'en tirer , sous le prétexte 
9 d*aller recevoir ses ordres pour assister qux 
9 cours 9 ne voyant point. qu'il reste rien à faire 
9 dans cette occasion, à un ambassadeur de V. M. 
9 pour ses intérêts. » Ainsi parlait M. d*Bareourt* 

(€ La fausse poUtiqjue éiabliî y dit M. de Torci» 
9 quHl est guelqu^is nécessaire qu'un mince 
9 trompe son ambassadeur ; mais eu cette occa-* 
9 sion , le roi aurait agi contre ses intérêts, s'il 
9 eût eu moins de confiance dans le zèle et les 
9 lumières d'Harcourt. » 

Le roi > loin de tromper son ambassadeur , et 
de charger auprès du roi catholique , un autre 
négociateur de suivre un dessein que le marquia 
d'Harcourt désapprouvait , se rendit à se^ sages 
observations; et par sa dépêche du 16 d'août 
<^9 9 î^ suspendit l'ordre qu'il lui^vait donné 



• > 



LIVRE VI. 199 

de commonîqiier au roi d'Espagne le traité de 
partage , en l'invitant d*y souscrire , et apprott* 
vaièla pensëe d'attendre encore quelque temps, 
uiie réponse décisive de l'empereur, ce prince 
donnant lien d espérer qu'il accepterait enfin 
lés dispositions faites en sa faveur. Alors , selon 
les termes de cette lettre du roi , « il, n'y aura 
j> plus d'inconvàiieat à communiquer à l'Es* 
» pagne un projet devenu public* Les Espagnols 
n^ sans force et sans gouvernement^ ne peuvent 
-y en>pecher seuls , l'exécntion d'un traité que 
» j'aurai fait avec l'empereur , l'Angleterre el la 
i>'Hollande, lorsque toutes ces puissances se- 
1» ront également intéressées an succès des me* 
» sures prises pour le repos de l'Europe. Quand 
n même les Espagnols seraient en état de tra- 
» verser ce dessein /ils ne pourraient avoir re- 
3» cours qu'à l'empereur , engagé lui-même à se 
» contenter du partage destiné à l'archiduc ; par 
j» conséquent , si U nouvelle de ce traité les 
n alarme , comme il n'y a pas lieu d'en douter , 
'i> l'effet qu'elle produira ne peut nuire à mes^ 
» Intérêts, puisque l'empereur n'en tire aucun 
B avantage ; et qu'au contraire , les peuples de 
» cette monarchie concluront, comme vous 
» voyez qu'ils font jusqu'à présent, que le choix 
»>de l'archidiic leur apporterait une guerre cer** 
» taine ; que Ce prince serait trop faible pour la 
)» soutenir; ^'ii lui serait impossible de conser'< 



I « 



aoo V PÉRIODE. 

« ver la monarchie entière contre ma pnissandé 
» secondée de celle des Anglais et des HolIancjM» ; 
» et que quand même il y pourrait résister , 
» TEspagne ne doit pas se le promettre , puisque 
3» l'empereur consentirait au partage ; et dans 
» ce cas , il est certain que les plaintes des peu^ 
» pies di^iyént être 'bien plutôt contre l'empe- 
» reur que contre moi. Je n'en ai donné aucun 
» suyet au roi d'Espagne ; j'ai évite de parler de 
» succession , et je n'ai pas voulu l'inquiéter 
» pendant sa vie ; mais je ne fais rien à son pré« 
» judice , lorsque je prends des mesures pour 
» assurer après sa^mort le repos de l'Europe* Je 
» cède même dans celte vue, la plusgrande partie 
» des droits de mon fils. Le roi catholique pour- 
n rait avoir lieu de se plaindre, s'il avait paru 
9 disposé à rendre justice. à sea héritiers légi*- 
9 times , à faire un testament en faveur de mon 
-» fils ou de mes pefits-fils ; mais nu lieu de cette 
» disposition, il n'a été question depuis la paix ^ 
» que du prince électoral de Bavière ; et sitôt 
» qu'il a été mort , je n'ai entendu parler que 
n des intrigues des ministres de l'empereuf à 
» Madrid , pour j faire appeler l'archiduc, et le 
» faire reconnaître successeur de toute la mo« 
» narchie* 

9 II est vrai que les peuples ont paruiiésirer , 
» que si le roi leur maître venait à mourir> la 
9 justice fût rendue aux légitimes héritiers; 



LIVRE VI. aoi 

i> mais ce ne sont que de simples- vœux sans 
39 effet, et je n'ai psfs tu la moindre démarche 
ai en faveur de mon fils , ou de mes petits fils t 
» pendant quel'ambaasadeurderempereuravait 
» le crédit de changer le conseil du roi d'Es- 
» pagnê, et de faire éloigner les ministres qui 
» avaient le plus de part à la confiaace de ce 
» prince, et de donner une nouvelle forme au 
» gouvernement , lorsqu'il ne le croyait pas as- 
» sez favorable ml% intentions de son maître. 

» On^ne doit pas être surpris que dans cette 
9 conjoncture , j'aie cherché d'autres voies pour 
^ assurer le repos de l'Europe^ qui aurait été 
3» certainement troublé, soit que le roi d'Espagne 
i> eût vécu, et qu'il eut déclaré rarcfaidocsonsuc- 
^ cesseur , soit qu'il fût mort sans testament. ..• 

» Néanmoins , ajoute le roi , l'incertitude où 
D je suis encore du parti que l'empereurprenifara, 
' » f st cause que je ne puis vous donner d^ordre 
» bien précis sur la conduite que vous auriez à 
9 tenir, si le roi d'Espagne venait à mourir. Si 
> le traité de partage était signé , vous n'auriez 
» alors qu'à vous joindre à l'ambassadeur de 
2> Tenipereu^^'auxenvoj^sd'Angleterreet d'EIoU 
» lande , déclarer aux états où au conseil ,.si les 
9 états n'étaient pas assemblés, les conditions 
» du partage; faire \oir qu'il était nécessaire 
y> pour le maintien de la paix ,.et qu'il assure une 
a> longue tranquillité à r£spagne;etc(M3amejem€f 



aoa V« PÉRIODE. 

» mettrai en .'possession des étais deslines à mon 
» fils, en' même temps que rarchiduc passerait 
9 en Espagne , il n'y aurait nulle autre négocia- 
D tion à faire y et vous reviendriez auprès de 
» moi. . ' - 

x> Mais, s'il arrive^ue Dieu dispose du roi ca- 
3» tholique , avant que l'empereur ait accepté le 
^ traité ^ où que le temps auquel il doit être 
9>. signé , fixé au 25 de septembre^ soit expiré, 

V vous n'aurez en ce cas^d'autre parti À prendre, 
s que de recevoir favorablement x^eux qui ti@9^ 
3» dront vous faire des proposiiions « et leur dire 
s> que vous m'en rendrez compte ^ que je les 
» écouterai avec plaisir ; qu'il faut en même 
» temps q» iUfassent connaître les moyens qu'ila 

V ont , de marquer par les effets l^ur J>onne vx>- 
» loAlé; vous* m'en avertiriez,. et î'dpr^icertai- 
» nemeutle tekop^devoiis envoyer iÉnes ordres, 
9 avant que les états fusitent assemblés. ... ^ 

» J'ai examiné , s'il convenait de vous rap 
» peler dès à présent dé votre ambassade , ou de 
» vous y laisser encore -quelques mois : j'ai con* 
31 sidéré d'un côté les inconvéuiens de vous lais- 
»4ser exposé aux mouvemeps du peuple, et 
» peut-être hors d'état dcr conserver la dignité 
]| de votre caractère ; d'un, autre côté , le préju- 
9£âce que recevrait le bien, de, mon service., 
» si je vous rappelais présentement. 

» Pendant la vie du roi d'Espagne ^je ne vois 



f * ' 



« 



tlVRÈ VI. ao3 

m 

» nul danger. Si ce prioce meorf , et que Tem- 
» pereur ait signé le traite , le comte dUarrach 
/:» sera plus exposé que vous. Je suis cependant 
» persuadé que tous pourriez aisément vous sou* 
» tenir réciproquement l*au et Fautre. 

»Si Tempereur n*a passigaé, la considération 
» des peuples pour vous , en Sjera plus grande 
» encore. Ils verront qu'en appelant Tarchiduc , 
» ils n'éviteront pas le partaj^ ; qu'ils seront 
j» obligés de soutenir une guerre très désavanta« 
9 geuse avec des forces inférieures aux miennes, 
» et qu'au lieu d'attendre du secours de l'An- 
I» gleterre et de la Hollande ^ ces deux puissances 
» se joindront à moi ;'ainsi , bien loin de craindre 
p que le peajple manque de respeet à voireégard , 
» vous verrez augmenter son empressement à 
9 demander mon assistance , comme la seule 
• ressource de la monarchie espagnole. 

» Ces raisons tn'ont £iit conclure qu'en vous 
» laissant à Madrid . il n'v avait à craindre an- 
prenne insulte de la part du peuple, et qu'il y 
» aurait en même temps de grands inconvéniens 
■9 k TOUS en retirer. 

m La raison la plus forte qui doit déterminer 
» l'empereur à consentir au traité , sera l'opinion 
» d*un parti consid^able que je puis avoir en 
» Espagne, et que ceux qui le composent , peu* 
» vent traverser toutes les mesures qu'il pren- 
3» dràitpour faire déclarer l'archiduc successeur 



ao4 V« PÉRIODE, 

» du' roi catholique.' Je ne puis vous rappeler , 
n &aD3 donnée un juste sujet de croire que je 
» connais n)oi*méme le peu de fond que je dois 
}> faire sur ce parti, que je l'abandonne, que 
» lempereur n'en doit rien craindre , el qu ilper- 
» drait par conséquent en traitant avec moi , 
» tous les états qui composent le partage de mon 
» fils. 

1» Il e&t certain ^e^ j.usqu'à présent , le roi 
^ d'Angleterre et les états- généraux ayant eu 
3> la même opinion du parti que j'ai en Espagne y 
» il ne convient pas qu'ils la perdent^ 

» Vous connaissez assez l'importance de ces 
» considérations , pour n^avoir pas regret à qnel- 
» ques mois que mQn service demande que voi^ 
î> demeuriez encore à Madrid, etc. » 

On voit combien dans ceUe circonstance , Ta 
cour de Versailles dirigée par l'honnête, et pru- 
dent Torci, cherchait. à mettre de la mesure dans 
ses* démarches. ' ' 

1700. * Au moment de la mort du prince électoral de 
de*paru^de Bavièrc, que le premier traité de partage doi>- 
d'EspagM.**^" naît pour successeur à Charles n ;. mort qui eut 
lieu le 8 de février 1699, la cour de Versailles 
donna ordre au comte, de Tallard, de sonder 
les dispositions du roi d'Angleterre, et de lui 
proposer un nouveau traité «de partage. Guil- 
laume. m accueillit les ouvertures que lui fit cet 
ambassadeur , et il en résulta un traité signé à 



LIVRE VI. ao5 

L^ondres , le |3 de iniars , et à la Haye , le 2o de 
mars 1700, entre la France, TAngleterre et les 
Provinces-Unies . 

Par ce traité, le dauphin , outre les Deux- 
Siciles , les ports et îles de Toscane , dëpendans 
aotuellement de la monarchie d^Espagne, le mar- 
quisat de Final et la province de Guipuscoa , qui 
lui avaient été assurés par le premier partage , 
aurait eu les duchés de Lorraine et de Bar , at- 
tendu qu'on donnait en échange au duc de Lor- 
raine , le Milanais. 

Les autres royaumes et états de la monar- 
chie espagnole devaient être assurés à Tarchi- 
duc Charles, et si ce prince n'acceptait pas le 
traité de partage dans Pespace de trois mois ,^ 
les alliés devaient se concerter entre eux pour 
choisir un autre prince à sa place. 

Si l'archiduc Charles venait à mourir avant 
le roi d'Espagne , il serait permis à l'empereur 
de nommer un autre prince ou princesse de sa 
maison pour lui être substitué à l'exceptio^i 
de Joseph , roi des Romains , qui ne pourrait 
point posséder la monarchie d'Espagne, afin 
qu'elle ne pût jamais être réunie à l'Empire, 
ni aux états de la maison d'Autriche , etc. 

La négociation de ce second traité de partage, 
fut faite à la Haye, par le comte de Briord , am:- 
bassadeur de France près les Provinces-Unies, 
et à Londres, par d HojStun^ comte de Tâll£ixdf 



Considéra* 



206 V« PÉRIODE. 

* 

depuis duc et maréchal de France. Celui-ci, lors 
de la paix dé Rjswick , avait été envoyé en An- 
gleterre , et y avait réussi par son esprit , sa 
IK>lites9e, et beaucoup de dextérité (1). / 
On a agité si les deux traités de partage de 
tîoDsTàrÎM 1698, et de 1700, touchant la succession d& 
djyUi^?^ Charles n , étaient contraires au droit des gens 
ou à la justice générale. Ceux qui ont combattu 
« * ces deux traités , ne se sont prévalus que des prin. 
cipesdu droit civil, et en particulier de celui-ci^ 
viventis non est hœreditas. Mais les principes 
du droit des gens et de la politique, étaient seuls 
applicables à la circonstance. Le éollége des sou« 
verains doit prendre toutes les mesures propres 
i maintenir le repos de leurs états , et il était 
dans cette circonstance fortement menacé par 
la faiblesse d'esprit de Charles n , qu'on ne pou- 
vait laisser arbitre du choix de son successeur. 
Il suffisait que les intérêts des principales puis- 
sances fussent tellenyent ménagés par des dis- 
positions anticipées, qu'on évitât les maux les 
plus immiiiens, lesquels en effet eussent été 
prévenus, si Louis xfv eût maintenu l^s traités 
dont il avait suggéré la négociation et les bases^ 
affectant alors unérnodération qu'il n'était pas 



(i) Le duc de Tallard i nommé saccessivçment maréchal, 
de France , pair , membre du conseil de régence et mimstre 
d-'-état , mourut en 1 72S , âg^é d« soixante-seize kn\» * ) 



LIVRE VI. Î107 

capable de conserver, et n'acceptant au fond 
ces traites , que comme un pis aller , dans le 
cas où ils lui seraient plus favorables que le tes« 
tament de Charles 11. 

Le marquis d'Harcourt se démit de l'^ambas- 
$ade d'Espagne , et partit de Madrid le aode mai 
1700. Le roi, pour honorc^r ses services, le 
créa duc. Il laissa en partant, le parti français 
dominant, et oh lui dpit le testament de Char* 
les 11^ en faveur du duc d'Anjou, quoique c6t acte 
ait été postérieur de quatre mois , à son départ. 

Le roi d'Espagne, Charles ji , se sentant dé* 1700. 
périr ^ consulta son conseil sur le dessein qu il jouotappeié 
avait d'appeler à sa succession un prince fran- j^^"* 
çais. Le conseil l'approuva. Charles 11 s'adreSiia 
encore au pape Innocent xiii, qui, par le zèle et 
l'adresse du cardinal de £orbin«'Jansonr(i), alors 
chargé d'affaires à Rome , se montra favorable à 
cette disposition, en isorte que Charles 11, par son 
testament'du 2 d'octobre 1700, instîioa le duc 
d'Anjou , petit*fils de Lonisxiv, pour son héri<^ 



(1) Le cardinal d« Janson, à son retour de Rome , où il 
resta sept' ans , fut nommé grand - aumônier de France. 
Louis XIV en faisait le plus grand cas ; et il dit plusieurs 
fois jqu'il Taurait fait ministre , s'il ne s'était imposé la loi, 
d'après l'avis du cardinal Mazarin , de ne point admettre de 
éardînaux dans le conseil. Le cardinal de Janson mourut eu 
'1713 , avec la réputation d'un politique habile et honnête. 



2o8 ^ V« PERIODE. 

lier universeL Le monarque espagaol moi^ntt 
le i" de ndvembre suivant. 

Louis XIV soumit à la délibération de sou con- 
seil la question de Facceptatiou ou du refus du 
testament. Le ministre des affaires étrangères, 
Torci , fut pour l'affirmative , et le duc de Beau- 
vtUiers , pensant qu'il- fallait s'en tenir au traité 
de partage , fut pour la négative. 

Le roi embrassa le parti de Tacceptation ^ 
comme le plc^ conforme à sa juste ambition , 
depuis si long> temps nourrie de l'esppir de la 
succession d'Espagne. Le duc d'Anjou , âgé de 
dix-sept ans', fut donc proclamé roi d'Espagne 
sous le nom de Philippe V, et partit pour ses*" 
états I 9U commencement de décembre 1700. Il 
reçut de son gran(l-père des instructions mo- 
rales et politiques très sages. C'est alors que 
Louis xi^, dit ce mot noble et précis :Il n'y a 
i»i«us DE Ptbenéiss. 

^ Philippe V , en allant dans ses états , fut ac- 
compagné du duc d'Harcourt, en qualité d'am- 
bassadeur extraordinaire; ce seigneur qui avait 
déjà résidé en Espagne, resta peu dans ce nou- 
veau poste; sa santé languissante l'ayant forcé 
bientôt après , dé revenir en France (i). 

La nation espagnole parut enthousiasmée du 

** "" ■»'-■■' ■ ' ■ ' ' '■ ' I m I M .i ■!■ ■ ■ ■ I 1^ 

(1 ) Le roi le fit maréchal de France en 1 703. Il moamt ca 
1718 , âgé de soixante-treize ans, ' ~ - 



LIVRE VI. ao9 

xnonarqae appelé à la gouverner. Le connétable 
de CastiUe^ don Fernando de Yelasquès , vint au 
commencement de 1701, témoigner à Louis xxv 
la satiafaietion qu'elle éprouvait de'ravénèment 
de «on'jiiéttt^fils au trône des Espagnes. » 

Le roi répondît à son discours : « Vous voyez 
3» à présent les nfations française et espagnole 
» tellement uhi(ss , que les deux désormais n'en 
3» font qu'une. Pour moi^ je suis maintenantiè 
9 meilleur espagnol du monde; et si le rot^ 
9 mon petit«^fils , nie deiùande ^es conseils , je 
» ne lui ep donnerai jamais qi^e pourla gloirç 
» et l'intérêt de l'Espagne^Oa verra mdn*petit« 
» fils à la tête des Espagnols , défendre les Frkii- 
j» çais , et on me verra à la tête des Français ^ dé- 
» fendre lés Espagnols. » ' • 

Le roi .fit présent au connétable ^ de son pop«> 
trait enrichi de diamans de la Valeur de vingt 
mille écu§; ce qui était le double de là valeur 
des pré^ens qu'on avait coutume de donner aux 
ambassadeur-s. :: " "^ 

Le résultat de l'acceptation faite parla eour 
de Versailles , du testament de Charles 11 ^ fuit 
d'allumer u«e guerre universdlev dans laquelle 
Louis is;iv'eut à se repentir plus d'une £oisf; de 
n'avoir pas inaintenu le derjpt^ traité de par<( 
tage. , f 

Maii un autre événement amené vélontàihe*- iilcoûnais- 
ment par Cîe prince , ^t dans lequel il agit :aV^e «anceduprin- 

IV. i4 



2i4 V« PÉRIODE. 

Le roi Gmllaume ne se contenta pas de cet 
acte du parlèMiént ;' il fit réfuter la circulaire de 
Louis xiY (^dtt^iibus venons de donner, dans une 
lettre qui fut remise aux diverses cours de l'Eu- 
rope. 'Êrfe ^crflë'Vapt^és'uïi assez long préam- 
bule, i (^il éiit'Vraiqué^sâiïïajesté ne s'est point 
» fôrfidalisé'é, fer tie's'é^t point voulu plaindre, 
» que le feu roi Jacques* ait 'paésé à la cour de 
» Prance/pdùrrbi de ïâ Gfaiidé-Brelàgtië, di^puis 
» sôri àbdîd^îbh, vu que là possession de cette 
3» couronne qti'il avait eue V isemblaiï'lui per- 
» Aïétéreètiqttëlque fàçôiii d*étfcahserVèr le'titre 
» sa vTfé'durattt'; mais; qt/éië prifict étant tùàùct; 
» sa majesté britannique'ri'â^u appreridrè'ààh's 
» tirt extrême tésiséntimëht ,* que lé Ï6i de France 
3» ait déclaré et Yeconrfil lè'pWlendu pmcie de 
j) G'allesr^'poui» roi d'Augî^CTre i'd'Ècbss'e e1^ dtr- 
» lande , et liiî ait rendit les bonheurs conVéna- 
» blés à tiette^ Qualité. Cette reconnaissance 'du 
» prétendu priHcé dé^Gallfe^iiiVst liôiht tonipk- 
31 tiWe-avéc le trâilë'lîé; ftyS^ict , et 'afec là Hé. 
3> blaîi'àtibh' ft>fnïeHe tyie lettre 'tnàjéstës y font , 
» de vbuIofîr*ënWetehii^ eWs'eiii'ble une' paix ei'er- 
3»'nellé'etn^tje sïticérë âmi'ti^é, et faire de'pàrt eÉ 
» d'autre^' tout ce qûî pôtifrait tendi^é iiu bîeh , 
» à rhotfiïëur et à ravàtita^e dé l'uVi'et d^{|âutre, 
» aveë*|ft:omesse positive dans l'article W, que 
» le rt^i* très chrétien ne troublera, ni n'înquié- 
» tera en aucune manière sa majesté dans* là po:»* 



/ 



^ tIVÏlE VI. ai5 

» session de sfe royaumes , et n^aidëra ou lie fa- 
» vorisèra qui que ce puisse être ,' qui voudrait 
i>'la troubler dans cette possession. Comment 
» pourraît-on faire accroire à des gens, pour 
j> peu qu'ils soient éclairés , et qu'ils ne soient 
» pas pi?éoccUpës , qu'ien rëborinaissant le'ptîé- 
» tendu pfinôy:de Galles pour roi de laferknde^ 
» Bretagne, qui, paries lois et réglenrensd^An- 
» gleterî^e \ par sa naissance , par lé rot Jacques, 
u de droit'otr de fait , h^attbaît jamais pu ësjpërer 
i> de posséder un tel' tibëV èh è«kt éd dëéséid 
» p*HSv ^e contribuer beaucoup à rho»ûetlr et 
» à rdVâtit^ê^ de sa majesté,* et que Ton voûlét 
» sfoivre sincèrement Fengagement îrliirts ^leqtiei 
t> ônesl entrée tIenefeVeyrisér'ehèilîBfttlé m'aftfîère 
» celui qui ydudrair'!è«îbillSr du ^«Wtidfe^ faire 

» tiWïa'^à^i^nitë Vdyaffe^. »fâ.ut>Jfrita:blè«feht 

^ avoifebiett^itraûvaise opiniofa du peuplé y et 
ty ab^^t^ ^uhè jïianièfe surpfÈfnante <ife'Sà'cré- 
» dûUlëV pour vouloir lui iri$iuué^a)#{>2tràdoxë 



» . ' 



B aussi* iextl^dloirditiaii^. ...*>..' ,. .^ 

» Il es^étonnatnt, poûrsiiFfle m'éMR^jHnh 
^•roii veùiMte alléguer comtiie ittt a^'^èîbpïé / ce 
» quiésiéttivé au sujet des' rt>is de Bologne J *ht 
» il n yà qii*^ lire le traité tfCMivâ , du^d^rtiki 
» 1660, conclu entre les rois du Stièdé''el c^è 
» Polognfe , par la métliation même de la Pràrfce, ' 
» pour voir que, dans le- troisième arfiôte et au- 
9 très l Ton est éxpreissémeiit convenu que le roi 



.\.. 



j 



ai6 V^ PÉRIODE. • 

y> Casimir ne garderait le titre de^i de Suède , 
» qoe pour sa vie durant ; mais au aucun de ses 
D .descendans ne. pourrait se T approprier ^ etc. » 
. . Quoi qu'il en soit delà question,^ droit dans 
la circonstance présente , la reconnaissance pré- 
fip^tép de Jacques i\\ fut pne faute c£^pi,tale de 
le part de la cour de Versailles , qui p^r-U décida 
la «parlement d'Angleterre à soutcinir le traité 
d'alliance du. 7 de septembre 1701 , entre l'em- 
pereur, Guillaume ^it et les Provinces- Unies. 
Oa^obserye tque ja» mort du roi Jacques étant du 
•I 6^4^ sep^eii^bre , (çt la reçonna^$aQqe»du: prince 
de ^Galles , étant postérieure au txaité 4!^lli^pce » 
du 7 de^pll^mbre 1701, entre l'empereur et Guil- 
laume ^ çfçluisci n^ se décida, point à la guerre 
.par le ulQtif d'tm^. r^coims^^anc^ non encore 
e?Li^^^t^^.|k|^i$.pf(tli^ recoanaîs«an<:^ idét^rmina 
Iç par}€(n^€^t ji^ls^g^erre; c^r divisé e^ Wfghset en 
IJW'rÂar il se rém^^9. aigri.4ç. ce que la FraïK^e pré- 
te|fidj^t;.f^4^1<I4.^..^oTte lui donner un roi , et 
il accorda à Guillaume m ^ des f^^fjû^^^ qu'il n'é- 
tait pas auparavant détermine ^ cqi^^n^ir. Aipsi, 
la reconnaissance .indiscjrète du:priûpe de Çall^s 
donna à la.guerre. un caractère nation^al y tandis 
q^'avapt y elle n'était qu'i^ne pure combinaison 
du pabinet de Guillaume iii. : , , 

DécUration La.reine Anne , fillcfxie Jacques 115 ayantsuc- 
l'AiSetme/ ^édé à GuiUaumem j.mpft le 19 de mars 170a , 
fit publier une déclaration de guerre contre la 



-Y" 



LIVRE ▼!, ai7 

Brance , en date du 4 d» mai siiirant. ÊUe était 
xnotiTëa sur le 'traité d*4JIiance oanolu entre le 
feu roi Guill^jiTOf:, leoipereur Léopold et les 
Prcyvincesi-Unies^, pour çônaerw la liberté et U 
balance de r£urope , et abattre le pouvoir exor- 
bitant et enyahiâ^Hi: de la France ^ qui s^était 
saisi d une j;i*andç partie des états de la couronne 
d'Espagne. ..: .- 

Le manifeste publié par les éUts-gënérauic, 17?*. 
le 8 de mai , Teproche à Louis xiy ;d'àvoir tâché ues ""prôwn. 
«n 1672 et 1688, de s'epiparet des Provinces^ cei.-uai«. 
Unies , coïr^mjç ^'MPPQoyen dase frayer un che- 
jfÛTi. 4 la mo^LorfiJfie Ufiiyerselle ; d'avoir violé le 
itrailé de Ryswick^, en ^ef^sant d'accordei^'le 
ts^rî^de ço^Qiercepromis par ce traité; et d'à* 
.yoîT/prcé leiXra .bautei» puissances d'en accepter 
un beaucoup plus désavantageux;.d'avoir refbsé 
dl'^^^uter le ^traité sQlemiell;£ût avec l'Angle - 
tgrrç et les étata-glén^aux au <ifljet de la succeér 
sfon d'!l$spa^;f9iefi; et df avoir aQo^^té;le testament 
en faveur du duc d'Anjou ; oe jqui fournissait 
au roi de France les moyens d'arriver à la nio- 
j:)arcbie uniyersi&ll^,^ principalement «n faisant 
f^ijiper jinopiném^nt les Pays-Bas .espagnols ., 
J^^rrière néc^s^^ifç ;et)tre, la France et les Pro- 
vinçeô-y.nies , et ^po^r'kquelje çe)ie$^ci avaiew^ 
dé>^ sou tenu. dc^x sanglantes guerres , etc.. 
. . . L' empereur Ij^éopoU , dan/s sa déclaration de 1702. 

gUïÇrre, du IjS^PWait ^.ÇQP^filiU^^.FiÇAOCey X^. dV de |aerre'dê 



aao V* PÉRIODE. 

» vinces-Unies, de troubler le. repos de l'Europe 
» par une nouvelle guerre aussi injuste que mal 
3» fondée ; que ces puissances a^nt commencé 
y de toutes parts, des actes d'hostilité , au préju- 
» dice de traités si.sorennqflement jurés, et ayant 
» fait publier des rmanifestes et déclaratioos de 
» guerre , sa majesté très chrétienne^ 3e trouvait 
» dans la nécessité de déclarer la guerre à 1 exn- 
» pereur y à l'Angleterre , aux Provinc^a-Unîes 
» et aux princes , leurs alliés. » 

Louil» XIV ordonna a^u^silpt Tarre^taliQU de 
Wallestein ^ ambassadeur de l'empereur à Paris ^ 
qui fut mis d'abord à Yincennes , et de là trans- 
féré à Bourges , où il fiit accompagné parSai^tr- 
Olon (i), qui fit auprès de lui le même person- 
nage qu'il avait fait auprès du nonce Ramicck 
On ignore les motifs de cette arrestation 9 .^ui 
doit tenir à quelque circonstance particulière. . 

Louis XIV chercha à fortifier ses armes par 
des alliances utiles. Dans cette vue, il conclu tiea 
1 70 1; , nn traité d'alliance. aVi^ le prince Glémteo t 
de Bavière , . électeur de Cologne et évc^ue de 
Liège ,9 lequel i^çut garnison française ddn$ ces 
deux yilleSé II en fit uu pareil en 17OU » avec 
Alaximilien-Emmanuel , électeur de Bavière , 
son frère , à qui le nouveau roi d'Espagne j Vhin 
lippe V , faisait don des Fay&-Bas espa^ols. . 

, •■ ! ' ■ ■ i ' ' ' i i ^ 

(OViedeSaint-Olon. ... 



, LIVRE VI. aai 

Ferditland de Gonzague , duc de Mantoue , se 
prêta par un traité du 5 d^avril 1701 ; à recevoir 
garfiison française dans Mantoue. 

Louis XIV avait conctu'également une alliance 
avec Pierre 11, roi de Portugal ^\e 18 de juin 
1701 *Y mais le comte de Melgar , amirante de 
Castille , ayant«élë nomme ambassadeur en 
France, à la place du marquis de LosKios; qui 
passait à la vice-royauté du Pérou (1); Melgar, 
au lieu de se rendre à son poste , se retira à Lis- 
bonne où , non content de publier une lettre 
dans laquelle il prétendait que le dernier testa- 
ment de Charles n était supposé , il mit tous 
ses soins: à détacher la cour de Lisbonne de Tal- 
liance de la France et de TEspagne , et il y par- 
vint; car, le 16 de mai lyoS, il fut conclu un 
traité d*alliance offensive entre l'empereur , 
l'Angleterre , les Prpvinces-Unies et le roi de 
Portugal, Pierre ii. Ce dernier publia un mani- 
feste dans lequel il s« plaignait « que le roi de 
9 France avait violé le traité de partage par Tac- 
» ceptation du testametit de Charles n ; ce qui 

I > X I ' 

(i) Louis xiY considérait )iei^<Krap le marchais de 'Los 
Rios, soit par une estime méritée,,, soit parce, qu'il ayait 
parfaitement secondé ses vues pour rétablissement <le som 
petit-fils en Espagne. Il lui dit, à son audience de congé : 
« Fous reviendrez plus riche, mais non plus grand; » et une 
émotion sensible qui rarement se manifestait sur le ybage 
du roi, accofipagna ces parolei*' 



• 



â24 V* PÉRIODE. 

A cette nouvelle , le duc de Savoie fit signifier 
à l'ambassadeiir de France , qu'il était en état 
d'arrestation ; sur quoi Phélippeaux dit « que 
9 son altesse -royale n'avait pas' tant^de raison 
» de s'assurer de sa personne, que le roi en avait 
9 eu de désarmer ses troupes; ne devant point 
» douter qu'élailt à la solde du roi, cemonarqué 
» ne fut le maître de sa personne, dé ses troupes 
9 et de ses états. i>€ette réponse blessa vivement 
le duc de Savoie , qui^ apprenant qu^la cour 
de France avait *£ait arrêter le comte de Ver- 
non, son ministre à Paris,* fit conduire le 
comte Phélippeaux dans la forteresse d^ Coni, 
dont il ne sortit qu'au commencement de l'jo^f 
et par échange avec le comte de Vernon. 

La France déclara la guerre au duc de Savoie, 
le 4 de décembre, d'après le motif«qué ce prince, 
au Heu de maintenir le traité de 1696, s'était 
rapproché intimement de l'empereur et de 
l'Angleterre j que le roi , suspectant avec fon- 
dement sa fidélité , avait cru devoirfaire désar-^ 
mer ses troupes qui étaient dans' Tarrhée corn-» 
binée de France -et d'Espagne en Italie , et faire 
marcher contre lesTétatsrdu diip la même armée, 
sa M. -T. C. lui proposant, avaht d'ëtércèr au- 
cune hostilité contre lui , de dohnièt* des places 
^ de sûreté et de réduire ^es troupes stir le pied 
de Ts^nnéé 1696, propositions que Ife duc avait 
rejetées* "' '" 



• LIVTIE VI. aaS 

La guerre éclata donc*entre la France et le 
duc ; mais celui-ci conserva toujours des liaisons 
intimes avec sa fille , la duchesse de Bourgogne, 
qui était devenue dauphine eH 1711. Cette prin- 
cesse, douée de plus d'amabilité quede prudence, 
faisait à son père des communications auxquelles 
les ennemis de la France durent dans cette guerre 
une partie de leurs succès. La duchesse de Bour- 
gogne abusait de la tendresse que lui témoignait 
lé roi, pour pénétrer dans les plans militaires 
et politiques du cabinet, qu'elle transmettait à 
son père- Louis xiv en acquit l'affligeante con- ^ 

viction par les lettres qu'il trouva dans le secré- 
taire de cette princesse, j^rès sa mort, arrivée 
le 12 de février 1712. <c La petite coquine, dît-il 
D à madame de Maintenon, nous trompait (1). » 

La cour de Versailles voulait diriger la cour laileme <i« 
de Madrid , et plus particulièrement Philippe v, E^pa™? *** 
dont l'élévation était son ouvrage ; mais ce des- 
sein ne pouvait s'exécuter avec assez de désin- 
téressement , pour qu'il n'.en résultât point de 
mécontentemehs de la part de^ nationaux , qui 
voulaient bien un Bourbon pour roi, mais noil 
pas des Français pour maîtres, ni pour minis- 
tres. Pour assurer son influence en Espagne, la 
cour de France avait voulu que son ambassa* 
deur fût membre du conseil, et ministre-d'état. . 

(i) Mém. polit, et milit. du maréchal de r^oailles. 
IV. l5 






aaS V* PÉI^IODE. 

d'Ëstrees. Il avait traité pour la cour ^ diverses 
affaires importantes en Bavière , d'où il s'était 
ren4u à Rome , y avait soutenu les droits de la 
régale , et y avait été chargé des affaires du ï*oî 
en 1689. ^^ avait réconcilié le clergé de France 
avec la cour de Rome, et coptribué beaucoup 
aux élections d'Alexandre viii^ d'Innocent xii et 
de Clément xi. 

Le cardinal d'Estrées, quoiqu'avec beaucoup 
d'esprit et de .génie ^ brouilla tout à 'Madrid , 
parce qu'il voulut gouverner l'Espagne d'après 
les vi|es de la cour de Versailles , prétentions 
dont les grands seigneurs espagnols étaient jus- 
tement mécontens, et le duc de M^dina-Celi dit 
un jour a qu'il était honteux que pour gouver- 
D ner l'Espagne , ou allât consulter les pracles 
» à Versailles. » 

Le désordre le plus absolu dans les affaires , 
et les querelles les plus scandaleuses, furent la 
suite de l'empire que la princesse des Ursins , le 
marquis de Louville , le cardinal d'Estrées , son 
neveu , l'abbé d'Estrées, et le père d'Âubenton, 
confesseur de Philippe v, cherchaient à exercer 
sur le roi et la reine. 

Blessé et fait priso«nier à la bataille de Turin, en 1706» 
i fut déposé dans un appartement où il fut étouffé , dit- 
€fn , par la vapeur qui s*éleya par suite d*une explosion' de 
poudres, qui eut lieu dans une ckambre voisine de la 
sienne. 



LIVRE VI. 



aag 



La cour de Madrid fut surtout agitée et divisée 
par la princesse des Ursins. Qette femme , qui: 
avait épousé le duc de Bracciano, de la maison 
des Ursins , habitait Rome au moment de la 
mort de Charles ii. Ayant appris le mariage dé 
Philippe V avec la princesse de Savoie, alors 
âgée de treize ans, e^ souhaita de conduire la 
future reine en Espi^ne-, et pria la maréchale 
de Noailles de lui procurer cette commission, et 
l'obtint» Dès-lors la princesse des Ursins «l'as- 
pira plus qu'à gouverner la jeune reine ^ et 
même à diriger le roi d'Espagne. Elle était en 
ce point , d'intelligence avec madame de Main- 
tenon qui la soutenait de tout son çfédit. Cette 
maîtresse du roi , qui se mêlait de la politique 
extérieure, avait invité Torci à venir travailler 
chez eile tous les jours ; et ce ministre s'en étant 
défendu, comme n'ayant pas de quoi alimenter 
ce travail, madame de Maintenon avait imaginé, 
pour se tenir au courant, de se faire dbnnet 
des copies de toutes les dépêches importantes. 
Aussi écrivait-elle à' madame des Ursins : « Je 
» vois tout ce qui se passe par M. de Torci ; 
» ainsi , Madame, ne me mandez pas les mêmes 
j> choses. » L'intimité qui s'établit entre ces deux 
femmes, rivales d'intrigue et de fortune , quoi- 
qu'en des lieux différens , fut souvent fatale à la 
France et à l'Espagne. 

Louis XIV 9 pour mettre fiiv aux désordres qin 



a3o V« PÉRIODE. 

rësfultaient de Topposition des membres du con* 
seil de Philippe v, rappela, en lyoS, le cardinal 
d'Ëstrées; mais, pour éloigner toute idée de dis- 
grâce à l'égard d*un sujet distingué par son ca- 
ractèï*e et ses précédens services , il lui conféra 
l'abbaye de Saint -Germain -des -Prés, et lui 
donna pour successeur son neveu, l'abbé d'Es- 
trées, qui avait été amb^adeur en Portugal. 

L'abbé d'Ëstrées , quoique plus souple que 
son oncle , parce qu'il avai< sa fortune à faire , 
n'était pas très propre à une ambassade qui de* 
mandait autant de sagesse que d'expérience. 
Plus intrigant qu'habile et judicieux, il fut bien- 
tôt une nouvelle preuve du mal résultant d'un 
mauvais choix. » 

Louis XIV le remplaça, en 1704» par le duc 
de Gramont , seigneur délié et ferme , mais trop 
français , c'est-à-dire, trop porté à cette promp- 
titude de jugement qui devance l'examen et 
exposé à Terreur, M. de Gramont, fatigué des 
dégoûts qu'il éprouvait , demanda à revenir. 
Avant de partir , il écrivit au ministre Torci : 
a Si toutes vos ambassades ressemblent à celle*- 
Il ci , je vous déclare que je ne veux en entendis 
ï> parler de ma vie. » 

Philippe V fit faire, pour le duc de Gramont, 
une toison de deux mille pistoles. Ce seigneur 
la refusa , ainsi que le présent ordinaire , et dit 
« que dans la disette d'argent où l'on était, il 



LIVRE VI. aâi 

» fallait en appliquer la valeur aux besoins c|fë 
» troupes. » * 

Si le duc de Gramont eût joint au désintéres- 
sement la prévoyance et la sagesse^ il eût réussi; 
xnaisil gâta tout , en s'imaginant pouvoir gouver- 
ner le roi sans le concours de la feine. Il fut le trot 
sième ambassadeur français qui , depuis Pavéne- 
mentdePhilippevau trône, avait échoué par trop 
de confiance et de présomption. Au duc de Gra- 
mont succéda Amelot de Gournai , précédem- 
ment ambassadeur à Venise , en Portugal et en 
Suisse. Celui-ci montra plus de véritable habi* 
leté que ses prédécesseurs , puisqu'il parvint à 
se maintenir contre Teffort de toutes les caba* 
les, et à faire eiécuter,^par beaucQup de fermeté 
et d'esprit de suite , les résolutions qui furent 
adoptées dans le conseil de Philippe v. Amelot 
opposa constamment aux seigneurs espagnols , 
qui ne pouvaient souffrir qu'un Français gou- 
vernât , une sagesse et une douceur plus heu- 
reuses que la^ pétulance et la hauteur; qualités 
qui sont bientôt détestées , surtout quand elles 
né sont pas tempérées par la' justice ou de 
«grands taleus (i). 

■— ^—^fc—— ■ . 1 I 11 II ■ I I >» Il ■ III »■ I I I I I M I I I ■ I II II I Ml I ■■ I ■ l—l— » 

(i)]IL Amelot revînt d*£$pa|^e en 1709; il alla, en 1712, 
àJEV.ome, pour les afTaires relatives à la biiHe unigenitus ^ 
et mourut en 1724 9 âgé de soixante - neuf ans et demi y 
universellement estimé pour ses talens politiques et ses qua- 
Etés morales 



e 



a32 V PÉRIODE. 

170a*. Dans lé cours des événemens dont on vient 
entre Tarn- uc taire le recit, il s en passa plusieurs autres 
FranccTt le ^'^^ genre inférieur , mais qui ne doivent pas 
DMeœwck* '^^^'^s être rapportés, soit comme anecdotes 
piquantes, soit comme des faits qui» dans des 
circonstances analogues , peuvent servir à diri- 
ger ; car l'exemple est une autorité en diploma- 
tie. Il s'éleva, ati mois de juin 1702, un démêle 
très vif entre le comte de Chamilli, ambassa-r 
deur de France à Copenhague , et Schested , 
ministre de cabinet du roi de Danemarck. Ce 
démêlé provint de ce qu'un comte de Schlieben, 
s'étant engagé à lever un régiment pour le ser-r 
vice deDianemarck, après avoir touché l'argent 
pour cette levée, l'avait dissipé sans faire aucun 
enrôlement , et la cour de Danemarck l'avait fait 
arrêter. S'étant évadé au moment de sa déten- 
tion , il fut poursuivi par ses gardes qui le rejoi- 
gnirent près de l'hôtel du comte de Chamilli. 
Les domestiques de celui-ci le dégagèrent, non 
sans grande rumeur , des mains des gardes. Le 
comte de Chamilli , s'étant mis à la fenêtre , 
déclara que Schlieben, se réfugiant dans son 
hôtel , était sous sa protection , et les gardes , 
malgré leurs réclamations , furent obligés de se 
retirer. Le comte de Chamilli fit dresser dans 
son hôtel uitprocès- verbal de ce qui s'était passé, 
et fit interroger et déposer, après serment , un 
des gardes et les sentinelles danois qui étaient 



LIVRE VI. !i33 

devant sa porte. Ensuite, il e'crivit au secrétaire 
d'ëtat Schested, pour demander satisfaction sur 
ce que les gardes de Schlieben avaient viole' le 
respect dû à son hôtel. Schested lui écrivit la 
leUre suivante, à laquelle nous joindrons la ré- 
ponse de Chamilli, qu'on n'offre point ici com- 
me un modèle de bienséance. « Monsieur , j'ai 
» fait rapport au roi , de la lettre que votre 
» excellence m'a fait l'honneur de m'écrire , 
» du 20 dii cotirant , et sa majesté trouve que 
» vous avez eu tort d'exercer une espèce de ju- 
» ridiction sur un de ses gardes, et sur lessen- 
» tinelles qu'on met ordinairement devant votre 
» porte pour vous faire honneur, en les faisant 
)> examiner juridiquement et sous serment dans 
» votre maison , chose dont il n'y a peut-être 
» pas d'exemple, et qui n'est permise qu'au sou- 
» verain , ou à ceux qui sont autorités par lui ; 
» ce qui , joint à la protection que votre excel- 
» lence a trouvé bon de donner au comte de 
» Schlieben, 'Sur lequel le roi même avait fait 
» mettre les mains, et qui s'est échappé de sa 
» détention , ne peut qu'augmenter auprès de sa 
» majesté l'opinion que tant de disputes passées 
}^ de temps en temps, lui ont fait naître, et dans 
» laquelle elle se trouve confirmée par ces der- 
» nières démarches , que votre excellence ne 
» cherche que l'occasion de brouiller les deux 
» cours; trouvant la protection qu'elle donne à 



234 V« PÉRIODE. 

% Ijia criminel d'état également peu conforme à 
» la dignité d'un représentant et aux justes sen- 
» timens dont on l'assure du côté du roi très 
» chrétien. Pour conclusion , je dois dire à votre 
» excellence que le roi n'est plus en humeur de 
» souffrir que chez lui, on se mêle d'interrom- 
» pre le cours de la justice , et d'exercer des actes 
» de souveraineté, ayant eu jusqu'ici assez de 
» complaisance pour faire voir au monde que 
» c'est la seule considération qu'u a pour la pcr- 
» sonne de sa majesté très chrétienne, qui l'at^ra- 
» péché d'y mettre ordre. Je suis au reste, avec 
> tout le respect imaginable, etc. ». 

Chamilli répondit, le i*' de juillet, de la ma- 
nière suivante : 

« J'ai reçu , Monsieur, la lettre que vous avez 
» pris la peine de m'écrire , du 24 du passé, dont 
» le style m'a paru si vandale , que je me per- 
m suàderais aisément que vous l'avez prise danst 
3ft quelque archive du temps du roi Dan y si 
» le peu d'expérience que vous avez encore 
i> dans votre charge , vous avait permis de 
» prendre connaissance de ces siècles si reculés-, 
>> dont il vous plaît de ramener la dureté, sous 
» un prince d'un caractère si différent , dont 
9 l'honnêteté et les manières gracieuses sont les 
» premiers traits de son portrait. C'est pourquoi, 
» je vous prie, Monsieur , s'il vous arrive d'a- 
» voir à m'écrire, que vous le consultiez, non- 



LIVRE VI. a35 

ïf seulement sur les choses que vous devez me 
» mander , mais encore sur la manière de le fitire, 
» dont il 8*est certainement rapporté à vous 
» dans cette occasion^ Mai$, de quelque manière 
» que vous vous en soyez acquitté , le respect et 
» l'attachement que j'ai pour sa majesté, et l'in- 
» différence où je suis pour toute autre appro- 
j) bation que lasienne, m'obligent à détruire par 
» cette réponse , les mauvaises impressioos 
» qu'on travaille depuis si long-temps à lui don* 
s> nei* de moi « 

- » J'ai deux choses à diire pour cela ; l'une gé- 
» nérale ^ qui est depuis que j'ai eu l'honneur 
» d'être auprès de sa personne , je n'ai eu que 
» deux reproches du roi , mon maître : l'un d'à- 
»^oir témoigné trop de partialité pour les inté- 
» rets du Danemarck , dans le temp# que j'étais 
D chargé de la médiation de ses différends avec 
n d'autres puissances , auxquelles le roi , moa 
3» maître , trouvait que je me rendais légitime* 
)» ment suspect , en soutenant avec trop de cha- 
» leur, la justice qui me paraissait se trouver 
» dans le parti danois, contre l'oppression qu'on 
]» lui voulait faire. 

3> L'autre reproche a roulé sur ce que je n'a- 
» yais pas quelquefois repoussé avec assez de 
D hauteur, les mauvaises chicanes qu'on m'a tant 
» de fois suscitées dans cette cour-ci, et qui 
> auraient épuisé la paitience de tout prince qui 



a36 V* PÉRIODE. 

3» aurait €té moins maître de luî-méme, qae ne 
y> l'est le roi mon maître. 

» Pour ce qui regarde le fait particulier d'au- 
» jourd'hui, je ne comprends pas qu'on puisse 
» se prendre à moi de Texercice du droit d'asile 
rt établi chez tous les ambassadeurs du monde 
» chrétien, plusieurs siècles avant que je fusse 
» au mondé, et qui ne souffre aucune exten- 
» ^ion par l'usage qu'en a fait le comte Schlieben, 
» au-delà de celle qu'il a eue par la retraite de. 
2> cent scélérats ou meurtriers, que la mauvaise 
V observation des lois attire chez moi , tous les 
» jours , depuis quatre ans ; sans que personne 
>i ait trouvé à y redire , hors moi qui souffre 
j» beaucoup d'une si mauvaise compagnie. 

» A l'égabd de l'espèce de juridiction que vous 
» dites donc^er atteinte à la souveraineté du roi 
» votre maître ; cet article renferme une igno- 
» rance inexcusable en quiconque est en place, 
» et ne sait pas que les ambassadeurs ont , non 
yt une espèce , mais une véritable juridiction , 
» pour s'informer de ce qui se passe dans l'en- 
» ceinte de leurs maisons, et qu'ils y peuvent 
)i appeler comme témoins, tous ceux qui veulent 
» bien y comparaître ; qui est tout ce que j'ai 
y> fait, en faisant prier les sentinelles qui avaient 
» été relevées devant ma porte , de venir décla- 
» rer ce qu'elles avaient vii. Après quoi , ren- 
5) voyant tout le monde , je me suis réduit à de-» 



LIVRE VL a37 

^mander justice par la lettre que je vous ai 
» écrite , du fait que j'avais éclairci, et duquel 
D je la demande encore aujourd'hui. Pour ce qui 
j> regarde Tatteinte donnée , dites- vous , au droit 
» de souveraineté du roi votre maître , il fau- 
9 drait que ce droit s'étendît sur moi et sur ma 
» maison , ce que je suis sûr que sa majesté ne 
» prétend pas , puisque jamais aucun prince n'a 
p pensé d'être le souverain des ambassadeurs qui 
)» sont à sa cour, ni de leur suite. Ainsi , Mon- 
» sieur, toutes vos chimères , par ces éclaircisse- 
» raens^ feront voir au roi, votre maître, qu'on 
» cherche à l'engager dans un mauvais parti, au- 
» quel son inclination, et la connaissance natu* 
» relie qu'il a de ses véritables intérêts , a très 
» long-temps résisté contre les mauvais conseils 
:é d'une cabale. Ce sera donc à eux , Monsieur , 
)> qu'il faudra iinputer la mauvaise intelligence 
» que vous m'accusez mal à propos de fomenter , 
» et il ne faudra , pour en convaincre le roi, mon 
». maître, que lui envoyer 1^ lettre que vous 
» m'avez écrite, d'après laquelle il ne pourra 
» douter de quel côté sont les mauvais procédés. 
» Je voudrais qu'il me fat ai^si facile de décou- 
» vrir la vérité aux yeux du r^i' votre maître ; 
» il serait persuadé de mon respect et de mon 
n attachement pour sa personne , et du zèle que 
3> j'ai toujours eu pour affermir et augmenter 
» la bonne intelligeace entre le rçi mon maître^ 



i. 



Satisfaction 
faîte au roi 



238 V PÉRIODE. 

9 et lui : et il verrait aussi , combien ces seati' 
9 mens m'ont aliéûé les esprits dans sa cour » et 
9 'qu'il n'a pas tenu à liioi, quç jane puisse tou-- 
» jours me dire, Monsieur, vôt^e, etc. » Cette 
lettre peu mesurée ne réussit point, et le comte 
de Chamilli^fut peu après rappelé par sa cour> 
qui ne laissa à Copenhague, qu'un secrétaire de 
T70X légation. 

L i^mbassadeur extraordinaire de Venise, Pisa* 
bîiqul*de^v^ ni, fit au roi une satisfactio^n publique«pour l'ob- 
*"•«• jet suivant ( i)- Deux bannis condamnés à mort 

par la république de Venise , s'étaient mis souà 
la protection du duc de Mantoue, et avaient pris 
parti dans les troupes de France eu qualité d'offî- 
ciers. Arrivés à Venise avec des passe-ports du duc 
de MantQue et du comte de Tessé, lieutenant- 
général des armées du roi en Italie, ils s'étaient 
munis encore de celui de l'ambassadeur de France 
à Venise, où ils demeurèrent quelques jours j 
mais à leur départ ils furent arrêtés en mer, à 
dix milles de la ville, et conduits dans les pri- 
sons ; ce qui ne put se faire si secrètement que 
l'ambassadeur de France n'en fut averti , et 
aussitôt iries réclama. Mais avant que le sénat 
fût assemblé «pour délibérer 3ur la plainte de 
Tambassadeur , ils furent étranglés d<ins lar pri-> 
son , et eiiposés de grand .matin , au gibet de la 
place de Saint-Marc. Ce procédé irrita le roi^Le 

^) Mém. manmc. de Saintot^ t. IL 



LIVRE VL :i39 

pape intervint , et obtint que sa majesté se con- 
tenterait des excusea^que lui ferait un ambas- 
sadeur extraordinaire du sénat. La prière en 
fut faite' au roi, dans une audience publique 
qu'il acçprdsL le 29 de décembres 70a y au nonce 
Gualtieri. • 

ifeLe lendemain , l'ambassadeur extraordinaire 
de -Venise, Pisani, dans une audience encore 
plus solennelle, présenta au roi une lettre de 
la république dans laquelle elle lui témoignait 
le désir de perpétuer la bonne harmonie, et 
le déplaisir qu'elle ressentait que quelques pro^ 
cédures de justice eussent déplu à sa majesté» 
Le roi répondit avec autant de fermieté que de 
dignité. 

Le -marquis de Bonac, envoyé extraordinaire 1703- 

•1 _, . _, ^ - ^. i Arrestation 

de France en Suéde , en 1702, traversant la en Pologne de 
Prusse ducale, qui, alors appartenait à la Po- tr^^de fm^- 
» logne , fut arrêté par quelques troupes du comte ^®" 
Oginski , qui était entièrement dévoué aux in- 
térêts du roi de Pologne (i). 
. Cet événement fut peu après , suivi de l'en- 
lèvement du marquis du Héron , envoyé ex- 
traordinaire de France vers le roi et la république 
de Pologne , au moment où il revenait, dans la 
nuit du 10 au II de novembre, d'une assem- 
blée de seigneurs et de dames , qui s'était tenue 

' ' .,..,. I , j . . I ■ „ , „ ii, r , , . ,11 ■ I I I 

(1) Mto. de Lamberty, t. II. 



^ ' 



a4o V« PÉRIODE. 

à Varsovie dans la maison du marëcl^l de la 
cour, Bilienski. Son carvosse fut arrêté par 
quatre compagnies de dragons saxons envoyés 
exprès de Thorn , et commandés par le colonel 
Bretschneider , qui le fit monter à cheval hor^ 
de la ville , et le conduisit à Thorn , où il fut 
étroitement gardé. * 

Le marqui» de Torci se plaignit par une lettt*e 
du 3 de décembre 1702, au primat de Pologne, 
le cardinal Radjikouski , de ces deux arresta- 
tions, lui demandant, au nom de Louis xiv, si 
la république avait part aux violences Q^cercéçs 
contre MM. du Héron et de Bonac , et ce qu'ellç 
se proposait de faire pour procurer au roi une 
juste réparation ; prévenant le primat que sa 
majesté venait de donner l'ordre d'arrêter tous 
les Polonais qui se Trouvaient dans son royaume, 
pour servir de gage de la sûreté de ses envoyés. 

Le primat envoya cette lettre de Torci au roi 
de Pologne , désavouant pour sa part , l'arresta- 
tion des deux ministres de France. 

Le roi de Pologne répondit au primat une 
lettre piquante , où après l'avoir raillé sur son 
zèle pour la république, il lui disait : « Il me' 
»»paraît qu'on craint trop les maux à venijp, et 
» qu'on ne songe pas assez aux présens, aux- 
» quels il sçrait facile de remédier, au lieu de 
» s amuser à critiquer un procédé aussi juste 
3^ qjl^e celui dont on s'est servi à l'égard de 



LIVRE yi. a4i 

»'du Hëron , et qui a été mis en pratique de tout 
j») temps par les rois et autres princes, pour la 
j> sûreté de leurs personnes et de leurs états. 
» Aucune loi ne m'oblige de répondre de mes 
3) actions à qui que ce soit , qu'à la république 
» assemblée dans une diète. .«.Je pourrais d'ail- 
» leurs alléguer quantité d'exemples de ce qui a 
» été pratiqué en France , à l'égard des nonces dû 
» pape et des ministres d'Espagne , de même à 
» l'égard de ceux de France chez d'autres souver 
» rains, lesquels suffiraient pour justifier ce qui 
est arrivé ^Bonac par sa propre faute , pour ne 
»> s'être pas muni de passe-ports nécessaires , et 
2> à du Héron pour avoir fait paraître des em- 
jfi portemens dont j'ai si bien fait le détail à sa 
» majesté très chrétienne, qu'elle ne saurait ja- 
» mais approuver la conduite et les actions de 
» ce ministre. Voilà ce dont j'ai -cru devoir vous 
» informer, pour vous épargner le soin de ma 
» justification ; et j'espère que vous ferez vous^ 
.» même réflexion , combien les princes seraient 
» à plaindre , s'ils étaient obligés de souffrir les 
» insolences et les insultes que dès ministres 
rangers voudraient faire contre leurs pér- 
imes et contre leurs états. Le droit des gens 
* être réciproque , et les immunités dues 
[ractère public , exigent qu'il, ne sorte jar 
e ce caractère , s'il ne veut s'exposer à 
js respecté, etc. » 

16 



7> 



y> 



•»4a V« PÉRIODE. 

Le roi de Pologne, pour se justifier auprès du 
roi de France, sur sa conduite à l'ëgard du mar- 
quis du Héron , lui écrivit une lettre à laquelle 
11 joignit la copie des lettres séditieuses et par- 
tiales que ce ministre savait écrites , et qui avaient 
été interceptées ; observant qu'étant sorti du 
devoir de son caractère , il était déchu de la pré-- 
rogative du droit des gens. 

Il paraît que la Pologne était alors agitée par 
des factions soutenues par la Suède , et aux- 
quelles du Héron prit une part trop ouverte ; 
ce qui lui attira et à sa cour, le désagrément dont 
nous venons de parler, lequel n'eut pas pour-* 
tant des suites importantes, 
T7o3. L'ambassadeur de France près la Porte, Fer- 

l'ambaMadeur Hol , ayaut rcçu la nouvelle de la naissance du 
fvecie grwd* ^"^ ^^ Bretaguc , fils aîné du duc de Bourgogne, 
vi»ir. cTvX devoir célébrer cet événement avec éclat 

Il donna une fête pompeuse qui fut terminée par 
une îiluminaiion brillante (i). Le grande visir, 
soit pour' mortifier les Français qu'il n^aimait 
point , soit qu'il craignit qu'il n'arrivât un ix\^ 
cendîe, chose fréquente à Constantinople, en- 
voya dire à Ferrtol , par un capigr, qu'il eût à 
éteindre son illumination. L'ambassadeur rë«- 
pondit que, célébrant la naissance de l'héritier 
présomptif de 1^ couronne de Frunce , îl ne pou* 



(i) Hist. ottomane, par MigRot^ 



W ' < H " 



r 



LIVRE VI. a43 

vait pas trop manifester sa joie et celle de sa 
nation ; qu'au reste, il n'avait d'ordre à recevoir 
que du roi son maître , et qu'il était étonne que 
le ministre d'une autre puissance osât lui en 
envoyer. 

Sur ce refus y nouveau message du grand-* 
visir ; même réponse de la part de Ferriol. Eti- 
fin , le grand-visir envoie le capigi-bachi avec 
plusieurs des siens pour réitérer ses ordres, et 
déclarer à l'ambassadeur que s'il n'obéissait pas 
sur rheure, on ferait entrer des janissaires dans 
le palais de France , pour éteindre l'illumina- 
tion malgré lui. Le capigi-bachi avec une escorte 
considérable, exécuta' sa commission, quoique 
avec beaucoup de mémigement. « Soyez Us bien* 
» venus I dit Fersol à lui et à sa suite ,* vous 
» prendrez part à notre joie ; je vais vouë^Gon- 
» duire moi*méme partout-, et vous connaitrez 
y> bientôt que les alarmes du grand-visip ne spnfl 
3> pas fondées. Une illumination ne peut embra^ 
» ser un édifice de pierres , et mon palais est loin 
» de toutes les maisons de bois du faubourg/» 

Aussitôt Ferriol fait fermer toutes les portes , 
,et mettre sons les armes tous les Français qui 
étaient chez lui, au nombrç de cinq cents , pour 
faire voir, disait-«-il au capigi , combien ils avaieïit 
bonne grâce sous les armes^ Ferriol s'étant ap-^ 
proche des ambassadeurs étrangiers, il l'êiir ait 
qu'il les avait invités poui" qu'ils honorassent 



a46 V« PÉRIODE. 

toutes ses milices de se tenir prêtes à marcher : 
mais après mûre réflexion , ce Canton rappela 
ses troupes de Neufchâtel , et le roi contremanda 
la marche des siennes. La duchesse de Nemours 
arriva à Neufchâtel vie ^3 de mars 1699, et y fut 
reçue comme souveraine. Cette princesse étant 
morte à Paris , au.mois de juin 1707 , plusieurs 
prétendans à la souveraineté des comtés de 
Neufchâtel et de Yallengin se mirent sur les rangs. 
Oïl distinguait parmi eux le prince de Conti , 
comme héritier testiinkentaire de Tabbé Longue- 
ville , le prince de Savoie^arignai^ le duo de 
Yilleroi , le comte de M aiilî-Nesle ^ le canton 
d'Uri par voie de dévolution , et Frédéric 9 roi de 
Prusse , en qualité d'héritier universel de la mai- 
son de Nassau-Orange , laquelle était aux droits 
de celle de Chàlons. 

Ce monarque , dans le traité qu'il avait conclu 
avec la reine/ Anne , le a8 d'octobre i';fo4, pour 
l'ejnploi de ses troupes, y avait fait insérer un 
article secret ainsi conçu (1) : 

« Comme sa majesté fera agir ce corps de 
» troupes avec toute la vigueur [ios^ble , pour le 
». bien de la cause commune , ef qu'il est juste 
» que dans celle-ci , le sien propre ne soit pas 
» négligé , l'empereur ^ la reine de la Grande- 
» Bk*etàgne , les états-géUéraux et le duc de Sa- 



"^•W" 



(i)Laml»eit7, t. IV. 



LIVRE VI. 247 

%' voie s'engagent que dans les opérations qui se 
)» féi'ont du côté de l'Italie contse la France , on 
7> aura un égard fort particulier aux intérêts du 
» roi de Prusse , par rapport à ceux qu'il peut 
» avoir de ce côté^là , pat^lic^Hèretnént à se» 
y> droits sur les comtés de iSdbfchâtel et de YslU 
If lengih ; soit en procurant à sa majesté le roi 
» de Prusse^ sa possession / aussitôt qtie cela sd 
n pourra ; soit que Ton ne fera ni paix y ni trêve 
» avec la France , à moins qu'il ne soit entière- 
» ment content dè$ droits et prétentions sus^ 
» dites. » , ' i • : : 

Les états-générâux et la r^ïne d'Angleterre 
ordonnèrent à leurs ministres près lés Cantons , 
de seconder le c6mté;de Metternich ^ qui étailà 
ierne , de la part du roi de Prusse. 

Puysieyx , ambassadeur dé Franeé près les 
Gantons, informé des brigues que le comte de 
Metternich faisait dans le comté de Netrfchâtel 
en faveur du roi de Prusse , manda aux Cantons 
réforniés , « que le roi , son maître , né s<)Uffri- 
» Tait pas que la succession de NeufcMtel tom- 
» bât sur un autre que sur un des préténdans 
» qui fût Son sujet, pùiëqu'ils étaient les seuls qui 
» eussent nn droit légitime ; que ce ne serait 
» qu'à regret , si sa majesté se tfôuvaiit obligée 
» de se servir de môyêîis qui ne pourraient pas 
» être fort agréables à ceûJt de Weuféhâtél ; que 
» ces considérations devaient être assez .efficaces 



a48 V« PÉRIODE. 

» pour les empêcher de déférer la moindre chose 
}D aux prétentions imaginaires de l'électeur de 
» Brandebourg. » ' 

D'un autrecoté , Runkel présenta le a6 d'août, 
de la part des étatsMgënéraux , un mémoire aux 
trqis états de Neuffehâtel et de Yallengin ; mé- 
moire conforme à celui que l'envoyé d'Angle- 
terre y Stanyan , leur avait présenté le 25 de 
juillet précédent. L'un et l'autre mémoire re- 
commandaient les intérêts du roi de Prusse, et 
en combattant les droits des prétendans français, 
ils censuraient sans ménagement la conduite de 
la France à l'égard de ses voisins. 
. Le marquis de Puysieux se plaignit aux états 
de Neufchâtel et.de Yallengin , du mémoire peu 
mesuré de l'envoyé d'Angleteyre ^ et leur recom- 
mandait avec force la cause des prétendans fran- 
çais, les menaçant de l'indignàtion^lu roi , s'ils 
ne se déclaraient en faveur de l'un d'eux. 

Louis XIV voyant que les états de Neufchâtel 
se disposaient à donner droit à l'électeur , fit 
rendre un arrêt par le parlement de Besançon , 
qui réunissait la souveraineté de Neufchâtel à la 
couronne de France. Mais les états, sans aucun 
égard pour cet arrêt incompétent , déci4èrent , 
le 3 de m[ars 1707 , la contestation en faveur du 
roi de Prusse , et cette décision fut maintenue 
malgré les menaces de la France , qui avait porté 
des troupessur la frontière de la Franche-Comté, 



LIVRE VI. a49 

et défendu tout commerce avec Neufchâtel. Les 
ministres des puissances maritimes; Stanyan et 
Runkel , présentèrent le 21 de décembre , un 
mémoire au sénat de Berne , pour l'engager à 
soutenir l'état de Neufchâtel contre les Français. 
Le sénat de Berne ayant été d'avis que Talliance 
avec Neufchâtel subsistait toujours, il fut ré- 
solu qu'on y enverrait ^eux cents hommes en 
garnison. 

Après cette démarche , il se tint à Lagenthal 
une conférence des quatre Cantons réformés, où 
il fut arrêté qu'on enverrait des députés au mar- 
quis de Puysieux pcxur demander la neutralité 
et le rétablissement du comnirerce deNeufchâteL 
£n même temps , il fut résolu que si l'un des 
membres du corps helvétique venait à être at- 
taqué , on repousserait la force par la force. Bien 
plus f le canton de Berne envoya quatre mille 
hommes sur sa frontière , du côté de la Franche- 
Comté. Cependant l'ambassadeur de France 
ayant obtenu la convocation d'une diète à Ba-^ 
den , il lui signifia de la part du roi , « que ce 
>i prince promettait de laisser jouir le comté de 
» Neufchâtel d'une parfaite tranquillité , si les 
» Cantons en général y voulaient s'engager à faire 
» sortir de cet état , les officiers de l'électeur de. 
» Brandebourg (1) , et garder en séquestre la 

— r - Il I ■■ Il - III iM ■ iiii I r -r -I I -m— ■ * ■ — I — ^i» 

(1) Ce ne fut qu'à la paix d'Utrecht , en I7i3, que la 
France reconnut cet électeur en qualité de roi de Prusse. 



:i5o V« PÉRIODE. 

ii ville et comte de Neufchâtel et de Vallengin et 
^ leurs dë{>endances ^ jusqa à ce que la paix étant 
31 Élite , an pût convenir d'un tribunal e'quita- 
i ble pour juger les droits dés prétendans à cette 
y> souveraineté. >» 

La diète de Baden prit , le 5 de février , un 
arrêté, pour obtenir du roi la neutralité du pays 
de Neufchâtel , assurant sa majesté que les Can- 
tons feraient en sorte , « que par Neufchâtel et 
i ses dépendances , Ton n'entreprit rien de cbn- 
j» traire directement ou indirectement contre la 
y> France ; bien entenduqu'ils ne voulaient point 
}D»^ar-là préjudioier en ri^ ni à eux««mémes en 
» 'général ^ ni au louable canton d'Uri , ni à qui 
» que ce pût être dans les droits , prétentions 
» et compétence respectifs qu'ils ont eus, et ont 
m encore sur 'et envers Neufchâtel et ses dépen* 
» dsnceSii). •. • • 

Puysieuii répondit à cet arrêté , en réitérant 
la propositioiL du séquestre , et déclara qu'il 
n'avait point): d'ordre d'entrer en aucune pro* 
position qiii y fût contraire. 

Le canton de Berne n'étant point rassuré par 
cette réponse , invita les Grisons à la défense de 
Neufchâtel , et ils promirent de fournir en cas 
de besoin , quinze cents hommes* 

Les Cantons réformés tinrent une diète parxi* 
Culière à AràU , le 24 de mars , et renouvelèrent 
leurs instances auprès de llainbassadeur de Fraa->> 



LIVRE VI. i5t 

ce , pour obtenir du roi « qu'il lui plût d'accor- 
» der l£i neutralité aux comtés de Keufchâtel et 
» de Vallengin , et de lever la défense du com- 
» merce qui avait été faite , entre la province de 
» la Franche-Comté et ces deux comtés. » 

« 

Le roi voulut bien enfin accorder cette grâce , 
seulement pour toute la durée de la guerre , et 
la paix d'Utrecht confirma depuiis le rdi de Prusse 
en possession du comté de Neufchâtel. 

Le marquis de Puysieux avait été remplacé ^ r>V**^*, 
dans l'ambassade de Suisse par le comte de Vin- diverses de 
timille du Luc , lequel avait servi dans les ar- du roi en 
mées de terre et de mer , et avait reçu à la ba* *** **' 
taille de Cassel , un coup de feu cjuî lui avait fait 
perdre le bras droit. Ce ministre arrivatit k So* 
leure , en février 170g , k une époque où là 
France était mebâcée sut toutes les frontièi^es » 
crut que iod détoir lui commandait la plus 
grande vigilaùce pour déjouer les plifM^s des en* 
tiemîs voisins de la Suisse. Le premiei* fîrtiit dé 
ses soins fut d'apprendre que lés alliés âdrâieflt 
formé divers projets d'envahissement sur la 
Haute-Alsace et la Franche-Comté , et que ceà 
projets avaient' été conçus par Saint* Saphôrln,^ 
agent du canton de Berne à la Haye ; que les 
Impériaux qui étaient sur le Rhin , devaient 
passer par le eafiton de Bâle , afin d'assurer la 
tête du pont qu'on établirait à Neubourg , et 
qu'en même temps, le comte de Dauii devait at- 



u5a V^PÉRIODE. 

taquerle nlaréchal de Berwick par la Savoie , et 
pénétrer par le cantoq de Berne dan$ la Franche- 
Comté. ' . 

Le comte du Luc (découvrit aussi que l'on avait 
projeté de surprendre la citadelle de Besançon 
sous la conduite du b^ron d'Arnan, gentilhomme 
de Franche-Comté,, et que le comte de Merci 
deyait passer avec des troupes sur le territoire 
de Baie vers la fin d'août. 

En même temps que lecomte du Luc fit part 
de ces divers projets au roi et.aux autorités des 
provinces menacées, il agit auprès des Cantons, 
afin qu'ils eussent à observer la plus stricte neu* 
tralite, ce qu'ils promirent. La découverte des 
desseins des ennemis ne fut point vaine ; car elle 
prépara la défaite du comte de Merci , par le 
comte du Bourg, le 36 d'août. 17.019 , à Rumegrs- 
j^eim; événement très important pour la Fran- 
ce ; mais jpomme l'armée du courte de Merci 
était passée sur le territoire de Baie, en violation 
de la neutralité promise par le corps helvétique, 
le comte du Ly c se rendit en personne , à la diète 
de Baden , vers la fin d'août , et il se plaignit de 
la violatioi) de la neutralité commise par le can- 
jton de Baie , demandant hautement satisfaction 
pour le roi. 

Les Cantons envoyèrent des troupes dans le 
territoire de Baie pour fermer les passages, et 
empêcher les Impériaux de violer une seconde 



LIVRE VI. a&3 

fois la neutralité de la Suisse ; mais la France peu . 
satisfaite de ces mesures, défendit à la province 
d'Alsace d'avoir aucun commerce avec. la ville 
de Baie, et cette interdiction dura six ans* . 

Du Luc découvrit encore au mois d'octobre ^ 
un projet de surprendre Brisach , et au mois de 
mai 1710, celui de s'emparer de la forteresse de 
Landskrow; et cette connaissance suffit pour 
faire avorter l'un et l'autre dessein. 

Le comte du Luc poursuivit avec une excès- 171 r. 
sive sévérité le conseiller Tliomas Masner , con- d'aa**"côn»cii. 
seiller de Coirè. Cet ambassadeur avait nonuné ^^r ^^mbw! 
à la charge de conseiller-interprète du roi au- •*^***' ^ '*'* 
près les Ligues , David-François de Merveilleux , 
de la ville de. Neufchâtel. L'interprète s'étant 
brouillé avec Masner, qu'on accusait d'avoir 
enlevé au roi, et à ses sujets des sommes consi- 
dérables, résolut de lui préparer des chagrins.^ 
Il engagea un frère qu'il avait à Genève , à lier 
connaissance avec le fils de Masner qui demeu- 
rait alors dans la même ville, dans l'intention 
de s'assurer de sa personne , se persuadant que 
le père pour faire rendre la liberté à son fils , 
restituerait' une partie de l'argent qu'il avait 
enlevé. En conséquence, Merveilleux de Ge-. 
nève, ayant conduit le jeune Masner jusque^sur 
le territoire de Savoie (i) , des soldats français 



Jmt. 



(i) Larrey, Hist. de Louis x(V. 



-i54 V' PÉRIODE- 

apostés Baisirèiit ce dernier , et le conduisirent 
au fort de l'Écluse. 

Le père de Masnerinstruit de Fenlèvement de 
son fils , et de la perfidie des moyens mis en œu- 
vre par Merveilleux de Coire, le fit arrêter par 
des gens armés, et le retint de son autorité privée 
dans sa maison. 

A {a nouvelle de la détention du conseiller 
interprète, le comte du Luc écrivit à Coire pour 
se plaindre de celte violence, comme d'un at- 
tentat contre le droit dépens. La ville de Coire 
ébranlée par les sollicitations de l'ambassadeur, 
ordonna «r que Masnér mettrait Merveilleux en 
9 liberté ; qu'il se rendrait en personne, à Soleure 
3» près de l'ambassadeur de France , lui deman* 
» derait excuse de sa cpnduite, et le supplierait 
» d'engager le roi à relâcher son fils. » 

Thomas Masner se rendit à Soleure avec une 
députation de Coire, à laquelle le comte du Luc 
donna une audience publique , exigeant que les 
excuses qui étaient faites verbalement , fussent 
mises par écrit. Après cette démarche, Masner 
sortit de Soleure et alla à Berne conisulter lord 
Stanyan , envoyé d'Angleterre , qui trouva que 
la soumi8sion.de Masner était outrée , et qu'elle 
déplairait aux alliés. Mais Merveilleux étant 
sorti des mains de Masner , et le comte du Luc 
ayant eu la satisfaction désirée , ce ministre ne 
crut pas devoir s'occuper davantage de cette af- 



LIVRE VI. a55 

faire , et il partit pour la diète. Masper vint l'y 
trouver et voulut composer sur l'écrit qu'il avait 
signé, ou obtenir du moins la relaxation de son 
fils, qu'il réclamait comme le prit de la démar- 
che humiliante qu'il avait faite; mais le comte 
du Luc rejeta ses prières* 

Les choses en étaient 4à, lorsque Philippe dç 
Vendôme , grand prieur de France et frère du 
duc dm Vendôme , passai par la Suissç, au com*- 
mencementde novenïbre 1710. 

Masner informé de son arrivée /s'embusqua 
dans le comté de Sargans , baillage alors appar- 
tenant à sept Cantons , arrêta le grand prieur, 
et ^'emmena sur les terre$ de l'Empire , à Feld- 
kirch , après s'être cf>ncerté avec le baron de 
Greuth , envoyé de l'empereur près les Ligues- 
Grises^ 

M^ner consentit que le grand prieur donnât 
^vis de sa détention au comte du Luc. L'ambas- 
sadeur en rendit compte au roi par un courrier, 
et sa majesté lui permit d'agir en son nom , pour 
procurer l'élargissement du grand prieur. Le 
comte du Luc se plaignit vivement aux trois 
Ligues, de ce qu'on avait violé un territoire où 
la neutralité devait être religieusement gardée, 
leur deinandant justice de Masner , et qu'elles 
fissent les diligences nécessaires pour remettre 
en liberté le grand prieur avec les gens de sa 
suite; mais les ministres de l'empereur et d'An- 



a56 V« PÉRIODE. 

gleterre prirent ouvertement le parti de Masner» 
On publia de part et d'autre , beaucoup de me'- 
inoires , les uns pour justifier sa conduite , et 
les autres , pour faire sentir son attentat. Les 
Grisons écrivirent à l'empereur pour la déli- 
vrance du grand prieur , et à du Luc pour celle 
du jeune Masner ; mais ils ne purent obtenir 
ni Tune ni l'autre : enfin , à la réquisition du 
comte du Luc , les trois Ligues convoquèrent à 
Coire, en mars 17.1 1 , une diète qui condamna 
Masner à remettre le ï5 d'avril suivant, le grand 
prieur , les gens de sa suite et leurs effets , dans 
l'endroit où il les avait enlevés , ou dans un au- 
tre endroit convenable, de la Suisse, sous peine 
de l'indignation de ses souverains ; elle ordonna 
aussi qu'un tribunal particulier établi à Ilantz, 
déterminerait quelle punition pouvait mériter 
l'action de Masner. Cependant , on résolut de 
renouveler auprès du comte du Luc , les instan- 
ces pour la délivrance de son fils. Peu après , la 
Ligue des dix juridictions, par l'effet dés démar- 
ches du ministre de l'empereur et de ceux des 
alliés, élut Masner bailli deMèyenfeld, et il fit 
son entrée en cette ville, suivi de deux cent 
quarante chevaux. 

Tant d'obstacles iie rebutèrent point le comte 

du Luc> et ce ministre parvint à faire assembler 

Une chambre de justice à llantz , au mois de 

juin 1711. On y procéda juridiquement. Pendant 



LIVRE VI. 257 

rinformâtfon, le grand prieur de Vendôme avait' 
été élargi,' et quai^t à Masner, effrayé de la tenue 
de la chambre -de justice , il s'était réfugié à 
Vienne. Citè trois fois par ' le tribunal dllantz , 
pour répondre aux chefs d'è^cùsàtion portés» 
ooatrelui) et n'ayiant p^oint OOmparu , le tribu-- 
nal le déclara ;le 17* d'août , dégradé de ions ses 
emplois et banni du.pays d^s Ligués. Sa tête fut 
mise à prix, et il fut condamné à être éfcartelé 
vif, comme criminel de lèze-majesté dfivine et 
humaine. Le tribunal ordonna en outre que ses 
biens seraient confisqués ,' sa maison rasée, et 
qu'il serait élevé sur le sol une pyramide infa- 
mante. 

Masner était revenu de Vienne, et s'était ré- 
fugié dans le canton de Glaris, presque mori- 
bond et perclus de tous ses membres. Son asile 
ayant été découvert , l'ambassadeur de France 
demanda qu'il lui fût livré. Masner averti, s'é- 
tant jeté à la hâte sur une charrette , se rompit 
le cou dans une secousse violente, et alla mourir 
quelques heures après, sur les terres de l'Empire. 

L'empereur Charles vi, au Congrès de Bade en 
1714» fit demander avec instance la liberté du 
fils de Masner, et la France la refusa. 

Tel fut le résultat de cette affaire singulière et 
tragique , où l'on usa peut-être de beaucoup de 
rigueur à l'égard de Masner , en ne lui rendant 
pas son fils après Télargissement de Merveilleux; 
. IV. . 17 



\ 



a58 V« PÉRIODE. 

ce qui lë porta à la démarche fémëraire sans 
doute de faire enlever le grand prieur de France ; 
mais s'il méritait cl)âtiment, ce n'était point 
copme criminel de lèze-nugesté dUvineethu^ 
moine. Il parait que ce fut le crédit du grand 
prieur outragé , qui donna à cette affaire un 
caractère ausâi fâcheux, et dans laquelle le comte 
du Luc mit trop de passion.. 



♦ • * 



' } 



LIVRE VII. a59 



^^^ ^" ^^^^n^^^^%-% l ■mfW fc^ 



LIVRE VII. 

\ 

4 

Conférences de Moerdick et de la Haye. — Portraitt de 
Marlborongh , du prince Eugène et de Heinsias. -— En- 
tretiens de Torci avec Marlborongh. — Conférences de 
Gertrnydemberg. —Préliminaires de paix entre la France 
et rÂiiglet«rré. — Événemens de la guerre de la suc- 
cession d'Espagne. — ^ Congrès d'Utrecht ^— Sttspènsiott 
d*arnies entre la France et F Angleterre. •-» Traité de pais 
et de commerce entre les mêmes. --<• Traité de paix avec 
le Portugal , la Prusse et le diic de Savoie. — Traité de 
paix et de commerce avec les Provinces-Unies. -— Con« 
sidérations sur la paix d*tFtrecht. — Traités de Rastadt 
et de Bade. — Considérations sur Ces deux t^ités. — 
Envoi de M. de Moî^ay en Portugal $ ses instructions. -^ 
Négociations au sujet de la bulle umgmUui. — Traité 
défensif avec la Suède. — Discussion avec l'Angleterre 
au sujet du canal de Mardick. — Ambassade du sophi 
à Louis XIV. — Renouvellement de Talliance avec les 
Cantons catholiques. ->- Mort de Louis xkv ; sa politique. 
-^ Coupd*œÙ sur la cinquième période. 

JuA ffuerfe entre la France et lés alliés de pouf'» ^7^- 

" 11» . f t Conférence! 

suivait avec des désavantages si marques pour la de Moerdick. 
première , qu'elle eût désiré la paix j si elle eût 
été honorable , ou que méine elle n'eût pas été 

accompagnée de trop grands sacrifices (i). 

Il 1 I I I I. ■ I ■ ■ • 

(i)Mém. de Torci, tl. 



\ 

\ 



a6o V« PÉRIODE. 

M. Pettekum , résident du duc de Holstein à 
la Haye, pressentant ces intentions de la France, 
vint de lui-même à Versailles en 1 707 , offrir au 
ministre Torci , ses soins et son zèle pour faire 
passer secrètement et par des yoies non suspec* 
tes les propositions que le roi jugerait propres à 
amener la paix. Pettekum était un de ces hom- 
mes qui, sans mission avouée, se placent comme 
intermédiaires entre les cabinets, et se font por- 
teurs de paroles. Torci le loua de son zèle, et le 
rbi Toulut qu'on le renvoyât en le chargeant 
seulement de faire savoir au grand pensionnaire 
Heinsius, que sa majesté consentait à traiter sur 
le pied des préliminaires que lui avaient offerts 
ses ennemis. Pettekum repartit pour la Haye , 
vit le grand pensionnaire Htinsius, qui avait le 
secret des alliés , et l'engagea à poser des bases 
de négociation. M. Pettekum apporta au roi un 
mémoire à ce sujet, et la cour consentît à ouvrir 
des conférences de paix. 

Le président Rouillé , ci-devant ambassadeur 
du roi à Lisbonne, fut nommé pour aller en 
Hollande , où son voyage et ses démarches de- 
vaient être d'abord un mystère. 

Les instructions qui lui furent .données , 
l'autorisaient. à déclarer dès l'ouverture de la 
négociation^ que la France consentait à aban- 
donner l'Espagne, les Indes, le Milanais et les 
Pays-Bas; et à accorder aux Provinces -Unies 



f 



LIVRE VIL afir 

une barrière et un traité de commerce avanta- 
geux. 

Les royaumes de Naples et de Sicile , ainsi que 
la Sardaigue et quelques places de Toscane, 
étaient les seuls pays que le roi réclamait pour 
Philippe v; il permettait même à M. Rouillé de 
se désister de la Sardaigne et des places de la 
Toscane ; mais ce désistement devait être gra- 
duel. Il était prescrit à ce ministre, comme gage 
de ses dispositions à la paix , de supprimer dans 
les conférences toute expression capable délais- 
ser croire que la cpur de France cherchât à fo- 
menter la jalousie de la Hollande envers la cour 
de Vienne, qui convoitait les Pays-Bas. « La bonne 
y> foi et la sincérité , dit le marquis de Torci , 
» étaient les guides que le négociateur devait se 
» proposer dans les ordres du roi. » 

M. Rouillé partit le 5 de mars 1707, pour 
Moerdick , où il entama des conférences avec 
MM. Buys et van Derdussen , députés des Pro- 
vinces-Unies. Elles se contînuèrept dans un 
grand nombre de séances, où l'on traita des 
intérêts de toutes les puissances belligérantes , 
sans rien arrêter , parce que le prince Eugène 
et lord Marlborough , qui étaient tout-puissans, 
s'opposaient à la paix. 

Les conférences furent quelques jours sus- 
pendues^ mais reprises le 2 1 d'avril, à Boedgrave, 
yillage.à dix lieues de la Haye /Les comiuissaires 



\ 



a64 V* PÉRIODE. 

ment des affaires, soit à pénétrer les desseins 
des ennemis. " 

La dépêche qa'pn avait destinée pour le pré* 
sident Rooillé, servit d'instruction à M. de Torci, 
et il lui était facile de s'en pénétrer, puisqu'il 
en était l'auteur. 

Le roi, après s'être plaint du peu de droiture 
des députés hollandais et de leurs variations 
journalières , disait : « Vous demanderez que , 
y> puisque tant d'avances que vous avez faites 
j> ont été jusqu'à présent inutiles, et que celles 
TD que vous pourriez faire , tourneraient vrai- 
yt semblablement contre mon service , on vous 
» délivre au moins un plan raisonnable des 
p prétentions des Hollandais et de leurs alliés ; 
9) car il est impossible de regarder comme tel 
» celui que les députés ont présenté dans la 
» dernière conférence.... 

» Vous attendrez leur réponse ; mais soit 
» qu'elle vous contente, soit que vous receviez 
» d'eux de nouveaux refus , vous userez de la 
» même patience que vous ayez témoignée jus- 
» qu'à présent ; et quand ils auront parlé, mon 
» intention est que vous ajoutiez Maubeuge aux 
» offres que vous avez déjà faites, quoique je 
» vous eusse ordonné de réserver cette place 
yf pour la dernière extrémité, et seulement en 
» cas qu'elle servît à la décision delà paix. 

» Si cette place ne]su£ût pas peur la conclure-, 



^ 



\ 
\ 



LIVRE VII. a65 

» et si les députés de Hollande insistent encore 
» pour obtedir Tournai, vous emploierez' toute 
> votre adresse et tous vos efforts pour conser- 
» ver une ville èi importante , et que je regarde 
» toujours comme étant de l'ancien domaine de 
» ma couronne ; mais enfin je veux que vous 
» vous relâchiez aussi sur cet article , plutôt 
» que de perdre la conjoncture de terminer la 
» guerre avant l'ouverture de la campagne. 

» Après tant de condescendance de ma part , 
}i j'avais lieu de croire que les Hollandais ne per- 
» sisteraieat plus à garder Lille et sa châtellenie ; 
» mais l'aveu que les députés vous ont fait de 
2> l'artifice dont ils ont usé avec vous à cette occa- 
» sion , me fait douter des intentions de leurs 
» maîtres, jusqu'à ce qu'elles soient bien pré* 
» cisément expliquées. Je m'attends donc à de 
9 nouveaux assauts que vous aurez à livrer , pour 
D que Lille et sa châtellenie me soient restituées, 
» et vous ne devez rien oublier pour y^ réussir; 
» car il est si essentiel pour mon service , de les 
» retirer des mains de mes ennemis , que si vous 
» ne pouvez y parvenir sans donner un équi« 
.». valent, je consentirai pour cet ieffet, et vous 
» jugerez avec quel regret, à démolir les fortifi- 
» cations de Dunkerque que je garderai ra^, 
» et. à combler son port. 

2> Vous n'userez qu'à la. dernière extrémité de 
» cet étrange expédient. S'il arrive même que 



N 



a66 V« PÉRIODE. ^ 

» TOUS soyez forcé de le proposer pour recouvrer 
9 Lille , faites eu sorte qu'il serve aussi pour sau- 
» ver Tournay. Enfin réduisez^vous à retirer 
» Lille , si la proposition que v6us ferez de Dun- 
» kerque , ne suffit pas pour me conserver Tour- 
» nay , et pour obliger mes ennemis à me rendre 
» Lille ; et à la ^^rnière extrémité désistez -vous 
» aussi de Lille , plutôt que de ne pas conclure* 

p Vous serez étonné en lisant cette dépêche , 
» des ordres qu'elle contient, si différensde ceux 
» que je vous ai donnés jusqu'à présent , et que 
» je croyais encore trop étendus; mais je me suis 
» toujours soumis à la volonté divine, et les 
M maux dont il lui plaît d'affliger mon royaume, 
30 ne me permettent plus de douter du sacrifice 
9 qu'elle demande que je lui fasse de tout ce qui 
» pouvait m'étre le plus sensible. 

» J'oublie donc aussi ma gloire et mes in té- 
>» rets sur Tarticle qui regarde le rétablissement* 
» du traité de Westphalie. Insistez le plus que 
» vous pourrez sur l'exécution de celui de Rys- 
» wick. Faites voir , selon vos instructions pré^ 
» cédantes, la difficulté de revenir présente- 
3> ment à celui de Westphalie. Exposez que son 
» interprétation sera une nouvelle source de 
» questions, de disputes, et peut-être de guerre» 
)> Mais après avoir épuisé toutes les bonnes et 
j» solides raisons que vous pourrez employer , si 
>^ elles sont inutiles >* consentez à céder sur cet 



LIVRE VII. a67 

» article. Observez en même temps que Stras* 
» bourg retouraaat en conséquence à son pre* 
» mier état de viUe impérîalef voisiiie des terre* 
» de la .maison d'Autriche, subira bientôt la 
» domination de l'empereur ; ainsi ce prince 
» aurait une forteresse redoutable pour TAlsace, 
» Vous savez avec quelle peine j'ai consenti à 
9 céder TEspagne; vous poutez juger de celle 
» que j'aurai à réduire encore le partage du r6i 
n mon petit -fils au seul royaume de Naples. La 
» Sicile est leseul étatde l'Italie, qui lui soit de- 
D meure fidèle. S'il le perd , je ne puis le croire 
D en sûreté au milieu des Napolitains, révoltés 
9 contre lui pendant qu'il était encore maître 
j> de l'Espagne. Les revenus du royaume de 
» Naples ne suffiront pas à beaucoup près, pour 
D soutenir la dignité royale. Pressez donc et in- 
» sistez pour obliger les députés de Hollande à 
» maintenir ce qu'ils vous Qiit promis. Vous 
9 avez d'abord demandé la Sardaigne, et les 
» places dé Toscane , pour les joindre aux Deux- 
» Siciles ; ils ne se sont récriés que sur cette ad- 
9 dition.. Quand je m'en suis désisté , ils vous 
9 ont fourni les termes qui devaient exprimer la 
» réserve de Naples et de Sicile ; qu'ils réfléehis- 
» sent sur ce qu'ils diraient, si vous leur pro^ 
» posiez une variation pareille à celles que vous 
» essuyez de leur part. J'accorde à meS ennemis 
» des avantages assçz grands pour réserver au 



aêS V* PÉRIODE, 

» moins ces deux royaumes en faveur du roi , 
» m^n petit-fils ; mais après avoir expliqué le 
» motif de tant de cessions que je vous permets 
» de faire pour conclure la paix, j'y ajouterai 
» encore celle de la Sicile , si elle est absolument 
» nécessaire pour terminer la guerre. 

» J'ai peine à croire que les Hollandais veuil- 

3) lent m'offenser personnellement , en me de- 

» mandant de laisser au duc de Savoie ce qu'il 

»> occupe en Dauphiné. A la vérité, je regarderais 

3» cette opiniâtreté comme une insulte de leur 

» part, et comme l'effet d'une résolution déter- 

» minée de continuer la guerre. Ainsi , je croirais 

n inutile de prolonger une négociation que les 

y> mal intentionnés auraient eu le crédit de faire 

» échouer par une aussi faible considération. 

» Je ne change donc en rien les ordres que je 

y> vous ai donnés sur l'article du duc de Savoie ; 

» savoir, de retirer Exilles et Fénestrelles, et 

» tout ce qui est du Dauphiné. £t quant à ceux 

» que celte dépêche contient, mon intention 

» est que vous employiez toute votre habileté à 

» ne vous en ouvrir que par degrés ; que vous 

» ayez une extrême attention à ne les pas épui- 

» ser , comptant que vous me rendrez un ser- 

D vice considérable, et que je vous saurai un 

» gré particulier de ce que vous réserverez des 

» pouvoiA que je vous donne. 

• » Les conditions que les Hollandais veulent 



LIVRE VIL a69 

» prescrire iaur électeurs de Cologne et de Ba- 
» vière, sont si dures ^ quHl vaudrait peut-être 
p mieux les remettre aux'cohférences publiques^ 
21 que de les régie ncomme articles préliminaires. 
» La raison est que lorsqu'il y aura des ministres 
» assemblés pour la paix ^ ces princes pourront 
» soutenir leurs droits , et qu'aU' moins , voyant 
» les difficultés qu'on oppose à leur rétablisses^ 
» mentv ilà ne se plaindront pas que je les aie 
» oubliés. 

^ » S'il est impossible d'obtenir la restitution 
>> du Haut-Palatinat en faveur de l'électeur dé 
» Bavière , il faudrait au moins stipuler pour 
» lui 9 que cette province et la dignité de pre* 
» mier électeur retourneraient dans sa branche, 
» lorsque celle.de Neubpurg serait éteinte. Mais 
» vous jugez bien que constatant à de6 condi- 
»> tions plus importantes et plus essentielles pour 
» moi , je ne différerai pas la paix sur les dc- 
» mandes que les Hollandais, font à l'égard des 
» deux électeurs de Bavière et de Cologne. 

» Il me reste à vous marquer, que leroi d'An- 
» gleterre est résolu à me demander de sortir 
» de mon royaume après la paix , pourvu que 
iMà subsistance soit assurée , et qu'on lui pro^ 
» pose un lieu où il puisse demeurer en sûreté. 
» Je ne vois pas que les Hollandais aient répondu 
» à ce que je vous avais marqué sur cet article. 
» Voilà quelles sont mes intentions. Il est d^ 



^7^ V« PÉRIODE- 

ayait quitté dans sa jeunesse la cour de Louis xiv 
par dépit du peu de cas que ce prince avait fait 
de sa personne , et le ressentiment élevant son 
ame , lui avait fait chercher dans les succès de 
la guerre , des moyens éclatans de vengeatice. 

• Le pensionnaire de îloUande , Heinsius , était 
généralement regardé comme un homme sage 
et solide , d'une expérience consotnmée et d'une 
probité à l'abri de la corruption. Son abord 
était froid, mais sans' rudesse ; sa conversation 
polie,, son extérieur simple , sa maison sans 
faste. Flatté de la cour que lui faisaient Marl- 
borough et le prince Eugène , il était non moins 
qu'eux opposé à la paix , et méditait de ramener 
la France au traité de :¥ervins. 

Tels étaient les trois* personnages que Torci 
avait à combattre ; personnages aussi redotitables 
par leur génie que par l'ascendant que chacun 
d eux exerçait sur ses matrres , dont il avait en 
qu!elquë .sorte toutes les forces à sa disposition. 

M. dte Torci descendit à la Haye, cKez le pen- 
sionnaire Heinsius ^ avec lequel il entraaussitôt 
en matière sur les demandes^qui avaient été fai- 
tes au président Bjomillé dans les coi^féi^ences de 
Moerdicket dé Boergravé ,* par MM* feuys et 
vaii Derdussen, lesquels furent'cuip-ïft^ m es pré- 
sens aux entretiens entre M. de Torci igt Heinsius. 
Maïs lest deux premières conférencesl furent sans 
résultats ,. parce qn'jDu attendait à la Haye le 



LIVRE VIL ii73 

loFd Marlborough , qui paraissait devoir donner 
aux affai;res leur vraie direction. En attendant, 
M. de Torci fit venir à la Haye le président 
Rouillé , ce persuadé , dit-il , qu'une idée bonne 
» et débattue entre deux personnes y en devient 
•meilleure. Si l'un a.'aperçoit pas le défaut du 
9 projetqu'il a formé , l'autre le découvre ; et tous 
» deliXy de concert, le rectifient. Les contradic- 
2> tions éclairant , quand elles naissent du désir 
» réciproque de chercher le bien et cje le trouver.» 

Lord Marlboroufiih. , lonÂ-temps attendu à la Katretien 
Haye^ y arriva ennn. On saura gre peut-être , de Marlborough. 
donner ici. une partie de la dépêche, de M. de 
Torci au roi , du 22 de mai 3 709 ^laquelle entre 
dans un grand détail sur ses entretiens avec 
Marlborough. Il y a quelque chose de piquant 
à se trouver^ ppur ninsi dire, face à, face avec 
un général qui tant de fois porta l'alarme dans 
le cœur altier de Louis xH^. 

u Aussitôt, dit le ministre , q|ie le duc de 
» Marlborough ifut arrivé , je priai le sieur Pette- , 

3> kum de lui demander quand, je pourrais Iq 
» voir. Après qu'il eut consulté le pensionnaire 
» et enveloppé de beaucoup d'excuses et de com^* ) 

» plimens la liberté qu'il prenait de mè marquer 
» une heure , et de ne pas prévenir ma visite , 
» j!aliai chez Ipi l'après-dîner. Si je. rapportais 
» à votre majesté toutes les protestations qu'il 
» me fit de son, profond respect et de son atta- 

ïv. j8 



^74 V* PÉRIODE. 

» chement pour elle ^ et du ^ésir qu'il a de me- 
9 piter un jour sa urotection , je remplirais ma. 
» lettre 4e ohosjes mcHos essentielles que celles 
x) dont je dois vous rendre Gofnpte. Ses discours 
» sont fleuris. Je reras^rquai dans ceux qu'il me 
» tint , beaucoup d'art à nommer M. le duc làB 
y> Berwick et M. le marquis d'Alègre. Xe m'ea 
D servis , Sire , pour lui faire connaître dans la 
» suite de la conversation que j'ëtai» informé de 
» toutes les particularités de leur commerce 
3» avec lui , et que vos sentimens n'étaient pas 
i> changés. Il rougit , et passa aux propositions 
» faites pour la^ paix. Le pensionnaire l'avait 
x> informé le ma^în , de toutes le& circonstances 
2> que M. de Marlborough n'avait pu savoir de- 
» puis son départ de Loadrea» Je- croyais qu'il 
» n^aurait -rien à demander poujr l'Angleterre , 
3> étant instruit des offres que j'ayais faites à 
» l'égard de Dunkerqtil ; mais il me dit qu'il avai t 
» un ordre exprès de la reine Anne , d'insister 
» particulièrement; sur la restitution de Terre - 
» Neuve ; que cet article intéressait si vivement 
» toute la nation , que ce serait faire un plaisir 
j> personnel à sa maîti*esse , que de le régler 
» comme acte préliminaire. 

» Je lui avouai que les instructions de votre 
x) majesté nouis manquaient sur ce point ; que 
» véritablement j'étais pers^iadé qu'il ne rom- 
» prait pas la paix , et qu'on pourrait aisément 



LIVRE VII. 375 

« 

D le régler , ôii par des éthanges , ou par des 
j» restitutions réciproques de la part de l'Angle- 
» terre. Il a conduit avec lui milord Townsend, 
» destiné pour assister de la part de l'Angleterre , 
p aux négociations de la paix. 
. j» M* de Marlborough me dit que nous pârle*^ 
» rions plus en détail avec lui sur Taffaire de 
n Terre-Neuve. Il ajouta que le même lord avait 
» des ordres au sujet du roi d'Angleterre , qu^'il 
» nomma prince de Galles ; il me témoigna unei 
» extrême envie de le servir ^ comme le fils d'un 
» roi pour qui il m'a dit depuis , qu'il aurait 
» voulu donner ton sang et sa rie ; qu'il croyait 
» qu'il était 4^ son intérêt de spirtîr de France ; 
}» et quand je lui demandai en quel paysirse 
» retirerait, et comment il y subsisterait , il con^ 
» vint , sur ce. premier article ,. que ce prince 
» serait le tnaître de choisir lé lieti où il vaudrait 
» s'établir , et qiî'il jouirait d'^ne pleine, sûreté 
» et entière liberté d'aller oùil jugerait à propos* 
» L'articledela subsistance reçut plus de diffî** 
» culté> Je lui proposai l'expédiât du douaire 
» de la reine: Il m'exposa les obstacles que les 
» lois d'Angle temapporterai^it' au paieitientde 
» cette somme ;. et me pria cependant d'insister 
p fortement sur cet article, lorsque hii et milord 
D TowDSend m'en parleraientdàns les confei^en^ 
» ces que nous aurions ensemble. J'ai , dit-il , 
» un surveillapt dans sa personne , quoique ce 



,% 



X 



576 y' PÉRIODE. 

» soit un fort honnête homme quej^ai fait choisir^ 
» et qui est dif parti des Wights, je dois en sa 
^' présence , parler comme un Anglaisopiniâtre ; 
j) mais je souhaita de tout mon cœur pouvoir 
» servir le prince de Galles, et que vos instances 
» m'en donnent les moyens. Il me fit beaucoup 
» de confidences de cette espèce , et toutes pour 
» appuyer les raisons qu'il avait de résister à ce 
» que je lui proposais» Il s'étendit avec<5e même 
» air de confiance sur l'extravagance de sa na-> 
vision , si Jolie , dit-il , quelle ne met point de 
» bomei à ses idées ; qu^elle croit qu il est de 
» son intérêt et quelle est en état de ruiner la 
» France , quoique les gens sages , mais qui ne 
» sont pas les maîtres, soient persuadés comme. 
» moi, .qu'il est temps de faire une bonne ^aix. 

» Après de pareils discours , jen'avais pas lieu , 
» Sire , d'attendre beaucoup de complaisance de 
»^a part, sur un partage pour le roi d'Espagne ; 
» ainsi je disputai vainement pour l'obliger d'en 
» convenir. Je proposai 3uecessivement Naples , 
» ensuite la Sicile. Je rebattis toutes les mêmes 
a raisons dites /tant de fois au pensionnaire et 
» aux députés de cette républiqtie. 

» J'avais reçu la veille les ordres de votre 
» majesté, parlecouirier qu'elle m'a renvoyé le 
» 14 de ce moisv Le temps de conclure et de pré- 
V venir la campagne me paraissait pressant. Je 
» crus qu'il n'y avait pjus à diffécer de me servir 



tlVBE Vil. «77 

M de la permission que yqtre majesté me.^pQgait 
j» d'abandonner également toutes les parties de 
» la moinarchie d'Espagne. M. de Marlb^rough. 
» m'àsç^nra quexî'était ri;i,nique. moyen dç «faire 
3» la paix V dont il continua de temoigqef* ua 
» extrême désir ; ne sppgean t désormais, ,.dit;-il, 
» qu'à vivr^ ep repos , et regardant uuiau.çfnent 
9 la main de Dieu dans lesavantagei» svM^pr^nf^ns 
3» que les alliés avaient ^us peiida^nt^cetteiguerre. 
» C'était à cetteipain topte-j)uissapte9 q^'il 
3» attribuait leur uniqi^ si étonnante;^ ç;^t^^2/; 
» nations dont leur arn^ée est composée , pensent 
» et agissent comme un. seul homme ; et • coati - 
» nuan t avec , fa même , modestie apparente ;, . il 
» me dit que si l'on faisait la campagne ^ ilsjie 
» sçraient^pas^Nen peiqe de.subsistanoes^ et ff^e 
» leur flotte liçUrappoR^çrait des grai^ns:qui ^.e- 
» raient débarqués à Âbbeville , etc. f^,^ . 

» Dans la conféreace générale qui^ffi4; tçnue 
» le.aq. de. mai , chez :Ifr:pensipnnai^|et>][|^insius ^ 
» les 4eux minisjrei^,^!-^nglej^erre ,^lp duc de 
» 'Msir.lborpugh. et milojfd To^vnsen^ ,^jçplifl[^^ 
» rent des patentions ^e Cette couronijie. Les 
» principales diffijcultésjétaîeat leyées ^I^^^eules 
» qui restaieat» regardaient la sortie du ^tpjijjde 
>j la Grand^rBratagne hprs de la France ^.çfi sub- 
» sistgnce et l'article de,TerrerNeuve, . ./t«.. 
/ j>Ilsconvinr.ait sur la,pi:çnî,ière, que.ce.grti^ce^ 
)i qu'ils nommèrent tqujour3 Iç prince de Galles,, 



a$o V* PÉRIODE. 

yt nie des Anglais était sur. ce point unanime, 
,». que jamais la nation ne c<Hisentirait à laisser 
ï> N£tples et la, Sicile kxm prince français, pas 
» même un seul de ces roy«tumes; qu'aucun mi- 
» niafre d'Angleterre n'oserait en «couler la pro- 
»positioiÉ*, 'éiïQOTe méins l'appuyer. UiaYouait 
» cependant que sa nation avait besoin de repos; 
>»fmàis il. gardait le silence sur les mouvemens 
» intérieurs dont» elle était agitée , etc. » 
< La conversation donna lieu de parler de choses 
étrangère^ à .la négociation» JVIarIborough dit à 
rpcfîUs<on,d.e la campagne pré(^enter qu'il »'a- 
vait j^mai^ compris comment il était entré .dans 
l'esprit des générauXjfrançais; de garder, pair- 
dant lespace de trente lieues , les boi^d^ de 
llEscaut , et de se flatter qu'ils empêoheraieut 
quatre-vingt, mille hommes , de le «passer en 
quelqu endroit de son cours. ,, 

Pendantles intervalles. des conféî>ebces j lord 
MarlborougUet le prince Eugène s'en^tçetenaiçnt 
avec 3^.. de Torci , çt r^^s^rwifiraient dèi& dilïëren- ' 
tes circpnstances d^ Ijeurs campagnes ^ aUssi bien 
que defi|faute5 des ge'né»aui français-, le tout 
sans aucun air d^ fanfaronnade. 

On a dit ei^: plusieurs ouvrages, que Marlbo- 
roughélait fort avide d^ai^ent,* Il ne paraît pour- 
tant paa qoe ce penchant fût chez lui dominant, 
puisqu^il; se refusa à trahir la cause des alliés, 
malgré. ies offres immenses, que Jui fit faiia 



1[.IVRE VII. • a8i 

liOuU xiy pour. le. gagner ; ce qui résulte de la 
dépêche du. roi au marquis de Torci , en date 
du i4 de mai 1709. 

or Je ne doute pas , dit ce monarque ,, que vous 
» ne profitiez des occfisions que vûi^ aurez de 
» voir le duc de Marlborough , pour lui faire 
y> connaitre .que foi été informé des démarches 
» qu il a faites pour ejry^çher les progrès des con- 
» fér^rices pour la paix , ei même pour les faire 
» rompre; que fencUMé d'autant plus surpris , 
» que /avais lieu de croire ^ après les a^urarices 
» quil en ayait données^, qu'il voulait j^ contri- 
» huer y et que je s^rçis,bien, aise qu'ils s'attirât 
» par ^a conduite la récompense que je lui ai fait 
Tfi promettre; et pour vous mettre en état de vous 
. » en expliquer encore plus clairement avec lui, je 
» veux bien que vous lui donniez imc parole pré- 
^ cise^queje lui ferai remettre d^ux. millions dç 
» liyres , s'il peut contribuer par ses offices à me 
-» faire obtenir V une des conditions suivante f : ,, 

» La réserve de Naples et de ,^icile pour le roi 
» jnon petit'fls y ou enf^ la réserve de Naples 
» seule à toute, extrémité. Je Uii ferais la même 
» gratification pour Dunkerque çQnseryé sous mon 
Ti^obéissance y avec son port et ses fortifications ^ 
» sans la réserve de Naples et de la Sicile. Même 
^ gratification pour la $imple. conservation de 
,v Stra^M)urg , le fort de Rehl excepté , que je 
9 rendrai à TEmpire dans l'état où il était lor^~ 



j 



a84 V« PÉRIODE. 

Eugène. D'après ce^ prélijniawe^ , renfermés 
en quarante s^rtîcle^, la France devait, dans l'es- 
pace de deux mpi^, Feçonnaitre publiquement 
le. roi Charles iii. (l'archiduc). eix.qualité de: roi 
d*£spagne , des Indes, de Nap^çs et d^ Sicile , et 
généralement de tous 1/es ët^ts compris sous le 
nom de monarchie espagnol^ ; !Çt le duc d'Anjou 
devait sortir de l'Espagne avec sdn épouse. 

La France devait ^remettre à. l'empereur Stras- 
bourg , le fort de Rehl, Brisach , Landau , et pos- 
séder désormais l'Alsace dans, le sens littéral du 
traité de.We&lphalie,en.! sorte .qu'elle se con- 
tenterait du droit de préfect;Qre i^M^les éix villes 
impériale^. .,.'.]-./ 

La France devait céder bv(%^ provinces-Unies 
Cassel, Liljf, , .Mdubeuge ) Tournai ^ Condé et 
autres places.yxetc*., et par suite de ces çoucesr 
sions, il devait y avoir eessatjofi d^armes jusqu'à 
. la çpnçlusioade la paix génfi^ale^ ; ' . 
• M. de Terci refusa désigner pes prélirninai- 
res. : la cour; dfi^ywsaiUjesJesi rejeta, et publia 
une circulaire conte^^nt.J^s'iaïQtîf^ du i:^jet. 
« L'espérance d'uqie, paix pr9c^ain^(i}, disaitle 
» roi 9 était SI généralement répandue dansmon 
ji> royaume: ,. que je crpis deyoik' à Ija fidélité ^ que 
» mes peuples m'ont témoignée pendant le cours 
t de mon règne ,, la consolation de lés informer 

• r « 

(i) Hi»t, d'Angleterre, pat Kapin Thoyr^s, t. XIL. . 



lij 



LIVRE Vil a85 

i> des raisons qui «mpêchent encore qa'ils ne 
j» jouissent du rep^os ((ne j'avais dessein .de leur 
» procurer, . 

D J'aurajs accepté pour le rétablir , des condi- 
» tions opposées à la sûreté de mes provinces 
» frontières. Mais plus j'ai témoigné de facilité, 
31 et d'envie de dissiper les ombrages ^ que mèj^ 
» ennemis affectent de conserver de ma puis* 
3» sànce et de mes desseins , plus ib ont multi- 
» plié leurs prétentions ; en sorte qu'ajoutant 
» par degrés de nouvelles demandes aux pre- 
» mières , et se servant ou du nom du duc de 
» Savoie , çn du prétexte de l'intérêt des princes 
» de l'Empire ^ ils m'ont également fait voir qu^ 
D leur intention était seulement d'accroître aux 
9 dépens de ma couronne , les états voisins de 
n la France, et de s'ouvrir des voies faciles pour 
3> pénétrer dans l'intérieur. de. mou royaume, 
>» toutes les fois qu'il conviendrait à leurs inté- 
30 rets de commencer une nouvelle guerre. Celle 
» que je soutiens et que je voulais finir , ne se- 
2> rait pas même cessée , quand j'aurais consenti 
» aux propositions qu'ils m'ont faites. Car ils 
)> fi^xaient à deux mois , le temps où je devais de 
» ma part ^exécuter le traité ; et pendant cet in- 
^» tervalle j ils prétendaient .m'obliger à leur li- 
yt vrer les places qu'ils me demandaient dans les 
» Pays-Bas et dans l'Alsace, et à raser celles dont 
9 ils exigeaient la démelitioii, 11$ refusaient de 



\ 



a88 V PÉRIODE. 

» avec raison , mais qu'il faut acquérir par de 
» nouveaux efforts , puisque les conditions hu- 
» miliantes que j'aurais accordées, spnt inutiles 
p pour le rétablissement de la tranquillité pu- 
» blique. » ^ 

Cette proclamation produisit un granoeffét , 
et procura à Louis xiv^ les moyens de continuer 
une guerre , pour laquelle toutes lés ressour<!es 
commençaient déjà à manquer. 

L'élévation d'ame de ce prince se déploya 
dans cette situation critique , et il fut parfaite- 
ment secondé par son petit-fils, Philippe v, qui 
lui écrivait peu avant la rupture des conférences 
de la Haye. 

<K Mon parti est pris ( i ) , et rien ne peut me 
» faire changer. Dieu m'a mis la couronne d'Es- 
» pagne sur la tête. Je la soutiendrai tant que 
D j'aurai une goutte de sang dans mes veines. Je 
D le dois à ma conscience , à mon honneur et à 
» l'amour de mes sujets. Je suis sur qu'ils ne 
» m'abandonneront pas, quelque choséquim'ar* 
» rive, et que sij'expoise ma vie à leur tête, eom- 
3» me j'y suis résolu juslqu'à la dernière extrémité 
S) pour ne pas les quitter , ils répandront aussi 
» volontiers leur satig pour ne pas me perdi^e. 
» Si j'étais capable d'une lâcheté pareille à celle 



< I I ^Itm^^ém 



(lyL^ettre de Philippe t à jLonîsxiv. Mém. milit. et polit., 
t. IV. 



^ *r 



LIVRE VII. aSg 

» de céder mon royaume, je suis certain que 
» vous me désavoueriez pour votre petit-fils,.... 
^> Je ne quitterai l'Espagne qu'avec la vie , et 
» j'aime , sans comparaison , mieux périr , en 
#> disputant le terrain pied à pied, à la tête de 
» mes troupes ^ que de prendre aucun autre 
)» parti qui ternirait, si j'ose le dire, la gloire 
» de notre maison , que je ne déshonorerai 
jf> certainement pas, si je puis» » . 

Les ennemis ,4e la France , flattés de l'espoir 1710. 
d'écraser Louis xiv , «se refusaient à renouer une je ^ ceruuj- 
iiégociatioti (i) : dissimulant avec adresse leurs ***^*'5- 
préf entiolis , ils ne mettaient en avant que des 
arrangemens provisoires 9 des trêves, des pro- 
messes , des projets ; et plus Louis xiv désirait 
la paix, plus les alliés affectaient de répousser 
ses désirs. La leçon était sévère , mais juste ; les 
esprits vains qui ont abusé de la victoire , méri- 
tent d'être humiliés par la victoire. Enfin , les 
Hollandais qui avaient toute la confiance des al- 
liés, consentirent à ouvrir, le 10 de mars 1710, 
dé nouvelles conférences à Gertruydemberg. 

Les plénipotentiaires français étaient le ma- 
réchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac. 

Nicolas du filé , maréchal d'Huxelles , destiné 
d'abord à l'état ecclésiastique, était passé depuis 
dans le service militaire. En 1689, ^^ ^^ rendit 



■ I < » ^ " 



(i) V^jn. de Torci, et Hist* du c^rditial de Polignac. 
IV. 19 



ago * V« PÉRIODE. 

Mayence, qu'après cinquante-six jours de tran- 
chée ouverte, et en 1703, il avait été élevé au 
grade de maréchal de France. Dans une négo- 
ciation aussi épineuse , on avait jugé à prcfpos, 
de lui donner pour adjoint l'abbé de Polignac, 
qui avait été rappelé de Rome où il exerçait 
la charge d'additeur de Rote, et il s'était déjà 
signalé dans plusieurs négociations délicates. 

Les plénipotentiaires hollandais étaient les 
sieurs Buys et van Derdussen. Le premier, sous 
les dehors de la simplicité , cachait beaucoup de 
finesse,, et une ame fière et républicaine : il 
commença par établir les droits de la nfiaison 
d'Autriche sur toute Ja monarchie espagnole , 
soutenant qu'elle appartenait à l'archiduc seul, 
et que Philippe v , détenteur injuste de la cou- 
ronne d'Espagne , la devait restituer , sans que 
la France eût le droit de s'en réserver la moin- 
dre. partie. ' 

..Lés plénipotentiaires français offraient de 
rétablir le traité de. Munster dans toute sa vi- 
gueur, de démolir les fortifications de Stras- 
bourg , de ne garder pour Philippe v que le 
royaume de Naples, et d'éloigner de France, le 
prétendant ou le roi Jacques m , pourvu que sa 
subsistance et sa sûreté fussent garanties psjf un 
traité solennel» Ces propositions étaient à peu 
près les mêmes que celles faites par le ministre 
Torci , ails conférences de la Haye. •^ 



LIVRE VII. ^ agr 

Les plénipotentiaires hollandais insistaient 
pour que le roi , non-seulement cessât d'assister 
«on petit-fils, en retirant Ses'troupes d'Espagne^ 
maisqu'il s'engageât àemployer , sous deux mois 
ses propres forces pour contraindre Philippe t à 
descendre du trône. Ils exigeaieni encore comme 
conditions absolues, que le roi, en garantie de 
la cession de la monarchie espagnole , livrât trois 
villes de Flandre et trois d'Espagne, au choix et 
à la disposition des alliés. En vain les plénipo- 
tentiaires français promirent-ife d'ouvrir un pas- 
sage libre sur les terres du roi , et de fournir 
même une partie de l'argent nécessaire à cette 
expédition ; les plénipotentiaires^ hollandais en- 
flés des succès de leur ligue , formaient chaque 
jour, de$ prétentions plus humiliantes pour la 
France ; ce qui leur attira de l'abbé de Polignacy 
cette phrase mordante : « Messieurs , leur dit-il 
» un jour , vous parlez comme des gens qui n êtes 
» pas accoutumés à vaincre. » Il reprocha- aux 
ministres hollandais leur ingratitude envers la 
France, qui avait été leur principal appui dans la 
guerrepour leut^iiMlépefidancç. 

Louis xlv autant indigné que fatigtié des pro^^ 
cédés et des prétentions ex&rbi fia nies des. alliés ^ 
rappela se» plénipotentiaires ,. et ils partirent 
de Gertruydeniberg, lé atô de juillet. Mais ce ne 
fut qu'après avoir ^crit au grand pensionnaire 
de Hollande , Heinsius 9 une lettre dans laqu^Uft 



»9a V« PÉRIODE. 

ils disaient : a On verra d'un côte' , les avances .| 
» que le roi , notre maître, a faites , Tacquiesce^ 
» ment qu'il a donné aux conditions les plus 
» dures , et les engagemens qu'il consentait de 
» prendre , pour faire cesser toute défiance et 
» avancer la paix : d'autre part , on remarquera 
» dans les alliés une affectation continuelle de 
» s'expliquer obscurément , afin d'avoir lien de 
» prétendre au-delà des conditions accordées ; 
9 de sorte qu'à peine avions-nous consenti à une 
» demande , qui devait être la dernière, on s'en 
» désistait , pour en substituer une plus exorbi* 
% tante encore* On apercevra aussi une variation 
» réglée seulement par les événemens de la 
» guerre , ou par les facilités que le roi apportait 
]^ à la paix ; il parait même par les lettres que 
3» Messieurs les députés nous ont écrites , qu'ils 
» n'en disconviennent pas. Il y a long-temps 
» que sa majesté a fait connaître qu'elle accor- 
» derait pour le bien d^une paix définitive et 
% sûre , les conditions dont l'exécution dépendra 
» d'elle ; mais elle ne promettra jamais ce qu'elle 
» sait lui être impossible d'exécuter. Si toute es- 
» péranee de parvenir à la paix lui est ôtée par 
» rinjustice et l'obstiiiation de ses ennemis , 
» alors se confiant en la protection de Dieu, qui 
j> sait humilier quand il lui plaît, ceux qu'une 
j^ prospérité inespérée élève , et qui ne comptent 
»pour rien les malheurs publics et Teffusioa 



I 



tIVRE Vïl. agS 

» du sang humain ; elle laissera au jugement de 
» toute l'Europe , même à celui de l'Angleterre 
» et de la Hollande , à reconnaître les véritables 
» auteurs d'une guerre aussi sanglante. 

» L'auliée dernière , les Hollandais et leurs 
» alliés, regardaient comme une injure, qu'on 
» lès cnat capables d'avoir demandé au roi qu'il 
» unîtses forces à celles des alliés, pour détrôner 

* son petit-fils ; ijs prenaient à témoin les pré- 
» liminaires qui ne parlaient que de prendre des 
» niesures de concert : depuis ils n'ont pas fait 
» difficulté de l'exiger hautement. Aujourd'hui 
» ils prétendent que le roi àé charge de celte 
» détrônisation , et ils osent dii-e que si aupara- 
» vaut ils se contentaient de moins , leurs inté- 
» rets mieux connus les portaient à ne s'en plus 
» contenter. Une pareille négociation est une 
» rupture de toute négociation , et c'est après 
» quoi les chefs des alliés soupirent. Quand nous 
» demeurerions plus long-temps à Gertruydem- 
» berg , notre séjour y serait inutile , puisque 
» «eux qui gouvernent la république , sont per- 
» suadés qu'il est de leur intérêt de faire dé- 
» pendre la paix d'une condition impossible. 

• Nous ne prétendons pas leur persuader de 
> suivre une négociation qu'ils veulent inter- 
» ^rompre. Enfin, quelque désirqu'aitle roi notre 
» maître, de procurer le repos à ses peuples, 

„ » il sera moins fâcheux de continuer la guerre 



ac^e V« PÉRIODE: 

d'estime est Tabbé Gantier y fils d'uil marchand 
de Saint-GermaÎQ-en-Laye , et aamôtiier du 
comte de Tallard pendaat son ambassade en An- 
gleterre. S'étant introduit chez le convte de Jer- 
sej f qui avait été ambassadeur en France après 
la paix de Ryswick , et dont la femlbe était ca* 
tholique , cet ecclésiastique , malgré la rupture ^ 
était resté à Londres. 

Après la révolution qui eut lieu daps le mi- 
nistère par la disgrâce du duc de Marlborough 
et de son parti , le cabinet britannique songea à 
ouvrir des négociations iùdirectes avee la France. 

Le comte de Jersey , lié avec le nouveau mi- 
nistère , dont Robert Harley , depuis comte 
d'Oxford était le chef (i) , lui proposa l'abbé 
Gautier, comme propre à remplir les vues du 
ministère. Cet ecclésiastique fut agréé y et le 
comte de Jersey lui donna pouvoir verbal de* 
faire savoir au roi , « que les nouveaux ministres 
» d'Angleterre souhaitaient la paix , mais qu'il 
3» ne dépendait pas d'eux d^ouvrir immédiate- 

(i) Robert Harley, né à Londres en 1661 , avait été nom« 
mé par la reine Anne , secrétaire d*état , et devint comte 
d'Oiford. n opéra en 1706 l'union célèbre de l'Angleterre 
et de FËcosse , fit disgracier le duc de Marlborough , et 
cdncliire la paix d'Utrecht. Cette paix^ désapprouvée par 
un parti puissant , fit mettre , sous le règne de Georges v^, 
le comte d'Oxford en état d'accusation. H sortit glorieux de 
la tour de Londres , le i*' de juillet 1717, après deux ans 
de détention , et mourut en 1 727^» âgé de cinquanle-six ansL 



LIVRE Vli. 297 

» ment une nëg<!>c2ation particulière avec? la 
» France ; qu'il était nécessaire que le roi fît 
«encore proposer aux ëtàt»- généraux de re- 
^ n6uer les conférences pour la paix générale ; 
» que lorsqu'elles seraient ouvertes , les ambas- 
» sadeurs que l'Angleterre nommerait pour y as- 
» sister, auraient des ordres si précis , qu'il né 
» serait phis permis aux Provîrices-Unies d'en 
» traverser la conclusion, p - 

L'abbé Gautier arriva à Paris dans le courant 
de janvier 17 i-i , et se présenta au ministre des 
afiaires étrangères , M. de Torcî , à qui il dit : 
« Voulez-vous la paix , je vîens vous apporter 
» les moyens de' là traiter, e| de conclure indé- 
» pendamment: des Hollandais? (i)» ' 

Interroger alors un ministre de sa majesté s il 
souhaitait ta paii, « c'était, «dit M. de Torci ; 

• • • * 

» demandér'à un malade attaque d'une longue 
^^-et dangereuse -maladie ^ &''il veut guérir.» 
^M. de Torci après s'être assuré dé la réalité de la 
mission de l'abbé Gautier , communiqua au con- 
iseilduroi ceijùi se passait. Lé conseil fut d'avîs 
de ne point traite^ de la paix par la v6ie;des 
Hollandais , mais par celle de TAngleterre elle* 
même. L'abbé Gautier repartit donfc pour Lon- 
dres, et, peu de jours après, en revint, demandant 
de la part des ministres anglais , un mémoire 



(i)Mém. de Torci, t. lU. 



agS V« PÉRIODE. 

crrconstanciédeaconditionsauxquellesia France 
désirait la paix^. L'abbé Gautier porta ce xnér 
moire à Londres,, le i8 d'avril. 

I>es ministres anglais contens des proposiUoas 
de la France , qui étaient favorables au com- 
.merce de la Grande-rBret^gne , firent consentir 
la reine Anne à re«voyer Tiabbé Gautier, en le 
faisant suivre par Mathieu Prior,:qui vint pour 
vérifier ses rapports. Le ministre des affaires 
étrangères, Torcj^ pjegocia avec ce dernier. Mais 
comme Prior était sans pouvoir, sa négociation 
était secrète. La nouvelle de son passage .en 
France fut divulguée. par un douanier anglais , 
de qui elle parvint à M^rlbofîOagb, et celui-ci 
en donna avis à l'ambassadeur de l'einpéreur. 

Prior qui s'était déjà fait coAnaitre par des 
poésies pleines de verve ^ avait été employé 
comme secrétaire d'ambassade au. congrès de 
Rysvvick ; et éfaiîl, passé en Fr.ançe:eft 169)8 ^ awc 
la même qualité auprès ài^çomt^i de Porfjand 
çRVOjré à Loujs xiy , pour:îii*rê|er le premier 
traité de partage. Guillaume m, qui s était 
rçndu à h Haye , y.fit venir Prior , le consulta 
sur ses projets , ç,^\le fit p,ep âpf ^s sôùs-sêcré- 
taille au département-dû Nîçrd. 

Après la di^^grace de Marljboro;ugh et le triom- 
phe des Torys sur les Whigs,. Prior s'attacha, à 
ceux-ci et à leurs chefs, Harley comte d'Oxford ^ 
et le comte de Saint-Jean, depuis lord Boling- 



LIVRE VIL ^99 

l)rocke , t|ui s'occvpèrent aussitôt de la paix. Ce 
furent eux qui nommèrent Prior pour aller à 
"Versailles^ ouvrir des négociations moins rigou- 
reuses que celles entamées à Gertruydemberg. - 
Le choix ne pouvait être meilleur , Prior étant 
déjà connu avantageusement en France par ses 
anciennes fonctions et par ses talens littéraires* 
Ses pouvoirs étaient très limités : il devait sim- 
plement communiquer les conditions prélimi- 
naires de la paix énoncées dans un-méipoire 
divisé en deux parties. 

La première regardait les intérêts des alliés de 
l'Angleterre, 

La seconde, les avantages que cette couronne 
désirait pour elle-mémç ; avantages qui , quoique 
très élevés , étaient en quelque sorte balancés 
par le consentement que l'Angleterre donnait 
à ce que le duc d'Anjou gardât la couronne 
d^spagne, 

La cour de Lpndries demandait la cession de 
Gibraltar, de Port-Mahpn , et de quatre places 
dans les Indes occidentales., sous prétexte d'as- 
surer le commerce que, l'Angleterre y faisait et 
se proposait d'y. faire : deux de ces places de- 
vaient être au Nord , et deux au Midi. 

Pour obtenir ce dernier, point ^ qui était le 
plus délicat, Prior observait qu'il en coûterait 
peu au roi d'Espagne de les accorder dans la 
grande étendue des terres soumises à la domi* 



3oo V* PÉRIODE'. 

nation espagnole, depuis la Californie jusqu'au 
détroit de Magellan , et que ce serait un motif 
pour que la France obtint de pareilles places 
de commerce* 

Le conseil du roi sentait qn*il e'tait aussi dan- 
gereux d'accorder que de refuser de pareils avan - 
tages, dont la concession ruinait le coi^merce 
des autres nations , et dont le refus rompait toute 
négociation ; car la cour de Londres exigeait une 
réponse catégorique. 

La cour de Versailles , pour sortir de ce dou- 
ble embarras, imagina de transporter le siège 
de la négociation à Londres , et elle nomma pour 
son plénipotentiaire , le sieur Ménager. 

Nicolas Ménager était né k Rouen en i658, 
d'une famille considérée dans le commerce. 
Les connaissances spéculatives et pratiques qu'il 
acquit dans cette partie , l'avaient fait choisir 
par les négocians de Rouen pour leur député 
à Paris, et la manière dont il s'y conduisit, te 
fit juger propre à suivre la négociation qu'on 
entamait avec la cour de Londres , laquelle avait 
pour base un traité de commerce, ainsi que des 
concessions dans les colonie^ espagnoles. 

Ménager arriva à Londres le 1 8 d'août, accom*^ 
pagné du siear Prior et de Tabbé Gautier (i) y 

% 

I • 

(i) n parait que les services de l'abbé Gautier' se ter- 
minèrent dit moment que la négociation devint publique^ 



LIVRE VII. • 3oi 

et ouvrit immédiatement des n^ociations avec 
les deux secrétaires d'état d'Angleterre, dont 
Y un était le fameux lord Bolingbrocke. Ceux-ci 
s'attachèrent d'abord à obtenir des avantages 
pour les alliés de la Grande-Bretagne ^ les états- 
généraux et le duc de Savoie , tandis que la cour 
de Versailles recommandait non moins yivement 
ceux de ses alliés , et ceux en particulier , de Té- 
lecteur de Bavière. 

Dans les conférences qui suivirent, il ne fut 
plus question que des intérêts de l'Angleterre 
qui exigeait impérativement la démolition des 
nouveaux ouvrages construits à Dnnkerque. 

Ménager ayant refusé d'une manière absolue, 
la cession des places sur les côtes occidentales 
de l'Amérique ; les ministres anglais demandè- 
rent alors un privilège exclusif de trente années, 
pour la traite des nègres dans les colonies espa-- 
gnôles , et que la nation anglaise fût la plus fa- 
vorisée dans les ports d'Espagne. 

Le roi le réisoiiipensa par deux abbayes. H mourat à Saint* 
-Germaiii-en-Laye en septembre 1 720. « On dpit à sa mé« 
» moire , dit M. de Torci 9 la justice de louer sa sagesse , 
» sa discrétion , et les bons avis qu*il donna dans le cour» 
» de la négociation 9 sans abuser de la confiance des minis- 
» très d'Angleterre. » L'abbé Gautier ne saurait donc être 
confondu avec ces agens secrets, qui croient servir leut 
gouvernement par de faux rapports et des intrigues sanà 
konneilr, comme sans objot. 



3o4 V* PÉRIODE. 

seraient comme ils avaient déjà fait tant de fois. 
« Ils sont avertis , répondit Bolingbrocke ; nous 
o leur avons déclaré et répété , qu'après les dé- 
» penses excessives que T Angleterre a faites, 
» elle se croit en droit de former et de fixer leur 
j> prétendue barrière ; il n'est pas de notre in- 
» térét qu'elle soît ni si étendue, ni si forte. 
» Enfin , éloignons et supprimons tout détour 
» ordinairement attaché aux négociations. Al- 
» Ions au but ^ est question de faire la paix , 
» et de. la faire. promptement. » 

Tel était, le langage de Bolingbrocke, et il le 
soutint par une franchise et vnag loyauté par- 
faites, dans tous les rapports qu'il eut avec la 
France. 

Les succès de sa nation ne raveuglaie;nt pas, 
et ne le portaient point à vouloir l'entière humi- 
liation de la France , qui , du reste , avait payé 
cher l'orgueil de ses anciens triomphes, ainsi 
qu'on peu t ^n juger par l'exposé suivant , lequel 
indiquera en même temps, quelle pouvait être 
la mesure des prétentions réciproques. 
Je^i7"*"*re ^^ guerre, au sujet de la succession d'Espagne, 
pour la suc- avait été vive et marquée par une alternative 
de succès et de revers; mais ceux-ci avaient été 
plus désastreux que les succès n'aVaient été 

éclatans. 
En 170a , le duc de Vendôme avait contraint 

le prince. Eugène à lever le siège de Mantoue, 



oession. 



LIVRE V^n. 3o5 

et défait le gënëral Vigconti près de Santa-Vit-^ 
tôpià. Dans'les Pays-Bas , les alHés s'êlaient em* 
pare's dé Ventoô, de Rùitemoiide et de. la cita- 
delle de Liège. Le coktile dé Tallard a^tpris 
Trêves et Trarbach. • 

Le prince Louis âe Bade^ qui commaDdait 
rarmée de l'Empire * força Landau à» capituler 
le lo de septembre , et l'ëlecteur de Bavière:, 
allié de Ja 'France ^ «Hrprit la yille d'Ulnii • 

La caviilerie dd pritrce de «Bade fut batl;ue à 
Fredliijgeiî , l<e i3d'ûotpbi*e; par le marqubide 
VilIarÉf qui:,reçùt en «récompense , le bâton de 
ma^échatdi^ France;; . «' . ,,» 

Là flotte française , aux ordres du comte de 
Aiâtëinirenaud , et coriLpbsée de quinze vais^ 
seau^ ;de' ligne y non comfNris vingt -cinq, ga-^ 
Honâ espagnols , fitit entièrement prise^.bruJée 
ou jetée^^la côte le. aa d'octobre, dans le port 
de ¥igo.) par La flotte anglaise^ commandée p^r 
l'amiral Roock. . . ., ^ ... ./ ,: 

Dans la campagne de» lyoS^' le maréchal db 
Villaw, secondé de Pélecteur de Bavîèr«ii;battît 
le ao de septembre , le comte de Styrum ÀSbbw^: 
ningen près de Hocbstett^^Le dnc de fiauigogne 
prit Brisach , et les alliés furent mis enxiécQUt^ 
le lo de novembre, à Spirbach , par le maféobâl 
de Tallard, lequel reprit Landau. . . • 

En Italie , Iç duc de Vendôme , aprèa avoir 
désarmé les troupes du duc ^e Savoie^ , pr.4t à 

IV. ao 



3o8 V* PÉRIODE. 

nesfe aux armes du roi, ^e sa présence en 
Flandre tié leur fu^t utile. Le duc d'Orléans qui 
faisait te*sïége dé Turin , ayant sous lui lef ma- 
réchal dcf Marsîu , fût forcé dans ses lignes, le 
7 de septembre , par le prîrtce Eugène, et'pèrdît 
toutte'son artillerie de siège et ses bagages. 

Les résultats de cet eVénement furent Taban- 
don par les Français du Mantouan , du JMila- 
nais , du Môdénais et du royaume de Naples. 
Philippe V, s- étant attaché au siège de Bar- 
celonne, lesPortugais, alliés de TÂutriéhe et de 
l'Angleterre; se portèrent sur Madrid, èty pro- 
fclamèrént roi, le 6 de juin 1706^ rarchidûc 
Charles, sous le nom de Charles in ; mais Phi- 
lippe V, secondé par les talens du maréchal de 
Benvich , rentra dans Madrid, et vainquit les al- 
liés à Almanza dans la Castille , le ^5 d'avril 1 707 . 
Là même année j'"Villars força les lignes de 
StôlhÔfen , et lés allies commandés par le duc 
de Savoie et le prince Eugène , échouèrent de- 
vant Toulon. Les Autrichiens , commandés par 
le général Daiîn, occupèrent le royaume de 
lî^aples. 

Dans l'année 1708, il se livra près d'Oude- 
narde un cdmbat très vif , à la suite duquel les 
Français commandés par le duc de Bourgogne, 
firent retraite, et les alliés leur prirent Lille, 
Les Anglais s'emparèvent de la Sardaigne et de 
Minorque. * 



» 



LIVRE VIL 309' 

Dans la campagne de 1709, les alliés, dont 
Tarmée était de cent vingt mille hommes , pri- 
rent Tournai , d'où ils se portèrent sur Mons. 
C'est à Malplaquet , près de cette ville , que se 
livra, le II de septembre , une des batailles les 
plus sanglantes de cette campagne. Les Français 
conmiandés par le maréchal de Villars , se reti- 
rèrent les premiers, et jparurent ainsi céder le$ 
honneurs de cette journée , quoique leur perte 
fdt inférieure d'un tiers à celle des ennemis/ Les 
alliés prirent, en 17 10, Douai , Béthune, Aire 
et Saint-Venant. Les succès rapides des alliés en- 
flant leur courage, ils portaient déjà leurs, vues 
ambitieuses sur là capitale de la monarchiie, et 
ne se proposaient rien moins que de réduire ta 
France au rang des puissances du secohd ordre, 
et de la dépouiller de toutes ses conqi^étes , de^ 
puis le règne de Louis xiiï. 

Le général anglais Stanhope remporta, le 27 
de juillet 1710^ un avantage signalé sur les trou- 
pes de Philippe v. Ce prince , battu de no.uyeau 
le 20 août à Sarragosse , par le comte de Sta- 
remberg, fut obligé d'abandonneir Madrid, et 
de se retirer à Valladolid. Son compétiteur , 
Farchiduc, entra dans Madrid, le 8 de septem- 
bre , s'empara dç la plus grande partie de l'Ar^.- 
ragon ; mais n'ayant pas été assez puissamment 
secondé par les Portugais, sur les secours des- 
quels il comptait, il évacua Madrid. Les alliés 



/ 



3i2 V« PÉRIODE. 

Après la communication réciproque despleins» 
pouvoirs, -le premier plënipoteatiaice anglais 
prenant la parole ^ prononça un discours bril«- 
lant, dans leque) il dit» qu'assemblés pour tra- 
» vailler à. la-paiz générale entre les hauts-alliés 
» et le roi très chrétien , ib étaient venus dans 
y des dispositions sincères de la conclure ; qu'ils 
» avaient des ordres précis de leur souverain d y 
» concourir de tout leur pouvoir , et de la con«- 
» duife à une fin si salutaire et si chrétienne, y^ 

m 

Il ajouta a qu'il espérait que les ministres de 
» France seraient dans les mêmes dispositions ; 
» que leurs pouvoirs seraientsimpjes ; qu'ils pourr 
V raient répondre ^ sans perdre de temps , à Fat- 
» tente des hauts-alliés , et qu'ils le feraient d'une 
3) .panière si raisoi)nable, que c|j^aQune des puis- 
» fiances confédérées y trouverait unie juste sa«- 
» lisfaction. » 

.Le maréchal d'Huxelles répondit brièvement 
que tels, étaient aussi les pouvoirs qu'ils avaient 
du.r.oi lei^r maître. L'abbé de Polignac parla e^* 
suite sur \t, mé^cne. sujet avec beaucoup d'élo- 
quence (i}^.Cettç première assemblée fut peu 
Dpmbreuse. Les ministres de la Grande-Breta- 
gne , d? France et de Hollande y de Savoie^ s y 
trouvèrent seuls , et on se contei^^ d'arrêter 
ou.'qu s'assemblerait .deux fois par semaine , le 



r^r 



1 1 1 < . . ■ « * 



« » 



( I ) HiiL du cardixial (jie Pp%pae, 



LIVRE VIL 3i3 

mercredi elle samedi, et qu'on travaillerait sans 
* perte de temps aux affaires principales. 

À la seconde conférence , qui se tint le mer- 
credi , 3 de février , les ministres de la Grande- 
Breta^e et ceux de France déclarèrent que les 
articles préliminaires signés entre la France et 
^Angleterre par le sieur Ménager, ne devaient 
être considérés que comme de simples proposi- 
- tions qui n'obligeaient point les alliés* Cette 
déclaration engagea les plénipotentiaires de Tem-* 
pereur à se rendre au congrès. / 

A la quatrième conférence , qui se tint le lo, 
les plénipotentiaires français donnèrent leurs 
propositions par écrit. £lles portaient : 

a Le roi reconnaîtra en signant la paix, la reine 
9 de la Grande-Bretagne dans cette qualité, aussi 
7> bien que la successioii à cette souveraine , sui« 
y> vaut rétablissement présent, et de la manière 
9 qu'il plaira à sa majesté brits^nnique. 

j> Lb roi fera démolir toutes les fortifications 
> de Dnnkerque , immédiatement après la paix , 
» moyennant un équivalent à sa satisfaction. 

-^ L'ilè de Saint-Christophe , la baie et le dé-- 
7^ troit d'Hudson -, seront cédés en entier à la 
» Grande-Bretagne. 

» L' Acadie , ainsi que le fort et Port-Royal , 
7> seront restitués en entier au roi. 

» Quant à l'île de Terre-Neuve, le roi offre 
» de la céder à la Grande-Bretagne^ en se réserr 



V 



3i4 V< PÉRIODE. 

.» vant seulement k fort de Plaisanca, et le droit 
» de pécher et de sëch» la morue comme avaat 
» la guerre. , 

» On oonviendra de faire , avant ou aprèa la 
» paix , au choix de l'Angleterre , un traité de 
» eommerce , dont on isendra les conditi<;in8 
» égales entre les deux nations , lé plus qu'ail 
» sera possible. 

» Le roi consentira par la paix ^ que les Paya- 
^ Bas cédés à Télecteiir de Qavière par le roi 
» d'Espagne, servent de barrière aux Provinces- 
» Unies; et pour l'augmenter , il y joindra Fur- 
D nés, If près et sa Châtellenîe , Menin , etc. ; et 
» en échange , le roi demanda paur former la 
» barrière de France , Aire , Saint* Venant , Bé- 
» thune , Douai et leurs dépendances , etc. » 

Le roi demai^dait pcmr équivalent de la .dé- 
molition de Dunkerque , lea villes et citadelles 
de Lille et de Tournai. 

" Il proaaettait encore un traité de conAaierce 
avantageux aux Provinces^Unies, et que le rm 
son petit-Êls renoncerait pour le bien de la paix 
à toutes prétentions sur les royaumes de Naples 
et de Sardaigne , ainsi que sur le duehé àe Mi- 
lan , etc. 

Les frontière«r de part et d'aiilre sur le Rhin, 
devaient être remises daiis l'état où elles étaient 
avant la gu^re. 

Moyennant les condition^ ci*dessus, le reâ 



LIVRE VIL 3i5 

demandait que les électeurs de Cologne et de 
Bavière fussent rétablis dans leurs biens et digni- 
tés, Inens meubles et immeubles dont ils jouis- 
saient avant la guerre ; et en retour il devait 
reconnaître dans l'Alleinagne et dans la Prusse, 
tous les titres quer jusqu'à présent, il n'avait pas 
voulu reconnaître* 

Les froiitières entre la France et le duc de 
Savoie , devaient être rétablies $ur le raéine pied 
qu'avant la guerre. 

II en- était de même entre la France, l'Espagne 
et le Portugal , etc* 

Ces .propositions furent reçues avec aigreur 
par les ministres des puissances alliées , . qui 
s^atteiidaient à des offres moins hautaines ; et 
elles blessèrent tellement la chambre haute du 
parlement d'Angleterre, qu'elle prît une réso- 
lution portant <c que les propositions faites à 
V Utrecht par les plénipotentiaires de France , 
Ts étaient scandaleuses , frivoles et déshonoran- 
3» tes pour là reine et ses alliés; que ceux qui 
» ccmseilleraient à la reine de traiter sur de tel- 
j^ïes propositions, seraient ennemis de sa ma- 
» jesté et de la nation , et qu'on lui témoignerait 
» la juste indigna tion^que la chambre avait con- 
9> Çne à la vue desdites propositions. » 

'I/iflriesse fut en effet présentée k la reine, le 37 
deievrier. Malgré le mécontentement excessif 
que les demandes de la France avaient excité, 



3i6 VVPÉRIODE. 

il fut résolu de leur répondre par des contr^^ 
demandes^ qui furent remisesyle 5 de mars, et 
chacun forma ses demandes particulières. 

L^empereur réclamait l'Espagne , TAlsace , et 
généralement tout ce qu(? l'empereur et l'Em- 
pire avaient cédé à la France par les traités de 
Munster, de Nimègue et de Ryswick, et de plus, 
un dédommagement des pertes que l'Empire 
avait souffertes pendant la guerre , et la restitua 
tion entière au duc de Lorraine , dis places cér 
dées par Charles iv à la couronne de France , 
avec exemption de vasselage ^ féodalité et hpm^ 
mage. 

Les états-génçraux, outre la satisfaction géné^ 
raie de leurs alliés , demandaient qu'on leur 
remit les Pays-Bas espagnols, dès qu'ils seraient 
convenus avec l'empereur , de la manière dont 
ces provinces devaient servir de barrière; qu'on 
,leur cédât , pour en jouir en toute sou verain^é, 
Menin , Lille , Douai , le fort de Scarpe , Orcljies, 
Tournai, Aire, Térouane, Lillers, Saint-Venant, 
Béthune, Bouo|iain, Furnes, Dixmude, ypre$, 
Warnetôn, Commines,.Poperingue, Valencif fi- 
nes, Condé et Maubeuge, avec leurs forts, ar- 
tillerie, arsenaux et munkions, etc. ; qu'on leur 
accordât toute liberté de commerce suivant le 
tarif de 1664 : et ils se réservaient d'amjj^i^er 
leurs demandes suivant le cours de la ni^ 
ciation. 



^' • 



XIVRE VII. ai7 

Le duc de Savoie, le Portugal et :1a Prusse 
firent également leurs réclamations. La majo* 
rite des électeqrs et princes de l'Empire jugèrent 
aussi i propos d'intervenir, et de former des 
demandes aux dépens de la A'ance. 

L'Angleterre enfin propbsa un plan dé paix 
par 'lequel elle exigeait de Louis xiv, qu'il ré-? 
tractât et désavouât en (^uelé[ue sorte, leà démar- 
:ohe& éclatantes qu'il, avait faites en faveur du 
Toi Jacques et du préten4ant. De plu^., elle asr 
surait et étendait. son x^ommerce d'Amérique; 
elle exigeait encore. la démolition de Dunker- 
que et le comblement de son port, ainsi que 
la cession de plusieurs îles et possessions du 
continent américain. > 

Les: plénipotentiaires de l'evlpereur et dès au- 
tres états GO-alliés:, l>ien éloignés d'obtenir des 
satisfactions aussi avantageuses, aUendaient des 
réponses jbar écnï aux. demandes écrites qu'ils 
avaient formées ;;mais.les ministres français re-^ 
fusèrent de les leur donner ; qq:qui:ahiena une 
suspension de conférences. ; , 

Ge retard dans ie& négociations , et l'humeui? 
que les alliés témoignèrent à la cour de Londres, 
qu'ils accusaient 4é;Sé réparer d'^ux^ portèrent 
la reine Anne à s'ocfttiper de son : coté , d'un ar^ 
rangement avec la France ; et , le l'j de juin ^ 
elle communiqua au parlenien^t un projet d^ 
pais générale et particulière, pour Içquel elle 



/ 



3i8 V PÉRIODE. 

éprouva dé fortes réclamations, et même des pro- 
testations de la part de la: chambre des pairs i 
te qui n'empêcha pas la reine d envdVer dans 
les premiet-s jours de juillet , Uordre fortnèl au 
duc d'Ormond ^ ^ui aVak reiriplaeé je duc de 
Marlborough dans le commandement de Târ- 
mf e anglaise , qu'il eût à se séparer dé la grande 
armée de^ alliés , et à déclarer une suspension 
(SarmeSi, Cette- résolution , qu} était une.dëfec^ 
tion des Anglais , déconcerta beaucoup le prince 
Eugène^ et prépara même la vietoire de Denain ^ 
livrée peu de jours après, (le. q4 de juillet.) 
Ce succès inattendu , la leme dd si^e de. Lan-» 
drecies ^ la pri^ de Boùefaain ,-de Marchiennes, 
de Douai , du Quesnoi , et lenlèvèmcnt dès ma- 
gasins ennemis vdtKilèrientatiicplénipoténtîaires 
français un tel ascendant , qoié les ministres 
hollandais blessés ^ voultirent rompre lés îiegOK 
ciations , et qu'ils signifièreni aiis: ministres^ de 
France qu'ils |)^tivaient se retirer. « iVÔ/fc, Mes^ 
^ sieurs , leur dit alors l'abbé dé Polignâc ^ avieà 
» une brièveté énergique , nàits ne sortànms pas 
' i ■ % tfici, et nous trwterons de voies , ekez vous , sans 

» VOUS. »• ' •: • ! 

Cette humeur qui s^ mantlr^sitâ entre les mi^ 
nistres français et hollat|dais , amena un con-< 
teslation très vive eirttre M. Manager et le comte 
de Retohèrieïj , qu'il contient de rapporter. 

Quelques 'jc^tits après le combat de Denain , 



LIVRE VII. 3i9 

|e comte de Re^chçrea j député de la province 
d'Over-Issel aux conférences pour ta paix , pré- 
tendit que y patsaQt en oarro^se deratlt la porte 
de Ménager , les }a({uai8 de ee pléhipotentiaire 
avaient insulté lea siei]^ par dès gri&ioces et dçs 
gestes indécefis., Il ^nvoy^ , le i S d'août, $on seoré** 
tairQ.porter plainte à leur tliaitre, et lui deman* 
dei! fiatisfaction décelé offense ; ajoutant qu'en 
casde refus il seraU obligé de se la faire lui«ménie. 

Ménager répondit a que, quoiqu'il ne fût quès- 
jk tion que de. querelles de laquais, il était très 
» éloigné d'approuver que les Mena fissent qtiel- 
» qnes insultes à d'autres domestiques, prinei- 
» paiement à ceux du comte de RetcJberen ; 
D qu'il était prêt de lui ren^ttre les laquais que 
» ee^ député avait, vu commettre ces indéceùces , 
)» ou médie qu^e ses gens prduveraiènt en être. 
H les auteurs. ^ 

•Li& comte de Rétcheren avoua qu'il n'avait vu 
ni les grimaces ^ i» ]ies gest^ olfensans dont il se 
plaignait ; mai»il.i«éplamail la facurl té d'envoyer 
dans la mâisOp du siejur Ménager, reconnaître 
cens dont il croyait 9yw à se plaindre. . 

MM. Ménager et de Retcheren se trouvant 
à la promenade du Mail, 1<^ 18 'd'août avec 
d'autres plénipotentiaires , le second dit au 
premier qu'il attendait tonjoure la. satisfaetiou 
qu'il lui avait demandée. M, Ménager s^en rajp*' 
porta à la réponse qu'il lui avait faite , ajoutant 



3ao V* PÉRIODE. 

que ces laquais désavouaieat tout ce que les 
autres leur imputtient. 

M. de Retckeren insista sur la perquisition 
qu'il prétendait faire dans la maison de M. Mé-^ 
nager ; sur le refus que fit ce dernier d^accorder 
une permission qui rendait les accusateurs juges 
des accusés , M. de Retchereh répliqua : « Le 
» maître et les valets se feront donc justice. Jesuis 
» revêtu du caractère d'un souverain aussi bien 
y> que vous , et- je ne suis pas homme à recevoir 
» dés insultes. » Après ce discours 9 il parla hol- 
landais à quelques domestiques qui le suivaient. 

Quelques momens après yleslaquais de M. Mé- 
nager arrivèrent ^ se plaignant que ceux de 
M. de Retcheren les avaient surpris par-^lerrière, 
frappés sur le visage , et menaicésde coups de 
couteaux. M. de* Retcheren preni^nt la jparole 
dit tout haut : a Toutes les fois qu'ils le feront , 
»!je les récompenserai ; et s'ils ne le faisaient 
» pas , je les chasserais. » Ses coHègues tâchèrent 
d'excuser un tel emportement , et ne le pou van t , 
ils nièrent les discours que M. de Retcheren* 
avait tenus , quoique plusieurs députés des Pro- 
vinces*Unies les eussent entendus. Tous souhai- 
tant qlie cette f4cheuse affaires f»t frailée de 
simple querelle de valets , ils prièrent les pléni- 
potentiaires français de s'en remettre , pour rac- 
commoder , aux plénipotentiaires d^Angleterre , 
sans en écrire au roi. 



LIVRE VIL Saî 

Les plénipotentiaires persistèrent à demander 
^ une satisfaction, et rejetèrent l'excuse peu ho- 
norable alléguée en faveur de M. deRetcheren, 
qu'il était troublé par le vin , au moment où il 
avait parlé et agi avec. tant de violence. • 

Les pléDipotentijiii^es français,. charmés d'à* 
voir une occasion d^humiUer l'orgueil des Hol- 
landais , continuèrent de s'appesantir sur l'ou- 
trage reçuy et en prirentpretexte pçpr suspendre 
les conférences , qu'il n'était pas del^uriixtérét 
d'accélérer jusqu'à ce que toutes cb^^$j^. -ewsent 
été concertées entr/e la France et l'Angl/^feirrf^t. . 

La cour de VerÉi^iJles, d<mna ordr^, A'^s^.pjé- 
nipoteatiaires , 40djfee:à!Ojet^;i^ d'Angleterre que 
son intention était « qu^l^s état^éaér»2iux.eus^ 
2) $eQ.t à déclarerai M. dç Rçtchef en ayaiA ,i^Y|ivi 
» leurs ordres en.aïutorisant, les excè$:de$e4,do^ 
j» m^tjqiies , et euparl^nt^daus les|çi>a]e;$ dont 
9 il ^fX\ \X9éy o,u.$'il^v«aît&euleiBent;é|[^o(itésa 
D pasaioû ; quey d^ArJlf {M[:<^niier ca/s , 41f/l^l|Mt 

9 conclure que toiHf^;9i^re^,poar:le^ p(^l4p<)H^ 
» t^ixtiaires-françaisét^it bannie d'Utreqht ; que 

» d^jQ^let second cas^ les états^gé<)ér4U2(4«^y<MOt 
» dj^ayO.uar haut«m/90t l'indign^ procédé 4'iua 
»)n«Vii4Sjtré qui ab«i»iitt. de leur cpnfiaj9fiet • Le 
Toi , avant de renouer les cpnfereacea ,.pr€A€;i:i- 
vit Leis conditions du désaveu. La prineipiale^^tait 
qu'on. fît des excuses à M. Ménager ,. el que Ml 
de Retcherenfûtrappelé.Sn çônséqupnçe^, trois 
IV. ai 



3a6 ¥• PÉRIODE. 

» couronne de France : dans ce cas , qne pei^ 
» dra*t-il pour avoir fait son choix de la ma- 
» nière que la reine le souhaite? Dira-t*on qu'ail 
» court risque de quitter TEspagne et de ne pas 
s» acquérir ia France? Vous voyez, Monsieur, 
» qu'il serait exposé au même inconvénient ^ 
» selon le plan que vous avez dressé. De tout ce 
» que je viens de dire , la reine croit ^ Monsieur ^ 
» qu'il résulte qu'il est également avantageux 
s» au prince dont il s'agit , de choisir la couronne 
n de France présentement , ou de le faire dans 
» aucune des deux circonstances marquées dans 
» votre lettre , et vous serez sans doute con- 
» vaincu que la sûreté de l'Europe sera'infini- 
301 ment mieux établie d'une manière que de 
«•l'autre. Si nous raisonnons sur la supposition 
» que ce prince choisira la couronne d'Espagne ^ 
» il. est incontestable : i^. qu'il vaut mieux et 
3) pour lui et pour nous , que cette déclaration 
y> se fasse ' pendant le congrès d'Utrecht, que 
3> dans tout autre temps ; a*, que la garantie des 
» autres puissances de l'Europe sera beaucoup 
» plus capable d'empêcher qu'il retourne en 
3> France contre la renonciation formelle qis'il 
9 aura faite de ce droit , que de le contraindre 
3» d'abandonner une couronne dont il sera en 
^ possession , et de se départir d'une prétention 
» à laquelle il n'aura pas renoncé. 

» Je vous ai. Monsieur , représenté le plus dis* 



LIVRE VIL 327 

M iiactement qu'il m'a ëtë possible ^ tes senti- 
» mens de la reine , sur le contenu de votre der- 
» nîère lettre. Sa majesté ne cherche que la 
» sûreté commune ; le roi très chrçtien. a les 
» mémesYUes. Au nom de Dieu, pour vouloir raf- 
» 6ner dans la négociation^ ne perdons point lea 
» fruits que nous sommes prêts à cueillir. Que 
jo le roi , votre maître, et la reine , ma maîtresse, 
» partagent la gloire de donner la paix à^ l'Ëu- 
» rope ; et que ceux qui souhaitent de rompre 
y> les conférences par les évënemens de la cam- 
» pagne , trouvent leur projet renversé par la 
» prompte conclusion du traité. 

D D'un côté, sa majesté très chrétienne peut 
» assurer la possession paisible de la couronne 
» d'Espagne à son petit-fil^; de l'autre, elle peut 
» fortifier la succession de celle de France , em« 
» pêcher à jamais l'union de l'flmpire avec TEs* 
» pagne , et procurer à son royaume des avan- 
.» tages très considérables : des deux côtés, elle 
y> peut délivrer l'Europe de ses craintes, et don* 
» ner la dernière main à un ouvrage aussi glo- 
D rieux que celui d'une paix définitive, sûre et 
» durable. ... 

1^ Je vous dirai en homme qui souhaite sincè- 
s> rement la paix , qu^ les facilités qu'on peut 
}» attendre de là reine, dépendent de la résolution 
» qui sera prise touchant le grand article de la 
«réunion des deui^ monarchies, etc. etc.ui> 



3a8 V* PÉRIODE. 

Lord Bolingbrocke écrivît encore plusieurs 
lettres à M. de Torci, pour lui développer les 
intentions de sa cour , relativement à là renon- 
ciation de Philippe v à l'une des deilx monar- 
chies , et k Toption suivie d*exécution de Tune 
ou de l'autre. Bolingbrocke disait à M. de Torci , 
dans une lettre subséquente , et avec un tonde 
modestie qui ne décèle qu'une grande dextér- 
rité, e que les ministres <ï Angleterre ^ à force 
3» d^éOLs^oir mal entendu les intentions du roi ( de 
» France ) , et d'avoir mal expliqué celles de la 
3» reine i se trouyment présentement plus éloignés 
» quils riCAfoier^i espéré Sétre sur le grand ar* 
s ticle de la paix. » Mais les ministres des deux 
cours se rapprochèrent, et finirent pai^ s'entendre 
parfaitement sur le point de l'union des deux 
monarchies ; ce qui a toujours iieu , quand il 
y a de part et d'autre , autant d'esprit et de 
droiture. 

Au sujet des contestations et des prétentions» 
relatives à l'Amérique septentrionale, lord Bo- 
lingbrocke envoya à la cour de France , le mé- 
moire suivant , contenant les demandes de l'An- 
gleterre. 

« Pour terminer toutes disputes concernant 
» l'Amérique septentrionale , sa majesté britan- 
» nique propose : 

» Que le roi très chrétien lui cède l'île de 
» Terre-Neuve avec Plaisance > toutes les forti* 



LIVRE VIL 329 

» fications, Fartillerie et les munitions qui i^y 
^ trouvent, les petites îles voisines et les plus 
» proches de celles de Terre-Neuve , aussi bien 
3> que la Nouvelle-Ecosse , ou l'Âcadie avec ses 
À anciennes limites; 

» Que les sujets de sa majesté très chrëtienne 
» pourront continuer de pécher et de sécher 
yleur poisson sur la partie de Tîle de Terre« 
» Neuve , nommée te Petit-Nord , sans qu'il leur 
% soit permis de le faire en nul autre endroit 
3» de l'île ; 

» Que les sujets de sadite majesté jouiront, 
» conjointement avec ceux de la reijtie, de File 
» du cap Breton ; 

» Que les îles qui sont dans le golfe Saint- 
i Laurent, et à l'embouchure de la rivière de 
jn ce nom, possédées par la France, resteront 
3» à sa majesté très chrétienne, mais à condi* 
j» tion expresse , qu'il ne sera nullement permis 
/» à sadite majesté d'ériger, ou de souffrir qu'on 
3» érige des fortifications dans lesdites îles , ni 
9 danTs celles du cap Breton ; la reine s'engageant 
» de même à ne point faire , ou permettre qu'on 
3» fasse ^e son côté, des fortifications dans les 
D petites îles voisines, et l^s. plus proches de 
3» celles de Terre-Neuve, .ni dans celles du cap 
.» Bretbn . 

» La reine insiste pour qu'on lui laisse tout le 
» canon et les munitions de guerre qui se trou^ 



\ 



33o V* PÉRIODE. 

» irent dans tous les foris et places de la baie et 
» du détroit d'Hudson. 

» Par rapport au négoce , la reine aurait p lu-^ 
» sieurs choses à proposer. Mais comme de sont 
^> de^ points pour la discussion desquels , il faut 
31 plus de temps que la crise présente ne permet ; 
» sa majesté, plus attentive à contribuer à la 
9 tranquillité générale , qu^à obtenir des avan-> 
» tages particuliers , se contente de faire deux 
» demandes , qui ne doivent souffrir aucune 
» difficulté : la première, qu'au cas qu'on ne 
^> puisse convenir des pointSiCn dispute, on nom- 
3> mera de part et d'autre des commissaires, pour 
» en faire l'examen à Londres ; la seconde , que 
» la France n'accordera aucun privilège , ni au- 
y> cun avantage à quelque nation étraqgère que 
» ce puisse être , à l'égard du commerce , sans 
2> l'accorder de même aux sujets de la Grande- 
» Bretagne, et cette clause sera réciproque. 

)> Quant à la suspension d'armes , la reine y 
» consentira pendant l'espaoe-de deux mois ^ à 
I» condition : 

» Que l'article qui regarde la réunion des deux 
» monarchies soit ponctuellement et ^ntière- 
D ment exécuté dans ce terme-là , c'est-à-dire , 
» que le roi Philippe renonce dans ce terme-là, 
» pour lui-même et ses descendans , à ses droits 
j> sur la couronne de France , et consente que 
» cette renonciation soit in&éi*ée dans le traité 



LIVRE VIL 33i 

» de paît à faire , ou qu'il quitte l'Espagne dans 
» ce terme-là avec sa famille , et cède ce royaume 
» et les Indes au duc de Savoie , aux conditions 
» déjà approuve'es ; 

» Que la garnison française sorte des ville, 

» citadelle et forts de Dunkerque , et que les 

» troupes de la reine y entrent le jour que la 

}» suspension d'armes aura lieu ; que cette place 

y> reste entre les mains de la reine jusqu'à ce que 

» les ëtats-génëraux aient consenti à donner un 

» équivalent au roi très chrétien , à sa satisfac- 

» tion , pour sa démolition ; bien entendu qu'en 

y> ce cas y sa majesté très chrétienne sera obligée 

jf de faire raser toutes les fortifications de cette 

» place , d'en coitibler le port , et d'en détruire 

» les écluses de la manière requise par les plé- 

» nipotentiaires de la reine. 

» En cas que les états-généraux consentent à 
y la suspension d'armes en même temps que la 
3> reine , il semble raisonnable qu'on leur ac- 
» corde la liberté de mettre garnison dans Cam- 
9 brai , le jour que la suspension d'armes aura 
» son effet. » 

La cour de Versailles fit sur plusieurs de ces 
articles les représentations suivantes : 

y> Un terme de si peu de durée que deux mois , 
» n'ôtera pas aux ennemis de la paix l'espérance 
D d'interrompre les conférences avant la fin de 
>> la campagne. Le roi , persuadé des bonnes in- 



33a V PÉRIODE. 

1» tentions'de la reine, juge qu'il est nécessaire , 
» pour le bien public, de l'étendre jusqu'à ce- 
9 lui de quatre mois. 

» Le roi laisse à juger à Téquité de la reine 
» de la Grande-Bretagne , s'il n'y a pas quelque 
3» chose de désobligeant pour lui dans la demande 
)> qu'elle fait de mettre une garnison anglaise 
» dans Dunkerque ; et si le public n'aura pas 
» lieu de regarder cela, comme si on doutait de 
9 son exactitude à garder ses promesses. 

» La ruine des écluses de Dunkerque causera 
» celle du pays d'aleutour , et les amis et enne- 
» mis en souffriront également. 

» Il parait que la ferme résolution du roi 
» d'Espagne à renoncer pour lui et pour ses des- 
n cendans à la couronne de France , et à cou- 
y sentir que cette reconciation soit insérée dans 
» le traité de paix , est un fondement suffisant 
9 de ce traité. 

» La paix est nécessaire à l'Europe ; le roi la 
3» souhaite comme un bien général , et sa majesté 
» regarde la suspension d'armes comme le meil- 
s> leur pour y parvenir ; mais il refuserait cette 
3» suspension , et romprait les négociations de 
3> paix , si on ne pouvait obtenir cette suspen- 
D sion ou cette paix , sans, admettre une garni- 
» son hollandaise dans Cambrai, pendant quel- 
s> que temps que ce puisse être. Il ne consentira 
3» jamais à une proposition si contraire à soi^- 



LIVRE VII. 333 

4K honneur , à ses intérêts et au bien de son 
» royaume. » 

De ces réponses et représentations, il ré- 
sulta les articles préliminaires suivans', acceptés 
et signés par M. dé Torci , à Màrli , le âa de 
juin i^i^* 

On convenait ( art. I ) d'une suspension d'ar- 
mes par terre et par dier , pour l'espace de deux 
mois , et elle pouvait être prolongée ensuite jus- 
qu'à trois et quatre mois. 

On devait ( art. II ) pendant le temps de cette 
suspension d'armes , faire tous les efforts né- 
cessaires pour conclure le traité de la paix gé-^» 
nérale ; et Philippe v devait renoncer , pour lui 
et ses descendans , à la couronne de France , et 
à la réunioÉt des deux monarchies d^Espagne 
et de France. 

Le roi de France ( art. III ) devait remettre à 
la Grande-Bretagne, la ville de Dunkerque et ses 
fort$, le jour de la suspension d'arihes. Les for- 
tifications de cette placé , son port et ses écluses 
devaient être détruits et con^blës. La: remisé de 
te t té place déVait avoir lieu ,'ooitimie^age de la 
sûreté de l'exécution de l'article précédent , re- 
latif à la non-réunion des deux monarchies. 
Toutefois DunkerqUe n'était pas cédé à l'An- 
gleterre , etc. ' 

La suspension d'armes ne fut publiée que le 
17 de juillet , après que le prince Eugène eut 



/ 



334 V* PÉRIODE. 

marché pour investir Landrëcies. Quelques jours 
après , Dunkerque reçut garnison anglaise ; elle 
devait' y rester jusqu'à la conclusion de la paix. 

Cette suspension d'armes n'était pourtant que 
préliminaire, puisquelevicomtede Bolingbrocke 
ne vint à Paris qu'au mois d'août , pour conclure 
un traité d'armistice avec la cour de France» 

Bolingbrocke montra un grand désir de faire 
la paix avec la France , et s'étant abouché avec 
M. de Torci , il fut convenu : i^. que le duc de 
Savoie et ses descendans, seraient appelés à la 
monarchie d'Espagne , au défaut du roi Philippe 
et de ses descendans ; et que la substitution en 
serait insérée dans l'acte que le roi d'Espagne 
donnerait de sa renonciation à, ses droits, et aux 
droits de se3 descçA4ans à la couronne de France. 

a^. Que la renonciation du roi d'Espagne à la 
couronne deFrance, serait enregistrée dans tous 
les parlemens.du royaume. 
.5^. Qu'après l'échange des ratifications pour 
la paix générale , le roi d^Espagne céderait la 
Sicile au duc de, Savoie, etc. _ , 

Lord Boling^rpcl^e sollicitait pour le duc dd 
Savoie, une barriçre^ ou plutôt un agrandisse^ 
ment du côté de la France , sous, le prétexte de 
sûreté ; mais M, .de Torci s'y refusa^ La cour de 
France ne put à son tour obtenir des dédomma* 
gemens pour l'électeur de Bavure , et ce ne fut 
{néme qu'à la paix avec l'empereur, qu'elle par« 



LIVRE VI. 335 

vint à le faire rentrer dans ses états , ainsi que 
rélccteur de Cologne. Tous les articles ayant . 
été débattus avec soin , la suspension d'armes 
entre la France et l'Angleterre, fut signée à Fon- 
tainebleau , le 19 d'août. Cette suspension d'ar- 
mes décida de la paix , et elle eut lieu par terre 
et par /Ti^r;. exemple excessivement rare. Elle 
portait : « Qu'il y aurait une suspension d'ar- 
3» mes, et de tous actes d'hostilités entre les ar- 
^ mées , troupes , flottes , escadres , et navires 
T» de leurs majestés très chrétienne et britanni« 
9 que^ pendant le terme de quatre mois , à corn* 
« mencer du 23 du mois d'août , jusqu'au :22 du 
p mcHS'de décembre prochain ; 

a^. » Que la même suspension d'armes serait 
9 observée entre les^arnisons et gens de guerre , 
9 que leurs majestés tiennent pour la défense et 
y> garde de leurs places , dans tous les lieux où 
3» leurs armes agissent, tant par terre., par mer 
ii qu^autrement ; en sorte que s'il arrivait que , 
» pendant le temps de la suspension , .on y con- , 
» trevenait de part: ou d'autre 9. par la surprise 
1» de quelques places , soit*par attaque ^ surprise 
^ 3» ou intelligence , ou quelque endroit du monde 
» que ce fût ; qu'on fît des prisonniers ou d'au- 
sD.tres actes d'hostilités, par quelqu'-accident im- 
3> prévu , cette contravention se réparerait de 
9 part et d'autre ^ debonnç fbi^ sans délai, dif- 
» ficulté 9 etc« j restituant sans aucune diminu- 



• I 



336 V« PÉRIODE. 

9 tion ce qui aurait été pris , et mettant les pri- 
I» sonniers en liberté , sans payer aucune chose 
3B pour leur rançon , ni pour leur dépense; 

3**. » Que pour prévenir tous sujets de plainte 
» et de contestation qui pourraient naître à Toc- 
D casion des vaisseaux, marchandises ou autres 
D effets qui seraient pris par mer « on est con- 
j> venu réciproquement que lesdits vaisseaux , 
» marchandises* et effets qui seraient pris dans 
j) la Manche et dans les mers du Nord ^ après 
» Tespâcede douze jours, depuis la signaturede 
n la suspension d'armes ^ seraient restitués de 
» part et d'autre ; que le terme serait de six se- 
D maines pour les prises faites depuis la Manche^ 
» les mers britanniques et les mers du Jiord 
30 jusqu'au cap St-Yincent ; même terme de six 
3> semaines au delà de la ligne eC dans tous les 
» autres endroits du monde , sans aucune ex* 
» ception. . ' 

4^. » Comme la même suspension ^era obser-^ 
» vée entre les royaumes de la* Grande-Bretagne 
j» et d'Espagne , sa majesté britanniquepromet 
)> qu'aucun de ses vaisseaux ou bâtimeos > ni 
3» aucun de ses sujets ne seront désormiiis em* 
» ployésà> transporter oaconvoyer en Portugal, 
-» en Catalogne , ni dans aucun des lieux où la 
^ guerre se fait présentement , des tpoupes , 
9> chevaux , armes , habita ou munitions de 
» guerre et de bouche. 



LIVRE rii. 337 

î?, » Toutefois , il sera libre à isfa majesté bri- 
» tannique de Caire transporter des troupes, des 
» munitions et provisions dans les places dé Gi- 
» braltar et de Port-Mahon y occupées p&r ses 
» armés, et dont la possession lui doit demèu- 
» rer par le traite de 'paix qui interviendra , 
» comme aussi de retirer d'Espagne les troupes 
9 anglaises et les efTet^ qui leur appartiennent 
j» dans ce royaume. *' • 

6*. » Sa' majesté britanniijue pourra paréille- 
4fment , satis contrevenir à 6e traité , prêter sts 
» vaisseaux pour transporter en Portugal , les 
x» troupes portugaises qui sont en Catalogne , 
» comme aussi pour transporter en tttilie les 
» troupes allemandes j qui sont dans la même 
^» principauté de Catalogne. 

7®, » Qu'immédiatement après que le présent 
» traité: aura été déclaré en Espagne , le roi se 
» fait fort que le blocus de Gibraltar sera levé , 
D et que la jgarnison anglaise , et les marchands 
» qui se trotivéraient dans cette place , pourront, 
» en toute liberté , vivre , traiter et négocier 
i> avec les Espagn'ok , etc. » 

Lord Bolingbrocke et M. de Torci signèrent 
te traité dë'suspensioh d'armes. 

Le TOty satisfeit des dispositions ettlu caractère' 
personnel du lord Bèlingbrocke, lui fit rendre * 
des honneurs particuliers. Bien plus, ce monar-' 
que regardant ce traité avec l'Angleterre commet 

IV. * a a 



338 V* PÉRIODE. 

le prësage-d'iine paix durable , il envoya à Lon--* 
dres f en qualité d'ambassadeur ei^traordinaire , 
le duc d'Aumonty lequel y arriva, le i S de dé- 
cembre de cette année, et, eut, le i5^ audience 
publique de la reine , à laquelle il adressa le 
discours suivant , dont plus d un trait a de l'é- 
lévation (i), 

« Madame , c'est un moment bien illustre que 
» celui-ci. Dans la plus heureuse et la plus brilT 
» Tante des conjonctures , j'ai l'honneur de ren- 
9 jire à votre majesté , de la part du roi , moA 
» maître , des témoignages publics de tous les 
y> sentimens qui l'attachent à votre person^ie 

» sacrée. 

» Les événemens d'une longue et terrible 
» guerre, n'ont rien pris sur l'amitié que les liens 
» du sang lui ont inspirée, ni sur cette juste 
i> considération qui est due aux qualités person* 
D nelles , plus respectables que la majesté des 
D titres et que toute la puissance du trône. 

j» Ces sentimens, Madame, ont été mutuels; 
» et l'intelligence qu'ils ont formée entre les 
» deux couronnes, a dissipé les partis, désarmé 
» les nations de la terre, changé là face des états, 
» donné de nouveaux rois à l'Europe , et affer* 



■^ 



(i) Le duc;d*Aumont, rerint de Londres en noTenbre 
1713 , et mourut à Paria le 6 de mars 1722 , ^é de cin«. 
guante-six ans. 



LIVRE VIL 339 

» mi , si je Tose dire, la gloire c^le votre majesté. 
j> Par les conditions dont elle a été arbitre , 
7> elle prbcure le bonheur de ses sujets , l'avan- 
» tage de ses allies^ et couronne en même temps , 
a> les grands et inemorables événemens*de son 
» règne , dont l'antiquité n'a point montré 
9 d'exemple , non pas même sur le trône où 
» régna Elisabeth. 

» La France ^ accoutumée à trouver dans les 
a> malheurs, de la gloire et des ressources , 
» n'en bénira pas moins les conseils de votre 
» majesté. Elle a reçu , avec de vives acclama- 
y> tions, la nouvelle, d'une paix dont la modéra- 
y> tipn et la bonne foi exercées de part et d'au- 
^ tre , avec émulation » ont tranché toutes les 
» difficultés et levé les obstacles. . 
* » Ces vertus si rares et si étrangères dans las 
31 traités, ont été réciproques dans le cours de la 
3» dernière négociation , et elles sont devenues 
» le présage d'une union ferme et durable , qui 
» dépose entre les mains de votre majesté et > 
]» dans celles du roi, mon maître y la balance de 
» toutes les puissances de l'Europe. » 
. La reine Anne envoya à Paris , au mois de jJ^^j^J^^ 
janvier 1 7 1 5 , en qualité d'ambassadeur , le duc ^«''^ •» ^'••»* 
de ^chrewsburi ; et, le 1 5 de mars suivant, ce sei- 
gneur assista avec Prior , à l'enregistrement des 
lettres-patentes données par le. roi, au sujet de la 
renonciation des droits du roi d'Espagne et de 



i 



.34a V« pfeRIOI>E. 

par les plénipotentiaires de France , comme s* 
bligeant à l'exécuter, et par les plénipotentiai- 
res de la Grande-Bretagne , comme ^arans de 
son exécution ; obligation et garantie qui ne 
devaient avoir lieu , qu'au cas que sa majesté 
impériale jugeât à propos de l'accepter avant le 
premier de juin suivant. 

Par ce traité , auquel celui de Ryswick servait 
de base, le Rhin devait servir de barrière entrç 
la France et l'Empire. Le roi remettait à la mai- 
son d'Autriche YieuxrBrisach, le fort de Kelh et 
la ville de Landau. 

La maison d'Autriche devait de plus avoir le 
royaume de Naples, une grande partie du duché 
de Milan, les villes appartenantes à TËspagiTe sur 
la côte de Toscane, les Pays-Bas espagnols, etc. 

Ce traité ne fut point goûté par le comte de 
Zinzendorff ; il refusa de le signer, et quitta 
ITtrecht» Cependant ^ le 1 1 d'avril , les plénipo- 
tentiaires de France se rendirent chez l'évêque 
die Bristol , où se trouvait le comte de Strafford, 
et ils signèrent avec eux^ à midi, le traité con« 
clu, depuis assez long-temps, entre leurssouve- 
rains respectifs ; mats dont ils avaient jugé à 
propos de différer la signature publique. 

Deux heures après , les plénipotentiaires de 
Savoie , dont les affaires étaient aussi arrêtées 
depuis long-temps, se rendirent au même lieu 
et signèrent leur traité avec la France. Ceux de 



/ 



LIVRE VI r. 345 

Portugal se présentèrent à huit heures du soir. 
Ceux de Prnsse ne signèrent qu^à minuit» Une 
heure après ^ arrivèrent les députés des états- 
généraux, parce que les difficultés qn ils avaient 
élevées assez tard , sur leur traité de commeree , • 
avaient çmpêché que la minute n*en^ f&t mise 
plutôt au net. 

' NcNUS donnerons la substance de ces divers- 
traités, qui ont constitué long-tefnps le droit 
conventionnel de l'Europe , et réglé les rapports 
des principaux états* 

, Le traité entre la France et la Grande-Bretagne ,^ j^. 
portait (article IV) : « Que pour prévenir toutes ^^^^^l\^ 
y. les occasions de défiance qui pouvaient , en ^-J, .^^ 
-» quelque temps que ce fût , naître de l'ordre et tagne. 
> du droit de la succession héréditaire au royau- 
3» me de la Grande-Bretagne^ établie et limitée 
» parles lois du royaume, faites et passées sous 
» les règnes du feu roi Guillaume m , de glo- 
» rieuse mémoire , et de ia reine aujourd'hui 
9 régnante, en faveur des enfans de ladite dame 
y reine , et à leur défaut , en faveur de la séré« 
» nissime princesse Sophie , douairière de Bruns- 
» wiek-Hanover^, et de se$ héritiers dans la ligue 
» protestante de Hanover; et afin que ladite 
» succession demeure en son entier , le roi très 
» chrétien reconnaît sincèrement la susdite limi- 
» tation delà succession au royaumedelaGrande- 
^ Bretagne ;. déclarant et promettant en foi et pa- 



344 V« PÉRIODE. 

3) raie de roi , qu'il l'accepte et l'agrée , qnant àr 

9 présent et à toujours , pour lui et pour sest 

V héritiers et successeurs^ sous rengagement der 
» sou honneur et du leur. 

» promet en outre, ledit roi très chrétien , 

> sous le même engagement de son honneur et 
» de sa parole royale , que ni lui ni ses succes-^ 
» seurs ne reconnaîtront jamais personne f>our 

> roi ou reine de la Grande-Bretagne , autre que 
31 ladite dame reine et ses successeurs , selon 
3 l'ordre de ladite limitation. £t d'autant que ia^ 
j$ personne qui , du vivant du feu roi Jacques ii , 

> prenait le titre de prince de Galles , et qui 

> depuis a pris celui de roi de la Grande-Bretagne^ 
» s'est retirée de son propre mouvement , hors 

> de France, pour aller demeurer ailleurs ; le roi 
>» très chrétien , pour plus grande sûreté de la 
3» reconnaissance et des promesses ci-dessus ex- 

Y primées, s'engage pour lui et pour ses héritiers 
j^ et successeurs , de prendre soin que cette per-- 
» sonne-làne retourne plus en France, -ni dans 

> les pays qui en dépendent, en aucun temps ^ 
j» ni sous quelque prétexte que ce soit, n ^ 

L'article Y contenait la promesse de ne point 
fournir aucun secours direct ni indirect, soit 
par terre soit par mer , aux ennemis de la nou- 
velle dynastie anglaise. 

L'article Y I portait : a D'autant que la sûreté 
« et la liberté de PEurope ne peuvent point ' 



V 

• 



LIVRE VIL 345 

s> souffrir Tunion.des royaumes de' France et 
yi ^'Espagne sous un même roi ^ et que c'est de 
» là principalement qu'est provenu le feu de la 
» guerre qui doit être éteint par la présente paix, 
» on est enfin parvenu à ce point , que l'on ira 
y> au-devant dç ce mal pour tous les temps à ve- 
» nir ) par des renonciations conçues en bonne 
» forme , et passées dans les manières les plus 
» solennelles , etc. » • 

Ici l'on inséra les actes de renonciation du 
roi d'Espagne à la couronne de France , et des 
ducs de Berri et d'Orléans à la couronne d'Es- 
pagne (i). 

Par l'article IX , sa majesté très chrétienne 
devait faire en sorte que toutes les fortifications 
dq la ville de Dunkerque fussent rasées , le port 
comblé , et que les digues et écluses qui ser- 
vaient à nettoyer le port seraient rompues ; le 
tout à ses dépens, et dans l'espace de cinq mois^ 
après la conclusion et signature de la paix. 

Par les articles X, XI et XII, le roi de France 

(0 La renonciatiozi de Philippe y\ la couronne de Fran- 
ce , et celle des ducs d&Berri et d'Orléans à la couronne d'ËSr 
pagne « furent Toccasion d'une médaille frappée par ordre 
du roi, dans laquelle on voit la France et l'Espagne qui 
font un serment sur l'aytelde la paix. La légende est i SaluU 
puhlicœ; et l'exergue : Regnandi Jus mutuo sacramento re- 
missum;'(1e droit de régner abandonné par un commui^ 
serment.) ijiB. 



346 V^ PÉRIODE. 

rendait à la Grande-Bretagne la* baie et Te détroit 
d^Hudson, Itri cédait l'Ile de Saint -Christophe 
avec lanouyelle Ecosse, ou Acadie, File de 
Terre-Neuve et les îles adjacentes ) lies Français 
ne conservant que le droit d'élever des cabanes 
dans l'île de Terre-Neuve, pour y sécher le poisson 
péché sur une certaine étendue de la c6te , etc. 

L'art. XX voulait que dans le cas de rupture ^ 
il fût accordé six mois, aux sujets des deux puis- 
sances qui se trouveraient sur le territoire de l'une 
ou de l'autre , pour enlever leurs marchandises , 
navires , ou pour vendre leurs immeubles , etc; 

Ce traité fut signé pour la France par le ma- 
réchal d'HuxelIes et M. Ménager. L'abbé de Po- 
lignac voyant arriver l'époque de la signature 
de la paix , crut devoir se retirer au mois de 
février 1713, sous prétexte qu'il ne pouvait 
signer l'exclusion du trône de Jacques m , dbnt 
il avait eu la nomination pour le chapeau de 
cardin'al qui lui avai#été conféré le 3o de jan- 
vier 1 713 ; prétexte honorable, et qui atteste la 
délicatesse, et ce sentiment des convenances 
trop souvent dédaigné. 

* Les signataires pour la Grande-Bretagne fu^ 
rent Robinâon , évéque de Bristof , et le comte 
de Strafford. 
Trahé dé . ^^ même jour, il fift signé entre les mémea 
*^"*Î?T**°' puissances, un traité de commerce et de naviga-. 
tion , lequel était établi sur les basesd'une exacte 



LIVRE VII. 



347 



réciprocité , en sorte que (art. VI) les sujets de «* ^ Gr»êc- 
part et d'autre j ne devaient payer que les droits 
ou autres charges d'entrée et de sortie, dus selon 
la coutume dans, tous» les^ états et pays de l'un 
et l'autre princi; • 

Par l'article VIII , tous et chacun des sujets 
de sa majesté britannique et de sa majesté très 
chrétienne , devaient jouir dans tous les pays et 
«tats sujets à l'un on à l'autre, des mêmes liber- 
tés et privilèges dont jouit présentement ou 
pourra jouir à l'avenir la nation étrangère la 
pluà favorisée. 

L'artiqle XII supprimait le droit d'aubaine. 

L'article XVIII est ainsi conçu : «Tout et cha- 
v cun des sujets de la reine de la Grande-Bre- 
y> tagne et du roi très chrétien , pourront navi- 
)» guer en toute liberté et sûreté , sans qu'on 
y> puisse faire distinction des propriétaires des 
» marchandises dont les navires seront chargés , 
7» de quelque port que ce soit , vers les places 
j> des souverains qui sont déjà> ou sont près 
a> d'entrer en guerre avec la reine de la Grande- 
» Bretagne ou le* roi très chrétien. 

» Il sera pareillement permis aux susdits 
» sujets et habitans de naviguer et de négocier 
» avec les mêmes vaisseaux et marchandises, 
» dans la même liberté et sûreté, des places^ 
» ports et rades de ceux qui sont ennemis de 
10 lune ou l'autre des parties, sans la moindre 



348 V PÉRIODE. 

7> contradiction oa empêchement, non-senle — 
0» ment des places ennemies ci-dessys mention^ 
3» nées à quelques places neutres \ mais mêtïker 
» d'une place ennemie à un^ autre place en-^^ 
f> nemie, soit qu'elles soient si ttiées dansUjuri- 
3» diction d'un même ou de plusieurs souverains.. 
» Et comme il a déjà été stipulé à l'égard dies^ 
)> navires et des marchandises que la liberté des 
» nayires emporte celle des marckofidises , et que 
» tout ce qui se trouvera dans les navires de& 
» sujets de l'un et de l'autre allié, doit être censé 
y> franc et libre, quand même toute la charge oui 
D une partie d'icelle appartiendrait aux ennemis 
» de l'une ou l'autre majesté, excepté toujours^ 
s néanmoins les marchandises de contrebande^ 
)) pour lesquelles on se réglera djins les articles 
» qui vont suivre ; on est pareillement convenu 
s> que la même liberté doit aussi s'étçndre aux 
» personnes qui se trouveront à bord des vais- 
» seaux libres , en sorte que , quand même elles 
3» seraient ennemies de l'une ou de l'autre partie,. 
» elles ne pourraient être tirées d'un vaisseau 
» libre, à moins qu'elles ne sofent militaires el 
$> au service de l'ennemie » 

Les articles XVIII ,* XIX et XX , en spécifiant 
les marchandises dîtes de contrebande , ou pro- 
hibées en temps de guerre , exceptaient de cette 
dénomination , le chanvre, le lin^ la poix sèche 
ou liquide , les cordes , toiles propres à faire 



. » 



LIVRE VIL 349 

âes voiles , les ancres , mâts de vaisseaux , plan- 
ches, poutres de quelques arbres que ce fût , et 
toutes les autres choses servant à réparer les 
vaisseaux, comme aussi toute autre sorte de 
marchandises qui n'auraient point encore la 
forme de quelque instrument propre à la guerre, 
soit sur terre, soit sur mer, etc. (1). 

Il avait été conclu à Utrecht le 7 de novembre „^l^?\ 

f , '^ Traité d« 

1712. une suspension d'armes entre la France pa« »▼«« i« 
et le Portugal , - laquelle avait été prorogée le ^' 
4 de mars 17 13, pour un semblable terme dé 
quatre mois. 

Le II d'avril fut signé le traité de paix entre 
les deux états. 

^ Par l'article VÎil , sa majesté très chrétienne 
se désistait de tous droits et prétention^ sur la 
propriété des terres appelées Cap du nord y et 
situées entre la rivière des Amazones et celle de 
Jàpoc, ou de Vincent Pinson. 

Par l'article X, sa majesté très chrétienne' re- 
connaissait que les deux bords de la rivière 
des Amazones; tant le septentrional que'^lé 
méridional , appartenaient eu toute propriété , 



... ) « , f 



(i) Le parkment d'Aaglftetre iTÉfiiM d« ratifier les ar- 
ticles Vni et IX de ce traité, comiiV8.tV9p^,dé£i¥of|^ea au 
commerce hritamnqiie^ Les écrivains, ap^j^ds ont regardé 
ce traité comme désa-vantageux à leur nation ^ par la raison 
qu'elle n'ayait pour lutter contre le. sol et l'industrie delft 
JFrance , c{ue des mkiiufactures alots pe\i p<rféetioitnéef/ ' ' 



35o V« PÉRIODE. 

domaine et souverainetë, à sa majesté portugaise»^ 
. L'article XII interdisait le commerce entre 
les habitans français de Cayenne et les habitans 
portugais de là rivière des Amazones ; et il était 
aussi défendu aux Français, de passer la rivière 
de Vincent Pinson, pour y négocier e t pour ache- 
ter des esclaves ; sa majesté portugaise promet- 
tait, de son !ç6té 9 qu'aucun de ses sujets n'irait 
commercer à Cayenne. 

L'Angleterre , par l'article XVi, était girante 
de l'entiçre exécution du traité entre la France 
et le Portugal. 

, Les plénipotentiaires portugaisfurentlecomte 
de Tarouca et don Louis d'Acunha, . 
i7i3. Le roi conclut le ii d'avril, à Utrecht, ua 

paîx"iyec*u traité par leqiiel ilpéd^it à Fré4éric i**^, roi de 
i»niMc. Prusse , au ncftn de son petit-fila, le roi d'Es- 
pagne , la Guel^i^ supérieure avec, la ville de 
Gueldre , et le reconnaissait pour, souverain de 
Keu^hâtel et de Yallengin. 

Frédéric i^' renonçait en faveur de la France, 
à tout drpit^iir la principauté d'Orange. 

P^if un article ^ps^^é, le rpi^ tant en ^on nom 
qu'en celui de Philippe v y reconnaissait , dè& à 
présent et à^perpétuité , le titre .royal dans la 
mais(ôn de PriMie-. '^^ ' ^ - > ' 

' Les pléhïpèHfeûtiàîres du roî^de Prusse furent 
le cômteDonhbJFf é'tle maréchal dé Biberstein, 
l'un et rentre j^^is^es d'état. , 



LIVRE VH; 35i 

^ Le traité de paix entre la Franceet la duc de >7>3. 

* . Traité de 

Savoie , fut signé le 1 1 d'avril 17 13 , à Utrecht. paix avec ta 

Le roi^ par Tarticle II , restituait au duc toute 
la Savoie et le comté de Nice. De plus, ps^r rar« 
ticle IV, il lui cédait la vallée de Pragelas avec 
les forts d'Exilés et de Fénestrelles , et les vallées 
d'Oulx ,de Sézane , de Bardonnenche et de Châ- 
teau-Dauphin. Le duc de Savoie cédait à sou 
tour au ifoi , la vallée de Barcelonnette , de ma-* 
aière que les sommités des Alpes et des mon- 
tagnes devaient servir à l'avenir de limites entre 
la France , le Piémont et le comté de Nice, et 
que les plaines qui se trouveraient sur lesdites 
sommités et hauteurs, seraient partagées; et la ^ 
moitié avec les eaux pendantes du côté du Dau^ 
phinéetde la Provence, appartiendraient à sa 
majesté très chrétienne, et celles. du. côté du' 
Piémont et du comté de Nice appartiendraient 
au duc de Savoie. 

Par l'article V, la Sicile était cédée au duc de 
Savoie. 

Par l'î^r ticle VI ,, la couronne d'Espagne , aa < 
défaut de descendans de sa majesté catholique , 

^tait assurée à la maison de Savoie , etc. 

■ .■ ' « ' ^ • • • • 

Les plénipotentiaires du duc de Savoie furent 
le comte de Maflei, et les marquis. du Bourg 
et de Mellarède. , 

La paix entre la^Françe et les Provinces-Unies, 17,5. 
^i infructueusement négociée daûs les confë- a« p'^ll^fw 



I 
' \ 



35a V* PÉRIODE; 

UêPwHÈM». rences de la Hayeetde Gcrtniydemberg, elpôur 
laquelle les états -généraux affectaient une or-^ 
gueilleuse répugnance^ fut signée la dernière 
le II d'ayril. L'on peut dire que les plénipoten- 
tiaires des Pibvinces -Unies ne furent vaincus 
que par la bonne intelligence des Anglais et des 
Français ; car le prince Eugène, et Reinsius 
étaient toujours prépondérads à la Haye, où le 
penchant pour la guerre était encore existant; 
mais il est dei' nécessités politiques auxquelles 
il faut céder. Les plénipotentiaires des Provinces- 
Unies se décidèrent donc à la paix. Le traité 
portait comme conditions pritlcipales , par rap- 
port à la France , que : 

<c Sa majésté'très chrétienne (art. VII) remêt- 
V trait et ferait remettre aux états -généraux , 
» en faveurdèlà maison d'Autriche , tout ce que 
jr sa majesté Jtrès chrétienhe , ou les princes, ses 
» alliés, possédaient encore des Pays-Bas , com- 
» munémént appelés EspagrioU, tels que le feix 
21 roi catholique Charles ii , les avait possédés, ou 
» dû posséder ;'conforméàiént aii traité* de Rysr 
» wick; sah* que sa majesté 'très chrétienne ni 
» Je prince ouïes princes, ses'alliés , s'en réser- 
» vàssentàiï^utt* droits 6ti'|)i:*é tentions, direc- 
i temerit bû' îiidfa'efctetnérit ; iStàxs que la maS*son 
» d'Autriche entrerai t en possession deà Pa vs'-BàS' 
» espagnols*^ poiii^''én'jbïiit déàorHïais et tbu- 
» jours^ plein^fibnt etpaisiblernent, selon Tordre 



LIVRE VIL' 353 

» de la çu^ession de ladite maison , aussitôt 
2> que les seigneurs des états seraient convenus 
» avec elle , de la m«inière dont lesdits Pays-Bas 
» espagnols leur serviraient de barrière et de sû'^ 
» reté , etc. » 

Les états • généraux (art. XV) devaient re- 
mettre à sa majesté très cbréjtienne la ville et 
citadelle de Lille, avec toute sa châtellenie sans 
aucune es&ception, Orchîes , le pays de Laleu , 
€t le bourg de la Gourgues, les villes et places 
d'Aire, Béthuneet Saint- Venant, avec le fort 
français , leurs baillages', gouvernances , appar- 
tenances, dépendances, enclavemens et an-- 
nexes , le tout, ainsi qu'il avait été proposé parle 
roi très chrétien avant la présente guerre, etc. etc. 

L'art. XXX pourvoyait par la voie des renon^ 
dations garanties par les^ états-généraux , à çé 
que jamais les couronnes de France et d'Es^t 
pagne ne fussent réunies sur la même tête. 

Les signataires de ce traité pour les états-gé- 
néraux. furent, MM. de Randwick, Buys, van 
Derdussen, Spanbroeck, Rheede, Goslingâ et 
Rniphuysen. 

Il assurait aux provinces-Unies les trois points 
qu'elles avaient eu principalement en vue , i*'. la 
séparation absolue des couronnes de France et 
d'Espagne; â"*. la cession des Pays-Bas à l'Au- 
triche ; 3^. la conversion de ces mêmes prp^ 
vinces en une barrière contre la France. ... 

IV. - a3 



^ 



J 



354 V* PÉRIODE. 

Un t)*aitë de commerce suivit immédiatement 
le traité de paix. 
«7» 3- Après avoir rétabli la liberté du commerce 

Traité 4e *• ' 

commerce en- dans toute son élcndue, il accordait (art. VII) 

tre la France i i • i -rk • tt • )l 

etiesProTia- aux baoïtans desProvinces-Uuies, commerçant 
tc«- mti. 33U3 les ports français , lé même traitement , et 

les mêmes exemptions et franchises , qu'aux 
Français eux-mêmes ; et le même avantage était 
accordé aux Français trafiquant dans les Pro- 
vinces-Unies, 

Les Hollandais (art. .IX) ne devaient payer 
que vingt pour cent , sur les marchandises qu^ils 
transporteraient du Levant en France, ou de 
France dans le Levant. 

L'importation du hareng salé (art. IX) était 
permise aux Hollandais ; le droit è! aubaine (art. 
XIV) était suppr\pé à leur égard, 

La liberté du commerce (art. XVII) était éta- 
blie pour les sujets des deux états, vers les places 
de leurs ennemis , d'un port ennemi vers ua 
port neutre , et même de port ennemi à port 
ennemi , quels que pussent être les propriétaire$ 
des marchandises , etc. 

Ce transport (art. XVIII et XX) ne pouvait 
s'étendre qu'aux marchandises non réputées de 
contrebande, lesquelles se bornaient aux armes 
^ àtoortiiâens servant à l'usage de la guerre, 
prohibant toutefois l'introduction de /tout ce 



LIVRE VII. 355 

• r 

qui appartient à la nourriture dans les villes 
assiégées y bloquées et investi^. 

Par l'art. XXVI , il ëtai^ convenu que tout ce 
qui se trouverait sur les navires ennemis de 
l'une des deux puissances, bien que ce ne fût pas 
de contrebande serait saisissable ;• et récipro- 
quement tout ce qui serait aux ennemis sur des 
vaisseaux . appartenant à l'une ou Tautre des 
puissances contractantes, ne serait point saisis- 
sable, à moins que ce ne fût objet de contrebande.* 

Les art. XXVII , XXVIII et XXIX énonçaient 
ïes précautions à prendre contre les violences 
des vaisseaux de guerre , corsaires et armateurs. 

^Ce traité devait durer vingt-cinq ans. 

Le maréchal d'HùxelIes et M. Ménager (i) 
signèrent pour la France, tous les traités conclus^ 
à Utrecht. Ils eurent l'avantage ou plutôt le 
bonheur, d'être les instrumens de la paix uni- 
verselle (2'). 

i^^ll III I ——■—■—>— —W—l II II ■ 1 ,. lin 

* 

(1} M. Ménager survécut peu à sa gloire; il mourut à 
Paris le 1 5 de juin 1714» ^g^ de èinquante«neuf ans. À beau- 
coup de sens il joignais une rare modestie, qui quelque-' 
fois même , dans les discussions , dégénéi:ait en timidité ; 
mais il n'était pas moins ferme dans ses principes , qui le 
servirent beaucoup dans la défense des intérêts commer- 
ciaux de sa patrie .Ceux-ci furent maintenus dans lés deux 
traités de commerce avec la Gr&nde-Bretagne et les Provin- 
ces-Unies. 

(2) La paix d*tJtrecht fut le jsujet d*uxie médaille; où Ton 



356 V« PÉRIODE. 

CoMilén. ^^ révolution qui arriva au mois d'août 1 7 1 o^ 
tsoat MF la dans le cabinet britannique > changea la fortune 
trcdic; de la France alors si désespérée , que Louift xiv 
qui n*avait jamais connu le découragement j 
parla de s*ensevelir sous les débris du trône. Il 
faut avouer ici à la louange des ministres anglais . 
et de Bolingbrocke en particulier , qu'abjurant 
la haine nationale , ils se portèrent à la paix a^ec 
générosité , en signant les préliminaires du 8 
d^octobre 1711. Mais ce qui rend la négociation 
q^ui eut lieu à Londres , différente de beaucoup 
d'autres , a c'est / dit le ministre Torci , qu'il : 
m ne fut jamais" question d'autre récompense , 
» que de procurer la paix à l'Europe y ni d'autre 
» intérêt que celui de l'état. Si de la part de la 
ji France, on prit soin d'employer toujours les ter» 
j» mes les plus capables de plaire à la reine , non- 
)» seulement ils étaient dus à son sexe ; mais son 
n zèle pour la paix, et la sincérité de ses ministres 
» méritaient les louanges qu'il est juste d'accor* 
a» der à la bonne foi qui ne règne pas toujours 
» entre les négociateurs ; plusieurs au contraire, 
9 se persuadant faussement , que l'artifice et le 



voit Astrée descendant du ciel avec les attributs de la paix , 
de la justice et de Tabondance. La légende et l'exergae 
étaient : Spes feUcitatis orhis^pax Ultrajactensis , xi apri- 
/rf 1713; (la paix d'Ufrecbt, espoir de la félicité univer- 
selle.) 



LIVRE VIL 357 

» mensonge sont de grands traits dé politi- 
y» que. j» 

Ces principes secondèrent parfaitement M. de 
Torci. Car il est possible qu'il eût échoué , si 
traitant avec un homme droit et impétueux 
comme Bolingbrocke , il se fut jeté dans ^un 
système de ruses et de faussetés , dont le moin- 
dre inconvénient eût été de détruire la con« 

* 

£ance , et d'amener des^ délais interminables. 

M. de Torci obtint du ministère anglais , tout 
ce qu'il y avait de plus désirable dans la cir«- 
constance présente , et notamment la suspension 
d'armes par terre et par mer , dont l'effet fut 
de faire rappeler le corps de troupes anglaises 
uni aux alliés ; défection qui rompit les vastes 
desseins du prince Eugène i et facilita l'inap*- 
préoîable succès de Denain. 

Quant aux intentions qui dirigèrent le minis* 
tère anglais ^ elles se trouvent dévoilées par le 
mot suivant de Boling1>rocke au duc de la Feuil- 
iade» a Vous auriez pu , loi disait ce seigneur , 
S) nous écraser dans ce temps-là , pourquoi ne 
9 l'avez^'yous pas faitf*— C'est ^ répondit Boling- 
» brocké , parpe qu'alors , nous ne craignions 
» plus votre puissance. » 

Ainsi rbùmiliation de la France , et son im- 
puissance de nuire portèrent principalement 
l'Angleterre , à ne lui proposer que des condi- 
tions modérées « Si Louis xiv eût eu des succès ^ 



3Ca V PÉRIODE. 

Par le traite , qui avait pour base celui de Rys- 
wick , le roi rendait à lempereur et à l'Empire 
(art IV), la ville et forteresse du Vieux-Brisach , 
la ville et forteresse de Fribourg et le fort de 
Kehl. 

Le roi^ par les art. VIII et X s*obligeait à faire 
raser à ses dépens et dans le terme de trente 
jours , tous les forts, retranchemens , lignes et 
ponts qu'il aurait fait construire depuis la paix 
de Ryswich, soit le long/diU Rbin , dans le Rhin, 
ou ailleurs dans l'Empire et ses appartenances , 
sans qu'il fut permis de les rétablir. ' 

Le roi reconnaissait par ïztL XV la dignité 
électorale dans la maison de Hanovre. 

Par l'art. XV l'électeur de Bavière et celui de 
Cologne étaient rétablis dans tons leurs droits , 
états et dignités. 

Par l'art. XIX , le»roi déclarait qu'il avait re- 
rois aux états-généraux en faveur de la maison 
d'Autriche , les Pays-Bas espagnols , pour qu'elle 
les possédât de la même manièreque les possédait 
le roi d'Espagne. 

Plusieurs articles contenaient de précautions 
pour le maintien de la paix , et le rétablissement 

' ■ ■ ■ ■ 1 1 ■ lÉ II I Il ■ I < ■ » Il I 

Rastadt, on volt le .temple de Janus fermé., La légende est: 
Uàique pax ; et l'exeEgne , Flçsdus Mastoiiieçse , 6 mart^ 
1714 ; *(^e traité de ;Rastadt rétablit partout la paix. ) Cette 
mtf aille n'était relative qu'à la France ; car la guerre exi^^ 
tait dans le nord. 



LIVRE VII, * 363 

dans leurs biens de plusieurs princes dltalie, 
et prérogatives des personnes lésées par la guerre 
ou dont la guerre changeait la position. 

L'article XXXIII portait «que la conjoncture 
présente n'ayant pas laissé le temps à sa majesté 
impériale, de consulter les électeurs, princes et 
éènts de l'Empire , sur les conditions de la paix; 
non plus qa à ceux^ci.de consentir dans les for- 
mes ordinaii^s, au^nom de tout l'Empire^ aux 
conditions du présent traité qui les regardent , 
l'empereur promettait que le corps germanique 
enverrait dans un lieu désigné , une députatiou 
pour travailler au traité général ou solennel , à 
.faire entre lempereur , l'Empire et la France ; 
et que Tempcreur se rendait garant dès ce rao- 
xnent , de ce qui venait d'être conclu entre lui 
et la France. » 

Le lieu des conférences pour la paixgénérale , 
devait être fixé dans un pays >Beutre, tel que la 
Suisse; etrla ville deBàde fùtchoisiede préférence. 

L'exécution de la^ paix de Basitadt ne souffrit . 
point de diffiebltésimportantes ^'Ct elle eut lieu 
à rexception d'un article concernant la prin- 
cesse des Ursins, laquelle s'était fait adjuger, 
par l'art. VU du traité d'Utrecht , entre la France 
et les Provinces^Unies , la réserve d'une tetre 
dans le Luxembourg ou le Limbourg , de la va- 
leur de trente mille écus de revenu par an ; la- 
quelle devait être érigée en principauté , en fa- 



y 



/■ 



364 V« PÉRIODE. 

^urde la princesse des Ursins et de ^es héritiers. 
C'était à Tempereur à exécuter cet article y qtii 
faisait partie des conditioosauxquelles les Pays- 
Bas espagoob lui étaient transmis ; mais quand 
renvoyé des états-généraux en parla au prince 
Eugène ; celui-ci lui répondit y que leurs hautes 
puissances faisaient bien de s'acquitter des pfc^- 
nîesses qu'elles avaient faites à la Fxance et à 
l'Angleterre ; que cependant on devait infaillr- 
blement supposer que sa majesté impériale ne 
pouvait , ni ne voudrait y acquiescer. Le prince 
Eugène ajouta ces paroles : «c Je Tai dit même 
» à Rastadt au maréchal de Yillars^ que c'était 
» une chose, honteuse et ridicule à demander^ 
» et nléq^e à proposer » (i)« 

On est étonné^ y en effet , de voir dans un 
traité aussi solennel que celui entre la France et 
les Province^Unies , le nom de la princesse des 
Ursins » intrigante de profession , et qui , pour 
prix du désordre et des divisions qu'elle avait 
fomentées à la cour d'Espagne^ avait eu la har« 
diesse de se faire adjuger une terre de trente 
mille écus de rente* 

Conformément à ce qui avait été décidé entre 
l'empereur et la France , les plénipotentiaires 
respectifs se réunirent à Bade , pour la paix défi- 
nitive. Ceux de France étaient le maréchal de 

(i) Lamberty , t. VOL 



LIVRE Vir. 365 

Tillars , lé comte de Yintimilie du Luc , ambas;- - 
sadeur de France en Suisse, et Saint-Contest « 
maître de requêtes* Ceux de l'empereur et l'Em* 
pire furent le prince Eugène y et les comtes dé 
Gois et de Seilern. , > 

9 

Les nouveaux plénipotentiaires étaient chai> 
gës de régler les prétentions des parties con- 
tractantes , de manière que le prii^^e Eugène et 
le maréchal de Yillars n'eussent plusqu'à signer 
quand ils arriveraient. 

Le traité de Bade ne diffère qu'en très peu de 
ppints de celui de Aastadt , et la plupart des 
articles soitt nvatériellement les mêmes. Il ny 
eut de légères modifications , que par rapport 
aux intérêts de quelques princes de l'Empire et 
de l'Italie. Il s'éleva toutefois une difficulté sur 
les titres. Les impériaux donnaient dans le traité 
le titre d'altissimus ^u prince Eugène, et le ré- 
^ fusaient au maréchal de Yillars qui le réclamait 
en qualité de duc et pair. On en référa par un 
courrier au prince, Eugène , qui y consentit. 

Le nouveau traité de paix générale et défuii*- 
tive entre la France , l'empereur et l'Empire 
étant arrêté , le prince EugèAe et le maréchal 
de Yillars se rendirent à Bacje , et le signèrent le 
7 de septembre 1714- 

Les traités de Rastadt et de Bade firent la clô- 1714. 
ture de cette guerre terrible allumée en Europe tîons^" ur îe» 
par la mort de Charles if , dont les funérailles, Sdtttïâ- 

de. 



366 V PERIODE. 

farent suiTÎes de tant d'autres qu'on pourrait 
dire de lui, ce qu'on a déjà dit d'un autre prince^ 
qu'il eût été à désirer qu'il ne fût jamais né , ou 
qu'il ne fât jamais mort. 

Indépendamment 'des motifs généraux qui 
mettaient obstacle à la paix entre Tempeteur et 
la France , tels que la renonciation à la monar- 
chie espagnole par le premier , après y avoir 
régné sous le nom de Charles m , et l'espoir 
long-temps soutenu par des victoires^ d'humî- 
lier, et de démembrer même la France; lanégo- 
ciation du traite de Rastadt offrit un obstacle 
secret de la part du ministre Torci , ^ùi , dit-on^ 
ne s'efforça pas de la seconder , blessé de ce que 
la correspondance du maréchal de Villars ne 
passait pas par ses mains , et était adressée au 
ministre de la guerre, Voisin , supérieur naturel 
du maréchal. Quoi qu'il en soît de cette cir- 
constance imaginée peut-être par les ennemis 
de M. de Torci, et que son caractère semble 
même repousser , le maréchaLde Villars montra 
de son côté , un grand zèle pour la paix ; zèle 
estimable, puisqu'il lui sacrifiait l'espoir des 
succès militaires et le sentiment de sa rivalité 
avec le prince Eugèiie (i). 

— — — 1^— ■ ' II» >.^— Éf— —— ^Mfc^^— ^^M^.»^— ^M» 

t 

(i) On frappa à Nurember|[, à Toccasion de la paix, nne 
médaille , sur laquelle , d'un côté , on Toyoit les têtes de ce^ 
deux généraux fa.ce à face , avec ces légendes : Olim duo/uU 






LIVHE VIL 367 

« Le maréchal de Villars ^ dit le maréchal de 
» Rilcfaelieu dans ses mémoires, était capable des ^ 
:(» plus grands plans. Il avait dans le caractère 
» je ne sais quoi d'audacieux^ mêlé a la grandeur 
» et à lelévation. Il regardait de sang-froid les 
» pluB grandes entreprises, quelque dangereuses 
» qu'elles fussent. » 

Ce portrait indique assez quel ton le maréchal 
de Villars devait porter dans les 'négociations ; 
car le caractère des guerriers bouillans se dissi- 
mule peu, même dans les circonstances qui de* 
manjdent le plus de flegine (i). 

La cour de Lisbonne , sous le règne de don euvoî ^e 
Pedro II, après avoir d'abdrd reconnu Philippe v « ïortîl^*r; 
poui^ roi d'Espagne , et avoir contracté même îtont/"^^**^* 
une alliance avec lui , s'était jetée depujs'dans le 
parti des ennemis de la maison de Bourbon, et 
avait accédé en 1 7q3 , à la grande alliance contre 
la France. Elle avait cédé autant aux instiga- 
tions de la cour de Vienne et de Londres, qu'à 
des vues ambitieuses, se l^attant qu'elle pourrait 
avoir sa part des dépouilles de l'Espagne , et 
craignant peut-être encore, que l'union de la 

^1 11 II I I I . É ■ I ■ 1. ■ ■ 1 ■ I ^^,..^ , „ ., I , 

ndna belli ; et au revers : Nunc instrumenta quietis ; de Tau-* 
tre côté il y avait une table , deuxépées entourées d*oliyiers, 
un casque pour écrit oire , et un génie tenant une plume. 

' (i)Le maréchal de Villars devint ministre d'état en' i*j\5. 
Il moilrut à Turin en 17349 À la suite dès fatigues de la 

campagae d'Italie, ftgé de q^aatre*vingt-quatre ans. • 



^ 



368 V* PÉRIODE. 

France et de TEspagne .ne devint fatale à son 
indépendance. La paix d*Utrecht ayant réta-. 
bli la position de l'Espagne et du Portugal sur 
Tancien pied, la cour de Versailles ne vit point 
de difficulté à renouer avec ce dernier état , ses 
anciennes relations d'amitié. 

Louis XIV nomma pour son ambassadeur près 
de Jean v, l'abbé de Mornay , et peut-être vou- 
lut-il par ce choix, plaire au roi Jean t, qui 
était livré à une extrême dévotion , et plus oc- 
cupé de diriger sa chapelle , que d'administrer 
son royaume. 

L'abbé de Mornay reçut ses instructions le^s 
de mai iji^' C'est dans ces scfrtes de pièces 
qu'on peut pénétrer le véritable esprit de la po- 
litique d'un cabinet. De plus, celles-ci sont sor- 
ties de la plume de Torci , ministre digne d'une 
grande estime;et Ion doit les apprécier comme un 
de ces morceaux historiques et diplomatiquesqui 
font à-la-fois connaître les choses et les personnes. 

ff La maison de Bragance, qui règne aujour- 
» ^'hui sur le. Portugal , disent les instructions, 
9 s'étant maintenue sur le trône , prinpipalé- 
» ment par les secours qu'elle reçut du roi , et 
i> qui la soutinrent contre les efforts de FEspa- 
» gne , il était de Pintérêt de cette ihaison de 
]p ibénager un si puissant protecteur; et la na- 
» tion portugaise naturellement opposée à Tes- 
» pagnolç , suivait sans peine une maxime dont 



XIVRE VJI. 36^ 

j^ elle ne pouvait s'ëcarter qu'en se perdant , et 
» en donnant à ses ennemis les moyens de triom- 
» pher d'elle. . . 

» Ainsi l'union entre la France et le Portugal 
y> a subsisté aussi long-temps que les Portugais 
30 ont eu besoin de l'assistance du roi , pour 
» éviter d'être subjugués par les Espagnols; mais 
» comme la reconnaisjsance est une vertu rare, 
» et que les bienfaits reçus sont facilement pu-; 
» bliés, ceux du roi envers le Portugal, ne pu- 
» rent empêcher cette couronne de {aire la paix 
» avec l'Espagne, sans la participation de sa 
» majesté. 

» La guerre entre ces deux couronnes , étant 
» finie en 1668, les Portugais profitèrent de la 
» situation de leur payis , pour jouir du repos , 
» sansjDrendre aucune part dans les guerres qui 
» agitèrent depuis le reste de l'Europe ; contens 
» d'être oubliés des autres nations, et s'infor- 
3» mant à peine de ce qui se passait entre i^lles. 

» Cette heureuse tranquillité convenait par- 
» faitement à des peuples présomptueux , auasi 
» remplis de bonne opinion d'eux-mêmes que 
» de mépris pour les étrangers , paresseux^ sans 
» forces, et réservant, pour ainsi dire, leur cou- 
» rage pour la défense de leur pays; pleins de 
» valeur quand'ils sont attaqués, mais inférieurs 
5> auxautres hommes, quand il f^ut entrépren-" 
» drè, et sortir du Portugal. Ils trouvaient en- 

IV. a4 



372 V* PÉRIODE. 

j) IX , X, XI , XII et XIII du traité fait avec le 
9 roi de Portugal , que ce prince doit moins re- 
» garder comme le fruit du sang de se^ sujets , 
» et des dépenses qu'il a faites pour la maison 
» d* Autriche , que comme un effet de ranciemie 
X» affection de sa majesté pour la maison royale 
» de Portugal, et pour la nation. 

x> La paix conclue , le roi n'a rien oublié pour 
» engager le roi d'Espagne^ à la conclure aussi 
» avec le Portugal , et sa majesté continue en- 
» core d'employer pour cet effet , les offices les 
» plus pressans auprès du rpi, son petit -fils. 
» La reine de la Grande-Bretagne presse de son 
jo côté , la conclusion de cette paix qu elle re- 
» garde même comme une suite nécessaire des 
» traités que cette princesse a faits avec l'Espagne; 
» et les difficultés qui en arrêtent l'accomplis- 
D sèment, ne paraissent pas mériter un si long 
j^ retardement ; car il ne s'agit plus des places 
» que le roi de Portugal prétendait retenir en 
» Castille, en vertu des promesses que ses alliés 
» lui avaient faites lorsqu'il était entré dans la 
» ligue. * 

». La question se réduit présentement à la 
» restitution de la colonie du Saint-Sacrement ^ 
» promise par le roi^ d'Espagne au feu roi de 
» Portugal, par le traité .d'alliance que le pré- 
» sident Rouillé et les ministres portugais sigoè- 
» rent à Lisbonne avant la guerre. 



LIVRE VIL 373 

» Il s'agit aussi de dédommager les Portugais 
» intéressés à l'entreprise du transport et de la 
» vente des nègres ou l'assiento , de leur faire 
T» justice sur quelques vaisseaux pris avant la 
» guerre déclarée (t). » 

Enfin , le roi catholique demande la restitu- 
tion des biens confisqués sur les maisons por- 
tugaises qui se retirèrent en Espagne , lors de la 
révolution du Portugal. ' . 

» Il paraît que, de part et d'autre, on est 
» presque d'accord sur tous ces points. 

1^. «Que la colonie du Saint -Sacrement 
» sera restituée au roi de Portugal , avec faculté 
j^au roi^ d'Espague de la retirer, moyennant 
» un équivalent dont le roi de Portugal soit 
» content, et de fixer le terme pour l'offrir et 
» l'accepter. Secondement, on a proposé des 
» compensations pour dédommager et satisfaire 
» les Portugais sur le second article.- 

a**. » On conviendra, selon les apparences , de 
» rappeler l'art. VIÏI du traité de 1667 , de le 
» confirmer de nouveau , et de promettre qu'il 
» sera fait réciproquement botine jusj;ice , tant 
» en Espagne qu'en Portugal , à chacun des par- 
» ticuliers qui auront quelques prétentions à 
» former sur ce sujet. 

—>—» -' ■■■« I II - I ; .1 I I I » ■■ Il II ■ Il ■ I I I II II I* ■ Il I . «■ I I ■ m il» 

(i) Cette réclamation annoiice ledroit public de ce temps , 
relativement aux prises faites avant la déclaration de guerre. 



z' 



374 V« PÉRIODE. 

» tes choses en cet état , on ne peut guère 
» attribuer qu'à l'animosi té des Espagnols contre 
» les Portugais , les délais que souffre encore Tac- 
» complissement de la paix entre ces deux na- 
» tions, et véritablement l'Espagne se consolerait 
» de la perte de tant d'Etats qu'elle est obligée 
» de démembrer pour acheter la paix, s'il lui était 
» permis de s'en venger sur le Portugal ; elle se 
» croirait dédommagée par la conquête de ce 
» royaume , qu'elle entreprendrait tnalgré son 
» épuisement , avec' l'espérance certaine d'y 
» réussir, si le roi ne veillait attentivement k 
» préserver le Portugal d'une nouvelle guerre , 
» et à le faire jouir d'une paix aussi conforme |tt 
» génie de ses peuples , qu'à leurs véritables m- 
» térêts. Elle doit être encore plus désirée après 
» l'expérience de la dernière guerre; et si les 
» événemens heureux n'ont produit que du mé- 
» pris, et causé des dépenses inutiles à la nation ; 
» elle peut juger de ce qu'elle devrait attendre 
» d'une guerre dont les succès ne répondraient 
» pas à ses espérances. Le roi de Portugal , d'un 
» caractère pacifique , évitera pareillement avec 
>v soin les occasions de reprendre 'les armes; 
y> mais il ne suffît pas qu'un prince désire la paix 
» pour la conserver, et quand il a de puissans 
» voisins , il faut qu'il essaie d'avoir des alliés 
» en état de soutenir ses bonnes intentions. 

» L'alliance de la France a toujours été celle 



tiVRE yii, 375 

1^ ^ue le Portugal a regardée comme la plus natu* 
:9 relie et la plus sûre , et jai^ais elle ae lui aura 
» été plus avantageuse, que depuis qu'uii prince 
p de .]?r^c6 règne en Espagne ; car autrefois les 
y* Portugais pouvaient croire que si le roi les me- 
» nageait, c'était dans les vues de diversions 
j» qu'ils j^ûuv^ient faire en Espagne, pendant les 
» guerres . presque continuelles entre sa ma« 
9 jesté /et les princes de la maison d'Autriche ; 
» mais un. pareil sQupçan. cesse depuis que la 
!» maison jie France règne en Espagne, et cer- 
I» tàimementiia âaajesté i)e cherchera pas à susci* 
go ter 4e9 enneniis au. rç^ , son petit-fils. Ainsi 
p l'u^tililé qu elle peut envisager dans if n renou- 
» veUement d'amitié et de bonne correspond 
ii> dance avec le Portugal , consiste principale- 
ni mentdanaia paix 4<fflt ce royaume jouira , et 
r» dans les moyens qu^elle lui donnera d'ouvrir 
» ses ports t et de faire fleurir le con^merce* 

3»« Lés ambassadeurs du i^oi de Portugal aux 
B Qoii2erencœ d'Utrec^t ,. étaient si persuadés 
» de cette vérité, que l'und'jeux avait proposé de 
.B.fatœ un-rtiraiié de ligue offensive et défensive 
9 etijtrèle roi et {è roi de Portugal ; et de faire en 
B même temps un traité de commerce, tant pour 
B TEurope que potis les Indes, faisant voir, pour 
» apprécier cette dermère. proportion , que le 
» Portugal prendrait des marchandises de France 
» au lieu de celles d'Angleterre ; et par consé- 



576 V PÉRIODE. 

9'quentj les lingots que les Anglais ont tires 
» pendant la guerre , passeraient dësormaiis en 
» France. ' 

» A regard des Indes, il proposait de faire le 
9 cobimefce par la voie cks jimazones^ et don- 
» ner ainsi une nouvelle routé au Pérou. 

» La proposition d'une ligue offensive et dé- 
> feusive serait mal reçtiè' dan^ une; cour où la 
9 paix est regardée oomme le soUTeriin bien ; 
^ opinion qu'il faut confirmer ^plttt^t que la dé- 
» truire ; car il importe de laisser [retomber les 
39 Portugais dans la paresse, la léthargie et dans 
1» Toubli dont la dernière guerre les avait tires. 

» Quaht au projet de eommeree s il mérite 
» d'être approfondi ; m c'**" cette tnatièi*é de- 
» h^iRdè•des éclaircisdêm^ns , de l'attention et 
yt du temps. En général , il est certain que le 
» Portugal , pour soiî intérêt , ne saurait prendre 
p avec le' roi des liaisons trop étroites ; cette cou- 
» ronlj^n'a rien à craindre que du'CÔté de' l'^s- 
» pagne V et le roi peut seul ia Réserver du re^- 
y* sentiment dés Espagnols. . >;^ - .• 

dII siérait d'autant pfais dangeréuKy loiisque 
» l'Europe jouira dune* paix ùniverséUe, que 
» toutes les forcés de F£s|tâghe divisées autrefois 
» dans l«s différens états qu'elle posfl|édi^ity seront 
» toutes rassemblées depuis le démembrement 
D des états d'Italie et des Pays-Bas, et par consé- 
» quent il faut que le Portugal rentre entière-- 



LIVRE VIT. 377 

n^ ment 'dànsse^ anciennes limites poinr engager 
~* sa maje$ttéà:?reillër«àsa conservation, et à lui 
» dcMpâer ded marques ordinaires de Isa première 
3» affection. ■ ■ .- \ . . 

» Elle a voulu lui faire toîr que- tette affecr- 
3» tionm'ëtait pas :éteinte , et pour xxt effet la 
3» pais étant signée à Utrecht, sa majesté a 
31 nc^iimé le'sieut* ,abbé de Mornay pour aller 
3» en Portugal en qualité de son ambassadeur. 
3» Comme il jôipt aai zèle héréditaire de sa famille 
3i) lesJumîères eties talens nécessaires pour ser«- 
.3» yir utiletnënt^ élle^jugeà qate lé choix qu'elle 

*^i faisait d'un faomme"de sa condition ^ flatterait 
»une> cour sensible à^ de paretllea marques de 
3» Inattention de sa m^sté; mais, le roi de Pdiv . 
» .fogall différant' de 'nommer un ambàssadeilr,, 
31 elle a retardé kl.dcpart de Tabbé de JMbrnay , 
x( jusqu'il ce qù'eUfi ait su <Jue ce prince envoyait 

iv ^n:.¥r3iTioé j]B^c(na%édeRibeiragtai^ 9 en cette 
»tqt2alité;«et )domme il ^e. dispose départir in- 
3» céssammeht de .J^ïstiànvfi j.lfsxm v^bt que le 
». sieur abbé de Mornay né p^dê point d0 lidmps 
31^ à se renére p^r lerté en Poi^ugal. » . . ' i 

Les ânstrueCîoiis traçaient ei^uite le portrait 
du roi de Portugal v de ses frères, de la reine et 

•deS'mhiisti'es d'état, dont M^ de Mornay deyaict 

rs^attacher à étudier le càractèt^ , l'inclinatioa 

.étlies intérêtsîdiver&j; / 
: tK II assurera les ministres , disent les Jnstruc* 



38o V* PÉRIODE. 

^judice de la France , pendant le cours de la 
» guerre (i). 

» Ce n^e5t pas un des moindres pour eux que 
s» celui de l'établissement an paquet bootj qui 
» remplît le Portugal dun grand nombre de 
7> marcliandîses exemptes de droits d'entrée , et 
y> dont le débit se faisant par conséquent à meil- 
» leur marché , empêche absolument celui des 
» nîarchands de France ;' mais il faut travailler 
'ii avec beaucoup de circonspection et de secret. 
» Il est donc d'une extrême importance d'abolir, 
-» s'il est possible, cet établissement sous pré- 
*!» texte de ls| communication fréquente que les 
»• affaires -^e la guerre et êie l'alliance deman- 
D daient entre les deux cours. 
• i> Il est nécessaire aussi que le sieur abbé de 
V» Mornay s'informe de l'état où est le Portugal 
7è avec la Hollande, pour la fourniture des sels 
» de Setubal qu'il devait livrer à la compagnie 
i> hollandaise des Indes , et dont les Hollandais 
9 ont eu r^artde faire durer l'exécution pendant 

m'» ■ • I ■ ' I I t I ' , 

' {i) Préfuiiice : le mot n'est pas exact. On fait préjudice 
a xtxk indiyid'o ou à une natfon, en lui 6tant un droit juste 
et bien fondé ; mais non en l*accordant exclusivement à une 
autre. nation. Les faveurs sont libres entre les états ; et sont 
le si^ne d'une union plus élroite, qu*ils sont maîtres de 
nourrir par' des bienfaits , ou de restreindre , d'éteindre 
même , en lei Supprimant, sans qu^on puisse envisager 
celte suppression comme une lésion ou un tort. 



LIVRE VIL 38i 

y> un grand nombre d'années, au-delà du terme 
j> où elle devait finir , en sorte que l'obligation 
» des Portugais n'est pas encore cessée. 

» Enfin , l'intention de sa majesté est que le 
s> sieur abbé de Momaj lui rende un compta 
. 3> exact de tout ce quir^gardera le commjerce.du 
]> Portugal. La nouvelle découverte des mines 
» d'or que cette couronne a fait ouvrir au Brésil, 
» les avantages qu'elle en retire présentement; 
y> ceux qu'elle peut en espérer dans la suite ; et 
» les oppositions qu'elle y trouvç de la part des 
» habitans du pays. 

» Sa majesté veut aussi que le sieur abbé d^ 
1^ Mornay l'informe exactement, soit par ses let- 
» très , spit par des mémoires particuliers , de 
» rétat présent du gou^^emementde ce royaume , 
7^ de ses forces de terre et de mer , du nombre de 
» troupes r que le roi de Portugal a sur pied ^ de 
» celui de ses vaisseaux y de ses pfojets , soit pour 
» les augmenter soit pour les réduire , de ses ré- 
» venus; enfin , dç tout ce qui peut donner une 
3» connaissance juste et parfaite de l'état présent 
» de ce royaume, et de l'utilité des mesures que 
» sa majesté pourrait prendre avec 1^ roi de 
» P<H*tugal, etc. etc. » • 

Ces instructions indiquent le d^gré de sur- 
veillance que les états modernes se sont per-- 
mis d'exercer les uns sur les autres, et avec 
quelle attention ils observent tout ce qui peut 



^ 



38a V* PÉRIODE. 

intéresser les affaires de l'état. Il ne serait peut^ ^ 
être pas hors de propos d'examiner le degré 
d'étendue que doit comporter cette surveillance 
très susceptible de dégénérer en une inquiète 
influence. Peut-être que le repos des peuples et 
des rois exigerait que le^ regards des ambasr 
sadeurs se portassent moins sur les objets qui 
ne les regardent pas. 

Concurremment ai ces instructions , et , ainsi 
que cela se pratique à l'égard des ambassadeurs 
et ^linistres, il iut remis à l'abbé de Mornay, 
un mémoire sur lé cérémonial observé à l'égard 
^es ambassadeurs français en Portugal; car le 
cérémonial n'est pas le même partout à l'égard 
des puissances du premier rang, et la complai- 
sance, la courtoisie et le hasard y introduisent 
souvent des modifications que le protocole di- 
plomatique recueille avec soin et jalousie. Le 
cérémonial , quoique assez insignifiant dans l'a- 
nalyse philosophique, ne l'est pas, quand on 
songe que la dignité qu'on y por4e agit beau— 
coup sur l'esprit des peuples , et que l'oubli ou 
le refus d'observer cçs graves riens , seraient re- 
gardés comme un outrage public , qu'il faut pré- 
venir par une sévère observance des formes. 
Toute profession relevée a des usages consacrés 
qui ont beaucoup moins i£ incorw^piens que la 
confusion absolue des rangs, et la faniiliarité 
dans les relatious publiques. 



muu. 



LIVRE VII. 383 

' La Sa du règne de Louis xiv lut livrée à des . 1714- 
disputes theologiqties ^ qui ne mériteraient que arec Rome aa 
le silence , si elles n'avaient donné naissance à baiu «l;^- 
des factions intestines , et à des négociations 
Doâcikreuses avec la cour de Rome. Laxloctrine 

^ touchant la grâce , contenue dans les écrits de 
Jansenius , évéque d'Ypres , mort en ]6$8 , avait 
étéeondamnée en général, par le pape Urbain viii 
en i64d , et par les décrets* d^Innocent it , du 3i 
de mai ]653, et d'âilexandre vu , du i6 d'octo- 
bre i656. Ce dernier , à la demande* du roi , 
soumit le clergé de France ^ar une bulle du i5 
de février i665 , à adhérer aux bulles dont on 
vient de parler , et à cqndamnet* sous peine de 
censure , de peines canoniques ^ et même de pei- 
fies corporelles , les ecclésiastiques qui refuse- 
raietit de condamner les cinq propositions prin« 

'cipâles contenues dans les écrits de Jansénius* 
Le roi ordonna que la formule prescrite pai* le 

^ pape , serait acceptée sous trois mois , par le 
clergé du royaume sans exception , avec saisie 
à l'égard des évéques refusans , de leurs revenus 
et de ^suspension de leurs fonctions , et que les 
ecclésiastiques subalternes seraient privés de 
leurs bénéfices. 

Les ouvrages de Quesnel , oratorien , intitu- 
lés : abrégé de la morale de F Evangile , et le 
Nouveau Testament en français ,ayec des ré- 
flexions rhorales, qui parurent en i6g5 , jôùS et 



X 



i. 



'•^>v, 



N, 



384 V« PÉRIODE. 

1699,. ayant été recommandés à la lecture des 
personnes pieuses par quelques éyéques ,. rallu- 
mèrent les dissensions au sujet d^ la doctrine dei 
Jansénius , dont les jésuites étaient les chauds 
contradicteurs ; et , soutenus par le roi , qui 
était tout déyoué sur ce point aux suggestions du 
père le Tellier, son confesseur, ils.se montré- 
jrent non moins ardens à poursuivre la condam- 
nation des ouvrages de Quesnel. Le pape Clé- 
ment XI donna, le 8 de septembre 1713, une bulle 
commençant par ces mots : Unigenitus Dei fi- 
UuSy etc.;«laquelle bulle contenait la condam- 
nation de cent une propositions , extraites des 
ouvrages de Quesnel. 

Cette constitution fut présentée le i^*^ de fé- 
vrier 1714» par Tordre du roi, à l'assemblée du 
clergé de France , présidée par le cardinal de 
Noailles. Quarante évéques , à la tête desquels 
était le cardinal de Rohan , ëvéque de Stras- 
bourg , acceptèrent la bul|e purement et sim- 
plement ; mais sept autres , le cardinal de Noail- 
les , archevêque de Paris , l'archevêque de Tours , 
les évêques de Verdun , de Châlons , de Sens , 
de Boulogne , de Saint- Mâlo et de Bayonne , dé- 
clarèrent qu'ils ne pouvaient adhérer à la bulle, 
avant que le sens de plusieurs maximes qu'elle 
contenait, fut éçlairci par le pape, lui-même. 
- Le roi, par édit du i4 dq février 1714, or- 
donna raccèptâ^tion et l'obseryation de la bulle 



I • 



LIVRE VIL 385 

Vnigeniuts ^ par le cierge de son royaume^ et 
défendit en même temps, la tente dés onyrages 
de Quesûel. Cette balle fut , entre Rome et la 
France , un principe de négociations épineuses 
et abstraites , lesquelles ont un caractère parti- 
culier , parce que les discussions théologiques 
venaient s'y mêler sans cesse. Ces négociations 
qui eurent lieu entre Rome et le roi dirigé'par 
les jésuites, et entre le pape, les évéques appelant 
et le clergé , formeraient peu t-etre une collection 
aussi volumineuse que toutes les autres négociar 
tioud politiques qui eurent lieu entre Louis îciv 
et les autres puissances ; nous nous dispense-- 
rons donc de les développer . 

Charles xii , prince plus gueraîer que poliii^ ,^,5, 
que, voulutàson retottr deBenderoù iLa^t ^e^lr atec^u 
joué un rôle si romanesque ^ punir ses ennemis^ ^"^"^«^ 
des coups qu'ils lui avaient portés dans son ab- 
sence avec peu de générosité. Mais siss.moyend 
n'étaient point en proportion avec ses désirs 
de vengeance , et assiégé danis Strâlsund y ilcom*^ 
battait sans succès pour les débris de sa^monar^ 
fehie. Là cour de Versailles > quoique peu 4atis^ 
faite de ce prince , qui »dims la guerre de la sue* 
cession , avait refusé d'intetpdser se$ bons offices 
entre elle et ses ennemis ^ sentant néanmoins 
le vide que la chute du trône suédois laisserait 
dans le l^ord , s'intéressait à' Charles.xii , comme 
à un ancien allié malheureux. Déjà, pendant son 

IV. a5 • . 



386 V* PÉHIODEL 

séjour- à Beoder , lacoor de Versailles arait fait 
remettre sans ancufae reconnaissance , xine 
somme asMz' oon«dërable au général Sieiibpek , 
pour soule&ir l'arasée soédoiae en {^mnéranie ; 
armé^ qui battit celle du rot de Danemarck à 
^Gadesbuch.9 le iso de. décembre 171a* Ij'amlias- 
sadeur de France à la Pai:^ y M. des AUeurs , 
a'intértssisint ^^FiTement pour Charles xit i lui avait 
fait ' obtenir , pendant son séjour en Turquie , 
quelques secours d'ai^ent , et loi.aYatt {Hreté. 
persobneUeuient quarante mille éeus. 

La* France voyant ce. 'prioce- énorme dans 
Stralsuod et svr Ae .pointr de tomber icfttve les 
mains de ses ennemis; ce qui. eut rendu la paix 
avec eiix* extrêmement difficile} lui envoja en 
. tji49le€omledeCcAheatiMroiaûyfrèiredeM.dt 
' Tbrci , en quaiitéd- ambassadeur extraordiosâref 
et de médiateur ecitrb la Suède ^ la Prusse et le 
Danemarck. 

H. de Croissi se nsmdit ajaprès de Charles xii 
dans^Strâlspnd. Là il confiera av^ce monarque, 
qui ie menait à la tranchée en causant y ei tandis 
que les' bombes tuaient du monde, àcèté etder- 
rière éuïi M. de Croisai ayant passé qa camp de 
FrédërM^: i^f^ y roi de: Prusse, qui faisait Je ai^e 
de Stitdsund , lui proposa comme prélimi- 
tiaires: ^ 

1% Qu^oi]^ travaillerait à une pais générale 
dans le Zloi^d ; • 






LIVRE Vil; 3^7 

)k^. Que leroî de Suède reconnaîtrait Auguste, 
électeur -de Saxe ^ pour roi de Pologne ; 

3^. Que ce monarque ^donnerait entière tsatis^ 
faclxon ouot alliai ; .1:1 

4*"- Qm'^I gai^derâit Stralsuod^ 

Ce dernier poiht'fet Irefété par lâi Prusse. 

M. de Croifisi' resta juM{a'au 1 3 de no^vembre . 
1714 à Strafoinid, et^ ne put rien cpticl^re. 
Ayant obiSenu permissîmi dm 'roi dé Crusse de 
sortir avec ses bagages 9 il ^it <migé de Ghar4* 
les %ii ) etpâftft peur Hambourg. Là eetermi^ 
fièrent son ambassade et sa médiation. Quaatà 
Charles ^iir^ pres&ë tkûs fitralMod / il en sortit 
sur un petit bâtimètit ^ (ftifx'aborda en Suède que 
par ti%ie espèce de mi^ade; Stràlsudd Ga|>itUlà le 
si4 àèiAétëÉ^té t^%^é> ; :: : ij 

Louis XIV voulant redonner à la Suède ëpuisëè 
quelq<i^<}6iMidëi»ation , é^nolut avec Clipfrlës xir 
à Versfiaiilèy ^ i€f 3 d'riv#ilri7t5 , un traité d'^l- 
lianéé dëfeMive^l) Vcontdnatit , i^. garantie de 
tous hea ét^h^èè part et d'smtre , et spéeiilemeht 
de ceux que rune etl^ti^e couronne avaient 
acquis par k p^ix de Westphâlie ^ sous f obliga- 
tiotKpi^ f Une d'êntte èliéS ëtiant attaquée contre 
la disposition ^è êetté pai% ^ elle serait secourue 
par l'autre , jusqu'à «ê qttë te* tfôuble eût cessé ; 

3i% QUè Ton se gâtafitiràit réciproquement les 



ïaitâaiS.ufeas&aMMBasaB 



(1) Méio. du mîitéèlial de Tèlssé. - 



Sgo V PÉRIODE. 

lettré da traité d'Utrecht , qui , en stipulant le 
Comblement du po(?t de Dniskerqne , n arait pas 
interdit formeUèment lia confection d^un nou- 
veau po^. En effet 9 quand les donditions sont 
sévères , il semble qu'ion peut prendre les roots 
à la lettre. Les plënipotentiaiires an^ais , à la - 
clause spéciale du convblement du port de Dan- 
kerque^ auraient dû. joindre une clause gêné- 
Taie prohibiftive d'ouvrages de ce genre (!)• 

Toutefois le ministre plénipotentiaire d'An- 
gleterre , Prfor, présenta lie a 3 d'octobre 17149^ 
la cour de Yersaille^, une note dans laquelle il 
disait : « Sa majesté britannique a été très sur- 
j> prise d'apprendre que , nonobstant les ins- 
y> tances et représentations qui ont été faites de 
» la part de la Grandè-^Blretagne, pour presser 
» Texécution dePapt. IX du traité d^Utarecht^ re^ 
» lativement à I>unbei<qile ; ce port est si peu 
» comblé, qu'il poenrait monter encore anjour*- 
» d'huipar le vieux canal, jusqu'au cornichon de 

D la ville, d'aussi gros yàissei^x que^pat'>)e passé. 

... , ' . ♦ 

'( I ) D'diitr^ éii>onl> penit-étrô tkytt sulânt û& féndeiMiit, 
qWune slîp«latioBi dont! l-inteaiion, eait ^Mn^ieal^imiut posH- 
tive , nu^ifl.a été ^iioa^« 4^p^ U cjftm?» 4^^ég5xoit|^oiis d'une 
çiaBiièi:e claiw ,, w pe^t èXvp éludée i Vaide d'une interpié- 
tatio^ du texte ^ et que le motif de la démolition du port de 
Dunkerque étant fondé sur le danger de cet établissement au 
centre de la Manche , le port de Mardick né poûyait lui être 
substitué , que par une ^ubAfité indigne d'un grand roi. 



LIVRE VIL Sgi 

9 Tant qae le susdit canal subsistera , on ne 
3» pouiq'a' nier qu'il né reste à Dùnkerque ,. ua 
9 port clie niiUe toiseê de long, et par conséquent, 
» capable d<ç contenir plusieurs centaines de 
» vaisseaux. Les paroles du traite' portent :/7ar-* 
3» tus eompleatur, aggeres seu moles dimantur; 
» que le jport Boît coffîbié, que lés jiigues du 
D canal toient détruites. » 
Prior dbsènrailf eweoi^e , « qub lar surprise du 
. » roi, son maître, avait été bien plus grande, 
» en apprenant que , nonobstant le susdit article 
3» qui porte expressément' î Que lesf fortifications, 
» le port et les digàdë «de Dtrnkerque ne pour- 
li rotit jaftims être rétâ(blis ^Nec dicixî mwnmèhta^ 
Kiporêi^j moles aut (tg^nès denuà taiqûàm ré- 
viJîèiahÛLr) ^ on travaillait -actuel tement à faire 
-» uâ notivèau poM* bëàiicétip ^Xiùs grand que te 
» vîèuit canal de la VMl^ dé Dunkerqùë , et qu'on 
)» y avait jeté lès foodetnens d urie éeluîè beau- 
» coup pltis grande que celle qui servait à net* 
)i toyer le vieux port, 

)» jCM' ne saurait s'imaginer ()ue sa 'inajesté 
» iretttllé'^ prévaloir dn;mot dictai qui est dans 
» léditàiliicle , pour soutenir que , jMiurvu que 
»i'on lie rétablisse pas lé même Vient canal, 
» qu'on n'y emploie pas les mêmes matériaux ; 
» qu'on ne relève pas les mêmes bastions ou lés 
)i mêmes courtines*, il lui soit libre de relever 
» de nouveaux ouvrages , , oii de construire un 



3q% V* PÉRIODE. 

» nouveau port , ^eilleu r que le viaux : la bonne 
3» foi qui doit régner dans les traités, et^quisera 
)> toujours reiig^eiisement . observée par le roi, 
p mon maître ^ n'admet point une pareille sup- 
» position^ 

y> Que d^s vaisseaux puissent aborder à Dun- 
» kerquepar le vieux canal, qui étaijt au eôté 
» de l'ouest , Du nkerque sera également incom- 
ba 'mode et dangereux au commerce delà Grande- 
» Bretagne.» 

. Le sieur Prior xsoncluait, en demandantque sa 
majesté très chrétienne voulût bien ordonner 
que l'on CiÇ^mblât le susdit canaU . > ; 

La réponse d^ Louis i^nr, ep dîatfe du 5fc de no- 
vembre X7i4> fut que , « çonformément^à Tar- 
jp ticl§;IX du traité de. paix , t conclu à.Utreçbt» 
;» lejpOTt da^Dunkerquç entre 1^ villç.et la pita- 
^ délie était entièrement comble ; et qi^'ioii ne 
» cessait, ^ijê^ie d'y transp<>r ter encore dc^jt^rres 
» qui.prpyenaîent du rasèment des c£^valier$ de 
» la citadelle. ; : ' 

» Que Içs termes portus cofr^l^atur, n^ppu- 
3> valent jamais s'i^ppliquer.i^u, vieux ;qao^ , 
j> très différent du port,, et q^e certainement le 
» rpi ne se serait p^s engagé à combler ^njijlèi?e- 
» ment. un canaL de mille toises de long; ou- 
D yrage immense, et auquel il serait impossible 
» de travailler en d'autres temps qu'en marée 
» basse; ce qui serait d'ailleurs inutile^. car en 



LIVRE VII. 393 

» pende tempSy la mer emporterait le reste des 
» digues qui ayaient étë construites. » 

Eofin la réponse du roi portait : « que le ca* 
» nal creusé à Mardick , n'avait d'autre destina- 
3> tiou: que de recevoir les. eaux de quatre ca- 
^ naux inférieurs qui s'écoulaient autrefois par 
3» les éclbses^de Dunkerque; que du reste, sa' 
9 majesté très ehrétientae n'avait point eu Tin-^ 
9 teîkitiop de faire un nouveau port à Mardick , 
y> ni d'y construire tirie place , et qu'elle ne voij- 
» lait qUe sauver un pays qui serait submergé , 
» si les eaux n'avaient pas un écoulement vers 
» la nier. » • 

' Cette réponse ne satisfit point la cour de 
foudres. Le sieur Prior ayant été rappelé , il 
fut reniplacé par Jean d'Alrymple, comte de 
Stairs (i), lequel arriva à Paris, au commen- 
cmneaide février 1 7 15 , avec ordre de ne prendre 
jii audience ni caractère , avant que l'affaire fut 
réglée k la satisfaction du foi et de là nation 
.anglaise. 

Le comte de Stairs eut, à son arrivée, plu- 
-aieurs conférences avec M. de Torci , et les 
mêmes raisons furent reproduites de part et 
d'autre, quoiqu'avec aussi peu«de succès. La 

I ! 

" ■ Ml I [ I I ■ Il ■■ Il I I tmàmmay^i » i i > w n i n ii i ii ■■ 

(1) Le comte de Stairs , né à Edimbourg en iB'jd^ avait 
été en 1 70g, ambassadeur près d* Auguste» roi de Pologne. Il 
mourut le 7 de mai 1747, âgé de aoixante-quatorze ans. 



394* V* PÉRIODE, 

cour de Londres ordoima. an comte dé Stairs 
de contiiuier ses ioatances; naiaÎ8. siicet ambas-* 
sadeur s'efforçait. de démcmlrer que le part de 
Mardick r^oiplafaît avantagenaement celai de 
Dunkerque , . la cour de Eranoe insistait too^ 
jours sur la nécessité de vider les eaux du pays> 
et sur ce que Mardiok n'étdit point Dimkercpie. ^ 
M. de Sla^rsv pour'termineir oetie diacns- 
sion , dans laquelle, de parield^sutre^ on met* 
tait beaucoup de subtilité ^ indiqua lies moyens 
de pourvoir d'une autre manière à l'incoi>- 
vénient supposé , ot d'exxfcuteir sans réserve le 
neuvième article du traité d'Utrecht. Louis xiv, 
^par esprir de paix, se détermina ({Out à coup 
à Taire suspendre les travaaix de Mardick , et 
les ouvrages commenoés, furetit bientôt, après, 
démolis sous Jaregenoe* 



i7î4. - Le consul de France à Alep» Micfaist ^^. avait 

a/jÏM "à conclu, il y avait quelques années, à Ispahah, 

un .traité avec Je goul^rnement persan , lequel 

contenait des privilèges en faveur des négociant 

et des misaianxiaires. français. 

Les ArménieniSy qui font le principal oomv 
merce de la Perse , s'élevèrent contre ces pri«- 
viléges , et makrai|èrent les*négocians frapçaiV, 
^insi que les missiouoaites.^ accusant ceux-ci 
d'entraîner leursfemmes et leyrs enfans à chan- 
ger de religion». Les Arméniens appuyés à la 
cour, obtinrent du sopUi l'an milatioîr des pria- 



XIVRE VIL 395 

êi](>atix artTde3 da traite dont bous venons de 
parler, et les Français reprëfleal^èrent en vain, que 
ces: p lai n tes ëtaîenl; suggérées: aux arméniens 
par les n^ociabs anglais et hollandais. 

Les choses étaient dans cet- état, lorsque le 
marquis des AU^urs , ambassadeur^de France à 
la Porte (1), envoya à M* Richard, supérieur 
«fes inissiénnaifes français à Ispahan, le détail 
împriunéde*la dé&ite desailiesiDenain. Richard 
le fit traduire à Tinstant c^n persan, ^t présen- 
te^ au ininistte* Gelui-oi en fit lecture au sophi, 
qu«F, en témoignage de la * sattsfeiction quHl 
éprouvait de* ces nouvelles,, donna un présent 
à; M. Richard. Dès «ë moment, it devint £aivq- 
râbfe aux Français^ et résolut d'envoyer une am- 
bassade en France^ sans cependant donner de 
i'ombrageàla 'Porte. Son premier ministère confia 
a M. Richard, tes lettres et I^s présens de l'am- 
ifitssade, poiir les 'remettre auv bibiier-bey, on 
lum d'Eri^an, q«4, ayant reçu rordi* e» même 
temps, de £aire cIm^x d'un sujet propre pour une 
ambassade en France, jeta les yeux sur Mehe- 



'^ 



(1) Pierre Pucbpt , marquis des Alleurs , maréchal de 
camp , successivement envoyé extraor4inaire de France au- 
près d'Auguste , roi de Pologne , et près des électeurs de 
Cologne et de' Brandebourg , et aiùlïâssadeur k la Rorte en 
1 709 ; revint de Constantinople eut i 7 17* , et mourut à Paris 
en 1725 > âgé de quatre-vingt-deui; ans,- 



398 V* PÉRIODE. 

ordonna qu^on lui payât ses dettes , et sa dé** 
pen^e. Cellé-ti s'élevait à plas de 1 5oo francs par 
jour, il s'embarqua au Ha\te , et s'en retourna 
en Perse par la Russie. 
/^ Il est incertain y si on fit un traitetle commeroe 

avec la Perse , par l'entremise de cet ambassa- 
deur. Cette ambassade est, du reste, la première 
du souverain de la Perse au roi de France. 
T7i5- Louis xiy, se voyant sur le. déclin de l'âge ^ 

ment de Tai- désira attacfacr les Gantons à son successeur par 
kT^cantoM le renouvellement de l'alliance de i665 , quoi- 
«Mwt catho. qij'eiie n'eût jû expirer que huit ans après sa 

mort^ et il ordonna à son ambassadeur en Sni^e, 
le comte du Luc, de s'en occuper. Mais* les 
' Cantons réformés , aigris contre la France par les 
réfugiés calvinistes, et satisfaits de leur alliance 
avec les Proviiices-Unies , refusèi^éd t de prendre 
part à celle proposée par la fVânce. Alors , le 
comte du Luc , à l'exemple de ce qui s^était rassé 
^ ' sous les rois Henri n et Charles rx , songe^nlitii- 

quement à assurer au roi les Cantons cathdiqiteâ 
et la république du Valais. 

L'alliance fût donc renouvelée avec deui-ci 
seulement, et jurée à Soleure , le 9 de mai 1716. 

La durée du traité fut fixée à la vie du roi et à 

• • • 

celle du dauphin* 

La paix perpétuelle et l'alliance, de i665 , avec 



(1) Sist. milit* des Suisse» » par Zarlauben* 



LIVRE VÏI. 399 

les let^s aiusexef foison tconfirmëes, à la 1!^- 
serve de quelques articles. ( - . 

L'article X, qui iendai); le roi garant da re- 
pos delaSoitee >€0ntfë hes attaques flu diedans et 
du dehors, paraissant Arigé contt^ les Cantons 
rëft>rixiës qui Yivaient en mauvaise intelligence 
avec lesCan tons catboktijiies^ il en résulta beau- 
coup de mécont^ntement'de la part des premiers. 
Le comte du Lucresto.en Suisse , jusqu'au igdè ^ 

juin »i7i5; et il passade là à Yietine, comthe 
ambassadeur extk^aordînaire du rbi (i). 

Il eut pour 6UCctoseur , près des Gantons ^ le 
mairquis «d'Âvarey , considéré pour avoir contri- 
bué au gain de la bataille d'AlManÈa. Il is'attacha 
à rappeler la bonne intelligence eiltre les Can- 
tons catholiques et l'éformés ; ce que le comte 
dû Lue avait trop négligé» 

Louis XIV moiirul; le i*' dé" Septembre 1716 , Mon de 
âgé de soiitante-dix-sept ans. Ce prince parlait «oùearactère, 
avec sens, souvent avec justesse et dignité, **^*' *'^*' 
rarement avec prèfondenr. Il (ut plud ami 
de la guerre que guerrier , ti ^ùt\tn% plutôt 
qu'appréciateur de la vraie gloire. Ses passions , 
qui étaient très vives, se dirigèrent Vers les 
femmes , le luxe des fêtes et de la représenta- 
tion, la somptuosité des bâtimens , et surtout 
• . ..... 

(1) Le comte dti Lliô ifeidUrUt le 19 de juillet 1740 , âgé de 
quatre-vingt-sept fin» ) à Sa vi^y-stHT^'Ôrge , prè» Ihirîs. 



( 



4oo V« PÉRIODE. 

vers lea conquêtes , qu'il regardait comme un 
plaisir de roi. 

On a peut<etre trop confondu Louis xiv et 
son siècle , Louis xi v et la génération sur la- 
quelle il régna. La ligue ^. le beau règne' de 
Henri iv, la guerre de trente ans, les querelles 
de la fronde , les m inis telles de Richelieu et de 
Mazarin , avaient donné une impulsion ektraor- 
dinaire à la nation. Louis nv firriva à propos , 
pour jouir d'un attrait pour le grand , et d'un 
enthousiasme qu'il ne s'agissait que de diriger. 
£es ministres , les généraux et les beaux - esprits 
éclos dans les crises et aux époques dont on 
vient de parler , servirent merveilleusement ce 
prince qui , avant d'avoir balbutié , pour ainsi 
dire, une parole royale , sq trouva entouré de 
tous les élémens de lagrandeur ; et tant que cette 
génération héroïque vécut ^ la France fit des 
choses mémorables au -dedans et au-dehors ; 
mais à sa disparition (et ceci est remarquable) ^ 
la gloire de Louis xiv baissa sensiblement. Ce 
monarque, qui se flattait d'avoir le. tact é.^^ 
hommes, mit alors dans les divers ministères 
des jeunes gens inhabiles (i) qu'il préte^^dait 
former; et certes, il ne parvint ppint à former 

-(i) Le prince d*Orange , depuis roi d^Aii^terre , disait : 
<i. Le roi de France est au rebpurs des autres ^ouverairiff , car 
» il prend jeunes nunistres et vieille mattres^e» » 



LIVKE VII. 4oi 

fiarbëzieux, ni.Chamillard, ni plusieurs autres 

. ; * ' - -^ >• ? J •' * ,* '• 

ministres et s'ënërauic dont un roi doué d'un 

coup-d'œil:sûr, et entouré de tant d'expérien- 
ce, n eut pas fait choix, ouçju'il eût prompte- 
ment éloignés. De-là pourtant , ces déso^rdre/| * 
intérieurs, ces mesures dures et imprévoyantes^ 
ces défiiites , qui ternirent la seconde p.jartie du 
règne de Louis xiv. 

La première, qui part de la mort de Mazat* 
•rin ; car ce n'est qu'alors qu'il commença , à 
Régner;. fut sans do^ite, jusqu'à la paix de Ni- 
mègue, brillante c;t honorée; et TEurope ad- 
mirait un roi qui avait su embellir^ toutes les 
passions. Mais depuis la paix de Nimègue^ une 
politique inquiète et. avide, une conduite Jn- 
quisitoriale envers les calvinistes , et même en- 
Ters des catholiques austères ; sa confiatice ex- 
cessive en une femme , et son aveugle tendressp 
pour les fruits de ses amours , confondus au- 
tour du trône avec les princes légitimes; tout 
cela fit tort à sa haute réputation. Oh a voulu 
l'excuser sur sa vieillesse ; mais les grands 
hommes n'en ont pas : et si l'énergie peut man- 
quer aux vieillards , la morale et les bienséances 
leur doivent rester. 

Le cabinet de Louis ^iv* malgré la diversité 
de talens de ses ministres , offre assez constam- 
ment un caractère de hauteur , qu'on retrouve 
dans les principales opérations au dehors ; soit 

IV. »6 



4oa V« PÉRIODE. 

qu*il en fût le moteur essentiel, soit que ses 
ministres cherchassent à lui présenter des plans 
analogues à ses goûts. 

^ .^ L'intention de sa politique est assez indiquée 
}>ar les interprétations arbitraires qu'il donna 
aux traités de Munster , des Pyrénées et de 
liimègue., ainsi qu'à la renonciation faite par 
son épouse. Ses moyens d'exécution furent la 
force des armes , l'adresse dans les négocia- 
tions, les émissaires et l'argent : il dépensa des 
sommes considérables pour gagner les irois, 
leurs ministres et leurs maîtresses , ayant pour 
maxime, « ^ue des somrmes, quoique fortes, 
» placées de cette manière et à propos , étaient 
» moins onéreuses que les frais des campagnes 
» militaires. » 

Il employa contre ses ennemis même dans la 
paix, la voie des insurrections, et fomenta des 
troubles en Catalogne , en Sicile, en Angleterre, 
en Portugal et en Hongrie; moyen dangereux, 
parce que les insurrections produisent souvent 
l'effet des mines, qui est d'engloutir ceux qui 
les ont creusées. 

Ce prince, plus qu'aucun de sa dynastie, 
accrut le territoire français ; et par l'extension 
de lâ'frontière du nord, il mit à couvert la ca- 
pitale, trop exposée aux chances de la guerre. 
Il rétablit l équilibre sur les mers , et fit obte- 
nir à son pavillon le respect dès barbàî*esqùes 



j 



LIVRE VIL 4o3 

et des puissances maritimes les plus hau- 
laines. 

Sur terre , il eut jusqu'à. la paix de Nimègue, 
ia suprématie, e*est*à-dire , qu'il ne t*edouiatt 
point la réunion dés puissances du continent. 
Depuis , il descendit de cette élévation ; mais il 
resta toujours le premier souverain de TEjjrope^ 
même après les pertes dé la guerre de la succes- 
sion; et quand la ligue formée à cette occasion, 
fut rompue par la paix avec l'Angleterre, Tem- 
perenr ni l'Empire ne purent lui résister long- 
temps. 

Ce prince avait l'ame généreuse et fièré ; et 
pendant tout son règne , il se piqua- d'accueil- 
lir avec munificence , les souverains que soti 
amitié avait jetés dans le malheur; les traite- 
mens 'qu'ils éprouvaient dans sa cour , leur 
faisaient oublier leurs trônes usurpés.-^ Le roi 
Jacques it et son fils , le duc de Mantoue ^t 
l'électeur de Bavière , en fournissent la preuve. 

On sera étonné que Louis xiv , dont la politi- 
que est si fameuse, n*aim4t pas beaucoup cette 
branche de l'administration publique , ni à 
se livrer tête à tête à des raison nemens sur • 
les intérêts de la France au • dehors. Le tra- 
vail avec le ministre qui en était chargé, était 
toujours abrégé; et il renvoyait au conseil les 
plans et les idées de cette administration, pour , 
y être débattus par les autres ministres qui 



4o4 V* PERIODE. 

décidaient sur ce point ^elon leurs vues (i). 
Pour bien juger Louis xi v , il ne faut pas Tap- 
jiftrécier d'iippès-les satires holtandaises , ni les 
ipainphiets irrités des réfugiés français , ni d'a- 
près ie« (7o/»c^««^des jésuit€i»de Louis-Ie-*Graad, 
ou les discours de réceptiou des académiciens ^ 
louangeurs obligés de leur protecteur ; mais il 
faut le juger d'après ses résolutions, les'motifs 
de stâ guerres , sa fiflélitë au:)c traités , son admi- 
.nistratjon écoaouiique et^es principes de légtsalr 
tion. En balance de tant d'hommes péris dans des 
guerres peu nécessaires , de cinq cent mille pro- 
teslanfi;, sujets al ors fidèles, forcés de s'expatrier, 
et de deux milliards ^ soixai^tefmillioBsde dettes; 
triste héritage « x)ui .amena la banquer^cHite de 
La^; ilfe^i:porier4es yeux sur les chels-d'œuvre 
,de Versaille* , «ir les invalides , l'observatoire 
et le caoal fêle Ijaogiiedoc , sMr la marine et le 
commerce lires du néant, $ur leucouragement 
domié auïc sciences., aux arts, à l'hoqàeur, 
.enfin, :fiur. la fermeté <de liouis xtv dans l/es.ad- 
yersités de la^fin de;son ràgine ; et après a^oir, 
.ainsi , qu'il convient dans les discussions cem- 

(i) 51, de Torci attribuait les fautes et les disgrâces arri- 
Tées desou temp^ , principalement ^u peu de crédit <ju*ayait 
toujours' iBu sous le règne de Louis xiv ^ le ministre des 
affaires étrangères. Les autres ministres étaient , suivant lui, 
toujoui'À 'plus écoutés que*lui , et 'particuIièT«>nîent4e nû- 
nUtra.fleUa^guirrd^.et le surintetbdantdes bâtioDieas» 



/ . 



LIVRE VIL 4o5 

pHquëes^ pesé, comparé et analysé tout ce qui 
peut être digne d'estime ou de reproche , on ai> 
rivera encore à une idée dernière , qui placer^ 
ce prince au rangdesgcands rois, quoique, parmi 
ses prédécesseurs , an en puisse compter de plus 
sages qpe lui (i). ^ 

_• • . ' • ^ 4 

■ I II I I i I I I I, ■ ■ I I I . ■ I. 1 , I ■ I ^ B II ^ 

(i) Il convient d'observer ici, qu'oln ne doit pas juger 
Louis XIV d'aprèsies prétendus Mêmùires écrits par lui^mé/nt 
et compoiéspour le grand dauphin son fils, le&queLs ont. élé 
publiés, il y a deux ans «.d^abord en deux , et puis en six 
volumes ; car la majeure partie du contenu de cet ouvragé 
n'est pas de ce prince ; ce que j'ai vérifié sur les manuscrits 
originaux qui se trouvent à la bibliothèque impériale, et 
discuté dan s 'des entretiens e^ifij^ùes 4vèc MM. les cbnsérvà^ 
leurs Dacier , Dutheil et'Langlèft , et avec feu> M, 'Itfouchel. 
L'écr^ure , et encore meins le sèyle , ne s^nt point d|e 
JiOuif xiY, qui n'écrivait point avec eufiure,^^chcrchc ^.t 
affectation, surtout depuif 1662 jusqu'en 1667 } époque 
où il était dans les écarts > et r oisiveté des passions. 

Le fe , ou la narration à la première' persôYiAe ', he doit 
point en imposer ■: on avait perràis cette foriiàé'à l'auteur de 
l'ouvrage , afin que le fils de Louis xzv , auquel i\ poBviâ$ 
être destiné , eût plus de respect pour les leçons qu'il. non- 
tenait.. U est d'autant plus important de ne pas , attribuer 
•ans motif ces mémoires à Louis xiy, que par les développe- 
mens d'idées et la manière qui y régnent ^ ils pourraient 
servir à arrêter un jugemi^nt sur lui ^ eomnie penseur ,* 
comme politique et même comme écrivain. Or, si l'opinion est 
fixée sur son siècle, elle ne l'est pas également-sur sa per- 
sonne f et il n'est pas encore décidé si c'est lui qui a créé son 
siècle , ou si c'est son siècle qui a réfléchi sur ^ui sa graiidcur. 



. » 



4o6 V« PÉRIODE. 

Conp^^ttii La cinquième période est toute foarnîe par 
911'ièiBe pé. Louis XIV, dont lerègnc est plein de faits tressée 
rieux. Le goût de ce monarque poupla guerre, 
communiqué à l'Europe , fit fermenter dans 
tous les cabinets^ la soif des accroissements, et 
Tintention réciproque de se dépouiller, de s'hu- 
milier. De là , tant de combinaisons défensives 
et de ligues sans cesse renaissantes. Il est toute- 
fois à remarquer qu^au milieudes chocs redou- 
blés qui semblaient devoir amener la chute de 
plusieurs états , aucun du premier ni du second 
rang ne disparut ; et les mutations qui eurent 
lieu dans ces temps, considérées d'une certaine 
hauteur , furent presque Insensibles , par suite 
du système d'équilibre admis alors contre la 
France , à' laquelle on supposait une tendance 
i la doniination universelle , quoiqu'il ne pa- 
raisse par auçtuie dépêche ni instriiction que 
Louis XIV ait eu cette prétention. Il voulait seu- 
lement se prévaloir de sa supériorité sur chacun 
de ses voi^ms ; supériorité qu'il avait par le fait, 

— ■! ■' ■ I "j p ■■■■ 'I !■ m . i . .1. I. ■ 

On ii*a vraiment de Louis xjv , que les deux volumes ma* 
nuscrits donnés^ vers 1740, /i^r le maréchal Adrien de 
Noallles , à la jBiblîothegue duroi ^lesquels renfèrnieiU quel- 
ques ordres du jour de la campagne de Flandre , et des 
détails d'opérations militaires ; plus , les causes du renvoi 
de M. de Pomponne, et les conseils à Philippe v partant 
poyr l'Espagne. Or, lout cela , quoique mesuré , n*a rieo 
de bien saillant , «t cliacun peut s'en assurer. 



LIVRE Vlï. 407 

et *dout il eut tort de faire parade habituelle. 
Quoi qu'il en soit des vues exagérées qu'on attri* 
bua à ce monarque , et qu'il put faire soupçonner 
par des fictes de prépoteuce ; ce fut pour établir 
un équilibre à Tàbri duquel , les peuples^^ussent 
trou ver .sûreté et protection ^ que le stathouder 
et roi d'Angleterre Guillaume m , mit en crédit - 
le système des barrières politiques y consistant, 
soit dans plusieurs rangs de places fortes , ^oit 
dans' l'interposition d'états capables de servir 
de rempart contre la puissance dominante , ou 
avrêter du moins le premier effet de son irnip- 
tion. Mais tandis que les ennemis de Louis xiv, 
s'occupaient à créer une balance continentale, 
lui y de sçn côté , forqi^i t une bals^nce maritime ; 
et les, flottes françaises.qui y depuis François 1*^% 
avaient di3paru des mers , s'y représentèrent 
pour rivaliser en nombre et en succès avec celles 
d'Angleterre et de Hollande ; en sorte que la 
France eut supériorité sur terre , et égalité sur 
mer, jusqu'au combat de Malaga en 170^, où- 
quarante-neuf vaisseaux de ligne français sou- 
tinrent sans perte le choc de cinquante-un 
vaiç^eaux anglais et hollandais. ,,. . 

On trouve dans la période qu'on vient de par- 
courir ^ ungraQd nombre de traités de commerce 
bien calculés , et auxquels sont joints des tarifs 
complet^ sur tous les genres de marchandises, 
dès lors très variées.. On y trouve encore plu- 



4o8 V* PÉRIODE. 

sieurs traités de marine et de naif^àtiàh îréLitifs 
â la conduite de navires, soit inarchalhdi, soit 
armés ^ k fâ forme des Ti^ites, à la nature de là ' 
contrebande de guerre, au cérémonial mari^ 
time, aux privilèges du pavillon , etc.* 

La garantie des /traités de paix par le concours 
d'autres puissances y ou par Tappel de toutes 
celles qui y avaient pris part , en cas de lésion 
d'une seule d'entre ellear , se retrouvé ib'sérée 
dans beaucoup de traités , comme pour rem* 
placer les ànfcienues précautions , devenues in- 
suffisantes. Mais il eût fallu s'attacl^r à trouver 
fa garantie de la garantie , c'est-à-dîi'e i lé moyen 
de forcer le garant à remplir ses obligations; 
problème politique bien difficile à resotidre, ' 

Les traités et articles séants n'étarient pas coii- 
nus daiis îe mfoyen âge. Lés traités étaient ré-, 
gardés comme des actes êssentielleinent {yiîblits, 
et desf Ibiô de Télat , iiiî'ori ne croyait pas snscep- 
tibleS d'étfe modifiées par des clauses cachées. 
Les articles sépares y â la suite desquels soi.t ve- 
nus les articles secrets , étaiérft même fdrl rare^; 
or , toutes ces choses sfe repiroduisent àss^z fré- 
quemment parmi les actes politiques du cabitiét 
de Louis iiv. 

Les traités simulés, introduits soii? lé miiii jiêrè 
3e Richelieu , sont encore iiioins susceptibles 
d'être approuvés, parce qu!ils tendetit à détruire 
la foi qu'on doit àiix actes les plus éacrëk ; et qui ; 



r 



LTVRE vu; 4t^9 

poiir mériter le respect des peuples , ne doivent 
jamais être soupçonne's dans leur sincérité. 
Comment distinguer le traité véritable du traité 
simulé, si tous deuit ont te même caractère ? 

Malgré Tâpreté et l'irritation qui se manifes- 
tèrent entre les cours d'Europe , on.y trouvé 
quelques médiations, et înêfne des arbitrages; 
mode de conciliation plus solennel et pfùs déci- 
sif , parce qu'il a force de jugement. Il est néan- 
moins à remà^ùéy^lùfe S l'arBif^a^e-fut admis , 
ce ne fut guère que pour des intérêts secondai- 
res , et jamai» pour des intérêts liiaj^ifrà:' D«tt 
Ceux-ci i râmôur^pmpre royal hB~v^flt fèVÔn- 
îfiaitre ppùr juge , que liiUiîïëiXïè fetléâ àfhiés. 

La cinquième période diplomatiqui^ cpîitîent 
.plusieurs beaux génies, tels que Bassorapierre , 
lesA^ux d'Ayaax j .Servien ; Mazma ; Lypone , 
d^Ëstrddès , Gosùrtin ^ Pomfk)4u$e ^Gfôissiy Tôrci 
soti fils , lès cà*»dlifâûit dfe :ïaf«6ti iet flè^ Pbli- 
gti^âc, etb. Elle offre fe*f)îâfi.4hàfdir, dès 
tentions élevées, et beaucoup" de ces choses qui 
semblent agrandir la nature de l'homme,, et 
compenser ses foiblesses. Il est vrai que le phi- 
laotrope et l'administra teui^ ne sont pas touioufs 
satisfaits à Ja vufî,dç lant de.s4qg,pt de trésons 
prodigués : c'est une belle saison , souvent 
rembrunie par des jours orageux.. , , , 



X 



]:^) 



4io Vr PÉRIODE. 



^i^»^^ % ^^%^^^»^^^^^»%^<%^^<%>4 ^»^^»'^^^^%«»%^^^%i%^^^^»%^^»%^<*>%%i%^^^«%^ii%^ 



SIXIEME PÉRIODE. . 

Depuis r avènement de Louis xr au trône ^ 

■ • 

jusqù^à la paix d* Aix-la-Chapelle ^ en 1748. 



LIVRE PREMIER. 

Jlinorité de Louis xv.. — Formatioa' da conseil des affaires 
étrangères. -«-Sortie de M. de Torci du ministère ) sa. 
politique. — Traité secret avec la Prusse. -^^ Traité de la 
triple alliance» -— Considérations sur ce traité. ' — Alliance 
avec la Russie et la Prusse. -^ Alliance avec Tempereur 
et l'Angleterre. —- Traité de la quadruple alliance. — 
Suppression du conseil des affaires étrangères , sa poli« 
tique. — L*abbé Dubois nommé secr^iife d*état pour les 
affaires étrangères. — Intrigues du régent en Espagne*— 
Conspiration du prince de Cellamare. — Manifeste de la 
France contre TEspagne. — Accession de TEspagne à Ik 
quadruple alliance. — ^ Paix entre la Suède et ses ennemis^ 
par les bons offices de la France. •— Ambassade'de la Portée 

17x5. XjOuis XV était âgé de cînq ans et demi environ , 

^^'**y/ lorsqu'il parvint ^ la couronne. Louis xiv avait 

établi , par son testament , que le gouvernement 

du royaume serait confié au duc d'Orléans, son 

neveu , jusqu'à la majorité du roi ; et pour \% 



LIVRE I. 4ii . 

régler daps $a:CQiKluiie , il avait ordonné la for- 
mation d'un conseil de régence composé du 
duc de Bourbon , lorsqu'il aurait atteint Tâge de 
TÎngt^^quatre ans , du duc^u Maine, du comte 
de Toulouse , du chancelier , de cinq maré- 
chaux de France , et d^ cinq secrétaires d'état. 
Toutes les décisions , dans ce conseil i devaient 
être prises à la pluralité des voix. Mais le par- 
lement , se rendant interprète des, dernières 
Volontés du monarque , dont.il suffisait , sui-« 
vant lui^ de maintenir l'esprit , cassa ses dispo^ 
ftitions, le a de septembre ;^t.lçdi\ç. d'Orléans 
établit , le i5 du même' mois , uâ. conseil dq 
régence, et divers conseils en iremplateememt "^ 

des secrétaireries d^état ; c'était plus conforme 
à ses vues. ^ . 

s 

Lé, conseil des affaires étrangères . (QUt pour X715. 
pfésident,Jem:af?éqhdl d'Huxelles,J^quel, sous duco^nt^fu» 
ufcie éçorce un peu épaisse , cachait 'de la dex- g^*™ *''*"' 
térité ; mais on lui reprochait d'être trop esclave 
de îa faveur. 

Lesau très membres de ce conseil é laient l'abbé 
d'Estrées , précédemment ambassadeur en Ppr-: 
tugal et en Espagne , où il intrigua: plutôt qu'il 
ne négocia; le marquis ,deChi verni , homme, 
de mérite , qui avait été envoyé extraordinaire; 
<i "Vienne, et ambassadeur en Danemarck ; le 
notrquis de Canillac-Montboissier , étranger à 
la diplomatie, mais Tun des favoris du régent , 



4fi VI« PiUrODE. 

el placé là pour insinuer ses intentions , et lut 
^ûdre compté des' délibérations. 

•Le secrétaire-i*apporteUr était Pecquet , ciïel 
des biii^aitr du mini&tère , hotnme à talent , la^ 
borieUx et probe» 
t/xS. Le ministre des affaires étrangères , M-. ékf 

M. de Torcî Toroi , fut placé dans le conseil de régence. Le 
••pSutiVe!' ^"c d'Orléans ne voulut point le HietlfTe dans fe 
conseil des affaires éti^angères , parce qu'it a^àit 
les systèmes du féu roi. Ce minifi^re avait con- 
duit , pendant di]^neuf slùs , lef éftbit>et ^ avec sa^ 
gesse, et un grand succè»^ sir Ton sdnge à là dé^ . 
fsCVeur dès circonstances. • -r- 

Les dMpêèhés pour la sucd&iSSi'ôili d'Espagne t 
Icfs négociations dé la Haye et la paik d'Utrecbt 
recommandent à la postérité , la mémoire dé 
M. de Toirci qui , pour la probité, fitt l'égat âes 
Sùlli i dés Yilleroi , des Jeannins , des' Dossai^ 
, et' lie leur fut guère inférieur en talent. Dq|ns te» 
mémoires sur la paix d'Utrecht , 0n voit que \eê 
ressources de l'esprit se combinaient toujourb 
chez lui avec Thonnêtété, la raison^ ettfne noble 
fermeté. C'est lui «qui a dit : « Que ie anéiiléiib 
«ittbyen de tromper les cours /c'était d'y parles? 
3^ toujours vrai.» Et ce fut en effet, son prinx^ipai 
artifice. Ce ministre était dans l'usage , sous 
Louis XIV , de Soumettre aux observations d\f 
conseil-d'état, les dépêches les plus importantes^ 
el il n'allait demander les ordres du roi ; quô 



1< 



LIVRE 1/ 4i3 

-quand la rëçplutîon à pr^^d^e^ne f>puvait être 
diiféréç. M. de Tj^rçi e^t , en ï?;x2 , une idée 

^qui bpBQr<e^QnjpgQiy^lsnt, et l'idée qu'Use for- 
mait des connaissances requises d,^l^s la partie 

.pofjtique ; ^. fut de former une académie (i) 
où les jeunes geas, destinés à la carrière dçs né- 

rgptcisklfom 9 djçvaient s'instruire àès principes et 

ilotJLQus de hu^T 4t^U iMais cet etabliss^aneot 
tomba par le peu d^ favc^ur qu'il pbtiut sous le 

:TCgent(3). 

La /France garantis$ait ( art. III ) ^u roi de 
.Prusse la possession de Stejttin.^t de sçs .d^pen- ayeTup^ 
daupes; et, en cas de trouble, elle promettait " 
de lui doui^r un sub.s^de de six cent mille éçus. 
. Lia France ,gar 1^0 tiç^^it (art. lY) au rpi 4fi 



Traité secret 



( 1 ) "V'Ocadémie politique, devait être composée de w ac9i« 

démiciens d*un grade supérieur , et de sçtjets bi^n nés , au- ^ 

.d#V^$ous de rage de^yii^t-cij^q $i)as « ayant c^cun un revenu 

.amiuel de deux mille francs. Le roi devait {aire à chacun une 

pension.de mille francs, et leur donner d'habiles maîtres 

pour leur apprendre toutes les sciences requises pour la 

profession diplomatique. Ifs devaient s'assemUer deux fois 

ipar -semaine au Louvre. «On eût .tiré de Cfiitte acadjémie , "ist^ 

secrétaire» 4e:léga|ion , l^qju^Is seraient paryisn^s , suiyapt 

'^ur ciipaeité^ à' de pl^s ^f ci^d» eïa]^W'\Le^ Spectateur , 

t. IV.) 

. (2) A la suppression des conseils en 1718,^* ^^ Torci 
' se trouvant sans fonctions , se voua à la retraite ; c*est alors 
qu'il composa ses excellens mémoires» II- mourut en 17S0, 
<iâgé,de^uatve-'Tâpgl-«imaii;9. ......... 



. 4»6 VI* PÉRIODE. 

reconnait qy^ Le pavillon ami ni^t p^as une 
rantie pour I^ (narcbandi^e eanemie; et Tarti- 
çle XXJy pfppQnce q^e le pavilloa décide d^ 
sort de la marchandise, laquelle, quoiqu'ai;nie, 
^ejra confisquée , si elle e$t ^qus pavillon ennemi. 
Cç traité ,f)iit sijgnë p^i; les m^récfeîiux d'Çluxel- 
ks et d'Estrées, et Amelot de Gournai , CQUseil* 
l§r^ état pqyr I^eçpromçrçe, 

Viaact. J^ouis XLv ,. n.e,j>ar,ai§s^j t pas spji^f Fï?ent établie, ' 
les prëteplious qppppée.s de P^iligpe y et dp 
rerapej;eur Çj^arles yi p'ayaiçpt ^^as été levées. 
Les to^tili t^s éu.iç,9^.?^jil^fflitjn.t 3uspe?i,dpes |)ar 
l'acte de p,çu.tr^Uté, sigqé à lîfJÇeclit le i4.de 
jDQars 1713,. i^ntre }^,JFrapçe et rAngleterre, ^t 
rappelé p^r Jle traité de.Pade entre ^^ Fi:auçe et 
l'empereur. Mais rindécision df9 prétention^ 
jréciprpq^içîs.de l'ea^perewr et du rpi d'E^pag^e, 
J^issait jde ju^t^ "^VJÇt? d'apprphejnder que, sous 
le mo^i^^re pf étei:ç;te , la gujejcre pe^e.fçuQjf vêlât 
entre eux, et ne devînt»géi?ér;^Je. 

Cet éyçp/çpieut e.yt été fupefi^e à.la Fjfajice 
^puisée. ,p§ir,;les;^ff9rts violçi?t$ qu'ell^e avait £^iU^ 
j^pffv sp w|:epir ^ jd^rpièi:e gn^fx^. to^s les veje- » 
.yenMs ofdiu^jfjÇ?. pétaient eqgagfis,; Ip cijçd.it,jj^ 
.^ouyer? jp ^fiprps^e j^es sujets , ç i^,ç^ suj.ets içjj^tr^ 
,^^x , était ^nçaiitf j les fonds jn^pquai^t ppur 
^pajer les tf;o^pfis,.et fiçq^uitt^r.pli^^^^^^ autç^s 



LIVRE L . 417 

diépourv^es de bras ; et une longue paix deve- 
nait nécessaire pour la restauration publique 
mëditëe par le régent, qui sentait totis les dangers 
d'upe.adipinistraiioa entravée par de si près- 
5afl.s besoins* , . . 

Ce prince fit d'jjpord téiaaoigner aux diverses 
pi|i;9Si9lices de l'Europe^ ton désir d'une parfaite 
Î2i,te}ligei9u;:e^ en. prenant pour base les derniers 
traités ; mais les dispositions des^ours^de Vienne 
et de. Xpndrels ne paraissaient pas aussi paci- 
fiqil^. ... . . 

. ' L'empereur èi^cité par les Espagnols qui esprit de* 
av^ie^t âuivi son parti.^me cessait d'inspirer au ^HtaeLoi^ 
duc d'Oriéàns, le goût de :1a guerre ^ én< l'echauf- ^^^' 
fant de r^spoir de xëalisier pendant la miinôrité 
du roi d^ Trance ^ses• prélenjtio^s'&unr la tnonar* 
^bie eispagnole» On. lui faisait enviaa^l* <;omine 
facile y fi«^ rév0ltttiaBt:£0 -Espagne^ surtout si 
{^ilippev Venait;, li^ii^ certains^ cas éventuels, 
àmontçiv«^r l^'ti^&oedèFrahce,: . !.. 

lie, roi d'Angleterre >; eà sa qualité: d'Hlecteur 
d'Hanovre >9 paraissait étiîe par inclination^ re« 
<:6niiaiasaBgse. et intérêt , dans la dépendance de 
}a m^atâou-^d'Autricdie ; ^t il lui importait extré- 
ni^jsDéM de fménagër l'empereur*, pour se main«> 
teni^ 4<^>3^'^^^ duchés de Brème et de Verder <^ 
que le roi de Danemarck lui avait renais récem- 
ment pour une somme d'argent , après les avoir 
conquis sur la Suqde f mais la conquête \ non 

IV- ay 



4 



4i8 Vr PÉRIODE. 

moins que la cession de ces pays , devaient de» 
t plaire à la France , garante des possessions de la 

Suède en Allemagne. 

Les ministres anglais étaient si peu disposés à 
maintenir les traités conclus avec là France, 
sous le règne de la reiùe Anne, qu'ils poursui* 
yaient comme criminels d'état; et traîtres à leur 
patrie , les ministres de cette princesse qui les 

avaient négocies. ^' *' 

Les ministres de Georges i*'*, qui , pour la plu- 
part, étaient Wighs, croyaient de plus, avoir 
droit de reprochera la France^ la violation de là 
paix d'Utrecht ^ en fomentant les troubles d'E- 
cosse ,- en faveur du chevalier de Saint-Georges 
(le préteodatit); et en construisant un nouveafa 
port à Mardick^ pris deDunkerque. Les> minis- 
tre» anglais ne dissimulaient même pds , qu'aus- 
sitôt que ces. mouvemens intérieurfl(> feraient 
apaisés^ ils ne tarderaient pas à dit iger cojûtre la 
Frapce les armes de la Grande-^Bretagne^ * . : 
Ctprit a«s ; Les Hollandais aigri6>par le souvenir des trois 
iTiiUs. dernières guerres qu ils avaient soutenues contre 
la France, s'étaient accoutumés à regarder cette 
puissance coipme leur plus dangereusefennemie, 
et celle qui menaçait le plus leur indépendance. 
C'était même dans cette appréhehsibu , qu'a* 
près avoir remis à l'empereur , en vertu des 
traités d'Utrecht et de Bade, les Pays-Bas catho- 
liques y ils s'étaient réservé par le traité de bar^ 



^LIVRE I. 419 

rièrç du i5 novembre. 1716, d'entretenir des 
garnisons hollandaises dans les places frontières 
de ce pays , qu'ils envisageaient confine leur ^ 
seule défense contre la France ; mais nonobstant 
ce traité, le gouvernement hollandais était per- ^ 
suadé que ces places ne seraient pour Iqi, ua. 
boulevard suffisant , qu'autant que l'Angleterre , 
les lui garantirait^ et ténTOignerait un intérêt di- 
rect à sa conservation. ^C'est d'après cette opi- 
nion , que les magistrats de la républiq;aa se 
montraient excessivement .complaisans pour les 
volontés de la cour de Londres; complaisance 
qui s'était tournée en habitude , et que n'altérait 
même pas la rivalité du commerce subsistant 
intérieurement entre les citoyens de^ deyx 
états. 

Cet exposé des sentimens des deux puissances Négocîatîom 
maritimes , suffit pour faire sentir combien il cfctrAngîe* 
étaitde l'intérêtdelacourde Versailles, de.calmer **'^"- 
leurs préventions, et d'assoupir leurs alarmes; 
aussi le régent s'etait-il déjà adressé à l'Angle- 
terre, pour l'enchaîner par une allianpe; n^^is 
ses premières démarches avaient éc^ipué.jpar 
l'opinion où l'on était, à Londres, qu'ilfâvori- 
sait le chevalier de Saint-Georees. Comme cette 
opinion était inexacte, le régent crut pouvo,\r 
faire de nouvelles tentatives; eèle sieur d'Iber-r 
ville, envoyé extraordinaire du roi à Londres, 
reçut ordre, le i3 de mars 1717, d'insinuer à 



. / 



4ao Vr PÉRIODE. 

lord Stanhope , qui avait la principale part à 
la confiance de Georges i*'^ : 

« Que le meilleur moyen d'e'carter désormais 
» tout ce qui serait capable de troubler la paix en- 
» tre la France et l'Angleterre , était de reprendre 
» la proposition faite /dès le mois de novembre 
9 précédent, pour une alliance entre ces deux 
» couronnes et la république de Hollande , sur 
» le fondement de la garantie des derniers trai- 
j» tés'de paix; en faisant^ en même temps, en- 
» tendre à ce ministre j que si le roi delà Grande- 
» Bretagne , son maître ^ voulait approuver les 
» traités d'Utrecht , et s'engager à les exécuter 
» ponctuellement ; le régent ; de son côté , entre- 
9 rait, de la part du roi , dans tout ce qui pour- 
» rait contribuer à la satisfaction de sa majesté 
» britannique, et que l'on chercherait de coh- 
» cert, les moyens d'aplanir au plutôt, les diffi- 
D ciiltés qui paraissaient altérer la bonne intel- 
» ligence entre les deux couronnes. » 

L'abbé Dubois , que le régent avait fait con- 
seiller d'état, dès les premiers mois de sa régence, 
pour récompenser l'attachement qu'il avait à sa 
personne , fut chargé d'entamer une négocia- 
tion aussi importante pour son intérêt person- 
nel ; ce prince croyant ne devoir la confier qu'à 
un homme aussi dévoué à sa personne, et qui, 
après avoir été le directeur de sesplaistfs , était 
devenu le confident dé ses desseins. 



/ 



LIVRE I. 431 

L'abbë Dubois , qui est parvenu à une sorte orîgîne de 
de célébrité, était né en i656, à Brive-l^Gail- l'-hJ'^i^-hoi». 
larde, en Limousin. Son père était apotnicaire, 
et il exerça lui-même, quelque temps, cette 
profession. D'une ambition et d'une hardiesse 
sans égales , il dédaigna bientôt le théâtre obscur 
où sa naissance Tavait placé, pour venir à Paris 
où ses talens et un attrait pour Tintrlgue, lui 
promettaient des succès. ' 

Après avoir erré dans des emplois subalter- 
nes , il devint sous-précepteur du duc de Char- 
tres , depuis duc d'Orléans et régent. Ce sont de 
ces places qui , sans être éminentes , donnent 
des relations avec de grands personnages, et 
conduisent souvent à la forlunfe. L'abbé Dubois 
qui avait l'esprit vif et enjoué, plut beaucoup à 
son élève , qui avait un genre d'esprit analogue 
au sien. Louis xiv, sachant l'empire que Dubois 
exerçait sur son neveu , le chargea de l'engager à 
épou^r une des filles de madame de Montespan^ ' 
mariage auquel la duchesse d'Orléans s'opposait 
fortement. L'abbé Dubois réussit dans cette né- 
gociation , et Ton dit que le roi lui ayant fait de- 
mander ce qu'il désirait , le sous-précepteur eut 
la hardiesse de témoigner le désir du chapeau 
de cardinal. Il fut récompensé par une abbaye. 

L'abbé Dubois , indépendamment de son 
adresse naturelle , était plus propre qu'un autre 
à la négociation que lui confiait le régent, ayant 



4^4 VI* PÉRIODE. 

» comme si le roi de France voulait la gaerre, 
» et qu'il faisait agir auprès d'autres puissances 
» pour les y porter ; nous voulons bî^n croire 
'» que ces bruits n'ont point été autorisés, ni dé- 
D bités à dessein de cotorer les projets qui se 
» pourraient former contre nous. Nous voulons 
» bien croire aussi sur ce que vous nous faites 
9 dire, que tous les bruitsf d'une influence se- 
» crête de votre cour pour l'entreprise du pré- 
» tendant, n'ont été qu'une pure'invention des 
» jacobites pour animer leur parti. Quelques 
» soupçons que l'on ait pu avoir par le passé, 
» il en est sur qui il n'y a rien de si aisé pour 
j» l'avenir , de se convaincre les uns les autres 
)> que Ton veut vivre en paix , si tant est que 
M véritablement on le souhaite. Quant à nous, 
» je vous en réponds ; et il faut espérer qu'un 
» prince aussi éclairé que monseigneur le régent, 
9 ne sera pas la dupe de nos malheureux fugi- 
» tifs, qui lui attireront très certainement de 
» mauvaises affaires , pour peu qu'il leur prête 
y> l'oreille. La France aussiJâMi que l'Angleterre, 
» seraient bien à plaindra si de pareilles gens 
» étaient capables de nous brouiller; maisjeveux 
» espérer qu'il n'entera rien , et que , de part et 
» d'autre , comme vous le dites très bien , on ne 
» négligera rien de ce qui peut contribuer non- 
» seulement à la correspondance , mai^ à une 
» étroile amitié entre nos maîtres. J'ose vous 



LIVRE L 4î»5, 

n assurer hardiment que votre conduite à cet 
9 égard , sera Ta règle de la notre. 

3» En mon particulier, je souhaiterais par^ 
>i dessus toutes choses, de contribuer à une telle 
» correspondance» 

» Vous savez ce qui nous blesse , et vous êtes 
» les maîtres de faire^^cesser tout fondement de 
», jalousie. Quand^iouseigneur Je régent y aura 
» bien fait attention^ je suis persuadé qu^éclairé 
» comme il est , il trouvera que c'est une très 
» mauvaise politique, et très contraire à ses in- 
» térêts personnels , que de nous obliger d'être 
» toujours dans un état plus violent que n'est 
» celui d une guerre ouverte. Vous voyez que je 
» vous tiens parole , et vous parle franchement. 
» Je crois que c'est toujours le meilleur que de 
» savoir à quoi s'en tenir. Au reste , Monsieur, 
» quelque parti que prennent nos maîtres , je 
» vous prie de croire que je suis avec une passion 
» très sincère , etc. 

L'insinuation contenue dans le dernier ar- ' 
ticle de cette lettre de lerd Stanhope, regar- 
dait le chevalier de Saiut-Georges. Le roi de la 
Grande-Bretagne voyait, avec peine, que ce 
prince continuât son séjour dans un pays en- 
clavé daps les provinces de France ; d'où il pou- 
vait entretenir des correspondances avec l'An- 
gleterre , aussi facilement que lorsqu'il demeu- 
rait à Saint - Germain ; et lord Stanhope fai- 



4a6 VP PÉRIODE. 

sait entendre assez clairement , aue le roi de la 
Grande-Bretagne ne pourrait prendre confiance 
en son altesse royale, tant que son compétiteur 
à la couronne d'Anglelerre, serait à portée de 
lui causer des alarmes , et de troubler son gou- 
vernement. 

Ce ministre parla dans le même sens, au sieur 
dlberville^ lorsque cet en^yé voulut lui re- 
nouveler la proposition faite au mois de no- 
venïbre précédent, d'une alliance défensive entre 
la France, TÀngleterre et les Provinces-Unies^ 
sur le fondement de la garantie des derniers 
traités de paix. 
Lettre de l'aiK Cependant Tabbé Dubois autorisé par le ré- 
lord stauiio. gcut , crut dcvoîr faire auprès de lord Stanbope, 
^^' une nouvelle tentative secrète, en écrivant à ce 

ministre, unelettVe en date du i o d'avril (i 716). 
« Miîord , votre lettre du 19 de mars , me fait 
» voir, clair au travers des nuages, que mille 
» bruits confus produits par divers intérêts^ et 
» peut-être par le zèle de quelques acteurs , 
» avaient répandus ; et je suis ravi de savoir par 
» un canal aussi sûr que le vôtre , les véritables 
» intentions de'votre gouvernement. 

» Je crois pouvoir vous répondre que celles 
» du nôtre, sont bonnes et droites. JL»e carac- 
» tèredenotrerégentnelaissepaslieu de craindre 
» qu'il se pique de perpétuer les préjugés et le 
7> train de notre ancienne cour; et comme vousle 



LIVRÉ I. 4î>7 

» remarquez vous-même, il a trop d'esprit pour 
» ne pas voir son vërtabile intérêt. Je n'ai pas 
3»' oublié que, dans nos anciennes conversations^ 
» vous m'avez souventdilqu'il ne peut y avoir de 
y) solide liaison entre les souverains, qu^autant 
» que.chacun d'eux y trouve également son in- 
» térêt; et vous avez sagement observé dans 
» votre lettre, que ce principe conduit nos deux 
» maîtres , noh-seulçment à une honnête cor- 
» respondance entre eux, mais même à une 
» étroite amitié* 

» Je vous suis tr€>p redevable de vous être 
» souvenu de la parole que vous m'aviez donnée 
)) autrefois, de me parler franchement dans les 
^ )i occasions qui se présenteraient , pour ne pas 
» vous avouer avec la même franchise , que je 
» pense tout comme vous ; etque cet intérêt réci- 
» proque doit leur assurer la solidité et la durée 
» des liaisons qu'ils prendraient ensemble. Je 
» suis tellement convaincu de cette vérité , que 
» je suis déterminé à contribuer de tous mes 
» soins à cette union ; et je vous assure que ^ si 
j> dans les mesures qui se peuvent prendre de 
» part et d'autre , vous avez lieu de craindre que 
») des intérêts détournés n'apporte.nt quelque 
y> obstacle au bien commun des deux maîtres, 
» au premier avis que vous me* donnerez , je fe- 
» rai tout ce qui dépendra de moi, pour vous 
» aider à démêler la vérité , à rendre simple 



4a8 Vr PÉRIODE. 

9 ce qui prendrait quelque détour , et à par^ 
n venir à une liaison qui ne sdit plus sujette à 
» aucun soupçon ; et vous pouvez éprouver ^ 
p quand il vous plaira , la vérité de ce que j'ai 
» rhonneur de vous promettre. Kous ne nous 
» sommes jamais cherchés Tun l'autre , pour 
» nous tromper, et je connais trop votre siii- 
» cérité , pour n'avoir pas avec vous le coeur 
9 sur les lèvres. Vous devinez assez que je serais 
9 charmé que votre maître prit les mesures les 
» plus cojivenablesà son intérêt; que nous nous 
» entendions avec une nation pour laquelle j'ai 
9 toujours conservé de la partialité , et durant 
» le ministère d'un ami aussi estimable et aussi 
» solide que vous. 

» Au surplus, Milord, outre l'intérêt* de nos 
3» deux maîtres , je déclare que je serais ravi que 
» vous ne buviez que du meilleur vin de France 
» au lieu du vin de Portugal » et moi, du cidre de 
» Goldpepin^ au lieu de notre gros cidre de 
)J Normandie, J'y ajouterai un intérêt encore 
» plus solennel pour moi , qui est celui de pou* 
» voir, sans interruption, cultiver l'honneur de 
» votre amitié , et vous renouveler librement 
» et avec assiduité les assurances de l'estime et 
» de l'attachement avec lesquels je suis , etc. » 

Cette lettre, dont le style , la finesse , et l'ex- 
trême habileté, seront senties par tous ceux qui 
sont versés dans la tactique politique, fit une 



LIVRE I. 4a9 

TÎve impression sur l'esprit de lord Stanhope, 
qui, cédant à la noble ambition d'unir deux 
grands royaumes par une étroite alliance , y 
disposa les autres ministres , ses collègues , en 
sorte qu'ils dressèrent un projet d'alliance entre 
la France, l'Angleterre et les Provinces-Unies; 
prepant soin de n*y faire aucune meptîon des 
traités d'Utrecht , quoique le régent les eût tou- 
jours regardés comme devant servir de base et 
de fondement à l'alliance proposée- 

Le projet de traité portait, en substance, i ^ qu'il projet de 
y aurait alliance entre la France, l'Angleterre et les ee"'tntef*b[ 
Provinces-Unies ; 2^. que le Comtatd* Avignon, la ^f*°^* » *'^"" 

^ M- ' O » gleterre et 

Lorraine, et tout pays enclavé dan^ la France, le» Promctt- 
ou qui en dépendrait , fut interdit au prince de 
Galles, fils de Jacques II, et usurpant depuis sa 
liiort, la qualité de roi de la Grande Bretagne ; et 
que la France s'engageait à ne lui accorder au- 
cuneespèce de secours ; 3**. que lesdeux rois et les 
états-généraux se promettaient réciproquement 
de ne point donner asile et retraite aux sujets de 
Vxxn d'entre eux qui auraient été déclarés re- 
belles, et même de leis exclure des terres de 
leur obéissance , huit jours après que la de- 
mande en aurait été faite par l'unies trois al- 
liés ; 4^. que le roi de Fraince assurerait celui de 
la Grande-Bretagne et les états-généraux, qu'il 
était dans la résolution de raser' entièrement 
Tanden port de Dunkerque, comme aussi de 



432 VP PÉRIODE. 

» explications pourraient amener naturelle- 
9 ment des éciaircîssemens par rapport aux ou« 
» verturesdéjà faites pour parvenir aune allian- 
» ce entre le roi d'Angleterre et les Provinces- 
» Unies; et que M. Tabbë Dubois devait donner 
» toute son application à faire observer à milord 
» Stanhope , que les intérêts de S. Â. R. s'ac- 
» cprderaient parfaitement avec ceux du roi 
3» de la Grande-Bretagne » et à le convaincre de 
y là volonté où elle était de conserver une étroite 
3» correspondance avec ce prince, pendantqu'elle 
» gouvernerait le royaume; que pour prouver 
» les dispositions de son altesse royqile , il devait 
» faire considérer à milord Stanhope ^ qu'elle 
n apportait toutes les facilités qui pouvaient dë- 
» pendre d'elle , pour achever de dissiper jus- 
)> qu'aux moindres ombrages que l'on aurait pu 
» concevoir en Angleterre ; que dans cette vue, 
» elle voulait bien offrir de promettre, au noôi 
» du roi, par le traité d'alliance qu'elle atait 
» proposé : • 

i"*. » La garantie de la succession d'Angleterre 
X» dans la ligu^ protestante , en même temps 
» qu'il serait convenu de la garantie des traités 
» d'Utrecht, en leur entier; 

ik^. yi D'obliger le chevalier- de Saint-Georges 
» à sortir d'Avignon , et d'exécuter cet article 
» entre la signature de l'alliance^ et l'échange des 
>> ratifications; " * 



"5 T. 



LIVRE I. 433 

. 3**. » De refuser Tasile aux rebelles de la 
» Grande-Bretagne ; 

4^. .» De mettre l'ouverture du can^Lde Mar- 
» dick en un tel état , qu'il ne pût y entrer des • 
>) vaisseaux de guerre ; 

5% » De traiter conjointement , sous les mêmes 
» garanties, avec les états-généraux , et de ga- 
i0 rantir aussi leurs barrières des Pays-Bas. » 
. Jj'abbé Dubois arriva à la Haye , le 5 du m^ 
de juillet, et y attendit le roi de la Grande-Bre- 
tagne, qui ne débarqua que le 20 du même 
mois. 

Cet envoyé fit aussitôt rémettre à lord Stan- 
hope , une lettre portant en f ubstance : que 
se trouvant en Hollande , et souhaitant avec 
passion , de l'embrasser à son passage , il le priait 
de tâcher de lui ménager un moment, pour leur 
entrevue, et de lui faire savoir le lieu où elle 
pourrai| se faire. * 

Lord Stanhope répondit au porteur de cette 
lettre , qu'il passerait à La Hlye ,* qu'il logerait 
chez le sieûr Walpool, et qu'il priait l'abbé Dubois 
d'y venir le lendemain, 2 1 juillet , à huit heures 
du matin; ce qui eut lieu. 

L'abbé Dubois déguisa d'abord le véritable ^ 

^ .. * . , ,-1 Entreyne do 

sujet de son voyage , laisafUt entendre « qu il rabbé Dabou 
» n'avait été attiré en Hollande, que par sa eu- stanbopc. 
» riosité pour les livres et les tableaux , et par le 
» dessein d'acheter principalement les sept sa^ 
IV. a8 



^ 



434 Vr PÉRIODE. 

» 4>remens du Poussin ^ que des marchands hol- 
j> landais avaient achetés à Paris , et transportés 
» à !Ro||prdam ; qu'il avait déjà été assez hea- 
j» reux pour acheter et faire partir pourParis, ces 
j» sept famçux tableaux , et qu'il avait pris les 
» mesures nécessaires pour se faire céder une 
» partie de la bibliothèque du sieur Desmàrais, 
9 autrefois intendant des bâtimens dû roi Guil- 
» laume , que l'on avait vendue à Leyde à Ten- 
9 can ; » mais après les premiers compUmens » 
\\ ajouta tf qu'il ne pouvait s'empêcher d'avouer 
» à milôrd Stanhope qu'il avait sur le cœur son 
9 silence sur la lettre qu'il lui avait écrite le lo 
» d'avril précédant , et dont il n'avait point reçu 
» de réponse; 

» Que S. A. R. en répondant depuis quelques 
» joujS, à une lettre qu'il lui avait écrite pour 
3> l'avertir du dessein qu'il avait formé de saluer 
j> milord Stanhope à son passage en Hollande , 
3) lui avait marqué qu'elle avait appris par à^s 
» lettres de Londres, qu'il y avait des mouve- 

^ » mens à la cour du roi de la Grande-Bretagne » 
» contre le duc d'Argyle , fav(H*i du prince de 
)» Galles , et que comme elle éta^t informée que 
» milord Stanhope était bien avec ce prince , et 
» ami du duc d'Argyle , elle craignait qu'il ne fût 
» enveloppé dans cet o;*agè ; et l'avait chargé de 

" » lui offrir tout ce qu'il croirait pouvoir lui con- 
» Venir de sa part , offices , amis , argent , et gé- 



\ 



LIVRE I; 435 

I» nëraiement tout -ce qui pouyait dépendre 
» d'elle. » 

Lord Stânhope lui repondit « qu'il n'y avait 
t> rien eu qui le regardât dans tout ce qui s'était 
V passé par rapport au duc d'Argyle ; et que 
» quant à la réponse que l'abbé Dubois avait 
x) attendue de lui , il croyait en avoir fait une , 
D pour l'assurer en général , de la continuation 
» de son amitié et de ses bonnes intentions. » 
Sur quoi , l'abbé Dubois lui fit entendre , <c qu'en 
» lui écrivant^il n'avait pas eu simplement envié 
3» de lui faire de vains complimens sur le succès 
» de ce^qu'il avait entrepris pour le service du 

4 

j> roi de la Grande-Bretagne ; que voyant la con- 
» formité d'intérêt qui se trouvait entre c«ux de 
» la France et de l'Angleterre, il avait cru qu'elle 
» pouvait fa^lement produire une liaison d'a- 
» mitié, dont l'ctffet serait non- seulement un 
» traité d'alliance ; mais une union sincère entre 
» les deux couronnes , pour se soutenir mutuel- 
» lement , et pour entretenir par la stîpériorité 
3» que leur donnerait cette union , l'équilibre si 
» nécessaire au repos de l'Europe ; qu'il aurait 
» souhaité que ce grand bien pût être l'ouvrage 
» de milord Stânhope , parce qu'il ferait par ce 
j» moyen, tti Angleterre et dans toute l'Europe , 
ïi un des pkis beaux personnages qu'aucun mi- 
» nistre eut encore fait ; enfin que lui , ( abbé 
m Dubois,) se serait trouvé infiniinent honoré de 



\ 



■V 



436 Vr PÉRIODE. 

» pouvoir être un des instrimens de -cette union 
» si désirable. » 

La réponse de lord Stauhope fut , « qae la 
p confiance entre les deux cours, se trouvait dans 
j> ce moment très altérée par les justes sujets 
» que le roi dé la Grande-Bretagne avait de pen- 
ji ser que S. A. R. avait influé secrètement sur 
» les derniers mouvemens d'Ecosse; qu'elle avait 
» favorisé rembarquement du chevalier de Saint- 
i Georges; qu'elle avait au moins toléré tout ce 
» qui s'était fait en France , en faveur du préten- 
. dant; qu'elle avait entretenu des correspon- 
» dance avec ses émissaires , et qu'pUe «vait eu 
» dessein de se déclarer ouvertement pour lui , 
» suivant le succès qu'aurait son entreprise sur 
» l'Ecosse ; enfin que le roi de la Grande-Breta- 
» gne était de plus en plus persuad)^ qu'il ne de- 
» vait point compter sur Tamitié de sou altesse 
]^ royale. » 

L'abbé Dubois lui répliqua , ce qu'il n'avait pas 
» la témérité de vouloir lui apprendre lesinté- 
» rets du roi de la Grande-Bretagne , et que sa 
» curiosité ne lui ferait pas commettre Tindis* 
» crétion de le questionner sur les vues et les 
» projets de ce prince ; mais qu'il osait avancer à 
» milord Stanhope , que si le roi de. la Grande- 
» Bretagne prenait quelque résolution sui; la 
» pensée que, pendant les derniers mouvemens 
» d'Ecosse, S. A. R. lui eut manqué ; et qu'il ne 



LIVRE L 437 

» devait pas compter sur sa since'rite' pour l'ave- 
)) nir, dans ralliance qu'elle lui avait proposée; 
» certainement sa majesté britannique était abu- 
» sée ; et que rien n'était plus contraire aux vé- 
» ri tables intentions de S. A. B. 

» Qu'en recherchant à s'unir avec le roi de la 
»' Grande-Bretagne , elle ne. désirait pas seule* 
» ment une alliance ordinaire pour se eontentet 
» d'en remplir les conditions à la lettre, mais 
7> une véritable liaison d'amitié; dans le dessein 
» que lorsqu'elle aurait montré à la France 
» qu*elle avait fait ce traité , pour assurer au 
y> royaume la paix et le repos , elle pût sans 
» contrainte » et sans craindre aucun reproche , 
» donner au roi de la Grande-Bretagne dans tou-^ 
» teé les occasions qui se présenteraient y des 
» marques de sa fidélité à ses engagemens, et de 
» son zèle sincère pour sçs intérêts ; 

» Que si milord Stanhope avait été témoin de 
3» la conduite que S. Â. B. ava^l tenue par rap<- 
» port au chevalier de Saint-Georges , il n'aurait 
» pas pri3 les impressions dont il paraissait être 

» prévenu;. Que quoique le chevalier dp 

» Saint-George eût traversé la France, il ne s'en- 
» suivait pas quç S. A. B, l'eût su , et même l'eût 
» toléré î que milord Stanhope devait çopsidé-* 
» rer qpe les ordres et l'attçntioa des. in^aî très les 
» plus absolus, nepouvaient empêcher certaine^ 
» choses.,..** 



44o VI* PÉRIODE. 

7> commencemens , ses instances ne causassent i 
» son altesse royale quelque eofibarf as ; mais 
» qu'après s^étre ainsi tivré à son amitié , il avait 
» été frappé » au-delà de tout ce qu'on pouvait 
» dire , non- seulement de n'avoir point reçu de 
» son altesse royale l'assistance qu'il pouvait eu 
9 atteiidre ; mais d'avoir vu la rébellion s'intro- 
9 duire dans ses états par la France , et y être 
ji secrètement favorisée sous des dehors de bien- 
»veillance aussi trompeurs qu'insultans ; que 
» cette • impression qui durait encore dans ce 
» monarque, était le principal obstacle à l'unioa 
» que son altesse royale avait proposée ; im« 
y^ pression d'autant mieux fondée , que , ppur 
3 rendre le roi de la Grande-Bretagne odieux à 
y ses sujets, la France avait répandu le bruit 
» qu'il voulaib recommencer la guerre; et que 
» lorsque ce prince , pottr détruire ce bruit in- 
» juriekix et faiix^ s'était avancé jusqu'à faire 
V donner un projet d'alliance tout dressé , on* 
» ne lui avait donné aucune réponse. » 

L'abbé Dubois s'attacha à prouver que le ré- 
gent n'avait fait aucune démarche , même de-^ 
puis le retour du prétendant en France, qui 
n'eût marqué de la confiance et de la consi-< 
dération pour sa majesté britannique Il di- 
sait à l'égard du projet du ti'aité d'alliance que 
le roi de la Grande-Bretagne avait faitdres-^ 
ser 9 cr que lé duc d'Orléans avait été très dâi-^ 



,' 



LIVRÉ L 44ï 

j» gent à y répondre , puisque le jour même que 

tM. DuiweiJiifWorden l'avait remis à M. de Châ-' 
teauneuf , celui-<îi l'avait envoyé â m>n altesse 
» royale , et avait reçu , quatre jours après , les , 
-» ordres qu'il avait toti^ours été prêt de déclarer. » 

Alors lord Stanhope lui répliqua brusque- 
ment, <K que *M. de Châteauneuf n'avait donc qu'à 
signer le traité , conformément à ce projet ; » 
mais l'abbé Dubois lui fit sentir qu'il n'avait 
jamais été demandé , ni pratiqué , qu'on signât 
un projet sans avoir conféré sur les difficultés 
que Ton y troiivait , afin de convenir des chan- 
gemens avec les parties intéressées ^què les An- 
glais èux-mémes faisaient naître des difficultés 
avant l'examen du prpjet , puisqu'ils deman- 
daient , comme préliminaire , que son altesse 
royale engageât le chevalier de Saint -Georges 
à se retirer derrière les Alpes ; qu^en pareil cas^ 
on en avait usé en Angleterre avec plus d'égards 
pour les bienséances, et que le protecteut Crom- 
wel , quoique très fier y^ etîbrt recherché par l'Es- 
pagne , s'était contenté de la parole deLduis xiV, 
touchant l'éloignement de Charles ii et du duc 
d'Yorck , et n'avait pas refusé de signer le 5 de 
novembre i655, le traité de Westminster, avec 
le sieur de Bordeaux, ministre de sa" majesté 
trèS' chrétienne , avant que ces princes fussent 
sortis de France ; • • • . 

« Que si Ton prétendait qu'en dernier lieu ^ 



\ 



f • 



14% VP PÉRIODE. 

j» et avant la signature du traité d'Utrecht , on 
9 aurait, preliiiiiiiairement à tout ^ fait sortir d)^ 
» royauoip le chevalier de Saiut- Georges, ô9 
» n'était pas complètement informé des faits ; 
» qu'on ignorait sans cbulf que cette condition , 
» et quelques autres avaient été stipulées au* 
9 paravant, dans un traité secret signé par lord 
» Bolingbrocke , lequel devait être brûlé après 
» la sortie du chevalier de Saint -Georges et la 
9 signature du traité d'Utrecht ; ce qui avait été 
j» exécuté 9 et dont on pouvait encore fournir 
» dés ]»*eu ves ; mais que son altesse royale , pour 
» donner pleine satisfaction à sa majesté britan- 
» lyque , offrait d'engager le chevalier de l^aint* 
X» Georges à sortir d'Avignon ^ et à passer en 
» Italie y dans l'intervalle de la signature du 
9 traité à celui de sa ratification; ce qui était 
9 l'équivalentdecequelësministresdelaGrande- 
» Bretagne demandaient , puisque les ' traités 
9 n'ont aucune force mi effet , q^i'après qu'ils 
9 ont etératifiçs, etc/j» 

Ces eltplications ràpproch^eat les deux né* 
gociateurs , et lord Stanhope engagea l'abbé Du- 
bois à aller à Hanovre, où se trouvait Georges i^% 
avec lequcd il pourrait traiter directement. 
L'abbé dbbois s'y rendit dans le plus grand Aiys^ 
1ère. Geor^^s i" raccueillit fort bien, et les 
fbndemens de la triple alliance ne tardèrent pas 
à être posés. L'abbé Dubois retourna à la Haye » 



• LIVRE I. • 443 

pour se concerter avec les ministres de Hol- 
lande et d'Angleterre , et régularisa le traité de 
- ia triple alliance, qui fut signé dans cette ville ^ 
le 4 de janvier'1717. 

Par l'article II, la France s'obligeait à enga- 
ger le prétendant, se disant roi de la Grande- 
Bretagne, depuis la mort de Jacques 11 , k sortir 
de la ville d'Avignon , et à aller faire son sé~ 
jour au-delà des Alpes, immédiatement après 
la 'Signature du présent traita. 

Les deux rois et les états*généraux (art. III) 
se promettaient réciproquement de réfuser tout 
asile et retraite , aux sujets rebelles de l'un d^entre" 
eux. 

Pour 6ter tout soupçop de faire un nouveaux 
pbrt à Dufikerque^ le roi promettait (art, IV) 
de détruire le port de Mardick , et de n'en ja^ * 
mais creuser à deux lieues de Dunkerque' et de 
Ifardick, ni d'élever des écluses. On conservait 
toutefois un canal de décharge des eaux , et j^ur 
lé commerce. 

On garantissait (art, V et suiv. ) le traité d'U- 
trecht, ainsi que la succession à la couronne de 
la Grande-Bretagne , dans la ligue protestante , 
et À celle de France suivant le même traité. On 
stipulait la quantité de vaisseaux et de troupes 
qui devait être fournie à celle des puissances 
troublée dans ses possessions , ou attaquée au- 
dehorS) etc. 



444 VP PÉRIODE. 

Les plénipotentiaires français furent Vabbé 
Dubois y et Castagnère , marquis de Château- 
neuf (i) y ambassadeur du roi près les Provinces- 
Unies ; lord Cadogan pour l'Angleterre , et le 
baron de Reede et Heinsius ^ pour les états-gé- 
néraux. 
cwdéra. ^ traité de la triple alliance fut en général 
tîMt MT k désapprouvé du public. On disait tout haut, que 
' le régent sacrifiait à ses vues personnelles, la 
gloire et l'avantagç de la nation ; que Texpulsion 
de France d'un prince malheureux , et qui n é- 
tait point à craindre pour TAngleterre , était un 
acte de complaisance servile ; que la démoUtioti 
de Mardick était une atteinte portée à Thonnear 
du roi ; que la position agitée et incertaine de 
la Grande-Bretagne ysous l'autorité delà maison 
d'Hanovre, ne la mettait point dans le cas d'im- 
poser de pareilles conditions. D'autres pourtant^ 
moins âpres dans la critique , voyaient , dans 
l'attiance de la Grande-Bretagne , le gage d'une 



(i) M. de ChAteauneuf , né à Chambéry en Savoie , avait 
été naturalisé franç^s. £n i68g , il fut nommé ambassa- 
deur près la Porte , et refusa une ceinture de diamans que 
lui offraient les chrétiens de la Terre-Sainte , en remercf- 
^nent àt ses bons offices. Il passa eu 1708 à l'ambassade de 
Portugal > et en 171 3 à celle de Hollande 9. qu'il consewa 
jusqu'en 1718; il obtint alors, comme retraite > la place d^ 
prévôt des marcliand^ de Paris, 



LIVRE I. ' 445 

piaix solide , et ils pensaient queTintërét de l'état 
justifiait suffisamment ce traité. 

Le maréchal d'Huxelles qui j en qualité de 
chef du conseil des affaires étrangères , devait le 
ratifier, s'y refusa d'abord obstinément , blessé 
de n'avoir eu connaissance des articles qu'au 
moment de les signer. Le marquis d'Effiat , que 
le régent lui envoya , rapporta , pour toute ré- 
ponse 9 que le maréchal se laisserait plutôi cou- 
iper la main «que de signer. Le régent fit dire à 
M. d'Huxelles, par le duc d'Ântin ,. qu'ili eût à 
signer, ou à quitter sa place. A cette alternative, 
le maréchal signa sans mot dire ; ce qui annonce 
qu'il d'était disposé à perdre ni sa main , ni sa 
place. Ge ministre , suivant M. de Saint-Simon , 
« était habile en tout genre de difficultés , sans 
ji jamais trouver de solutions à pas une. Fin , 
» délié , profondément caché . • . toujours des 
» voies obliques ; jamais rien de net , et se con- 
» servant partout des portes de derrière ; esclave 
» du public et n'approuvant aucun particulier. » 
Néanmoins , ce portrait peut être un peu chargé ; 
ce qui est la manière assez ordinaire du duc de 
Saint-Simon (i). 

Les deux jeunes czars , Jean et Pierre Alexîor 
witz, avaient envoyé, en 1687, à Louis xiv, jj^^^*' 



y 



1717. 

Traité d'al- 
entre 
la France, U 
Russie et U 



(i) Le maréchal d'Huxelles mourut en i73o , âgé de l'russe* 
soixante -dix-neuf ans. 



/ 



448 Vr PÉRIODE. 

9 dernières propositionB faites par le canal de , 
» Tambassadeur du roi, ea Hollande, M. de Cha- 
» teauneuf , l'on s'était désisté d'une garantie 
» impossible. » 

A cela , les ministres du czar , en avouant la 
justesse des observation;» de M.' de Tessé , répli- 
quaient : « Mais , quand le czar , notre maître , 
9 offre de garantir à la France / par un traité , 
p ceux d'Utrecht et de Bade , garantie qui dé- 
» plait certainement à l'empereur , en quoi Im 
» paie-t-elte le service qu'il lui rend d'entrer dans 
j» un engagement qui consolide ses traités ? et 
» puisqu'en«ffet, elle ne peut garantir les con- 
» quêtes que le czar a faites sur la Suède ^ lais- 
» sez-le agir , comme il l'entendra , contre la 
» Suède 9 et trouvez bon du moins qu'il se mette 
» en lieu et place de la Suéde, he système de 
3> l'Europe a changé ; la base de tous les traites 
» de la France , c'est celui de Westphalie. Pour- 
» quoi la France s'est-elle unie avec la Suède ? 
À c'est que celle-ci avait des états en AllemagQe, 
» et qu'au moyen de la puissance de la Suède et 
» des alliés que la France avait en Allemagne , 
» cette alliance balançait la puissance de l'em- 
» pereur. Mais aujourd'hui que la Suède, pres- 
» que anéantie , ne peut plus être à la France 
i> d'aucun secours , et que la puissance de l'em- 
» pereur s'est infiniment accrue ; le czar vient 
9 s'offrir à la France , pour lui tenir lieu de la 



/ 



LIVRE I. 449 

n Suède f et .lui présenter^ QO^^eu^ement son 
» alliance ». iQais ^a pvt^si^aace , et^n méme.temp6 
» celle de la. Prusse y;6a&s laquëUç/ie czar.ne 
» pourrait I agir. La Pologoe oie dçm^^d^ra pa^ 
p mieui^.qae.dy:eQttr^r;;{/e<:.quaAd la Fraise, 1^ 
» Frns^il la Pologne ifttlft Ru«i? seront unies, 
» nQnrS^kfpent ceUe-çi i^e^filacçra^ja^uèdepar 
p soa'a}Uaoo6;^ jpais le ^dids qu'elle mettra dans 
x> la. J^alance, sera l^ien supéi^iieur ; .et qe q^^elia 
#. Russie propose ici ^ : n est :ppmfi poptr^aire A Ji^^I- 
» lianaei cs^i^an te entre la^Frc^ce, l' Angleterre 
0» et lai Hollande : J^^Jôrniénçe^y tfouvera $on 
» compte ; car il est de,son.iiUéréli ^q.Jl/empe- 
» reuE ne soit pas si pws^a^i^jt ^ §tcqyw|i>.t à V^Eiy 
I» gleterre^ eUç. ^st si agij^ip et 4». .variable eâ. ses 
p prpjfetjjj, qii^.9i^,.àraveïrir^,eU€v«e4étafib^i*de 
^ la Fraiioe ^ . iorsqo^. , ceUe-pi » .auf fi ; ?^ifii?s- ,4»n? 
» son. alliance la) Ru^sji^^ h:\?^\9^^Ç^ de^ la, (Suèda., 
i» lafîour dêÇgtersbourgliQadr^ lieu à la Er^pe, 
» de tout o€f qu'elle pouvait ;^péper.d^ latSuède 
9 et de l'Angleterre;. de;$Q^te que^pi^j^ue la 
» France ne peut, ni ne vieu:t g^gr^çtir,!^^ çooqué- 
» tes que le.c:?ar a faites 3lir. la Suède, ilrconsent 
» qu'elle iiei iks garajQ tisse pas ; tpais il deniande 
» à entres J^y^c elle , en lieu et place de la Suède , 
» et dem^9i(|6 par conséquent. le même traite* 
» ment qu'elle lui faisait , avec d'autant plus 
» de fondement) que le czar amène avec lui la 
» Prusôe. » 
IV; 29 



». • «■ 



45o Vr-PÉKIÔDE, 

Le maréchal d« ïes5*^Vattacl>a àéloignêr tout 
desîP'dé'snbsideV et 'déchira a qu'il n'avait point 
» d'opd^ë^*nî''d'ii]|»tl'ue*ton* pour fine semblable 
y> )^vop6fiïÛbth ;' q\ï^ sitâ-F^alHie âVjafit-^ait^assez 
!» inutileTnent dTecJ^!St)Ml^'«iitrâhéd^(^'gënre; 
» etJé'ïiilendait àVèd ittipati^nce te tfeFm^de ce 
r traité^i âvêcrésoï'Otrondfe ti^ piu9*tcm[it>er dans 
» pàrreîFR^fôntë ;-ct qu'i{;ëtWit jt*«te*quesHeczar 
» réttdart atôps è la-Frafiéè'de^ services ^ on lui 
li dbnu &t*d^ âUb^tdéti Vftî^is <)ue j'i^u^ là , il ne 
»/éfaérâ§t*raïsonnriyIémfetit'en defliatodèp; ^ 

Lé^MàpëcKaKd^Huxelfes V avec qui'M •'de'îTesse 
ëWllt^hât^gë dé correspondre, relativeiritp^tauK 
pr <îp)D^itîbhs ; dir czàv ;-*ôî ^épéhàit ,-diftiÉf ùa 
i&ëSR)î^^^'^rsônhé i «Y^ue et priticfe^ dàtfs^son 
» détiiiei^^éjoiil^iên «birande :, avarit déjà' fait , 

V vers tefen dé'iïi«l , îf'4'^ift*ft88Meui«Ôétiraiice 
» pres1éà^états-'gè*éi^âx^',^'M; dé GhAt^ikiieaf , 
» dëé^|So^6sitiortS'{>lUlSsîniples^, pai*' hèsquelles il 

V fiè''déiiîàidàlr|i«iibit :dé^ part de 
»• là fVâttÛe', qUôiqtt'41 ^'^ligâgëât à g5Bii*an*îr les 
»' traités d'Utrtecht^eV^dé Bàde rqtfe ôa majesté 
v'très cHrétietine fcinploîràit seà offices -piour la 
Vpaîi du Nord , sani partiâtité ptÀif-'iâ'iStiè^c', 
» à qui elle n'accorderait plus de 'stifes^ë , et 
» qu'elle en ddnnferAit un au czar , att* contraire , 
D de V^ngt-cinc^ mille' écus par mois i' pendant 
» la (iurréé de la guerre du Nord.» d < • • 

M. d'Huxelles ajoutait , (c que le gouvern^ipent 



LIVRE I. 45i 

» français était assez pdrté Si|prendireayecie czar, 
» des eiigageineQS.x[u'on pourrditi rendre lÀus 
» étroits , suivant j)'e3dgeace des oiroonstances ; 
p mais que tout poikfietil devait se ijëduire pour: 
». le moment, à naitr^ité de bonne cprrespon- 
». ilanoe et d'amitié '^â^'compagnéd'uoe oonven-» 
». U^n^ particuliàr^'^ii rsecrète ^ pdur régler les 
» ias$âstdnces que Ton donnerait. bu «czar ^ s'il 
x); (&03|iloyait ses forcés jqh faveui'dujxbi 6u;de sea. 

' j»: alliés «i.... . - ':' .", . : \ ) 'h :\"r/. ni:' ' -. 

i><E)i'^eJes raisonat dont M>:le warécltal de- 
3> T^^sé.peui seservilr » pour oombdUi^e «!> éluder 
» .de^ e4»g:agenQQ0S :pr éçtis; iQt . plus, fortâ que ce qu i 
» convient à la boijrjj^ [correspondance et-à.lW 
3» mitié., il peu( faire^çonh^itré qôefteiutioe qui 
»:^i(oéderait ces termes dans la conjone^ipepré^ 
» sfente, ne servirait qu^ài exciter >des.iaéfia'noes) 
» que celles que le rqiide >SuèdeporûpràU piren-»* 
» dFe..excluraient inutilement la jnojediat30ffiii:de< 
» sa majesté dans la paix du !Nord;:où'dJe'peut^ 
» êtjiB très utile ai^X' jn^réts dn czarretiduroi. 
» de>Prusse; et quoiqu'elle ne veuille. eq effet ,<- 
» aider le roi de Suède que de ses offîeèay dans 
» toute la suite detlarguerre du Noi^<^<et dans 
» là négociation poiucibr^paix , deroiiâme^qu elle 
» en.!vtaituâer avec lesirautres puissances' qui y 
» soiit . intéressées, Ic:e&tf-àrdire , avecune par* 
» faite impartialitévilseraitcontre tontesies xè- 
» gles-dela bienséance)^ iqu ayant av^^AejpErinéey 



45a VI« PÉRIODE. 

j» un Irâitë qui doit subsister encore, pend^rut dix 
» moisylelle prit des engageinensqui y fussent 
n formellemeot contraires; qu'après son «xpi- 
» ration elle pourrait entrer dans d'autres mesa- 
» Tes ; et qu*en' attendant , an traité d-amitié et 
» «ne convention pour 1 utilité réciproque du 
»^ comitierce des sujets de part et d'autre , serait 
» un premiév fondement qui' servirait ooitinke de 
» base àdes-liaiaons plus étroites, quHUerffîtbien 
» plus aisé de terminer, lorsque les affaires du 
n Nord? 'auront pris une fdt^é fixe , qui pût 
D perinétire d'assurer plijis solidement ces liai- 
» son«, ou lorsque les engagemens de sa majesté 
» avec la Suède seraient fînis^->r' 

Lemàréofaal d'Huxelles observait encore «c que 
»^ sa majesté était retenue par les engagemens 
'H qu'elle avait contractes, comme garante des 
» traités de' We8tphalie,d^Oliva et.de plusieurs 
H autres; et que , quoiqu'elle ne se proposât pas 
» djen demander et d'en soutenir l'exécution 
». dansilaprésente guerre^et^dansla négociation 
» delà paix., elle ne pouvait cependant statuer 
» présçntemenlr avec honneur, des coixditions 
■yy qui f fussent formellemetit contraires , sans 
.» le consentement et le concours des parties in- 
» téressées, et que c'est une raison qui ne.sub- 
x>-sisleraitque jusqu'à la paixdu Nord , puisqu'a- 
» lors lès garanties de ces traités n'obligeraient 
)» plus sa Bùfjesté , qu'en. ce à quoi il n'aurait 



LIVRE I. 453 

» pas été dérogé ; qu'au contraire , elle serait 
» en droit' de garantir ies nouvelles conditions 
9 et la nouvelle fornie qui seraient établies par 
» le traité de la paix du Nord , et de s*unir avec 
i> le czar , de manière et sur des fondemens qui 
3 pourraient encore augmenter la considération 
» que ce prince s'était déjà acquise dans l'Eu- 
» rope , etc. » 

Il était observé au- maréchal de Tessé , « que 
» la cour de France n'entendait point également 
» contracter avec le czar , aucune liaison qui 
11 pût être contraire, en quelque manière que ce 
» fût, à celles qui avaient été prises par le traité 
» d'allianqe avec l'Angleterre et la Hollande. » 

Le roi se réservait de remplir le traité de sub- 
side avec la Suède , lequel devait expirer dans 
dix mois , ne pouvant faire aucune stipulation 
qui fût formellement contraire à cet engage- 
ment ; et il désapprouvait qu'on laissât aucune 
espérance aux ministres du czar, que sa majesté 
frès chrétienne pût être portée à lui donner 
présentement le subside de trois cent mille écus^i 
qu'il avait fait demander. 

Comme les ministres du czar paraissaient dis* 
posé^ à solliciter quelque avantage pour la Prusse 
dans le traité à conclure , et qu'ils ignoraient le 
traité secret entre les cours de Versailles et de 
Berlin de l'année précédente ; la première devait 
feindre, avec l'aveu delà seconde > de consentir 



\ .' 



454 VP PÉltlODE* 

à la garantie de Stettiii , et comme si elle eût 
eu lieu à la sollicitation du czar , qui de sou 

« - 

côté ^ par cette considération , se rendrait plus 
conciliant. 

À l'égard de la garantie des conquêtes faites 
par la Russie sur la Suède, elle ne pouvait être 
que conclitionnelle , et dans le cas où le czar , par 
un traité de paix, aurait obtenu la cession de 
ces conquêtes en tout ou en partie. « Les con- 
» ditions qui regardent le qpmmerce , ajoutait 
» M. d'Huxelles, sont jusqu a présent assez obs- 
» cures. L'on n'est point instruit des qualités 
» des marchandises qui peuvent convenir dans 
» les ports du czar , et qui pourraient y être por- 
» tées d'ici. L'on ne sait pas assez exactement 
» aussi /quelles seraient celles que les vaisseaux 
» français pourraient y trouver pour leur retour 
» dans le royaume , et l'on ignore absolument 
» quelles sont les lois et la police de ces ports , 
» quels droits se perçoivent sur les marchandises 
» que Ton y porterait, et sur celles que Fon Sh 
» pourrait tirer ; s'il y a des privilèges pour les 
» marchands étrangers ^^et s'il y a des nations 
» favorisées , eu telle sorte qu elles puissent faire 
» leur commerce plus avantageusement , que les 
» sujets du roi ne pourraient faire le leur ; ainsi 
>> il est bien difficile de pouvoir rien statuer de 
» solide à cet égard , au lieu que les lois des ports 
» et de la navigation du 'royaume , et les tarifs 



LIVRE L 455 

j> des droits qui s'y lèvent étant publics , les mi- 
» nistres du caar peuvent en avoir une entière 
» connaissance ; et il parait qu'étant eux-ménies 

» touchésdecettedifficulté, ilsregardentqomnie 
» un moyen de la lever, la proposition de faire 
» jouir les. sujets du roi dans les ports du czar, 
» des mêmes avantages dont les sujets :de. ce 
» prince jouiront dans ceux dti royaume. 

» Cet expédient ne parait pas mauvais jusqu'à 
» présent , quoiqu'il soit vrai qu'il ne suf^rait 
y> pas pour assurer les avantages des sujets du 
» roi , si quelqu'autre nation avait dans Jes ports 
» du czar , des privilèges ou des exemptions plus 
» favorables, que ne serait l'égalité de traite- 
» meut que l'on se propose.; niais quand même 
» l'on serait assuré sur Cje point, il est bon que 
» M* le maréchal de ïesse demande tous les 
» éclaircissemens que l'on yiçnt de remarquer 
» qui seraient nécessaires pour agir avQc une en- 
» tière connaissance , afin de pouvoir se servir 
» de ce prétexte pour entretenir les conférences 
» sur cette difficulté , aitôsi long-temps qu'on le 
» jugera nécessaire , pour aplanir celles qui 
» pourraient se trou ver d'ailleurs dans le^ point s 
» essentiels de Talliange que l'on se propose de 
» faire , sans. être obligé de s'expliq^uer sur les 
» dernières résolutions de spri altesise royale ( le 
» régent) , et sans s'exposer à voir rompre les 
» conférences ; et comme le'séjour du czar dans 



456 Vr PÉRIODE. 

3 le royaume y ne peut pas être d'une longue 
3 durée , Ton peut croire avec fondement , que 
» lorsque le temps de son dëpart approchera , 
3 ses ministres s'expliqueront eux-mêmes , de 
3 manière que Ton pourra juger avec certitude 
» des intentions de ce prince , et prendre aussi 
» les dernières résolutions. 

» Il paraîtrait de quelque importance d'enga- 
» ger les ministres du czar , à communiquer le 
» traité fait entre ce prince et le roi d'Angle- 
3» terre , comme électeur d'Hanovre , et le projet 
9 formé depuis , écrit de la main de M. Towsend 
9 et qui fut remis à M. le prince Kurakin , dans 
3 son dernier voyage en Angleterre , pour con- 
7> firmer ce même traité , en qualité de roi de 
)> la Grande-Bretagne ; non-seulement parce 
» qu'il peut y avoir dans ces deux pièces , plu- 
3» sieurs circonstances qui donneraient des lu- 
j> mières par rapport a ce que l'on peut stipuler 
» pour le traité de bonne correspondance , et 
» pour celui de commerce que l'on se propose 
» de faire ; mais encore parce que le roi d'An- 
» gleterre témoignant présentement de Téloigne- 
» ment pour le czar, et ses ministres supposant 
» que l'pn ne peut contracter aucune liaison 
» solide avec ce prince ; il ne serait pas indiffé- 
» rent de.pouvoir leur faire connaître qu'ils eu 
» ont eux-mêmes formé avec lui , qui ont donné 
» lieu à l'entrée des Moscovites dans l'Empire ; 



UVRE I. 457 

3^ et il serait bon par cette raison y que Ton pût 
» avoir des copies de ce traité , et du projet de 
y> confirmation qui en avait été dressé. 

»M. le maréchal de Tessé pourra^it peut-être 
yt porter ces ministres y à lui donner ces deux 
jo traités , en leur faisant remarquer , que le roi 
» ne voulant rien faire dont le roi d'Angleterre 
» pût avoir lieu de se plaindre ; la connaissance 
» que l'on aurait des engagemens que ce prince 
» a pris avec le czar leur maître , pourrait peut- 
» être aplanir les difficultés qui naîtraient à 
» cette occasion; et s'il remarquait qu'ils eussent 
» quelque défiance que le traité d'alliance de la 
» Haye , tel qu'il est imprimé , ne fût pas fidèle , 
» il peut leur offrir de leur en faire voir l'ori- 
» ginal , en même temps qu'il les assurerait 
» qu'il n'y a auctin article secret.: Il pourrait 
» aussi leur faire voir quelques articles de celui 
» de Suède, dont on lui remet une copie entière; 
» mais en ce cas , le mieux serait d'en former 
r> un , qui ne contiendrait que les conditions, qu on 
» voudrait bien leur communiquer ^ et qui parai* 
» trait entier. 

» M. le maréchal de Tessé^ne doit faire au- 
» cune mention dans ses conférences avec les 
y> ministres du çzar , du traité avec la Prusse , 
» dont ils n'ont point eu de connaissance jus- 
» qu'à présent , le roi de Prusse l'ayant ainsi 
» désiré. 



■^ 



458 VP PIÎRIODE. 

» Il parait inutile d'entrer présentement dans 
» un plus grand détail sur tout ce qui peut faire 
» la matière de cette négociation , M. le raaré- 
» chai de Tessé étant à portée de rendre compte 
» à son altesse royale de ce qui se passera à cet 
» égard et de recevoir ses^ ordres ; et la seiile 
» chose que l'on croit devoir lui répéter encore, 
» est que son altesse royale ne veut s'écarler , en 
» quoique ce puisse être, des engagemens qu'elle 
» a pris par le traité de la Haye , ni donner le 
» moiiidre sujet d'ombrage au roi de la Grande- 
» Bretagne ; et que comme elle croit en effet , 
» ne pas devoir porter les liaisons du roi avec 
» le czar, au-delà des simples termes d'amitié et 
» de, bonne correspondance , il ne J^eut trop 
» peser ses expressions dans ses conférences , ^n 
D sorte que les ministres du czar se portent par 
» eux-mêmes , s'il est possible , à ne rien exiger 
» dp plus. » 

Ces instructions données à M. de Tessé , sont 
tracées en général avec assez d'adresse , et sem- 
blent relever le maréchal d'Huxelles du reproche 
d'extrême médiocrité , dpnt quelques auteurs 
de mémoires historiques , ont voulu le flétrir; 
car quoiqu'elles puissent fort bien n'être pas de 
lui quant à la rédaction , elles lui appartiennent 
nécessairement quant à l'esprit , et aux princi- 
paux ex pédiens politiques. Dansune négociation 
aussi délicate , que celle entamée avec les minis* 



LIVRE I. 459 

très do czar^, alord à Piaris,'bil ne dût J)asVen 
rapporter aux sâbaltefnes. 

Cependant comme la négociation traînait, et 
qUa le czar vo^ilait retourner en Hollande , on 
convint de renVover la conclusion du traite' à 
sorï retour en ce pays. 

- M;de Châteauneuf ^ simbassadeqr de France à 
la Haye, futdhargë de répondre aux propositions 
faites par le czar , et il fut conclu à Amsterdam , 
le 4 d'aoïit 1717 , un traite , lequVl portait : 

Qu'il y aurait ( art. F' ) amitié et alliance entre 
sa ; majesté le czar, sa majesté très chrétienne 
et le roi de Prusse. ^ 

Par l'art. II lesdits souverains s'engageaient 
à contribuer au maintien des traités d'Uti^echt 
et de Bade , ainsi qu'à ceux qui seraient conclus 
pour la paix du Nord avec le czar et la Prusse. 

Par l'art. III, il était convenu que, dlRis le 
terme de huit mois , il serait notnmé des com- 
missaires , de la part des parties contractantes , 
pour concerter entre elles, un traité de corn- 
TO-erce , sur le pied des nations les plus favori- 
sées dans leurs états respectifs. 

Par des articles séparés et secrets , il était dit 
que, dans le cas où une des parties contractantes 
serait attaquée, on arrêterait alors par une con- 
vention particulière , le mon tant des secours que 
les deux autres parties lui fourniraient, il était 
dit, de plus, que le czar et le roi de Prusse s'en- 



\ 



s. 



460 TP PÉRIODE. 

gageaient d'admettre la médiation de sa majesté 
très chrétienne pour la paix entre eux et le roi 
de Suède , bien entendu que la cour de Ver- 
sailles se bornerait à des offices et à des insinua- 
tions , sans jamais employer des voies de fait 
directement ou indirectement , contre aucune 
des parties qui sont présentement en guerre. 
Le roi de France s'engageait enfin , à ne pas 
prendre après l'expiration du traité qui subsis- 
tait entre lui et le roi de Suède , et qui devait 
finir au mois d'avril prochain , aucun engage- 
ment avec celui-ci , sous quelque prétexte que 
ce fôt, directement ou indirectement contraire 
aux intérêts du czar et du roi de Prusse , etc. 

Ce traité, signé pour la France, par le marquis 
de Châteauneuf 9 ambassadeur du roi en Hollan- 
de , pour le czar par le comte de Golofkin , le 
bardtt. de Schaffirow , et le prince Boris-Kura- 
kin , et pour le roi de Prusse par le baron de 
Rniphausen , est digne d'être remarqué , comme 
ayant introduit la Russie dans le système général 
de l'Europe, tandis qu'avant, elle avait été con- 
centrée dans le système du Nord. 

En conséquence de ce traité , M. de Campre- 
don fut envoyé en Russie , en qualité de ministre 
plénipotentiaire, et M. Viilardeau, s'y rendit 
comme consul. iCe furent les premiers agens pu- 
blics fixes que la Franceentretintdanscet Empire. 

Cette union nouvelle fut plutôt due à la saga- 



LIVRE I. 46i 

citaÊtà ractivité de Pierre-lq-Grand / qu'aux 
dëmareliies du gouvernement français , qui , au 
coatraise y paraissait Ybuloir rester en arrière , 
soit .qu'^l craignît de sacnfler la Suède à la Rus- 
sie , soit qu'il crût. :de Voir agir avec réserve ; à 
irëgàrd.id'Une paissanée qui semblait vouloir 
prendre- un vol si élevé. 

Lariiour d'Espagne ^ 4jue dirigeait le cardinal j^„7^^* ^^ 
Alberoni , ministre plus.bardi que réfléchi , dési- V** ^ *"'*»««» 

1 emperear et 

rajcM; rentrer dans la possession de la Sicile y. de rAugUterre. 
la Sardaigifie;et des. a);itrea.pdys que lui avait en* 
leYéslapaix d'Utreçbt, pour en investir l'em- 
pereur et le duc de Savoie , profita de la circons- 
tance ^ela guerre entre l'Autriche , les Vénitiens 

^ ^t'ià Boi:te , pour feindre de préparer des armé- 
niens. eoujEaveur des, puissances chrétiennes; mais 
toui.à:X20up,. la cour. d^. Madrid dirigea ces ar- 
raemens contre. la SardaigiQie , dont elle s'empara . 
Ifi ^2ha >d'|iont 1717, - . 

Cette! invasion inattendue devait blesser les 
étals â'Knrope, intéressés à la paix. Le ministère 

** espagnol, pour les caimer , avait adressé à plu- 
sieurscours , dès le 9 du inéme mois d'août ^ une • 
circulaire , eia forme de manifeste , contre, l'em- 
pereur, qu'elle accusait d'avoir enfreint les trai- 
tés-. La> France et la Grande-Bretagne;^ comme 
. garantes de la neutralitéde l'Italie, y et des divers, 
traités d'Utrecht et de Bade , ne tardèrent pas 
k intervenir auprès de la cour de. Madrid. 



' « 



46a YV PÉRIODE. 

Mais tandis^ qu'on entrait en négorciaticm, le 
cardinal Alberoni . enflé de l'invasion facile de 
la Sardaigne , faisait désdispo&itions pour enle- 
ver encore la Sicile. Ces intentions belliqueuses 
de la part de TEspagne y firent sentir aiiîa*eours- 
de VerjJailles et de lyondrea , la. néceseite d'en 
imposer à la cour de Madrid , par une forte al* 
liance ^ mais^dont le prei^ier but;seraitde'forcer 
Philippe r à se réconcilier avec l'empereur. 

Le duc d'Orliëans ch^i^^a l'abbé Dubois , sur 
la fin de 1717 y d'aller à Londres poitrçwèiduJre 
à leur te)rme,le5 négociations entamées dans 
cette vue. ; ..'.'"•*♦-•••)•• 

Ce ministre qui étkit fort goûté de Georges i*^*^» 
qu'il amusait par ses propos joyeux , régiisti't'^insi 
sa correspondance politfqiiî8:(i)..IIfai«i3tfi4 ordi- 
nairement deux dépéelicS', dont l'unçeaduessée' 
au conseil des affaires étrangères, contmait^ne* 
ample relation des nouvelles de la co»r leide Isl 
ville , aveb^quelques détails généraux sor^là né- 
gociation; L'autre dépécbe , c^ui était oESlfrée , 
et adressée aa régent , cou teuait la véritÉ^blesi- " 
tasition des affaires , et cette seconda dépêche 
îl'était mïseen clair ^ c'est^i^dire dechiffréig, que 
par le frère de l'abbé Dubois. 

Cependant Ja conclusion de l'alliance combat- 
tue par le rnaréchal d'Haicdles , et pai^ l'ancienne 






(1) Vie du cardiiiâl Dubois-) ei'llëm.-dè'la régence. 



\ 






LIVRE I- ' 403 

cour toute dévouée à l'Espagne, éprouvait des 
oppositions ^ et le régent lui-même était dans 
Tindécision. L'abbé' Dubois , pour hâter la signa» 
ture du traité , engagea Georges i**' à envoyer à 
, Paris, le secrétaire d'état Stanhope, lequel y vint 
en effet, au commencement de juillet 171 8, et 
Tabbé Dubois s'y était rendu lui-même pour dé- 
cider le régent , qui, à la fin, se laissa entraîner. 
' Il fut signé à Paris , le 1 8 du même mois , une 
convention préliminaire entre la France et l'An- 
gl^terre, qui levait tous les obstacles. 
' Ces deux négociateurs retournèrent inconti- 
nent à Londres, et y signèrent , le 2 d'août sui- 
vant , avec le baron de Pente^'ieder, ministre dé 
l'empereur , le traité de la quadruple alliance. 

Quoique ce traité ne fût qu'entre la France , 
l'Angleterre et TAutriche , comme Tes états-gé- 
néraux avaient pris part à sa négociation , et qti^ 
leur acce^ion' n'eut; lieu que Tannée suivante , 
il est connu danis.les corps diplomatiques sous 
le îiom de la quadruple alliance. 

Il porte daub le préambule , oc qu'il a pour^but 
n de rétablir la paix entre l'empereur et les rois 
p d'Espagne et de Sicile. » 

L'empereur devait consentir (art. Ill*) à re- 
noncer tant pour lui q\ie pour ses. Successeurs, à 
tous.titres et dro|l^3ur l'Espagne, dont Philippe v 
et se^ $<uccesseurs étaient reconnus rois ; et Phi- 
lippe v, desoûjCûté,.devait renoncer à tous droits 



464 VP PÉRIODE. 

et prétentions sur les Pays-Bad et les états d'ItaUe 
qjui avaient fait autrefois partie de la monarchie 
espagnole , ainsi qu'au marquisat de Final , et 
aux droits de réversion sur le royaume de Sicile ; 
mais on lui accordait ( art. Y) tout ce qu'il pou- 
vait prétendre sur les successions éventuelles de 
Parme et de Toscane ; et l'empereur s'obligeait , 
lorsque ces successions seraient ouvertes , d'en 
donner l'investiture aux enfans de la reine d'Es- 
pagne à qui elle$ devaient échoir. 

L'article VI dérogeait à celui du traité d'U- 
trecht , qui avait assigné la Sicile au duc de 
Savoie. Il portlait que ce prince la rendrait à 
l'empereur ,,et qu'en échange f on lui ferait céder 
par l'Espagne , les royaume et île de Sardaigne , 
dentelle s'était emparée par la voie des armes^ etc. 

La cour de Madrid furieuse d'un traité qui lui 
dictait des lois^ quand elle se proposait elle-même 
d'en donner^ s'attacha à empécher.la ratification 
des états-'généraux , et elle y parvint. L'ambs^s- 
sadeur d'Espagne à la Haye , le marquis de.Be- 
retti-Landi., .fier de cette réussite , fit même 
frapper à ce sujet une médaille ironique (i)- 



> ] 



(i) Cette médaille présentait un ch^r. portant les génies 
de rAutricbe , de la France et de l'Angleterre , tendant 
toutes trois^ la main à la Hollande assise sur un lion, tenant 
d'une main le bonnet dé la liberté , et de l'autre la quatrième 
roue , qu'elle re^sait de joindre aux trois autres roues du 
ehar. Au bas, on lisait : Sùtîi adbùc quamà d^icieme rata. 



1 • 



LIVRE I. 4e5 

IMfais ce' léger succès de l'Espagne ne latquB de 
courte durée , puisque les Provinces-Uqies ac- 
oëdèrent à la quadruple alliance , lei&deie* 
vrier de rannëe 17^9. . ; : ^.i r,»»* ... 

Le traite de la quadruple' alliance^afrétailiu-* t^xs. 
meur effervescente d'Albëroni qui ',' par goût quaSllpi/dî 
pour la cëlëbritë , voulait incendier l'Europe. ******* 
Ce fut l'àbbë Dubois qui eut le pidticipal hon- 
neur de ce traite , qui n'était sm: fond qu!une 
confirmation y ou une jsuite de célui'de la* triple 
alliance de l'année pîrëcëdente, . ♦ i j».; * 

Ce nëgôciateur ^ en quittant Léndres^y y laissa 
en qualité 'de cbargë d'affaires ^ le ^seac^ëtaire 
'd'ambassade^ NérloâultDeBtoucbes;, faoxhnreid'un 
esprit agréable , qui avait quitte le: service àà il 
était d'abord entré pour, suivre le marquis de 
Puysieus^ en Suisse; Le r^ent charmé de son 
talent pour le théâtre, l'avait <ldnué à l'abbé 
Dubois )^^tii le présenta au roi Georges ^ et^s'en 
servit utilement peur ses propres intérêts , en ' 
chargeant Destouches de £ftire recommander par 
le roi d'Angleterre , plusieurs de ses démandes 
au duc d'Orléans (i). 

Le duc de Savoie ^ Victor- Amédée 11 /adhéra 
au traité de la quadruple alliance , par un acte 



i • • 



(i) Destouches se retira d^ins la suite à la campagne. prèil 
de Meiun , avec une pension dé 6000 livres , et mourut en 
1754, non moins estimé par se» talens que par la modérai- 
lion de son caractère, 

IV. ^ 3o 



\ 



47a VP PÉRlOim. 

lant les. deux. branches de la maison de Bour- 
bàiit que la politique de Louis xiv avait si bien 
réunies, n'était qa un pot-pourri ^ une erreur et 
lui véritable aveuglement , qui faisait perdre à 
la France Voccasi on d'affaiblir la puissance au*- 
trichîenne. Mais les reproches et le méconten- 
tement du cabinet espagnol furent sans me«- 
sure , quand il reçut des piains du marquis de 
Nancré, envoyé extraordinaire du duc d'Orléans 
à Madrid , le projet de traité de la quadruple 
alliance 9 si contraire, à toutes ses vues sur Tlta- 
lie. C'est alors que la cour de Madrid toute oc-- 
cupée du désir de se venger du duc d'Orléans , 
chercha à lui faire qter les rênes du gouverne- 
ment. La légèreté et l'inconduite de ce prince 
favorisaient ce parti rigoureux*. Ce prince était 
dépouillé de la plus grande partie de sa côn* 
sidéra lion par ses mœurs dissolues-, et par la 
confiance qu'il donnait à l'abbé Dubois , à Law 
et à A^ d'Ârgenson. Le changement des mon- 
naies, rénorme 1 poids des iiApôts, l'humilia- 
tion du parlement et la dégradation du duc du 
Maine, avaient fait au régent une multitude d'en- 
nemis>dali8 toutes les classes. Le ministère espa- 
gnolicrut le^in^mehtvfayorable pour lui enlever 
une aàCoritépeu respectée, et il chargea de cette 
commission 'délicate le prince ^e Cellamare. 
CeluiKîi ^agna la duchesse du Maine, le cardi- 
nal die ' Folignac , des évéques 9 des magistrats.^ 



LIVRE I. 473 

et des seigneurs de la prenciière qualité. Il n'y 
eut que le militaire qui resta neutre , le duc 
d'Orléans ayant toujours eu pour lui , les plus 
grands mëuâgemeus. Le projet de la faction 
ennemie de ce prince, était de se saisir de sa 
perisonne la veille de Noël, à la messe de minuit, 
au moyen de trois cents personnes déguisées 
en gardes-du-corps , et de le conduire aussitôt 
en Espagne , pour l'enfermer dans une prison 
d'ëtat. , 

Pour atteindre à lexécption de ce desseiu 
hardi ,,ie prince d^ Cellamare fut obligé de mul- 
tiplier les copies des mémoires qu'il fallait dis* 
tribuer aux chefs de 11 révolution , /Ct de se.con- 
fier à des écrivai|3S mercenaires et inconnus. 
Un d'eux npmmé Buvat, alla tout dévoiler à 
l'abbé Dubois , qui donna pour instruction au 
copiste de continuer à travailler chez Tambas* 
sadeur'd'E$pagne,etde prendre la liste des con- 
jurés. Buvat fit «avoir un soir , qu'il avait copié 
en ^entier, le projet de la dévolution, compris en 
cinquante mémoires différens , dont il donna 
les sommaires ; et que ce . projet devait être 
porté à :1a coiir d'Espagne par' l'abbé Porto- 
Carréro , qui se rendait à Madrid. L'abbé Dubois 
fit suivre Porto-Carrero , et oti l'arrêta à Poitiers 
le a de décembre 1718. On trouva dans ses pa- 
piers, le plan détaillé pour ôter la régence au 
duc d'Orléaos* 



\ 



474 Vr PÉHIÔDE. 

Le prince de Cellamare , à la nouvelle de l'ar- 
restation dé Porto-Carrero , incertain encore si 
on avaitsaisi ses papiers , se rendit chez lé mi- 
nistre de la guerre, Leblanc , pour s'assurer des 
faits. Mais après une courte explication , le mi- 
niistre qui avait déjà reçu deS ordres du régent , 
dit à M. de Cellamare : « Suivez-moi , Monsieur ; 
» j'ai ordre de faire la visite de votre hôtel , en 
» présence de M. l'abhé Dubois et de divers of- 
» ficiers. Si vous obéissez de bonne grâce, il ne 
j> vous sera fait aucun mal ; mais si vous résis- 
ï> tez , de plus grandes forces sont prêtes pour 
» voussoumettre à la volonté du roi. j> L'ambas- 
' deur voulait balbutier qlielques paroles sur le 
droit des gens et les prérogatives de sa»per- 
soi^ne. D'un ton plus élevé encore, oa lui re- 
partit qu'il avait dégradé sa dignité ; en sorte 
qu'il fut contraint de suivre le ministre Leblanc 
et l'abbé Dubois , à l'hôtel de la légation d'Es* 
pagne , qui était déjà investi par un détache^ 
ment de mousquetaires. L'ambassadeur sou- 
tint d'abord avec gravité , la visite de ses pa- 
piers , qui fut faite en sa présence ; mais le dépit 
s'empara de lui , quand. on visita la cassette 
où il conservait quelques billets doux,' et il 
s'exhala en sarcasmes amers contre l'abbé Du- 
bois. Le scellé fut mis sur les papiers de l'am- 
bassadeur , et il fut lui-même consigné dans son 
hôtel, et confié à une garde de mousquetaires* 



LIVRE I. ^ 475 

Le prince dé Cellamare , sans se déconcerter ^ 
e'crivit le 10 de décembre, à tous les ministres 
étrangers à Paris, une lettre sur l'attentat com- 
mis en sa personne et sur l'ouverture de son 
secrétaire. Mais le a5 de janvier 1719, il partit 
pour Blois, sous escorte, et y resta jusqu'au 6 
de mars de Tannée suivante. . ^ 

Telle fut l'issue d'un projet supérieur aux ta- 
lens et au génie du prince de Cellamarre (i). 
ce Ce n'était guère qu'un simulacre d'ambassa- 
» deur. C'était un de ces hommes taciturnes par 
» caractère plutôt que par prudence ^ dont le 
» corps et l'esprit étaient aussi embarrassés que 
» pesans. II n'avaitd'autre talent queceluidebien 
» représenter , entendant à merveille lecérémo- 
2> niai des ambassadeurs ; mais sans aucune des 
30 qualités nécessaires au chefd'uYi complot aussi 
30 hardi que celui dont il s'agissait. Il recevait 
» indistinctement tous les mécontens de la ré- 
» gence ^écoutait les griefs, promettait sa pro- 
30 tection ; il allait au nom du roi d'Espagne re* 
D chercher les grands, et sollicitait leur amitié, 
» sans s' apercevoir que cette conduite devïiH: 
I) donner dessoujpçonset des înquiétudesiirabbe 
» Dubois , si habile dans l'art de dévoiler une 
» intrigue_. so 

Avaht qu'on eût arrêté le prince de Cellamare, 

( 1 ) M <5m. du maréchal de Richelieu. 



4:6 VP PÉRIODE. 

le cardinal /iberoni avail donné ordre .au duc 
de Saint-Ai^an , ambaaaadeor de France , de 
quitter Madrid dans vingt-quatre heures. Le duc 
de Saint-Aîgnan partit. Le cardinal ayant appris, 
sar ces entrefaites ; Tarrestation du prince de 
Cellamare , envoya des gens à la poursuite de 
Tambassadeur de France pour le ramener. Ce^ 
lui-ci , qui soupçonnait les intentions du car- 
dinal I ne fut pas plutôt arrivé sur les frontières 
de la Haute-Navarre , qu'il gagna , avec la du- 
chesse son épouse, sûr des mulets , St. Jean-Pied- 
de-Port , en laissant , dans son carrosse , une 
femme et un valet de chambre inteiligens , avec 
ordre de se faire passer pour Tarabassadeur et 
Tambassadrice y au cas qu'on vint les arrêter , 
et de crier bien haut contre la violence qu'on 
leur ferait. 

Les gens que le cardinal avait envoyés à la 
poursuite de l'ambassadeur , joignirent bientôt . 
l'équipage. Les prétendus ambassadeur et am- 
bassadrice jouèrent très bien leur rôle , et ceux 
qui les arrêtèrent les ramenèrent à Madrid , 
pleins de jore de cette capture. Quand Alberoni 
sut qu'il était dupe , il en fut très mortifié. Le 
duc de Saint-Aignan continua heureusement sa 
route , et parvint en France sans accident (i). 

(i) Le duc de St. Aignan passa à l'ambassade de Rome en 
1729, et il en revînt en 1741. Il mourut en 1776 , âgé de 
quatre-vingt*^douze ans. 



LIVRE I. 477 

Maïs le ptocëdé d'Alberoni n'en fut pas moins 
jugé indécent et contraire au droit des gens, 

A l'instant où le cai'dinal s'opoupait à faire 
arrêter le duc de Saint-Aig^an , il écrivait au 
prince de Cellatnare , tin billet , dans lequel il 
lui disait pour le rassu|*er : <c Que ce qui s'était 
>> passé , à l'égard du duc de Saint-Aignan , ne 
» dçvait, en aucupe manière , être un exemple 
» pour en user de même envers lui ; ... . Qu'il 
» avait été nécessaire de prendre ce parti , parce 
jf> qu'il n'avait plus dé caractère, et à cause de sa 
» mauvaise conduite ; - - 

» Votre excellence /disait le cardinal , conti- 
» nuera d'être ferme à demeurer à Paris , et elle 
» n'en sortira que lorsqu'elle y sera contrainte 
» par la force. En ce cas ,' il faudra céder , en 
» faisant auparavant les protestations requises 
» au roi très chrétien , au parlement et à tou3 les 
» autres qu'il conviendra ,sùr là violence que le 
» gouvernement de France exerce contre la per- 
» sonne et le caractèrje de votre excellence. Sup- 
» posé qu'elle soit obligée de partir, elle mettra 
^ » auparavant le feu à toutes les mines. » Cette ex- 
pression indique la violence des desseins arrêtés. 
Le ministre des affaires étrangères , fit passer, 
le io de décembre « au corps diplomatique , la 
circulaire suivante , au sujet des mesures de ri- 
gueur que la cour venait de prfendre envers 
l'ambassadeur d'Espagne. 



j> 



48o VI« PÉRIODE. 

ment , d'aller à la cour ; et ce ne fat que lors de 
la découverte de la conspiration de Cellamare , 
qu'H se rapprocha du duc d'Orléans. 

Cet ambassadeur était d une fierté qui dégé- 
nérait quelquefois en arrogance , même. eny ers 
Louis XIV, et le ministre Tor ci (i) ; confondant 
ainsi la hauteur et la dignité* Néanmoins , il 
savait , dans l'occasion , cacher ce caractère al* 
tier'sous des formes insinuantes , et on lui par- 
donnait quelques écarts en faveur de ses talens 
et du zèle pour la cause de son maitns. Il acquit 
Tamitié du duc d'Orléans , et uhit intimement 
les cours de Londres et de Versailles. 
1719. La coliduite de la cour d'Ei^pagne, à l'égard 

ae la Fnnce du duo d'Orlésus ^ devait amener la guerre. Le 
cOTtM ifii- g j^ janvier 1719 , il parut un manifeste (2); 
dans lequel on résumait les divers refus fakspar 
l'Espagne, d'accepter les propositions de paix 
entre elle et Tempereur , sous prétexte que ces 



r 



(1) On trouve dans quelques ouvragés , que M. de Torci 
menaça M. de SiSilts de ^le faire jetet par le^ fenêtres. Ce 
firopos n'est pas assez avéré pour 'être cité avet' confiance; 
il n'est p(^int 4*aiU|wrs dans le caraetèi^e doux et timide de 
M. de Torci, qui savait que quand' un anibassi^d^iir , par 
abus de son privilège, s^oublie envers le souverain ou son 
ministre , on demande son rappel , ou l'on déclare qu'on 
ne le reconnaît plus pour ambassadeur. 

(à) Ce manifeste fut attribué à Fôntenelle', àmi de l'abbé 
Pubois \ il sent la touche fine et modérée de cet écrivain. 






tIVRE I. 48i 

propositions détruiraient Féquilibre :de l'Italie : 
<c Cooime si , disait le manifeste , le désir d'un 
1» équilibra plus parfait ,. méritait qu'on repion- 
» giçàt les peuples dans les. horreurs 4'nne guerre 
f> doiU ils ont tant de peine à se remettrç : 
» comme si rétablissement d'pn prince dç la mai- 
» son d'Espagne , au milieu des états d'Italie ; 
» les.born^que l'empereur s'est prescrites par 
p le traité d^ la quadruple alliance; la garantie 
» dç^tant de. puissances ; l'intérêt invaritable de 
» la France ^ de l'Espagne et de la Qf ande-Bre- 
i> tagne , soutenu de leurs forces maritimes ; tant 
> de ^Aretés. enfin ,, laissaient regretter.un autre 
]» équilibre* 1^ » 

Ou reprochait au ministre espagnol « de ne 
)> s^étre rendu inaccejssible à tout projet de.paix, 
» que par(ve jqu'il eûjt vu par4à , dejou€ir 1^ com- 
» plot qu'il avait formé de soulever la France 
j» contre , la Fr^ncç. , d'y ménager des rebelles 
» dans tous les ordres de l'état , de souffler la 
» guerre civile dans le sein de no^ provinces y et 
>i d etr« enfinkvy pour nous , le fléau du ciel ^ en 
» faisant éclater ces projerts séditieux, et faire 
y> jou^r cette mine qui. devait , selon les termes 
» de la lettre de l'ambassadeur , servir de prélqde 
3» à l'incendie , en récompense des trésors, que 
D la FranciÇ avait prodigués , et du sang^qu'elle 
» avait répandu pour TEspagne. ; 

La cour de Versailles publia , le lendemain de 
IV. 3i ^ 



•i> 



ftàa VP PÉRIODE. 

la publication du ihanifesté , une déefaratiôn de 

guerre contré TEspagriè , dans laquelle elle disait 

« qiie cette puissance , en Violant les traités d'U- 

9 trecfat'et de Bade, avait* détruit, en un mo 

» ment) toutes lés espérances dê'paix, et fait 

» craindre le retour d'une guerre aussi sanglante 

» et aussi opiniâtre que celle que ces inêniés trai- 

» tés avaient terminée; quesa majesté trêà'chré- 

D tienne n'avait rien négligé pour arrêter le feu 

» que lIEspâgne allumait ; et que , de concert 

» avec le roi de la Grande-Bretagne j elle avait. 

» employé tous ses bons offices pour ménager 

» entre Tempereur et le roi d'Espagne, unàccom- 

» modement aussi avantageux qu'honorable au 

D roi catholique. • . • mais que , comme* on ne 

» pou voit s'assurer que le ministre du rold'Es-' 

» pagne modérât l'ambition de ses projets, et 

» qu'il n'était pas juste que le repos de l'Europe 

j) fut troublé après tant de nombreux jefforts de 

» S. M. T. C. et du rôî de la Grande-Bretagne 

» pour la paix , la cour de Versailles se voyait 

-)!> contrainte , par le traité de ta quadruple al- 

» liancé , de déclarer la guerre au roi d'Espagne; 

2> mais en le conjurant de ne pas refuser là paix à 

2> un peuple quil'avait élevé dans soilisein, et qui 

» avait si généreusement prodigué son sang et 

» s^is biens pour le maintenir sur le trône, comme 

» il l'avouait lui-même dans sa déclaration du 

9 gdé novembre dernier, etc. » 



f 
( 



tIVRE I. 4M 

La cour de Madrid avait tort de réclamer en-? 
bore contre l'indivisibilité de la monarchie espa- 
gnole , pour colorer l'attaque de là Sicile et de 
la Sàrdaigne. Aucijin état n'est indivisible de sa ] 

nature. Si <;e principe était admis, il serait pro* 
pre à tous , et aucun d'eux ne pourrait faiçe des 
acquisitions même pour une cause juste , aux ^ 
dépens d'un autre ; les états ne se sont accrus 
que par les armes et les traités. Le sort des armes , 
daqs la guerre de la succession, avait été défa-<- 
vorable à l'Espagne, et des traités avaient sanc- 
tionné ses |)ertes. C'était dodç sans fondement , 
qu'elle venait leur opposer des raisonnemens 
abstraits et faciles à réfuter. L'Espagne avait un 
tort particulier envers la France , c'était d'avoir 
cherché à y faire une réw>lution éversive du 
pouvoir du régent , lequel était légitiiâe sous 
tous les rapports. . ^ , 

Le manifeste de la France fut bientôt suivi de 1720. 
la formation d'une armée qui, sous les ordres i4«pag«e"àu 
du maréchal de Berwick ,. se porta,, en 1719, sur q^a^'^p*' *^ 
les frontières d'Espagne, et prit la mémie année 
toute la province de Guipflscoa , le port du Pas- 
sage , Fontarabie , Saiut-Sébastien , la ville de 
Tôlosa et celle d'Urgelen Catalogne ,. tandis que 
les Anglais faisaient la conquête du port de Yigo 
en Galice. Le roi d'Espagne qui semblait îi*être 
venu sur la frontière , que pour voir ces revers, 
trompé dans l'espoir qu'il avait fondé sur la 



484 Vr PÉRIODE. 

défection des troupes françaises ^ proposa une 
trêve qui fut acceptée. Pressé par les états géné- 
raux d'accéder à la quadruple alliance, il s'y 
résolut ; et son ministre , le marquis de Befetti- 
Landi, en signa l'acte, le 17 defévrier 1700, avec 
le comte de Wîndisgrafz , ministre de l'empe- 
reur , avec le comte de Môrville , ambassadeur 
de France, et avec le comte de Cadogan , mi- 
nistre plénipotentiaire d'Angleterre. Cette acees* 
slon si vivement exigée^ fut l'équivalent de la 
paix , et il n'y eut point de traité formel entre la 
France et TEspagne. 

Avant que l'acte d'accession fût terminé, Phi- 
lippe V avait congédié le cardinal Alberoni, sur la 
demande des cours de Londres et de Versailles. 
Celles-ci avaient envoyé le maréchal de Tessé en 
Espagne, pour cet objet (i). L'abbé Dubois mit 
beaucoup d'activité à faire disgracier Je cardinal 
Alberoni , quoique l'identité de leur fortune sin- 
gulière eût dû amortir leur animosité.^Mais on 
a remarqué que lès hommes parvenus étaient 
plus haineux et plus jaloux les uns des autres, 
que les tomtqes nés dans des conditions élevées. 
La postérité verra Alberoni sous deux faces op- 
, posées , ainsi qu'il arrive souvent aux hommes 



aUMl#«M 



, (i) Jj^mVitéch^l de Tessé rerint de Madrid, le 7 de mar» 
1 720 ) rendit compte à Ja qourde sa mission , se reti^ra dans 
«a maison des Camaldulesde Grosbois , et j mourut le.3o de 
mai 1726, âgé de soixante-dix ans. ^ 



tlVRE I. ' 485 

dMt^tw^i^Nl imbrouUlpn imprudent^ i^orairt 
la science du cabinet; ou fut-il un politique 
profond V qui. ne dut s^ chute et ae» reyers qu'à 
sa mauvajise , fortuite et. à des éyëneméris inat-r 
tendus? c'est ce qu'il n'est pas facile de dëci^ 
dep.(i.)-, .. ; . : , 

: .Ladis^acedu.c^rdiQAlAlberoni'^etraccession Traii.i ^ai. 
par. lafso.ur dei.Madri4îfii)aquMFu|)le alliance, rË^gn7«t 
lEiYpris^çui U c0Qclii|sion du tinaité d'alliance tt^^*^ 
diçfen^iye.^ç U^ijnAt d|Ji,i5 de juin ij%i^ 

L'^F^içle^ fl^pcf tî^it^g^r^ptie. n^utuelle entre le$ 
ti;Qi*:PW»siapc« ini9i}fklfi^,9PJB et états qu'elles 
pffsçedaient., ça qMelq^e:partie du monde qu'ils 
fussejE^t s^lpés; en sorte que si elles itaient atta** 
qnëe», icantrece qui avait ë té-résolu aux traités 
d'U.tred;i|. et de fiade, et, contre les traités de 
Londres, et les stipulations qui auraient. lieu au 
congrès de Cambrai , elles se secourraient luur 
taelleipent jusqu'^tCf^.^ue le trouble eiit cessé. 

Vm^^ jyfiaçait^lft^. quotité d^s secours que 
leurs, ;iq9J^tés très çbréJ»ienpe , catholique, et' 
br.it.^çniqiie 9 devaient se fouxnir, etc. 
. Lcis plénipotekitiaires furent pour la^Ftranoe y 



«Il " ■■ 



(i)Le cardinal Alberoni , d*abord mb eu accusation à 
B.ome , comme prévenu d'inielligences avec la t^orte , ^ut 
entièrement déchargé en 1722. Il obtint^ "en 1785, la léga- 
tion dé Ra venue, et échoua: dans le dessein de soumettre au 
pape la ré^ubliq^e de-Saint-Sfarin. Il mourut en 1751 9 ugié 
de quatre-vingt-huit ans. 



486 Vr PÉRIODE. 

Andraait -de Langeron , marquis de Mâulevrier, 
ambaMadeur en Espagne; pour TAngleterre, 
Guillaume Stanhope, ambassadeur de sa cour; 
et pouv FEspagoe, le marquis- de Grimaldo , se- 
crétaire d'ëtaé. : î • : ' 

Charles xii ayant ëtë tué au siégé de Fifiêdlris- 
17M. r chshallyle x i dedécembretti^lS, sontronèëbranlë 
u$uèae«tMt étaitpassé àlarèineUlriqiieâlëonore/LaFi^an^ey 
u oédiatfoft toujours «afleetipnnee etiTers la-' Suéde,' se porta 
pour médiatrice entre elle et ses ennemis, et leur 
fit sentir Qu'ils n'avaient- tien* à sedotiter ni de 
l'épuisement de la nation'suédbise y ni du carac- 
tère de sa souveraine. En conséquence , paf les 
démarches du résident de France eh Suède i 
M. de Campredon , la paix fût conclue à Stock* 
, holm y entre lâ reine de Suède et le roîîd'ADgJe- 

terre, comme électeur d'Hanovre, léaffdeno- 
vembre 1719. • . ^ 

Un traité de paix fut également signë'lè ^i de 
jaqvier 1720 , à Stockholm , entre la Stfèâe et la 
Prusse ; celle-ci s'engageant à ne doniier aucuii 
secours au czar , qui paraissait méditer; une atta- 
que contre la Suède, sous prétèxi;e de$ diroits 
héréditaires du duc de Hoistein. M. de Cam- 
predon et lord Cartéret , ambassadeur d'Angle- 
terre, furent médiateursde cette paix. Les mêmes 
ministres ibénagèrent la paix entre la Suède et 
Ijs Danemarcky laquelle fut ^signée le 3 de juin 
lyao. ^ i * ■••-■ ■•' • i 



au roi. 



'I 

LIVRE I. 4»7 

Ces trois traités étaien^t un grand bienfaîtpour. 
1 e nord , mais un plusgrand bienfai t pour la Suàde^ 
heureuse de respirer enfin,, après tant d'annéf s 
de désastres appelés sur elle par ropiniâtrfs té- 
mérité de Charles xiïl. ' ; . 

La Porte ayaqt riBndajt.à la sollicitation de S7»i- 
1 ambassadeur de France , ui^alcherif ^ qui re- ae u Porte 
mettait^en possession^des lieux saintsiesqatho- 
liqyes, latins , elle prit occasion de cette fav^r 
poui: envoyer au roi , en 1721 , un ambassadeur 
extraordinaire, lequel fut Mehemed Celeb-ef-? 
fendi f le même qui ^vai.t.déjà traité la paix à 
Passarowitz en 1718 (1). Le motif réel de son 
ambassade était de balancer lés liaisons M^mes 
que le.czar Pierre i*' voulait contracter «iec la 
France.; eteiiinéme.t,e;99p^,4'obtenir,par le cré- 
dit d^ cette dernière puissance, que Tordre de 
Malte renonçât, à la cqunse sur les sujel5.de la 

L'ambassadeur eut, le 2 1 de mars, son audience 
du jeune ,rpi , à qui il dit : « ^e|le glpirern'^est-ce 
j> pas poqr moi 4'avoir été revêtu d'une dignité 
» qui me procure l'honneur de voir la face d!un 

^—^— <■»»—■*■ I I I ^ I I il «i* n j I II III — *wp— Il r i r I 

(1) On fit frapper une médaille au sujet de cette' am- 
bassade. 'Le roi est sur son trôné, recevant l'ambassa* 
deur. L& légende : Splendor nominis galUci (k* gloire du 
nom français) ; Texergue : Orator Jmperatoris Turcarum.^ 
1721 ( Tamba^deur du sultan dès Turcs 9 1721 )«. 



488'^ VP i^ÉRIODE. 

» SI grand empereur et d^an soleil si brillant et 
9 si majestiteux dès son* lever! ie souhaite qu'il 
y daigne répandre sur moi les rayons les plus 
9 doux , el 4ue ma personne pufsse lui être agréa- 
p ble. o Le maréchal de Villeroi, faisant , en sa- 
^ualllé dé doyen deS'màk*ééhàux deT't^ancè, (onc- 
tion de eonnétabM^ répôttdit , pour lé roi , quel- 
ques mots polis.- ' ^ '• 

Deux jours après, rAmbâssadeùr eut andience 
du régent , qu'il harâilguaavec bèafùcoup de no- 
blesse. Il passa ënsuite'à' cette du cardinal Dubois, 
qui^ Itfl donna une coUatitin sur des tapis de drap 
d'of. ï i; 

L'^M|yassadeur présenta au roi un cheval ri- 
cheraent^nharnaché, aVec un sabre garni de 
pierres finies ; ail fégètit; tin tehetàl d'égale beauté, 
et il fit ap|>orler prfr des"ékclaves, trois manteaux 
d'h'ermineV dont ^n^^Ôtir te roi, TauCi^e' pour 
le régent, et le troisième, pour le ministre des 
àflaiïèS^éét'angèrés; ' 

L'âitibâssadeiinVatisIes entretieil](s et discuâ- 
siDhs'qu*il' elit avec êe dernier, témoigna une 
franbhisé pleine de seiis, qui contrastait avec 
les* rases -et les faux^^fuyans d» cardinal Du- 

„. Cl6t ambassadeur , se idîsposant à partir pour 
retourne^ près de son souverain , fut étonné que 
le ministre des affaires étrangères, ^ qui il avait 
fait visUé en arrivant , ne la lui euf pas rendue^ 



tlVRE ï. ^^ 

quaiqtf'il l'eût acinoncë depuis long- temps (r). 
]M!ehemed ayant demandé à rinlerprète , quand 
il la recevrait ,' celui-ci lui dit , après avoir vu le 
cardinal , « que les occupations de ce ministre ne 
lui avaieQt pas laissé le temps de s'en acquitter ; 
mais ^ue nonobstant cela , il iespérait que Tam- 
bas^adeup ottoiMin irait prendre congé deiui. >» 
Mehemedrefusantdeprendrecongé,avantd'avoir 
reçu 1> visi»tedâ ministre , rinterprèle lui dit que 
le rnitïisire prenait le titre deDisir; et qu'en cette 
qualité il ne pouvait pas le voir, parce que les 
vifiirs n'allaient point visiter les ambassadeurs 
français près là Portée Mehemed répondit « que 
» -si là dignité de son ^emploi retnp^chait de veiiir 
•à:'Cbez luï, il ae croyait pas pourquoi il allait chez 
5> l^'amba8$adèu<rsj:Ie l'empereur , d'Angleterre 
3>: et dé Hollande^^quHl attestaitpar-là, qu'il n'était 
*i> pas d'un rang à ne pas rendre de visite à des 



* ■■• irfi 



«é «■ > ■«■ 



ti) Extrait de la relation de Tambassade de Mehemed 
'iSIfend! ; inannscrV de la bibliot. dé l'AViènal' 
1: 'Cette relation a , par sa nsnveté^ sa franchisé et Ié«fohds 
ide la/ nftrratioh , un çailactèFe ttèa anthentique^ Il est yr^ i 
<|ae les. Ilnrcs: écc^v^nt .rarement ; . puais . le nombre, de ma- 
nuscrits qu'on trouve ch,ez eux, atteste qi^jet.fiaus plu- 
sieurs occasions , ils ont cru devoir jeter sur le papier , non- 
seulement des idées morales et théo'cratiques V i^^'S be'eù- 
coup de faits hîstoriquies, Mehemed 'était personnellement 
un- homme instruit'; et il 'devait compte à sa cour de son 
ambassade. 



Ago VPwPÉRIODE. 

9 ambassadeurs, et qu'ainsi tl persistait à attendre 
» la sienne. » Mehemed ajouta de plus, qu il n'y 
avait poiçt de parité entre la dignité de ministre 
des affaires étrangères et celle de grand- visir; 
que celui-ci n'allait point, il est vrai, chez le» 
ambassadeurs; mais qu'à leur arrivée à la Porte, 
il leur dopna.it un repas splendid|, à la fin duquel 
il faisait distribuer à leur suite des caffetans , et 
leur faisait présent à eux-mémes^, d'une pelisse 

/de msirtfe zibeline , et d'un beau cheval harna- 
ché , et qu'il pratiquait la même chose au départ 
des ambassadeurs, a Si le cardinal, poursuivit 
» Mehemed , avait suivi cette méthode, je n'aa- 
» rais rien à dire; mais tant s'en faut :je nai 
9 pas mangé une bouchée de son pain. Je conclus 
» de là qu'il ne ressemble pas du tout à notre 
» grand-visir. : s'il se dit son ^ai , qu'il limite 
9 en tout , ou.qu'il vienxie me voir; sinon , soyez 
» sûr que je n'irai point prendre congé de lui. » 
Le cardina^à la fin . consentit à faire savisite à Me» 
hemed. Celui-ci fut prendre le lendemain, congé 
de Ijii, et il raconte ainsi la dernière entrevue 
qu'il eut avec lui ,' qui est précédée du réck 

, suivant : « Nous nous étions vus trois fois; et 
» dans touties nos conversations , il n'avait pu 
» s'empêcher de ne me dire que des mensonges ; 
J^ il m'avait méine menti de p.ropQsdélibése^ sur 
» une ou deux choses dont je l'avais prié; en- 
i> tr'autres choses, quelques-uns de mes amis 



LIVRE I. 491 

» m'aVâient chargé, à mon départ de Constan- 
1» tinople, de m'informer de certains esclaves. 
x> Quand j'allai prendre congé du ministre des 
1» affaires étrangères , étant prêt de me retirer , 
ji je voulus voir> quel nouveau mensonge il me 
9 édifiait fie jour- là\ Pètkr cet effet , je lui deman- 
3rdaii|uelle réponse je pourrais faire à mes amis 
3^>de. CoaistantiDap^le , lorsqu'ils me demande^- 
3» 'i^aaient dea nouvelles des esclaves ? j) 

« 

« La peste qui Tàgne à Marseille , me répli- 
» qua-t-^l , est cause qu'il n'est point encore venu 
9k de; *répo«sé $ mais* je crois qu'elle est en ehe- 
3y^.mm,-et VOUS! pouvez être a^sui^^ «[u'aussitôt 

> qu elle sera arrivée^ je vous eii ferai p^rt. » • 

> >c<iJe m'étais proposé dfe demandée au .ministre 
^pf|r quel crime, malgré la bôiine intelligence 
»iqui régnait eatreilesdeMx Em^ire^^'On ne rom- 
lopait pointles^ers des^eàclaves t'ûrcsqui étaient 
01 en* France ; et je;m'étais<bien garde' de rien 
9* dire à l'interprète qwl pût lui faire soupçonner 

^ W mon dessein, afin que n'en pouvant pas pré- 
^j8. venir ile ministre ^celui-ci nepréparât point 
» dp réponse-, et qi|e je pusse lui feire cette ques- 
1» tton à l'improviste'. Ainsi , aprèa sa dernière 
yt réponse, je pris un air grave, ejtlui dis ; depuis 
Dque je suis arrivé dans ce pays , j'ai appris 
9. beaucoup de choses que j'ignorais, et les en- 
D trevues que nous avons eues ensemble , ont 
D résolu plusieurs de mes diffîcuUés ; mais il 



>, 



49» yPwPÉRIODE. 

9 ambattadeon^elqn'ainsi il penis^ 
» la sienne. » Mehemed ajoata de f^^ <^ 
avait poipt de parité entre ladif^ '^ '^ 
des ^affaires étrangères et <^^ ^^ % 
que celui-ci n'allait point, \*^ ^ <6 ^ 
ambassadeurs; mais qu'aie^ \ %. ' 
illeur dopnait un repas sp ^ V '^'. 
il faisait distribuer à lep\ ^\ " \ 
leur faisait présent à e^ 
/de martfe zibeline , ^X ^' 
ché , et qu'il prati<p % 

des ambassadeuiy^, 

» Mehemed , av? "", 

9 rais rien à d^ ^ 

9 pas mangé f 

» de la qu'iï' ' 

» grand-vi^i • 

» en tout , ' 

> sûrqu. \ 

Lecarc* \ 

heme^ 



-• 

^ 



r vos 
j elles 



vage 



dit qu'ils 

ontnire ils 

r nous, lui re- 

jiaves des deux. 

mille écus , pour 

vies mêmes alimens 

JiUés ^lopram^nt ^ ; et 

» yisepefidant cinq ans, ou 

Lous leur donnons la liberté 

^os nos. créatures ; taudis qu'il 

.as requêtes des esclaves, turcs qui 

1 L: Vous , par lesquelles je juge qu'it 

, qui sont depuis trente, trente-cinq et 

ante ans, dans 1^ fers. Pourquoi ne point 

c» dâivrer? conyieot-il de faire souffrir sans 

sujet , une si dure servitude >à des amis ?Pour 

y^ nous , en considération de Tamitié que nous 

» professons pour la France , nous n avons au^ 



deU 
qu 



SU 



LIVRE i; 4^5 

^^À jHitre nûroir moyeu , quatre 

^ ^ Voiiinerîe , de la valeur de 

^ '^ ^ •. . 'Hâix /girandoles , des 

^ <> • ^ "•'H., ^uhies de bois des 






^ ^"'flfc * -.. "'a«ne » etc. Il 

\^'^^'^^ '.... -loplclais- 

X ->. %, -^^ ^ en aller, »^-- 

^ *'^ 'î^-^ r. ^ cela , lui té^^ 

, • . </^ V ne voulez pas \^ ^,j^ 

*'. ^ <^^ "^-^ d'un chacun , afin qu^ L 

'" . "• K^ '• est-il marchand d'escUve$ 

.^ jur en vendre à prixd'argent? 

js he voulez pas leur donner la 

|U'on' les délivré pour dé l'argent ? 

.son avez^vous pour ein agir aussi in* 

dnt envers vos amis^ lê^^à A ces mots y 

aiistre poussé à bout ^ lâeha t écluse de son 

jsejvoir de mensonges^ et médit , queleseècla^ 

» ves n'appartenaient point au roi ; mais que les 

)> capitaines les achetaient de leur propre argent 

» pour s'en servir. -— Et vous , vous «e les en 

» empêchez pas, lui dis-je ? •*-* Le trouble où je 

9 jetai par-là le ministre , inspira un tèle de re« 

» ligion à l'interprète , qui , pour venir à son 

». secours , me fit cette sotte question :'-^ Quelle 

» étrange diiose ! mé 'dit-*il ; le roi est-^il maître 

» de la bourse de ses sujets ? -^ Là^dessus , je de- 



^wv^90^tm0^9090tf9^^fV ^ ^ ^ *0^* » * timm^nfti*i m 0tf*i *mm 09éf0%mm^i m M^^^^i^^^M0tnM**f*^f 



TABLE CHRONOLOGIQUE 



« • 



DES 



TRAITÉS ET ACTES DIPLOMATIQUES 

9 
w 

DE LA FRANCE, 
Depuis Vannée i66ijusquen i'j^4' 



1681 . Acte de foi et hommage rendu au roi de 
France par les comtes de Linange et d'I*- 
sembourg^ pour des teHres relevant de la 
couronne. * 

A Metz /le a8 d'avril. 
J^qjr. Dumont , t. VII , pag. 1 1 . 
1681 . Convention entre le roi et le duc d$ Man- 
toue , sur divers objets , et pour confirmer 
les anciens traités. 

A St.-Germain-en-Laye , le 16 de sept. 
Idem, 
1 68 r. Articles proposés par les préteurs, con- 
suls et magistrats de la ville de Strasbourg^ 
pour la soumission de cette ville au roi, et 
* acceptes par le marquis de Louvois et le 
baron de Montclar, commissaires de sa 
majesté. 



DES TRAITÉS. 497 

t  Illkirck, ie 5o de septembre. 

Idem. ^ 

% 

t68ii. Articles €t conditions.de paix entre Louis ' 
XIV et l'empereur de Maroc , Muley-Is- ' 
mael , avec la formule du passeport doat 
les vaisseaux français devront être mùdiâ, 
et celle du certificat du consul de la na« 
tion française, à Sajé. 

A St-Gefraaih-en-Laye, le ig de janv. 
t^ojr. Dùihont, t. VII. 

i683^. Convention entre la Pràiice et TEspagne 
tovichant la liberté de la pèche et de la na- 
vigation, pour leurs sujets respectifs^ dans 
la rivière de Bidassoa. 1 

A Madrid , le 1 9 d'octobre- 
Idem. 

1 684. Contrat de mariage entre le duc de Savoie^ 
Victor*Amédéef , et la princeiise Anne, fillé 
de Philippe > duc d'Orléans, frère unique 
du roi< 
A Versailles , le 9 d'avrih 

Idem. ^ 

1684* Traité entre la Franee et Alge^ ^ portant fa* 
cuUé aux Français, de s'établir au basHon 
de France j en Barbarie. 

A Alger , le 2i5 d'avriL ^ 

idem. 
i684. Articles de la paix accordée par le dheva- 
IV- 3a 



i 

* 



V 



49» TABLE 

lier de Tourville , au nom du roi , à la ré- 
gence d'Alger (i). 

A Alger, le a5 d'avril. 
Idem. 

I €84* Déclaration de guerre du roi aux Génois. 

Au camp de Tulin , le 1 5 de mai. 
Idem. 

ï684. Traité entre Louis XlV et les Provinces- 
Unies ^ pour procurer' une trêve entre la 
France et TEspagne. 

A la Haye ^ le 29 de juin. 
Idem,. 

i684- Traité de trêve pour vingt ans, entre 
Louis xiy et Fempçreur Léopold. 
A-Ratisbonne , le i5 d'août. 
Idem,. , 

1684.. Traité de trêv^, poi|r vingt ans , entre 
Louijs xiy et le x^\ d'JËsp^gpe. 

, A Ratisbonne, le i5 d'août. 
Idàm. . 



^i)Jl cdnt^ent d'observca^ que la forme des traités arec 
If^^barbt^^f^uçf^ lest, ea'gço^ral , différente de celle des 
^traités avec les autres. pui|^o<^s ^i^ropitoaiies. Le roi ne 
traitait point formellement av^c les barbaresques 9 mais au- 
torisait à traiter avec eux , une personne qui parlait presque 
en son nom : le roi , semblant trouver au-dessous de sa di- 
gtût4.9.de ^ mettre en ligne a\!ec l^ barbaresques. 



DES TRAITÉS. 499 

iG65. Diëcl^ration de Louis xnr en faveur des 
Hollandais , pour habiter en France , sans 
être réputés Aubatns. 

A Versailles, le 9 de janvier. 
Idem. 

i685. Articles de pt^ix accordés par le roi à la 
république de Gènes. ' 

k Versailles , le i â de février. 
Idem. ^ * 

1 685 • Articles et conditions de paix accordes par 
L'amiral et maréahar d'B^trées , à ki ré- 
gence de TripoU. 

A TripeiU , le 9^ de juin. . ' 
Idem. 
i685. Trailjéde paix cl^^cenl ans, ay?c lei:Q}rai^ne 
de Tuni§. . ^ \ .... 

. : A Tuni* , l? 3a 4'Mt. 

i685. £dit4oJU)ii]« xiTJrévoquantrédit^.de Nan- 
tes, et défenda^tt l'exercice: pi^HJLc de la 
religion réformée dans le royaume* . . 
A* Fontainebleau, octobre- 
• Idem. 

168^. Traita .d'aiai(ié entre Louis liv et le rqi de 

Siaih. 

>■ • 

A Louvo, le 10 de décembre. 
Ideni, 

1686. Traité de neutralité entre Louis xiv et 



I 

.1 
I 



I 



u 



N. 






Soo XÂBLE 

Jacques ii , roi d'Angleterre ^ touchant 
leurs possessions ea Amérique* 

A Londres, le 16 de noyembre* 
Iflem. 

1687. Traité entre Loyîs xnr et Charles 11 , roi 
d'Espagne , au sujet des poteaux planté» 
près de Namur. 

A Philippeyille , le 4 de janyie^. 
Idem. 

1^87* Traité provisionnel concernant VAméri- 
,que> entre la France et l'Angleterre.- 

A Withall, le 1 1 d'octobre. 
Fqy. Mémoire des commissaires au su-> 
jet de TAcadie , t. II. 

r686. Déclara tron delà cour de France an pape^ 
au sujet de la franchise des quartiers a 
Rome , et de réfection du prince Clément 
de Bavière à l'électorat de Colôgiie. 
.• *^ » A VersaiHeà, le 6 de septemhi^e. * • 
•• /^qr.Dumo'nr,'t:'Vir. * ;^ 

1688. Manifeste de la France contre reinpéreur* 

A Versailles y le 2i4 de sept^p^bre. 
Idem. 

i688. Réponse de l'empereur Léopold aii précé- 
dent manifesté.,, 

A Vienne, le 1% d*octobre» 
Idem. 






' ■ % 'i . .; ': '^'1; 



DES TRAITÉS. Soi 

; 1688. Déclaration de guerre de Lonis ziv aox 
Hollandais. , 
A Versailles, le 16 de novembre. 
Idem. 

1689. Déclaration de guerre de Louis xiy à l'Es- 
V pagne."* 

A Versailles^ , le 1 5 d'avril* * 

Idem. 
168g. Déclaration de guerre de l'Espagne à la 

France. 

A Bruxelles, le 3 de mai. 

Idem. 
1686. Traité de «eutralité entre Louis xiv et le 
Corps helvétique. 

A Bade en Argaw , le 7 de mai. 
Idem. 

1689. Déclaration de guerre de Guillaume m, 
roi d'Angleterre, à Louis xiv. 

A Hamptoncourt , le , 1 7 de mai. 

Idem. 
1689. Traité de paix entre la France et Alger, 

A Alger, le 34 ^^ septembre* 

Idem. 

1689. Manifeste de Louis xiv contre le due dé 
Savoie. 

A Versailles, • . • • 
lofent. 

1690. Traité pour l'échange et la rançon despri* 



5oa TABLE 

soDniets faits entre la France et le duc de 
Savoie. 

A Vigone^ 1^ 19 d^cictohre. 

Idem. 

1690. Traite entre Louis ziv et les Provinces 
Unies 9 po^ur l'échange et la rançon des 

* prisonniers de guerre. 

A Versailles , le ^9 d'octobre. 
Idem. 

1691. Traité entre Louis xiyet la république de 
Berne, 

A Soleure^ le 3 de janvier. 
Idem. • 

1696. Traité de paix entre Louis xiv et Victor- 
Amédée , duc de Savoie. 

A Turin , le S9 d'août. 
Idem. 

1696. Contrat de mariage ^ntre le duc de Bour- 
gogne , fils atné du dauphin^ et la fiile ai^ 
née du duc de Savoie. 

A Turin , le 1 5 de septembre* 
Idem. 

1697. Traité de paix entre Louis xivet les Pro- 
VinceS-Unieii. 

A Ryswich , le 20 de septelttbfê. 
Idem. 

1697, Traité de commerce et de navigation çntre 
Lotiis XIV et les .Provinces*Uaies. 



DES TRAITÉS. 5o3 

A Ry:8wick, le ao de septembre. 
Idem. 

i697. '^^^î^^ ^^ P^^^ entre Louis xiv et Guil- 
laume m , roi d'Angleterre. 

A Ryswick, le ao de septembre. 
fdem. 
1697. Traité de paix entre Louis xtv et le foi 
d'Espagne. ^ 

A Ryswick, lé^^o de septembre. 
Idem. 

1697. Traité de paix entré Louis xiv et ^empc^- 

reur Léopold. 

^ A Ryswick, le 3o d^ctobre. 
Idem. 

1698. Traité d'alliance défensive entre Louis xiv 
et Charles xii. 

A Stockholm, le 9 de j juillet. 
Idem. 

1698. Premier traité de partage de la monarchie 
espagnole , entre Louis xiv, le roi d'An- 
gleterre et les Provinces-Unies. 

A la Haye, le xi d'octobre.. 
Idem^ 

1699. Tarif arrêté entre les commissaires du roi 
et jceux des Provinces- Unies , en exécution 
du traité de Ryswick. 

A Paris , le 29.. de mai;.. ^ 

Idem. 



'\ 



5o4 TABLE 

1699. Traita de limites entre Loui&xit et Char* 
les II , roi d'Espagne. 

A Lille . le 3 de décembre. 

Jdem. 

1700. Premier traite de partage de la monarchie 
d'Espagne , entre Louis iiy, Guillaume m 
et les Provinces-Unies, 

A Londres, le 1 3 de mars, et à la Haye, 
le :»5 du même mçis* 

Idem. 
17ÔO. Lettres-patentes de Louis xiv , pour con- 
server à Philippe, duc d'Anjou • son petit- 
fils, et k ses descendans mâles, le droit de 
succéder à la couronne de France , non« 
pb'stant leur élévation au trône d'Espagne. 

A Versailles t décembre. 

Foy, Dumont , t. VII, 

1701. Traité d'alliance entre la France et l'élec* 
teur de Cologne. 

A Bruxelles , le 3 de février. 

Fojr. Martens^ supplém. , t^ I. 
1701. Traité d'alliance entre la France, l'Espa'» 
gne et le duc de Mantoue. 

A Venise, le a4 de février. 

Idem. 
1701. Traité d'alliance entré la France et l'élec^ 
teur de BavièreV 

A Versailles, le 9 de mars» 

Idem. 



/ 



DES TBAltÉS. 5p5 

1701. Manifeste dé lempereur contre la France, 
au sujet de la succession d Espagne, dans 
lequel il expose, avec une suite de pièces 
justificatives , les droits qu'il croit aroir 
sur la monarchie espagnole. 

...juin. 

Voy^ Dutnont , t VU. 
\^<ï\.AssientOy ou privilège accordé, pour dix 
ans , à Ja compagnie française de Guinée^ 
pour la vente des esiclaves nègres dans 
.rAmérique espagnole. 
A Madrid t le 27 d'aont. 
Idem , t. yill. 
1703. Déclaration de guerre de la Grande-Bre- 
tagne à la France et à TEspagne^ 
A Saint'-James^ le 4 de mai. 
Idem. 
170a. Manifeste des Provinces^Unies contre la 
France et TEspagne. 
A la Haye, le ''S de mai. 
Idem. 
170:1. Déclaration de guerre de l'empereur Léo- 
pold 1*' à la France, et au duc d'Anjou se 
disant roi d'Espagne. 
A Laxembourg , le iSdemai. 
'^ Idem. 

X702. Déclaration de guerre de la France à 
Fempereur , l'Angleterre et les Provinces- 
Unies, 



5o8 fÂBLE 

A tJtr«cht, lé 1 1 d'avril. 
Idem. 
17 13. Traité de paix entre la France et le Por- 
tugal. 
A Utrechty le 11 d'avril. 
-Idem. 
1715^ Traité de paix entre la même et la Prusse. 
AUtrecht, le if d'ayril. 
Idem. 
171 3. Traité de paix entre la même et le duc de 
Savoie. 
A Utrechty le 11 d^avril. 
Idem. 
1713. Traité de paix entre la même et les Pro- 
vinces-Unies. 

A Utrecht, le 11 d'avril. 
Idem. 
1 7 1 5. Traité de navigation et de commerce entre 
la même et les Provinces-Unies. 
A Utrecht , le 1 1 d'avril. 
Idem. 
1714 Traité de paix entre Louis xiv , l'empe- 
reur et l'Empire. 

A Rastadt, le 6 de maris. 
Idem. 
1714 Traité d'amitié entre la France et la Po- 
logne. 

le 210 d'août. 

Voy. Mém. de Tessé, t. II. 



I 
I 

/ 



/ 



DES TRAITÉS. $09 

1714* Traite de paix, entre la France , Tempe* 
reur et l'Empire. 
A B^de , 1^ 7 de septembre*. 
f^oy. Dumont, t. VIII. 
1715. Traité d'aUiaiice. défensive et de subsides 
entre la Fraiice et la Suèdç. , 
A Versaillcis , le 3 d'avril. 
f^qjr. Mçm.. de Tessé, t. II. 
1715. Ren/ouvell^nenjt . de ralliance entre la 
France , leç jC.ai[i^tons catholiques de Ja 
Suisse et la république de Valai^ 
A Soleurç^, le gde mai. 
rojr. Dumont ^ t. VIII. 

Soùs LoiUs xr> 

171:6* Traité de ooitimeroe enti^ I9 Fraocç et 
- / les Tîfles «asiatiques. 

A Paris , le sij3 de septembre. 
^ Fqy. Dumont, t. VIIL. .î 
1717. Traité de la triple alliance entre la France, 
TAngleterire et. les ProvinceS;U<iies» 

A la Haye , lé 4 da jaoïiw* î. : » : - - 

Idem. .' ' .• / ^ .,: 'i;:;î _. I» ' 

1717. Traité d-alUahce entre la Fiiaïa^oe.^ 1a Russie 
A et la Prusse. .: .,..» ( ; 

A Amsl^f fi^m » le 4 d'^çût* ^ 

Idem. ; 

17x8. Traité entre, U VxmQ^ e^ k 4uç de Lor-^ 
raine*. • ^ 



k * m ^mmm^m*^^^^^m^^9^m^^^mm%%mm%%^^9mmimm%9Mt^m «•<«aw«*«w«w4 



TABLE DES MATIÈRES 

DU QUATRIÈME VOLUME. 



SUITE Q^ LA CINQUtÈME PÉRIODE. 

LIVRE IV. 

IirsuLTE et tépnètion faite ati rési^nl de France à Ge^ 

. nève •^..«.•.^ Page I 

Intelligences de la France en Angleterre 3 

Traité lecret de subside entre Louis xit et. Charles ii. . 21 
Considérations sur les liaisons de ces deux princes .... 24 
Difficulté pour les pritiléges dé Vambassadéiïr de France en 

£spagne. . T. . . : ;r i - . . ; siS 

Mauvais traitemens essuyés par le ministre du roi prés Im 

Porte .••.••••«•^•••.••■.:j.'«'. ,.',•••.«•« 3o 

Ambassade du cçav au roi « 38 

Satisfaction don;iée à Tambassadeur de Venise* ....... 49 

Contestation pour le cérémonial ià Tégard de l^ambassadedr ' 

du roi en' SUède LA 

Traité de paix arec T^mperciir dé Maroc * 5o 

Ambassade de Louis xit à ce priffee.. • 53 

IntelKgences dé la France avec les' niéq^uiieiis boogroi$r. 65 

Affaire des réunjiof s.. ^ .;.« , . . . Sg 

Occupation de Strasbourg * 61* 

Difficulté avec l'Espagne pour le comté de Chinei . . ^ . 65 

Conférences* de' ÏVâncfort /...;..'.:; 66 

Trêve de vingt ansri arec rémperetir et l'Empire 6S 

Trive de vingib^ims, avee r^sp^gn^. é •. 69 



TABLE DES MATIÈRES. 5i3 

▲mbasftadédii roi de Siàta. . ..'• . ^ l • •*• • ^« • * ; 7a 

Traité entre Lonk xi% et ce prince • • « • ^ • é , yS 

TraitésdejMiix avec A]^,Trix>oUe^ Tunis 78 



i_ i 



LIVRE "t. 



ii*< I _>•*« 



Sâhsfoctibn tirée' dé là rëjpubliqtîe de Gènes. . .'. . .' .'\ ^ . 83 
Honneur du' soplia accordé à TambassadeUr de France*. 96 



Béyocàtiôn de l'édît de liantes.'.,; .' 92 

Querellé 'avec "Home, au sujet de la R^le et des frai}^ 

cnises. « 94 

Déclaration de guerre' à l'empérëiiir , aux Provinc^es-Unies 

et a ITspagne ,107 

DéèlarMion' d'é guerre à i'ÀîigletèiTe. ....*.....'..... i 10 

Ambassade dçV Cantons réformes au roi 117 

Traité de neutralité àVec' la Sfùisse lao 

Mission de Cbâteaùneùf près la rôrte. . • . . , lap 

Ambàsà'adë ail tàî dé Maroc: 1 2i; 

Manifeste de la France contre le duc de Savoie l3o 

Traité dé 'paix entre la Tràncç 'et" ce duc. 1 33 

Mort du ministre Colbert-Croîssi ; sa politique 1 36 

Nomination ' de Colber't - Torci au ministère des affaires 



étrangères 1 38 

Déoiarcbes pour faire roi de Pologne le prince de Conti. 1 3g 

Éyénemens de la guerre'. léa 

Congrès de Ryswîck ...."......*/.'......... 1 54 

Traité dé paix avec les Provinces-Unies i58 

Traitédé pkîx avec TEspagiië et avec rAngletêrre . ... i^g 
Traité de paix avec l'empereur et rEmpire. ..... . , . . 161 

Considérations sur la paix' de Ky s wick. ...» « '. 1 64 

Alliance avec le roi de Suèdes •', .' , , , , 166 

Paix avec Maroc *........ ,-4 w^,. ... 17a 

Difficulté d'étiquette avec la Porte. ,;.•.,..•., 174 

IV. 3S 



5i6 TABLÉ DES MATIÈRES. 

Traité $«cfttflt«c!m Prusse.. .••,*'.. •* 4i3 

traité de commerce arec les villet anséatiques. ...... 4^4 

SitnatÎGfn politique -dé la/Frftiieë .'. .;•. ..;.*..'• 41$ 

Esprit der cours -de VieiiMr et de- Londres*. . «*.... 417 

Esprit def Prorinees*' Unies. . . . •• •... . • ;i . . •' 4^9 

Négociations eâfi'è là Pràfiee el i'îàjngWfteyre^ . . . . ^ • • 419 

Orîgihe de VMbè Dubois. . . . < . ^-.u^. 4ac 

Projet de traité d'alliance entre la France, l'Angleterre et 

' les PrÔTincès^-UnieS ', ' 4^ 

bépart de l'abbé Dubois pour la Hollande $ ses instruc- 
tions. ; . V . b w .«».....••. • 43' 

Entrevue de l'abbé Dubois avec lord Stanhope. ..... 4^3 

Considérations stir là triple altianeevv; .'. 444 

Alliance entre la France , là' Kustfâe et '4a' Prusse. ^ . . . 445 
Alliance entre la France , l'empereur «l 'l^Ân^terre t, « 461 

Traité de la quadruple allSi(nC«. . . . /] . ; . . v . . . 465 

Suppression du conseil des àKTaires étrangères; sa poli* 

tique. . . « '.'. ...;.'•;....'...... 466 

L'abbé- Dubois nommé secrétaire d*état pour ks affairas 

étrangèi*es. . ....;* i ...... i\«. 46^ 

Intrigues- du régent eu Espagne. . . • ib» 

Conspiration -du prince de Cetlamarë. //........... 470 

Manifester de la Prauee contre l^Ëspagne • . .>. 480 

Accession de l'Espagne à la quadruple alliance. . . . « . 483 
Traité d'alliance avec l'Espagne et la Grande-Bretagne. 485 
Paix entre la Suède et se»en^e(mis> pur les bons offices de la 

France 486 

Ambassade de la Porte ottomane au roi;' 487 

Table chronologique des traités et actes diplomatiques de 
la France, depuis l'année 1681 jusqu'en 17^4: • . . 496 



»o I 



ERRATA DU TOME IV. 

Pag. iSg 9 lig. 27 , €iprès les mots je ne retrouyeraî , ajoutez 

plaii. 
1669 32, le comte de Béthune , Usez^ \t marquis 

' de Béthune. 
217, 7 9 saisi 9 Usez saisie. 

:&a8, 269 if Usez, il. 
233 9 179 aatorités 9 Usez , autorisés. 
255 9 1 9 affair 9 Usez , affaire. 

4 1 3 9 89 l'idée 9 Usez , l'opinion. 

484 y 6 9 en signa l'acte 9 ajoutez , à la Haye. 

etc. etc. 



IV. 



34 



\